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W-Festival 2018 : jeudi 16 août

Écrit par Philippe Blackmarquis + BD (*)

Le W-Festival (‘W’ pour ‘Wave’ !) a été créé, il y a 3 ans, pour se consacrer, comme son nom l'indique, à la new wave et aux courants musicaux dits 'dark' (darkwave, EBM, synthpop, cold-wave, etc). La première édition s’était déroulée à Wortegem, et avait accueilli, entre autres, Peter Hook, Alphaville et Marc Almond. En 2017, le festival était passé à un stade supérieur et avait pris ses quartiers sur le site de l'aéroport d'Amougies. Au programme, trois jours (dont un premier exclusivement réservé aux campeurs) rythmés, notamment, par la musique de Front 242, Human League, Anne Clark, etc. Cette année, le W-Festival prend une nouvelle envergure, car il s'étend sur 4 jours (outre le concert de Peter Murphy en lever de rideau) et bénéficie de deux chapiteaux, plantés sur un nouveau site, toujours à Amougies, dans l’entité de Mont-de-l'Enclus. Côté line up, ce n'est plus une vague, mais un tsunami : pas moins de 62 groupes ou artistes vont se relayer pendant ce qui est bel et bien devenu le plus grand festival 'dark' de l'année en Belgique, voire même en Europe (seuls le Wave Gotik Treffen et le M'era Luna le sont encore davantage).

Il est vrai que la musique des années 80 et les sonorités plus sombres redeviennent 'in' ces derniers temps ; et de plus en plus de formations ou d’artistes s'inspirent de la synthpop, la cold wave ou l'EBM. Les organisateurs ont donc eu la bonne idée de mélanger les 'classiques' des années 80, comme Marc Almond (Soft Cell), D.A.F., Kim Wilde, ABC ou Propaganda (sous le patronyme de D:uel) à des grands noms de la 'darkwave' des 90’s (Project Pitchfork, Front Line Assembly, Die Krupps), sans oublier d’y insérer les 'petits jeunes' qui montent, comme par exemple, She Past Away ou Ash Code.

Par principe, la ‘Synth Scene’ va se concentrer sur les formations synthpop et new wave des années 80, alors que la ‘Wave Scene’, se focalisera sur la darkwave des années '90-00’, ainsi que sur la scène plus contemporaine.

Ce sont les Christians qui ouvrent les hostilités sur la Synth Scene. La formation liverpuldienne est surtout notoire pour son hit « Words », paru en 1990. De la formation originale, il ne reste plus que Garry Christian, le chanteur. Teintée de soul, sa  synthpop tient la route ; mais à cette heure quasi-matinale, il n'y a pas grand monde devant le podium, au grand dam du vocaliste, qui commet l'erreur de s'en plaindre ouvertement...

Après le duo polonais electro-darkwave Dark Side Eons, place à The Wedding Present. Originaire de Leeds, la formation emmenée par David Gedge est responsable d’une power pop aux accents post punk, dans la veine des Buzzcocks, Fall ou Gang of Four. L'ambiance est chouette et quelques fans, aux premiers rangs, encouragent les musiciens.

Roza Parks, dont le patronyme est emprunté à la célèbre activiste noire Rosa Parks, est le premier combo belge à fouler les planches de la Wave Scene. Issu de Peer, il pratique une forme de wave-shoegaze réminiscente de Joy Division et Sisters of Mercy. Les musicos se décrivent comme 'Ian Curtis embrassant PJ Harvey tandis que les Foals font un boeuf avec DAF'. Dommage que le résultat ne soit pas à la hauteur des références...

Machiavel constitue la première entorse au concept du festival. Il est alors 15 heures. On sort de la ‘Wave’ et on élargit le 'scope'. Il faut dire qu'Amougies hérite d’une tradition rock bien ancrée, vu que son édition légendaire, qui s’est déroulée en 1969, a longtemps été considérée comme un 2ème Woodstock. Soucieux de rendre hommage à cette filiation (NDR : suivant les informations recueillies, l'an prochain, l'hommage devrait être davantage mis en exergue). Eric De Ridder, le boss du W-Fest, a donc prévu quelques surprises, afin de diversifier quelque peu la programmation. Machiavel en fait partie. Pionnier du prog/rock belge et reconverti ensuite à une pop 'fusion', il honore, tout simplement, ses engagements pris avant la mort, en janvier dernier, de son regretté chanteur, Mario Guccio. C'est Marc Isaye, le batteur (et par ailleurs boss de Classic 21), qui se charge des parties vocales. Il est soutenu par la choriste, Laura, tandis que Roland de Greef –du line up originel– se réserve la basse, Christophe Pons, la guitare, et l'excellent Hervé Borbé, les claviers. Le répertoire alterne entre classiques prog/rock (« Rope Dancer », « After The Crop ») et morceaux plus pop (« Over The Hill »), sans oublier quelques compositions plus récentes, fortement teintées de blues/rock. Comme on le redoutait, Marc Ysaye n'a ni la maîtrise vocale ni la présence de Guccio et l’ennui commence à s’installer, sauf, évidemment, lors du hit incontournable, « Fly ».

Vers 16h, la plaine commence tout doucement à se remplir et c'est sous un chapiteau Wave quasi-complet que Parade Ground entame son set. Réunissant les frères Jean-Marc et Pierre Pauly, ce duo belge a été un des fers de lance de l'EBM et de la cold wave, de 1981 à 1988. Au W-Fest, son show est, une fois de plus, très intense et passionnant. Jean-Marc, flotte, comme d’habitude, dans un costume noir trop large pour lui, mais chante énergiquement, au point de quelquefois s'époumoner, tandis que Pierre passe du mini-korg au chant en multipliant les chorégraphies hyperactives. Le tandem dispense une forme d’Electro Body Pop hypnotique et mutante, comme si l’ADN de Front 242 avait été contaminé par celui de Tears For Fears. La setlist recèle une majorité de classiques mais aussi quatre tout nouveaux morceaux, que l'on est impatients de (re)découvrir lors de la sortie de son prochain long playing. Superbe concert !

Il est temps ensuite de s’accorder une petite pause ; et tant pis pour Wang Chung (le band britannique n’a finalement qu'un seul véritable hit à son actif, « Dancehall Days », publié en 84) et Roland Gift, ex-Fine Young Cannibals (on se souvient de « She Drives Me Crazy »). Pendant ce temps, sous la tente Wave, Pro Patria ravit les partisans d'un 'harsh électro-indus' proche de Hocico. A noter que ce projet créé par Peter Vercauteren en 1988 vient juste de renaître de ses cendres après une longue traversée du désert. Jérémie Venganza (Super Dragon Punch) se consacre à la batterie et Sebmer Blondwülf aux claviers…

Le temps de siroter une petite bière et on a rendez-vous avec une des têtes d'affiche du jour : A Split Second. Fondé en 85 par Marc Ickx et Peter Bonne, ce groupe belge jouit encore d'une énorme popularité en Flandre. Ce qui explique pourquoi le chapiteau Wave est bondé dès les premières notes de « Colonial Discharge ». Malheureusement, cette excellente compo n'est exécutée qu'à moitié, le band switchant en milieu de parcours vers un « Rigor Mortis » aux accents new beat. Sur les planches, tous les regards convergent vers Marc Ickx. Son look est imposant et son attitude, sauvage. Le son, assuré aux manettes par Borg (Bodybeats, Klinik, Juggernauts), est puissant et précis. Le public se régale en écoutant les hits tels que « Colosseum Crash », « Backlash » ou « On Command ». Mais le paroxysme est atteint sur « Bend My Body Armour » et surtout « Flesh », le plus gros tube du band, qui constitue, selon la légende, les prémisses de la new beat.

Contraste quasi-surréaliste, on passe ensuite à Axel Bauer sous une tente 'Synth' à moitié remplie (NDR : ou vide, selon). Un grand écart digne de JCVD ! A ce moment, le soleil tape fort sur la plaine et les festivaliers privilégient la bronzette. Le chanteur français propose pourtant un pop/rock de qualité, mélodique et parfaitement maîtrisé. Les musiciens du backing group font correctement leur job et Bauer excelle dans l'exercice des solos de guitare. Un peu trop d'ailleurs, car quand il reprend le « Voodoo child » de Jimi Hendrix, c'est franchement 'too much'. Heureusement, il sauve les meubles grâce à une version super-maxi de son seul véritable hit : « Cargo ». On est passé très près du « Cargo d'ennui » !

Retour sous la tente Wave pour Covenant, une des formations les plus illustres de la darkwave des années '90-00’. Les Suédois ont commis quelques albums devenus des références absolues dans le style 'Futurepop'. Ils pratiquent une musique électronique majestueuse et hyper-dansante, soulignée par le chant mélodique habité et inspiré d'Eskil Simonsson et, bien sûr, infusée par une indispensable touche gothique. Ce soir, Daniel Myer est de la partie. Une bonne nouvelle, car omniprésent (NDR : il participe à une kyrielle de projets), c’est un magicien des sons. La prestation de ce soir est fidèle à la réputation de 'killer act' du band. L’auditoire est canardé par une succession de bombes electro comme « Like Tears in Rain », « Bullet » ou « King of My Domain ». Après une séquence plus calme, d'ailleurs un peu trop longue, « Bring The Light » sonne le galop final. Un titre au sein duquel Daniel Meyer injecte une énergie hallucinante, avant que le groupe ne ponctue son set par « Call the Ships To Port ». Beau concert, même les plages un peu trop paisibles auraient pu se substituer à d'autres brûlots comme « Dead Stars » ou « I Stand Alone ».

Si Midge Ure a sévi au sein de Slik, Rich Kids et Thin Lizzy, c’est chez Visage et surtout Ultravox qu’il a rencontré le plus de succès. L’an dernier, il a publié « Orchestrated », un elpee au cours duquel il revisite certains titres de sa carrière solo, mais aussi de son aventure vécue chez Ultravox. Il y a du peuple devant la Synth scene, et lorsque le quatuor grimpe sur l’estrade, il est accueilli par une énorme ovation. La boule à zéro, Midge Ure se charge de la guitare (électrique et parfois acoustique) et du chant, et sa voix n’a rien perdu de sa superbe. Il la maîtrise toujours aussi parfaitement, montant dans les aigus ou la rendant emphatique, suivant les émotions qu’il cherche à communiquer. En outre, il peut s’appuyer sur l’excellent backing vocal du bassiste, dont la longue et fine barbe en triangle doit bien mesurer 20cm. Le line up est complété par un claviériste et un drummer. Le set s’ouvre par « Call of the Wild ». Le son est excellent. Et puis surtout, si les versions originales reposaient sur des sonorités électroniques, sous une forme organique, ils prennent une autre dimension. Un sentiment de nostalgie envahit la foule, qui chante, danse, frappe des mains (parfois à l’invitation de Midge) sur des grands classiques comme « Fade To grey » de Visage, « Vienna », sans violon, mais particulièrement électrique (NDR : cette envolée !), « The voice », moment choisi par Midge pour rejoindre le claviériste derrière ses ivoires, « Hymn », au cours duquel la foule reprend en chœur la fameuse phrase ‘Give us this day all that you showed me / The power and the glory / Til my kingdom comes’, « If I was » et en final un « Dancing with tears in my eyes », qui touche la sensibilité profonde de certains aficionados, au point d’embuer leur mirettes… Le plus étonnant, c’est que plusieurs jours après ce concert, les mélodies de ces chansons trottent encore dans la tête de votre serviteur. Le concert était certainement très pop, mais qu’est ce qu’il a fait du bien ! (*)

On ne sait si c'est un mauvais signe, mais au moment où Chameleons Vox monte sur la Wave Scene, il se met à pleuvoir des cordes ! Pourtant, personne ne peut reprocher à Mark Burgess, le chanteur historique des Chameleons, de chanter faux. A la tête de son groupe mancunien, il a défini un style post punk psyché unique et incomparable de 81 à 86. En 2009, après un long hiatus, Burgess et John Lever, le batteur historique, malheureusement décédé l'année dernière, ont repris le flambeau sous le patronyme Chameleons Vox. Ce soir, la magie opère à nouveau. La personnalité de Burgess, attachante et sensible, rallie tous les suffrages et le public fait un triomphe aux merveilles que sont « A Person Isn't Safe Anywhere These Days », « Monkeyland » et surtout « Second Skin », probablement une des plus belles compositions dans l'histoire du rock. S'étendant sur près de 8 minutes, elle permet à Burgess et son band de dérouler une musique hypnotique et quasi mystique, alors que des bulles de savon se mettent à planer au-dessus des premiers rangs et du podium. Un grand concert, marqué par la conjugaison savoureuse entre les cordes carillonnantes des deux gratteurs et rehaussé par la maîtrise aux manettes de Kenny KGB (Simi Nah). 

C'est en pataugeant dans la boue que les festivaliers doivent ensuite traverser la plaine pour rejoindre la Synth Scene, où D.A.F. a déjà entamé son set. Les pionniers de la musique électronique et de l'EBM sont rompus au haut de l'affiche lors des festivals 'dark' et une fois de plus, Gaby Delgado et Robert Görl démontrent ici que, près de 40 ans plus tard, leur musique est toujours aussi irrésistible. Imaginez le côté rythmique répétitif du krautrock et de Suicide, combiné à la puissance des riffs de basse synthétique et le chant incantatoire de Delgado (soit en allemand ou en espagnol), et vous obtiendrez des bombes atomiques. « Der Mussolini » et « Sato Sato » mettent tout le monde d'accord. Görl assène ses coups de caisse claire tandis que Delgado arpente inlassablement l’estrade en éructant comme un possédé. C'est simple, minimaliste même, mais le public ne peut s'empêcher de danser et de crier. Un point d'orgue idéal pour cette première journée de festival. Vivement demain ! Enfin, en espérant que la pluie cesse… sans quoi ce sera le cloaque !

(* : BD)

Organisation : W-Festival

 

Informations supplémentaires

  • Date: 16-08-2018
  • Festival Name: W-Festival
  • Festival Place: Rue Couture d'Orroir
  • Festival City: Mont-de-l'Enclus
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