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Akim Serar

Akim Serar

samedi, 03 août 2019 16:48

Micro festival 2019 : samedi 3 août

Niché à l’ombre des coteaux depuis 2010, le Micro Festival, fêtait donc cette année, sa dixième édition. Suite à quelques modifications stratégiques, le site de l’Espace 51, remodelé au cœur d’un des quartiers les plus populaires et sympathiques de l’entité principautaire, accueillait donc de nouveau la foule, à l’ombre d’un chapiteau où pendant trois jours allaient se succéder une multitude de groupes ou artistes aux styles variés afin de la plonger dans des ambiances différentes. Jouant depuis le début la carte de l’éclectisme, le festival chapeauté par le label JauneOrange misait une fois de plus sur la curiosité d’un public majoritairement local, venu en masse, comme à chaque fois, pour cette ‘garden party’ annuelle dont l’affiche audacieuse et en général bien pointue suscite toujours débat. Souvent de bon goût, expérimentale, trash, drôle ou émouvante, la programmation –même si au cours de la décennie certains concerts n’ont pas laissé un souvenir impérissable– a néanmoins forgé l’identité d’un festival, petit dans ses dimensions, modeste dans ses ambitions mais incontournable pour beaucoup. Retour sur cet événement hors format en compagnie d’un chroniqueur aux oreilles bienveillantes.

Clap troisième !

Perdu dans les méandres de l’espace-temps par la faute de quelques Japonais impétueux (voir chronique du jour 2), votre serviteur arrive tardivement sur place.

Les langues qui s’agitent dans l’entourage encensent Yokai responsable d’un krautrock teinté de jazz (ou est-ce l’inverse ?) Un set qui manifestement a séduit.

Sous la tonnelle, malgré l’heure avancée, les étoiles se sont invitées…

Szun Waves, ensemble de trois magiciens du son, tisse les broderies du ciel d’un fil doré. Elles m’attendent et m’invitent à prolonger ce voyage stellaire.

Projet du batteur de jazz Laurence Pike (de Pivot ou PVT), du producteur electro Luke Abbott et du saxophoniste Jack Wyllie (Portico Quartet), le trio brode patiemment sa toile dans laquelle viennent se figer quelques curieux. Juste magnifiques, les envolées au sax se perdent dans une réverbération de cathédrale alors que les dominos de sons binaires dévalent les pentes escarpées que dessinent les motifs de la caisse claire. Transformant l’instant en un moment de grâce.

Sur les montagnes, les conifères se balancent au gré du vent, sur la surface de la mer, le soleil miroite et on redescend lentement sur terre…

Difficile après coup de se concentrer sur le DJ set d’Aboie Poupousse, et encore plus difficile de juger du set suivant, celui du duo frenchie La Récré, qui comme son nom l’indique, n’est rien de moins qu’un projet à vocation distractive. Caractérisé par ses extraits de nanards incrustés dans un jazz easy listening cool, la prestation s’apprécie modérément. Sympa mais sans plus !

L’heure de la fessée est alors arrivée. De la claque annoncée. De l’événement visuel, de la gifle auditive, de la branlée sonore, bref du truc qu’il faut ab-so-lu-ment voir : Shht.

Forcément, annoncé comme tel, l’attente est grande. Est-ce que cette bande d’hurluberlus gantois mérite le buzz répandu autour d’eux ?

Pas certain. Clairement, le groupe travaille autant le visuel que le son. Subtil calcul opportuniste par les temps qui courent. Donc, outre des tenues de scène sans grande originalité (la combi empruntée aux Beastie Boys ou à Man Or Astro-man, entre autres) et des chorégraphies pastiches, que reste-t-il ? Des compositions ma foi entraînantes, allant dans tous les sens et qui doivent sans doute beaucoup à Evil Superstars, des voix abusivement noyées d’effets et une énergie sans faille.

Le chanteur escalade la structure du chapiteau tel un macaque facétieux. Ce qui amuse le public (moins l’ingé son). Mais lorsque les peluches qui depuis deux jours squattent le site se mêlent à la fête, volant dans tous les sens, le côté joyeusement foutraque du set est exacerbé. Pour autant, c’est loin d’être exceptionnel, et si on passe un bon moment, on n’assiste quand même pas au sommet de ce festival. Toujours agréable mais pas immanquable.

Bien plus intéressant, le retour sur nos terres du dandy Allemand Félix Kubin. Pourtant réduit à un set solo sans visuel, contrastant donc cruellement avec la prestation précédente.

Revêtu d’une élégante tenue rouge et noire, rôdé comme une machine, l’électron libre de l’electronica post apocalyptique avec des bulles enchaîne les expérimentations auditives espiègles, non sans y ajouter la touche d’humour qu’on lui connaît. Simple et dénué de tape-à-l’œil, le dadaïste de la musique déviante revisite son style, propre et tordu. D’une efficacité crasse, le quarantenaire, qui baigne dans la musique électronique depuis ses 8 ans, déborde de générosité et démontre qu’aux commandes de ses machines, il reste ‘das model’ du genre. Confus sur la fin car ne sachant plus très bien le timing qu’il lui est imposé, l’ami nous offre un tour gratuit, pour le plus grand plaisir d’un public qui ignore encore que la fin du monde est proche.

Heureusement, à l’autre bout de la plaine, sous la rotonde balayée de lumières led de l’Oasis 3000, Müholos le robot est venu nous sauver. Une bouffée de disco numérique qui balaye la menace pesant sur l’humanité. Irrésistible et dansant, le binôme assure la transition d’une nuit qui entame sa farandole.

Voile à présent sur les Caraïbes en compagnie de The Mauskovic Dance Band, qui comme son nom l’indique ne vient pas de Moscou mais a bien l’intention de nous faire danser.

Le genre de concert festif qui sent bon la tradition de fin d ‘événement.

Chaloupé, groove et sexy, le son secoue le cocotier d’un public qui refuse de rester en si bon chemin…

Et il sera satisfait, car la programmation nous réserve encore le set du grand Cüneyt Sepetçi, légende vivante du Bosphore. Génie de la clarinette et porteur de la tradition stambouliote.

Hélas le line up est réduit à un duo de cabaret, son acolyte préposé au synthé Korg générant une tambouille mi-folklorique, mi-hit-parade de supermarché. Bref, l’ambiance est plus à la fin de mariage qu’à l’apothéose tant attendue.

Dommage, car le virtuose et humble Cüneyt propose une revisite de la musique de ses ancêtres ou encore de quelques classiques européens, en y affichant classe et talent. Mais dans cette formule de bal, ce n’était vraiment pas très convaincant.

Le moment du bilan final est donc arrivé.

À l’heure d’écrire ces lignes, on peut déjà établir que le Micro Festival aura tenu toutes ses promesses. Celles faites à un public qui, sans même connaître la prochaine affiche, est déjà prêt à revenir...

Ainsi, votre serviteur enfourche sa monture et s’enfonce dans la voie lactée.

Bisous, bonne nuit Micro Festival et à l’année prochaine !

(Organisation : Micro Festival)

Yokai + Szun Waves + Aboie Poupousse + La Récré + Shht + Félix Kubin + Müholos + The Mauskovic Dance Band + Cüneyt Sepetçi

vendredi, 02 août 2019 16:47

Micro festival 2019 : vendredi 2 août

Niché à l’ombre des coteaux depuis 2010, le Micro Festival, fêtait donc cette année, sa dixième édition. Suite à quelques modifications stratégiques, le site de l’Espace 51, remodelé au cœur d’un des quartiers les plus populaires et sympathiques de l’entité principautaire, accueillait donc de nouveau la foule, à l’ombre d’un chapiteau où pendant trois jours allaient se succéder une multitude de groupes ou artistes aux styles variés afin de la plonger dans des ambiances différentes. Jouant depuis le début la carte de l’éclectisme, le festival chapeauté par le label JauneOrange misait une fois de plus sur la curiosité d’un public majoritairement local, venu en masse, comme à chaque fois, pour cette ‘garden party’ annuelle dont l’affiche audacieuse et en général bien pointue suscite toujours débat. Souvent de bon goût, expérimentale, trash, drôle ou émouvante, la programmation –même si au cours de la décennie certains concerts n’ont pas laissé un souvenir impérissable– a néanmoins forgé l’identité d’un festival, petit dans ses dimensions, modeste dans ses ambitions mais incontournable pour beaucoup. Retour sur cet événement hors format en compagnie d’un chroniqueur aux oreilles bienveillantes.

Entrée en matière idéale pour cette seconde journée, puisque les premières mesures du folk psyché/folk –aux références californiennes– des Liégeois de Ode To Space Hassle (ou OSH en abréviations subtiles) cadence le pied léger de votre serviteur qui foule l’herbe tendre la conduisant jusqu’à eux….

Légères et croustillantes comme des gaufrettes, les plages qui figurent sur l’Ep « Love Won’t Find A Way » ne casseraient pas trois pattes à un canard, mais il faut bien reconnaître l’efficacité de ces compos agréables et exécutées habilement qui doivent autant à Allah Las qu’à nombre de bands issus des nineties. Le combo ne cherche pas l’originalité, rechigne à faire mal là où certains titres s’envoleraient volontiers et se contente de les interpréter le plus fidèlement possible. Entamant le dernier un poil trop tôt, le guitariste se fait charrier par ses acolytes ; et c’est dans la bonne humeur que s’achève (gentiment) ce premier volet.

Un set de DJ Smith vachement revigorant plus tard et nous sommes réunis sous la tente pour un moment de détente en compagnie d’un ensemble qui souffre d’une carence affligeante en originalité. Lewsberg n’étant ni plus ni moins qu’une sérigraphie de ce facétieux Andy Warhol.

Inutile de citer le groupe à l’origine des compositions de ces Hollandais qui s’échinent à calquer (certes fort bien) leur modèle. Voix, tempo, arpèges et fulgurances dissonantes, tout est minutieusement décliné en répliques fidèles, qui sans être des plagiats, n’en demeurent pas moins une belle escroquerie. Amusant et certainement plus agréable qu’un concert de Mister Cover, le set de ces Bataves aura au moins instauré une ambiance décontractée. Mais sur le coup de 17H25, elle prend un fameux coup de fouet par l’entremise du DJ set dispensé par le duo Mark it Zero. Au dehors, il embrase les brins d’herbe qui tantôt me chatouillaient les pieds. 

Excellente initiative du reste car il faut à présent prêter toute son attention à ce qui va rester LA révélation de cette édition 2019.

Les petites frimousses à peine sorties de la puberté des petits écoliers de Black Country, New Road ne paient pas de mine, mais rayon musique, ils vont mettre tout le monde d’accord.

Si leur attitude fragile et intimidée laisse craindre le pire, les premières notes ont tôt fait de révéler un potentiel remarquable. De fait, quelque part entre post punk, free jazz et pop intelligente (ce terme abscons est adorable !), les Britons n’en font qu’à leur tête. Autant guidé que perdu par un saxophoniste épatant (et arborant une vareuse d’un club de foot très local), la concentration rebondit de thème en thème, de titre en titre, de surprise en surprise.

Fort d’une petite réputation glanée par maintes écoutes sur Spotify, ostensible baromètre du succès de nos jours, le quintet impose son savoir-faire dans un registre personnel qui tantôt évoque Gorky’s Zygotic Mynci (mais sans l’accent gallois) ou encore Moonshake.

De bien belles références pour une bien belle promesse.

Contraste majeur comme un doigt de la main dressé, place à présent à un trio lyonnais : Decibelles. Ou la quasi-quintessence de tout ce qui m’horripile. Adoubés par Steve Albini (qui au passage, il ne serait pas inutile de le rappeler, n’a pas produit que des merveilles) et présentés comme la relève d’un certain rock hexagonal, ces trois jeunes gens ne font pas dans la dentelle.

Ce qui en soi est de bon augure, puisqu’il est question de battre le fer tant qu’il est chaud. Mais hélas ! De battre, il est bel et bien question. Sur les fûts autant que sur les nerfs. Chanteuse et drummeuse, Fanny Bouland tape, tape, tape, c’est sa façon d’aimer, ce rythme qui m’entraîne jusqu’au bout de l’ennui, réveille en moi un tourbillon de folie. Vous l’aurez compris, Decibelles sonne à mes tympans comme une armada d’ongles sur l’ardoise d’un tableau. Même de loin, les poils s’hérissent au son de crécelle de la voix. Si ce n’est pas ma came, il semble qu’un certain public, au séant très remuant, apprécie la prestation. On se préserve donc pour la suite.

Drahla, trio issu de Leeds, a lui tout pour séduire. Sur le papier du moins. Emprunté, le groupe va pourtant peiner à convaincre. Terriblement mal à l’aise sur les planches, comme intimidé par un public pourtant on ne peut plus conciliant, ces jeunes gens égrainent scolairement leur chapelet de chansons pourtant appelées à être abrasives. Les bases sont pourtant bien présentes et on ne peut nier le potentiel de ces Anglais dont le post punk a au fil du temps évolué en quelque chose de certes plus Arty, mais néanmoins toujours aussi primal. Une copie mitigée donc, mais qui demande assurément un examen de passage.

De spectacle, par contre, il va être question en compagnie des Nippons de Bo Ningen.

Cheveux tombant en cascades, le quatuor masculin (c’est sans doute une révélation pour certains d’entre vous qui étiez présents) s’adjuge espace et temps au détour d’un set sans concession.

Repéré en première partie de Savages, il y a quelques années, le combo emmené par le charismatique chanteur nommé Taigen démontre tout son potentiel. Redéfinissant le psych rock suivant son propre code, parfois un peu trop chargé à mon goût ; moulinettes et poses glam, déferlantes noisy, élucubrations susurrées et cris sauvages de chat émasculé, déflagrations soniques et kaléidoscope infernal se succèdent, se chevauchent, s’entremêlent et créent un magma hypnotique qui, bien entendu, a pour effet de stimuler l’entrain d’une foule qui n’attend qu’un tel moment pour s’exalter. La cadence est soutenue, voir haletante. Soudain, la silhouette de Taigen, jusqu’à présent drapée d’un pull orange à la trame transparente laissant deviner en filigrane la taille de guêpe du chanteur (Bo Ningen signifie quelque chose comme ‘bonhommes allumettes’) se pare d’un survêtement sportif, avant que le set ne s’oriente vers des contrées étonnamment hip hop. Un métissage improbable mais qui souligne la volonté du groupe de désorienter le public et de baliser son territoire au-delà des frontières d’un genre.

Brassant le feu, conjuguant les styles, Bo Ningen assume pleinement son statut de fer de lance d’un mouvement halluciné et hallucinant.

Un concert plein qui met l’auditoire sur les genoux et incite votre serviteur à jeter l’éponge en ce deuxième jour.

Traversé d’ondes magnétiques phosphorescentes, il franchit le portail de l’espace-temps et s’en va retrouver ses pénates.

Bisous, à demain, Micro Festival !

(Organisation : Micro Festival)

Ode To Space Hassle + DJ Smith + Lewsberg  + Mark It Zero + Black Country, New Road + Decibelles + Drahla + Bo Ningen

jeudi, 01 août 2019 16:46

Micro festival 2019 : jeudi 1er août

Niché à l’ombre des coteaux depuis 2010, le Micro Festival, fêtait donc cette année, sa dixième édition. Suite à quelques modifications stratégiques, le site de l’Espace 51, remodelé au cœur d’un des quartiers les plus populaires et sympathiques de l’entité principautaire, accueillait donc de nouveau la foule, à l’ombre d’un chapiteau où pendant trois jours allaient se succéder une multitude de groupes ou artistes aux styles variés afin de la plonger dans des ambiances différentes. Jouant depuis le début la carte de l’éclectisme, le festival chapeauté par le label JauneOrange misait une fois de plus sur la curiosité d’un public majoritairement local, venu en masse, comme à chaque fois, pour cette ‘garden party’ annuelle dont l’affiche audacieuse et en général bien pointue suscite toujours débat. Souvent de bon goût, expérimentale, trash, drôle ou émouvante, la programmation –même si au cours de la décennie certains concerts n’ont pas laissé un souvenir impérissable– a néanmoins forgé l’identité d’un festival, petit dans ses dimensions, modeste dans ses ambitions mais incontournable pour beaucoup. Retour sur cet événement hors format en compagnie d’un chroniqueur aux oreilles bienveillantes.

Le parfum d’un soir d’été flotte dans l’air et les rayons du soleil s’attardent paresseusement sur les flancs de colline, alors que doucement, le public découvre le nouvel aménagement du site. Mieux pensé et fort joliment décoré, celui-ci s’apprête à être foulé par une cohorte débonnaire, venue en grande partie savourer les premières heures du mois d’août avec, en guise de bande son, un pêle-mêle de genres et de noms dont le mélomane lambda n’a jamais entendu parler.

Passés maîtres dans l’art de dénicher les perles rares de labels underground ou encore de ramener au premier plan quelque individu dont la notoriété est enfouie dans le passé, les organisateurs du Micro Festival, fidèles à leurs premiers préceptes, proposent en effet une affiche bigarrée, dont ce premier soir est la parfaite illustration.

Ainsi, c’est à Monolithe Noir, projet du Bruxellois d’adoption Antoine Pasqualini, qu’est laissé le périlleux honneur d’entamer les hostilités. Il est flanqué de son batteur attitré ; ce qui explique pourquoi le Percussive Ensemble est accolé au patronyme. Les vagues analogiques battues par les vents mauvais et les pluies synthétiques régurgitées par ses claviers se fracassent sur des rythmiques soutenues qui bientôt, ne demandent qu’à caresser les oreilles de votre serviteur, hélas encore distantes de bien trop de kilomètres, puisque à l’heure où le set se déroule, il est encore sur la route, frustré de manquer le spectacle.

Autrement dit, ne sachant comment s’est déroulé ce premier fait d’armes, il y a de quoi nourrir quelques regrets.

Mais déjà, d’un pas alerte, les portes du site sont franchies, juste à temps pour découvrir The Germans, dont le rock référencé et sexy tarde à convaincre, même si certains éclats titillent une curiosité toute naturelle.

Habité de généreuses intentions, le combo gantois tente de donner corps aux titres de son dernier elpee en date, « Sexuality ». Mais, emmené par un leader au look improbable (le mauvais goût vestimentaire n’est pas automatiquement synonyme d’étiquette artistique), le concert s’empêtre et ne parvient pas à se dépêtrer… À vouloir séduire en tout point, à tout prix, au détriment parfois d’un certain équilibre, la musique de The Germans devient indigeste et perd l’attention du mélomane là où elle voudrait le charmer. En résultent des compositions allant dans tous les sens, et pas toujours maîtrisées. Seule éclaircie, quelques fulgurances disséminées ci et là et quand même une apothéose en courbe ascendante…

Suite à ce cocktail finalement récréatif, les portugaises se tournent à présent vers l’un des moments forts ou du moins attendu de cette édition : Michael Rother.

La polémique peut d’ores et déjà enfler. Pourquoi ? Parce que derrière ce patronyme se cache l’un des piliers de la musique allemande du début des seventies et qu’à ce titre, bon nombre de spectateurs présents ce soir vont en être pour leurs frais. Car si la carrière de ce savant et féru d’electronica ne s’arrête pas à Neu !, dont les albums ont tracé pas mal d’autobahn pour les générations suivantes et encore à venir, l’ex-Kraftwerk a principalement œuvré dans un registre ambient (en témoigne sa collaboration avec Brian Eno) dont le principe repose essentiellement sur une rythmique robotique et, d’autre part, des ‘paterns’ mélodiques simples et redondants, dessinant des motifs épurés jusqu’à la moelle et dont la répétition graduelle se décline en dégradés pastels. En soi, rien de bien dérangeant, si le son n’était lui aussi victime d’un tel traitement. Un son qui a évolué (régressé diront les mauvaises langues) mais s’est cristallisé dans les années 80 (et franchement pas le meilleur versant), figeant par là même toute l’essence du krautrock initial. En résumé, que Michael Rother joue des morceaux de Neu !, d’Harmonia ou des compositions plus récentes, tout, exactement tout, sonne de la même manière. Et ce son épuré et, disons-le, passéiste (quelqu’un écoute encore Dire Straits de nos jours ?) jure affreusement avec le tempo kraut, machine toute aussi répétitive, mais calée dans une mouvance d’ordre hypnotique. Une dualité qui désarçonne et finit par lasser la majorité de l’auditoire, les deux guitares au jeu monotone et sans relief corroborant cette impression…

Pour autant, le concert de Michael Rother est-il un échec ?

Honnêtement, non. Si l’émotion est restée canalisée et l’ivresse contrôlée, il n’en reste pas moins que cette sommité (ne parlons pas de légende) a délivré un set fidèle à ses travaux étalés sur quatre décennies. Certes, on peut s’étonner de l’orientation mélodique de la plupart des titres interprétés ce soir, mais ils résultent d’une révolution personnelle, gravée dans le vinyle et donc sans surprise. En gros, Michael Rother a fait du Michael Rother, faisant fi de toute nostalgie.

Aux échos chagrins et aux protestations outrées, répond au loin le chant du hibou, alors que la nuit tombe, enveloppant de ses bras, la plaine fustigée.

Une bien belle phrase pour ne rien dire mais qui introduit parfaitement la prestation onirique suivante.

Propulsé tête d’affiche après une poignée de concerts seulement, le Liégeois Daortia est donc invité à redresser la barre. Challenge difficile s’il en est mais que Hughes Daro, accompagné d’un visuel impeccable, assuré par Victor Ziegler, va relever haut la main.

En se servant de boucles obsédantes se répercutant en drones mélancoliques, ses mélodies graciles esquissées par une basse et son chant haut-perché s’envolent dans les nuées noisy d’un shoegaze électronique. Le local de l’étape focalise l’attention d’un public loin d’être conquis d’avance (nul n’est prophète en son pays).

Si le set, certes linéaire, tend à résonner dans un tunnel infini, débouchant en un maelström bourdonnant, les oreilles les plus aguerries auront décelé certaines influences majeures déclinées en loops grisants.

Sorte de concert abstrait et opaque mais aux nuances poétiques et subtiles, d’où l’on ressort soit charmé, soit accablé. Vous vous en doutez, votre serviteur appartient à la première catégorie...

Ainsi, sur ces réverbérations aux teintes abyssales se termine cette première journée, déjà riche en émotions diverses. Là-bas, les langues vont continuer à se délier, ici le ciel va se replier, et perso, je m’en vais me coucher !

Bonne nuit Micro festival, et à demain !

(Organisation : Micro Festival)

Monolithe Noir & Percussive Ensemble + The Germans + Michael Rother + Daortia

mercredi, 31 octobre 2018 10:33

Wasted Space

Certains groupes cherchent constamment à se réinventer afin d’exploiter tout le potentiel dont ils disposent. Parfois brillamment, parfois sans grand succès, certains s’égarant au sein d’étranges nébuleuses, là où d’autres se redécouvrent en s’émerveillant.

Jonglant admirablement avec le facteur risque, The Oscillation livre un cinquième elpee bigrement audacieux et passionnant de bout en bout, parsemé de trouvailles sidérantes et de sonorités bigarrées…

Non content de sonder les travers du psyché/rock sous ses angles les plus captivants depuis 2007, Damien Castellanos explore encore et toujours de nouveaux terrains de jeux, emmenant dans son sillage la traînée étoilée d’un ciel teinté de couleurs vives, mais au climat sombre et inquiétant.

Kraut revisité, dub régurgité, Damien nous plonge au sein d’un univers vertigineux sous hypnose en escaladant, avant de dévaler à vive allure, les rails d’une montagne Russe qui conduisent directement à l’embouchure d’une gorge monstrueusement déployée.

Dansant, extatique, perturbant et follement excitant, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce « Wasted Space » qui occupe tout le champ spatial, auditif et cognitif à la fois. Génial !

 

mardi, 27 novembre 2018 17:55

Image

Il est de ces lumières émanant des ténèbres dont les beautés secrètes gisent dans l’ombre. Des beautés qui se languissent d’être caressées, embrassées, délivrées, possédées.

Hurlant de ce désir ardent d’être découvertes, exposées au grand jour jusqu’à s’en brûler la rétine au contact d’un soleil trop éclatant. Imprimant alors à notre imaginaire une photographie obsédante à laquelle l’inconscient se lie passionnément...

Telles la madeleine de Proust, ces lumières ont vocation de raviver le souvenir, le plaisir qu’on pensait éteint.

Agissant de même, le premier opus de Whispering Sons renvoie à ces plaisirs maladifs. Cette excitation particulière au contact d’une jouissance retrouvée.

Dans un style froid, pour ne pas dire glacial, le combo bruxellois inocule sa cohorte de mélodies funestes et addictives comme un poison fatal.

Abrasif et teinté de l’urgence du post punk, marbré et nimbé des ambiances d’une cold wave réinventée, ce premier opus évite tous les pièges du genre pourtant ouverts béants sous leurs pieds.

Découverts par le biais de quelques titres épars, notamment sur l’Ep « Endless Party », paru en 2015, ce quintet, vainqueur de l’Humo Rock Rally l’année suivante, est rapidement devenu digne d’intérêt. La sortie de ce premier elpee, simplement magistral, consolide cette impression et suscite l’engouement.

Dans un registre où il paraît difficile de ne pas sombrer dans la redite (au mieux) ou dans le ridicule (au pire), peu de formations sillonnent le paysage sonore aussi brillamment…

En évitant le piège de l’hommage à ses pairs et en prenant le parti d’user de codes en vigueur pour délivrer son propre style, Whispering Sons dépoussière un genre et pose sur la table la somme de ses arguments.

Emboîtant le pas à Kiss The Anus Of A Black Cat, autre formation noir-jaune-rouge incontournable, tout en empruntant les sentiers corrosifs et nappés d’une lave incandescente d’une généalogie anglo-saxonne fatalement indissociable, Whispering Sons grave ici son « Image » et surtout son patronyme dans la stèle des premiers albums frondeurs et incontournables.

Balisé dès la première ligne de basse, marqué immédiatement par l’empreinte de la voix androgyne de Fenne Kuppens, voix d’outre-tombe aux résonances spectrales, ciselé par une guitare nimbée de Chorus et martelé d’un bout à l’autre par des drums martiaux et compulsifs, « Image » aurait certainement fait le buzz à l’orée des années quatre-vingt mais ne pâlit d’aucune manière de cette référence, restant, en ce troisième tiers de l’année 2018, un album fondamental.

Loin de la hype et d’une certaine idée de la modernité, où l’immédiat voudrait s’imposer à tout prix, négligeant et bafouant ce qui est appelé à perdurer, Whispering Sons signe un album intemporel, résurgence d’un certain passé, mais sciemment tourné vers l’avenir, nous abandonnant livides et extatiques et surtout en attente de vivre encore davantage d’émotions.

dimanche, 07 octobre 2018 11:32

L’Allégresse

Après un hiatus de quatre années, Daytona refait surface. Ce laps de temps semblerait une éternité aux yeux d’un public avide d’immédiat et de consommation rapide, mais il reflète parfaitement la philosophie de ce groupe atypique, très peu concerné par les conventions.

D’abord, il y a l’identité propre de ce combo hexagonal à géométrie variable. Truffées de références anglo-saxonnes souvent assumées, toujours revendiquées et ancrées dans une démarche sans concession, les compos font depuis le départ l’amour à la langue française.

Ensuite, l’expérience, accumulée au fil du temps érige les compositions au-delà de la simple chanson.

L’album est porté par un single (« Morceaux De Lune ») dont les échos radio-cérébraux se mêlent aux arpèges noirs d’un certain désir, offrant à l’écoute des évidences Pop teintées d’audace.

Et c’est bien là tout le talent du band lyonnais que d’offrir sous le vernis de plages certes, bigrement bien composées, de la matière à digérer. Ainsi, au fil des écoutes, les subtilités se découvrent comme autant de charmes agissant derrière un voile léger. De cette pseudo évidence qui masque si bien tant de richesses, ressort une œuvre dense et fichtrement bien ficelée.

Servi par une production léchée mais certainement pas figée, les onze pistes s’offrent généreusement tout en se gardant de se dévoiler trop vite.

Cajoleurs certes, mais loin d’être putassiers, en somme.

Réussissant la gageure de rester iconoclastes, touchants, révérencieux et subtils d’un bout à l’autre de cet excellent long playing, le band pourrait se targuer de défendre pour leitmotiv : loin du mainstream mais proche des étoiles…

samedi, 07 octobre 2017 03:00

Eternal sunshine of the shoegaze mind

Premier constat (NDR : et il saute aux yeux) : si vingt-deux années séparent l’album éponyme sorti au printemps dernier du précédent, Slowdive a remarquablement franchi le fossé générationnel. En effet, le public réunit jeunes et moins jeunes et s’agglutine devant le podium comme s’il était pressé de ne rater aucune miette du concert. Un engouement illustré par l’impressionnante liste de demandeurs d’un précieux sésame pour un événement décrété sold out en l’espace de quelques heures.

Issus de la scène Shoegaze (NDR : une étiquette musicale née de l’esprit moqueur d’un journaliste anglais qui décrivait, en ces termes, ces jeunes guitaristes qui, au seuil des années 90, se focalisaient essentiellement sur les multiples pédales de guitare alignées à leurs pieds), le groupe a donc réussi la gageure de survivre au statut de mythe d’un genre qui s’est toujours revendiqué mineur, même si foncièrement frondeur. Là où nombre de ses condisciples ont injustement sombré dans l’oubli, au prix parfois de retours avortés (NDR : notamment Lush), là où d’autres mentors ont clairement affiché leurs ambitions vénales sans vraiment se soucier de se renouveler, Slowdive affiche une santé éblouissante pour ses 28 printemps et surtout une richesse créative intacte.

Le show de ce soir va donc naviguer avec brio à travers le temps sans jamais donner l’impression de ressasser le passé. C’est le deuxième constat.

Mais avant d’aborder le compte-rendu de ce set, revenons un moment sur la première partie. En l’occurrence Blanck Mass.

Moitié de Fuck Buttons, Benjamin John Power est venu défendre « World Eater », son dernier opus solo, devant un parterre déjà copieusement garni.  

Si la prestation statique d’un artiste derrière ses consoles appartient aujourd’hui à la norme, il faut rappeler que si l’évolution des mœurs a vécu une lente révolution, elle n’en a pas pour autant fini de diviser une frange du public aujourd’hui réuni.

Le défi est donc de polariser l’attention sans user d’inutiles artifices. Rôdé à l’exercice, le protégé du label Sacred Bones va, durant 45 minutes, faire étalage de son talent en toute modestie. Sans esbroufe, juste accompagné de vidéos projetées en arrière-plan, l’Anglais tisse une toile captivante où les oreilles sont happées par diverses créatures sonores surgissant de partout et de nulle part.

Une prestation qui fait judicieusement le pont entre shoegaze et musique ambient, là où les barrières s’effondrent sur elles-mêmes en laissant l’esprit se libérer.

Et même si d’aucun estiment plus judicieux de placer ce type de performance en after party plutôt qu’en introduction, l’ami Benjamin n’en a cure et remplit son contrat haut la main.

Son set terminé, on s’attend aux mouvements de foule rituels en direction du bar. Et bien non. L’essentiel de l’auditoire préfère rester sur place. De quoi démontrer, une fois de plus, l’intérêt et la passion que génère aujourd’hui encore (et peut-être même plus qu’hier ?) le band emmené par Rachel Goswell et Neil Halstead.

Ceux-ci ne tardent d’ailleurs pas grimper sur l’estrade, sous une nuée d’applaudissements et de sifflets, en guise de bienvenue. Slowdive entame alors un périple en territoire conquis.

En toute logique, c’est par le premier titre du nouvel elpee que le rideau se lève. « Slomo » flotte donc sur une nappe de sons éthérés et de guitares délayées, sous l’impulsion d’une rythmique au souffle retenu. L’effet est immédiat et appuie le troisième constat : malgré les années, rien n’a changé. Sorte de lente progression dans la perfection, le son de Slowdive s’est forgé une identité propre et unique en son genre.

Revendiquant l’héritage de Brian Eno tout en se posant en digne successeur de la new wave, la formation est devenue précurseur d’un genre au sein duquel de nombreux disciples se sont engouffrés. Ses mystérieuses volutes soniques ont défriché de nouveaux horizons sonores, justifiant un statut de légende, qui n’a donc pas été conquis par hasard.

Et ce soir, elle va nous le démontrer.

Puisant au sein d’un répertoire de quatre long playings en presque trois décennies, le band enchaîne les titres comme autant de perles de pluie lors d’une averse d’été.

Une homogénéité illustrée par les deux extraits de « Pygmalion », sa troisième plaque gravée dans la douleur et se soldant par une séparation de près de dix ans (NDR : entre 95 et 2014, l’aventure a été mise entre parenthèses), LP subtil et clairement électro, tant dans sa composition, son instrumentation que dans son approche, qui ici, en version live, épouse parfaitement les courbes ascendantes des morceaux basés sur les guitares et les effets multiples.

Ainsi, titres d’hier et nouvelles compos s’épousent dans une harmonie intemporelle sans marquer le moindre temps mort.

Frissons et poils dressés garantis !

Réveillant les souvenirs des moins jeunes, fouettant le plaisir des nouveaux fans. Jusqu’à l’apogée, la magistrale reprise de Syd Barrett, « Golden Hair », qui clôture la première partie du concert. Les guitares, au souffle exaltant, se sont mises à balayer l’espace sonore. Et sous une voûte céleste pliant sous le poids de l’émotion, une averse de notes répercutées dans l’infini par des échos dorés, s’est abattue…

Le rappel va d’abord nous réserver un moment intimiste, à travers le magnifique « Dagger » (NDR : un extrait de l’album « Slouvaki ») avant de s’achever par « 40 days », sous un déluge de hourras et de mains dressées vers les cieux.

Un set maîtrisé de main de maître mais qui ne laisse somme toute aucune place à l’impro, redite de soir en soir, ce qui constitue peut-être le seul bémol du spectacle.

Mais il serait sot de faire la fine bouche quand le menu s’est montré si succulent.

Pour les photos, c’est ici

Setlist :

Slomo
Catch the Breeze

Crazy for You
Star Roving
Slowdive
Souvlaki Space Station
Avalyn
Don't Know Why
Blue Skied an' Clear
When the Sun Hits
Alison
Sugar for the Pill
Golden Hair

No Longer Making Time
Dagger
40 Days

(Organisation : Botanique)

 

jeudi, 28 avril 2016 03:00

Les Aralunaires 2016 : jeudi 28 avril

Si ‘Les Aralunaires’ demeurent confinés au rang de ‘festival modeste’ au sein du paysage belge, il n’en reste pas moins l’un des fleurons en terme de découvertes.
Misant sur la diversité et l’ouverture d’esprit, cet événement annuel fête cette année sa huitième édition et propose une affiche délicatement imaginée et riche en genres.
Si Sharko a de très belle manière étrenné les festivités la veille, c’est un triptyque anglo-saxon qui donne la réplique ce soir, à l’Entrepôt.

Sur foi d’un unique 7 inches, soit deux chansons, les Anglo-gallois de Telegram ont déjà une réputation à entretenir. Et fidèles à la gouaille de leurs respectables aînés, ces quatre jeunes gens ne vont pas se priver pour enfoncer le clou.

Dans la plus pure veine ‘british, qui veut qu’un groupe encensé à ses premiers balbutiements batte le fer tant qu’il est show (NDLR : chaud ?), ces nouveaux prétendants au succès connaissent déjà les ficelles du métier et vont démontrer un potentiel que nous qualifierons d’intéressant.

Dans un esprit ‘revival glam’ revendiqué à coups de poses et de moulinettes de bras d’un ‘guitar hero’ plutôt doué ou au travers d’un chanteur manifestement très influencé par Marc Bolan, Telegram possède de réels atouts pour prolonger l’écho qui s’élève à son passage.

Compositions classiques mais efficaces et références surlignées à l’eyeliner n’en font certes pas un produit très original, mais sur le principe, le groupe tient largement la distance.

S’offrant même le luxe d’une reprise de Bowie, le temps d’un « Heroes » impeccablement exécuté.

Sous cette apparente assurance qui pourrait facilement passer pour de la prétention, en émane une étonnante simplicité lorsque, entre deux morceaux, quelques interventions presque timides et maladroites rappellent qu’après tout, tout ceci n’est qu’un jeu.

Une entrée en matière jouissive et qui donne consistance à cette énième sacralisation outre-Manche.

À l’exact opposé de cette mise en scène un peu cabotine, le combo londonien Ulrika Spacek mise tout sur sa musique et rien dans ses vêtements.

De fait, si la garde-robe de ces musicos –probablement héritée de l’Armée du Salut– ne paie guère de mine, le premier mini elpee au titre ironique (« The Album Paranoia », paru sur le label Tough Love) recèle une bien jolie palette de sonorités oscillant entre obsession et noise.

Absentes donc les glorieuses gestuelles et place à la sobriété (c’est même un euphémisme).

Si le départ semble linéaire, bien que très agréable, on apprécie les interventions plus contrastées, susceptibles de faire grimper en flèche l’adrénaline dans nos organismes en demande.

Faussement alanguis, nos esprits en alerte restent donc logiquement sur leur faim après un set trop bref.

Un signe néanmoins tangible d’une certaine attente qui, déçue par la durée du spectacle, nourrira certainement notre appétit pour l’avenir.

Enfin, place aux énigmatiques Girls Names, dont les aspirations new wave s’affichent dorénavant en lettres gothiques sur une discographie au départ brillamment ensoleillée.

Exit donc l’énergie juvénile des premiers elpees depuis le virage amorcé par le second, « The New Life ».

Poursuivant dans cette veine angoissée, le dernier en date (« Arms Around A Vision », publié également chez Tough Love Records, fin de l’an dernier) se contente de creuser la terre encore meuble dans laquelle ces Irlandais s’enfoncent avec plaisir pour mieux nous éclabousser.

Une approche plus sombre où la basse prend une place prépondérante. Et ça tombe plutôt bien, car Claire Miskimmin, la préposée à la quatre cordes, est du genre douée.

Si tout l’équilibre des chansons de Girls Names semble en rotation perpétuelle entre ces lignes ascendantes et hypnotiques, il ne faut pas pour autant sous-estimer l’importance des guitares et de quelques effets cycloniques habilement incorporés.

La fausse désinvolture du chanteur est accentuée par un tic grossier qui consiste à mâchouiller exagérément chaque fin de syllabe pour causer un effet qui se voudrait le reflet d’une certaine exaspération nihiliste (c’est du moins l’impression que donne cette pratique) ; mais qui abusivement mise en avant, ressemble au final à une parodie de Mark E Smith, le leader de The Fall.

Hormis cette réserve, l’ensemble tient correctement le cap de l’heure de jeu, et sans demander son reste, le groupe disparaît en coulisses sans accorder de rappel (une norme pour le combo).

De quoi clôturer une sympathique soirée placée sous l’égide du bon goût dont, décidément, Les Aralunaires sont de véritables ambassadeurs.

(Organisation : Les Aralunaires)

Telegram + Ulrika Spacek + Girls Names

 

mercredi, 25 novembre 2015 00:00

Entre noir et blanc…

L’amer de toute dualité produit des reflets d’argent.
Contrastes délicats et subtils qui s’étendent entre les lignes, entre chaque grain de sable parcourant l’infinie étendue entre le noir et le blanc.
Noir / Blanc
Amour / Haine
Yin / Yang
Métamorphosé, Josh T Pearson incarne à présent un cow-boy blanc, du haut de son Stetson jusqu’à la pointe des Santiags ; ce qui contraste efficacement avec l’image imprimée au revers de nos mémoires.
Transformé, sauvé, exhumé de la fosse au chagrin, l’homme écorché s’est relevé, s’est révélé.
Il ne reste plus de sa longue barbe de misère qu’une élégante toison brillante et entretenue, et sous son couvre-chef, une coiffure soignée.
Revenu de l’enfer et sans guère d’actualité à défendre, l’ex-Lift To Experience a repris la route, la guitare à la main. Mais accompagné, pour la circonstance.

Dans une amusante mise en scène évangélique, le cow-boy blanc parcourt quelques salles d’Europe triées sur le volet, flanqué de son acolyte, le cow-boy noir, sorte de reflet d’un miroir discerné en léger différé.

Lui, c’est Calvin Lebaron.

Plus qu’une copie de Pearson, il en est l’héritier naturel.

Un registre vocal plus large, certes, mais coincé dans un corps chétif, qui correspond parfaitement à ses chansons.

Un troubadour, seul sur les planches, en ouverture d’une soirée qui s’annonce des plus tristounettes.

Car, craignant sans doute davantage un accès de pathos qu’un déferlement barbare, le public liégeois se montre frileux, et ne se présente pas en nombre (c’est le moins qu’on puisse dire).

Éparpillée par grappes dans un Reflektor qui n’a jamais paru aussi grand, l’assistance se fait discrète par respect, mais aussi peut-être parce qu’elle n’a pas le choix…

Calvin Lebaron égrène alors ses chansons, tel un chapelet, essayant tant bien que mal de ne pas perdre son maigre auditoire, pour qui toute tentative de fuite discrète serait de toute façon vouée à l’échec.

Du haut du balcon, grand Stetson blanc observe son ouaille en toute bienveillance.

Puis le cow-boy noir disparaît dans l’ombre, laissant la place de choix à son mentor.

Difficile de le blâmer tout de même pour ce set confinant à l’ennui.

La vraie déception viendra donc quelque part de Josh lui-même.

Même si au final, il ne sera question que de rédemption.

Car au delà de la transformation physique qui signe un renouveau mais ne masque pas toutes les cicatrices, la vérité, c’est que notre cow-boy n’a plus rien à dire depuis 2011.

La raison ?

« Last Of The Country Gentlemen », un album merveilleux de chagrin, une catharsis lumineuse et plombée de tristesse, est malheureusement appelé à ne pas avoir de lendemain.

Un opus sobre et pourtant étonnamment riche. Où tout est dit. Une somme, une bible.

Donc, depuis, plus rien, si ce n’est un live et quelques bizarreries, tels ces chants de Noël repris pour un CD bonus accompagnant cet elpee dont il est question.

Et c’est justement dans ce registre que Josh décide de planter sa croix.

Calvin Lebaron, qui semble tout aussi attiré par le répertoire pastoral, soutient Pearson, fils de pasteur, pour la petite histoire, et ensemble, ils entament en c(h)oeur un petit cantique désabusé.

Le risque est énorme, mais on pressent que le Texan désire n’en faire qu’à sa tête.

De fait, il annonce le programme de la soirée : old songs en solo et reprises en duo.

Tel sera le menu festif.

Par reprises, on espère alors avoir droit à « Enjoy The Silence » de Depeche Mode ou encore le « Rivers Of Babylon » de Boney M, titre généralement accouplé à l’une ou l’autre de ses chansons.

Las !

Vêtus de fringues évangélistes (des panneaux de carton enfonçant le clou dans la veine de cette blague spirituelle) et sous le patronyme de Two Witnesses, le duo Pearson-Lebaron s’offre les plus grands succès de la Thanksgiving.

Forcément pas passionnant.

La beauté viendra néanmoins, mais il faudra être patient.

Car si notre homme semble aller mieux, l’immersion dans le passé entraîne toujours la même émotion excavée du creux de sa gorge. Et c’est ce que votre serviteur est venu chercher.

Mais puisque le set joue la carte de la dualité lumière/obscurité, il est nécessaire de faire fi de ses appréhensions de païens.

Vient alors le moment du diptyque « Woman, When I’ve raised Hell » / « Sweetheart, I Ain’T Your Christ ». Un exercice périlleux exécuté comme un rituel, dévotement. Et qui requiert toute l’attention.

Quelques instants plus tard, Josh s’arrête au milieu d’une chanson.

Poliment d’abord, il demande à deux spectateurs de cesser leur babillage.

Pour inaudible que soit leur conversation, c’est leur attitude qu’il semble condamner.

Encouragé par les applaudissements du public, toujours prompt à se ranger derrière l’avis de l’artiste, une once d’agacement vient rapidement se glisser dans les rouages de la confiance et le cow-boy blanc de se montrer étonnamment véhément.

La vérité apparaît en filigrane sur le visage à la barbe nette, sous les traits d’une ombre qui s’abat sur les épaules de notre cow-boy.

Pour reprendre le contrôle, il tourne alors le dos à la foule. L’agacement et la nervosité se devinent, mais en s’appliquant, il revient à « Sorry With A Song », ce qui pour le coup, paraît un amusant hasard…

Le fil était à deux doigts de se rompre, il n’en sera rien.

Puis, quelques instants plus tard, vient l’instant de grâce. Celui qui fait la différence. Celui qui imprime sa marque majestueuse et subtile pour longtemps.

Une chanson exceptionnelle de tragédie, extraite, exhumée des fonds de tiroir ; et qui en elle seule, recèle la genèse de « Last of The Country Gentlemen ».

Celle qui raconte tout ou en partie ; celle qui met à nu son auteur, celle-là même, impudique, cruelle, déchirante, dévastatrice qui ne figure nulle part et dont on n’a pas de trace.

Une chanson rarement interprétée, car émotionnellement difficile à appréhender, laissant, de l’avis même de Josh, trop de sanglots dans la voix.

Et si cette fois il ne pleure pas, on sent néanmoins toute la souffrance vécue quand il évoque cet enfant perdu, cette vie dissolue.

La suite ne sera qu’anecdotique.

Encore des chants de culs bénis et des chansons de grand-mères, qui pour divertissantes, démontrent que Josh T Pearson n’écrira sans doute jamais une suite à « Last Of… »

Toute la douleur de son âme déchirée y est confinée, et c’est là que vous y trouverez l’essence de son œuvre.

La soirée s’achèvera au bar, où cow-boy blanc fera une furtive apparition, pour communier avec ceux qui le désirent.

Avant de s’en aller fêter la Thanksgiving sur la route ou dans son Texas natal. 

(Organisation : Les Ardentes)

 

 

 

mercredi, 16 septembre 2015 18:05

S/T

La beauté secrète d’une narration abstraite réside dans le niveau de perception de chacun mais aussi selon l’humeur du moment.

Tenez donc compte de ces paramètres avant de plonger tête première dans cette œuvre.

Assemblant leurs visions en un jeu de miroirs auditifs, Jean DL et Sandrine Verstraete dessinent un labyrinthe majestueux où les trompe l’oreille se détachent sur des surfaces mutantes aux aspects confondus.

Alors que s’impriment et se juxtaposent les premières images paresseuses, translucides comme un rêve, au revers de l’imagination, l’aiguille caresse et rebondit au creux de ce sillon, qui lentement s’insinue au cœur de l’audition.

Attentive aux détails et bercée par ces ambiances fantomatiques, la bande son construit peu à peu le film dans lequel tour à tour, on se débat, se dissout ou continue de naviguer.

Car le travail dont il est question ici ne s’appréhende pas distraitement.

S’il est question de poésie, celle-ci est opaque, rêche, volontairement dérangeante.

Comme du Baudelaire sous acide ou du Poe distillé au travers de multiples parasites.

Les contours sont évanescents, comme autant de flous gaussiens dans un univers urbain hanté.

Le résultat est forcément hors norme et répond aux propres codes du couple, au-delà du duo.

Lui, préposé à la guitare, préoccupé par la capture de fragments d’échos sur un mur ondoyant ; elle, peignant l’imaginaire sur de vielles bandes magnétiques passées, repassées, trépassées, dans des lecteurs d’une autre époque, renvoyant à d’autres mondes.

Soulignons aussi la photographie de l’artiste belge Dirk Braeckman qui, pour illustrer ce très bel objet, fige un instantané de cet univers cinématographique solitaire.

L’écoute de « S/T » doit être exempte de toute contrainte quotidienne.

Affranchie de l’enveloppe du temps, détachée du présent.

Exaltant!

 

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