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Cactus Festival 2019 : samedi 6 juillet

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L’édition 2019 du festival Cactus est une parfaite réussite en matière de fréquentation, puisque le festival a été décrété ‘sold out’, les trois jours. Si mes souvenirs sont bons, cette situation ne s’était jamais produite. Qu’importe, le soleil est au rendez-vous, mais on ne sera pas trop accablé par la chaleur quand même. Il va d’ailleurs pleuvoir entre 19 et 20 heures. Et puis il y a ces arbres qui vous permettent de vous protéger du soleil quand il tape trop fort. Un festival familial, convivial qui se déroule toujours au cœur du Minnewaterpark de Bruges.

Finaliste du Humo’s rock Rally, en 2012, Reena Riot a gravé son premier elpee, « Nix », l’an dernier. Drivée par la chanteuse Naomi Sijmons, la formation implique également des musiciens belges expérimentés. En l’occurrence le guitariste Jan Myny, le bassiste Alan Gevaert (dEUS, Chantal Acda, Trixie Whitley), le drummer Bernd Coene (Tiny Legs Tim) et le claviériste Thomas Werbrouck (Krankland, Little Trouble Kids). Si le band reconnaît le blues comme influence majeure, sa musique se distingue par ses lignes de guitare fragmentaires, déchirantes et mélodiques, alors que celles de la basse fédèrent l’ensemble. Enfin, lumineuse, la voix de Naomi Sjimons évoque parfois celle de Rachel Davies (Esben And The Witch)…

Programmer Rolling Blackouts Coastal Fever à 13h40, c’est un peu tôt dans la journée, et le peuple commence seulement à débarquer lorsque le quintet australien monte sur les planches. En juin 2018, le band avait accordé un remarquable concert à l’AB Club, avant de revenir dans le cadre du Pukkelpop. Presque une année vient de s’écouler et il est donc de retour sur le sol belge. Enfin, sur les planches du Cactus. Et le groupe n’a rien perdu de sa superbe, grâce à ces trois grattes qui échafaudent la musique sur un tempo bien enlevé. Des grattes bringuebalantes, tintinnabulantes qui se superposent et s’appuient sur une section rythmique basse/batterie, imparable. Ces deux musicos semblent constamment en osmose, le bassiste jouant souvent dos au public, face au drummer. Et puis on retrouve ces trois voix qui modulent les mélodies, des voix qui se succèdent ou se conjuguent en harmonie. La setlist va nous réserver les deux morceaux du nouveau single, « Read my mind », un titre qui s’adresse aux politiciens responsables ainsi que l’hymnique « In the capital », mais aussi 6 plages de l’album « Hope drums » et enfin 8 compos plus anciennes gravées sur des singles ou Eps. Cependant, le plus passionnant procède de cette capacité à développer les compos, en les sortant de leur carcan studio. On en aurait voulu davantage, mais à cette heure, difficile de jouer les prolongations. Juste après le set, Frank Keany et Joe White, sont venus à notre rencontre pour expliquer que le nouvel LP ne paraîtra que l’an prochain, au plus tôt. Le band est actuellement en tournée européenne ; aussi, s’il passe près de chez vous et que vous aimez les groupes à guitares, dans l’esprit du label Flying Nun, ne les manquez surtout pas.

Setlist : ‘Clean Slate’, ‘Julie’s place’, ‘Hammer’, ‘Sick Bug’, ‘Read my mind’, ‘In the capital’, ‘A/C Man’, ‘Bellarine’, ‘Exclusive grave’, ‘Sisters Jeans’, ‘Talking Straight’, ‘Mainland’, ‘Fountain’, ‘French Press’

La plaine est bien remplie lorsque Omar Souleyman grimpe sur l’estrade. Ce chanteur/poète syrien s’est exilé en Turquie, dès 2011, suite aux intenses combats, nés de la guerre civile. Habillé d’une djellaba de couleur blanche, coiffé d’une shemagh à carreaux rouges et chaussé de lunettes fumées, il est soutenu par un bidouilleur qui se sert de samples et d’une boîte à rythmes. Omar chante dans sa langue natale, mais le commun des mortels ne comprend pas un mot. Ce ne serait pas trop grave, si la musique respectait parfaitement la tradition du Moyen-Orient, en se servant de véritables instruments comme l’oud, la darbouka, le mendir, le zurna, le qanun et on en passe (NDR : et pourquoi pas le violon), ainsi que de vocalistes féminines qui poussent des youyous. Mais toutes les sonorités se limitent à des échantillonnages sans âme, imprimés sur du ‘tchack tchack boum’. Une grosse partie de la foule semble apprécier et danse sur cet ersatz de world, alors qu’Omar frappe des mains en cadence, mais sans trop se fatiguer. N’en jetez plus, la coupe est pleine…

Après une brève annonce de la présentatrice Kirsten Lemaire, Nic Balthazar, Michael Pas et un groupe de jeunes sont montés sur le podium pour transmettre un message à la foule, en lui demandant si elle acceptait de contribuer à un grand scoop. Elle a donc été invitée à participer à un ‘Clap for climate’ en faveur de Youth For Climate, l'organisation environnementale d'Anuna De Wever and co. L’événement fera l’objet d’un clip vidéo. Curieux de savoir quand il sera diffusé à la TV et de voir quelle incidence il pourra avoir sur la société.

La presse spécialisée belge est dithyrambique à l’égard de Whispering Sons, une formation limbourgeoise établie à Bruxelles, responsable d’un post punk ténébreux qui aurait certainement eu sa place au cours des eighties. Un combo qui a publié un excellent LP, en octobre dernier, « Image ». Chemisier blanc sur pantalon beige, qui contraste avec les vêtements de couleur noire des autres musicos, Fenne Kuppens, la chanteuse, ne tient pas en place tout au long du set. Elle s’agite même comme si elle était possédée. Si certaines sonorités de guitare semblent empruntées à Danse Society, le spectre de Sisters of Mercy plane régulièrement, la voix de Fenne semblant refouler sa colère, campant même le pendant féminin de celle d’Andrew Eldritch. L’ensemble ne manque certainement pas d’allure et les musicos remplissent parfaitement leur rôle, mais ils ne sortent que trop rarement d’une structure un peu trop linéaire au goût de votre serviteur. L’objectif est sans doute de préserver un climat sombre au set ; mais lors d’un festival, il est beaucoup plus difficile d’y entraîner un auditoire aux goûts éclectiques…    

Après s’être séparé pendant 16 longues années, Dead Man Ray s’est reformé. Il a publié un Ep puis, en avril dernier, un album elpee baptisé « Over ». Et dans la foulée, il est parti en tournée. Le line up réunit le guitariste Elko Blijweert, cheveux longs, casquette de base-ball enfoncée sur le crâne, qu’il enlève lorsqu’il se déchaîne sur ses cordes, le drummer Karel De Backer, deux claviéristes, dont Wouter Van Belle au moog et Herman Houbrechts, qui se charge probablement des parties de basse, le chanteur/guitariste Dann Stuyven et le gratteur Rudy Trouvé. Ex-dEUS et Kiss My Jazz, ce dernier s’installe sur la droite de biais, assis devant une sorte de petit clavier. Il se lève de temps à autre pour nous servir l’un ou l’autre commentaire, le plus souvent humoristique, mais surtout se charge de tous les petits bruitages, fonction qui reflète parfaitement son goût pour l’improvisation. Et il fume cigarette sur cigarette tout au long du set allumant même son briquet, comme lors des célébrations de masse, lors d’un titre plus hymnique. A contrario l’humour de Daan semble plus tôt cynique : il déclare ainsi : ‘Cela fait environ 20 ans que nous sommes venus ici et nous sommes heureux d’y être. Donc, pour notre prochain passage, nous attendons encore 20 ans…’ Entre mélodies romantiques et montées en crescendo chargées d’intensité électrique, les compos glissent parfois dans la discordance, une discordance cependant bien maîtrisée. Quant à la voix de baryton de Daan, elle se pose en toutes circonstances, parfois découpée par syllabes, rappelant souvent celle de Matt Berninger (The National), alors que de temps à autre, Karel assure les backing vocaux… en falsetto. Une prestation solide, chaleureusement applaudie par le public…   

Chan Marshall, alias Cat Power, embraie. Vêtue d’une longue robe noire, elle est soutenue par deux multi-instrumentistes. Une guitariste/drummeuse (Alianna Kalaba), aux traits asiatiques, et un bassiste/claviériste (Erik Paparazzi). Chan entame son set par « He turns down ». Elle a une superbe voix, chargée de feeling, qui rappelle Sinead O’Connor, mais cette voix semble si fragile. D’ailleurs, par prudence, elle avale quelques gorgées de thé, entre les morceaux. Il se met soudain à pleuvoir, pluie qui ne cessera plus jusqu’à la fin de son concert. Et elle s’en excuse. Elle chante aussi en se servant de deux micros, qu’elle tient en mains. Parfois on a l’impression qu’elle manque d’assurance ; ce qui rend son concert encore plus émouvant…

Une des têtes d’affiche de ce Festival Cactus était incontestablement Joe Jackson. Et il va le démontrer. Un décor en forme de rideaux en velours, comme au théâtre, est tiré en arrière-plan. Lumineux, il va régulièrement changer de couleur. Joe Jackson grimpe sur l’estrade, salue la foule et s’installe derrière son piano Roland AD-800. Elégant dans son costume bleu ciel, pâle, les cheveux blonds et luisants, il a le visage gonflé au botox. Bien qu’âgé de 65 balais, son talent est intact. En outre, il est soutenu par trois fameux musiciens. Tout d’abord son fidèle bassiste Graham Maby qui l’accompagne depuis plus de 40 ans, puis le batteur Doug Yowell et enfin le guitariste Teddy Kumpel, costard mauve et casquette bleue, cravate verte et souliers rouges à paillettes. Le set s’ouvre par « One more time » et va nous réserver de nombreux hits puisés au sein de sa large discographie, dont les refrains sont chantés –parfois en chœur– par les spectateurs, mais également des extraits de « Fool », son dernier opus, qui traite de la comédie et de la tragédie ; notamment le titre maître, qui passe en revue hip hop et rythmes latinos. Sans oublier la cover du « Rain » des Beatles. Ses interventions au piano qui oscillent entre jazz, classique, pop, rock et soul sont lumineuses. Un virtuose des ivoires ! Sa voix, oscillant du rocker cynique au crooner sophistiqué, est excellente. Et son backing group, irréprochable. Il souffle de la clavinet sur le ska/reggae « Sunday papers », en reproduisant quelques notes du « Gangsters » des Specials. A la fin de « Ode to joy », le groupe fait un arrêt sur image pendant 30’. Epatant ! Ce qui va valoir au quatuor une fameuse salve d’applaudissements de la part l’auditoire. Mérité, au vu également du solo de batterie exécuté par Doug, qui a alors démontré toute l’amplitude de son drumming.  Et après le plus punk « I am a man », reflet d’une époque où il était souvent en colère, Jackson et son le band vont nous accorder en rappel, l’incontournable « Steppin’ out »… Un remarquable concert !     

Setlist : ‘One More Time’, ‘Is She Really Going Out With Him?’, ‘Fabulously Absolute’, ‘Strange Land’, ‘Another World’, ‘Real Men’, ‘Rain’ (The Beatles cover), ‘Invisible Man’, ‘It's Different for Girls’, ‘Fool’, ‘Sunday Papers’, ‘You Can't Get What You Want (Till You Know What You Want)’, ‘Ode to Joy’, ‘I'm the Man’, ‘Steppin' Out’

Il revenait à Bloc Party de clôturer la soirée. Pas évident après un set tel que celui de Joe Jackson. Finalement on a eu droit à une prestation en dents de scie. La voix de Kele Okereke semblait manquer de maîtrise. Et était-ce une bonne idée de rejouer l’intégralité de son premier album, « Silent alarm », son magnum opus paru en 2005 ? Probablement pas ! Si les fans de la première heure ont chanté et apprécié, le set n’a pas répondu aux attentes. Kele a bien essayé de communiquer avec la foule, mais sans succès. Il chantait parfois trop doucement, ne finissant pas ses phrases et s'éloignait souvent trop vite de son micro, à tel point que certaines paroles n'étaient même plus perceptibles. Dommage, mais manifestement, au fil du temps ce Bloc Party s’est effrité…

A demain…

(Organisation : Cactus, Bruges)

Reena Riot + Rolling Blackouts Coastal Fever + Omar Souleyman + Whispering Sons + Dead Man Ray + Cat Power + Joe Jackson + Bloc Party

(Voir aussi notre section photos ici)

Informations supplémentaires

  • Band Name: Reena Riot + Rolling Blackouts Coastal Fever + Omar Souleyman + Whispering Sons + Dead Man Ray + Cat Power + Joe Jackson + Bloc Party
  • Date: 6/07/2019
  • Festival Name: Cactus Festival 2019
  • Festival Place: Minnewaterpark
  • Festival City: Bruges
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