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Didier Deroissart

Didier Deroissart

jeudi, 03 octobre 2019 11:45

Fille de, mais pas seulement…

Reena Riot, aka Naomi Sijmons, n’est autre que la fille de feu Fons Sijmons, bassiste des Scabs de 1989 à 2013, décédé des suites d’un cancer. A 23 ans, elle remporte la finale de l’Humo’s Rock Rally et assure le supporting act de Tony Joe White, seule, uniquement armée de sa gratte semi-acoustique. Entre 2013 et 2014, elle grave deux Eps. C’est à cette époque que votre serviteur découvre l’artiste dans la grande salle de l’AB. Quelques mois plus tard, elle se produit dans un petit bistrot sis non loin de la Bourse en compagnie du vétéran Roland Van Campenout et de Laura Groeseneken (NDR : elle bosse avec Ozark Henry) et puis silence radio jusqu’à la sortie de son premier elpee, « Nix », qui paraît en janvier dernier.

Down The Lees, c’est le projet de Laura Lee Schultz, une chanteuse/guitariste/compositrice originaire de Vancouver, mais aujourd’hui établie à Gand. En général, elle est épaulée par le bassiste Kwinten Gluehorse et le drummer Jonathan Frederix ; mais ce soir, elle se produit en solitaire pour assurer le supporting act, en se servant alternativement de ses deux grattes électriques et de sa loop machine dont elle va parfaitement tirer parti pour créer des sonorités réverbérées et des harmonies vocales en couches. Elle est venue présenter de très beaux larges extraits de son album « Bury the Sun », produit et réalisé par Steve Albini.

Son récital s’ouvre par « War Torn », un premier titre issu du long playing. Le son est excellent. Ses interventions à la gratte sont tour à tour grondantes ou douces, agressives ou veloutées ; mais elle s’autorise également des envolées stratosphériques. Puisant aussi bien chez PJ Harvey, Cloud Nothings, Slint, Sonic Youth que Low, elle nous réserve une expression sonore qui oscille du post-rock au shoegaze en passant par le hardcore… Suivant la formule consacrée : à suivre de très près.

Setlist : « War Torn », « Bury The Sun », « Just A Kid », « AntIseptic Heart », « Pleasure Pain », « A Cynical Age »

A 21h00, les lumières s’éteignent, Naomi débarque la gratte à la main (NDR : elle va en changer entre chaque morceau) et le sourire aux lèvres. Son backing group réunit d’excellents musicos, dont le chanteur/guitariste Jan Myny, le bassiste Alan Gevaert (dEUS, Chantal Acda, Trixie Whitley), le drummer Bernd Coene (Tiny Legs Tim) et le multi-instrumentiste Thomas Werbrouck (Krankland, Little Trouble Kids).

Une petite centaine de personnes se sont déplacées pour assister à ce concert qui s’ouvre par « Tonight ». Les musiciens et Naomi entrent immédiatement en véritable symbiose. Bien que très technique, le batteur est percutant. Sablée, parfois glapissante, la voix de Naomi s’écoule tel un fleuve indolent. « Knife » tranche dans le vif du sujet, comme une lame d’un rasoir, un peu comme chez The Edge (U2). Tout au long de « Good Olt Waltz », la complicité entre Naomi et Jan est presque fusionnelle. Manifestement, Naomi a bien assimilé les codes du rock inculqués par son paternel, et elle les restitue parfaitement dans un style bien personnel. Votre serviteur est ravi d’avoir revu Reena Riot en concert, une artiste attachante, aujourd’hui âgée de 30 printemps, qui au fil du temps, a acquis une belle maturité et dont la réputation est loin d’être surfaite…

Setlist : « Tonight », « Siren », « Knife », « Good Olt Waltz », « Bird », « Undone », « Shadow Of The Sun », « Mountains », « All Systems Down », « Waiting », « Somewhere ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

lundi, 16 septembre 2019 09:13

Une voix… Celeste…

BJ Scott et Félicien Bogaert avait signalé dans l’émission Plan Cult, il y a un peu plus d’une semaine, qu’il fallait ne pas louper le concert de la nouvelle sensation insulaire de la scène soul/jazz, Celeste. Et l’appel a été suivi, puisque l’AB est sold out ce mardi 17 septembre pour accueillir l’artiste à la voix précieuse. A ce jour elle n’a gravé qu’un Ep 5 titres intitulé « Lately ». Originaire de Los Angles, elle a quitté la Californie, avec sa mère, alors qu’elle n’avait que trois ans. Depuis, elle vit à Brighton, en Angleterre.

Amalyah est prévue en supporting act. Mais elle n’arrivera jamais. Et c’est Dj Daan qui a eu la lourde tâche de meubler les 120 longues minutes d’attente, entre 19 et 21 heures. Le préposé derrière les platines a réussi à faire patienter un auditoire plein à craquer et surchauffé, grâce à une programmation équilibrée oscillant entre jazz, funk et soul. Un challenge pas évident à réaliser, la foule –sans doute marrie d’attendre– causant un brouhaha de plus en plus important, au fil du temps, finissant même par couvrir la musique dispensée par le Dj. 

Celeste Waite possède une voix… céleste. Un peu dans le style de Jorja Smith, Mahalia, Etta James ou encore Amy Winehouse. De fameuses références ! Une voix soul suave et satinée qui libère un groove naturel.  

Les lumières s’éteignent à l’heure prévue. Précédée de son quintet baptisé Gotts Street Park, la diva, vêtue d’un complet noir, vient se placer devant son micro. A sa droite, une saxophoniste s’installe derrière un pupitre pour régler le son de son instrument. Juste derrière, l’un à côté de l’autre, se plantent un bassiste et un guitariste. Enfin, le drummer se cantonne dans le fond, côté gauche, juste derrière un claviériste. Vu que Celeste n’a publié qu’un seul Ep, à ce jour, le set sera de courte durée. A peine 40 minutes ! Plus bref encore que celui accordé par les Vaccines, lorsqu’ils ont présenté leur premier elpee à l’Orangerie du Botanique.

Après une intro succincte, le saxophoniste s’autorise un long solo jazzyfiant, tout en triturant les boutons de son pupitre. Ce qui déclenche de vifs et longs applaudissements au bout de sa démonstration. Timide, la vocaliste semble également avoir le trac. Elle sourit généreusement et remercie la foule après chaque morceau. Mais au fil du concert, elle va prendre de l’assurance. Le show baigne au sein d’un climat sonore qui oscille entre lounge, jazz, (néo) soul, hip hop et parfois même funk. Et ce sont le sax et les cordes qui donnent le ton suivant leurs interventions. Celeste s’affirme enfin tout au long de « Fathers Son » et du hit « Lately ». A l’écoute de « Both Sides Of The Moon », on a l’impression d’être transporté dans un sombre club jazzy de la Nouvelle Orléans, à moins que ce ne soit –et ce n’est pas très loin de l’AB– de Music village. « Love Is Back » termine le set, avant que Celeste ne revienne accorder, en rappel, « Strange ».

Celeste est imprégnée de la soul qui a bercé sa jeunesse, même si dans sa musique, elle a intégré des styles différents. Une chose est sûre, sa voix est bien Celeste et vu ses aptitudes, elle devrait finir par cartonner dans les charts. L’épreuve d’un premier album devrait cependant nous en apprendre davantage. Elle se produira le 28 septembre au Poulpaphone de Boulogne-Sur-Mer, un festival qui accueillera, notamment, Yorina, Juicy, Inüit et Balthazar. Suivant la formule consacrée, c’est une artiste à suivre de très près.

Setlist : « Intro », « Beloved », « Coco Blood », « Fathers Son », « Lately », « Both Sides Of The Moon », « Somebody », « Love Is Back ».

Rappel : « Strange ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Dope Lemon, c’est le nouveau side projet d’Angus Stone (NDR : l’autre, répond au patronyme de Lady Of The Sunshine, pour lequel il a notamment gravé « Smoking Gun » en 2009), projet qui n’implique cependant pas sa petite sœur, Julia. Votre serviteur ne s’en cache pas, il est fan du duo australien (NDR : qui n’a jamais entendu le tube « Big jet plane »?), et il a envie de se faire plaisir en assistant au set de l’Australien, concert qui se déroulera dans une ABBox comble. On aurait d’ailleurs pu remplir la grande salle, tant il jouit d’une énorme popularité sur la scène internationale.

Philemon assure le supporting act, un quintet issu de Sint-Niklaas, au cœur du pays de Waes. Un combo qui pratique une forme de pop lo-ri enrichie d’harmonies vocales ‘beatlenesques’. Chanteur et préposé à la semi-acoustique, Anton De Boes en est le leader. Il est soutenu par Kim Van Elsen à la guitare électrique, Alexander Lippeveld à la basse, Klaas Bormes aux drums et un claviériste barbu. La formation publiera un Ep en janvier 2000. Le set s’ouvre par « Tomorrow », le single qui a permis de lancer sa carrière, au nord du pays. Anton de Boes trame les compos de sa semi-acoustique, tout en modulant ces fameuses harmonies vocales. Rien de bien neuf cependant sur la planète pop/rock, mais une première partie de bonne facture, dont on soulignera surtout la subtilité et le sens mélodique des compos. Bref, un bon tremplin pour la tête d’affiche…

Setlist : « Tomorrow », « Miracles », « Are You Coming To Get Me », « How Do You Do », «   Easy Way Out », « Time », « Belly Dancers ».

Un drummer se plante à droite et un claviériste à gauche, respectivement sur leurs propres estrades. Coiffé d’un Stetson, Angus s’installe au centre, devant un double micro, entre un bassiste et un guitariste rythmique, dont la Gibson de couleur rouge est vraiment rutilante.  Dope Lemon est venu nous présenter de larges extraits de son second album, « Smoot Big Cat ».

« Stonecutters » met directement la gomme. Le banjo est resté dans la remise. Chez Dope Lemon, pas question de consensus mou ou de dentelle, mais bien de rock bien balancé et burné. En fermant les yeux on imagine traverser les grandes savanes de l’Australie profonde poursuivi par les kangourous et menacé par les crocodiles. La set list embraie par un deuxième extrait du premier elpee, « Holly bones », « How Many Times ». Angus adopte un ton totalement décalé tout au long de « Marinade », un morceau qui fait littéralement mouche. Paru en single, c’est également le titre qui donne le nom à l’opus ; et manifestement une des ses meilleures compos. Au fil du concert, on a l’impression de s’enfoncer de plus en plus dans l’univers du psychédélisme. Caractérisé par ses sifflements, « Coyote » évoque un mauvais western italien. « Honey Bones » adresse un clin d’œil appuyé au Velvet Underground. En y réfléchissant, à l’instar de Bowie, le V.U. est une source inépuisable de références pour tout artiste qui milite dans l’univers du rock. Sur un tempo lent, la combinaison entre les sonorités des grattes et les perçus résonne comme un gros bourdon. Les interventions du préposé à la gratte rythmique sont imparables. Et si Angus excelle sur sa six cordes, il en change entre chaque morceau. Adepte de quelques substances illicites et hallucinogènes, Angus en parle clairement tout au long de « Salt And Paper ». Sous un light show bien équilibré, Dope Lemon brille de mille feux. Et « Home Soon » clôt un set épatant de 70 minutes. Finalement, Angus parvient à vaincre sa timidité maladive et a l’audace d’inviter une dame de l’auditoire à le rejoindre sur les planches pour danser avec lui. Après un tel show, votre serviteur vit un rêve éveillé en regardant les étoiles… Un concert à marquer d’une ‘Stone’ blanche…

Set list : « Stonecutters », « How Many Times », « Marinade », « Hey You », « Coyote », « Hey Little Baby », « Fuck Things Up », « Honey Bones », « Salt and Paper », « Home Soon ».

Rappel : « Uptown Folks »

(Organisation : Ancienne Belgique)

Double affiche ce soir en compagnie de Föllakzoid et La Jungle. La première formation est chilienne, la seconde belge, montoise pour être plus précis. Föllakzoid est devenu un des groupes phares de la scène psychédélique contemporaine. Il a même signé chez le label new-yorkais, Sacred Bones. Il s’agit, en outre, des premiers concerts de la rentrée pour votre serviteur. Et ils vont se dérouler au sein d’une Rotonde, sold out.

La Jungle est un duo réunissant le drummer Rémy Vernant et le gratteur Mathieu Flasse. Il est venu défendre son dernier elpee, « Past/Middle Age/Future », paru en avril dernier. De petite taille, Rémy est terriblement efficace derrière ses fûts. Des fûts minimalistes, qu’il frappe à une cadence autant métronomique que frénétique, martyrisant son kit de batterie, un peu comme Greg Saunier de Deerhof. Mathieu est impressionnant à la guitare dont il triture constamment les sonorités en écrasant ses pédales placées à ses pieds. La paire est de mieux en mieux rôdée sur les planches ; en outre, elle peut compter sur un expert à la régie-son, car il faut énormément de concentration et de dextérité pour suivre les envolées expérimentales et sauvages du tandem. Les fauves sont lâchés et mettent le souk dans l’auditoire, en dévorant math rock et électro. De nombreux mouvement se déclenchent dans la foule, des mouvements qui vont s’accentuer au fil d’un set de toute bonne facture…

Inspirée par le krautrock (NDR : tout particulièrement Neu ! et Can) et la culture précolombienne, la musique de Föllakzoid est hypnotique et ses mélodies tournent en boucle. Elle se trame lentement, à travers des rythmes denses et pulsants, des guitares saturées de delays, une ligne de basse profonde et des claviers grisants. Parfois lorsque les compos s’étirent sur de plus de dix minutes, la transe devient totale. C’est ce qu’on a ressenti à l’écoute de son dernier elpee…

Après le changement de matos, Föllakzoid grimpe sur l’estrade. Bien que réduit à un duo, le line up originel est épaulé par deux autres musicos, mais ils semblent perdus dans la pénombre, à l’arrière-plan. Le duo de base se partage également les drums et la guitare, ce dernier se consacrant également au chant. Domingo Garcia-Huidobro, entre look androgyne et gothique, se comporte comme un pantin désarticulé. Sa six cordes libère des sons monocordes. Son regard se focalise sur une bougie allumée dans un genre de bocal, quand il ne rallume pas son pétard (NDR : n’est-il pas interdit de fumer dans un lieu public ?) On est loin de ce que la formation propose sur disque. Trop puissante, la ligne de basse asphyxie toute velléité expérimentale ou rythmique. Pas convaincu par la musique proposée, votre serviteur tire sa révérence au bout de quelques minutes. Et suivant les échos recueillis auprès de ceux qui sont parvenus à rester, la salle s’est vidée progressivement de son auditoire. Finalement, c’est La Jungle, le supporting act, qui aurait dû servir de plat de résistance.

Pour votre info sachez qu’il se produira ce 26 octobre au Cultuurcentrum de Malines…

(Organisation : Botanique)

samedi, 08 juin 2019 08:59

De moins en moins timide…

C’est le septième et dernier concert de la saison, organisé par l’association ‘Faut Que Ça Bouge’ en la belle salle ‘Maison Des Loisirs’ de Mont-Saint-Guibert. Le public est impatient d’écouter en ‘live’ la transposition du quatrième opus de Sarah Carlier, un disque qu’elle a enregistré sans le concours ni la pression exercée par les labels majors, mais bien sous la houlette de Dan Lacksman (Telex) et tout simplement grâce à la plate-forme de crowdfunding KissKissBangBang. Un album plein de maturité tout au long duquel on retrouve sa voix chaude et envoûtante, sa spontanéité et ce groove vocal à la fois solaire et nonchalant.

Il y a bien 3 ans que votre serviteur n’avait plus assisté à un concert de Sarah Carlier. Ce soir le show se déroulera en deux parties de 45’, entrecoupées d’un entracte d’un quart-d ’heure. Il s’agit de son premier concert, en Belgique, depuis la sortie de ce nouvel LP intitulé « Shy girl ». Les compos, elle les a quand même rôdées, en Italie, lors d’une tournée opérée dans les clubs.

Pas de supporting act. Le spectacle démarre à 20h30 devant un auditoire assis et attentif, mais aussi, au fil de la prestation, enthousiaste, participatif et chaleureux

Les lumières s’éteignent. Son fidèle percussionniste, Boris Tchango, grimpe le premier sur l’estrade. Il part directement s’installer derrière son matos. Soit une calebasse retournée sur une couverture placée au-dessus d’une table ainsi que quelques cymbales à pied et à main.

Armée de sa gratte semi-acoustique Sarah Carlier débarque à son tour. Elle esquisse un joli sourire, salue le public d’un petit mouvement de la tête et attaque « Mr James », un extrait du troisième long playing, « Sms », paru en 2014. Elle aime faire voyager le mélomane à travers différents genres musicaux, que ce soit la world, la soul, le trip hop ou le reggae.  

Elle nous propose ensuite une version dépouillée et délicate de « My Consellor », une plage toujours extraite de son précédent opus, avant d’attaquer les titres du dernier essai. Et tout d’abord « Colors Are Beauties », morceau au cours duquel Boris –toujours la banane aux lèvres– s’emballe derrière ses percus, impétuosité qu’il va manifester à plusieurs reprises, au cours de la soirée. Ensoleillée, dansante, « I’ve Done My Share » nous entraîne sur les plages de Kingston, une chanson qui mériterait de figurer parmi les hits de cet été.  Et après le trip hop « Curve The Angels », un autre morceau empreint de délicatesse, elle achève le premier volet de son concert par « SMS »…

Elle entame le deuxième acte par le titre maître du nouvel elpee, « Shy Girl », qui signifie ‘fille timide’. Pas si timide que cela, la petite Sarah ! Les cordes de la gratte sont pincées subtilement. Sucrée/salée, parfois chargée de groove bluesy, la voix de Sarah est suave. Les cordes de guitare s’enflamment sur « Big Planet », alors que les beats électro ont remplacé les percussions. La version ‘unplugged’ du célèbre « Billie Jean » de Michael Jackson est épatante. Et le set de s’achever par « Nation Of Love », le single qui a précédé la sortie du dernier long playing…

Le rappel est entamé par « Deep Down », un autre extrait de « Shy girl » et s’achève par une autre cover, celle du célèbre « Hit The Road Jack » de Ray Charles. Une prestation convaincante qui augure une future tournée chargée de promesses, périple qui passera par ce samedi 24 août dans le cadre du Festival Solidarités de Namur et le 1er décembre, lors de la ‘Release party’, à la Rotonde du Botanique.

Setlist

« Mr James », « My Consellor », « Colors Are Beauties », « I’ve Done My Share », «  Curve The Angels », « SMS »

Entracte de 30 minutes

« Shy Girl », « Big Planet », « Billie Jean » (cover Michael Jackson), « Going Back », « Reborn », « Nation Of Love »

Rappel

« Deep Down », « Chorus Man », « Hit The Road Jack »

Mark Knopfler est de retour à Anvers pour accorder un de ses derniers concerts. Au Sportpaleis d’Anvers, très exactement. A près de 70 ans, il souhaite tourner la page. Il continuera à enregistrer des albums, dont le dernier, « Down The Road Wherever », est paru en novembre dernier, mais il estime que les tournées sont devenues trop épuisantes. Avant chaque show, après une bonne demi-heure de set, il confesse ainsi, devant l’auditoire : ‘Je suis vieux maintenant vous savez... je veux vous remercier pour toutes ces merveilleuses années où je suis venu vous dire bonjour, mais maintenant je dois vous dire au revoir. Je suis très triste. Je vais continuer à enregistrer des disques et écrire des chansons, mais les tournées pour ‘old grand dad’, c'est terminé’.

Celui qui est surnommé ‘MK’ a mis fin à l’aventure de Dire Straits, il y a déjà 30 ans. Outre sa carrière solo, il a également bossé en compagnie d’une multitude d’artistes ou de groupes, tels que Emmylou Harris, Chet Atkins, les Chieftains, Tina Turner, Notting Hillbillies et bien sûr Bob Dylan. Artiste complet, généreux et éclectique, il incarne bien le rôle de ‘guitar hero’ issu des 80’s. La précision de son toucher de guitare est légendaire, entraînant le mélomane dans un univers où le sens du détail prime. Ce qui lui a valu de se forger une fanbase particulièrement fidèle, tout au long de ses 40 ans de carrière. Et ce soir, il va se produire devant une salle comble.

Avant de débarquer sur les planches, Mark Knopfler est précédé par son backing group, en l’occurrence, le multi-instrumentiste Guy Fletche, Mike McGoldrick à la flûte, au fifre et au sifflet, Graeme Blevins au saxophone et à la clarinette, John McCusker au violon et à l’oud, Ian Thomas aux drums, Danny Cummings aux percus, Glenn Worf à la basse, Tom Walsh à la trompette, Jim Cox au piano et Richard Benett à la 6 cordes. Si Mark privilégie sa splendide guitare Fender Stratocaster de couleur rouge, il va changer de gratte après chaque compo et parfois même au beau milieu d’un même morceau. 

C’est sous un light show sobrement bleuté que le band attaque « Why Aye Man », une compo propice à l’envoûtement, abordée dans l’esprit de feu JJ Cale. Le répertoire balaie aussi bien le folk yankee que celtique, le bluegrass, le r&b, le swing, la country, le swing ou encore le jazz ; sans oublier le prog/rock subtilement intégré au cœur de l’instrumentation. Le team nous réserve quand même un rock’n’roll percutant : « Corned Beef City »…

Au cours du set, on a eu l’impression que Mark était fatigué, se concentrant davantage sur les paroles de ses chansons que sur ses cordes. Il faudra attendre « Once Upon A Time In The West » pour qu’il étale tout son talent de guitariste, une virtuosité qu’il n’a pas suffisamment mise en exergue au cours du show… Faut dire que les musicos de son backing group se sont servis d’une bonne cinquantaine d’instruments différents, une situation qui a rendu l’atmosphère plutôt théâtrale et presque symphonique. Du dernier opus, on n’aura droit qu’à « My Bacon Roll » et « Matchstick Man ». Knopfler a évoqué alternativement la tradition du music-hall britannique (« Heart Full of Holes »), des pubs irlandais (« Done With Bonaparte ») ainsi que des marais et savanes latino-américains de la Patagonie (« Postcards From Paraguay ») ; mais il a failli également nous jeter dans les bras de Morphée lors de sa version un peu trop soporifique de « Romeo and Juliet »…

Heureusement, le rappel va nous réserver les moments d’émotion les plus intenses du concert, à travers les titres les plus notoires, comme « Money For Nothing » ou « Brothers In Arms », même si on regrettera l’absence de classiques tels que « Sultans Of Swing » et « Telegraph Road ».

Un concert un peu trop pépère d’un artiste qui avait surtout hâte de retrouver ses pantoufles…

Setlist : « Why Aye Man », « Corned Beef City », « Sailing To Philadelphia », « Once Upon A Time In The West », « Romeo And Juliet », « My Bacon Roll », « Matchstick Man », « Done With Bonaparte », « Heart Full Of Holes », « She's Gone », « Your Latest Trick », « Postcards From Paraguay », « On Every Street », « Speedway At Nazareth ».

Rappel 1 : « Money For Nothing »

Rappel 2 : « Brothers In Arms » 

Rappel 3 : « Going Home : Theme From Local Hero »

(Organisation : Live Nation)

‘Leuze en folie’ c’est d’abord LA fête de l’année qu’attendent tous les Leuzois ! Depuis plus de 25 ans, habitants du centre-ville et des villages se rassemblent le 30 avril (veille du 1er mai, jour férié) pour profiter d’une grande fête populaire et d’une braderie sur la Grand Place et ses alentours. Et c’est dans ce cadre qu’un festival musical est organisé par l’association les Jeunes Leuzois Actifs-JLA. La foule flâne parmi les échoppes et s’arrête de temps en temps pour assister aux concerts. Il y a même des saltimbanques, des échassiers, des cracheurs de feu et des graffeurs qui participent aux festivités…

Le premier groupe qui grimpe sur le podium n’est pas musical, mais une troupe de danseurs baptisée Orpheo Teamdanceforever. En bas collants noirs, des jeunes exécutent des superbes chorégraphies sur des rythmes latinos, r’n’b, funk ou disco. Un défilé qui va durer près de 45 minutes…

Les histoires sérieuses commencent par Des Bruits et Du vent, une formation tournaisienne qui appartient au collectif ‘La Fanfare Toi-Même’. Cinq multi-instrumentistes (Justin et Martin Desmet, Pierre Roekens, Thibaut et Florian Fauquet) qui se partagent ukulélé, basse, guitare à 5 cordes, percussions, accordéon et cuivres. Ils passent d’un instrument à l’autre avec une facilité déconcertante et chantent tour à tour dans la langue de Shakespeare ou de Molière. Etonnant, bien que composant son propre répertoire, le groupe pratique une musique qui oscille entre folk, rock et world, musique du monde très susceptible de nous entraîner, tour à tour, dans les Balkans, le Brésil ou encore l’Afrique, depuis la côte Ouest jusqu’à Madagascar. Et les titres font mouche, car les spectateurs dansent et chantent. Vraiment une chouette découverte !

Circus Café est un combo qui s’est formé à la faveur des nuits bruxelloises. Finaliste de l’édition 2016 du concours ‘L’Envol des Cités’, il implique le chanteur/guitariste Anthony Circus, alias Antoine Petit, le sixcordiste Steven Mayence, le bassiste Bastien Scutnaire et le préposé aux synthés Jackson Fiasco, aka Martin de Gennes. Fondé en 2014, le quatuor est responsable d’une pop hétérogène, brute, enivrante, fruitée et tonique, née des différentes influences des musicos, des influences qui oscillent de Guns N’Roses aux Wombats, en passant par Justice et Red Hot Chili Peppers.

Le set s’ouvre par « Gran Canaria », un morceau qui trempe dans l’électro/funk. L’absence de drums est compensée par les samples des synthés ; ce qui n’empêche pas la section rythmique de se révéler consistante. Mais si la voix est puissante, ce sont les interventions de la basse et de la guitare qui font la différence. La première est souvent jouée en slapping alors que la seconde, distincte et percutante, emprunte tour à tour des sonorités latines à Carlos Santana voire Diego Higueras ou funkysantes à Nile Rodgers. Une musique très excitante qui a incité bon nombre de spectateurs à remuer le bas des reins… comme sur un dancefloor…

Setlist : « Gran Canaria », « She’s Seen Heaven », « Burning Man », « Santiago », « Magdalena », « Monsters Inside Us », « Lose Your Senses »

Il n’y a pas grand-monde sur la Place devant le podium lors du soundcheck de Juicy. Votre serviteur y assiste. Faut dire qu’il est devenu accro au r&b des deux filles. Elles lui ont même avoué qu’elles égaient des ‘Miss Catastrophe’. On en reparlera. Et notamment lors d’une interview qu’elles ont eu la gentillesse d’accorder à Musiczine et qui sera publié d’ici quelques semaines.

Malgré les problèmes techniques rencontrés –micro pour Julie Rens et gratte pour Sasha Vonk– la prestation va se révéler convaincante. Chaque concert de Juicy est différent. Que ce soit à travers la chorégraphie, les mimiques, les costumes et même l’interactivité. C’est une constante chez les Bruxelloises…

Dès les premiers accords de « LTGL », la foule rapplique sur la place. Faut dire que même électroniques, des sirènes qui retentissent ont de quoi interpeler ! Les filles ont enfilé des fringues de couleur noire à capuche. Elles se plantent face à la toile de fond, dos au public, les bras en l’air, sous un éclairage de teinte bleue. Mais à cet instant, la nuit n’est pas encore tombée. Et ce n’est qu’au fil du concert que le light show produira son incidence. Elles enchaînent par « Mouldy Beauty », morceau propice aux contorsions. Elles se consacrent toutes les deux aux synthés, samplers et vocaux. Sasha se réserve cependant la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Ce qui ne les empêche pas de troquer leurs instruments. Elles amorcent « Mouldy Beauty » en mode dubstep, mais light ! Elles se tortillent maintenant sensuellement, comme des geishas. Même les mains ondulent sur les instrus. Ce qui émoustille le public. Le moment est alors idéal pour communiquer avec cette foule et faire monter en pression. Sasha est passée maître dans cet exercice de style. Julie se plante derrière son synthé et active le MPD. Le tandem nous propose une version plutôt paisible de « Seed & Ride ». Pas de guests ce soir, elles assument seules le show. Ce qui n’est pas un problème, car elles sont complices, presque fusionnelles. Elles pourraient être frangines… Après un bref conciliabule, elles attaquent « La Boulette », le morceau préféré de votre serviteur. Julie le pointe du doigt et le dédicace au fan ‘number one’. Sympa ! Très rythmée et entraînante, cette compo met une belle ambiance dans la fosse. D’ailleurs, et c’est une bonne habitude, Juicy est parvenu à faire danser la foule. Le duo se produira dans la plupart des festivals d’été : Couleur Café, Les Francos de Spa, Ronquières, Dour et Solidarités à Namur.

Entre le set de Juicy et celui de Gustave Brass band, on va assister à un joli feu d’artifice… ponctuant cette édition 2019 particulièrement réussie…

Setlist : « LTGL », « Mouldy Beauty », « Seed & Ride », « Hard Nut To Crack », « Didn’t Knock », « What You Can’t Confess », « Over My Shoulder », « La Boulette », « GHB », « Mama Told Me », « See Me Now », « Count Our Fingers Twice ».

(Organisation : Les Jeunes Leuzois Actifs)

DJ Pourri And kardel + Gustave Brass Band + Juicy + Circus Café + Des Bruits Et Du Vent + Orpheo Teamdanceforever

L’Ancienne Belgique accueille ce soir deux poids lourds de la scène rock : Alice In Chains et Black Rebel Motorcycle Club. Si les souvenirs de votre serviteur sont exacts, c’est la première fois que le groupe issu de Seattle se produit dans la salle de la Rue des Pierres. Pour la formation originaire de San Francisco, mais établie à Los Angeles, il s’agit de la troisième (2008 et 2013). Par contre, elle a déjà foulé à quatre reprises les planches du Botanique, un endroit qui correspond mieux à l’esprit indie de sa musique. La salle est soldout depuis bien longtemps, c’est normal vu la présence de ces deux combos…

Black Rebel Motorcycle Club (BRMC) est un groupe californien, dont le patronyme est inspiré du film ‘L'Équipée sauvage’, un long métrage datant de 1953, mettant en scène Marlon Brando, chef d’une bande de motards. Le line up réunit les chanteurs/guitaristes/bassistes Peter Hayes et Robert Turner (NDR : aka Robert Levon Been, il a choisi un pseudo afin s'affranchir de l'influence de son père, feu Michael Been, qui n’était autre que le chanteur de The Call), ainsi que la drummeuse Leah Shapiro (NDR : cette ex-Raveonettes a intégré le groupe en 2008). Son dernier et neuvième elpee, « Wrong Créatures », est paru en 2018. 

En fond de scène, une toile a été tendue sur laquelle figure le logo du band ; en l’occurrence une tête de mort soulignée par deux pistons croisés. Un light show de couleur bleue inonde le podium pendant que le trio s’installe derrière son matos. Le band va nous proposer exclusivement des anciens titres. Ainsi le concert s’ouvre par « Red Eyes And Tears », issu du premier opus (NDR : un éponyme !), publié en 2001 et puis va se contenter de nous balancer une setlist constituée de standards du groupe. Bref, pas de surprise au cours de ce show un peu trop monocorde, mais qui néanmoins s’est certainement révélé agréable pour celles et ceux qui apprécient le rock alternatif teinté de psychédélisme, de blues et de garage de ce trio yankee…

Setlist : « Red Eyes And Tears », « Awake », « Beat The Devil's Tattoo », « Berlin », « Spook », « Spread Your Love ».

A l’instar de Pearl Jam, Nirvana et Soundgarden, Alice in Chains est un des pionniers de la scène grunge. Né en 1987, il s’est accordé une brève pause début du millénaire. Faut dire que son leader et chanteur, le charismatique Layne Staley, est décédé en 2002, après des années de combat contre une addiction aux drogues dures. Il a été alors remplacé par William DuVall. L’éventualité d’un changement de patronyme a même circulé au sein du band. Mais il n’en sera rien. Outre cette parenthèse, le combo n’a quasiment jamais arrêté de tourner. D’ailleurs, l’an dernier, il se produisait encore sur la scène principale de Rock Werchter.

De chaque côté de l’estrade du drummer, deux immenses murs de baffles dans lesquels sont intégrés 48 spots sont érigés. De temps à autre, ces lumières se transforment en écrans vidéo à LED afin de créer différents effets vidéo.

Le set va nous réserver 21 titres bien structurés, partagés intelligemment entre ancien et nouveau répertoire dont, bien sûr, des extraits du dernier opus paru l’an dernier, « Rainier Fog » (NDR : il s’agit de son sixième, et son titre doit son nom au mont Rainier, le volcan toujours en activité qui domine la ville de Seattle).

Le set s’ouvre par « Bleed the Freak », un extrait du premier elpee d’Alice In Chains, « Facelift ». La température dans la fosse est déjà élevée ; et elle ne fera que grimper au fil du show. La foule manifeste déjà son enthousiasme. William la salue et on sent déjà une belle osmose entre la formation et l’auditoire. Manifestement, il s’est très bien réapproprié les anciens morceaux ; ce qui permet au combo de s’en donner à cœur joie lorsqu’il s’attaque à les réinterpréter. Et puis la section rythmique apporte une base solide à DuVall pour prendre son envol vocal et compléter le travail discret mais efficace du gratteur et autre membre fondateur, Jerry Cantrell. A contrario, la voix de ce semble avoir perdu de sa superbe. Mais aux cordes, s’il ne déchire pas souvent, il accorde des solos remarquables. A l’instar de « Stone », « Man In The Box » de « Got Me Wrong » et même de « Rooster », une ballade éblouissante. Des solos mélodiques et sophistiqués dont il le seul à avoir le secret, tout en tissant ses lignes principales sur celles, rythmiques, de DuVall.

Le set principal s’achève cependant par deux des plus grands succès du groupe, « Angry Chair » et « Man in the Box ». Et après avoir littéralement retourné la foule, Alice In Chains est revenu nous accorder quatre morceaux. Un concert d’anthologie pour les nombreux fans présents ce soir…

(Pour les photos, c’est ici)

Setlist : « Bleed The Freak », « Check My Brain », « Again », « Never », « Themes Bones », « DamThat River », « Hollow », « Your Decision », « Rainier Fog », « Down In A Hole », « No Excuses », « Stone », « Red Giant », « We Die Young », « Nutshell », « Angry Chair », « Man in the Box ».

Rappel : « The One You Know », « Got Me Wrong », « Would ? », « Rooster ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

mardi, 28 mai 2019 11:19

Du Moyen-Orient à l’Himalaya…

Refugees For Refugees est un collectif qui a l'origine était à géométrie variable. Au fil du temps le line up s'est stabilisé et réunit aujourd'hui les 10 mêmes musiciens. Issus d’horizons différents, ils sont réunis par la musique, mais aussi et le plus souvent, par leur statut de réfugié. Tout d’abord, et ce sont les plus nombreux, de Syrie :  Tareq Alsayed Yahuo (oud), Souhad Nayme Tammam (kanun, une lyre orientale), Al Ramadan (flûte) et Fakher Madallal (chant). D’Afghanistan : Mohammad Aman Yusufi (dambura, une sorte de luth à long manche équipé de deux cordes). Du Pakistan : Asad Qizibash (sarod, un luth hybride). Du Tibet : Dolma Renqingi (chant) et Kelsang Hula (luth dramyen, mandoline, chant). Et enfin de Belgique Tristan Driessens (oud) et Simon Leleux (percus).

A ce jour, la troupe a publié deux albums, « Amerli » en 2016 et « Amina » en février dernier, un disque qu’elle est venue défendre ce vendredi, à la Ferme du Biéreau de Louvain-la-Neuve.

Organisé par l’ASBL Muziekpublique, une association dynamique qui promeut la world, tant à travers la danse que la musique, le concert est sold out et a attiré une majorité de quadras et de quinquas.

Les 10 musicos de Refugees for Regugees sont tous assis en demi-cercle, sur des sièges, face à l’auditoire. L’hétérogénéité des formations, des cultures, des langues et des histoires, souvent difficiles, exige de chacun un surcroît d’effort et d’attention pour tenter de composer avec les autres. Mohammad Aman Yusufi, grand interprète de dambura, un instrument à long manche équipé de deux cordes, a reçu une formation musicale issue de la culture rom afghane, tandis que le parcours de Tammam Al Ramadan, un flûtiste d’Alep, est plus classique. Ils sont plusieurs à avoir fréquenté les célèbres conservatoires le long de la route de la soie (Damas, Bagdad, Alep) ; d’autres sont des musiciens populaires. Chacun a sa culture différente à défendre et y va de sa petite compo, alors enrichie par les interventions instrumentales ou vocales des autres.   

« Punarjanm (Trad. de l’hindi : ’Renouveau’, une valeur hautement défendue par le collectif) ouvre le set. Yusufi chante et joue du dambura et Asad Qizibash, du sarod. Les interventions de Leleux aux percus sont élaborées. Essentiellement instrumental, ce morceau permet au mélomane de plonger dans l’ambiance. Chaque musicien ou chanteur a l’opportunité de prendre son billet de sortie. Le voyage s’opère en douceur et en profondeur. Chacun y participe, sans perdre la magie de son âme tout en faisant abstraction de certaines frontières que le déracinement partagé rend d’autant plus fragiles. Mohamed Aman Yusufi a dû laisser derrière lui sa compagne « Amina » qui donne le titre de l’album. Il a quitté son pays l’Afghanistan, pour errer au Pakistan, en Inde, avant d’aboutir au plat-pays. Dolma Renqingi (NDR : elle est originaire des montagnes de l’Amdo) chante debout. Sa voix est à la fois incantatoire et mystérieuse. Le mantra tibétain est déclamé a capella de manière chamanique et se réchauffe au son des oud, qui introduisent ensuite un chant soufi typiquement syrien. Le percussionniste semble servir de fil rouge. L’expédition nous conduit de la Palestine vers l’Orient. Le périple se poursuit naturellement à travers une intonation hazari afghane. Mais au fil du concert, on se rend compte que c’est Tristan qui sert de fil rouge. C’est d’ailleurs lui qui présente les différents titres. On se balade ensuite dans les campagnes afghanes, grâce au chant troubadour du poète Yusufi qui raconte les récits de vie qui s’y déroulent, à travers « Perahan ». Tristan y intègre ensuite les sonorités de son oud. Magique ! Et direction le soleil. Le chant de Usufi est chargé de mélancolie. Bien que dominée par les tambourins et la flûte, l’instrumentation implique tous les musiciens. La cerise sur le gâteau ! Chacun partage son bagage, ses affinités musicales, et son savoir-faire avec les autres membres du groupe. Cap vers la Syrie, en compagnie de la lyre magique de Souhad Nayme, une lyre colorée par les interventions des oud, des tambourins et de la flûte. La caravane travers le désert sous le soleil brûlant, mais l’oasis n’est plus très loin. Le Moyen-Orient dans toute sa splendeur ! Fakher Madallal se lève de son siège pour exécuter un chant soufi tout en délicatesse. Il invite les spectateurs à frapper des mains en cadence saccadée. Lorsque Dolma Renqingi se place en tailleur au milieu du podium, c’est pour dispenser ses incantations shamaniques en direction des plateaux de l’Himalaya, alors que de nouveau la lyre s’immisce furtivement dans l’ensemble. Et quand Souhad vient épauler la chamane au chant, le résultat est presque divinatoire.

Ce plaisir des oreilles, issu de ce brassage de différentes cultures, finit même par vous flanquer des frissons partout !

(Organisation : La Ferme du Biéreau, UCLouvain Culture et Muziekpublique)

Nouvelle princesse de la pop anglaise, Anne-Marie Rose Nicholson (NDR : elle est originaire de l’Essex, en Angleterre) a le vent en poupe. Non seulement ses singles cartonnent (NDR : notamment « 2002 » écrit en compagnie d’Ed Sheeran, « Friends », pour lequel elle a reçu le concours de Marshmello, « Don’t Leave Me Alone », celui de David Guetta, « Let Me Live », de Rudimental et « Rockabye », Clean Bandit), mais elle se produit depuis deux ans dans des salles combles et même dans le cadre de grands festivals. En outre, elle a publié son premier album, l’an dernier, « Speak you mind ».

Le supporting act est assuré par Lennon Stella. Frangines, Lennon & Maisy sont chanteuses, musiciennes et actrices. Ces Canadiennes sont connues pour leurs rôles de Maddie et Daphné Conrad dans la série Nashville, diffusée sur ABC depuis 2012. Ce soir, Lennon se produit donc en solo, uniquement soutenue par un claviériste/guitariste (NDR : il a un bonnet enfoncé sur le crâne). Elle va nous proposer, de larges extraits de son Ep 5 titres « Love Me », paru en novembre de l’an dernier. Mais également son nouveau single « Bitch ». Alors qu’on aurait pu s’attendre à un concert de country, la belle Lennon nous livre une forme d’indie pop teintée d’électro, bien dans l’air du temps. Elle va cependant se consacrer à la gratte semi-acoustique pour une jolie ballade…  

Deux estrades ont été installées sur le podium. L’une est réservée aux deux claviéristes/guitaristes/bassistes, instruments qu’ils jouent, suivant les circonstances, et la seconde au drummer. En l’occurrence, l’ex-Rudimental, Beanie Bhebhe. Les baffles crachent « Bad Girlfriend », un morceau aux chœurs samplés, pendant 5 bonnes minutes. Puis les musicos s’installent. Anne-Marie débarque à son tour. Resplendissante, elle est toute de blanc vêtue, les cheveux blonds tressés vers l’arrière. Son sourire contagieux et ses mimiques pétillantes reflètent une personnalité chaleureuse et empreinte de sensibilité. Elle salue le public avant d’ouvrir le bal. Qui s’ouvre par « Cry ». La foule est participative, surtout le public féminin, particulièrement réceptif au discours de l’artiste. Le début de set baigne dans l’électro, le dubstep et le drum&bass. Beanie parvient à marier technique et sauvagerie dans ses interventions. Anne-Marie installe rapidement un climat intimiste, n’hésitant pas à se mettre son âme à nu à travers les lyrics, en évoquant ses ruptures amoureuses sur « Bad Girlfriend » qu’elle dédie à un ex-petit ami ou quand elle étale ses complexes su son physique, sur le catchy « Perfect » où elle clame assumer enfin ses formes. Elle a le discours facile et son charme naturel ne peut que faire mouche.

Les hits défilent, mais la set list nous réserve, bien sûr, des morceaux issus de son elpee, dont « Trigger », mais également l’explosif « Breathing Fire, un titre datant de décembre 2017. On aura droit aux inévitables illuminations des smartphones. Et après 70 minutes de prestation, la troupe va se retirer. Un show bref, mais solide qui démontre que la petite protégée d’Ed Sheeran est à l’aube d’une grande carrière….

Anne-Marie se produira dans le cadre de l'édition 2019 du Pukklepop ce samedi 17 août (infos ici et tickets )

Setlist : « Bad Girlfriend », « Cry », « Do It Right », « Heavy, « Perfect », « Trigger », « Cia Adios »,«  Can I Get Your Number »,« Don't Leave Me Alone » (cover David Guetta), « Alarm », « Then », « Rockabye » ( cover Clean bandit), « 2002  », «Friends » (cover Marshmello)

(Organisation : Live Nation)

 

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