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Akim Serar

Akim Serar

mardi, 27 novembre 2018 17:55

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Il est de ces lumières émanant des ténèbres dont les beautés secrètes gisent dans l’ombre. Des beautés qui se languissent d’être caressées, embrassées, délivrées, possédées.

Hurlant de ce désir ardent d’être découvertes, exposées au grand jour jusqu’à s’en brûler la rétine au contact d’un soleil trop éclatant. Imprimant alors à notre imaginaire une photographie obsédante à laquelle l’inconscient se lie passionnément...

Telles la madeleine de Proust, ces lumières ont vocation de raviver le souvenir, le plaisir qu’on pensait éteint.

Agissant de même, le premier opus de Whispering Sons renvoie à ces plaisirs maladifs. Cette excitation particulière au contact d’une jouissance retrouvée.

Dans un style froid, pour ne pas dire glacial, le combo bruxellois inocule sa cohorte de mélodies funestes et addictives comme un poison fatal.

Abrasif et teinté de l’urgence du post punk, marbré et nimbé des ambiances d’une cold wave réinventée, ce premier opus évite tous les pièges du genre pourtant ouverts béants sous leurs pieds.

Découverts par le biais de quelques titres épars, notamment sur l’Ep « Endless Party », paru en 2015, ce quintet, vainqueur de l’Humo Rock Rally l’année suivante, est rapidement devenu digne d’intérêt. La sortie de ce premier elpee, simplement magistral, consolide cette impression et suscite l’engouement.

Dans un registre où il paraît difficile de ne pas sombrer dans la redite (au mieux) ou dans le ridicule (au pire), peu de formations sillonnent le paysage sonore aussi brillamment…

En évitant le piège de l’hommage à ses pairs et en prenant le parti d’user de codes en vigueur pour délivrer son propre style, Whispering Sons dépoussière un genre et pose sur la table la somme de ses arguments.

Emboîtant le pas à Kiss The Anus Of A Black Cat, autre formation noir-jaune-rouge incontournable, tout en empruntant les sentiers corrosifs et nappés d’une lave incandescente d’une généalogie anglo-saxonne fatalement indissociable, Whispering Sons grave ici son « Image » et surtout son patronyme dans la stèle des premiers albums frondeurs et incontournables.

Balisé dès la première ligne de basse, marqué immédiatement par l’empreinte de la voix androgyne de Fenne Kuppens, voix d’outre-tombe aux résonances spectrales, ciselé par une guitare nimbée de Chorus et martelé d’un bout à l’autre par des drums martiaux et compulsifs, « Image » aurait certainement fait le buzz à l’orée des années quatre-vingt mais ne pâlit d’aucune manière de cette référence, restant, en ce troisième tiers de l’année 2018, un album fondamental.

Loin de la hype et d’une certaine idée de la modernité, où l’immédiat voudrait s’imposer à tout prix, négligeant et bafouant ce qui est appelé à perdurer, Whispering Sons signe un album intemporel, résurgence d’un certain passé, mais sciemment tourné vers l’avenir, nous abandonnant livides et extatiques et surtout en attente de vivre encore davantage d’émotions.

dimanche, 07 octobre 2018 11:32

L’Allégresse

Après un hiatus de quatre années, Daytona refait surface. Ce laps de temps semblerait une éternité aux yeux d’un public avide d’immédiat et de consommation rapide, mais il reflète parfaitement la philosophie de ce groupe atypique, très peu concerné par les conventions.

D’abord, il y a l’identité propre de ce combo hexagonal à géométrie variable. Truffées de références anglo-saxonnes souvent assumées, toujours revendiquées et ancrées dans une démarche sans concession, les compos font depuis le départ l’amour à la langue française.

Ensuite, l’expérience, accumulée au fil du temps érige les compositions au-delà de la simple chanson.

L’album est porté par un single (« Morceaux De Lune ») dont les échos radio-cérébraux se mêlent aux arpèges noirs d’un certain désir, offrant à l’écoute des évidences Pop teintées d’audace.

Et c’est bien là tout le talent du band lyonnais que d’offrir sous le vernis de plages certes, bigrement bien composées, de la matière à digérer. Ainsi, au fil des écoutes, les subtilités se découvrent comme autant de charmes agissant derrière un voile léger. De cette pseudo évidence qui masque si bien tant de richesses, ressort une œuvre dense et fichtrement bien ficelée.

Servi par une production léchée mais certainement pas figée, les onze pistes s’offrent généreusement tout en se gardant de se dévoiler trop vite.

Cajoleurs certes, mais loin d’être putassiers, en somme.

Réussissant la gageure de rester iconoclastes, touchants, révérencieux et subtils d’un bout à l’autre de cet excellent long playing, le band pourrait se targuer de défendre pour leitmotiv : loin du mainstream mais proche des étoiles…

samedi, 07 octobre 2017 03:00

Eternal sunshine of the shoegaze mind

Premier constat (NDR : et il saute aux yeux) : si vingt-deux années séparent l’album éponyme sorti au printemps dernier du précédent, Slowdive a remarquablement franchi le fossé générationnel. En effet, le public réunit jeunes et moins jeunes et s’agglutine devant le podium comme s’il était pressé de ne rater aucune miette du concert. Un engouement illustré par l’impressionnante liste de demandeurs d’un précieux sésame pour un événement décrété sold out en l’espace de quelques heures.

Issus de la scène Shoegaze (NDR : une étiquette musicale née de l’esprit moqueur d’un journaliste anglais qui décrivait, en ces termes, ces jeunes guitaristes qui, au seuil des années 90, se focalisaient essentiellement sur les multiples pédales de guitare alignées à leurs pieds), le groupe a donc réussi la gageure de survivre au statut de mythe d’un genre qui s’est toujours revendiqué mineur, même si foncièrement frondeur. Là où nombre de ses condisciples ont injustement sombré dans l’oubli, au prix parfois de retours avortés (NDR : notamment Lush), là où d’autres mentors ont clairement affiché leurs ambitions vénales sans vraiment se soucier de se renouveler, Slowdive affiche une santé éblouissante pour ses 28 printemps et surtout une richesse créative intacte.

Le show de ce soir va donc naviguer avec brio à travers le temps sans jamais donner l’impression de ressasser le passé. C’est le deuxième constat.

Mais avant d’aborder le compte-rendu de ce set, revenons un moment sur la première partie. En l’occurrence Blanck Mass.

Moitié de Fuck Buttons, Benjamin John Power est venu défendre « World Eater », son dernier opus solo, devant un parterre déjà copieusement garni.  

Si la prestation statique d’un artiste derrière ses consoles appartient aujourd’hui à la norme, il faut rappeler que si l’évolution des mœurs a vécu une lente révolution, elle n’en a pas pour autant fini de diviser une frange du public aujourd’hui réuni.

Le défi est donc de polariser l’attention sans user d’inutiles artifices. Rôdé à l’exercice, le protégé du label Sacred Bones va, durant 45 minutes, faire étalage de son talent en toute modestie. Sans esbroufe, juste accompagné de vidéos projetées en arrière-plan, l’Anglais tisse une toile captivante où les oreilles sont happées par diverses créatures sonores surgissant de partout et de nulle part.

Une prestation qui fait judicieusement le pont entre shoegaze et musique ambient, là où les barrières s’effondrent sur elles-mêmes en laissant l’esprit se libérer.

Et même si d’aucun estiment plus judicieux de placer ce type de performance en after party plutôt qu’en introduction, l’ami Benjamin n’en a cure et remplit son contrat haut la main.

Son set terminé, on s’attend aux mouvements de foule rituels en direction du bar. Et bien non. L’essentiel de l’auditoire préfère rester sur place. De quoi démontrer, une fois de plus, l’intérêt et la passion que génère aujourd’hui encore (et peut-être même plus qu’hier ?) le band emmené par Rachel Goswell et Neil Halstead.

Ceux-ci ne tardent d’ailleurs pas grimper sur l’estrade, sous une nuée d’applaudissements et de sifflets, en guise de bienvenue. Slowdive entame alors un périple en territoire conquis.

En toute logique, c’est par le premier titre du nouvel elpee que le rideau se lève. « Slomo » flotte donc sur une nappe de sons éthérés et de guitares délayées, sous l’impulsion d’une rythmique au souffle retenu. L’effet est immédiat et appuie le troisième constat : malgré les années, rien n’a changé. Sorte de lente progression dans la perfection, le son de Slowdive s’est forgé une identité propre et unique en son genre.

Revendiquant l’héritage de Brian Eno tout en se posant en digne successeur de la new wave, la formation est devenue précurseur d’un genre au sein duquel de nombreux disciples se sont engouffrés. Ses mystérieuses volutes soniques ont défriché de nouveaux horizons sonores, justifiant un statut de légende, qui n’a donc pas été conquis par hasard.

Et ce soir, elle va nous le démontrer.

Puisant au sein d’un répertoire de quatre long playings en presque trois décennies, le band enchaîne les titres comme autant de perles de pluie lors d’une averse d’été.

Une homogénéité illustrée par les deux extraits de « Pygmalion », sa troisième plaque gravée dans la douleur et se soldant par une séparation de près de dix ans (NDR : entre 95 et 2014, l’aventure a été mise entre parenthèses), LP subtil et clairement électro, tant dans sa composition, son instrumentation que dans son approche, qui ici, en version live, épouse parfaitement les courbes ascendantes des morceaux basés sur les guitares et les effets multiples.

Ainsi, titres d’hier et nouvelles compos s’épousent dans une harmonie intemporelle sans marquer le moindre temps mort.

Frissons et poils dressés garantis !

Réveillant les souvenirs des moins jeunes, fouettant le plaisir des nouveaux fans. Jusqu’à l’apogée, la magistrale reprise de Syd Barrett, « Golden Hair », qui clôture la première partie du concert. Les guitares, au souffle exaltant, se sont mises à balayer l’espace sonore. Et sous une voûte céleste pliant sous le poids de l’émotion, une averse de notes répercutées dans l’infini par des échos dorés, s’est abattue…

Le rappel va d’abord nous réserver un moment intimiste, à travers le magnifique « Dagger » (NDR : un extrait de l’album « Slouvaki ») avant de s’achever par « 40 days », sous un déluge de hourras et de mains dressées vers les cieux.

Un set maîtrisé de main de maître mais qui ne laisse somme toute aucune place à l’impro, redite de soir en soir, ce qui constitue peut-être le seul bémol du spectacle.

Mais il serait sot de faire la fine bouche quand le menu s’est montré si succulent.

Pour les photos, c’est ici

Setlist :

Slomo
Catch the Breeze

Crazy for You
Star Roving
Slowdive
Souvlaki Space Station
Avalyn
Don't Know Why
Blue Skied an' Clear
When the Sun Hits
Alison
Sugar for the Pill
Golden Hair

No Longer Making Time
Dagger
40 Days

(Organisation : Botanique)

 

jeudi, 28 avril 2016 03:00

Les Aralunaires 2016 : jeudi 28 avril

Si ‘Les Aralunaires’ demeurent confinés au rang de ‘festival modeste’ au sein du paysage belge, il n’en reste pas moins l’un des fleurons en terme de découvertes.
Misant sur la diversité et l’ouverture d’esprit, cet événement annuel fête cette année sa huitième édition et propose une affiche délicatement imaginée et riche en genres.
Si Sharko a de très belle manière étrenné les festivités la veille, c’est un triptyque anglo-saxon qui donne la réplique ce soir, à l’Entrepôt.

Sur foi d’un unique 7 inches, soit deux chansons, les Anglo-gallois de Telegram ont déjà une réputation à entretenir. Et fidèles à la gouaille de leurs respectables aînés, ces quatre jeunes gens ne vont pas se priver pour enfoncer le clou.

Dans la plus pure veine ‘british, qui veut qu’un groupe encensé à ses premiers balbutiements batte le fer tant qu’il est show (NDLR : chaud ?), ces nouveaux prétendants au succès connaissent déjà les ficelles du métier et vont démontrer un potentiel que nous qualifierons d’intéressant.

Dans un esprit ‘revival glam’ revendiqué à coups de poses et de moulinettes de bras d’un ‘guitar hero’ plutôt doué ou au travers d’un chanteur manifestement très influencé par Marc Bolan, Telegram possède de réels atouts pour prolonger l’écho qui s’élève à son passage.

Compositions classiques mais efficaces et références surlignées à l’eyeliner n’en font certes pas un produit très original, mais sur le principe, le groupe tient largement la distance.

S’offrant même le luxe d’une reprise de Bowie, le temps d’un « Heroes » impeccablement exécuté.

Sous cette apparente assurance qui pourrait facilement passer pour de la prétention, en émane une étonnante simplicité lorsque, entre deux morceaux, quelques interventions presque timides et maladroites rappellent qu’après tout, tout ceci n’est qu’un jeu.

Une entrée en matière jouissive et qui donne consistance à cette énième sacralisation outre-Manche.

À l’exact opposé de cette mise en scène un peu cabotine, le combo londonien Ulrika Spacek mise tout sur sa musique et rien dans ses vêtements.

De fait, si la garde-robe de ces musicos –probablement héritée de l’Armée du Salut– ne paie guère de mine, le premier mini elpee au titre ironique (« The Album Paranoia », paru sur le label Tough Love) recèle une bien jolie palette de sonorités oscillant entre obsession et noise.

Absentes donc les glorieuses gestuelles et place à la sobriété (c’est même un euphémisme).

Si le départ semble linéaire, bien que très agréable, on apprécie les interventions plus contrastées, susceptibles de faire grimper en flèche l’adrénaline dans nos organismes en demande.

Faussement alanguis, nos esprits en alerte restent donc logiquement sur leur faim après un set trop bref.

Un signe néanmoins tangible d’une certaine attente qui, déçue par la durée du spectacle, nourrira certainement notre appétit pour l’avenir.

Enfin, place aux énigmatiques Girls Names, dont les aspirations new wave s’affichent dorénavant en lettres gothiques sur une discographie au départ brillamment ensoleillée.

Exit donc l’énergie juvénile des premiers elpees depuis le virage amorcé par le second, « The New Life ».

Poursuivant dans cette veine angoissée, le dernier en date (« Arms Around A Vision », publié également chez Tough Love Records, fin de l’an dernier) se contente de creuser la terre encore meuble dans laquelle ces Irlandais s’enfoncent avec plaisir pour mieux nous éclabousser.

Une approche plus sombre où la basse prend une place prépondérante. Et ça tombe plutôt bien, car Claire Miskimmin, la préposée à la quatre cordes, est du genre douée.

Si tout l’équilibre des chansons de Girls Names semble en rotation perpétuelle entre ces lignes ascendantes et hypnotiques, il ne faut pas pour autant sous-estimer l’importance des guitares et de quelques effets cycloniques habilement incorporés.

La fausse désinvolture du chanteur est accentuée par un tic grossier qui consiste à mâchouiller exagérément chaque fin de syllabe pour causer un effet qui se voudrait le reflet d’une certaine exaspération nihiliste (c’est du moins l’impression que donne cette pratique) ; mais qui abusivement mise en avant, ressemble au final à une parodie de Mark E Smith, le leader de The Fall.

Hormis cette réserve, l’ensemble tient correctement le cap de l’heure de jeu, et sans demander son reste, le groupe disparaît en coulisses sans accorder de rappel (une norme pour le combo).

De quoi clôturer une sympathique soirée placée sous l’égide du bon goût dont, décidément, Les Aralunaires sont de véritables ambassadeurs.

(Organisation : Les Aralunaires)

Telegram + Ulrika Spacek + Girls Names

 

mercredi, 25 novembre 2015 00:00

Entre noir et blanc…

L’amer de toute dualité produit des reflets d’argent.
Contrastes délicats et subtils qui s’étendent entre les lignes, entre chaque grain de sable parcourant l’infinie étendue entre le noir et le blanc.
Noir / Blanc
Amour / Haine
Yin / Yang
Métamorphosé, Josh T Pearson incarne à présent un cow-boy blanc, du haut de son Stetson jusqu’à la pointe des Santiags ; ce qui contraste efficacement avec l’image imprimée au revers de nos mémoires.
Transformé, sauvé, exhumé de la fosse au chagrin, l’homme écorché s’est relevé, s’est révélé.
Il ne reste plus de sa longue barbe de misère qu’une élégante toison brillante et entretenue, et sous son couvre-chef, une coiffure soignée.
Revenu de l’enfer et sans guère d’actualité à défendre, l’ex-Lift To Experience a repris la route, la guitare à la main. Mais accompagné, pour la circonstance.

Dans une amusante mise en scène évangélique, le cow-boy blanc parcourt quelques salles d’Europe triées sur le volet, flanqué de son acolyte, le cow-boy noir, sorte de reflet d’un miroir discerné en léger différé.

Lui, c’est Calvin Lebaron.

Plus qu’une copie de Pearson, il en est l’héritier naturel.

Un registre vocal plus large, certes, mais coincé dans un corps chétif, qui correspond parfaitement à ses chansons.

Un troubadour, seul sur les planches, en ouverture d’une soirée qui s’annonce des plus tristounettes.

Car, craignant sans doute davantage un accès de pathos qu’un déferlement barbare, le public liégeois se montre frileux, et ne se présente pas en nombre (c’est le moins qu’on puisse dire).

Éparpillée par grappes dans un Reflektor qui n’a jamais paru aussi grand, l’assistance se fait discrète par respect, mais aussi peut-être parce qu’elle n’a pas le choix…

Calvin Lebaron égrène alors ses chansons, tel un chapelet, essayant tant bien que mal de ne pas perdre son maigre auditoire, pour qui toute tentative de fuite discrète serait de toute façon vouée à l’échec.

Du haut du balcon, grand Stetson blanc observe son ouaille en toute bienveillance.

Puis le cow-boy noir disparaît dans l’ombre, laissant la place de choix à son mentor.

Difficile de le blâmer tout de même pour ce set confinant à l’ennui.

La vraie déception viendra donc quelque part de Josh lui-même.

Même si au final, il ne sera question que de rédemption.

Car au delà de la transformation physique qui signe un renouveau mais ne masque pas toutes les cicatrices, la vérité, c’est que notre cow-boy n’a plus rien à dire depuis 2011.

La raison ?

« Last Of The Country Gentlemen », un album merveilleux de chagrin, une catharsis lumineuse et plombée de tristesse, est malheureusement appelé à ne pas avoir de lendemain.

Un opus sobre et pourtant étonnamment riche. Où tout est dit. Une somme, une bible.

Donc, depuis, plus rien, si ce n’est un live et quelques bizarreries, tels ces chants de Noël repris pour un CD bonus accompagnant cet elpee dont il est question.

Et c’est justement dans ce registre que Josh décide de planter sa croix.

Calvin Lebaron, qui semble tout aussi attiré par le répertoire pastoral, soutient Pearson, fils de pasteur, pour la petite histoire, et ensemble, ils entament en c(h)oeur un petit cantique désabusé.

Le risque est énorme, mais on pressent que le Texan désire n’en faire qu’à sa tête.

De fait, il annonce le programme de la soirée : old songs en solo et reprises en duo.

Tel sera le menu festif.

Par reprises, on espère alors avoir droit à « Enjoy The Silence » de Depeche Mode ou encore le « Rivers Of Babylon » de Boney M, titre généralement accouplé à l’une ou l’autre de ses chansons.

Las !

Vêtus de fringues évangélistes (des panneaux de carton enfonçant le clou dans la veine de cette blague spirituelle) et sous le patronyme de Two Witnesses, le duo Pearson-Lebaron s’offre les plus grands succès de la Thanksgiving.

Forcément pas passionnant.

La beauté viendra néanmoins, mais il faudra être patient.

Car si notre homme semble aller mieux, l’immersion dans le passé entraîne toujours la même émotion excavée du creux de sa gorge. Et c’est ce que votre serviteur est venu chercher.

Mais puisque le set joue la carte de la dualité lumière/obscurité, il est nécessaire de faire fi de ses appréhensions de païens.

Vient alors le moment du diptyque « Woman, When I’ve raised Hell » / « Sweetheart, I Ain’T Your Christ ». Un exercice périlleux exécuté comme un rituel, dévotement. Et qui requiert toute l’attention.

Quelques instants plus tard, Josh s’arrête au milieu d’une chanson.

Poliment d’abord, il demande à deux spectateurs de cesser leur babillage.

Pour inaudible que soit leur conversation, c’est leur attitude qu’il semble condamner.

Encouragé par les applaudissements du public, toujours prompt à se ranger derrière l’avis de l’artiste, une once d’agacement vient rapidement se glisser dans les rouages de la confiance et le cow-boy blanc de se montrer étonnamment véhément.

La vérité apparaît en filigrane sur le visage à la barbe nette, sous les traits d’une ombre qui s’abat sur les épaules de notre cow-boy.

Pour reprendre le contrôle, il tourne alors le dos à la foule. L’agacement et la nervosité se devinent, mais en s’appliquant, il revient à « Sorry With A Song », ce qui pour le coup, paraît un amusant hasard…

Le fil était à deux doigts de se rompre, il n’en sera rien.

Puis, quelques instants plus tard, vient l’instant de grâce. Celui qui fait la différence. Celui qui imprime sa marque majestueuse et subtile pour longtemps.

Une chanson exceptionnelle de tragédie, extraite, exhumée des fonds de tiroir ; et qui en elle seule, recèle la genèse de « Last of The Country Gentlemen ».

Celle qui raconte tout ou en partie ; celle qui met à nu son auteur, celle-là même, impudique, cruelle, déchirante, dévastatrice qui ne figure nulle part et dont on n’a pas de trace.

Une chanson rarement interprétée, car émotionnellement difficile à appréhender, laissant, de l’avis même de Josh, trop de sanglots dans la voix.

Et si cette fois il ne pleure pas, on sent néanmoins toute la souffrance vécue quand il évoque cet enfant perdu, cette vie dissolue.

La suite ne sera qu’anecdotique.

Encore des chants de culs bénis et des chansons de grand-mères, qui pour divertissantes, démontrent que Josh T Pearson n’écrira sans doute jamais une suite à « Last Of… »

Toute la douleur de son âme déchirée y est confinée, et c’est là que vous y trouverez l’essence de son œuvre.

La soirée s’achèvera au bar, où cow-boy blanc fera une furtive apparition, pour communier avec ceux qui le désirent.

Avant de s’en aller fêter la Thanksgiving sur la route ou dans son Texas natal. 

(Organisation : Les Ardentes)

 

 

 

mercredi, 16 septembre 2015 18:05

S/T

La beauté secrète d’une narration abstraite réside dans le niveau de perception de chacun mais aussi selon l’humeur du moment.

Tenez donc compte de ces paramètres avant de plonger tête première dans cette œuvre.

Assemblant leurs visions en un jeu de miroirs auditifs, Jean DL et Sandrine Verstraete dessinent un labyrinthe majestueux où les trompe l’oreille se détachent sur des surfaces mutantes aux aspects confondus.

Alors que s’impriment et se juxtaposent les premières images paresseuses, translucides comme un rêve, au revers de l’imagination, l’aiguille caresse et rebondit au creux de ce sillon, qui lentement s’insinue au cœur de l’audition.

Attentive aux détails et bercée par ces ambiances fantomatiques, la bande son construit peu à peu le film dans lequel tour à tour, on se débat, se dissout ou continue de naviguer.

Car le travail dont il est question ici ne s’appréhende pas distraitement.

S’il est question de poésie, celle-ci est opaque, rêche, volontairement dérangeante.

Comme du Baudelaire sous acide ou du Poe distillé au travers de multiples parasites.

Les contours sont évanescents, comme autant de flous gaussiens dans un univers urbain hanté.

Le résultat est forcément hors norme et répond aux propres codes du couple, au-delà du duo.

Lui, préposé à la guitare, préoccupé par la capture de fragments d’échos sur un mur ondoyant ; elle, peignant l’imaginaire sur de vielles bandes magnétiques passées, repassées, trépassées, dans des lecteurs d’une autre époque, renvoyant à d’autres mondes.

Soulignons aussi la photographie de l’artiste belge Dirk Braeckman qui, pour illustrer ce très bel objet, fige un instantané de cet univers cinématographique solitaire.

L’écoute de « S/T » doit être exempte de toute contrainte quotidienne.

Affranchie de l’enveloppe du temps, détachée du présent.

Exaltant!

 

vendredi, 14 août 2015 01:00

Et Paon dans ta gueule !

Le ciel bleu avale le vent au-dessus de la coupe des sapins.
L’air est agréable, l’humeur est à la détente.
De parfaites conditions pour apprécier pleinement les prestations quelque peu insolites, mais fichtrement sympathiques de deux groupes observés dans notre rétroviseur depuis quelque temps. Ils doivent s’installer, en cette fin de journée, dans le jardin.
Un jardin vaste qui se prête au jeu avec bienveillance.
Tout heureux d’accueillir dans le plus grand secret deux belles bêtes de notre catalogue national.
Sauf que l’une d’elle manque lâchement à l’appel.
Sans pour autant tirer de Paon sur la comète, on estimait que cette double affiche avait de la gueule.
Le concept original offert par le label 62 TV, fêtant ses vingt ans de bien jolie manière, proposait donc aujourd’hui les concerts de deux de ses petits protégés dans le parc des oliviers
(un seul en vérité, mais le meilleur).

Suite au désistement du premier combo (NDR : nous ne le citerons pas, mais votre attention subtile ne manquera certainement pas de le repérer à travers les lignes précédentes), il revenait donc à Alpha Whale l’honneur d’ouvrir et fermer le bal.

Après avoir traversé tout le pays pour se prêter au jeu –le plus naturellement possible et avec conviction– nos Ostendais entament leur show sous une tonnelle dressée tout spécialement pour l’occasion ; et elle va très vite démontrer son utilité, alors que soudainement le ciel s’assombrit.

Émanant du lointain d’une reverb poussée à l’extrême, les voix nous parviennent, surfant sur les motifs ensoleillés de guitares diluées dans un écho spatial reproduisant ce son caractéristique d’une Pop Psyché teintée d’Allah Las, alors que le phrasé débonnaire et nonchalant rappelle The Growlers dans toute sa superbe.

L’eau commence cependant à s’immiscer de toutes parts en dessous de ce chapiteau improvisé tandis que des trombes s’abattent tout autour, sans perturber outre mesure le groupe, qui relève pourtant la tête à intervalles réguliers pour s’assurer que l’orage ne va pas nous submerger.

Au contraire, puisque c’est bien leur set qui aura le dernier mot et emportera l’enthousiasme d’un public majoritairement étranger à ce type de musique.

Pour clôturer ce petit spectacle, une dernière petite surprise attend les invités, puisque sous l’insistance d’applaudissements nourris, le band se reforme petit à petit autour de The Glücks qui l’accompagnait ce soir.

Une petite ‘Jam’ diablement efficace qui donne envie de suivre à la trace ce duo dans les toutes prochaines semaines, sans perdre de vue bien sûr, Alpha Whale, qui ce soir, nous a prouvé qu’on pouvait compter sur lui (NDR : et nous ne pourrons Paon en dire autant de l’autre formation dont je tairai décidément le nom jusqu’au bout).

(Organisation : 62TV / Givroulle boulettes)

 

samedi, 18 juillet 2015 01:00

Rock Herk : samedi 18 juillet 2015

Deuxième journée, toujours placée sous le signe de la détente, passée au milieu des champs limbourgeois.
Bonne humeur et convivialité se roulant des pelles dans l’herbe brûlée par le soleil, le public prend son temps avant d’envahir les lieux.
Place aux nostalgiques de tout poil pour une nuit calée sur les années 90.

Le public est encore maigre quand Eagulls, premier nom d’envergure à l’affiche, prend possession du podium.

Issus de Leeds, ces musicos vont offrir un set rugueux et âpre, à l’image de leur premier album éponyme.

Un rien linéaire, mais suffisamment intense que pour tenir en éveil notre curiosité.

Si les évidents rapprochement avec le Post Punk de Killing Joke, mâtinés de Cold Wave épi(Cure)ienne se distinguent clairement dès les premières notes, l’ensemble, sans réellement être transcendant, propose tout de même un aperçu du potentiel de ces jeunes, maternés à la discographie de leurs aînés.

Sur les planches, le groupe peine à se créer une identité (ou alors il en manque cruellement), mais la rage poisseuse des compositions exécutées le plus sérieusement du monde compense largement cette carence.

Un moment, certes pas renversant, mais bien agréable, tout de même.

S’il m’est difficile de m’étendre sur Meuris, dont le patronyme évoque en mon for intérieur de brèves mais intenses visions sexuelles (sic !), c’est qu’il s’agit principalement d’une attraction locale.

J’entends par là une formation dont l’impact est très limité puisque le chant est exclusivement décliné en néerlandais.

Glorieux représentant d’un Rock Flamand aux accents anglophones, Stijn Meuris (ex-Noordkaap) affiche fièrement son amour de la langue maternelle et défend valeureusement son identité culturelle.

Provoquant l’engouement d’un public réceptif et connaisseur.

Ce que, bien sûr, je ne suis pas.

Par contre, je pourrais m’étendre longuement sur le cas Slowdive dont la dissolution éthérée remonte à 1995.

Le retour à l’avant-plan du combo de Reading, non pas majeur, mais qui a eu une influence certaine sur le mouvement Shoegaze –dont il est l’essence même– est de nature à me réjouir, mais également les aficionados –anciens et nouveaux– de plus en plus nombreux et même les membres du groupe, heureux de renouer avec leurs chansons phares. 

Slowdive a donc repris du service, il y a un an et demi.

Culte, le band n’a donc plus aucune raison de bouder son plaisir, ni le nôtre.

Actuellement occupé d’enregistrer un nouvel album, il réserve donc exclusivement aux concerts, les moments forts de sa discographie passée.

Loin de réunir des virtuoses, Slowdive est avant tout UN SON.

Mais quel son !

Vaporeux et puissant, il a le don d’emmener dans son sillage les voix pourtant communes de Rachel Goswell et Neil Halstead.

Ainsi, le set de ce samedi démarre dans les vapeurs de leur morceau éponyme, paru sous la forme d’un Ep trois titres, en 1990.

Comme un trait de lumière fendant la brume épaisse et se taillant un chemin au milieu de hautes vagues, images tellement ancrées dans l’imaginaire Shoegaze.

Car si l’on peut se référer à ces visions naturalistes, pour dresser un semblant de portrait de la musique de Slowdive, il est avant tout question de ressenti.

L’attitude scénique conférant souvent dans le genre au mutisme, on se réjouit des quelques échanges gênés et polis que les deux figures de proue adressent à leur public.

Mais au travers de cette façade floue comme une bruine colorée, se devinent les explosions et les chuchotements de « Just For A Day » et « Souvlaki ».

« Pygmalion » ne se prêtant guère au live, ne reste de ce troisième et ultime opus (à ce jour) que « Crazy For You », du reste, le morceau le plus faible du set.

Après un départ raté, « She Calls » entame enfin la dernière ligne droite d’un concert où, depuis les premiers rangs, la communion entre le combo et ses fans devient palpable.

Au moment où, à peine soutenue par quelques notes éparses, la voix de Rachel prend la mesure du « Golden Hair » de Syd Barrett, les souffles se contiennent dans les poitrines et les poils se dressent sur les épidermes.

Quelques minutes plus tard, une dernière vague emporte tout sur son passage.

Laissant flotter ci et là, des sourires béats.

Pas de rappel, festival oblige, mais un rendez-vous pris pour demain avec ce groupe d’hier, mais toujours bien d’actualité.

La suite promet d’être plus musclée, puisque d’autres vétérans (de la même époque) prennent le relais.

Car Helmet n’est pas réputé pour faire dans la dentelle.

Si son leader, Page Hamilton a étudié le Jazz dans sa jeunesse, ses aspirations musicales ont vite pris une tournure moins cérébrale.

Directes et abrasives, les compositions du band new-yorkais se sont rapidement démarquées dans le paysage du début des nineties.

Un peu à l’image de Tool, il suscite alors l’intérêt des amateurs de son lourd et puissant, mais attire également l’attention d’un public plus mélomane.

Le show de ce soir reflète d’ailleurs parfaitement la dualité inhérente à Helmet. Bien que curieux, je prends néanmoins vite quelques distances. Et pour cause, la chape de plomb versée inlassablement par cette machine à riffs a irrémédiablement raison de ma patience.

Profitant nettement mieux des événements depuis l’extérieur du chapiteau, mon attention finit logiquement par s’échapper ; et ne distingue bientôt plus qu’un grondement sourd et lointain.

Car si ce n’est Helmet, c’est donc l’orage !

Organisation : Rock Herk

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vendredi, 17 juillet 2015 01:00

Rock Herk 2015 : vendredi 17 juillet

Situé à quelques encablures de Hasselt, dans le Limbourg, la ville de Herk –qui compte 275 habitants au kilomètre carré– accueille les amateurs de musique, au cours de l’été, depuis 1983.
Pour ma part, ma première expérience date de 93, année où s’étaient alors produit Therapy ?, Senseless Things , The Afghan Whigs et encore Pond pour… pas un rond.
Et le tout dans une ambiance détendue et aux proportions idéales pour jouir pleinement de cette fête annuelle.
Ne dérogeant pas à sa règle initiale, Rock Herk nous offre donc en parallèle, du lourd (une scène réservée au Hardcore et aux styles disons musclés) et de l’éclectique (une scène destinée aux autres genres musicaux).
Ainsi, pour un prix absolument modique, il vous est toujours permis de venir faire la fête dans cette charmante entité et surtout de profiter d’une programmation, au demeurant modeste, mais chaque année pertinente.
Si le festival est resté gratuit de nombreuses années, les organisateurs ont dû revoir leur politique il y a peu, sous peine de devoir disparaître.

Si l’affiche de ce vendredi fait figure d’amuse-gueule, quelques artistes intéressants sont à épingler.

BRNS, présent presque partout, figure fort tôt dans la grille de programmation.

Une heure apéritive qui ne change pas d’un iota les ambitions du groupe de secouer le cocotier.

Du moins, je le présume, puisque je suis arrivé après leur set…

Mais habitué à leur excellence, j’imagine mal comment il pourrait en avoir été autrement.

C’est donc par Baths que j’entame cette nouvelle édition.

Plongeant dans le bain (certains jeux de mots faciles sont difficilement contournables), je découvre le duo de Los Angeles pour la première fois en ‘live’.

Si Will Wiesenfeld en est la tête pensante et le géniteur, le projet peut compter sur les interventions de Morgan Greenwood, se consacrant aux divers bidouillages.

Fort de deux excellents albums (« Cerulean » et « Obsidian », parus respectivement en 2010 et 2013, sur le label Anticon), Baths a la délicate tâche de reconstituer le raffinement de ses titres vaporeux dans un esprit dynamique sans trahir le propos.

Et c’est là que le bât va blesser.

Entamant le concert face à un parterre distrait d’une dizaine de personnes, le duo s’emmêle rapidement les pinceaux. Bref, il est brouillon.

Si heureusement, une centaine de curieux se joignent rapidement au maigre auditoire, il finit car complètement louper sa prestation (NDR : Will s’en excuse d’ailleurs, en affichant un sourire gêné).

Trop d’effets, de sonorités maladroitement incontrôlées et d’approximations au bout du compte.

Misant beaucoup sur sa voix au timbre clair distillée dans des échos spatiaux, modulés par un synthétiseur Roland, Will apporte la part vivante du spectacle, mais, trop occupé à jongler entre ses différents instruments, il semble quelque peu débordé.

Si le concert n’est pas aussi catastrophique que ces dernières lignes peuvent le laisser supposer, il n’en reste pas moins que la prestation de Baths a déçu.

Si auparavant, Napoleon avait battu campagne sur le second podium, c’est au tour de Non Turning Back d’agiter le deuxième chapiteau, pendant que les préparatifs s’activent sous le premier.

Une houle menaçante roule comme un rouleau compresseur ; ce qui, sans surprise, m’incite à prendre mes distances.

Blood Red Shoes envahit donc les planches sur le coup de vingt et une heure quarante.

Une invasion qui pourrait sembler mince si l’on considère que le groupe consiste en un joli minois (celui de Laura-Mary Carter préposée à la guitare) et une frêle silhouette (celle de Steven Ansell derrière les fûts).

Un duo qui a tôt fait de faire voler en éclats les hypothétiques préjugés.

Énergique et rageur, la paire de Brighton occupe parfaitement l’espace et maîtrise son sujet.

Si les compositions ne se démarquent pas vraiment dans le paysage musical, les prestations ont le mérite d’assurer leur part de spectacle.

S’ensuivent quelques gentilles bousculades dans un public, avide de comparer son degré de testostérone.

Les accords aux accents grunge du combo s’y prêtent d’ailleurs à merveille.

Une prestation agréable et efficace qui résume finalement le statut de Blood Red Shoes, à savoir, en premier lieu, un groupe de ‘live’.

Car c’est bien là qu’il déploie toute son envergure.

La suite de la programmation adoptant des dispositions plus dansantes, il n’est pas étonnant de voir affluer le plus gros du public à cette heure tardive.

Une  annonce discrète sur un grand écran délavé m’apprend le désistement en dernière minute de Nathan Fake. Ce qui me chagrine. Il est souffrant.

Ce n’est pas l’abominable condensé de mauvais goût communiqué par The Subs qui me consolera.

Indigeste au possible, leur rudimentaire mélange de genres décroche le succès escompté, et c’est sans doute bien là l’essentiel.

Succombant aux plaisirs faciles d’un condensé d’évidentes recettes ‘prêtes à danser’, de nombreux nightclubbers s’agglutinent sous la toile cirée du chapiteau et la transforment en boîte de nuit.

Pendant ce temps, je mets le cap sur le second, abritant les rebondissantes vibrations drum&bass du producteur Allemand et DJ Mathis Mootz alias The Panacea.

Une ambiance toute aussi survoltée, mais correspondant bien mieux à mes aspirations dansantes.

Avant que Gui Boratto n’apporte sa touche à la nuit, sous le ciel étoilé de Herk.

Mettant tout le monde au pas sur le dancefloor.

Perso, quelques kilomètres se promettent de m’avaler avant de retrouver mes pénates.

Je me dirige donc vers la sortie tout au plaisir de revenir au même endroit, demain.

(Organisation : Rock Herk)

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vendredi, 10 juillet 2015 01:00

Ardentes 2015 : vendredi 10 juillet

Annoncé depuis quelques années déjà, le déménagement du festival liégeois vers un autre emplacement semble inéluctable.
Dixième et donc dernière mouture sur les bords de Meuse, ici, à l’extrémité Nord de la cité Ardente.
Un Parc Astrid qui aura vu du beau monde. Imaginez !
Siouxie, PIL, Iggy Pop, Pavement, Bashung, Massive Attack du côté des légendes, Pharrel Williams (avec NERD), 50 cent ou encore Indochine pour les grosses pointures, sans compter les génies oubliés, les surprises de taille, les cocasses, les ridicules (et ici je vous laisse le soin d’établir votre propre liste qui risque de ne pas être exhaustive)…
Bref, en dix ans, les Ardentes ont grandi ; et si leur politique d’ouverture (quitte à faire le grand écart, tout de même) ne leur a pas valu que des louanges, le constat est flagrant : ce festival s’impose aujourd’hui dans le paysage belge comme l’une des valeurs sûres.
C’est pourquoi, dès l’an prochain, les festivités se dérouleront dans un tout nouveau cadre, certainement sur des hauteurs plus propices au bon sommeil des riverains nichés au cœur de la ville.
En attendant, cap sur la deuxième journée, qui comme lors des précédentes éditions, marque le début d’un rythme de croisière.

Comme chaque année, une troisième scène s’ouvre dès le vendredi.
Les organismes sont donc mis un peu plus à l’épreuve, tandis que les temps morts se languissent dans les coins, à l’ombre.

Point d’ombre cependant pour Hanni El Khatib, en ce début d’après midi, programmé sur la Main Stage.

Chemise à pois, Telecaster en bandoulière, lunettes vissées sur sa paroi nasale, il attaque le soleil de face par « Moonlight », fantastique morceau de son dernier LP.

Sortir de leur torpeur les quelques centaines de curieux venus cuire sous l’astre de feu ne semble pas effrayer notre homme, qui peut, du reste, compter sur quelques fans lui apportant leur soutien.

Énergique en diable et admirablement épaulé par ses comparses scéniques, Hanni assure un set plein de vigueur, similaire à celui accordé au Botanique quelques semaines auparavant.

De quoi l’auréoler dans mon chef des lauriers du premier bon concert de cette dixième édition (NDR : il est vrai que je suis arrivé trop tard pour Paon et Fugu Mango dont le potentiel était très susceptible d’arracher ce titre à quelques minutes d’intervalle).

Ma monture lancée à bride abattue, je fonce dès la dernière note vers le HF6 et son toit de taule, miroitant au soleil comme un lointain mirage.

Dans ses volutes fantomatiques, j’aperçois l’ombre désincarnée de feu Bashung, dont un pan d’âme est resté accroché ici même, une nuit de deux mille huit.

Une présence planant tout au long du concert de Feu ! Chaterton, puisqu’il existe des similarités, qu’on ne peut nier, entre les deux univers.

La prose élégante et le verbe gracile mêlés à la fougue des guitares.

Les envolées poétiques en contrepoint d’un ravageur tempo ou sourdent les échos de lointains naufrages.

La tête de proue, c’est Arthur, chétif petit homme dont se demande s’il franchira ces tempêtes qu’on devine dès les premiers accords de « Fou à lier » et qu’on pressent néanmoins comme le gouvernail de son band.

Et de fait, alors que le crachin cède le relais à la furie d’éléments ô combien contrôlés, il ne fait plus aucun doute que ce petit bonhomme porte sur ses frêles épaules, la puissance de feu qui nourrit l’électricité ambiante.

Sorte de catalyseur apparemment indifférent aux mouvements opérés autour de lui.

Contraste saisissant entre cette mince silhouette, habitée par mille tourments et ce ballet incessant de musiciens sous haute tension.

Si la fièvre de Feu ! Chaterton couve bien mieux dans des endroits plus appropriés (on rappellera si nécessaire que la qualité du son du HF6 n’offre pas les meilleures conditions en ‘live’), il ne fait aucun doute que son leader a le don de prendre le spectateur par la main, afin de l’emmener au sein de son univers baroque.

Placé sur un autre plan astral, cet Aznavour de poche, à la coquette moustache, prend une envergure scénique, qui le transforme en Atlas tout-puissant.

Chaque titre est présenté longuement, avec force détails, expliquant la trame de la chanson, de manière à ce que l’auditoire puisse pénétrer au cœur de celle-ci.

Ici dans la Pinède pour la mort de l’innocence, là sur le Costa Concordia, pour couler dans la détresse.

C’est certes enlevé, un brin théâtral, mais jamais ridicule et toujours imprégné d’une réelle authenticité.

Et donc à revoir dans des conditions optimales.

Reste donc dix petites minutes pour traverser la plaine (heureusement qu’il existe des passages secrets que seuls certains types de bracelets peuvent ouvrir !) et je me retrouve devant Temples qui s’apprête à livrer un set qui au final, restera largement en deçà de que j’attendais. Surtout vu les prestations auxquelles j’avais pu assister précédemment.

La faute à qui ?

À la chaleur ?

Au public assoupi par ces conditions climatiques plus propices à la Bossa Nova ?

Ou à la mollesse du band qui s’exécute sans réel enthousiasme (et peut-être justement à cause de ces deux raisons).

Quoi qu’il en soit, jamais le concert ne décollera et si « Sun Structures » et « Shelter Song » sont indéniablement des morceaux diaboliques, il aurait fallu plus de conviction dans leur interprétation.

Rendez-vous donc devant BRNS, même si je rate l’entame et son pétillant « Mexico ».

Pas grave, me dis-je, peu motivé à l’idée de revoir ce groupe pour la énième fois en quelques années.

Oui, mais voilà.

J’ai bon manquer d’entrain à chaque fois, le constat est manifeste : je suis invariablement estomaqué par le talent de cette formation.

J’ai beau m’attendre à quelque chose de prévisible, BRNS arrive systématiquement à me surprendre.

L’apanage des grands groupes ?

Plus puissant, plus en place que jamais (si c’est un leurre, c’est un magnifique tour de passe-passe), le combo dépasse de loin son envergure actuelle.

Je le quitte donc en me promettant de ne plus faire la même erreur la prochaine fois...

Si les ballades à rallonge de Tom McRae et les saynètes décalées de Baxter Dury ne suscitent pas en mon for intérieur le même enthousiasme, j’apprécie tout de même ces moments de détente en buvant quelques bières et profitant de l’ombre de l’Aquarium, avant de retenter la grande traversée diagonale où m’attendent les vieux brisquards de De La Soul.

Si leur retour au devant de la scène pouvait étonner, voire effrayer, le show de ce soir avait de quoi faire taire les plus sceptiques.

À peine plus ridés que quand je les ai découverts en 89, grâce cette pierre d’achoppement constituée par « 3 feet High And Rising », ces icônes de la Old School démontrent avec vigueur et panache leur rôle prépondérant au sein de la production Hip Hop contemporaine.

Versions revisitées et classiques revêtus de neuf, De La Soul fait encore le poids et remet en place bien des préjugés.

Autour de ses trois membres, toujours aussi verts et dont le plaisir de jouer, semble-t-il, est resté intact, s’articulent un Big Band cinq étoiles.

Un moment particulièrement agréable qui a le bon ton de faire oublier le semblant de fatigue qui semblait me menacer.

Remis d’aplomb et l’alcool dilué dans cette bonne humeur, les conditions optimales sont donc réunies pour retrouver dEUS.

Exit en effet La Roux (la faute à De La Soul !) et place à Tom Barman et ses sbires.

Resté sur une impression assez mitigée l’an dernier sur la grande scène de ces mêmes Ardentes, je vais renouer l’espace d’une heure avec la magie du groupe.

Si je reste persuadé que les plus belles années de dEUS sont derrière lui et l’osmose du band s’est évaporée au fil du temps et de ses nombreux départs (pour rappel, il ne reste plus du line up initial que Klaas Janzoons et Tom Barman), le spectacle de ce soir m’a quand même permis de replonger dans le souvenir…

Nostalgie, certes, mais empreinte d’électricité.

Les éléments qui font cette fois la différence ne m’apparaissent pas clairement.

Car dans le fond, le set proposé en forme de ‘Best Of’ est relativement similaire à celui de la dernière édition.

La bonne volonté du combo n’ayant jamais été remise en question, la distinction se résume sans doute dans certains petits détails.

Qui pour l’heure se refusent à ma mémoire.

Mais l’essentiel est dans le résultat. Soit un concert impeccable qui a ravivé la flamme du fan initial, né un soir, il y a plus de vingt ans déjà, dans un petit café de cette même ville ardente.

Enjoué et galvanisé par cette chaleureuse étreinte, je fais route pour décerner la palme d’or de la déception millésimée Ardentes deux mille quinze ; soit Oscar & The Wolf.

Déjà passablement agacé par la tournure que prennent les événements depuis que Dieu sait qui dans leur entourage s’est mis en tête de saper Max Colombie comme une diva et de saper par la même occasion la magie du groupe, en une heure, je vais me rendre compte de l’étendue des dégâts (déjà largement apparue lors de leur mégalo show du Pukkelpop l’an dernier).

Mettons nous d’accord d’office : j’estime que le potentiel du combo est énorme et la voix de son leader un bijou d’exception à dimension internationale.

Qui plus est, entouré de musiciens hors pair, Max, ainsi grimé en Oscar peut crier au loup tant qu’il lui chante.

Cette seule combinaison de talent devrait amplement suffire à les démarquer dans la masse médiatique, mais aussi le registre de qualité.

Alors, qu’est-il arrivé à Oscar et son loup ?

De qui émane cette idée de surabondance ?

Si l’album « Entity » reste un bon album au demeurant, la fragilité de « Summer Skin » (produit par Robin Propper Sheppard de Sophia pour l’anecdote) semble avoir laissé la place à un glacis qui dessert fortement le propos.

Un constat mis en lumière sur les planches par un show laser inapproprié, un jet de confettis ridicule et un costume de scène trop grand pour Max (au propre comme au figuré).

Si l’incroyable suavité de la voix reste perceptible au travers de ce jeu de grandiloquence qui semble lui avoir été imposée, toute la subtilité a été radicalement effacée pour laisser place à un spectacle disproportionné où la musique ne trouve même plus ses repères.

S’ensuit un concert d’une incroyable fadeur, sans aucun relief, perclus de fautes de goût, même pas imputables au band lui même, qui lui aussi semble perdu dans cette débauche d’effets.

Reste le quidam, à qui toute cette poudre aux yeux laisse miroiter l’effervescence d’un grand show et préfère sans doute ignorer cet incroyable talent qu’on étouffe dans ce jeu de surenchère.

Bon, d’accord, je ne vais pas jeter la pierre à Pierre… Pardon ! Oscar. Mais voir un tel potentiel se cristalliser dans l’insipide a de quoi énerver.

Et en plus, ils étaient en retard !

Du coup, le temps de se farcir le chemin inverse Main Stage vers HF6, The Avener avait fini, bouclé, remballé.

Trop accablé pour refaire marche arrière et peu enclin à enflammer la pelouse du parc de mes superbes déhanchés, je fais donc l’impasse sur Paul Kalkbenner venu spécialement en jet d’Ibiza pour dérouiller mes genoux et m’en vais reposer mes membres en vue d’une nouvelle journée de festivités.

Organisation : Les Ardentes.

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