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Notre public est probablement le plus sexy de la planète...

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Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'écouter le hit "Do you remember the first time?", une chanson qui figurera sans doute parmi les meilleurs singles de l'année. Elle est reprise sur un album de la même veine, "His'n Hers". Pourtant, avant de connaître ce succès foudroyant, la formation de Sheffield a végété dans la zone crépusculaire de l'underground pendant plus de dix ans. Comment comprendre que la presse britannique se soit mise soudainement à lui porter un tel crédit. Pourquoi ce groupe est-il passé du jour au lendemain de l'anonymat à l'aube de la célébrité. C'est le guitariste Russell Senior qui a bien voulu essayer de nous donner une explication à ce phénomène...

Si mes souvenirs sont exacts, Pulp était un quatuor à l'origine. A quel moment Candida est-elle venue rejoindre le groupe?

En mille neuf cent quatre-vingt trois. Enfin Candida et moi-même, puisque auparavant, la formation était composée d'autres musiciens. Seul Jarvis est là depuis le début.

Pourquoi cette longue interruption entre 87 et 91? Qu'avez-vous fait au cours de cette période?

Il n'y a pas eu d'interruption, mais nous avons vécu des moments difficiles. Nous avions enregistré un album, "Separations", mais Fire Records n'a pas voulu le sortir. Nous étions dans l'expectative. Alors nous en avons enregistré un second le mois suivant. Mais il n'a pas reçu davantage d'écho. Nous avons alors décidé de cesser de nous produire en concert. Nous nous sommes en quelque sorte croisés les bras en attendant que le label veuille bien changer de fusil d'épaule. Mais au bout de trois ans, la firme de disques ne voulait plus entendre parler de ce disque. Alors nous avons changé de label. Voilà l'explication. Cette période creuse nous a cependant permis de nous remettre en question, d'assimiler de nouvelles références. Un peu plus 'dance', mais pas trop. De repartir sur de nouvelles bases. (NDR: "Separations" est finalement sorti sur "Fire Records" en 1992).

Mais comment expliquer le soudain intérêt manifesté par le public, et par la presse pour Pulp alors?

Sans doute parce que les temps et les modes changent. Au milieu des eighties, nous étions mal compris, même détestés. Le public de cette décennie dénonçait le culte du vedettariat, et les artistes qui essayaient d'atteindre un statut de pop star, comme nous souhaitions le devenir, lui paraissait stupide. Il préférait les choses anonymes. Dès les nineties, il s'intéresse davantage aux personnalités, et c'est très bien pour nous. Notre profil est davantage taillé pour l'époque actuelle. "His'n hers" est un peu comme si c'était notre premier opus. Parce qu'il a bénéficié de conditions idéales pour être enregistré. Et parce qu'il correspond à la somme de nos sensibilités.

Qui sont très éclectiques!

Absolument! Dans une même chanson, nous parvenons à incorporer une multitude d'influences. Les cinq personnes qui composent le groupe possèdent des goûts musicaux différents. Et c'est cette fusion d'affinités différentes qui procure à Pulp ce style si particulier, si original même...

A vos débuts, Sheffield était un peu considéré comme le berceau de la musique synthétique, avec en face industrielle une école dirigée par Cabaret Voltaire, et en face pop des ensembles comme Human League et Heaven 17. N'avez-vous jamais imaginé suivre leur exemple pour obtenir quelque peu de succès?

Non, non! Nous aimions Human League et Heaven 17, et je suppose que d'une certaine manière, nous nous sommes inspirés des mêmes sources synthé-pop. Nous sommes même encore aujourd'hui parfois comparés à Human League. Mais je pense que Sheffield était davantage réputé pour ses groupes industriels. Cabaret Voltaire en tête évidemment. Les usines de construction métalliques forgent l'environnement de cette cité. Et la cacophonie urbaine en est son pain quotidien. Tu comprends donc mieux pourquoi tant de groupes ont adhéré à ce courant industriel. Personnellement, j'ai joué dans Test Department. Des claviers. Mais finalement, je me suis dit que j'aurais pu également reproduire le même bruit dans une manufacture. Et j'ai cherché un autre groupe. Capable de jouer des chansons à la structure mélodique. M'évader de ce contexte abrutissant. C'est pourquoi je suis atterri chez Pulp...

Est-ce la raison pour laquelle vos textes abordent les thèmes du travail, du shopping, de la TV, de la sexualité, des choses de la vie en général, quoi? Cherchez-vous à dénoncer l'absurdité de la condition humaine ou la considérez-vous comme une réalité sinistre, une comédie noire?

Nos lyrics ne sont pas aussi sombres. Nous ne nous prenons pas aussi au sérieux. Nous ne nous prétendons pas des artistes. Pour composer ses textes, Jarvis regarde simplement autour de lui. Il observe les gens qu'il connaît et qu'il côtoie. Il en brosse le portrait à travers leurs aventures et mésaventures. Pas avec un réalisme austère, mais en abordant les événements tragiques, bouleversants, d'une manière humoristique...

Pulp est-il devenu le groupe le plus sexy de Grande Bretagne? N'êtes-vous pas, tout comme The Auteurs et Suede, occupés de faire revivre le glam pop de T Rex?

J'ai déjà entendu parler de cette histoire? Et je l'ai finalement trouvée très amusante. Tu sais, j'ai souvent partagé la chambre d'hôtel avec Jarvis. Et le matin, lorsqu'il se lève, il n'est pas vraiment un sex symbol. Et je ne pense pas qu'il prétendrait l'être. Mais pour la scène, il se métamorphose. Il le devient. Il est élégant, flatteur, séduisant, et se crée beaucoup d'ami(e)s... Cette situation nous permet de rencontrer des tas de jolies filles. Le public est sensible à cette forme de sensualité, car elle est très accessible. Ce n'est ni Dieu, ni une des sept merveilles du monde, mais simplement un être humain qui essaie de se montrer sous son plus beau jour. Et n'importe qui pourrait le devenir. Jarvis exerce sans doute un rôle de modèle pour notre audience. Une audience qui est probablement la plus sexy de la planète... J'aime beaucoup Suede et The Auteurs, mais nous ne partageons pas les mêmes influences. Suede est beaucoup plus rock. Et je ne me sens pas davantage symboliser un groupe de glam pop. Et surtout pas inspiré de Marc Bolan! Mon Dieu! Je sui effrayé rien que de l'entendre dire. Nous essayons d'éviter de reproduire tous ces clichés revivalistes. Nous n'y avons jamais accordé le moindre crédit. Nous nous considérons comme un groupe progressif, moderne. Et je préfère être comparé à des formations telles que Suede et The Auteurs qu'à T Rex ou à des tas d'autres formations. Au moins, si la musique est différente, l'attitude est tout à fait similaire...

Sous la férule du bassiste Steve, Pulp a tourné un film consacré au thème de la perte de la virginité. Un court métrage inspiré par le single "Do you remember the first time?". Est-ce un documentaire entrecoupé d'interviews ou une leçon d'éducation sexuelle?

(rires): C'est un documentaire entrecoupé d'interviews susceptible de servir de leçon d'éducation sexuelle. En fait, nous avons recueilli les propos de différentes personnes sur leur vie sexuelle. En Europe, ce type de reportage n'aurait guère d'impact. Mais en Grande Bretagne, la notoriété des personnes interrogées suscite un grand intérêt auprès du public.

Quel est ton fruit préféré ?

Le fruit de la passion. Des fruits exotiques. Les nouveaux fruits qui arrivent sur le marché. Le pommorello (?). Ceux que nous ne connaissons pas encore et que nous allons découvrir. Nous adorons varier les goûts. Déguster un fruit est à la fois délicieux et sensuel. Cet acte symbolise la musique de Pulp...

Version originale de l'interview parue dans le n° 26 du magazine Mofo de septembre 94.

 

 

Informations supplémentaires

  • Band Name: Pulp
  • Date: 30-09-1994
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