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Vernet-Les-Bains

Écrit par Antoine Binamé

Vernet-les-Bains. Reçu par la poste il y a approximativement... 5 minutes ? Je retourne doucement l’enveloppe, pour le plaisir de lire un ‘Exp : F-66820 Vernet-les-Bains’, terre natale de Cali.

En général, ma première réaction est d’ouvrir le boîtier, de piocher le cd, le poser sur mon lecteur et pousser sur la touche ‘play’. Pas aujourd’hui, non. Je préfère triturer la pochette dans tous les sens, la regarder sous toutes les coutures, détailler chaque brin d’herbe. Profiter de la citation de Tom Waits, chanteur blues/rock californien : ‘Ici les rêves ne sont pas brisés, ils boitent…’

Allez, il est temps. Je saisis le cd de la main. Et je regarde l’herbe. Je glisse le disque dans le lecteur. Je fouine un peu sur le web, et j’y lis cette phrase (propos recueillis par Eric Busienne) de Cali, justifiant la phrase de Waits : ‘J'aime les losers mais les losers magnifiques. Le gars qui s'accoude au comptoir pour dire qu'il va quitter sa femme… mais qui va finalement la retrouver, tard dans la nuit. J'aime les poètes rêveurs qui se disputent un os de chien dans une impasse derrière un bar. J'aime tout ça, oui !’ Merde, je connaissais le Cali révolté, le Cali amoureux, le Cali triste, mais ce Cali-là, c’est une nouvelle facette de l’artiste, et surtout de l’homme, que je prends dans la tête.

Le bonhomme sort de « La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon coeur » qui a clairement partagé les critiques, une œuvre suivie d’une tournée (fabuleuse !) piano/voix, en compagnie de Steve Nieve. Il a été le pianiste d’Elvis Costello pendant 20 ans. Excusez du peu ! Il s’offre un retour studio plus intimiste, plus proche des chansons que du chanteur (de son propre aveu d’ailleurs : ‘Ici, je voulais de l'épure totale, que le héros ne soit pas le chanteur mais les chansons’.

Introduction trop longue, probablement. Si elle n’était pas nécessaire pour le lecteur, elle l’était pour votre serviteur. Histoire de bien mettre les choses à plat, telles qu’elles sont, avant de se plonger dans l’écoute de l’album.

Ce type a tout compris. J’avais lancé le cd en me disant ‘Il va me falloir 2-3 morceaux avant de tendre l’oreille’. Erreur. Il murmure plutôt que de crier. Un appel impérieux, un hurlement silencieux. Des propos si durs, si vrais, si intimes. Obligé d’écouter, je pars me caler dans un fauteuil afin d’écouter plus attentivement le disque. Pas d’erreur, c’est d’une beauté effarante.

Beauté parce que cet opus chante ; plus qu’un chanteur, c’est véritablement l’album qui se joue, seul, une vraie pièce. Effarant parce que les paroles, comme d’habitude chez Cali, ne sont pas ‘à la joie’. Il oublie ses vieux démons et se lance dans une entreprise intime, chez lui, en terre connue. « La grotte des amoureux », en haut de Vernet-les-Bains, où les jeunes amants se murmuraient leur amour par exemple. Incorrigible amoureux lui-même, il ne s’empêchera tout de même pas « L’amour est éternel », mais rompt très largement par rapport à ses derniers disques.

« Mes vieux cinglés ». Punaise, mais comment il a fait ? D’accord, il est père. Mais combien d’artistes vont écrire une chanson pour se prémunir eux-mêmes des dommages qu’ils pourraient causer à leurs enfants? ‘Vous étiez mes parents’, ‘Ma petite chambre, ma prison’, ‘Brûlez tout, moi je l’ai déjà fait’, autant de phrases d’un enfant terrifié par ses parents qui se disputent à portée de voix. Heureusement que le Catalan précise en interview qu’il a eu une enfance heureuse, on s’en serait inquiété.

« Une femme se repose », longue traversée intime d’une vieille que l’on imagine se balançant sur sa chaise. Cali fait le tour de Vernet-les-Bains, le tour de son esprit et de celui des gens qui l’entourent.

L’œuvre est magistralement orchestrée par Frédéric Lo (Stéphane Eicher notamment), voix en avant, piano et guitare un peu en retrait. Le tout en douceur, comme pour protéger le mélomane des mots qu’il entend. « Je rêve de voir l’été ». Quand la mort se sublime. Quelle tristesse à dire mais quelle beauté cette chanson. ‘En frimant je dirais que mourir, il y a pire’.

L’album est intime, intime au chanteur, intime au village de Vernet-les-Bains, mais intime à chaque auditeur. Nul doute qu’en le réécoutant dans une vingtaine d’années, une autre vision émanera de ce bijou. Une facette par auditeur, une note par sentiment, un tempo pour chaque coeur. L’album le plus intimement universel qu’il m’ait été donné d’entendre.

« Happy end ». A mon sens, quand un artiste arrive à tourner en dérision ses propres ‘travers’ (et dieu, si les chansons tristes constituent son travers, qu’il continue sur le mauvais chemin) c’est qu’il est grand. Et il l’est.

Le disque est en bout de parcours. Sentiment ? Nostalgie, comme l’album. Impatient de découvrir comment le Perpignanais va le jouer en live. Heureux, heureux de l’avoir écouté. Cali range ses opinions politiques dans un coin de sa tête, oublie le Cali flamboyant et nous présente Bruno Caliciuri, l’homme nu, offert dans les chansons de son opus.

 

Informations supplémentaires

  • Band Name: Cali
  • Genre: Chanson française
  • Label Prod: Alva / Wagram Music
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