Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook    Instagram   Youtube   Myspace Myspace

Nos partenaires

Akim Serar

Akim Serar

dimanche, 17 mai 2015 01:00

Mi-dieu, mi-bête…

Côté pile ou côté face, un concert des Swans recèle toujours une part de mystère...
Selon l’humeur de son mentor ou du mélomane, mais également les circonstances qui entourent le déroulement de la soirée, le résultat peut s’avérer une expérience transcendante ou une épreuve physique et douloureuse (surtout pour les tympans délicats).
Mais ce qui est certain, c'est qu'il se passe toujours quelque chose.
Au moment où la pièce de monnaie voltige dans les airs, incertaine de la face qui échouera sur le sol, les premières grappes de spectateurs s'avancent solennellement vers l'autel où Michael Gira et les siens transformeront l'atmosphère en une matière palpable et l'air en un incandescent magma en fusion.

Mais avant le déluge, place à la montée des eaux...

Okkyung Lee, est seule sur l’estrade.

En vérité, non. La jeune artiste est accompagnée de son violoncelle.

Elle et son instrument font totalement corps pour livrer une prestation déconcertante.

Qui en aucun cas ne peut laisser indifférent.

Ses soli dressent une cartographie imaginaire de l'émotion à fleur de peau.

Grinçants pour certains, électriques pour d'autres, ses incessants va-et-vient le long de son manche sont vertigineux et libèrent une intensité indescriptible.

Si une totale immersion en solitaire est nécessaire pour pénétrer l'univers de cette artiste, c’est après avoir atteint le cœur de sa musique organique, que la magie peut exercer ses charmes. Mais pour parvenir à atteindre cet état de conscience, il faut également être hermétique à toute distraction extérieure (ce qui dans le cas de votre serviteur s'avère délicat, ce soir).

Expérimentale, marginale et abstraite, son expression sonore a le pouvoir de convertir celles et ceux disposés à oser une telle plongée en apnée.

Son archet ciselant l'épine dorsale jusqu'à en tirer l'essence du frisson.

À contrario, pour celles et ceux restés au pas de la porte, cette musique évoque tour à tour le chant du bourdon dans une bouteille de verre ou encore la lente agonie d'un brame engoncé dans une gorge rocailleuse.

Elle n’est guère accessible et exige un minimum d'abandon.

Perso, distrait par de nombreux éléments extérieurs, je n'ai pas autorisé la demoiselle à pénétrer mon esprit, déjà tourné vers le noir ramage des oiseaux nocturnes.

Au vingt et unième coup d'horloge, le gong retentit.

Par vagues successives, la vague sonore ondule et envahit l’espace.

Telle la marée montante, qui bientôt nous submergera.

Lentement, mais sûrement.

Après plus de vingt minutes essentielles au conditionnement, le set commence à s'articuler autour de Michael Gira, plus shaman que jamais (et diva me souffleront certains).

"Frankie M" suit donc ce déluge en s’infiltrant lentement, insidieusement, dans nos ouïes, nos esprits et nos âmes.

Une rythmique hypnotique, lourde et puissante assiège sournoisement nos remparts, rejetant toute forme de complicité maligne…

Physique, âpre et rugueuse, la bête envahit tout l’espace.

Haletante, elle nous pousse dans nos derniers retranchements.

Sa puissance est monstrueuse, mais sa sensibilité est à fleur de peau...

Orchestrant tel un rituel, le chaos organisé autour de lui, Gira exige autant du public que de son groupe ou de toute personne impliquée dans le processus.

Son attitude despotique a depuis longtemps forgé son image, voire son mythe, et il semble prendre un certain plaisir à en jouer.

Impassibles et rôdés aux desseins de leur maître, les autres membres s’exécutent autour de cette ossature et dirigent le son exactement où le dieu Gira l'exige, soit vers des cimes ténébreuses et tourmentées où la pleine conscience se brise sur des versants saillants.

Exigeant, voir intransigeant, seul maître à bord d'une embarcation frayant au travers du tumulte, Michael Gira est LA figure de proue de Swans, quitte à laisser les autres comme de simples faire-valoir.

Pourtant, inutile d'êtres devin pour constater que Swans ne serait pas ce qu'il est actuellement, sous une autre configuration.

Derrière cet effacement, qui semble parfois confiner à l'ennui –suffit d’observer Kristof Hahn, délégué au pedal steel, qui mastique un chewing-gum– se cache en fait le secret de Swans ; soit une harmonie parfaite au sein d'une hégémonie indiscutable.

Cinglant l'air de ses bras, exhortant sa troupe, l'homme au stetson (absent de son chef, ce soir) dirige donc l'auditoire vers le gouffre tendu comme une gueule affamée.

L'écume aux lèvres, la créature nous happe.

Rares sont celles et ceux qui s'échappent ou font mine de vouloir y échapper.

Après plus de deux heures de célébration, la messe est dite.

En communion avec leur public, les cygnes tirent leur révérence.

Majestueux.

Les tympans déchirés mais l'esprit libéré, la foule peut alors se retirer.

Dehors, la nuit est douce.

Les premiers avis s'échangent sur le parvis.

Au bout de l'expérience, résonne pour un long moment encore l'écho de Swans.

(Organisation Reflektor)

 

 

samedi, 25 avril 2015 01:00

Objectif : Lune !

Initié fin 2009, en parallèle à Wooden Shijps, Moon Duo trouve de plus en plus ses marques dans le paysage sonore (et sonique) actuel, faisant figure de Pygmalion pour bon nombre de mélomanes.
Surfant sur les mêmes trames psychédéliques que Wooden Shijps, le projet monté par le talentueux Mister Ripley Johnson et de sa compagne à la ville, Sanae Yamada, s’en détache néanmoins par une approche plus directe, tout en gardant bien sûr en ligne de mire les circonvolutions en spirales propres au genre.
Gagnant à la force du poignet ses galons de ‘guitar héro’ un rien hypster, l’ami Johnson ne s’égare pas dans de futiles joutes tape-à-l’œil (NDLR : à l’oreille ?) ; ce qui somme toute, reflète parfaitement son travail discret mais impeccable.
Forts des échos enthousiastes recueillis à chacun de ses passages, la paire, renforcée depuis deux années par un vrai batteur remuant des vrais bras sur scène (en la personne de John Jeffrey), attire de plus en plus de curieux, tout en ramenant son cheptel de fans inconditionnels.
Elle a même décroché une place de choix dans une veine très à la mode actuellement (le band constituera l’une des attractions majeures du Eindhoven Psych’ Lab, en juin prochain).
Bref, absolument dans l’air du temps, le genre d’évènement quasi hype à récupérer au sommet de la vague.

Les premières notes déjà hypnotiques de « Wilding » résonnent sous la voûte étoilée de la salle circulaire alors que le public s’agglutine à la hâte.

Votre serviteur y compris, recraché juste à temps par la circulation locale.

Les soli de guitares dessinent les premières arabesques sur la ritournelle obsédante de l’orgue et déjà un constat s’impose : des deux pendants indissociables au mantras psychédéliques (l’ennui en opposition à la transe), Moon Duo milite plus que régulièrement dans la meilleure de ces deux catégories.

Si la redite est inévitable, dans ce mouvement propre à tournoyer sur lui-même, il est heureux que Moon Duo opte pour une spirale ascendante par la grâce de rythmiques robotiques impeccables qui amènent le corps à se détacher de l’esprit sans laisser celui-ci se poser trop de questions.

Ainsi, sans temps mort, les pépites de « Shadow of The Sun », principale source de la set list de ce soir, puisque petit dernier de la discographie, s’égrènent et éclosent çà et là en autant de germes porteurs de dérives psychotiques chères au public ici présent.

Territoire conquis d’avance, certes, mais qui n’autorise pas le sieur Ripley et sa gente dame à offrir autre chose que le meilleur d’eux-mêmes.

Car si l’auditoire accepte la danse du Shaman, il exige également de le retrouver lui aussi de l’autre côté, dans cet état évanescent et mystique que tissent les mandalas musicaux.

Si on pouvait craindre que la succession de dates (la rançon d’un succès qui ne cesse de croître) lasse nos trois musiciens, ils n’ont rien laissé transparaître dans leur attitude, certes, un peu engoncée, mais en corrélation avec l’esprit général (où le visage fermé, les yeux clos, on se laisse emporter en affichant un air mi-sérieux, mi habité).

Les projections se chargeant d’apporter leurs couleurs à ce rêve halluciné, la soirée s’écoule sans surprise, sans anicroche non plus.

La machine est parfaitement en place, et les rouages sont bien huilés.

Néanmoins, l’évolution est palpable chez ceux qui suivent leur parcours depuis le début et ont déjà eu l’occasion de les voir auparavant ; ce qui est le cas de votre dévoué serviteur.

Sans oser parler d’accessibilité, la musique de Moon Duo a semble-t-il trouvé ses propres marques et se sent de plus en plus à l’aise dans son registre, à présent pompé plus que de raison par de nombreux groupes aux résonances cosmiques, preuve s’il en est de son influence majeure.

Mais loin de s’autoproclamer pape ou modèle en la matière, Ripley se contente d’explorer plus avant son univers personnel, que ce soit sous l’identité de son band ou de son projet conjugal, égal à lui-même, soit sans esbroufe.

Le résultat, déjà plus que convaincant sur disque, s’affiche ici superbement et ravit les heureux détenteurs d’un sésame.

Évitant d’inutiles distractions, Moon Duo va directement à l’essentiel, objectif : lune.

Le périple est forcément étudié en fonction de l’efficacité.

Les titres propices au rêve sont écartés ; ne reste que la ligne droite et directe tracée vers ces paradis artificiels qui se dessine au fil des minutes introspectives.

Processus générant son lot de trips au sein d’un public acceptant la mise en orbite.

Six titres plus tard (ce qui peut paraître court mais pas dans le registre à rallonge de ces transes hypnotiques), les trois comparses reviennent accorder un rappel où « Goners » rappelle le chemin parcouru et l’évidente filiation avec Suicide, le Velvet et d’autres références toutes aussi évidentes mais tellement passées à la moulinette, qu’il n’en ressort qu’un agglomérat compact d’originalité et de génial savoir-faire.

Si Moon Duo n’a pas inventé le fil à couper le beurre, il peut au moins se targuer d’avoir réinventé un état d’esprit intègre et loin des clichés du genre.

L’enthousiasme au sortir de la salle est palpable.

Le public a en eu pour son argent (et le prix du ticket était très bon marché).

Il est fort à parier que lorsque Moon Duo se produira à nouveau en salle, elle aura pris une autre envergure…

(Organisation : Botanique).

 

 

L’occasion était belle de découvrir enfin le Reflektor, première salle de concert d’une réelle envergure à Liège.
Inauguré début mars, ce nouvel écrin a déjà eu l’occasion d’accueillir, entre autres, Jean-Louis Murat et Oscar and The Wolf.
Perso, le concert de la petite folkeuse américaine était une belle opportunité de vérifier tout le bien qui avait déjà été dit au sujet de cet endroit.
Et force est de constater que Liège possède (enfin !) un lieu digne du nom en matière d’investissement musical.
Si les proportions de l’endroit restent modestes (on y entassera quand même près de six cent personnes les soirs de gala), il faut reconnaître que ouatée et teintée de reflets bleus, son atmopshère est manifestement propice à bien des réjouissances.
Et puis, surtout, l’acoustique est absolument bluffante.
Bref, d’excellentes conditions pour apprécier pleinement le spectacle de ce soir, tout comme ceux programmés dans le futur.

Peu de monde à l’entame de cette soirée aux abords intimistes.

Le seul Sam Amidon est donc contraint de chauffer la salle, armé de sa guitare sèche ou de son banjo.

Un exercice périlleux auquel l’Américain semble néanmoins rôdé.

Pour attachantes que sont ses chansons sur support physique, sa prestation ne m’emballe guère.

Si les plus polies des oreilles daignent refuser l’appel d’une bière savourée en terrasse, les autres s’esquivent par grappes au fil du set.

Vous laissant deviner à quelle catégorie appartient mon appareil auditif, laissez-moi enchaîner sans plus attendre sur le concert ce la charmante Sharon.

Faisons fi de toute surprise.

Il semble évident que chaque spectateur sait à quoi s’attendre.

Et Sharon Van Etten n’est pas du genre à décevoir ses fans.

Si l’artiste s’excuse pour les quelques approximations rencontrées, suite à la mise en place de son groupe qui la rejoint pour le premier soir, pas un spectateur présent ne pensera à lui en tenir rigueur.

Car ici, tout est soigneusement mis en place, et rien ne semble dépasser.

La configuration scénique du band, installé en arc de cercle, ouvre directement la voie de la modestie, mais certainement pas de l’effacement.

Car la voix a, au fil du temps, gagné en assurance.

La présence sera donc opérée par le biais de ce vecteur.

Les interventions entre les morceaux sont un peu formatées, certes, mais l’émotion transmise pendant l’exécution des morceaux, assure son quota de frissons.

Le répertoire gonflé d’amertume s’égrène comme un chapelet, à peine secoué par quelques vagues électriques.

Pas de mise en danger, mais une constante mise en abîme qui tire ici quelques larmes, là  quelques zestes de bonheur.

Voilà, cela s’arrête là. Tout simplement.

Les fans savent pourquoi.

Je ne fais pas partie de cette catégorie.

Donc je me suis un peu lassé...

Faut dire que j’avais déjà vu.

Du coup, mes portugaises allaient de temps à autre prendre la température au dehors, mon gosier clapotait dans une bière ou mes lèvres tiraient longuement sur une cigarette, avant de revenir et de constater que tout était toujours parfaitement coordonné...

Rien à reprocher, rien à regretter.

Une excellente soirée qui s’achève au final devant un point merchandising étonnamment déserté.

Par les fans, mais aussi par Sharon elle même.

Dommage, quelques prétendants l’attendaient de pied ferme !

(Organisation : Les Ardentes)

Photos concert du 17 avril au Botanique :

http://musiczine.lavenir.net/fr/photos/sam-amidon-17-04-2015/
http://musiczine.lavenir.net/fr/photos/sharon-van-etten-17-04-2015/

 

 

dimanche, 19 avril 2015 01:00

Neither Virtue Nor Anger

Tout auréolé d’une couronne d’épines psychédélique sur le front, Sonic Jesus vient de débarquer.

Parrainé par Black Angels –une filiation concrétisée par un split single– ce combo italien est sans doute ce qui se fait de plus original dans un genre qui tend à se mordre la queue (NDR : même si la redondance appartient à ce mouvement).

Mais cette singularité procède surtout de sa large palettes d’influences, qui oscillent de Sisters Of Mercy à Can, en passant bien entendu par les inévitables et incontournables papes du style.

Ainsi « Locomotive », qui introduit ce premier opus, évoque l’ouverture du « Turn On The Bright Lights » d’Interpol.

Quand l’expression sonore est sur les rails, prête à traverser un climat ténébreux, perturbé et angoissant, une tempête sonique nous propulse dans la stratosphère avant de nous rabattre sur la terre, turbulence au cours de laquelle on croise des spectres de glace au profil gothique, rarement rencontrés sous ce format musical.

C’est sans doute ce qui fait la richesse de « Neither Virtue Nor Anger ».  

Drums martiaux, semblant émaner directement de l’enfer, voix d’outre-tombe, guitares fuzz fiévreuses, orgue dérangé et ligne de basse hypnotique, susceptible de broder des motifs en spirale ascensionnelles, alimentent cette atmosphère sépulcrale.

Dès les premières mesures, on est pris aux tripes. Peu de répit pour recouvrer son souffle, qu’on ne souhaite de toute façon pas reprendre.

C’est donc haletant qu’on arrive au bout du premier CD, se précipitant tout de go sur la suite.

Car Sonic Jesus ne se la joue pas à l’économie. Il y a de la quantité sur ces deux disques. 16 titres. Et surtout de la qualité.

À l’image de cette Pietà illustrant la pochette, le band confère à sa musique un romantisme torturé et une folie électrique, comme si un ange déchu avait été jeté dans le tourbillon des flammes de l’empire des morts, suite à une descente psychotrope hallucinée.

Puissant mais chargé de nuances, cet opus traduit un cri primal et urgent destiné à dépasser les cimes de l’indifférence. Un premier essai qui marque le premier pas d’une discographie qu’on souhaite prolifique.

 

mercredi, 25 mars 2015 00:00

Comme un long fleuve trop tranquille…

Détenteur d’un sésame, gagné haut la main chez nos amis de Rifraf (ben quoi, Noel Gallagher et Damon Albarn ne sont-ils pas copains comme cochons, à présent ?), je monte sur le pont de la péniche baptisée ‘Inside Out’, une embarcation amarrée depuis quelques années, sous la passerelle liégeoise.
Endroit insolite et au demeurant fort agréable pour assister circonstanciellement à une soirée endiablée ou comme c’est le cas ce soir, un concert au sein d’un climat feutré et quelque peu… tanguant.
Hélas ! Appelé à lever l’ancre prochainement, de manière définitive, le navire livre ses dernières représentations.
Mais pour l’heure, la jeune et prometteuse organisation PopKatari envahissait les lieux (elle remettra le couvert le 20 avril prochain et on vous en reparlera), pour une triple affiche aux douces effluves de champignons acidulés.
Capitaine ! Prêt à larguer les amarres ?

Accroché au bastingage, je prête une oreille aux premiers accents musicaux qui émanent du fond de la cale.

Intrigué, je descends les marches et me retrouve face à un quartet dont les musicos doivent avoir à peine dix-sept ans de moyenne, mais dont la gouaille et le talent efface vite toute trace d’immaturité prépubère.

Épatants de maîtrise pour l’un de leurs premiers concerts, les enfants de la région me font forte impression.

Si la somme de leurs influences semble confinée à un seul groupe, gageons qu’ils ne tarderont pas à se détacher de cette fratrie, même si fort élogieuse, elles sont encore un peu trop prononcées pour asseoir leur future réputation.

Bosko, dont le leader a une voix vraiment épatante, devrait donc bientôt percer au travers de la brume locale et dériver vers des eaux plus riches, en éveillant d’abord l’intérêt des fans d’Arctic Monkeys.

Puisque de singe il est question, commençons par celui qui dédaigne le dos de Willo, combo rouennais venu déposer ses rêves hallucinés, le temps de cette croisière, sur la Meuse.

« There’s No Monkey On My Back » ouvre en effet le set et démontre rapidement les limites du band, surtout sur le plan vocal. On cherche vainement l’émotion et rapidement l’ennui commence à vous envahir, comme un singe en hiver.

Les compositions sans réelle inspiration ne parvenant pas relever la sauce, le concert finit par provoquer ma fuite sur le ponton.

Peu de vent, pas d’embrun, ce groupe dont le style était annoncé quelque part entre celui de Grandaddy et des Flaming Lips, pour ses prestations énergiques, ne soulève guère de vagues.

Battant pavillon anglais, Virginia Wing approche enfin de l’embarcadère.

Escale portuaire avant de s’engager auprès de Notwist pour quelques dates outre-Rhin.

Placée en figure de proue, Alice Merida Richards et ses espadrilles (!) se fondent rapidement derrière ses synthés Korg ; mais sa voix trouve immédiatement place au milieu de réglages techniques imposés par un soundcheck hâtif.

Le psychédélisme post-kraut-pop parfumé d’essence nineties (oui, on pense effectivement à Stereolab), d’une belle efficacité sur disque (« Measures Of Joy » paru en novembre dernier) est censé prouver son potentiel sur scène, dépouillé des artifices du studio.

Si on ne tiendra pas trop rigueur à la formation pour les quelques approximations, notamment rythmiques dues, sans doute, à leur première date de leur tournée, on relèvera tout de même une sacrée perte de vitesse sur la longueur d’un set… qui n’aura duré que trente cinq minutes montre en main.

Plutôt emprunté et ne dégageant pas spécialement d’aura (le bassiste semblant si dépressif qu’on avait pris soin de retirer tout nœud marin des environs), la solution sonore s’enlise après le single « Marnie » et ne ressurgit des profondeurs du bassin liégeois que sur un final qui s’achève abruptement.

Sans l’ombre d’un rappel, les Londoniens filent alors en douce vers leur prochaine destination, nous laissant sur notre faim.

Si la péniche reste à quai, on attendait certainement que les artistes programmés ce soir, nous emmènent vers d’autres horizons.

Au final, ce sont les enfants du pays qui nous ont emportés au-delà de l’estuaire…

(Organisation : PopKatari)

 

samedi, 14 mars 2015 22:11

Between Wine And Blood

Plus besoin de présenter New Model Army, actif depuis mille neuf cent quatre-vingt, puisque ceux qui ignorent leur existence sont ceux qui ont choisi de les ignorer.

Pour le reste, pas grand chose à ajouter.

On ne prêche pas les convertis.

À l’instar de son titre évocateur, « Between Wine And Blood » poursuit la croisade entamée, il y a déjà trente-cinq ans.

Et à cet âge respectable, pour un groupe aussi intègre, il n’est plus besoin de bousculer les événements.

Du moins les fondations.

Car le contenu est toujours aussi excitant, passionné et viscéralement vivant.

Révolutionnaire, engagé, réponse hargneuse aux gentils Levellers et fier représentant d’un genre ignoré sur ses propres terres, NMA (pour les intimes) continue donc sa campagne contre vents et marées.

Parmi ces groupes fédérant un amour inconditionnel de la part de ses fans de la première heure, la bande à Justin pourrait être l’étendard brandi devant une armée de fantômes.

Mais de cela, NMA n’en a cure…

 

samedi, 14 mars 2015 22:03

Time Is Over One Day Old

Initié à l’aube de l’odyssée de l’espace, ce projet aux contours flous rebondit donc après treize années en apesanteur.

Évolution nébuleuse qui l’a vu atterrir sur la surface faussement plane du label Dead Ocean dès deux mille douze (l’album « I Love You, It’s Cool », épinglé en son temps par Pitchfork) et permet dès lors à Jon Philpot, la tête et le cœur de Bear In Heaven, de concrétiser ses idées en les matérialisant sous forme de groupe à part entière.

Ainsi, « Time Is… » relève autant des introspections de son mentor que du subtil équilibre susceptible de se créer au sein d’un band.

Bien entouré, le commandant Philpot met donc en orbite dix titres naviguant entre une électro maligne et une variante élégante du Krautrock.

La voix douce de notre pilote en chef fait office de parfait contrepoint à la pâleur fantomatique de l’ensemble aux sonorités clairement figées dans un âge de glace (à vrai dire, les eighties, l’âge d’or du genre).

Quelques incursions de guitares noyées de reverb’ se reflètent dans cet édifice de verre, pas aussi poli qu’on pourrait imaginer.

Maîtrisant son univers, Bear In Heaven ne craint pas de mettre ici des chœurs, là d’évidentes mélodies qui passent comme une hostie à la messe ou encore dans certains recoins,  d’obscures nappes de brume qui se dissipent avec grâce et lenteur.

Le voyage se déroule donc de manière on ne peut plus agréable, et c’est peut-être le seul reproche qu’on pourrait faire à cette œuvre, qui manque parfois d’un sursaut de gnaque.

Mais il est des rêves vaporeux qui se passent très bien de tout accroc.

 

samedi, 14 mars 2015 22:02

In The Silence (Deluxe edition)

Un bien bel objet que cette réédition limitée du premier album d’Asgeir Trausti Einarson (je vous épargne les accents et l’accent), sorti en deux mille douze.

Enième livrée d’un même opus, certes (voir chronique ici), mais présentée avec goût.

Récapitulons pour les absents :

Suite au succès national de son tout premier enregistrement dans la langue de ses ancêtres, le jeune Asgeir s’engage à conquérir le monde, comme ses glorieux aïeux, jadis.

Décidé à ne pas se les geler éternellement dans ses paysages givrés, il décide ensuite d’enregistrer le même disque, dans la langue universelle : l’anglais.

Une excellente initiative qui lui permet de lever les amarres et de voir du pays (et nous étions présents lors de ses passages aux confins de nos territoires)

Peu à peu, le lutin, architecte en congères, se fait une place au soleil.

Le reste appartient à la légende, consignée avec soin, à la fin du livret, par Asgeir en personne.

Mais plus qu’une jolie histoire, la musique d’Asgeir recèle bien des charmes.

D’abord, le petit farfadet possède un bien joli organe vocal et sa musique, subtilement boisée dans une forêt électronique, a de quoi faire chavirer bien des cœurs en dehors de son seul pays de glace.

Pourquoi alors ressortir à nouveau ce disque ?

Outre l’aspect marketing, il faut bien avouer qu’on ne décèle pas de véritable raison, si ce n’est contaminer d’autres fans, en attendant la sortie de nouveautés.

« In The Silence » reprend donc l’idée de la double version, mais l’édition limitée offre un troisième volet en bonus, sur lequel nous attarder ultérieurement.

Les deux premiers CD’s sont donc des jumeaux, à l’exception de la langue.

Bien sûr, à quelques exceptions près, au sein de notre lectorat, nous ne trouverons que des amateurs de la version anglaise. Certes, la VO est fort agréable à écouter en mangeant des marshmallows au coin du feu sur une peau de phoque synthétique. Mais nous garderons cette option pour les futures soirées d’hiver.

Pour l’heure, revenons à ce silence (in English, please), cher à Asgeir.

Un beat en suspension, bientôt rejoint par une caresse pianotée et la voix d’ange vient se poser délicatement.

Plus qu’une recette, presque une marque de fabrique.

Tout le monde n’aime pas la neige, mais au demeurant, presque tout le monde est d’accord sur le fait que voir danser des flocons dans un ciel étoilé a quelque chose de magique.

Et bien, c’est cette métaphore qui sied aux compositions de notre habitant des contrées nordiques.

S’ils s’en trouvent pour se lasser rapidement d’un tel spectacle, d’autres, à l’âme toute retournée, n’hésiteront pas à venir coller leur nez à la fenêtre encore et encore, à l’écoute de cet album, ma foi, fort bien réalisé, produit et exécuté.

Le jeune homme disposant d’un joli minois, on comprendra aisément que son auditoire se compose d’une majorité de cœurs sensibles et autant l’avouer, principalement féminins.

Les orchestrations sont fignolées (cuivres et cordes) et le résultat subtil et charmant.

Le single « King And Cross » se démarque quelque peu de la mêlée et justifie son choix de fer de lance.

Mais « Head In The Snow » remporte lui tous mes suffrages.

Un morceau limpide et lumineux, emmené par une électro grésillante au sein d’une pluie en arpège, et dont une batterie en suspens vient soulever les coins de mystère, avant d’en ralentir le rythme cardiaque dans un dernier souffle retenu.
 

Sinon, pour son efficacité, « Torrent » se pose là comme titre phare au milieu de cet opus, en embuscade dans cette fausse torpeur initiée par l’ensemble des chansons, avec ses assauts aux allures militaires de Vikings frondant les océans.

Un titre qui se dévoile ensuite pudiquement, mais en affichant la même grâce sur le troisième disque, consacré aux chutes de studio, remixes divers et… à une reprise déstabilisante.

Prenant soin de confronter le feu à la glace, l’Islandais nous gratifie d’une cover du « Heart-Shapped Box » de Nirvana ; mais du bout des doigts.

Sa voix de tête s’élevant bien au-dessus des cimes.

Bref, « In The Silence » enfonce le clou, là où « Dýrð Í Dauðaþög » traçait une voie royale aux pieds de ce talentueux bonhomme des neiges.

Et s’il s’agit du même disque, on s’en fout un peu, parce que au demeurant, comme dans un film, on optera pour la version qui nous plait.

jeudi, 26 février 2015 17:59

Beautiful Sad Stories

Attentif à offrir de belles mélodies sans brusquer l’auditeur, ce groupe ne prétend pas surprendre mais vise juste quant à proposer un agréable moment en sa compagnie.

Arrondies sous tous les angles, les mélodies, certes sages (à l’exception de quelques timides dissonances à l’entame de “Fire”) caressent dans le sens du poil et semblent même formatées pour certaines ondes radiophoniques.

Pas étonnant dès lors de retrouver deux titres en version ‘Edit’ pour rentrer plus aisément dans les plages horaires de grandes écoutes.

Faut-il pour autant condamner cette attitude?

Non, si on considère l’œuvre sous un angle relativement ouvert et en l’acceptant pour ce qu’elle est, n’évaluant intrinsèquement que ses réelles qualités…

À commencer par une voix pleine de charme qui se démarque immédiatement et séduit facilement.

Pour le reste, dans un registre qui lorgne vers le Post Rock (si on évoque cette étiquette dès qu’il est question d’intimes introspections conduites progressivement vers un certain paroxysme), les compositions de Volver héritent d’une luminosité chatoyante, même si parfois trop éclatantes.

Procurant leur lot d’émotions en usant d’évidentes ficelles, mais avec brio.

Forcément, ce vernis bien sage agacera les plus exigeants, puisque rien ici ne vient déranger l’apparente harmonie.

La faute aussi à une production léchée qui étouffe les bouillonnements en puissance et jugule les montées d’adrénaline.

Mais l’ensemble tient parfaitement la route et devrait plaire aux âmes romantiques teintées de sépia.

Sans rien bousculer, Volver pourrait donc très bien se faire une place au soleil et briguer quelques dates dans nos festivals cet été.

 

mardi, 27 janvier 2015 19:12

Spiral (Ep)

Alors qu’un florilège de jeux de mots pourrait évoquer ce projet avançant à demi-masqué, ce qui retient l’attention, et c’est bien là le principal, c’est la beauté qui en émane.

Oui, car c’est bien de beauté dont il est question ici.

Une beauté diaphane, mais palpable dès les premières mesures, qui se dévoile avec pudeur et discrétion, suscitant le désir au long de ses trois titres.

Et quand le désir naît lentement, il n’en est que décuplé.

Trois titres, c’est court, mais amplement suffisant pour adhérer à ce nouveau projet initié par un producteur italo-français exilé dans un studio londonien.

De quoi s’agit-il?

De compositions trempées dans un bain acide de Pop Psychédélique aux émanations Kraut et aux effluves enivrantes qui évoquent tour à tour un kaléidoscope d’images cinématographiques (Sofia Coppola ou Jésus Franco au hasard).

Musicalement, on évoque forcément quelques fiers représentants de ces diverses scènes, mais le traitement et l’approche distinguent Le Masque de toute comparaison hâtive et irrémédiablement réductrice.

Un petit Air de “Virgin Suicide” planant tout au long, dessinant les volutes de rêves évaporés.

En embuscade, “That’s All Over” clôture ce premier Ep en guise d’invitation à un retour qu’on espère des plus rapide.

À découvrir sans modération sur Bandcamp et c'est ici

 

Page 3 sur 22
FaLang translation system by Faboba