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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 

On a appris la triste nouvelle : Florian Schneider-Esleben, le co-fondateur du groupe allemand Kraftwerk, est décédé la semaine dernière des suites d'un cancer fulgurant. Il avait 73 ans.

A la fin des années 60, il avait créé Kraftwerk avec Ralf Hütter. Après une période expérimentale très orientée “krautrock”, le groupe de Düsseldorf a jeté les bases d'un nouveau style, une musique pop basée sur l'utilisation exclusive d'instruments électroniques, bien souvent de leur propre fabrication. On soulignera l'importance revêtue dans ce processus par leur producteur, Conny Plank, décédé en 1987.

Après un premier hit, “Autobahn”, paru en 1974, Kraftwerk a aligné une série de simples et d'albums qui ont marqué définitivement la musique pop-rock, comme, par exemple, “Radio-Activity”, “The Robots”, “Trans-Europe Express” ou “The Model”.

Grâce à ses rythmes robotiques et ses mélodies sombres, le groupe a ouvert la voie à la new-wave synthétique (la 'synth-pop'), de Gary Numan et OMD à Depeche Mode, mais aussi au hip-hop (voir, par exemple, “Planet Rock”, d'Afrika Bambaataa) et, plus tard à la house et la techno.

Lassé par les tournées incessantes, Schneider avait quitté Kraftwerk en 2009 pour se consacrer à ses projets solo et à une carrière académique.

Il avait notamment collaboré avec notre Dan Lacksman national (Telex), pour sortir un titre, “Stop Plastic Pollution”, destiné à aider une fondation américaine de défense de l'environnement. Aux dires de Dan Lacksman, Schneider adorait Bruxelles et aimait particulièrement déguster une Chimay bleue à l'Hôtel Métropole...

La disparition de Schneider intervient au milieu de ce qui peut être considéré comme une “série noire” pour la musique  vu qu'en quelques semaines seulement, on aura vu partir Christophe, Dave Greenfield (le claviériste des Stranglers), Gabi Delgado (de D.A.F.) et Genesis P. Orridge (de Throbbing Gristle et Psychic TV).

RIP

Photo : Philippe Carly

jeudi, 20 février 2020 11:48

An Pierlé annonce des nouveaux concerts

An Pierlé, une des chanteuse favorites de notre webzine, vient d'annoncer qu'elle va jouer l'entièreté de son premier album, "Mud Stories", à l'AB le 25 septembre prochain. Sorti en 1999, cet album fut un de ses plus grands succès. Pour réserver vos tickets, c'est ici

Par ailleurs, l'artiste gantoise a dévoilé une série de nouvelles dates avec son 'quartet'. Ce dernier se compose d'An, son 'cher et tendre' Koen Gisen, Hendrik Lasure et Casper Van De Velde. Ils se produiront:

- le 22 mars au 30CC-schouwburg à Louvain;
- le 16 avril à l'AB Club à Bruxelles;
- le 25 avril au Studio à Anvers;
- le 15 mai à l'Entrepot à Arlon;
- le 17 mai au Mithra Jazz Festival à Liège.

Le Quatuor a produit la musique de "Sylvia", la pièce théâtrale et cinématographique de Fabrice Murgia, créée pour le Théâtre National & Cie Artara et coproduite par La Monnaie. Le son est jazzy et atmosphérique, avec des moments plus 'musclés'. Pour écouter et acheter l'album: c'est ici.

Petit détail touchant: la photo ci-dessus a été faite par la fille d'An et Koen: Isadora. 

 

Angèle et Roméo Elvis, les “enfants Van Laeken”, ont tout raflé aux DMA, la cérémonie qui récompense les artistes issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles et qui est organisée par la RTBF, le Conseil de la Musique et SABAM for Culture.

Pour la deuxième année consécutive, Angèle est désignée artiste féminine de l’année et remporte le prix de la meilleure chanson française. Elle l'emporte pour la première fois dans la catégorie 'clip vidéo' pour "Balance Ton Quoi" ainsi que dans la catégorie 'concert de l'année'. Son frère, Roméo Elvis, empoche le titre d’artiste masculin de l’année et celui du meilleur album avec 'Chocolat', sans oublier le prix dans la catégorie Musiques urbaines.

Seul petit hic: les deux enfants prodiges ne sont pas présents pour recevoir leurs trophées, vu qu'ils sont à Paris pour les 4 concerts d'Angèle à l'Accor Hotel Arena. La solution? C'est le Youtubeur Gui-Home qui a été envoyé dare-dare dans la capitale française pour leur remettre les différents trophées dans les coulisses de Bercy.

Autre absent de marque: Arno, qui a reçu le prix de la catégorie 'Rock et alternatif'. Il a exprimé ses remerciements via une courte vidéo. Enfin, le groupe de l'année, Caballero et JeanJass, brillait, lui aussi, par son absence. Une cérémonie sans lauréats, ça fait un peu désordre...

Heureusement, Henri PFR, Loïc Nottet, Typh Barrow, entre autres, étaient bel et bien présents pour animer la soirée. Le trophée de la révélation de l’année a, quant à lui, été remis à Glauque, un collectif namurois qui mélange électro et hip-hop, un peu à la manière du regretté Fauve. Et la grosse surprise: le vainqueur du hit de l’année est, non pas Angèle, mais bien Kid Noize avec "Walking to the Jungle". Bizarre, vous avez dit “Bizarre”?

Enfin, le prix d’honneur a été remis à Lio pour célébrer ses 40 ans de carrière. Un moment d'émotion lorsque Jacques Duvall, son parolier attitré, lui a rendu un vibrant hommage. Ensuite, la toujours fringante “brune” a interprété un medley de ses plus grands succès avec le concours de la jeune génération, représentée par Claire Laffut et Alice On The Roof.

Juste avant la cérémonie des DMA, dans l'espace réservé aux “VIP”, s'est tenue la remise des prix des professionnels du secteur. On a surtout apprécié “Notre mystère, nos retrouvailles”, une chanson hommage à Marc Morgan, interprétée avec tendresse en 'live' sur la scène par Maxime et Juliette, les deux enfants de l'artiste défunt. Rappelons que Maxime est ingénieur du son, producteur et membre de l'excellent groupe Turquoise et que Juliette est “Mademoiselle Nineteen”, actuellement en pause suite à un heureux événement...

Le palmarès complet des DMA:

Dance & Electro: Henri PFR
Nominés: ToDieFor, Liho, Loyd

Chanson française : Angèle
Nominés: Scylla, Claire Laffut, Suarez

Musiques urbaines: Roméo Elvis
Nominés: Hamza, Le 77, Shay

Album de l'année: “Chocolat” de Roméo Elvis
Nominés: “Santeboutique” de Arno, “Madame” d’Alice on the roof, “The Man with the monkey face” de Kid Noize

Concert: Angèle
Nominés: Roméo Elvis, Mustti, Baloji

Clip Vidéo: “Balance ton quoi” d’Angèle
Nominés: “Flou” d’Angèle, “Candy” Loïc Nottet, “Going on” Henri PFR

Musicien: Benoit Do Quang
Nominés: Le Motel, Alex Germys, Nicolas Fiszman

Auteur-compositeur: Loïc Nottet
Nominés: Henri PFR, Glauque, Juicy

Révélation: Glauque
Nominés: Tanaë, Lous and The Yakuza, Alex Lucas

Groupe: Caballero & Jeanjass
Nominés: Glauque, L’or du Commun, Juicy

Pop: Loïc Nottet
Nominés: Mustii, Typh Barrow, Alice on the roof

Artiste solo féminine: Angèle
Nominés: Typh Barrow, Claire Laffut, Alice on the roof

Artiste solo masculin: Roméo Elvis
Nominés: Mustii, Arno, Baloji

Hit de l'année: “Walking to the jungle” Kid Noize
Nominés: “Balance ton quoi” de Angèle, “Tout oublier” de Angèle et Roméo Elvis, “On fire” de Loïc Nottet

Certains de nos lecteurs s'en souviennent : le Plan K était une salle mythique située près de la Porte de Ninove, à Bruxelles. Dans cette ancienne raffinerie Graeffe, occupée aujourd'hui par Charleroi-Danses, furent organisées certaines des soirées les plus avant-gardistes et les plus originales de la période new-wave, entre 1979 et 1986, dont, notamment, deux concerts de Joy Division, ce groupe légendaire de Manchester.

Vendredi passé, Philippe Carly, un des plus grands photographes de l'époque 'new-wave' en Belgique, a fait revivre ce haut lieu de la culture post-punk le temps d'une soirée, en y organisant le lancement de son deuxième livre de photos consacré au Plan K : « Au Plan K – 40 ».

Grâce à la collaboration de Charleroi-Danses, il a permis à une centaine de fans et 'crowdfunders' de fouler à nouveau le sol de la salle du rez-de-chaussée avec ses fameuses colonnes en fer.

Au programme, le concert live de Ground Nero, une formation flamande de rock gothique composée de Peter Philtjens (basse), Guido Wampers (voix) et Nomad (guitares). Aux manettes avant et après le concert, DJ Blackmarquis a proposé une playlist et un slide-show de circonstance vu qu'ils présentaient exclusivement des artistes ayant joué au Plan K.

A noter que Philippe Carly avait astucieusement choisi la date du 17 janvier, journée où l'on commémorait les 40 ans du deuxième concert accordé par Joy Division au Plan K. Rappelons aussi que les photos de Philippe Carly, et particulièrement celles de Joy Division, ont fait le tour du monde. Il y a 3 ans, le photographe avait partagé ces superbes images dans un luxueux livre qui contenait également moult témoignages de musiciens, d‘artistes et de témoins qui ont vécu là-bas des moments d’éternité.

Le livre dont c'était le 'launch event' vendredi passé est un addendum au premier livre. On y trouve des nouvelles photos, des nouvelles affiches, des nouveaux témoignages, des documents inédits et surtout l'interview par Philippe Cornet de feu Annik Honoré, la journaliste belge qui fut l'âme-soeur de Ian Curtis et la cheville ouvrière de la programmation musicale du Plan K.

Avec cette parution, Philippe Carly referme le chapitre 'Plan K'. Ses prochains livres seront consacrés aux femmes qui ont marqué l'époque new-wave : il y aura donc un volume consacré à Siouxsie Sioux, un à Deborah Harry (Blondie) et un à d'autres chanteuses et artistes de cette période dorée.

Le site de Philippe Carly: cliquer ici

Les photos du concert de Ground Nero par Philippe Carly: ici

Ground Nero : https://www.facebook.com/Groundnero/

Depuis le 20 novembre dernier, l'ADAM (Brussels Design Museum) présente ‘PUNK GRAPHICS’, une exposition explorant le langage visuel singulier enfanté par le mouvement Punk, au cours des années '70 et identifié jusqu’au milieu des années '80. Pour être plus précis, on devrait parler de ‘Punk, Post punk et New-Wave Graphics’, car cette esthétique a également servi de véhicule visuel pour les mouvements apparus dans le sillage du ‘No Future’ de 1977. À travers des centaines d’images iconiques, le visiteur peut découvrir l’influence durable du mouvement punk sur le graphisme mainstream. Organisée par thème plutôt que par artiste, cette exposition quadrille l’histoire du punk pour explorer diverses techniques graphiques, comme le rôle des images appropriées ou empruntées, l’utilisation du collage et du montage ou encore les méthodes DIY des flyers et des zines. Musiczine a rencontré David Vermeiren, curateur de l'expo belge.

78723085_1302905043250904_2494828403530661888_n.jpgDavid, merci pour cette interview. Cette exposition est, à l'origine, bien américaine ?

David Vermeiren : Oui, elle a été présentée d'abord au Cranbrook Art Museum, près de Detroit et ensuite au Museum of Arts and Design (MAD) de New York. Elle s’appuie sur la collection d’Andrew Krivine, un banquier d’affaires new-yorkais qui a été le témoin privilégié de la naissance du mouvement punk. C'est Andrew Blauvelt, directeur du Cranbrook Art Museum, qui a sélectionné 500 pièces pour créer l'exposition. Pour ma part, j'en ai ajouté une série provenant de collectionneurs belges.

Comment peut-on caractériser cette esthétique Punk ?

ADAM-MUSEUM-Vincent-Everarts-004_-_Copy.jpgD.V. : C'est une esthétique qui reflète l’attitude 'anti-système' de la culture Punk. Elle privilégiait une pratique DIY (‘débrouille’) et ‘artisanale’ alors même que le secteur graphique professionnel s’ouvrait aux outils informatiques. Les musiciens créaient leurs propres affiches et pochettes de disques, tandis que les fans confectionnaient flyers et fanzines à l’aide de machines à écrire, mais aussi en découpant des lettres dans les journaux et magazines.

L'esthétique Punk était aussi coutumière d'une une forme de plagiat, d'appropriation ?

D.V. : Oui, il existait une grande liberté d’inspiration. Elle puisait dans toutes les formes d’art ; la culture pop, la BD, les romans populaires, la science-fiction, les films d’horreur... Le collage était la technique de référence.

Comme, par exemple, sur la pochette de « Anarchy in The UK » des Sex Pistols...anarchy.jpg

D.V. : Oui, c'est une pochette réalisée par Jamie Reid, en 1976. L’image empruntée reste parfois telle quelle. C’est le cas du diagramme des ondes sonores d’un pulsar repéré dans un manuel d’astronomie et utilisé par Peter Saville pour l’album « Unknown Pleasures » de Joy Division ou de nombreux portraits de célébrités utilisés sur les pochettes des Smiths.

 

Les artistes Punk reprenaient également des images de la propagande communiste, comme par exemple sur la pochette de l'album « Sandinista ! », de The Clash...ADAM-MUSEUM-Vincent-Everarts-002_-_Copy.jpg

D.V. : Oui, l'objectif était de montrer une image choquante pour susciter une réflexion. Des images de guerre ou de films d'horreur étaient également employées. Pour le mouvement ‘Rock Against Racism’, lancé après les déclarations racistes d'Eric Clapton, en 1976, le groupe s’est servi de l'étoile à 5 pointes, créée à l'origine par un graphiste russe, Lazar Lissitzky, dans les années 30.

Plus tard, ces techniques DIY se sont professionnalisées pour se transformer en un style largement diffusé...

D.V. : Oui, au début des années '80, on l’observe sur les pochettes d'OMD ou de New Order. Ici, l'influence vient surtout du Constructivisme, avec ses formes géométriques radicales.

Abordons la partie belge de l'exposition. Vous avez pu avoir accès à la collection d'Annick Honoré, je crois ?

plan_k_jd.jpgD.V. : Oui, pour ceux qui ne la connaissent pas, Annick était journaliste et elle s'occupait de la programmation des concerts du Plan K, la salle de concert mythique située à Molenbeek. C'est elle qui a permis à Joy Division d’y jouer, en octobre 1979 et en janvier 1980. Elle a aussi co-fondé les Disques du Crépuscule et Factory Benelux. Elle est malheureusement décédée il y a 5 ans. Tout au long de sa carrière, elle a accumulé des archives, auxquelles nous avons eu accès grâce à la précieuse collaboration de sa fille, Sasha Vernaeve. 

Annick était une femme extraordinaire. J'ai eu la chance de la connaître un petit peu. Elle nous a quittés beaucoup trop tôt. Quels sont les autres contributeurs pour la partie belge de l'expo ?

D.V : A côté d'Annick, il y a Arno Arnouts, Lieven De Ridder, qui a livré les pochettes de disques...

C'est Lieven de Ridder, du label Walhalla Records ?

D.V. : Exactement. Il y a aussi Touki, de Belgian Waffles Records, Etienne Vernaeve, le père de Sasha, Ruud Martens, Patrick Lemin, Christophe Malfliet et, enfin, Kloot Per W, qui a fourni les fanzines. A l’époque, il avait participé à l’aventure de Polyphonic Size.

Quelle est la caractéristique du graphisme Punk en Belgique ?ADAM-MUSEUM-Vincent-Everarts-011.jpg

D.V. : Le Punk était une petite scène en Belgique. Le mouvement a véritablement commencé au festival Jazz Bilzen en 1977, quand The Damned et Elvis Costello s’y sont produits. Soit l’année au cours de laquelle est paru le premier album de Hubble Bubble, avec Plastic Bertrand dans le line up. A la même époque, l'Ep de Chainsaw, « See Saw », est également sorti. Et l'année suivante, le premier elpee –éponyme– des Kids. On expose d'ailleurs une photo de leur concert immortalisée au festival Jazz Bilzen, en 1978.

 

A cette époque, la Belgique était, je crois, à la pointe de l'avant-garde grâce, entre autres, à la proximité géographique et culturelle avec l'Angleterre.

D.V. : Oui, le fait d'être un petit pays nous a donné une plus grande capacité d'ouverture. Le Plan K, par exemple, était un lieu culturel unique en Europe. Nous exposons d’ailleurs de nombreux posters du Plan K, mais aussi de l'Ancienne Belgique, du Beursschouwburg, etc. Il y a également des flyers DIY en noir et blanc, parfois écrits à la main. Les posters du Plan K sont, eux, plus professionnels. Ils présentent bien souvent des créations d'artistes renommés, comme celles de Jean-François Octave, qui utilisait, lui aussi, l'esthétique constructiviste.

new.jpgPour clôturer, quel est la pièce que vous préférez dans l'exposition ?

D.V. : C'est un poster de Peter Saville, réalisé pour New Order.

Merci !

L'exposition ‘Punk Graphics’ est ouverte jusqu’au 26 avril 2020, à l'ADAM Museum de Bruxelles (Heysel).

http://adamuseum.be/

Merci à David Vermeiren, ADAM Museum et BE CULTURE.

vendredi, 22 novembre 2019 17:04

Un merveilleux voyage onirique…

Carla dal Forno est chanteuse, compositrice et multi-instrumentiste. De nationalité australienne elle vit pour l’instant à Berlin. Révélée à l’automne 2016 par son album « You Know What It’s Like », sorti sur le label label Blackest Ever Black, elle propose une musique inclassable, un ‘omni’ (objet musical non-identifié) naviguant entre psychedelic folk, new-wave, trip-hop et lo-fi. Ce soir, l'artiste est venue présenter son deuxième elpee, « Look Up Sharp », paru sur son propre label, Kallista. Grâce à son atmosphère intimiste, La Rotonde du Bota constitue l'écrin idéal pour cette musique à la beauté fragile.

Mais avant de découvrir Carla, les programmateurs du Botanique nous réservent, une fois de plus, une belle surprise. En l’occurrence Daisy Darkpark qui ouvre le bal. Comme pour entretenir le mystère, on ne dispose d'aucune information sur le projet. On sait juste qu’il est belge. Sur le podium, seule derrière la table où sont alignées ses machines, une jeune chanteuse et musicienne développe ses ambiances sombres et ses beats hypnotiques. Le style est original : une musique dark-ambient, électronique et expérimentale, sur laquelle l'artiste vient placer des phrases tantôt parlées, tantôt chantées, le tout entrecoupé de petits cris façon Björk. On est emporté au sein d’un univers sonore post-industriel, rappelant ‘Blade Runner’, que célèbre une prêtresse mutante aux cheveux noirs bouclés, lovée dans une tunique deux-pièces blanche et futuriste. Le dernier morceau du set se détache clairement : plus mélodique, il évoque un Dead Can Dance post-apocalyptique. Complètement tripant ! Après le concert, nous avons pu rencontrer l'artiste et glaner quelques informations. Derrière Daisy Darkpark se cache, en fait, une jeune musicienne et artiste louvaniste, Femke. Elle n'a pas encore gravé de disque, se limitant jusqu'à présent à quelques publications sur Soundcloud mais elle prépare un premier album, dont elle a joué une partie des tracks lors du concert. Le dernier titre de sa setlist, « Felsic Vein » est épatant ! Une composition inspirée par un site majestueux qu'elle a visité en Chine et a provoqué chez elle une révélation quasi-chamanique. Il n'en faut pas plus pour attiser notre intérêt. On attend donc impatiemment ce premier release ! En tout cas, on a eu une belle révélation et, de surcroît, vécu une rencontre avec une artiste unique, hyperdouée et terriblement attachante. 

Toujours un peu perchés grâce à Daisy Darkpark, nous sommes dans l'état idéal pour nous plonger dans la musique vaporeuse de Carla Dal Forno. Accompagnée d'un seul musicien, un ‘synth-wizard’, l'artiste australienne pénètre discrètement sur le podium et tout, dans son look et son attitude, respire la simplicité. Habillée d'un pantalon et d'un pull noirs, elle apparaît comme dans ses clips : belle, douce, timide et mystérieuse. Arborant un sourire un peu mélancolique, elle entame son set par « Don't Follow Me » et le très beau « What You Gonna Do Now ? ». Par rapport à ses précédentes prestations en Belgique, l'interprétation en 'live' de ses morceaux est beaucoup plus fidèle aux versions originales. On regrette seulement la présence trop envahissante, par moments, des effets sonores produits par les synthés modulaires, qui flirtent par trop avec Monsieur Larsen. On remarque également quelques problèmes de justesse, surtout lorsque la chanteuse s'accompagne à la basse. Mais hormis ces petits détails, le spectacle est captivant et d’une grande beauté. Les références sont multiples : The Cure, période « Faith », Virginia Astley, Brian Eno, Tropic of Cancer, Dead Can Dance, Anika, Bat For Lashes, Soko ou Angel Olsen. On est fasciné par la beauté de « No Trace » et, surtout, « So Much Better », que la chanteuse ponctue par un ‘Shout out to my ex !’ très explicite... La setlist nous réserve deux reprises, « Blue Morning » de The Kiwi Animal et « Lay Me Down » de Renée. Mais ce sont surtout « Clusters » et « Took A Long Time » qui provoquent le plus de réactions au cœur d’un public resté jusque-là très silencieux. Sur ces compos envoûtantes, Carla se déhanche lentement, en affichant cette sensualité discrète qui la singularise. Un pur moment de bonheur... qui est malheureusement de courte durée car 45 minutes seulement après être montée sur les planches, la belle nous abandonne lâchement. Et l'absence de rappel s'ajoute alors à ce sentiment de trop peu. Mais ne dit-on pas qu'il vaut mieux un concert court et prenant qu'une longue prestation sans couleurs ? Ne boudons pas notre plaisir et remercions Carla Dal Forno pour ce merveilleux voyage onirique.

(Organisation : Botanique)

Photo : Samual Davidson

jeudi, 21 novembre 2019 09:31

TR/ST, c'est loin d’être TRiSTe...

TR/ST, à ne pas confondre avec le groupe français Trust, est un projet créé en 2009 par Robert Hiley (alias Robert Alfons) et Maya Postepski (alors drummeuse au sein d'Austra). Sur son premier album –un éponyme– le duo canadien tissait une electro sombre et sensuelle. Le deuxième opus, « Joyland », coïncide avec le départ de Maya Postepski, désormais orpheline d'Austra et active en solo sous le patronyme de Princess Century. Cette année, Alfons opère son grand retour pour présenter « The Destroyer 1 et 2 », un elpee diptyque résolument sombre et mélancolique. Maya Postepski y fait son come-back, participant à la composition et à la production de plusieurs tracks. Quel plaisir de retrouver la machine à sudation infernale toujours habitée par le même leitmotiv : la danse. Ayant, par le passé, essuyé les planches du DNA, de l'AB Club et du Brass, TR/ST revient ce soir à Bruxelles par la grande porte. Et c'est une salle de l'Orangerie quasi-complète qui est prête à l'accueillir chaleureusement. 

En lever de rideau, la première partie nous réserve d'emblée une très belle découverte : Ela Minus. De son véritable nom Gabriela Jimeno , cette jeune Colombienne établie aux USA, est une véritable magicienne des synthés. Et pour cause, elle les assemble elle-même. Excusez du peu ! Après une longue introduction instrumentale, elle entre dans le vif du sujet. Electro minimaliste, très 'groovy', sa musique évolue quelque part entre celles d'Austra, de Marie Davidson et de The Knife/Fever Ray ; et elle va littéralement fasciner l’auditoire du Bota. Récemment signée par Domino, le label qui héberge Austra, la belle va publier son premier LP l'année prochaine. Retenez son nom !

La température monte immédiatement d'un cran lorsque Robert Alfons apparaît sur les planches. Affichant un look longiligne et félin, adoptant des poses lascives et dévoilant un beau minois, ce musicien est devenu une icône de la communauté LGBT, qui est présente en masse ce soir. Dès les premières notes de « Candy Wall », on comprend que le concert va être très chaud. Musicalement, TR/ST occupe une place à part : c'est de la synthpop très mélodique mais avec une dimension dance, clubbing très prononcée. On pense évidemment à Austra et à Crystal Castles, également issus de Toronto, mais la comparaison peut également inclure les Pet Shop Boys, voire même Coldplay (le morceau « The Destroyer »). « Dressed For Space », extrait du premier long playing, convainc également grâce à sa pulsation disco irrésistible. Pendant « Grouch », le beau Robert tombe sa veste en vinyle et passe à la vitesse supérieure. Visiblement très en forme, il virevolte tel un lapin en rut et sa voix miaule délicieusement. Sur le podium, il est flanqué d'une claviériste, qui semble surtout chargée de vérifier que les séquences préprogrammées soient exécutées correctement par les machines, et d'une batteuse, efficace mais loin d'avoir la finesse technique et l'aura de l'incomparable Maya. Résidente à Bruxelles, cette dernière n'est malheureusement pas présente ce soir, eu égard à ses engagements avec Peaches, à Berlin.

Après la plage titulaire du dernier album, TR/ST entame ensuite une irrésistible montée en puissance, grâce à une version alternative de « Iris » et, surtout, à deux bombes atomiques : « Shoom » et « Bulbform ». La tension est à son comble et Alfons prend congé de la foule, à l'issue d'un « Peer Pressure » émouvant.

Trois titres seront dispensés lors de l’encore : tout d'abord « Unbleached », qui a été déplacé vers le rappel par rapport à la setlist prévue et, pour clore en beauté, « Colossal », une compo qui porte bien son nom ainsi que le petit bijou : « Sulk », qui achève la prestation, et surtout les fans épuisés par 80 minutes de danse non-stop.

Oui, on peut le dire : TR/ST, c'est loin d’être TriSTe… enfin, mention spéciale aux deux ingénieurs du son de la soirée : Elsa Grelot et Guy Tournay.

(Organisation : Botanique)

Photo : @petrafcollins

mercredi, 25 septembre 2019 05:59

Liaane : un nouveau projet très 'accrocheur'

Dès le premier contact, on est enlacés, ligotés, hypnotisés. La 'Liaane' glisse et grimpe, gagne le coeur et ensuite l'esprit. Il n'est pas question ici de la liane sacrée, chère aux chamans d'Amazonie, mais bien d'une chanson du nouveau duo électro 'Liaane'. Basé à Bruxelles, il est composé de Claudia Chiaramonte (ex-Starving) et Grégoire Fray (Thot, The Hills Mover). Les deux musiciens viennent de publier un premier titre, « Alliance », qui est une véritable perle.

S'adressant à sa fille, Claudia Chiaramonte lui chante d'émouvants conseils pour survivre dans la jungle urbaine. « Accroche-toi comme une liane, Oh mon amour éternel ». La voix est pure, déchirante et éminemment touchante. Les arrangements électroniques sont pulsants, lancinants, presque robotiques, comme pour mieux symboliser la jungle moderne. Une progression fait monter l'intensité jusqu'à la cime musicale et soudain, la liane change de branche et on est projeté dans un autre registre harmonique, sur une autre canopée sonore, illuminée par un riff de guitare répétitif évocateur de Nine Inch Nails (NDR : une excellente référence).

En fait, le projet Liaane existe depuis 2016 mais, comme le précise Grégoire Fray, « nous avons pris le temps de nous faire plaisir, sans pression ». Le duo prévoit de sortir un autre titre avec un clip vidéo dans les prochaines semaines en attendant, qui sait, un premier EP/LP ? Pour les spécialistes, notons que Claudia avait déjà posé ses belles cordes vocales sur le morceau Bosphore, de l'album Fleuve de Thot. Et on pouvait aussi (déjà) l'entendre sur 2 titres de l'album Obscured By The Wind.

Un projet à suivre de très près, car la liane a pour habitude de grimper vers le ciel...

Pour écouter « Alliance » :

 Pour suivre Liaane :

Philippe Carly, un des plus grands photographes de l'époque 'new-wave' en Belgique, vient de lancer une campagne de financement participatif pour permettre l'impression de l'addendum de son livre « Au Plan K - Joy Division & Post-Punk à La Raffinerie du Plan K ».

Rappelons-le: le Plan K était un bâtiment mythique situé près de la Porte de Ninove, à Bruxelles, où furent organisées certaines des soirées les plus avant-gardistes et les plus originales de la période new-wave. On se souvient particulièrement des concerts de Joy Division, ce groupe légendaire de Manchester qui a acquis le statut de mythe grâce à une carrière courte mais fulgurante, fauchée par le suicide de son chanteur, Ian Curtis.

Philippe Carly était présent en tant que photographe lors des deux concerts accordés au Plan K par Joy Division en 1979 et 1980 et ses photos ont fait le tour du monde. Il y a 3 ans, le photographe avait partagé ces superbes images dans un luxueux livre qui contenait également moultes témoignages de musiciens, d‘artistes et de témoins qui ont vécu là-bas des moments d’éternité.

Aujourd'hui, on est à la veille de célébrer les 40 ans des deux concerts "mythiques" de Joy Division au Plan K, une belle occasion de publier un addendum au premier livre. On y trouvera des nouvelles photos, des nouvelles affiches, des nouveaux témoignages, des documents inédits et surtout l'interview par Philippe Cornet d'Annik Honoré, la journaliste belge qui fut l'âme-soeur de Ian Curtis.

Cet addendum sera un livre séparé, couverture toilée grise avec sérigraphie blanche, sans jaquette, de même taille (30 cm x 30 cm), de même qualité, de même "look and feel" (mise en page, photos N&B en bichromie) que son illustre prédécesseur. L'addendum sera strictement réservé aux participants à cette campagne de financement. Il ne sera plus disponible après, ni en magasin, ni auprès du photographe.

Une soirée « release » privée, exclusivement sur invitation, sera organisée dans les murs même de la Raffinerie, le 17 janvier 2020, jour du 40e anniversaire du deuxième concert de Joy Division. Ce sera une occasion unique de revenir en ce lieu dans lequel les fans ont vécu tant de moments d'exception. Tout ça en écoutant de la musique 100% "Plan K" avec Phil Blackmarquis aux platines.

Pour participer à ce beau projet : https://fr.ulule.com/auplank40/

Le site de Philippe Carly : ici.

C'est dans le cadre intime de l'AB Club que la direction de l'Ancienne Belgique donnait rendez-vous à la presse le 5 septembre dernier pour présenter le programme du 40e anniversaire de cette salle mythique bruxelloise. On se souvient qu'en 1979, la salle avait été rachetée par la Communauté flamande, tandis que le Botanique tombait dans l'escarcelle de la Communauté française. Bien sûr, l'Ancienne Belgique existe depuis plus de 40 ans et dans son allocution, Dirk de Clippeleir, directeur, a tenu à rendre hommage à Georges Mathonet. C'est en effet ce jeune homme de 22 ans qui, en 1931, racheta l'immeuble, construit à l'origine au 18e siècle par la Guilde des Commerçants, pour y développer un concept de music-hall à ce point novateur qu'il inspira le célèbre Olympia parisien.

Aujourd'hui, l'Ancienne Belgique est à l'apogée de son succès. La saison passée, le cap des 300.000 visiteurs a été franchi et le calendrier des concerts est rempli jusqu'au mois de juin prochain. Dans le programme du 40e anniversaire, un rôle central a été attribué à 2manydjs. La soirée du 21 septembre sera articulée autour des frères Dewaele, qui inviteront la fine fleur de leur label DEEWEE. Détail croustillant : Stephen Dewaele a travaillé derrière le bar de l'AB dans sa jeunesse !

Le directeur artistique de l'AB, Kurt Overbergh, a fait appel à d'autres artistes pour jouer le rôle de curateurs des 40 ans : Mark Lanegan et nos amis de Whispering Sons. On espère que ces derniers permettront, enfin, à la musique 'wave' de résonner au sein de la salle mythique. Rappelons que le combo limbourgeois est le chef de file de ce mouvement ('wave') qui vise à faire revivre la 'new-wave' et le 'post-punk' en leur donnant un son moderne et en les hybridant avec d'autres styles plus récents (techno, electro, ambient,...).

Au programme des 40 ans, il y aura également un concert sur le Boulevard Anspach, le dimanche 22 septembre, encore une première. Mieux encore : l'AB ira à l'église ! S'inspirant des 'Sunday Services' de Kanye West, l'AB organisera des concerts dans l'église du Béguinage et dans la cathédrale Saints Michel et Gudule. La chapelle des Brigittines accueillera un concert du collectif de jazz londonien Church of Sound.

L'histoire de l'AB 'new style' depuis 1979 regorge évidemment d'anecdotes et de moments mémorables. Dirk De Clippeleir aime rappeler que la salle a vu éclore des artistes de renommée mondiale, de Kraftwerk à Muse, d’Oasis à Etienne Daho, et de Radiohead à Adèle. Il évoque par ailleurs ce concert complètement fou de Suicide en première partie d'Elvis Costello, au cours duquel des punks avaient mis le feu au balcon.

Dans un entretien exclusif qu'il nous a accordé après la conférence de presse, le directeur de l'AB se souvient aussi que son premier grand flash, à 18 ans, c'était à l'AB, lors du concert de Prince Il avait été littéralement subjugué par Wendy et Lisa. Autres souvenirs marquants : Kraftwerk en 1994 et le concert de The Scene en 2014, où le chanteur, se sachant malade et condamné, avait chanté avec tout le public « En ik hef het glas op jouw gezondheid, want jij staat niet alleen » (« Et je lève mon verre à ta santé, car tu n'es pas seul »).

Quant à Kurt Overbergh, il nous confie, en privé, que son grand rève de programmateur aurait été de 'booker' Tom Waits. « J'y suis presque arrivé en 2004, mais au dernier moment, l'Américain a préféré le théâtre Elckerlyc, une vieille salle anversoise qui correspondait mieux à l'ambiance qu'il souhaitait créer. » Quant à ses projets pour les prochains mois, Kurt souhaite que l'AB produise davantage de créations uniques, des spectacles créés en 'one shot' à l'AB et prolongés par un disque et/ou une vidéo. Il nous offre même ce que l'on peut considérer comme un scoop : il va organiser un concert articulé autour du sextuple album « Anthology of American Folk Music » de Harry Smith (1952). Des artistes contemporains comme, par exemple, le groupe Wilco, interpréteront en 'live' les classiques de l'anthologie et tout cela sortira, au final, sur un disque ! On suivra ça de très près !

Pour consulter le programme des 40 ans de l'AB 

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