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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 

Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de rencontrer, en chair et en os, un des pionniers de la musique électronique. Jean-Michel Jarre a débarqué à Bruxelles pour présenter son nouvel album, « Equinoxe Infinity », et votre site musical préféré a été invité à la session d'écoute accordée au Cinéma Palace.

Inutile de présenter ce musicien français d'exception, qui depuis son premier succès, « Oxygène », en 1976, est devenu un des piliers de la musique moderne. Il a vendu plus de 80 millions de disques et a créé, en s'inspirant de Pink Floyd, le concept de méga concert. Il détient d'ailleurs toujours le record du plus grand nombre de spectateurs : 3,5 millions à Saint-Pétersbourg, en 2011.

Aujourd'hui, au Cinéma Palace, il rencontre la presse en affichant toute l'élégance qu'on lui connaît. Toujours fringant, il ne fait pas du tout les 70 printemps au compteur. D'un ton courtois et amical, il explique que, pour réaliser son nouvel opus, il a essayé de mélanger les technologies modernes et les sons analogique vintage. ‘L'album est en phase avec le son d'aujourd'hui’, précise-t-il. ‘J'ai pensé qu'il serait intéressant de me resservir des mêmes instruments utilisés il y a 40 ans. Mais j’ai également pensé que si j’avais encore 30 ans, comme en 1978, j'utiliserais certainement des instruments modernes. Donc, j'ai décidé de combiner ceux de l'époque à ceux qui n'existaient pas encore en '78. Je les ai dénichés sur Internet, comme par exemple le GR-1*, un synthé numérique de chez Tasty Chips Electronics ; un instrument incroyable !’.

Ou comment combiner l'ancien et le nouveau, en somme. Tout en conservant, comme fil rouge, toujours ce style inimitable, atmosphérique, solennel et hautement mélodique. ‘Il n’est pas possible d’échapper à son style’, poursuit le musicien français. ‘Je vous donne un exemple. Un jour, dans le studio de Moby, nous travaillions sur un morceau destiné à « Electronica ». Il s’installe aux claviers et joue un simple accord de ré mineur, un ré fa la que même un enfant de 10 ans pourrait reproduire et malgré tout, soudain, on perçoit le son inimitable de Moby’. C’est pareil pour Jean-Michel Jarre. Que ce soit au travers d'instruments datant des seventies ou d'une technologie ultramoderne, les compositions portent l'empreinte de l'artiste.

Notons, au passage, que les deux longs formats « Electronica 1 et 2 » figurent parmi les plus belles réussites du sorcier des claviers. Publiés en 2015 et 2016, ils recèlent des plages composées au travers de collaborations opérées en compagnie d’artistes comme Gary Numan, Moby, Pet Shop Boys, Rone, Gesaffelstein, Boys Noize, Peaches, Fuck Buttons, sans oublier notre ami 3D, de Massive Attack (NDR : il est plus connu sous le pseudonyme de Banksy).

Pionnier de la musique électronique, Jarre souligne la nature fondamentalement européenne de ce style. ‘Les gens ont tendance à oublier que la musique électronique est issue de l’Europe et n'a rien à voir avec le blues, le jazz ou la musique américaine. Elle vient de France, d'Allemagne, mais aussi d'Italie, grâce notamment à Luigi Russolo, qui a rédigé son manifeste The Art of Noises (NDR : 'L'arte dei Rumori') en 1913. Elle émane aussi de Russie : pensez, par exemple, à Leon Theremin, le père du 'theremin', l'ancêtre du synthétiseur. Et c'est ce patrimoine européen qui, hérité également de la musique classique, a conduit à ces longues parties instrumentales qui font l'originalité de nos compositions. C'est aussi pourquoi nos pays européens occupent une place si importante dans le monde de la musique électronique, de par le monde. Et chaque pays possède ses caractéristiques spécifiques. La France, par exemple, est plus impressionniste, c'est une tradition : écoutez Air, Rone, etc. L'Allemagne, par contre, prône une autre approche. Quand j'ai débuté, il y avait Tangerine Dream et Kraftwerk. Ils avaient une conception froide et robotique de la musique. Attention : ce n'est pas un jugement qualitatif. D'ailleurs, ils ont créé des chefs-d'oeuvre en travaillant de cette façon. C'est juste pour montrer que l'approche est différente. Les musiciens de Tangerine Dream, par exemple, avaient l'habitude de quitter la scène pendant que les séquenceurs jouaient encore. C'était comme une apologie de la machine. Perso, j'avais une autre philosophie. J'essayais toujours d'utiliser des sons différents et les séquences changeaient constamment. J'étais 'anti-pattern', pourrait-on dire. Et, d'ailleurs, sur mon nouvel album, c'est pareil, les sons évoluent tout le temps, ils ne sont jamais les mêmes...’

Passionné de new wave et plus particulièrement de la période de gestation de ce courant musical, entre 1976 et 1980, votre serviteur ne pouvait passer à côté de ce sujet, surtout face à un musicien qui a contribué à l'émergence de la musique 'wave' synthétique. Il lui a donc posé quelques questions.

Musiczine : 2018 célèbre les 40 ans d'« Equinoxe » mais également des débuts de la new wave synthétique. Elle a vécu ses premiers bourgeonnements en 1978, grâce à « Being Boiled » de Human League et « Warm Leatherette » de The Normal. Plus tard, en 1979, ce sera, on le sait, l'explosion, grâce, entre autres, à OMD et Gary Numan. Quelle influence avez-vous exercée sur les artistes fondateurs de ce style musical ?

Jean-Michel Jarre : C'est à eux qu'il faudrait le demander. Néanmoins, je peux quand même signaler avoir réalisé, comme vous le savez, un titre sur « Electronica », en compagnie de Gary Numan, un artiste que j'apprécie au plus haut point. Par ailleurs, il y a quatre ans, le magazine anglais Mojo m’a décerné un Award ; et c'est John Foxx qui me l’a remis. Lors de la cérémonie, il a eu une déclaration intéressante, outre ses propos positifs à mon égard. Il a avoué que la première fois qu'il a entendu « Oxygène » et « Equinoxe », il s'est rendu compte que les musiciens anglais étaient tous influencés par la musique américaine et que pour la première fois, il en entendait une profondément européenne. Ce qui lui a donné l’idée de s’exprimer différemment et de créer Ultravox, etc. J'ai été très touché par cet hommage indirect. Evidemment, il y a certainement eu une influence (NDR : de sa part), mais je n'ai pas pu la mesurer concrètement. En tout cas, il est clair que j'ai ressenti une filiation bien plus que 'synthétique' vis-à-vis d'artistes comme OMD ou de la new wave en général.

Musiczine : Vu que nous êtes à Bruxelles, avez-vous eu ou avez-vous pour l'instant, des contacts avec les musiciens belges ? A une certaine époque vous auriez pu collaborer avec Telex ou encore Front 242...

Jean-Michel Jarre : Bien sûr, ce sont des musiciens très importants ! Mais n'oubliez pas qu'avant Internet, les artistes avaient peu de contacts entre eux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai initié les albums « Electronica », afin de créer des ponts avec d'autres artistes. Mais en effet, j'aurais beaucoup aimé travailler en compagnie d’artistes belges. Comme Soulwax / 2ManyDJs, par exemple, que j’aime aussi. Une coopération est même envisageable à un moment ou un autre.

D'ailleurs, en ce qui concerne la Belgique, je souhaite ajouter qu’il s’agit un endroit où je me sens très bien. Pas pour des raisons fiscales, comme certains de mes compatriotes. Et j'aimerais réagir aux déclarations de Donald Trump à propos de Bruxelles. Il a prétendu que c'était un ‘trou à rats’. Et bien, vu que je suis du signe du rat en astrologie chinoise, j'estime que ce 'trou' est le centre du monde...

Merci à Jean-Michel Jarre, ainsi qu'à Sony Music, Valérie Dumont et Radio Vibration.

Pour écouter l'interview en audio, consultez la page mixcloud de l'émission de radio WAVES, c'est ici 

* A ne pas confondre avec le GR-1 de Roland, une guitare/synthé qui date de 1992...

 

Un sentiment de nostalgie, voire de tristesse, plane ce soir sur l'Ancienne Belgique. Soldout, le duo électro-pop bruxellois accorde son dernier concert. Charlotte et David ont en effet décidé de refermer le chapitre Soldout.

En 15 ans, ce projet a permis au couple de voyager à travers le monde entier. Il a vécu des moments inoubliables et s'est réinventé en permanence, en toute sincérité, depuis le premier jour. Aujourd’hui, les musicos veulent prendre d’autres risques, tout remettre en jeu, démarrer de nouveaux projets musicaux, retrouver l'innocence de leurs débuts.

Le public est venu en masse pour assister à la dernière prestation du duo. Même Charlotte ne résiste pas à la tentation de faire le jeu de mot : 'Le concert de Soldout est soldout ce soir !' Sur le podium, ils sont accompagnés par leur fidèle batteur et la scénographie est, comme d'habitude, très minimaliste, articulée autour de néons dressés verticalement. Dès les premiers morceaux, « The Call » et « Wazabi », l'ambiance est électrique. Mais c'est « I Can't Wait », leur classique électro-clash de 2004, qui provoque les premières vagues dans la foule.

Après une séquence plus calme (« Forever » et « My Love »), les Bruxellois remettent le turbo et attaquent « Oppression », le tour de force électronique qui s'étend sur sept minutes, suivi du hit incontournable : « I Don't Want To Have Sex With You ». Charlotte s'approche du bord de l’estrade ; ce qui déchaîne les fans des premiers rangs. On imagine un retour au calme, mais on assiste à la première surprise de la soirée. Bim ! Le « Mine » de Ghinzu bénéficie du concours d’un invité de marque : John Stargasm himself ! Souvez-vous que le track était paru sur « Dead Tapes », l'album de collaborations sorti en 2005.

Et après « One Word », re-bim ! Deuxième surprise car, pour transfigurer « The Box », Soldout a invité Richard 23 de Front 242. Ce titre power-electro correspond parfaitement à un des plus grands showmen de ce côté-ci du Rio Grande. Il ne se gêne pas pour rouler les mécaniques et faire monter l'ambiance d'un cran, grâce à sa présence très.... body !

Quand la dernière note retentit, Soldout se retire. Première impression : le temps a passé très vite. Il est déjà 22h et le duo revient pour une troisième surprise... C'est Lionel, des Girls In Hawaï qui vient prêter sa voix et sa guitare à la version acoustique de « I Don't Want To Have Sex With You », également extraite de « Dead Tapes ». Un moment émouvant.

Le premier rappel se poursuit par « Do It Again », « Get Out », « Ocean » et « Dune », et Charlotte en profite pour aller prendre un bain de foule en emportant son micro sans fil. L'occasion pour elle de communier auprès de ses fans et de taper des 'high-fives' avec les spectateurs qu'elle reconnaît, dont votre serviteur.

En toute logique, le deuxième rappel est consacré à « The Flow », le 'chant du cygne' du duo, un cadeau d'adieu publié il y a quelques jours en édition limitée sur vinyle transparent. C'est un petit joyau électro de 13 minutes qui permet à David de montrer toute l'étendue de sa maîtrise aux synthés. Il y part dans un délire électro-kraut digne de Klaus Schulze période « X ». Un véritable trip d'une beauté sidérale, qui nous laisse la gorge nouée. Un magnifique point d'orgue pour une soirée inoubliable. ‘Farewell’, les amis, et continuez de nous enchanter dans vos prochains projets !

Dj Salas assurait le supporting act. D’origine péruvienne, ce Bruxellois est également producteur. Il a publié des maxis et des remixes sur des labels aussi prestigieux que Relish, Toys For Boys, petFood, Kill The DJ ou B-Pitch Control. Il est hébergé par l’écurie Biologic depuis 2012 et a publié son premier elpee, « The Unspoken », en 2017. De son véritable nom Diégo Cortez Salas, il adore mêler les styles, depuis la house à la new beat, en passant par le disco. Sans oublier d’injecter dans sa solution sonore, des percussions. Quoique brillant derrière ses platines, il manque quand même d’interactivité ; d’ailleurs, il n’a jamais adressé le moindre regard à la foule… (D.D.)

Setlist Soldout :

The Call
Wazabi
I Cant' Wait
94
Forever
My Love
Drop of Water
Oppression
I Don't Want To Have Sex With You
Mine (ft. John Stargasm)
One Word
The Box (ft. Richard 23)

Rappel I :

I Don't Want To Have Sex With You (ft. Lionel de Girls In Hawaï)
Do It Again
Get Out
Ocean
Dune

Rappel II :

The Flow

Pour voir les photos de Wim Heirbaut, c'est ici

Pour revoir le concert de Soldout sur Youtube, c'est

Organisation : Progress Booking + Ancienne Belgique

 

vendredi, 14 décembre 2018 21:00

Le W-Festival déménage à Waregem

Le W-Festival est devenu le plus grand festival new-wave en Belgique, voire en Europe. Du 15 ou 18 août prochain, c'est une vague, je dirais même plus, un tsunami de groupes et artistes qui va déferler sur les scènes du festival. Et en 2019, changement de décors : exit Amougies et bienvenue à Waregem ! Les concerts se dérouleront en effet dans le complexe Waregem Expo. Pour beaucoup de fans de musique 'dark', cet endroit est chargé de souvenirs vu que c'est là que se sont déroulés les 'Gothic Festivals' entre 2006 et 2010.

Les organisateurs ont prévu trois scènes : deux à l'intérieur et une à l'extérieur. Egalement à l'extérieur, de nombreuses animations et activités, dont un centre W-ellness, W-ireless Wave (possibilité de profiter de la musique chaque fois que vous utilisez votre casque personnel), etc.

Au niveau de la programmation, c'est tout simplement énorme: pas moins de 68 groupes ou artistes se relaieront pendant les quatre jours de ce qui sera bel et bien le plus grand festival 'dark' de l'année.

Il est vrai que la musique des années '80 et les sonorités plus sombres sont fortement revenues dans l'air du temps ces dernières années et on trouve de plus en plus de formations 'wave' qui s'inspirent du post-punk, de la cold-wave ou de l'EBM. Les organisateurs ont donc eu la bonne idée de mélanger les 'classiques' de l'époque de la new-wave (les Stranglers, Killing Joke, Echo & The Bunnymen, Howard Jones, The Human League, Nitzer Ebb,...) avec des formations 'gothiques' des années '90/'00 (She Wants Revenge, VNV Nation, Apoptygma Berzerk, And One,...) et des 'jeunes pousses' qui montent (Lebanon Hanover, Tristesse Contemporaine, Kaelan Mikla,...). 

Un espace séparé, appelé « Olivier Daout stage » en hommage à notre ami décédé il y a peu, proposera un spectacle spécial de Blaine L. Reiniger de Tuxedomoon ainsi qu'un concert de Rendez-Vous.

Lineup complet :

August 15, 2019

SYNTH SCENE

Empathy Test 12:00-12:40
Signal Aout 42 13:30-14:10
Tristesse Contemporaine 15:05-15:45
The Primitives 16:45-17:35
The Blow Monkeys 18:45-19:35
Time Bandits 20:50-21:40
Echo and the Bunnymen 22:50-23:50
The Stranglers 00:00-01:00

WAVE CAVE

Der Klinke 12:45-13:25
In Strict Confidence 14:15-14:55
Kaelen Mikla 15:55-16:35
Solar Fake 17:45-18:35
The Cassandra Complex 19:50-20:40
Merciful Nuns 21:50-22:40
She Wants Revenge 01:10-02:10

August 16, 2019

SYNTH SCENE

Vile Electrodes 12:00-12:40
Ultranoire 13:30-14:10
Toyah 15:05-15:45
Allez Allez 16:45-17:35
Johnny Hates Jazz 18:45-19:35
Nik Kershaw 20:50-21:40
Howard Jones 22:50-23:50
Tony Hadley 00:00-01:00

WAVE CAVE

True Zebra 12:45-13:25
Inertia 14:15-14:55
Mlada Fronta 15:55-16:35
The Breath Of Life 17:45-18:35
Lebanon Hanover 19:50-20:40
Siglo XX 21:50-22:40
VNV Nation 01:10-02:10

August 17, 2019

SYNTH SCENE

Then Comes Silence 12:00-12:40
Schmutz 13:30-14:10
Sigue Sigue Sputnik Electronic 15:05-15:45
Psyche 16:45-17:35
Rational Youth 18:45-19:35
Lene Lovich Band, 40 years 20:50-21:40
The Human League 00:00-01:00

WAVE CAVE

Sono 12:45-13:25
Portion Control 14:15-14:55
Tyske Ludder 15:55-16:35
Escape With Romeo 17:45-18:35
Mesh 19:50-20:40
Blutengel 21:50-22:40
Killing Joke 23:00-00:00
Nitzer Ebb 01:10-02:10

August 18, 2019

SYNTH SCENE

Desperate Journalist 12:00-12:40
Lavvi Ebbel 13:30-14:10
Fehlfarben 15:00-15:40
Peter Hook & The Light 16:30-17:30
Red Zebra 18:30-19:30
China Crisis 20:30-21:30
Jimmy Somerville 22:40-23:40

WAVE CAVE

The Foreign Resort 12:45-13:25
Kowalski 14:15-14:55
Pink Turns Blue 15:45-16:25
Whispering Sons 17:35-18:25
Apoptygma Berzerk 19:35-20:25
New Model Army 21:35-22:35
And One 00:00-01:00

Pour de plus amples informations :

http://www.w-festival.com

samedi, 01 décembre 2018 11:11

Sinner's Day 2018 : samedi 1er décembre

Organisé depuis 2009, le Sinner’s Day est le festival limbourgeois qui met en exergue la fine fleur du mouvement punk/new wave. Cette année, la programmation rend également hommage aux précurseurs, qui ont sévi de la fin des sixties à la fin des seventies. Implanté jusqu'ici à Hasselt, le Sinner's Day a déménagé à Genk, dans le Limburghal, une salle plus petite que l'Ethias Arena. Un repli peut-être dû à la concurrence, sur le même créneau, du W-Festival, en pleine croissance… Ce dernier organise d'ailleurs ce même soir un concert de Peter Murphy au Vooruit, à Gand. Un conflit d'agenda fort regrettable! Qu'à cela ne tienne, quelque 4 500 fans, contre 7 000 il y a deux ans, se sont déplacés, bien décidés à enclencher la machine à nostalgie.

L'ensemble du programme du festival se déroule dans le grand hall, sur une seule grande scène, divisée en deux parties. Celle de droite est réservée aux formations internationales et celle de gauche, aux groupes belges. Pendant qu'un concert se déroule d’un côté, l'autre est occulté par un rideau noir pour permettre au combo suivant de s'installer. Un système astucieux et pratique mais qui limite quand même l'espace vital disponible pour chaque show.

Quand on débarque sur les lieux, Cabaret Voltaire vient d’entamer son set. Il est 16h05. Le groupe est, on le sait, devenu le 'one-man band' de Richard H. Kirk. Créé en 1973 et pionnier de la musique industrielle, à l’instar de Throbbing Gristle, le gang de Sheffield a marqué son époque grâce à des hits alternatifs comme « Nag Nag Nag » et, plus tard, « Just Fascination » et « Sensoria ». En live, Richard H. Kirk propose depuis plusieurs années un show qui ressemble plus à un spectacle audio-vidéo qu'à un concert. Debout derrière ses ordinateurs, à la façon d'un DJ/VJ, il contrôle une bande-son synchronisée à l’aide d’images abstraites. Ennuyeux, d'autant qu'il n'y a quasi aucun titre connu dans la setlist.

Sans aucune transition, Cocaine Piss embraie. Le band liégeois s’est forgé une solide réputation en dispensant un punk-noise violent et sans concession. La plupart de ses 'chansons' ne dépassent pas les 2 minutes. Sur l’estrade du Sinner's Day, la bande à Aurélie Poppins fait le show et comme d'habitude... il est très chaud…

Flashback de 40 ans en arrière (ou quasi), ensuite, pour (re-)découvrir Fischer-Z, le projet du 'lumineux' John Watts. Alternant les hits comme « So Long » ou « The Worker » et titres moins connus, l'Anglais démontre toute l'étendue de son inspiration, qui couvre la pop aux accents reggae, le post-punk et la new wave. Sa voix très haut perchée, ‘une voix de petit singe’, comme il se plaît à le rappeler, a quelque peu mué au fil du temps et elle nuit un peu à l'identification des morceaux. Mais la sympathie de l'artiste et l'intemporalité de « In England », « Battalions of Strangers » et surtout « Marliese », calée en fin de parcours, vont finir par conquérir les fans.

Après quelques minutes de répit, place à Funeral Dress. Formé en 1985, ce combo belge est adapte d'un punkcore ultrarapide et particulièrement 'heavy'. Arborant fièrement la crête, les musicos déversent un flot de décibels et leur enthousiasme est contagieux. Le public des premiers rangs connaît la plupart des paroles de leurs chansons, et notamment celles de « Party On ». Même la reprise du « Down Under » de Men At Work fait mouche. Belle ambiance !

On passe d'un gang à un autre, puisqu’il est l’heure de Gang of Four ! Originaire de Leeds, la Bande des Quatre a contribué à façonner les contours du post-punk en '78. De la formation originale, il ne subsiste plus qu'Andy Gill, le guitariste. Entouré de 3 jeunes substituts, il affiche la soixantaine grisonnante et fait penser à Jimmy Page voire Michael Caine. En compagnie du chanteur, il entretient un climat tendu, sur le fil du rasoir. Après une introduction vidéo dévoilant un rituel amérindien, il triture sa guitare et la frappe sur le sol pour en tirer des bruits stridents qui alimentent « I Love Anthrax », la flip side de « Damaged Goods », sorti il y a tout juste 40 ans ! Ce mélange unique et singulier de post punk et de funk blanc (NDR : cette basse !) est parfaitement identifiable, surtout tout au long de « Not Great Men ». A la section rythmique, les petits jeunes assurent un max. Etonnamment amorphe, le public réagit surtout sur « I Love A Man In Uniform » et « Damaged Goods ». Après « To Hell With Poverty », qui souligne le côté engagé du quatuor originel, le rappel permet enfin au chanteur de se défouler sur un four à micro-ondes installé sur le podium. Avec sa dégaine de petite frappe, il le défonce à l'aide d'une batte de baseball. Pas vraiment du meilleur goût. Bref, un show intense, malgré l'absence du hit pourtant incontournable « What We All Want »…

Le temps d'aller chercher une bière et Red Zebra prend place sur la moitié 'belge' du podium. Les chouchous du public flamand fêtent leurs 40 ans d’existence et se montrent plus forts que jamais. Leur punk-pop est toujours aussi énergique et communicatif, que ce soit à travers « Spit on the City » ou « Shadows of Doubt ». Lors de ce dernier morceau, Peter Slabbynck glisse son allusion habituelle à « This is not a love song », soulignant l'évidence filiation avec P.I.L. Et le hit « I can't live in a living room » constitue, bien entendu, le point focal de cette prestation. Mention spéciale également, à la reprise du sublime « Winning » de The Sound. 

Place maintenant à une légende absolue du rock : John Cale. A 76 ans, le musicien américain a tout inventé, surtout au sein du Velvet Underground, à la fin des années 60. Co-instigateur d'un art-rock sombre et expérimental, il a contribué à façonner tout un pan de la musique moderne, du (post-)punk à l'indie-rock. Lorsque le rideau se lève, c'est avec émotion que l'on découvre l'homme en noir, les cheveux gris lumineux et les yeux bleus tristes et profonds. Assis derrière son clavier Kurzweil, il est impressionnant de calme et de sérénité pendant « Hedda Gabler ». Tout au long de son set, il va alterner compositions expérimentales (« Fear Is A Man's Best Friend »), morceaux proto-(post-)punk (l'incroyable « Rosegarden Funeral of Sores ») et ballades poétiques déclamées façon 'spoken word' (« Helen of Troy »). En écoutant sa voix de crooner crépusculaire, on se rend compte de l'influence, phénoménale, qu'il a exercée sur des artistes comme Patti Smith, Scott Walker, Brian Ferry, David Byrne, Peter Murphy, Nick Cave, John Maus, et la liste est loin d’être exhaustive ! Le show manque un peu de pêche mais le public est fasciné, voire même hypnotisé. Evidemment, des reprises du Velvet sont prévues au programme : « Heroin », qui s'étend sur plus de 6 minutes et, en fin de set, « Waiting For The Man ». Datant de 1977, ce morceau a inspiré le « Heroes » de David Bowie. En rappel, Cale clôture par une séquence enchaînant « Gun », extrait de son album « Fear » (1974), et « Pablo Picasso», le titre composé par Jonathan Richman, des Modern Lovers, le tout interprété par le maître debout et à la guitare ! Un moment unique et inoubliable.

On passe de l'artiste le plus vieux au groupe le plus jeune du festival. Pour les 'locaux' que sont nos amis de Whispering Sons, ce concert est un peu comme un retour triomphal à la maison. Après deux années complètement folles, qui a vu la formation grimper au sommet tant en Belgique qu’à l’étranger, la bande à Fenne Kuppens peut savourer ce moment magique devant tous ses fans. ‘Come On, Fenne !’, crient ces derniers au moment où le concert commence, provoquant chez la chanteuse un sourire gêné. Comme à l'AB Club récemment, les 'Sons' vont aligner les titres de leur nouvel et excellent album « Image », entrecoupé de quelques incursions dans leur back catalogue. Un 'Home Run' réussi à tous points de vue, d'autant qu'ils ont joué l'extraordinaire « Waste », une tuerie absolue à la fin de laquelle, Fenne s'arrache littéralement les cordes vocales.

Dans le line up international, les organisateurs ont fait fort car à côté de John Cale, on a droit à MC-5, rebaptisé MC-50 pour des raisons de droits. Ce groupe américain est aussi considéré comme un des précurseurs du (post-)punk. La formation de Detroit (NDR : MC signifie Motor City) est emmenée aujourd'hui par un seul de ses fondateurs originaux, Wayne Kramer. Ce dernier est le premier à fouler les planches ce soir, sa guitare décorée en drapeau américain, en bandoulière. Il est soutenu par un véritable super-groupe, composé du guitariste de Soundgarden, Kim Thayil, du chanteur/bassiste de King's X, Dug Pinnick, du batteur de Fugazi, Brendan Canty, et de Marcus Durant, le chanteur de Zen Guerilla. Ce dernier ressemble à un Joey Ramone qui aurait forci. Et sa coiffure accentue cette impression. Lors de son set, MC-50 va aligner les classiques du rock garage avant la lettre tels que « Kick Out The Jams », « Ramblin' Rose » ou « Motor City Is Burning ». Tout comme celle des Stooges, sa musique a ouvert la voie au punk et le public ne se fait pas prier pour fêter le 50ème anniversaire de la formation.

Le point d'orgue du festival est bien choisi : Vive La Fête, le sympathique projet de Danny Mommens (ex-dEUS) et Els Pynoo, a l'art de clôturer en beauté. Formé en 1997, VLF est connu dans le monde entier grâce à sa pop electro-wave enjouée et irrésistible. Pour les festivaliers, les hits du groupe, que ce soit « Nuit Blanche », « La Vérité », « Maquillage » ou le nouveau « Toute la nuit », issu du nouvel LP, « Destination Amour », constituent les cerises sur le gâteau après un programme fort bien fourni. Tout le monde sourit, chante et danse. Le festival approche de son dénouement dans une ambiance ultra positive...

La note finale est apportée par une dernière légende vivante : Wolfgang Flür. Ce musicien allemand a milité chez Kraftwerk de 1973 à 1987, soit la période dorée des pionniers de la musique électronique. Percussionniste à l'origine, c'est lui qui a développé les batteries électroniques de la formation teutonne. Après son départ, il a embrassé une carrière solo, concrétisée, entre autres, par l'album « Eloquence ». Sur le podium, Herr Flür est planté derrière ses 2 ordinateurs Mac et nous réserve d'excellents 'reworks' de titres de Kraftwerk, tels que « Home Computer », « Neon Lights » ou « Pocket Calculator ». Mais également des compositions plus personnelles, pour lesquelles il a reçu le concours de différents musiciens, dont Bon Harris, le leader de Nitzer Ebb. Le show s'apparente davantage à un DJ set, agrémenté de vidéos et de photos de l'époque Kraftwerk ainsi que de films plus récents. Le public, moins nombreux à cette heure tardive, est conquis par ce ‘Flürilège’ de hits électros. A noter que Wolfgang Flür nous a confié en backstage avoir signé pour un nouvel album, dont la sortie est prévue pour l'année prochaine, qui sera à nouveau réalisé au travers de collaborations.

Au moment de tirer le bilan, on ne peut que féliciter les organisateurs pour l'excellente affiche et la logistique impeccable. On aurait bien entendu préféré voir davantage de groupes récents dans le line up mais, au regard de la moyenne d'âge des spectateurs, on peut comprendre la priorité accordée aux 'anciennes gloires'. On aurait également apprécié une offre plus étoffée en catering car la file devant l'unique frit kot était franchement rédhibitoire. Sans quoi, bravo à l'équipe !

En lever de rideau, les visiteurs déjà présents en début d'après-midi ont eu droit aux prestations de :

         O Veux : un groupe de punk/no-wave issu d'Hasselt qui a connu son heure de gloire dans les années '80 et a repris ses activités il y a peu au travers de rééditions mais aussi de nouvelles productions.

         Claw Boys Claw : un des groupes les plus importants de l'histoire du rock néerlandais. Fondé en 1983, il n’a connu qu’un seul grand succès en 1992 : "Rosie".

         Marcel Vanthilt : à 60 balais, Marcel a toujours l’âme d’un gosse de 18 ans. Figure de proue de la télévision flamande, il est aussi connu pour son travail au sein d'Arbeid Adelt! Aujourd'hui, l'icône belge est toujours là. La preuve : Vanthilt a enregistré son premier album solo cette année: « CA$HCA$H ». Au programme : une pop électronique aux accents eighties.

         De Brassers : eux aussi, des locaux ! Aux dires des personnes interrogées, ce sont eux qui ont gagné le prix de la meilleure ambiance dans la première partie du programme ! 

Pour regarder les photos de Wim Heirbaut, c'est ici

 

 

samedi, 24 novembre 2018 17:25

Une belle nuit avec Kim Wilde...

Ce soir, Kim Wilde nous a fixé deux rendez-vous. Contrairement à Laurent Voulzy, qui se lamentait pendant ses ‘nuits sans Kim Wilde’, nous allons passer ‘une belle nuit en sa compagnie’… Lors du concert, bien sûr, accordé dans la salle De Roma, à Anvers, mais grâce aussi, juste avant, lors d’une entrevue exclusive que la reine de la synth-pop des années 80 a accordée à Musiczine. Encore un peu de patience avant de découvrir cette interview qui sera publiée prochainement. Par contre, vos yeux impatients lisent, pour l’instant, le compte-rendu de sa performance 'live'…

Après avoir aligné une multitude de hits entre 1981 et 1985, puis traversé une période de repli dans le calme de sa propriété sise au cœur du Hertfordshire, Mrs Smith (NDR : c'est le vrai nom de Kim Wilde) opère pour l'instant une seconde carrière étonnante, déplaçant les foules dans l'Europe entière. Pour se rendre compte de sa popularité, il suffit de regarder les premiers rangs. Plusieurs centaines de fans sont massés devant le podium de la Roma dès l'ouverture des portes, attendant impatiemment leur idole.

C'est une véritable ovation que reçoit la chanteuse au moment où elle monte sur l’estrade. Elle porte une tenue noire de 'space warrior', chamarrée de pépites qui scintillent sous les 'sunlights'. Evidemment, les années ont passé et la jeune fille élancée est devenue une femme mûre aux formes plus rondes. Mais le caractère est toujours bien là : Kim Wilde est souriante, enjouée même. Dès les premiers morceaux, « Stereo Shot » et « Water On Glass », elle s'amuse avec le public et ses musiciens. Dans le groupe, on retrouve bien entendu son frère Ricky, co-compositeur et producteur, que la chanteuse présente comme celui sans lequel rien ne serait arrivé. A côté d'elle, figure également la fille de Ricky, Scarlett, qui s'acquitte des 'backing vocals' et virevolte sur scène comme une jeune polissonne un peu gothique.

Les hits sont interprétés dans des versions plus 'rock' que les originaux ; et pour cause ce soir le line up implique deux batteurs et deux guitaristes. Les arrangements très 'power-pop' permettent de passer un petit coup de baume sur les « View from A Bridge » et autre « You Came ». Seul le morceau « Cambodia », enrichi de superbes sons de synthétiseurs, conserve ses arrangements originaux. Au fur et à mesure que les hits se succèdent, la ferveur est de plus en plus palpable dans la fosse. Vers le milieu du show, Kim s'offre une petite session en acoustique pour interpréter des versions touchantes de « Hey Mr Heartache » et « Four Letter Word ».

Mais dès la fin de cette séquence, le rouleau compresseur se met en marche. Les volumes grimpent dans le rouge pour la version remixée de « Cyber Nation War », le puissant et efficace « Chequered Love », ainsi que la reprise du « You Keep Me Hanging On » des Supremes, dont le refrain est repris en chœur par tous les fans, du premier au dernier rang. Un grand moment ! 

Mais interpréter « 1969 », en fin de concert, constitue une petite erreur stratégique. Enfin, à notre humble avis. En outre, l'ambiance retombe d’un cran lorsque Kim raconte sa rencontre avec un OVNI, une expérience vécue en 2009. D’autant plus que le morceau, extrait du dernier album « Here Come The Aliens », ne déclenche pas l'hystérie escomptée. Au contraire, le traitement scénographique du thème ‘ufologique’ est par trop ironique pour ne pas dire dénigrant ; les effigies d'aliens imprimées à l'arrière des vestes des musiciens et les lasers ‘martiens’ accentuant cette impression. Dommage, surtout quand on considère le sérieux et la sincérité la chanteuse par rapport au thème des objets volants et phénomènes aérospatiaux non identifiés (NDR : on en reparlera dans l'interview).

Heureusement, lors du rappel, un autre nouveau morceau, « Pop Don't Stop », remet les pendules à l'heure grâce à son refrain imparable et le final est, comme on s'en doutait, consacré à « Kids In America », un bijou sorti en 1981.

Sur les planches, d'une gentillesse et d'une sincérité remarquables, Kim Wilde est tout simplement lumineuse. Sa voix est impeccable et, malgré quelques petites imperfections, la magie du concert a opéré, ravissant, finalement, tous les fans, dont votre serviteur…

Pour regarder les photos de David Alexandre, c'est ici

Organisation : De Roma

Merci à Kim et Ricky Wilde, à Sean chez Mixdown Management, à l'émission WAVES (Radio Vibration) et à De Roma.

Setlist Kim Wilde :

Stereo Shot
Water on Glass
Never Trust a Stranger
Kandy
Krush
Cambodia
Birthday
Yours 'til the End
Solstice
Words Fell Down
Bladerunner
Hey Mister Heartache
Four Letter Word
Rosetta
Cyber Nation War
View From a Bridge
Chequered Love
You Came
You Keep Me Hangin' On (The Supremes cover)
1969

Encore:

Pop Don't Stop
Kids in America

En supporting act, un jeune duo hollandais répondant au patronyme de Pyn nous a réservé un set sculpté dans un style indie-pop électronique et minimaliste…

L'automne 2018 est sans nul doute une période charnière pour Whispering Sons. Ce jeune groupe belge a sorti, en effet, son premier album 'long playing', intitulé « Image ». Originaire du Limbourg, Houthalen-Helchteren pour être précis, et maintenant établi dans la capitale de l’Europe, il comptait déjà à son actif un Ep, « Endless Party », publié il y a 3 ans par Wool-e-Tapes et Minimal Maximal, puis deux singles, « White Noise » et « Performance », gravés par Weyrd Son Records. La formation pratique un post-punk teinté d'influences shoegaze et indie-rock. « Image » est paru au Benelux sur le label PiaS. Un début de carrière fulgurant pour cette formation, décrite comme 'the next big thing' sur la scène indie orientée 'dark'. Nous avons rencontré Fenne Kuppens, la chanteuse/parolière et Kobe Lijnen, le guitariste/compositeur, à Bruxelles...

Vu sa distribution est internationale, ce premier opus est très important pour vous...

Fenne : Oui, l'album est signé par [pias] au sein du Benelux, SMILE pour le reste de l'Europe et Cleopatra Records aux Etats-Unis. C'est donc quasiment une distribution mondiale, ce dont nous sommes très fiers.

Quelle est l’évolution entre « Image » et vos productions précédentes ?

Fenne : La grande différence, c'est qu'on a enregistré « Image » au sein d’un studio professionnel, le GAM à Waismes, près de Malmedy, dans les Fagnes. C'était comme une retraite de 10 jours dans la nature en plein mois de janvier. Il neigeait beaucoup donc nous sommes restés confinés dans cet espace limité du matin au soir. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi l'album sonne aussi cohérent. Nous voulions proposer quelque chose de fort, avec une 'image' homogène.

On décèle en tout cas une progression dans le 'scope'. Le rayon d'action s'est étendu, la technique musicale a progressé surtout sur deux compositions, « Waste » et « No Image », qui proposent de nouvelles perspectives.

Kobe : C'est juste. Auparavant, on enregistrait des tracks qui avaient été élaborés en 'live' alors qu'ici, on a pris le temps de structurer les morceaux en studio. Par exemple, « No Image » était à l'origine une composition traditionnelle, avec une base rythmique et on s'est rendu compte qu'il y avait trop de matière ; donc on a déconstruit la chanson afin d’obtenir un résultat complètement différent du reste de l'album.
Fenne : Oui, on a eu le temps et la volonté de se consacrer au son, ce qui explique pourquoi on a travaillé en compagnie d’un producteur. On a veillé à structurer les couches de sons pour que l'ensemble sonne parfaitement.

Il y a deux ans, vous aviez défini votre groupe comme ‘une blonde qui exorcise ses démons sur de la musique post-punk’. Fenne, tu exorcises toujours tes démons aujourd'hui?

Fenne : Oui, et c'est même pire qu'il y a deux ans ! (rires)

« Waste » est devenu l’un de vos titres phares. Lors du concert 'release' à l'AB Club, il a provoqué une ovation incroyable du public.

Fenne : Oui, à la fin de la chanson, c'était fou. On a senti une énorme vague de cris et d'applaudissements, qui a duré plusieurs minutes. On s'est regardés, éberlués, en se disant ‘qu'est ce qui se passe?’ Le show dans son ensemble a été très intense. Tout s'est mis en place à la perfection du début à la fin : un moment parfait. 

Parlons maintenant de ta voix, Fenne. On mentionne souvent les références à Nico, Siouxsie, Larissa de Lebanon Hanover, mais en assistant au concert, à l'AB, quelqu'un d'autre m’a traversé l’esprit. Pour la voix mais aussi pour l'attitude. En alternant les moments calmes et les moments de folie totale, mais aussi à cause des paroles que tu écris, j'ai pensé à Patti Smith. Quand on la voit perdre son self control sur les planches en interprétant « Rock'n Roll Nigger » et s'étriper littéralement la voix, c'est le genre d’attitude que tu adoptes, toutes proportions gardées, bien sûr. 

Fenne : Oh merci ! J'adore tout ce que Patti Smith fait. C'est un très beau compliment. Ceci dit, je ne me suis jamais fixé comme objectif de chanter comme quelqu'un d'autre. C'est venu naturellement dans le processus d'écriture et au fil des concerts.

Parce qu'en fait, tu es quelqu'un de très timide...

Fenne : Oui, c'est sans doute pourquoi je dois monter sur scène pour sortir tout ce qu'il y a en moi.

Kobe, dans le titre « Skin », ta guitare évoque quelque peu les Chameleons. Comment décrirais-tu ton style ? 

Kobe : J'ai développé mon style en empruntant quelque peu à des guitaristes que j'aime, comme John Mc Geoch. J'apprécie son travail chez Siouxsie et Magazine, mais aussi au sein de The Armoury Show, particulièrement sur l'album « Waiting for the floods ».

Ton style est également très mélodique. Dans les compositions, en général, on retrouve deux mélodies, celle de la voix et de la guitare.

Kobe : Je veux compenser la faiblesse de ma voix, donc quand je compose, d'une certaine manière, je chante avec ma guitare.

Le job de Sander Hermans aux claviers est très discret mais ses soundscapes et ses séquences constituent un élément indispensable à votre son.

Fenne : Les claviers sont comme 'the glue', le ciment du son. Quand on réalise un soundcheck sans les claviers, c'est comme s'il manquait l'atmosphère, les fondements.

Aux drums, Sander Pelsmaeker impressionne. Notamment parce qu'il utilise la grosse caisse de sa main gauche sur un tom, debout ; une manoeuvre très difficile à exécuter…

Kobe : Au début, il se servait d’un drumpad, qui se joue debout. Puis il a troqué le pad contre une vraie batterie ; ce qui offre davantage d’alternatives en studio.
Fenne : Et en ‘live’, plus de variations de dynamique ; et puis, visuellement c’est mieux…

Quel thème développe « No Image » ?

Fenne : Celui de l'image que les gens ont de nous, et projettent sur nous et avec laquelle il faut vivre ; alors qu'en fait, elle ne correspond pas à notre véritable personnalité.

« No Time » est un bel exemple de composition plus complexe tant au niveau de la structure que de la rythmique.

Kobe : Oui. Les autres membres du groupe, surtout le batteur et le bassiste, étaient d'ailleurs un peu fâchés sur moi parce que les parties rythmiques sont assez difficiles à exécuter.

A cet égard, on peut également féliciter Tuur Vanderborne, le bassiste, dernier arrivé dans le line up.

Kobe : Tuur a très vite comblé le vide et pris sa place au sein du band. Dans « No Time », la section rythmique accomplit un mouvement différent par rapport aux autres musiciens et, en plus, c'est parfois dans le beat ou 'off beat'. C'était la chanson la plus 'challenging' sur l'album.
Fenne : Kobe a tendance à placer le groupe devant des défis mais bon, on y arrive (rires).

Je propose que vous choisissiez un ou deux titres qui ne figurent pas dans votre répertoire. Des coups de cœur, en quelque sorte. Il y a deux ans, vous aviez plébiscité « Second Skin » des Chameleons, « Whispering Sons » de Moral et « Insides » de The Soft Moon. Vous aviez d'ailleurs mentionné The Soft Moon comme un bon exemple à suivre vu qu'il (NDR : Luis Vasquez) fait son truc sans compromis et récolte un grand succès. Deux ans plus tard, croyez-vous avoir bien suivi cet exemple ?

Fenne : On n'a pas fait de compromis mais on doit encore beaucoup travailler avant d'atteindre le niveau d'un Soft Moon. Il faut promouvoir l'album, accumuler les concerts et peut-être après 2 ou 3 ans, on pourra dire : ça y est, on y est arrivé. Luis est un artiste qu'on adore. On a d'ailleurs assuré la première partie de The Soft Moon, il y a quelque temps.

Alors, vos sélections pour aujourd’hui ?

Kobe : Je choisirais « Superior State », du groupe français Rendez-Vous, extrait de son dernier album.
Fenne : Et moi, un titre de beak>, le projet de Geoff Barrow, de Portishead, c'est la plage « Brean Down ».

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, rendez-vous sur la page mixcloud de l'émission radio WAVES ici 

Whispering Sons se produira en concert dans le cadre du Sinner’s Day, à Genk, le 1er décembre, le 8 décembre à Turnhout et le 14 à Gand.

Un grand merci au groupe, à Eric Didden, leur manager, à Amandine (PiaS) et aux premiers labels qui ont supporté la formation : Dimitri (Wool-e-tapes), Dirk Ivens (Minimal Maximal) et Michael Thiel (Weyrd Son Records).

Photo par Karim Hamid : https://www.facebook.com/karimhamid2

 

 

Originaire des Ardennes belges et aujourd'hui établie à Bruxelles, Mélanie Isaac vient de sortir un Ep intitulé « L'Inachevée », un disque qui constitue clairement une des révélations de la rentrée. Enregistré entre Bruxelles, Manchester et Gand, il recèle une pop mélancolique chantée en français au sein d’une atmosphère hypnotique, voluptueuse, carrément sensuelle qui flotte quelque part entre Barbara, Radiohead, Fishbach, Françoise Hardy, Mélanie de Biaso et Dominique A. Le son est ample et d'une impressionnante clarté et reflète un univers rétro futuriste, moderne et en même temps délicieusement 'vintage'.

Nous avons rencontré l'artiste dans le quartier de Saint-Gilles, où elle a élu domicile. Passionnée de photographie, Mélanie a immédiatement accepté quand nous lui avons proposé de choisir des photos ou des images pour illustrer les différents thèmes abordés lors de l'entretien…

 

© Raphaël Lugassy

Mélanie, à l’écoute de ton nouvel album, on est frappé par son côté très électronique, très pointu, par moments même expérimental, un peu à la façon de The Knife.

Je suis contente que tu dises ça, car j'aime beaucoup The Knife.

Certains sons sont alternatifs, à la limite… agressifs...

Incisifs ?

Oui, avec du mordant.

James Doviak

C'est James Doviak, un musicien/producteur issu de Manchester, qui s’est chargé des arrangements.

Comment es-tu entrée en contact avec lui ?

C'est Marc Watthieu qui a co-écrit « Jamais Sans Raison » et a eu la brillante idée de lui envoyer les démos. Quand j'ai reçu les premières chansons qu'il avait retravaillées, je me suis dit : 'wow !' Enfin quelqu'un qui a compris ce que je cherche ; à savoir des sonorités plus froides, plus nocturnes...

D'une manière générale, on est vraiment impressionné par ces arrangements mais aussi le son…

James est un véritable passionné. Par exemple, pour « Comme des Loups », il a accumulé une centaine de pistes. Il travaille le son par couches, par textures. Quand il parle d’un titre, il utilise le mot ‘drama’.

Et le résultat est étonnant. La voix, également, sonne très bien : elle est posée, très claire et voluptueuse...

Oui, la voix est le pilier central de mon travail. J’ai travaillé avec une 'coach vocale' issue de la culture classique, même si ce n’est pas dans cette direction que je chante mes chansons. Ce qui m’a permis d’asseoir mon geste vocal. Dans mon processus d’apprentissage, j’ai d'abord cherché à maîtriser des extrêmes, même si finalement, dans mon interprétation, je suis en fait proche d’une voix ‘parlée’, proche de l’oreille, de l’auditeur.

Il émane également beaucoup de douceur de ta voix...

Oui, disons que j’ai cherché dans la voix, quelque chose qui console.

Tu est issue des Ardennes et tu y es d'ailleurs retournée il y a peu pour accorder un concert. Un moment étrange, non ?

C’était bien sûr un peu émouvant. Croiser des gens que je n’avais pas vus depuis des années… Cette région demeure toujours quelque part en moi. Il y a cette image mentale, qui me définit, comme une forêt brumeuse…

Tu aimerais disposer d’une maison en pleine nature ?

Plutôt un chalet ou une cabane, ce serait génial. François Pirot, qui a réalisé le clip de « Comme des Loups », possède un vieux wagon qu'il a arrangé pour le transformer en chalet, au plein milieu d'une réserve naturelle : c'est magnifique. Ce qui me manque le plus depuis que je suis en ville, c'est de faire de la musique en étant sûre que personne ne puisse m'entendre. Et d'avoir un horizon devant moi, dans lequel je puisse me projeter pour créer.

Je crois que le côté visuel est très important dans ta démarche créative?

Oui, la photo est mon autre passion, à côté de la musique. Pour chaque chanson, je crée un 'mood board', un collage de photos destiné à visualiser l'ambiance, les couleurs, l’atmosphère. Au-dessus, on voit une partie du ‘mood board’ de « Qui Es-Tu ? ». Avec James, cela nous a permis aussi de communiquer. Lui m’a raconté qu’il y avait toujours des films qui tournaient silencieusement sur son écran quand il est dans son studio.

Je propose que tu choisisses une image par chanson et que tu y ajoutes un petit commentaire ?

 

Comme des Loups

Sans surprise, c'est une image des Ardennes, une dia réalisée par mon père que j’ai digitalisée il y a quelques années. La forêt, la terre, la brume, la pluie, toutes ces choses vivifiantes... Ces paysages sont ancrés dans mon esprit. Et dans la chanson, c'est une personne qui ne parle pas nécessairement à quelqu'un, elle peut être seule, dans un moment d'introspection, en pleine nature. Elle contemple avec tendresse le souvenir de quelque chose qui vient du passé.

 

Jamais Sans Raison

© Christophe Jacrot

C'est une photo de Christophe Jacrot, un photographe parisien, dont la spécialité est de photographier les intempéries. Cette photo a été prise lors d’une tempête de neige en plein coeur de New York. J’ai eu la chance d’être présente lors de la prise de vue. Une tempête vécue en hauteur. L’ensemble du ‘mood board’ illustre un côté urbain, des lumières froides et contrastées, des errances nocturnes, des rencontres fortuites...

 

L'Inachevée

© Austin Hargrave

C'est une photo de Cat Power réalisée par Austin Hargrave, qui date de 2012. C'est le thème de l'eau, de la vague, qui correspond bien à la chanson. Cat Power y apparaît désabusée. Elle fume sa clope. Et la chanson dit: 'Promets-moi de ne rien te promettre...'  Au départ, je voulais une photo dans ce genre-là, comme cover pour l’Ep. Lors de la session photo, on a produit une image comparable, où je suis dans l'eau, mais finalement, c'est la photo où on me voit de dos qui a été retenue.

C'est un bon choix. Plus mystérieux, anti-selfie, un peu comme la cover de « Born in the USA », de Bruce Springsteen ou l'image de Leonard Cohen, qui est de dos, en regardant la mer, au début de « First We Take Manhattan »...

 

Désabusée

Pour la chanson « Désabusée », on retrouve plus de couleurs rouges, avec un côté chevaleresque. Ca parle du don, mais surtout du contre-don. 'Prends ce que tu veux de moi, mais si et seulement si cela te satisfait....' C'est généreux et en même temps, égocentré.

 

Qui Es-Tu ?

© Ben Zank

C'est une photo de Ben Zank, un photographe américain basé à New York, qui travaille beaucoup avec des silhouettes au visage caché. Elle correspond bien à 'Qui es-tu ?', tout en sachant que l'interprète se parle peut-être à elle-même quand elle pose cette question. La composition de l'image est léchée, très géométrique, un peu comme la musique.

Tu as récemment présenté ton Ep au Botanique, sur la scène de la Rotonde. Quels sont les musiciens qui t'accompagnaient lors de ce concert ?

Il y avait tout d'abord Yannick Dupont à la basse et au Moog. Yannick est un musicien polyvalent et expérimenté qui a déjà travaillé avec Antoine Chance, Jawhar, et qui est dans le label Les Disques du Condor. Ensuite, il y avait Brice Ninck aux claviers et Arthur Lonneux à la batterie.

Sans oublier notre ami commun, Guy Tournay, au son !

Bien sûr ! Guy est quelqu’un de cher à mes yeux. On s'est rencontrés il y a longtemps, même avant 2012. On partageait un local de répétition du côté d'Yser. Il a toujours été une oreille précieuse au cours du processus de création, des premières démos au mixage, une personne ressource pour prendre le recul sur l’avancement de la production. Il connaît les titres comme personne, c’est tout naturellement que je suis heureuse et confiante de le savoir derrière la table de mixe pendant les concerts. Et je n'oublie pas non plus les lumières, confiées à Charlotte Plissart.

Pour regarder les vidéos:

« Comme Des Loups » ici
« Jamais Sans raison »  

L'album est disponible en format CD sur les différentes plates-formes :

Bandcamp : https://melanieisaacmusic.bandcamp.com/album/linachev-e-ep

Mélanie Isaac sur Facebook: https://www.facebook.com/melanieisaacmusic/

Portrait de Mélanie Isaac par Raphaël Lugassy : http://raphael-lugassy.com/

samedi, 20 octobre 2018 15:56

Une grosse claque dans la tronche…

Aujourd'hui, c'est un grand jour pour Whispering Sons. Le jeune groupe belge, originaire du Limbourg (Houthalen-Helchteren, pour être précis) mais établi à Bruxelles, présente son premier album, « Image », sorti au Benelux sur le label PiaS. Après avoir gravé un Ep très prometteur, « Endless Party », il y a 3 ans, sur Wool-e-Tapes et Minimal Maximal, puis deux singles, « White Noise » et « Performance », publiés par Weyrd Son Records, le premier LP du groupe était en effet impatiemment attendu. Auréolée par sa victoire au Humo Rock Rally et suite à un début de carrière fulgurant, la bande à Fenne Kuppens est décrite par tous les observateurs comme 'the next big thing' sur la scène indie orientée 'dark' (postpunk/wave/shoegaze). Manifestement, l'essai a été converti et ce, haut la main. Le disque est véritablement exceptionnel de maîtrise et d'intensité. Et la prestation du band en ‘live’ a confirmé ces excellentes dispositions...

Au départ, le contexte est favorable : l'AB Club est archi-sold out pour accueillir le quintet et l'ambiance est électrique, pour ne pas dire, survoltée. Fenne Kuppens apparaît, habillée d'un ensemble blanc et rouge. Elle est épaulée par ses quatre acolytes. Tout comme lors du showcase privé accordé deux jours plus tôt chez PiaS, le combo enchaîne les titres de son nouveau long playing, dans l'ordre du tracklisting, en entrecoupant la série d'incursions dans son 'back catalogue'.

Après « Stalemate », « Got A Light » nous assène un premier coup de poing dans la figure. Fenne y éructe ‘How Are You Feelin' ?’ en arpentant le podium de droite à gauche (NDR : et inversement) comme une possédée. On constate alors, à quel point son attitude scénique a progressé. Dépassant sa timidité naturelle, sa présence est devenue charismatique. Sa voix de baryton ou plutôt de mezzo, vu qu’il s’agit d’une femme, est grave, évoquant, bien sûr, Nico, Siouxsie Sioux ou Chinawoman, voire même Andrew Eldritch. Mais en écoutant les paroles et en observant la manière avec laquelle elle rayonne, on pense plutôt à Patti Smith. Il émane de son être, une même rage et une même désespérance, sombre et paradoxalement très lumineuse…

« Alone », le premier single tiré de l'album, met joliment la pression, dans un style assez proche de Sisters of Mercy. Particulièrement bruitiste et imprimé sur une rythmique krautrock tribale et répétitive, « White noise » justifie son titre. Sander Pelsmaekers, qui a troqué ses drum pads électroniques contre une batterie analogique y étale toute sa maestria. Il reste, comme auparavant, debout ; ce qui l'oblige à jouer du kick drum de la main gauche sur un tom, un exercice qui demande une concentration maximale. Et il faut reconnaître qu'il assure à la perfection.

Entre les morceaux, Fenne s’approche de l’auditoire, immobile, les mains derrière le dos, comme un professeur devant sa classe, dévisageant les spectateurs d’un regard hypnotique. Mais dès les premiers accords de « Performance », elle entre à nouveau en transe et sa chevelure blonde recommence à valser. Transperçant un 'wall of sound' assourdissant, sa voix hurle ‘I can't take them down !’ Impressionnant...

« Skin » calme un peu le jeu grâce à une gratte cristalline, proche des sonorités dispensées chez les Chameleons (NDR : la bande à Mark Burgess –pensez à l’incontournable « Second... Skin »– est une référence majeure, pour Whispering Sons). Une chose est sûre, ‘we were not wasting time’

« No Time » persiste dans la thématique du temps. La longue intro réveille le souvenir de Joy Division, à cause de la ligne de basse tracée par Tuur Vandeborne, et Simple Minds pour les sonorités en ‘arpeggiateur’ libérées par le synthé ‘Little Phatty’ (un Moog!) de Sander Hermans.  

Après « Fragments » et « Hollow », « Wall » replonge dans le passé ; probablement le morceau le plus connu du groupe, au cours duquel la guitare Fender de Kobe Lijnen scintille de mille feux.

Quelques tonalités de synthé séquencées introduisent « Waste », puis Fenne murmure ‘Fragile figure, don't speak...’ Le riff de guitare et la rythmique enflent et conduisent au paroxysme… Fenne crache les paroles ‘It's a perversity slowly spiralling down in me’, comme du venin et cette spirale sonore hallucinante nous emporte jusqu'au moment où elle lâche la phrase ultime, ‘And I don't know if I can’. Au moment du dernier cri scellant la chanson, l’auditoire est véritablement en folie. Il accorde au groupe une véritable ovation, qui dure quelques minutes. Les musiciens se regardent, éberlués, comme choqués par le moment exceptionnel qu'ils viennent de vivre. Wow, magique !

Après un tel sommet, le groupe n'a plus qu'à se laisser glisser sur cette vague d'émotions, nous réservant d’abord « Dense » et ensuite, pour clôturer, le sublime « Insights », une perle de shoegaze/post-punk, d'ailleurs assez proche par certains aspects du titre éponyme de Moral, à la fin duquel Sander et Kobe se déchaînent littéralement en jouant à l'unisson la mélodie finale.

Sous un tonnerre d'applaudissements, Fenne et la section rythmique quittent le podium, laissant Kobe et Sander entamer « No Image », la plage atypique de l'album. Lente et lancinante, elle se construit sur quelques accords plaqués au piano par Kobe. Fenne remonte sur les planches afin d’interpréter ce titre ensorcelant, qui pourrait bien devenir leur « Atmosphere ». Malgré un petit trou de mémoire au deuxième couplet, elle parvient à convaincre le public, avant que la formation au grand complet ne participe à l’explosion finale...

Bref, on a pris une grosse claque dans la tronche. Tout était réuni : intensité, cohésion, concentration, émotion et puissance. Seuls petits bémols : la voix trop étouffée (à cause d'un mauvais micro?) et un mixage parfois trop bruitiste, mais ici, c’est peut-être aussi une question de goût(s)... Une certitude, Whispering Sons a aujourd’hui acquis une stature internationale et l'album, distribué en Europe par SMILE et aux USA par Cleopatra Recs, devrait rencontrer un succès sans précédent auprès des aficionados de ce genre musical. Et encore bravo !

Setlist :

Stalemate
Got A Light
Alone
White Noise
Performance
Skin
No Time
Hollow
Wall
Waste
Dense
Insights

Encore  

No Image

Avant Whispering Sons, Public Psyche, la formation gantoise a de nouveau assuré en dispensant un krautrock aux accents psychédéliques, pimenté par un chant très 'acid', réminiscent des plus beaux moments de Madchester. 

Setlist Public Psyche :

Untitled (nouveau morceau)
Bleached
Elevator
Saturn
Veil
New Days

(Organisation : Ancienne Belgique)

vendredi, 21 septembre 2018 19:11

Mélanie Isaac : un premier EP révélation

Un charme sombre, à la fois moderne et vintage : voilà ce qui se dégage de ce nouvel EP, « L'Inachevée », que l'on doit à une des révélations récentes de la chanson française.
 
Originaire des Ardennes belges, Mélanie Isaac a posé piano et guitare à Bruxelles il y a dix ans. Elle évolue alors au sein de différentes formations où elle écrit, compose et interprète, et remporte, en 2012, la Biennale de la Chanson Française (Le parcours Francofaune de l’époque) au Cirque Royal.
 
Aujourd’hui, après une longue gestation, son enfant est né. L'EP, intitulé « L’Inachevée », a été enregistré entre Bruxelles, Manchester et Gand, avec l’aide de James Doviak (Johnny Marr, The Smiths), Reinhard Vanbergen (Das Pop, The Van Jets) et Franck Baya (Françoiz Breut, Saule).
 
En janvier dernier, l'artiste avait déjà dévoilé un excellent premier titre, « Comme des loups », une chanson à l'atmosphère hypnotique, illustrée par un superbe clip, tellurique, réalisé avec François Pirot en plein coeur des Ardennes.
 
Aujourd'hui, on découvre avec ravissement les quatre autres compositions. La voix voluptueuse de la chanteuse est comme une invitation dans un rêve sensuel. On oscille avec plaisir entre Barbara, Radiohead, Fishbach, Françoise Hardy, Mélanie de Biaso et Dominique A. Le son est ample et d'une impressionnante clarté ; il évoque un univers rétro-futuriste, moderne et en même temps délicieusement 'vintage'.
 
« Jamais Sans Raison », par exemple, surprend par ses vagues de synthétiseurs, sur lesquelles la voix cristalline de Mélanie glisse avec douceur. La plage titulaire ondule dans les contours d'une « indie-pop » racée et ensorcelante, évoquant par moments The Beach House. La maîtrise vocale dans « Désabusée » est frappante et « Qui Es-tu ? » brille par ses arrangements électroniques audacieux, dans lesquels se love le chant murmuré de Mélanie. En un mot comme en cent, cet EP est une réussite totale, comme une parenthèse émerveillée traversée par la marque d'une élégance rare. Une révélation !
 
Mélanie Isaac sera en concert sur la scène de la Rotonde, au Botanique, le 14 octobre prochain. Pour réserver, c'est ici

Pour regarder les vidéos:

L'album est disponible en format CD sur les différentes plates-formes (Bandcamp,...).

Mélanie Isaac sur Facebook

Photo de l'album par Raphaël Lugassy

Cette année, la new-wave souffle ses 40 bougies. Après le W-Festival, en août dernier, à Amougies, c'est au tour du festival Sinner's Day de célébrer ce jalon majeur de la musique moderne. C'est le 1er décembre, à Genk, au Limburghal, que la grand-messe 'dark' se tiendra. Le lineup fera la part belle aux classiques intemporels tels que John Cale, Gang of Four et GBH mais fera également un peu de place pour la nouvelle génération, avec Cocaine Piss et Whispering Sons.
 
Cerise sur le gâteau, le précurseur du punk, Wayne Kramer, un des co-fondateurs du légendaire MC5, sera présent pour jouer intégralement l'album 'Kick out the Jams'. Il sera accompagné par le supergroupe MC50, qui comprend des membres de Soundgarden et Fugazi. Encore une dernière nouveauté : une des deux scènes sera exclusivement dédiée aux formations et artistes belges.
 
Les dix premiers noms à l'affiche :

MC50 * JOHN CALE * GANG OF FOUR

WHISPERING SONS * GBH

WOLFGANG FLÜR (ex-KRAFTWERK)- DJ set

COCAINE PISS * CLAW BOYS CLAW

O VEUX * FUNERAL DRESS

 

 

Billets: €49,50 (frais compris)

www.sinnersday.com

 

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