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Taï

Taï

mercredi, 02 août 2017 18:42

Néon

Patrick Moriceau a baptisé son projet du patronyme –un brin mystérieux– Octave Noire. Et il nous propose son premier elpee. Cet ancien élève en musicologie de la Sorbonne ne manque pas son entrée en matière ; car ce « Néon » devrait en effet le mettre sous les feux des projecteurs, et très rapidement…

Entre chanson française subtilement arrangée de cordes, rappelant parfois l’univers d’Alex Beaupain (« Belem Belem ») et vignettes électro-pop ambitieuses susceptibles de se transformer en petites symphonies (« My Hand in Your Hand »), Octave Noire sculpte des morceaux très orchestrés aux multiples tiroirs qui baignent au sein d’un climat sombre, mais jamais accablant, tout en jonglant aisément de ses influences, passant, en outre, tout aussi facilement de l’anglais au français. Remarquable, cet opus devrait permettre à Octave Noire de se réserver une place tout à fait unique sur la scène hexagonale…

 

mercredi, 02 août 2017 18:40

Yo Amaneci

Andres Landero est né en 1931, à San Jacinto, en Colombie. A l’instar d’autres artistes issus de son pays, il a permis à la cumbia d’être reconnue, à sa juste valeur, sur la scène contemporaine. Un parcours qu’il a entamé, dès 1964, au sein de son premier groupe, Discos Curro. Réunissant 20 plages, cette superbe compile, concoctée par les ‘diggers’ espagnols qui prospectent chez Vampisoul, lui rend un bel et vibrant hommage tout en nous replongeant au sein de cette musique singulière enfantée par les esclaves africains qui ont débarqué sur les côtes des Caraïbes d’Amérique Centrale et du Sud.

Durant toute sa longue carrière, ce musicien au talent indéniable a, dans le style, délivré de véritables pépites illuminées par des textes poétiques relatant des épisodes authentiques, et lustrées par des mélodies tropicales alimentées à l’accordéon, aux rythmes caribéens et à la ligne de basse métronomique, que l’on croirait piquée… à un Johnny Cash dans sa genèse. Ce recueil rend donc hommage à ce maître ès cumbia, mort à Carthagène, peu avant ce nouveau millénaire ; soit il y a déjà 17 ans. Si vous aimez cette musique tropicale et n’êtes pas rebuté par la faiblesse de production, cette anthologie est une véritable mine d’or…

 

mercredi, 02 août 2017 18:37

Primitives

Patronyme curieux et insidieux pour le projet de ce discret artificier texan dont la musique baigne dans l’électronica. Roger Sellers ne sort, en effet, pas la grosse artillerie basque façon ‘Jean-Pascal de la Star’Ac’, mais des ritournelles électroniques minimalistes qui doivent autant à Animal Collective (« Intro », « Appeals »), aux rythmiques africaines (« Spectrolite »), au folk teinté d’americana (« Living Room ») qu’à l’ambient résolument dominée par les claviers (« Lates »). Judicieusement baptisé « Primitives », son premier opus solo a été, en général, enregistré au cours de l’année 2014. En s’aidant de son falsetto, rappelant parfois Sufjan Stevens, l’Américain tisse ses vignettes très mélodiques aux rythmes envoûtants… Belle découverte que cet artiste dont l’expression sonore baigne au sein d’une subtile douceur vaporeuse issue d’un Texas qu’on imagine tellement plus brutal…

 

vendredi, 07 juillet 2017 12:45

Life Will See You Now

L’univers du crooner de poche ‘Made in Sweden’ Jens Lekman est bien trop méconnu si on devait le comparer à l’aune de l’étendue de son talent, un talent qu’il étale avec une classe décalée depuis « Night Falls Over Kortedala » et « Oh You’re So Silent Jens »…

« Life Will See You Now », son 4ème  elpee, vise cette fois délibérément nos jambes à l’aide de ses beats quasi-disco, ses clappements de mains, ses mélodies radieuses qui jurent par rapport à la belle mélancolie de ses précédentes œuvres. Sa voix et ses mélodies singulières sont toujours bien présentes, mais les sonorités sont neuves pour le natif de Göteborg. A l’ultime limite du kitsch, Jens Lekman ose les touches électro cheap (« Hotwire the Ferris Wheel », auquel participe Tracey Horn d’Everything But the Girl), de bossa nova (« Wedding in Finistère »), de Nothern Soul (« To Know Your Mission ») ou de steel-drum euphorisant (« What’s that Perfume that You Wear ») pour construire des petites vignettes pop principalement dédiées au sentiment amoureux, tout en abordant des textes finement ciselés qui ne manquent pas d’humour. Le petit frère doué de Jonathan Richman dévoile ici une nouvelle facette de son écriture protéiforme…

 

jeudi, 29 juin 2017 11:13

FLOTUS

Quel bonheur de retrouver, à intervalles réguliers, Kurt Wagner et sa bande d’experts ès americana ; surtout quand c’est pour nous réserver une dose salvatrice de country/soul alternative… En publiant « FLOTUS », son 12ème album, la bande de cow-boys a décidé d’explorer de nouveaux territoires sonores, afin d’insuffler d’intimes variations à sa musique aux apparences classiques. Une touche d’électro, du r&b, de la soul et même un zeste d’auto-tune… de quoi s’ouvrir à la scène contemporaine. En osant de longues plages (18 minutes pour « The Hustler », quand même), incluant beats house et accords de piano jazzyfiants, le groupe américain (NDR : pour rappel il est issu de Nashville !) semble s’autoriser la même liberté que Bon Iver pour son récent opus, « 22 A Million ». « FLOTUS » a un charme fou et démontre que la routine n’est pas une fatalité ou les changements une pâle diversion afin de pallier un éventuel manque d’inspiration ! Une magnifique leçon de changement dans la continuité… Et puis un groupe mené par une voix pareille ne pourrait jamais réellement décevoir…

 

jeudi, 29 juin 2017 11:10

Hang

On avait rarement vu pareil sabordage que celui de Foxygen à la sortie de son second opus. Après le succès de « We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic », parfaitement produit par Richard Swift, le jeune duo avait décidé de publier un double concept album. Baptisé « … And Star Power », il était tellement brouillon qu’il était parvenu à faire fuir de nombreux aficionados du groupe. En concoctant son troisième essai, « Hang », la formation en est revenue à de plus ‘raisonnables’ ambitions, se limitant à une formule davantage succincte, soit 8 morceaux en à peine 32 minutes. Moins accessibles que sur sa première œuvre, mais structurés et mélodiques que son ingérable suite, les plages de Foxygen sont toujours marquées par le rock des 60’s et 70’s (Beach Boys et Kinks en tête) et évoluent parfois à la limite du pastiche. Jonathan Rado et Sam France possèdent pourtant ce talent susceptible de construire de petites cathédrales psyché/pop au parfum rétro ; et le premier single, « Follow the Leader », en est certainement la plus belle illustration. Ce qui n’empêche pas le combo de lorgner vers le music-hall (« Avalon ») ou de replonger dans l’univers de Bowie circa 80’s (« Mrs. Adams »). Favorablement. Ce duo est en perpétuelle recherche de liberté. On n’est donc pas bout de nos surprises…

 

samedi, 03 juin 2017 18:59

Saturday Night

Le leader du tumultueux quatuor montréalais Ought est de retour en solitaire. Une parenthèse solo temporaire au cours de laquelle, il a publié ce « Saturday Night »… Ce qui lui permet de dévoiler sa fascination pour le Velvet Underground et feu Lou Reed, tout particulièrement. A l’instar du morceau qui ouvre la plaque, le très rock’n’roll « Tall Glass of Water », une piste qui marche pourtant sur les pas des œuvres récentes de Parquet Courts. L’opus recèle d’autres morceaux manifestement influencés par le post punk new-yorkais. Des références, que l’artiste maîtrise parfaitement. Comme le très rock et fuzzy « You Felt Confort » ou le downtempo « Still Waking Up ». Malheureusement, Darcy s’égare, au fil de l’elpee, dans des expérimentations sonores claustrophobes. Et dans ce domaine, il est bien moins convainquant. N’est pas John Cale qui veut, même si l’ensemble ne recèle rien de fondamentalement honteux…

Car de toute évidence, en solo ou chez Ought, Tim Darcy est un fameux songwriter. Et sur sa plume, il va falloir compter…

 

samedi, 03 juin 2017 18:52

Peaceful Ghosts

D’une précision de métronome, ces orfèvres ès power rock nous proposent une nouvelle livraison de toute bonne facture, qui vient gonfler –et pas artificiellement !– une discographie quasi-exempte de faute de goût… Enregistré en 2016, « Peaceful Ghosts » constitue le  9ème elpee du band new-yorkais qui revisite ici habilement une partie de son répertoire, flanqué de l’‘ORF Radio Orchestra’ viennois ainsi que du ‘Babelsberg Film Orchestra’ berlinois.

Propulsé en 92 par son tube, devenu planétaire, « Popular », Nada Surf a progressivement étoffé sa discographie et de manière… remarquable. Les versions proposées sur « Peaceful Ghosts » sont inévitablement plus ‘soft’ et paisibles. Soigneusement réarrangés, aussi. Et enrichies de cuivres et de cordes, des plages comme le très classieux « Blizzard of 77 », « Blonde on Blonde » ou « Inside of Love » tissent une remarquable texture autour de la voix claire de Matthew Caws, tout en proposant des mélodies discrètes, mais tellement chargées de feeling (NDR : arrache cœurs ?) Après avoir initialement commis un hold-up, dans les charts, début des nineties, la formation a décidé qu’elle ne Nada Surf(erait) plus sur la vague commerciale. Depuis, elle a privilégié une carrière à l’œuvre sincère et véritable, en la jalonnant de compos irréprochables. Ce petit détour orchestré lui offre, néanmoins, une belle cure de jouvence…

 

lundi, 29 mai 2017 18:05

Live in San Francisco

Les aficionados de rock/garage aux relents psyché n’ont certainement pas pu échapper à la déferlante US qui s’est abattue sur la côte Ouest –du côté de San Francisco particulièrement– incarnée par des figures stakhanovistes comme Ty Segall et Thee Oh Sees, une formation drivée par John Dwyer, véritable parrain de la scène locale ! Elle vient donc de publier un opus ‘live’. Un set immortalisé en 2015, dans son fief mythique et tout particulièrement en la salle ‘The Chapel’. Une prestation accordée dans l’esprit des enregistrements publiés sur son propre label, Castle Face (White Fence, Fuzz, Useless Eaters)…

Le groupe est considéré comme un des meilleurs au monde sur les planches. Cet elpee ‘live’ prend donc tout à fait son sens et permet une belle introduction dans l’univers diablement rock et détraqué de Thee Oh Sees. Depuis le quasi-punk « I Come From the Mountain », piste qui ouvre le long playing, au très fuzzy et caoutchouteux « Tidal Wave », en passant par le plus stoner « The Dream » et l’ode psyché « Tunnel Time », cet LP devrait ravir les inconditionnels, mais également permettre aux novices de découvrir les brûlots de ces Californiens, dans leurs versions les plus sauvages. On pourrait revenir sur chaque titre de ce ‘live’ endiablé, au cours duquel figurent des extraits issus de la discographie impressionnante du band ; mais le plus pertinent est de plonger tête baissée, et en apnée, dans la solution sonore… chargée de riffs électriques, et en ressortir lessivé… mais heureux. Prêt à en découdre avec la terre entière !

Thee Oh Sees est un titan. Tout ce que le groupe touche depuis un bon moment se transforme en or ou plutôt, est immédiatement tr...

 

mardi, 16 mai 2017 14:08

Triomphe

Ex-trio devenu ‘one girl band’, La Féline (merci Jacques Tourneur !) est devenu, depuis 2014 –date de la sortie du long playing « Adieu L’Enfance »– le projet solo d’Agnès Gayraud (NDR : également critique musicale à Libération et Docteur en Philo à ses heures perdues…) Elle publie aujourd’hui « Triomphe », un opus qui a reçu un accueil critique prophétiquement annoncé par son titre…

Sa pop véhicule des accents ‘variétés’ ou ‘chanson’ française. S’y pose des textes poétiques d’une belle richesse, liés aux monde du Japonais Miyazaki, à l’univers médiéval (NDR : oui, oui, même si cette description ne semble pas glamour, elle l’est, et franchement) ou à l’œuvre de Marguerite Duras. Et l’ensemble est entretenu par une instrumentation légère aux textures toutefois complexes, à l’instar de « Le Royaume », caractérisé par ses interventions tortueuses au saxophone ou de « Comité Rouge », dont le final monte progressivement en crescendo. Fauve délicate, La Féline ne sort pas ses griffes d’emblée mais propage plutôt de doux et racés miaulements pop à travers son double baptisé ‘Senga’ (anagramme d’Agnès) – aventurière tropicale incarnée dans le très convaincant et tribal morceau d’ouverture du même nom– ou par « Gianni », un morceau euphorisant dont le refrain est chanté en italien. Les compos sont variées. Les textures sont multiples. On a ainsi droit à des sonorités orientales sur « La Femme du Kiosque sur l’Eau » et un feeling pop instantanément accrocheur lors du magnifique « Séparés ».

« Triomphe » est un titre parfaitement judicieux, tant il est rare qu’un album de chanson française parvienne à marier accessibilité et exigence avec tant de maestria…

 

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