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La technologie n’apporte rien à la musique, elle oblige à calculer, à trop réfléchir

Écrit par Christophe Godfroid

Bien que « Joy 1967-1990 » soit sorti depuis deux ans à peine, une éternité semble s'être écoulée depuis la dernière fois où quelqu'un a mentionné le nom d'Ultra Vivid Scene. Mutisme médiatique et désertion des planches européennes ont contribué à faire oublier un groupe américain qui a pourtant beaucoup influencé la scène indépendante britannique actuelle. Derrière ce pseudo-groupe se cache un compositeur doué : Kurt Ralske. A 27 ans, ce New-Yorkais ne veut pas (encore) faire figure de musicien-culte. Et en publiant « Rev », son 3e album, il prouve que, même si elles sont toujours habitées par le psychédélisme des années 60, ses chansons restent parfaitement contemporaines...

On a tourné pendant neuf mois aux Etats-Unis. C'est à San Francisco, où j'ai passé un an, que j'ai écrit les compos l'album. Après quoi, je me suis enfermé dans mon studio à NY pour l'enregistrement. Au départ, je voulais faire subir aux chansons un traitement électronique. J'ignore pourquoi j'avais cette idée. Peut-être, par curiosité. Au bout d'un mois, je me suis rendu compte que cette méthode ne menait nulle part et je suis revenu à quelque chose de plus naturel. La technologie n'apporte rien à la musique, elle t'oblige à calculer, à trop réfléchir. Je ne pense pas qu'elle puisse donner de bons résultats. Finalement, on a enregistré "Rev" à la manière de ce qui se faisait dans les années 60 ; sans préméditation et en donnant libre cours à notre imagination.

Ultra Vivid Scene, est-ce un groupe de studio avant tout?

Oui, mais la prochaine tournée a toutes les chances d'être intéressante, car les musiciens qui m'accompagnent sont ceux qui ont pris part au travail de studio. Ils ont participé à l'élaboration de l'album, ils ont laissé leur empreinte dans le son. Ce qui se sentira sûrement sur scène.

Es-tu obsédé par la recherche de sons?

J'aime faire sortir une émotion des instruments, et créer des climats sonores. Mais pour qu'une chanson soit bonne, il faut d'abord la jouer sur une guitare acoustique. Après seulement, on travaille le son. Ici, pour ce disque, j'ai joué la carte de la simplicité, en tirant profit de l'apport de chaque musicien. Ainsi, on a joué ensemble en studio, sans traiter chaque instrument à part. Je ne voulais pas passer des heures sur des détails, à corriger quelques petites imperfections qui, tout compte fait, ont leur charme.

Tu as suivi l'évolution du rock depuis 1990. Que penses-tu du ‘grunge’ ?

Je n'ai jamais appartenu à une scène bien précise. Mais j'étais conscient qu'un vent nouveau soufflait sur les States. Sur « Rev », il y a quelques morceaux très durs, aux guitares agressives, comme « Slood and Thunder » qui dépasse les 10 minutes. Si j'ai choisi cette orientation, c'est pour me faire plaisir, pas pour copier qui que ce soit. Tu sais, je ne pense pas qu'il y aura un nouveau Nirvana. Peu de groupes sont capables d'atteindre un tel niveau de qualité. Il ne suffit pas de jouer le plus fort possible...

Tu n’as pas l’impression qu’aujourd’hui, toutes les maisons de disques veulent signer des groupes à tendance ‘dure’ 

Si. Perso j’étais persuadé que le single extrait de l’album serait « Cut Throat », un morceau accessible. Immédiat. A ma grande surprise, c’est justement « Blood and Thunder », un titre beaucoup plus dur, qui a été choisi. Je suis certain qu’un idiot s’occupant de la promotion s’est dit : ‘Genial, c’est plein de guitares, on dirait du Nirvana’.

4 AD est une boîte de disques comme les autres, alors?

Ce sont quand même des gens plus tolérants que ceux qui travaillent pour les firmes américaines. Le boss de 4AD a bon goût, il a l'art de dénicher des jeunes talents. Mais 4 AD fonctionne comme tous les autres labels. Ce n'est pas une religion, on n'y entre pas par vocation.

Crois-tu qu'il est encore possible d'être original de nos jours ? Le rock peut-il innover perpétuellement ?

Les Beatles, les Stones et le Velvet n'ont pas tout dit. Il faut connaître l'histoire de la musique avant de proposer ses propres créations. On a beaucoup exploré au cours de ces 30 dernières années ; mais on ne peut pas utiliser cette excuse pour justifier un manque d'originalité. On vit une époque différente, peut-être moins intéressante que la fin des années 60, mais il ne faut pas croire qu'il n'est plus possible de se renouveler.

A ce propos, Quelle était la signification du titre de ton album précédent (« Joy 1967-1990 ») ?

On pourrait y voir l'épitaphe inscrite sur la tombe d'une jeune femme, par exemple. Rassure-toi ce n'était pas la tombe du rock 'n' roll ! Enfin, qui sait ?

Que penses-tu de la réédition des 45 tours des Sex Pistols ?

C'est un peu ridicule, mais ces rééditions vont certainement satisfaire beaucoup de gens. C'est quand même triste d'exploiter commercialement des disques qui sont sortis il y a 15 ans. Récemment, j'ai jeté un œil sur les charts anglais, on y relève la présence de Mike Oldfield, Abba, Eric Clapton… Ils ne sont plus tout frais, ceux-là !

As-tu, comme la plupart des Américains, été influencé par les groupes anglais ?

J’aime le Velvet, les Beatles, T Rex, Love. Tu vois, il y a des Anglais et des Américains.

Te considères-tu comme un Américain typique?

Non, ma sensibilité s'apparente davantage à celle des Européens. Et puis, de toute façon, New York ne ressemble en rien au reste des USA ; c'est une île sur la côte Est de l'Amérique. On y rencontre des tas de cultures différentes. Dans ma ‘petite’ ville, il y a des Portoricains, des Ukrainiens, des Italiens ou encore des Chinois. Les Etats-Unis sont si vastes! Je crois qu'il y a beaucoup d'autosatisfaction aujourd'hui aux USA, alors que tout ne tourne pas rond ! Le rap, c'est peut-être l'équivalent du rock'n'roll de la fin des années 60. Pour les Noirs, c'est un véritable engagement politique. La vague ‘grunge’, elle, n'a rien de politique. Elle ne peut en tout cas pas changer les mentalités, parce que les Américains n'ont aucune conscience politique et sont souvent plongés dans l'apathie. Ils n'ont pas davantage une grande ouverture d'esprit et sont incapables de prendre du recul par rapport aux événements.

Tu as suivi l'affaire « Cop Killer », la chanson d’Ice-T ? Ton avis ?

Je ne commets pas d'actes violents. Je n'ai jamais tué personne et j'espère que personne ne me tuera. Cependant, je ne sais pas ce que c'est d'être Noir aux Etats-Unis, en 92. Donc je suis mal placé pour juger. J’imagine qu’Ice-T a eu de bonnes raisons d'écrire ce morceau. Et les gens ne s’en rendent pas compte. Si mon meilleur ami était tué par un flic, j'éprouverais certainement le besoin d'en parler. Il faut connaître le contexte d’une situation avant d'émettre un jugement.

(Article paru dans le n° 7 du magazine Mofo de novembre 1992)

 

 

Informations supplémentaires

  • Band Name: Ultra Vivid Scene
  • Date: 30-11-1992
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