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Akim Serar

Akim Serar

jeudi, 09 juillet 2015 01:00

Ardentes 2015 : jeudi 9 juillet

C’est par un cri de révolte que j’entame ce compte-rendu.
Un avis contestataire répercutant un sentiment d’injustice qui, sans en avoir été la victime, me pousse à agir, à ouvrir ma gueule, généralement poliment cousue par les points de suture d’un consensus mou.
Si sagesse et bon sens appellent parfois à modérer ses ardeurs et trouver l’une ou l’autre bonne raison à l’extorsion de fonds que sont devenus la plupart des festivals de nos jours (et ce n’est pas une généralité, nous y reviendrons peut-être une autre fois), il est des comportements inadmissibles de la part d’une organisation qu’on ne peut garder sous silence.
Ainsi, feignons l’indifférence face à l’explosion des prix et l’invraisemblable arnaque que constituent les bars sur les sites festivaliers.
Omettons de bonne grâce que le budget de quelques jours de festivités surpasse largement toute économie de bon sens, et puisque nous avons tous décidé de jouer le jeu de la consommation (tout ceux présents en tout cas), admettons en chœur qu’il existe des justifications réelles nécessitant l’inflation permanente des prix.
Néanmoins, quand le grotesque d’une situation prend de l’ampleur, il est temps de tirer la sonnette d’alarme.
De quoi s’agit il ?
Nous savons tous qu’il est strictement prohibé d’amener sur le site d’un festival ses propres consommations.
Logique, certes (on ne va pas au restaurant avec ses tartines), car il faut faire vivre le commerce ; et la viabilité d’événements majeurs passe obligatoirement par certains sacrifices.
Mais voilà. Monsieur X n’aime pas la bière.
Donc monsieur X, qui a quand même un peu envie d’être ‘in the mood’, apporte sa petite bouteille de Péquet (alcool du terroir).
Monsieur X ne nuit à personne, et surtout pas au commerce, puisqu’il achète régulièrement un cola qui se diluera dans le blanc de sa bouteille au format minibar d’hôtel.
Certes, le comportement de monsieur X est quelque peu rebelle (rebelle parmi beaucoup d’autres monsieur X), et quand il se fait pincer par le staff sécuritaire, il consent volontiers avoir été pris en flagrant délit et se sent prêt à faire acte de contrition, abandonnant sa chère bouteille.
Or, après quelques heures passées au premier jour d’un festival qui lui aura quand même coûté bonbon, monsieur X se voit expulser manu militari.
Expulsé pour du bon.
Bracelet coupé.
Voilà, fini pour monsieur X les Ardentes 2015.
Elles s’achèvent ici, dans l’incompréhension totale.


Alors, oui, nous allons y venir à la musique.
Au compte-rendu d’une dixième affiche toujours aussi hétéroclite, mêlant succès de masse et goûts pointus.
Oui, je vais encore souligner l’incroyable énergie déployée par l’équipe des Ardentes pour que cette fête soit au final encore une fois une réussite.
Effectivement, cette année encore aura été le témoin de moments forts, de moments drôles, de moments tendres, de moments uniques.
Mais c’est avec un goût amer au fond de la bouche que je vous en rédige le premier rapport.
l’amertume de la disproportion.

Si l’éclectisme est souvent cultivé ici, peut-être plus qu’ailleurs, cette première journée semble quasi à sens unique, brodée au revers de la visière d’une casquette.

Caravane Hip-Hop de passage, posant ses bagages sur les bords de Meuse.

Véhiculant sa cohorte de clichés mais aussi son panel de genres, des riches ultra basses aux enluminures californiennes, des chaînes en or qui brillent aux subtiles incursions jazzy.

Tout un registre qu’il est difficile d’appréhender quand on est resté un néophyte en la matière.

Du coup, plus facile d’emprunter les oreilles et les yeux des autres.

Histoire de se faire une idée.

Qu’en ressort-il ?

La sensation cérébrale du jour sera assurément attribuée à Stuff.

Le combo gantois mise sur un métissage de styles qui lui ouvre non seulement les portes de toutes sortes d’endroits (on les retrouvera aussi bien au Gent Jazz Festival, aux Lokerse Feesten qu’au Pukkelpop, en passant par une grande partie de l’Europe) mais aussi du succès et de la reconnaissance (du public comme de ses pairs).

La recette ?

Un condensé de genres qui à lui seul en crée un neuf à part entière.

Hybride et intriguant, mené par une certaine virtuosité et l’originalité d’un instrument hors norme (le EWI), Stuff brasse avec savoir et maestria un univers foisonnant où les frontières entre Electro, Hip Hop et Jazz s’effondrent avant de marcher avantageusement dans le sillage de Red Snapper (par exemple).

Sinon, épinglons la fraîcheur juvénile du duo Rae Sremmurd, plébiscité par un public à la curiosité attisée par un single gravé en compagnie de Nicki Minaj (entre-temps, les vues Youtubesques auront encore exponentiellement explosé), et aussi la candeur de Flatbush Zombies, au demeurant sympathique et débonnaire.

Enfants du pays, Starflam va faire bonne figure sur une grande plaine baignée de soleil et justifier son étiquette de parrain de la scène Rap noir-jaune-rouge.

Un set sans doute pas mémorable, mais qui justifie son cachet.

Amusant quand on pense aux discours anti-capitalistes du collectif, qu’on ne blâmera du reste pas d’être entré dans la danse.

Sinon, en dehors de ces résonances ‘hip-hopyzantes’, le choix se résume à deux têtes d’affiches se succédant dans le HF6 (le hangar dédié à la seconde scène).

La première va déboucher sur la première grosse déception de cette édition :

Souffrant d’une qualité de son épouvantable (et de problèmes techniques de surcroît), The DØ s’enlise dans une performance mièvre et guère convaincante.

Dommage, car dès l’entame, soit « On My Shoulders », leur hymne porte-étendard d’une Pop à la fois mélancolique et enlevée, semblait augurer une suite de bonne facture.

Las ! Le duo parisien, bouffi par l’envie d’en faire trop, délivre un set d’un étonnant passéisme et articulé autour d’un jeu de lumières, certes fort joli, mais qui ne parvient pas à masquer l’insipidité du contenu.

Une impression renforcée au sortir de l’estrade par une Olivia Merilahti vraisemblablement pressée d’en finir au plus vite.

Béatrice Martin, quant à elle, fidèle à son image, avait fort à cœur (de pirate) de communier avec son public.

Si son répertoire, partagé ce soir entre ses principaux succès ainsi que plages issues de son nouvel album (et même de nouvelles compositions), ne recèle pas en soi de quoi soulever mon enthousiasme, la prestation de la Canadienne procure quand même son lot de plaisir aux fans venus s’agglutiner contre les barrières du HF6.

Un moment sans réelle envergure mais d’où émane un sentiment de complicité entre Cœur de Pirate et son public.

Sentiment renforcé par une séance de selfies au sortir des planches.

Restait à se faire une opinion sur la réputation de Kendrick Lamar.

Pas usurpée, au vu de la prestation de ce soir.

Entourée de véritables musiciens et soutenue par des projections visuelles à mille lieues des clichés du genre, la nouvelle icône du Hip Hop international va mettre tout le monde d’accord, y compris les béotiens du genre comme votre serviteur.

Puissant, efficace, sans temps mort et affichant une maîtrise épatante, le résident de Compton, en Californie, va gagner mon respect, ainsi que celui des mélomanes les plus réticents.

S’il n’écrit peut-être pas une page de la musique contemporaine comme on l’a raconté (faudrait quand même pas exagérer), le rappeur Américain est sans doute le meilleur ambassadeur de ce courant musical, un digne héritier d’une certaine Old School et un précurseur d’un nouveau style.

Ainsi se termine la première journée d’une dixième édition, qui comme les premières des neuf précédentes, aura démarré en mode mineur.

Organisation : Les Ardentes.

(Voir aussi notre section photos ici

 

dimanche, 14 juin 2015 00:33

I Like Rain

Six années de travail ont été nécessaires pour confectionner ce triptyque destiné à remettre en lumière The Jean Paul Sartre Experience (NDR : patronyme originel), groupe injustement mésestimé voire carrément oublié à qui le label Fire Records a voulu rendre justice.

La préparation méticuleuse de ce ‘best of’ a nécessité de nombreuses heures d'interviews et un travail de sape conséquent, afin de rendre palpable l'évolution de cette expérience juvénile empreinte, dès le début, d'une grande sensibilité et d'une précoce maturité.

"I like Rain" dresse donc la cartographie d'une carrière, certes escarpée, mais dont la ligne de conduite ascensionnelle ne pouvait que les conduire, tel Icare, au plus près du soleil.

Des débuts fragiles au milieu des années quatre-vingt aux tumultes ‘noise’ des années 90, cette compile propose en filagramme, l'histoire d'un grand groupe resté petit.

Influence évidente de nombreuses formations qu'il serait exhaustif de citer, la discographie de JPS Experience fait figure de référence, tant leur parcours est exempt de la moindre faute de goût….

Toujours épris de liberté, sans doute initiée par les paysages à perdre de vue de leur Nouvelle-Zélande natale, Dave Yetton, Gary Sullivan et Dave Mulcahy ont donc, dès leurs débuts, enregistré leurs mélodies subtiles sur d'élégantes harmonies porteuses de tous leurs rêves adolescents.

Cette candeur teintée de nostalgie sera présente tout au long de leur carrière, achevée en 1994.

C'est donc non sans une certaine fierté que Fire Records ressort ces trésors cachés à fin de réhabiliter l'aura d'un groupe qui a laissé sa trace comme l'étoile au firmament.

Soigneusement remasterisé, recelant son lot d'inédits, de faces cachées et autres joyeusetés particulièrement excitantes, ce coffret luxueux nous offre donc une occasion magnifique de nous replonger ou simplement de découvrir la magie électrique de chansons parfois simplement parfaites.

Histoire revisitée en diagonale de trois albums majeurs parus initialement sur Flying Nun et qui malgré la longueur, ne lassent pas un seul instant.

Entre évidence Pop et incursions jazzy, noisy ou encore funky, les prémices de styles qui émergeront quelques années après leur disparition se ressentent clairement au travers de ce parcours exaltant au cœur d'une discographie sertie de pépites.

Si les ayants droit de Jean Paul Sartre auront finalement le dernier mot, résumant le patronyme du band en JPS Experience, il lui aura sans doute manqué peu de chose pour entamer sa marche menant vers le succès commercial.

À l'écoute de "I Like Rain", on ne comprend d'ailleurs toujours pas pourquoi...

 

 

 

Que faire pour se réinventer?
C'est sans doute la question lancinante qui doit hanter les nuits de John Dwyer, génie excentrique qui se cache derrière le patronyme de Thee Oh Sees.
Ou peut-être pas?
Car on l’imagine fort bien faire fi de tout avis extérieur et n'en faire qu'à sa tête.
Adoubé chevalier sonique par le public, autant que par ses pairs, le natif de Providence trace, depuis le milieu des années 90, un chemin ascensionnel qui tente de s'écarter de toute évidence, mais en maintenant le cap d'une certaine cohérence (certes propre à lui-même).
Saignant de son nom l'histoire du Rock, paraphant de sa patte un pacte secrètement tenu avec le diable.
Pas étonnant dès lors de le retrouver ce soir dans la cité ardente.
Date unique sur le sol belge oblige, une fort contingent de fans néerlandophones comme francophones avaient décidé de venir découvrir ou redécouvrir l'énergie brute de cet électron libre gravitant autour de la sphère Garage.
Plus que ravi de cette opportunité, je m'apprête à accomplir personnellement l'expérience, et pour la première fois, d'un live de Thee Oh Sees, que beaucoup m'annoncent à l'entame de cette nuit, comme un must absolu.
Déjà, l'électricité, palpable dans l'air, s'attache à mes atomes (crochus) et fouette ma curiosité.
Hosanna, Hosanna, et en route pour la joie!

Les premières grappes de spectateurs s'éparpillent à l'intérieur du Reflektor où un tapis de sol usé jonche le milieu du parterre.

Plongé dans l'obscurité, il va devenir en quelques instants le théâtre d'une projection nerveuse d'accords triturés et de martèlements sauvages sous amphétamines.

Une collision sonore orchestrée par Yonatan Gat et ses deux compères.

Certes, loin d'être évidente, voire même retors à certains moments, la musique du trio évolue constamment entre divers genres au sein d'un même morceau.

Chaque intervention instrumentale est annoncée par une lampe qui s'allume ou s'éteint, donnant le signal aux autres membres.

Cette interaction est le fil de l'improvisation qui donne lieu à une débauche d'énergie au plus près d'un public intrigué.

Dès lors, ce qui de prime abord ressemble un jet incontrôlé de testostérone s'avère en fait un subtil mélange abrasif savamment dirigé.

Entre free jazz et déambulations salsa schizophréniques, entre assauts bruitistes et mélopées acides, Yonatan Gat ne choisit pas.

Secouant frénétiquement un shaker explosif, il virevolte sur lui-même, esquisse un pas de danse, s'avance au milieu des sceptiques, s'amuse avec le public, se couche à même le sol pour se gargariser plus que pour chanter.

Le batteur, lui, incapable de tenir en place, semble condamné à rester en mouvement perpétuel.

S'exécutant sur ses fûts comme si sa vie en dépendait.

À l'image de la pochette de "Director" qui représente une route sinueuse posée de façon bancale au travers d'un paysage boisé, la musique des ces hurluberlus à la tignasse indomptable ne se laisse pas apprivoiser.

C'est elle qui tente de vous apprivoiser.

Au bout d'une petite demie heure, le set s'achève par des remerciements polis à l'adresse d'applaudissements hésitants, bien qu'enthousiastes.

Suivant ce souffle de folie, l'entrée en scène de John Dwyer sert d'intronisation à toutes sortes de spéculations.

Dans une nouvelle formule, bardée de deux batteries mais sans clavier attitré, quel sera le visage de la bête Thee Oh Sees, ce soir?

Avenant et souriant, cinglé d'un marcel marin rouge et blanc et moulé dans son short, l'ami Dwyer donne ses consignes, puis, une fois prêt, intime gentiment au préposé aux lumières que le show peut commencer.

Pied au plancher, évidemment.

Extrait de "Floating Coffin", "I Come From The Mountain" s'engouffre dans la brèche  et allume la première mèche.

Le signal ainsi donné, les pogos peuvent commencer.

Débauche incandescente d'une énergie brute, les premiers titres s'enfilent les uns après les autres sans temps mort, offrant à la foule ce qu'elle est venue chercher.

Dans cette excitation suintante, je m'étonne néanmoins de la maîtrise redondante d'un groupe qu'on m'annonçait tellement excitant mais qui s'avère certes ô combien efficace, mais pas non plus monstrueusement original.

Tel un monolithe (ou un diamant, au choix) taillé au fur et à mesure, le set gagne en intensité dès "Tidal Wave" et surtout l'irrésistible "Whitered Hand" (extrait du dernier opus).

À défaut de justifier la présence de deux drummers jouant en mode simultané, cette succession frénétique de riffs endiablés permet d'apprécier leur parfaite synchronisation.

Quand le leader annonce les quatre derniers morceaux, il semble que le temps s'est arrêté un moment pour reprendre son souffle ; ce dont manifestement le groupe n'a nullement besoin.

Enrayée par un problème technique mineur, la machine doit hélas mettre fin à son déballage de furie un titre prématurément.

Qu'à cela ne tienne, personne ne pensera à lui en tenir rigueur.

Si l'incroyable efficacité de Thee O Sees a été démontrée, je m'attendais à davantage de surprises.

Plus d'excentricité. Plus de folie. Plus d'improvisation.

Il reste néanmoins que ce moment passé en leur compagnie était très galvanisant.

(Organisation : Reflektor)

 

 

 

dimanche, 17 mai 2015 01:00

Mi-dieu, mi-bête…

Côté pile ou côté face, un concert des Swans recèle toujours une part de mystère...
Selon l’humeur de son mentor ou du mélomane, mais également les circonstances qui entourent le déroulement de la soirée, le résultat peut s’avérer une expérience transcendante ou une épreuve physique et douloureuse (surtout pour les tympans délicats).
Mais ce qui est certain, c'est qu'il se passe toujours quelque chose.
Au moment où la pièce de monnaie voltige dans les airs, incertaine de la face qui échouera sur le sol, les premières grappes de spectateurs s'avancent solennellement vers l'autel où Michael Gira et les siens transformeront l'atmosphère en une matière palpable et l'air en un incandescent magma en fusion.

Mais avant le déluge, place à la montée des eaux...

Okkyung Lee, est seule sur l’estrade.

En vérité, non. La jeune artiste est accompagnée de son violoncelle.

Elle et son instrument font totalement corps pour livrer une prestation déconcertante.

Qui en aucun cas ne peut laisser indifférent.

Ses soli dressent une cartographie imaginaire de l'émotion à fleur de peau.

Grinçants pour certains, électriques pour d'autres, ses incessants va-et-vient le long de son manche sont vertigineux et libèrent une intensité indescriptible.

Si une totale immersion en solitaire est nécessaire pour pénétrer l'univers de cette artiste, c’est après avoir atteint le cœur de sa musique organique, que la magie peut exercer ses charmes. Mais pour parvenir à atteindre cet état de conscience, il faut également être hermétique à toute distraction extérieure (ce qui dans le cas de votre serviteur s'avère délicat, ce soir).

Expérimentale, marginale et abstraite, son expression sonore a le pouvoir de convertir celles et ceux disposés à oser une telle plongée en apnée.

Son archet ciselant l'épine dorsale jusqu'à en tirer l'essence du frisson.

À contrario, pour celles et ceux restés au pas de la porte, cette musique évoque tour à tour le chant du bourdon dans une bouteille de verre ou encore la lente agonie d'un brame engoncé dans une gorge rocailleuse.

Elle n’est guère accessible et exige un minimum d'abandon.

Perso, distrait par de nombreux éléments extérieurs, je n'ai pas autorisé la demoiselle à pénétrer mon esprit, déjà tourné vers le noir ramage des oiseaux nocturnes.

Au vingt et unième coup d'horloge, le gong retentit.

Par vagues successives, la vague sonore ondule et envahit l’espace.

Telle la marée montante, qui bientôt nous submergera.

Lentement, mais sûrement.

Après plus de vingt minutes essentielles au conditionnement, le set commence à s'articuler autour de Michael Gira, plus shaman que jamais (et diva me souffleront certains).

"Frankie M" suit donc ce déluge en s’infiltrant lentement, insidieusement, dans nos ouïes, nos esprits et nos âmes.

Une rythmique hypnotique, lourde et puissante assiège sournoisement nos remparts, rejetant toute forme de complicité maligne…

Physique, âpre et rugueuse, la bête envahit tout l’espace.

Haletante, elle nous pousse dans nos derniers retranchements.

Sa puissance est monstrueuse, mais sa sensibilité est à fleur de peau...

Orchestrant tel un rituel, le chaos organisé autour de lui, Gira exige autant du public que de son groupe ou de toute personne impliquée dans le processus.

Son attitude despotique a depuis longtemps forgé son image, voire son mythe, et il semble prendre un certain plaisir à en jouer.

Impassibles et rôdés aux desseins de leur maître, les autres membres s’exécutent autour de cette ossature et dirigent le son exactement où le dieu Gira l'exige, soit vers des cimes ténébreuses et tourmentées où la pleine conscience se brise sur des versants saillants.

Exigeant, voir intransigeant, seul maître à bord d'une embarcation frayant au travers du tumulte, Michael Gira est LA figure de proue de Swans, quitte à laisser les autres comme de simples faire-valoir.

Pourtant, inutile d'êtres devin pour constater que Swans ne serait pas ce qu'il est actuellement, sous une autre configuration.

Derrière cet effacement, qui semble parfois confiner à l'ennui –suffit d’observer Kristof Hahn, délégué au pedal steel, qui mastique un chewing-gum– se cache en fait le secret de Swans ; soit une harmonie parfaite au sein d'une hégémonie indiscutable.

Cinglant l'air de ses bras, exhortant sa troupe, l'homme au stetson (absent de son chef, ce soir) dirige donc l'auditoire vers le gouffre tendu comme une gueule affamée.

L'écume aux lèvres, la créature nous happe.

Rares sont celles et ceux qui s'échappent ou font mine de vouloir y échapper.

Après plus de deux heures de célébration, la messe est dite.

En communion avec leur public, les cygnes tirent leur révérence.

Majestueux.

Les tympans déchirés mais l'esprit libéré, la foule peut alors se retirer.

Dehors, la nuit est douce.

Les premiers avis s'échangent sur le parvis.

Au bout de l'expérience, résonne pour un long moment encore l'écho de Swans.

(Organisation Reflektor)

 

 

samedi, 25 avril 2015 01:00

Objectif : Lune !

Initié fin 2009, en parallèle à Wooden Shijps, Moon Duo trouve de plus en plus ses marques dans le paysage sonore (et sonique) actuel, faisant figure de Pygmalion pour bon nombre de mélomanes.
Surfant sur les mêmes trames psychédéliques que Wooden Shijps, le projet monté par le talentueux Mister Ripley Johnson et de sa compagne à la ville, Sanae Yamada, s’en détache néanmoins par une approche plus directe, tout en gardant bien sûr en ligne de mire les circonvolutions en spirales propres au genre.
Gagnant à la force du poignet ses galons de ‘guitar héro’ un rien hypster, l’ami Johnson ne s’égare pas dans de futiles joutes tape-à-l’œil (NDLR : à l’oreille ?) ; ce qui somme toute, reflète parfaitement son travail discret mais impeccable.
Forts des échos enthousiastes recueillis à chacun de ses passages, la paire, renforcée depuis deux années par un vrai batteur remuant des vrais bras sur scène (en la personne de John Jeffrey), attire de plus en plus de curieux, tout en ramenant son cheptel de fans inconditionnels.
Elle a même décroché une place de choix dans une veine très à la mode actuellement (le band constituera l’une des attractions majeures du Eindhoven Psych’ Lab, en juin prochain).
Bref, absolument dans l’air du temps, le genre d’évènement quasi hype à récupérer au sommet de la vague.

Les premières notes déjà hypnotiques de « Wilding » résonnent sous la voûte étoilée de la salle circulaire alors que le public s’agglutine à la hâte.

Votre serviteur y compris, recraché juste à temps par la circulation locale.

Les soli de guitares dessinent les premières arabesques sur la ritournelle obsédante de l’orgue et déjà un constat s’impose : des deux pendants indissociables au mantras psychédéliques (l’ennui en opposition à la transe), Moon Duo milite plus que régulièrement dans la meilleure de ces deux catégories.

Si la redite est inévitable, dans ce mouvement propre à tournoyer sur lui-même, il est heureux que Moon Duo opte pour une spirale ascendante par la grâce de rythmiques robotiques impeccables qui amènent le corps à se détacher de l’esprit sans laisser celui-ci se poser trop de questions.

Ainsi, sans temps mort, les pépites de « Shadow of The Sun », principale source de la set list de ce soir, puisque petit dernier de la discographie, s’égrènent et éclosent çà et là en autant de germes porteurs de dérives psychotiques chères au public ici présent.

Territoire conquis d’avance, certes, mais qui n’autorise pas le sieur Ripley et sa gente dame à offrir autre chose que le meilleur d’eux-mêmes.

Car si l’auditoire accepte la danse du Shaman, il exige également de le retrouver lui aussi de l’autre côté, dans cet état évanescent et mystique que tissent les mandalas musicaux.

Si on pouvait craindre que la succession de dates (la rançon d’un succès qui ne cesse de croître) lasse nos trois musiciens, ils n’ont rien laissé transparaître dans leur attitude, certes, un peu engoncée, mais en corrélation avec l’esprit général (où le visage fermé, les yeux clos, on se laisse emporter en affichant un air mi-sérieux, mi habité).

Les projections se chargeant d’apporter leurs couleurs à ce rêve halluciné, la soirée s’écoule sans surprise, sans anicroche non plus.

La machine est parfaitement en place, et les rouages sont bien huilés.

Néanmoins, l’évolution est palpable chez ceux qui suivent leur parcours depuis le début et ont déjà eu l’occasion de les voir auparavant ; ce qui est le cas de votre dévoué serviteur.

Sans oser parler d’accessibilité, la musique de Moon Duo a semble-t-il trouvé ses propres marques et se sent de plus en plus à l’aise dans son registre, à présent pompé plus que de raison par de nombreux groupes aux résonances cosmiques, preuve s’il en est de son influence majeure.

Mais loin de s’autoproclamer pape ou modèle en la matière, Ripley se contente d’explorer plus avant son univers personnel, que ce soit sous l’identité de son band ou de son projet conjugal, égal à lui-même, soit sans esbroufe.

Le résultat, déjà plus que convaincant sur disque, s’affiche ici superbement et ravit les heureux détenteurs d’un sésame.

Évitant d’inutiles distractions, Moon Duo va directement à l’essentiel, objectif : lune.

Le périple est forcément étudié en fonction de l’efficacité.

Les titres propices au rêve sont écartés ; ne reste que la ligne droite et directe tracée vers ces paradis artificiels qui se dessine au fil des minutes introspectives.

Processus générant son lot de trips au sein d’un public acceptant la mise en orbite.

Six titres plus tard (ce qui peut paraître court mais pas dans le registre à rallonge de ces transes hypnotiques), les trois comparses reviennent accorder un rappel où « Goners » rappelle le chemin parcouru et l’évidente filiation avec Suicide, le Velvet et d’autres références toutes aussi évidentes mais tellement passées à la moulinette, qu’il n’en ressort qu’un agglomérat compact d’originalité et de génial savoir-faire.

Si Moon Duo n’a pas inventé le fil à couper le beurre, il peut au moins se targuer d’avoir réinventé un état d’esprit intègre et loin des clichés du genre.

L’enthousiasme au sortir de la salle est palpable.

Le public a en eu pour son argent (et le prix du ticket était très bon marché).

Il est fort à parier que lorsque Moon Duo se produira à nouveau en salle, elle aura pris une autre envergure…

(Organisation : Botanique).

 

 

L’occasion était belle de découvrir enfin le Reflektor, première salle de concert d’une réelle envergure à Liège.
Inauguré début mars, ce nouvel écrin a déjà eu l’occasion d’accueillir, entre autres, Jean-Louis Murat et Oscar and The Wolf.
Perso, le concert de la petite folkeuse américaine était une belle opportunité de vérifier tout le bien qui avait déjà été dit au sujet de cet endroit.
Et force est de constater que Liège possède (enfin !) un lieu digne du nom en matière d’investissement musical.
Si les proportions de l’endroit restent modestes (on y entassera quand même près de six cent personnes les soirs de gala), il faut reconnaître que ouatée et teintée de reflets bleus, son atmopshère est manifestement propice à bien des réjouissances.
Et puis, surtout, l’acoustique est absolument bluffante.
Bref, d’excellentes conditions pour apprécier pleinement le spectacle de ce soir, tout comme ceux programmés dans le futur.

Peu de monde à l’entame de cette soirée aux abords intimistes.

Le seul Sam Amidon est donc contraint de chauffer la salle, armé de sa guitare sèche ou de son banjo.

Un exercice périlleux auquel l’Américain semble néanmoins rôdé.

Pour attachantes que sont ses chansons sur support physique, sa prestation ne m’emballe guère.

Si les plus polies des oreilles daignent refuser l’appel d’une bière savourée en terrasse, les autres s’esquivent par grappes au fil du set.

Vous laissant deviner à quelle catégorie appartient mon appareil auditif, laissez-moi enchaîner sans plus attendre sur le concert ce la charmante Sharon.

Faisons fi de toute surprise.

Il semble évident que chaque spectateur sait à quoi s’attendre.

Et Sharon Van Etten n’est pas du genre à décevoir ses fans.

Si l’artiste s’excuse pour les quelques approximations rencontrées, suite à la mise en place de son groupe qui la rejoint pour le premier soir, pas un spectateur présent ne pensera à lui en tenir rigueur.

Car ici, tout est soigneusement mis en place, et rien ne semble dépasser.

La configuration scénique du band, installé en arc de cercle, ouvre directement la voie de la modestie, mais certainement pas de l’effacement.

Car la voix a, au fil du temps, gagné en assurance.

La présence sera donc opérée par le biais de ce vecteur.

Les interventions entre les morceaux sont un peu formatées, certes, mais l’émotion transmise pendant l’exécution des morceaux, assure son quota de frissons.

Le répertoire gonflé d’amertume s’égrène comme un chapelet, à peine secoué par quelques vagues électriques.

Pas de mise en danger, mais une constante mise en abîme qui tire ici quelques larmes, là  quelques zestes de bonheur.

Voilà, cela s’arrête là. Tout simplement.

Les fans savent pourquoi.

Je ne fais pas partie de cette catégorie.

Donc je me suis un peu lassé...

Faut dire que j’avais déjà vu.

Du coup, mes portugaises allaient de temps à autre prendre la température au dehors, mon gosier clapotait dans une bière ou mes lèvres tiraient longuement sur une cigarette, avant de revenir et de constater que tout était toujours parfaitement coordonné...

Rien à reprocher, rien à regretter.

Une excellente soirée qui s’achève au final devant un point merchandising étonnamment déserté.

Par les fans, mais aussi par Sharon elle même.

Dommage, quelques prétendants l’attendaient de pied ferme !

(Organisation : Les Ardentes)

Photos concert du 17 avril au Botanique :

http://musiczine.lavenir.net/fr/photos/sam-amidon-17-04-2015/
http://musiczine.lavenir.net/fr/photos/sharon-van-etten-17-04-2015/

 

 

dimanche, 19 avril 2015 01:00

Neither Virtue Nor Anger

Tout auréolé d’une couronne d’épines psychédélique sur le front, Sonic Jesus vient de débarquer.

Parrainé par Black Angels –une filiation concrétisée par un split single– ce combo italien est sans doute ce qui se fait de plus original dans un genre qui tend à se mordre la queue (NDR : même si la redondance appartient à ce mouvement).

Mais cette singularité procède surtout de sa large palettes d’influences, qui oscillent de Sisters Of Mercy à Can, en passant bien entendu par les inévitables et incontournables papes du style.

Ainsi « Locomotive », qui introduit ce premier opus, évoque l’ouverture du « Turn On The Bright Lights » d’Interpol.

Quand l’expression sonore est sur les rails, prête à traverser un climat ténébreux, perturbé et angoissant, une tempête sonique nous propulse dans la stratosphère avant de nous rabattre sur la terre, turbulence au cours de laquelle on croise des spectres de glace au profil gothique, rarement rencontrés sous ce format musical.

C’est sans doute ce qui fait la richesse de « Neither Virtue Nor Anger ».  

Drums martiaux, semblant émaner directement de l’enfer, voix d’outre-tombe, guitares fuzz fiévreuses, orgue dérangé et ligne de basse hypnotique, susceptible de broder des motifs en spirale ascensionnelles, alimentent cette atmosphère sépulcrale.

Dès les premières mesures, on est pris aux tripes. Peu de répit pour recouvrer son souffle, qu’on ne souhaite de toute façon pas reprendre.

C’est donc haletant qu’on arrive au bout du premier CD, se précipitant tout de go sur la suite.

Car Sonic Jesus ne se la joue pas à l’économie. Il y a de la quantité sur ces deux disques. 16 titres. Et surtout de la qualité.

À l’image de cette Pietà illustrant la pochette, le band confère à sa musique un romantisme torturé et une folie électrique, comme si un ange déchu avait été jeté dans le tourbillon des flammes de l’empire des morts, suite à une descente psychotrope hallucinée.

Puissant mais chargé de nuances, cet opus traduit un cri primal et urgent destiné à dépasser les cimes de l’indifférence. Un premier essai qui marque le premier pas d’une discographie qu’on souhaite prolifique.

 

mercredi, 25 mars 2015 00:00

Comme un long fleuve trop tranquille…

Détenteur d’un sésame, gagné haut la main chez nos amis de Rifraf (ben quoi, Noel Gallagher et Damon Albarn ne sont-ils pas copains comme cochons, à présent ?), je monte sur le pont de la péniche baptisée ‘Inside Out’, une embarcation amarrée depuis quelques années, sous la passerelle liégeoise.
Endroit insolite et au demeurant fort agréable pour assister circonstanciellement à une soirée endiablée ou comme c’est le cas ce soir, un concert au sein d’un climat feutré et quelque peu… tanguant.
Hélas ! Appelé à lever l’ancre prochainement, de manière définitive, le navire livre ses dernières représentations.
Mais pour l’heure, la jeune et prometteuse organisation PopKatari envahissait les lieux (elle remettra le couvert le 20 avril prochain et on vous en reparlera), pour une triple affiche aux douces effluves de champignons acidulés.
Capitaine ! Prêt à larguer les amarres ?

Accroché au bastingage, je prête une oreille aux premiers accents musicaux qui émanent du fond de la cale.

Intrigué, je descends les marches et me retrouve face à un quartet dont les musicos doivent avoir à peine dix-sept ans de moyenne, mais dont la gouaille et le talent efface vite toute trace d’immaturité prépubère.

Épatants de maîtrise pour l’un de leurs premiers concerts, les enfants de la région me font forte impression.

Si la somme de leurs influences semble confinée à un seul groupe, gageons qu’ils ne tarderont pas à se détacher de cette fratrie, même si fort élogieuse, elles sont encore un peu trop prononcées pour asseoir leur future réputation.

Bosko, dont le leader a une voix vraiment épatante, devrait donc bientôt percer au travers de la brume locale et dériver vers des eaux plus riches, en éveillant d’abord l’intérêt des fans d’Arctic Monkeys.

Puisque de singe il est question, commençons par celui qui dédaigne le dos de Willo, combo rouennais venu déposer ses rêves hallucinés, le temps de cette croisière, sur la Meuse.

« There’s No Monkey On My Back » ouvre en effet le set et démontre rapidement les limites du band, surtout sur le plan vocal. On cherche vainement l’émotion et rapidement l’ennui commence à vous envahir, comme un singe en hiver.

Les compositions sans réelle inspiration ne parvenant pas relever la sauce, le concert finit par provoquer ma fuite sur le ponton.

Peu de vent, pas d’embrun, ce groupe dont le style était annoncé quelque part entre celui de Grandaddy et des Flaming Lips, pour ses prestations énergiques, ne soulève guère de vagues.

Battant pavillon anglais, Virginia Wing approche enfin de l’embarcadère.

Escale portuaire avant de s’engager auprès de Notwist pour quelques dates outre-Rhin.

Placée en figure de proue, Alice Merida Richards et ses espadrilles (!) se fondent rapidement derrière ses synthés Korg ; mais sa voix trouve immédiatement place au milieu de réglages techniques imposés par un soundcheck hâtif.

Le psychédélisme post-kraut-pop parfumé d’essence nineties (oui, on pense effectivement à Stereolab), d’une belle efficacité sur disque (« Measures Of Joy » paru en novembre dernier) est censé prouver son potentiel sur scène, dépouillé des artifices du studio.

Si on ne tiendra pas trop rigueur à la formation pour les quelques approximations, notamment rythmiques dues, sans doute, à leur première date de leur tournée, on relèvera tout de même une sacrée perte de vitesse sur la longueur d’un set… qui n’aura duré que trente cinq minutes montre en main.

Plutôt emprunté et ne dégageant pas spécialement d’aura (le bassiste semblant si dépressif qu’on avait pris soin de retirer tout nœud marin des environs), la solution sonore s’enlise après le single « Marnie » et ne ressurgit des profondeurs du bassin liégeois que sur un final qui s’achève abruptement.

Sans l’ombre d’un rappel, les Londoniens filent alors en douce vers leur prochaine destination, nous laissant sur notre faim.

Si la péniche reste à quai, on attendait certainement que les artistes programmés ce soir, nous emmènent vers d’autres horizons.

Au final, ce sont les enfants du pays qui nous ont emportés au-delà de l’estuaire…

(Organisation : PopKatari)

 

samedi, 14 mars 2015 22:11

Between Wine And Blood

Plus besoin de présenter New Model Army, actif depuis mille neuf cent quatre-vingt, puisque ceux qui ignorent leur existence sont ceux qui ont choisi de les ignorer.

Pour le reste, pas grand chose à ajouter.

On ne prêche pas les convertis.

À l’instar de son titre évocateur, « Between Wine And Blood » poursuit la croisade entamée, il y a déjà trente-cinq ans.

Et à cet âge respectable, pour un groupe aussi intègre, il n’est plus besoin de bousculer les événements.

Du moins les fondations.

Car le contenu est toujours aussi excitant, passionné et viscéralement vivant.

Révolutionnaire, engagé, réponse hargneuse aux gentils Levellers et fier représentant d’un genre ignoré sur ses propres terres, NMA (pour les intimes) continue donc sa campagne contre vents et marées.

Parmi ces groupes fédérant un amour inconditionnel de la part de ses fans de la première heure, la bande à Justin pourrait être l’étendard brandi devant une armée de fantômes.

Mais de cela, NMA n’en a cure…

 

samedi, 14 mars 2015 22:03

Time Is Over One Day Old

Initié à l’aube de l’odyssée de l’espace, ce projet aux contours flous rebondit donc après treize années en apesanteur.

Évolution nébuleuse qui l’a vu atterrir sur la surface faussement plane du label Dead Ocean dès deux mille douze (l’album « I Love You, It’s Cool », épinglé en son temps par Pitchfork) et permet dès lors à Jon Philpot, la tête et le cœur de Bear In Heaven, de concrétiser ses idées en les matérialisant sous forme de groupe à part entière.

Ainsi, « Time Is… » relève autant des introspections de son mentor que du subtil équilibre susceptible de se créer au sein d’un band.

Bien entouré, le commandant Philpot met donc en orbite dix titres naviguant entre une électro maligne et une variante élégante du Krautrock.

La voix douce de notre pilote en chef fait office de parfait contrepoint à la pâleur fantomatique de l’ensemble aux sonorités clairement figées dans un âge de glace (à vrai dire, les eighties, l’âge d’or du genre).

Quelques incursions de guitares noyées de reverb’ se reflètent dans cet édifice de verre, pas aussi poli qu’on pourrait imaginer.

Maîtrisant son univers, Bear In Heaven ne craint pas de mettre ici des chœurs, là d’évidentes mélodies qui passent comme une hostie à la messe ou encore dans certains recoins,  d’obscures nappes de brume qui se dissipent avec grâce et lenteur.

Le voyage se déroule donc de manière on ne peut plus agréable, et c’est peut-être le seul reproche qu’on pourrait faire à cette œuvre, qui manque parfois d’un sursaut de gnaque.

Mais il est des rêves vaporeux qui se passent très bien de tout accroc.

 

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