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mardi, 12 février 2008 20:14

Hand Built by robots

A 23 ans, Newton Faulkner a de quoi se faire remarquer: des dreadlocks abondantes, une voix et un jeu de guitare particulier. A l'écoute de « Hand built by robots », il est difficile d’imaginer que son premier groupe reprenait exclusivement le répertoire de Green Day. Aujourd’hui, l’ancien élève d’Eric Roche cite Pearl Jam et Joni Mitchell parmi ses influences et on le croit volontiers. Si on fait abstraction des singles tels que « Dream catch me », « All I got » ou « I need something » qui rappellent étrangement la pop de Lifehouse, on ne peut nier à Faulkner un véritable talent de songwriter dans ses chansons les plus folk. S’accompagnant efficacement d’une guitare subtile (picking) et dynamique (l’utilisant comme percussion également), le chanteur est capable de titres plus proches de Ben Harper ou Jack Johnson (« Gone in the morning », « UFO ») voire des Beatles, comme sur le très court « She’s got time », véritable bouffée d’air dont la comparaison à « I feel fine » semble incontournable. La reprise de « Teardrop » (Massive Attack), acoustique à la manière de celle de José Gonzales, mérite aussi qu’on s’y attarde. Généreux (17 titres, dont trois interludes instrumentaux) et, quoi qu’en dise le titre, profondément humain, “Hand built by robots” est un disque empreint d’enfance (voir la pochette) mais nullement naïf : ‘I can’t change the world, cause trying to make a difference makes it worse. It’s just an observation I can’t ignore but people should smile more.’

I-tunes: http://phobos.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?id=264782547&s=143446

MSN: http://sib1.od2.com/common/product/Product.aspx?shop=40&associd=4&catno=OD2DI6185744

 

mardi, 06 novembre 2007 22:46

Drastic fantastic

Il existe deux façons d'aborder le nouvel album de KT Tunstall. Ceux qui l'avaient découverte lors de la sortie de "Black Horse and the Cherry Tree" et l'avaient trouvée pétillante tout au long de cet alliage de fraîcheur folk et d’énergie rock seront déçus. Finis jean's/t-shirt, finies chansons sans prétention mais terriblement efficaces. Ceux, par contre, qui voyaient en elle une chanteuse charmante mais quelque peu ‘gentille’ se réjouiront de sa métamorphose. Elle est devenue star, le coton devient cuir, le folk rock devient pop, le concert devient show et ce nouvel opus semble bien prévu pour ça. 

Produit par Steve Osborne (U2, Happy Mondays), “Drastic fantastic” fournit sa kyrielle de chansons bien foutues à l'instar du morceau d’ouverture, « Little Favours » ou du premier single "Hold on". Mais si les chansons ont gagné en force, l’ensemble perd en émotion et précipite l’album dans le gouffre du facile, du formaté. Une constante malgré tout : les bottes, et des morceaux qui ne les oublient pas, tel que « Beauty of uncertainty » où la chanteuse écossaise joue de sa voix rauque sur des accents country. La voix est là, le talent aussi, même le succès. Mais le succès…

lundi, 15 octobre 2007 21:35

Live power trio

‘Bonsoir ! On va peut-être vous faire un peu de rock’n’roll, non ?’ Pas le temps de répondre que les premiers riffs nous claquent à la gueule. De tout son être, Bertignac transpire le rock. Il faut dire que la formule ‘power trio’ fonctionne plutôt bien. Ce double live, comme un ami qui vous veut du bien, se divise en deux volets. « Rêves » ouvre le premier, suivi de « 2000 nuits », « Je joue » et « Audimat ». Vient alors « Cendrillon 2006 » : en plus de neuf minutes, Bertignac déchaîne la foule qui chante en chœur, plonge littéralement dans un solo incendiaire et digresse sur « So lonely » de Police. Rock’n’roll toujours, « Blue Suede shoes » de Perkins. Bertignac est généreux, très généreux et livre son art sur "Vas-y Guitare" ou comment le solo fait la chanson. Loup et agneau tour à tour, Bertignac passe sans complexe du rock dur à la douceur des mots de Carla Bruni sur « Les frôleuses ». Peu de répit car la fièvre revient de plus belle lorsque « Help » relance les festivités. Le trio s’amuse, le public en profite et suit avant de retomber dans les souvenirs nostalgiques de « Ces idées-là ». Si la chanson avait atteint les sommets des charts dans les années 80, elle franchit désormais un pic d’émotions sans précédent : rarement une telle communion s’installe entre l’artiste et son public. Fin du premier disque, Bertignac rend un hommage convaincant à Led Zep, pour un « Rock’n’Roll » bien nommé. Si ce premier volet souffrait néanmoins de quelques longueurs, le second n’est que fête.

Au programme de la seconde partie, on retrouvera Hendrix, les Beatles, les Rolling Stones, The Who et Téléphone. Voilà qui promet. « Hey Joe » du maître rappelle que Bertignac est lui aussi un guitar hero. « I’m down » et « Helter Skelter » de Lennon/Mac Cartney versus « Dead flowers », « Jumpin’ Jack Flash » et « Midnight Rambler » de Jagger/Richards: Bertignac ne choisit pas son camp et met tout le monde d’accord. Double final en beauté : « Ca, c’est vraiment toi » qui défoule la foule toujours debout et « Un autre monde » que le public fidèle chante intégralement. Le morceau clôt définitivement la performance, le rendez-vous a eu lieu. Promesses tenues : Bertignac traverse les époques et impose un constat : tant qu’il y aura du rock’n’roll, il y aura Bertignac. A moins que ce ne soit l’inverse…

mardi, 04 septembre 2007 20:45

The scenery of farewell

Après le succès de l’album « What The toll tells » et une tournée de près de 200 dates en 2006, Adam Fontaine et Hyde Edneud gravent sur « The scenery of farewell » une petite, mais convaincante, collection de chansons acoustiques. Sur scène, les Californiens sont accompagnés d’Anton Patzner (violon), Jackie Perez Gratz (violoncelle) et Chico Tunney (contrebasse). La rage électrique, survoltée, est ici mise de côté au profit d’un dépouillement fascinant. D’emblée, « Seems like home to me » donne le ton : sombre. Le chant est déchiré, les chœurs brisés, la batterie discrète soutient un violon en deuil. S’ensuit « Lady », morne plainte, amère et mélancolique, douloureusement sublime. Si « Up the country » puise son héritage chez Springsteen époque « Nebraska », les Two Gallants se livrent à de beaux échanges vocaux sur « All your faithless loyalties ». Enfin, introduit par un harmonica accablant, « Linger on » est une perle d’émotions, simple et captivante au long de ses huit minutes. Signé sur le label Saddle Creek (Conor Oberst, alias Bright Eyes), le duo révèle en cinq titres la splendeur d’un renouveau folk : introspectif et mélancolique, obscur et magnifique. Et s’ils croisaient le diable, ils lui donneraient cet EP en échange de leur âme. Jolie offrande pour patienter jusqu’à la sortie du troisième opus, prévu pour septembre.

 

lundi, 04 juin 2007 19:31

Red Thread

Pourquoi Keith ? ‘Pourquoi pas Keith ?’, vous répondront Oli Bayston (chant), Mark Nicholls (guitare), John Waddington (basse) et Johnny Winbolt-Lewis (batterie). Pur produit de Manchester, le groupe en connaît ses légendes : The Smiths, Stone Roses mais aussi New Order et Happy Mondays. D’emblée, le single « Back there » prouve que le groupe a bien digéré ses influences et annonce les atouts de Keith : une section rythmique qui surfe sur la vague Madchester et la voix d’Oli Bayston qui, non sans rappeler celle de Morrissey, s’impose amplement, soutenue de temps à autre par des chœurs impeccables. Catchy, bien ficelé (ces gars-là sont des bosseurs), « Red thread » serait, selon les Mancuniens eux-mêmes, un « best of » réunissant les titres du premier EP (où figurait déjà l’imparable « Hold that gun ») et de nouvelles compositions. Le tout est cohérent, étonnamment cohérent même au vu de l’éclectisme qui s’en dégage. Car « Red Thread » puise, entre autres, parmi brit pop (mais sonne années quatre-vingt), Northern soul (la ballade « Gunshot revelry » aurait pu être signée par Badly Drawn Boy), indie (« Down below ») et psychedelia (l’obsessionnel « You »). Et au milieu coule « The Miller », ce morceau étrange qui débute sur des percussions aztèques avant de flirter avec l’avant-garde de Brian Eno. Au final, il ne s’agit pas d’un chef-d’œuvre mais simplement d’une collection de bonnes chansons qui, comme « Mona Lisa’s child », feront bouger le cul des nostalgiques de l’Hacienda. Frénétisme oblige…

dimanche, 11 novembre 2018 16:34

Microclimat à la Rotonde

Mercredi 31 janvier 2007. 20 heures. La Rotonde accueille Cloé du Trèfle, invitée à présenter son nouvel album, « Microclimat ». Sitting dans la salle et attente paisible. Bientôt, elle sera là. Bientôt…

Confiant, convaincu d'avoir  choisi le bon rendez-vous, le public sourit déjà. Drôle d'ambiance, si calme et si désirante. Accompagnée de Joël Grignard (contrebasse, basse et guitare) et de Fabrice Dumont (violon), Cloé s'empare de la scène. « Le doute » dissipe, s'il y en avait, ceux des retrouvailles. « Laure » emballe et, premier retour dans le passé, elle nous offre son « Petit présent », toujours présent, à notre esprit, à ce moment. Pas théâtrale mais un brin comédienne, elle expose joyeusement sa perception de la vie (« La vie est un cirque »).

Contente d'être là, elle communique sa joie au long de discussions auxquelles le public réplique en riant. Elle enchaîne en clouant le bec à ces gens qui nous agacent (« Assez causé ») avant de dénoncer l'envahissement des « Insectes modernes ». Mais la multi-instrumentiste, troquant volontiers les claviers pour une guitare ou une basse, peut se montrer d'une timidité émouvante lorsque « L'heure arrive ». 

Maladroite quand elle présente « L'amour et la folie », dont l'auteur est inconnu, mais sympathique en diable, elle n'hésite pas à discourir sur la SABAM. De la douceur à une certaine brutalité, il n'y a qu'un pas que Cloé franchit grâce à la confusion maîtrisée d'une « Emotion diffuse » qui prend toute sa puissance sur scène. Après un souvenir de Clover's Cloé (l'intime « Plus qu'une aurore »), la chanteuse dévoile trois nouveaux titres, ludiques : le single « Si j'étais voleuse », « Europe » ('Cette femme qui n'en est pas une mais qui aurait pu l'être', commente-t-elle) et « Recyclage ».

L' « Instant flou » de « Sapristi » cède la place aux questionnements de « Toujours » qui, déjà, annonce la fin. Mais le parterre de fidèles et curieux ne peut s'y résoudre et réclame les prolongations. « C'est important » pousse sa voix aux sommets tandis que « Drôle de scénario » émeut, encore. Rappelée une nouvelle fois, elle reprend dans une autre version « Le doute »… et la boucle est bouclée.

Timide et spontanée, espiègle aussi, Cloé du Trèfle a naturellement charmé.

vendredi, 09 novembre 2018 17:24

Petit concert entre amis...

Après la première partie assurée par Asyl venu défendre ses « petits cauchemars entre amis », Yel pourrait intituler son show 'petit concert entre amis'. En effet, ce n'est pas à l'Orangerie mais à la Rotonde qu'ont eu lieu les retrouvailles entre le groupe et son public. A 21 heures, une musique de fond pesante surgit de nulle part et les lumières virent au bleu. Les fans sont prêts : ils attendent ce moment depuis plus d'un an. Jean-Christophe et sa bande montent sur scène, le premier rang ne tient plus en place. 'Comment faire pour lui dire j'ai envie de te sentir', c'est parti pour une soirée aux allures de réunion de famille (les enfants s'agitent dans tous les sens pendant que les ados chantent et les adultes applaudissent). Yel enchaîne par « Nos raisons de passage » et son duo de basses avant de faire un petit retour dans le passé : « Et pourtant » (on s'aime encore, gueule le public) et leur fameuse « Nouvelle vague ». On revient en 2006 pour « Tous les garçons (ne pleurent pas) » que le public connaît déjà par cœur. Calme après la tempête, Jean-X s'avance sur la scène pour offrir une version dépouillée (seul Watch l'accompagne au piano) de « Faut-il » : le public retient son souffle. « Au prix de contre-jours » vient prolonger ce moment d'émotion avant de repartir dans des rythmes plus agités (« Je suis in », « Mon âme »). Les morceaux s'enchaînent en toute logique et le groupe franchit la ligne d'arrivée en interprétant « Sans idéaux ». Mais le public ne compte pas en rester là et le manifeste clairement. Le groupe revient alors pour un « J'oublie » au cours duquel Jean-X n'oublie pas de rappeler la difficulté d'exister en tant que groupe et que, pour vivre pour et par la scène, il faut en parler de bouche à oreille, de bouche… à oreille. Fin de promo et dernier rappel : Yel reprend « Tous les garçons » puis s'éclipse. Reste alors des fidèles ravis qui ne manqueront certainement pas de dire aux absents qu'ils ont raté quelque chose...

De Tom McRae, on connaissait la voix, l’écriture intelligente et les mélodies poignantes. Désormais, il faut compter aussi sur ses envies pop, sans toutefois délaisser la mélancolie. ‘King of cards’, quatrième album déjà, prouve que le chanteur poursuit sa route empreinte de doutes, de colère mais également balisées de notes plus optimistes. Si « Tom McRae » (2001) se révélait en noir et blanc et « Just like blood » (2003) sonnait plus rouge, le nouvel opus du songwriter surprend par sa palette de couleurs.

Je pense que « King of cards » est multicolore. Comme un paquet de bonbons, une boîte de chocolats, c’est très éclectique. Je voulais que chaque chanson soit différente, ait une ambiance particulière. Les autres albums s’inscrivaient dans un certain ton, je ne voulais pas faire quelque chose de similaire. Celui-ci est plus lumineux. Autrefois, on n’écoutait pas un disque de Tom McRae avant de sortir le vendredi soir ou quand on se sentait heureux, par exemple. Je voulais le réaliser, parce que je ne l’avais jamais effectué. Mais ça ne veut pas dire que le prochain ne sera pas sombre et déprimant.

Le titre de l’album provient de la chanson « Sound of the city », pourquoi l’avoir choisi?

Le livre que je lisais en écrivant les chansons parlaient d’Houdini, connu aussi pour être le ‘roi des cartes’, car il a commencé sa carrière en accomplissant des tours de cartes. Beaucoup de chansons parlent de magie, qu’elle soit liée à la religion, à la politique, à l’amour… C’est l’idée de l’album. Et puis, « King of cards » est un titre qui sonne bien…

Vous abordez des thèmes tels que la fuite, l’identité, la disparition… Est-ce la trame du disque?

C’est la trame de ma vie ! Je ne sais pas exactement ce que je fais, ni ce que j’essaie d’être ni où je vais. Je ne suis même pas sûr d’opérer les bons choix ; peut-être devrais-je juste disparaître… Ce sont des questions que je continue à me poser tous les jours. Je n’avais pas envisagé de les traduire sur un disque, mais elles transparaissent dans la musique.

Ce disque est plus éclectique, craignez-vous de vous répéter au fil des albums ?

Je n’ai pas peur, je ne le veux pas. Il ne m’intéresse pas de reproduire ce que j’ai déjà accompli auparavant. Le premier disque était sombre. Je voulais, en réaction au précédent, que le deuxième soit différent. Mais je ne crains pas de me répéter.

Le premier opus a été reconnu comme coup de maître, n’est-ce pas la manière la plus difficile de commencer une carrière ?

Je ne sais pas. J’ai toujours envie de me dire que l’album en cours sera le meilleur. Quand je réécoute le premier album, je me dis que telle ou telle partie était bonne, pareil pour le deuxième etc. Mon meilleur album est probablement un peu de tous. Je ne pense pas avoir déjà exécuté un chef d’œuvre. J’espère toujours y parvenir lors du prochain…

Y a-t-il, pour ce disque, une volonté d’être plus accessible ?

Oui.

Cela signifie-t-il qu’il faut renoncer au dépouillement?

(Il rit jaune) J’aime l’idée que la musique pop soit populaire. J’aime les chansons pop: parfois c’est simple et triste, mais ce sont toujours des chansons pop. Il me plait de penser que sur cet album je pourrais toucher des gens qui ne seraient peut-être pas attirés à la base par ma musique. J’essaie de mettre plus de sucre dans les ingrédients pour voir si cette recette attirera d’autres personnes. Je ne l’avais jamais tenté avant. De nouveau, c’est quelque chose de neuf. Je ne renonce à rien, pas au côté obscur, ni à la mélancolie qui est toujours présente. Je travaille déjà pour le prochain album. Il sera encore plus mélancolique que tout ce que j’ai pu réaliser à ce jour.

La chanson "Keep your picture clear" diffère de ce que ce vous composez habituellement. Quelle était l’idée ?

J’aime les surprises, en musique. J’aime réécouter plus tard ce que j’ai concocté et me dire ‘ça ne sonne pas comme moi, c’est brillant !’, parce que j’en ai marre de ma voix, de ma façon de penser. C’est une de mes chansons préférées, elle commence jazzy, pas vraiment comme Tom Waits mais il y a cette sorte d’esthétique, avec ces claquements de doigts. Et s’achève par quelque chose de très fort, de très rock.

J’ai lu que vous aimiez AC/DC ?

(Rires) Quand j’étais enfant, les premiers groupes qui me plaisaient relevaient du heavy metal : AC/DC, Iron Maiden…

C’est très différent de ce que vous pratiquez aujourd’hui…

Je pense que toutes les musiques sont les mêmes. Je ne pense jouer de la musique folk, mais les compos de heavy metal peuvent être interprétées en folk ; tout dépend seulement de la manière de les jouer.

‘Houdini and the girl’ se réfère au fameux magicien. Vous comparez-vous à lui d’une manière ou d’une autre?

Oui. Quand vous regardez un magicien, surtout ses tours de cartes, vous savez ce qu’il fait, vous connaissez le truc, mais vous voulez croire que c’est magique. La musique est ainsi : ce n’est que de la musique, mais elle offre quelque chose de plus fort, de plus grand. Etre un musicien, c’est être un magicien.

Votre chanson « The ballad of Amelia Earhart » parle de cette aviatrice qui eut une vie incroyable et une mort tragique. Est-ce une héroïne pour vous ?  

Je ne sais pas si c’est une héroïne mais je suis fasciné par les gens qui sont des pionniers. Ce n’est pas seulement le fait qu’elle était pilote, elle a traversé l’Atlantique et parcouru le monde mais surtout qu’à cette époque cette expérience a dû être très dure pour cette femme. Elle devait être incroyablement courageuse. Houdini fut la première superstar mondiale, connu dans le monde entier par ses tours épatants. Ce n’est pas seulement le mystère ou son art à disparaître qui me passionne ; mais surtout le fait d’avoir été le premier à le réussir. J’aime les pionniers.

Pensez-vous être un pionnier ?

Absolument pas, en aucune façon. Je n’ai rien créé de différent, je pratique de la musique pop.

Dans « Lord How Long », évoquez-vous la guerre en Iraq ou en Afghanistan?

Oui, j’ai toujours écrit au sujet de la politique. Il y a au moins une chanson qui en parle sur chaque album. Je vis dans un monde réel, donc je suis fâché par certains événements alors que d’autres m’attristent. Ces réactions se ressentent dans les chansons. Il est très difficile d’écrire au sujet de la politique car tout le monde s’y est déjà frotté. Bob Dylan en particulier. Mais rien n’a changé. Pareil pour le Live8. Les gens en ont marre de la musique et la politique. Mais je pense qu’il est très important de se mouiller, d’exprimer ses sentiments ; même si ça ne change rien. Je le manifeste d’une façon très personnelle sur « Lord How Long », mais aussi sur « Keep your picture clear ». Il ne s’agit pas de parler de ‘comment sauver le monde, comment le nourrir…’ mais juste de dire comment je me sens.

C’est par la musique que vous affirmez votre position quant aux conflits ?

Pas seulement. J’ai participé à nombreuses manifestations pour émettre des protestations. J’ai écrit des lettres. Je suis honteux et gêné.

« On & on » est une chanson assez forte, vous attaquez Dieu ?

Absolument, très explicitement. Je ne crois pas en Dieu.

Votre père était pasteur…

Oui, il l’était.

Vous éprouvez quand même de la colère face à Dieu ?

On ne peut pas être fâché sur ce qui n’existe pas, donc je ne suis pas fâché sur Dieu. Ce qui m’importe, c’est que les guerres sont menées par des gens clamant leur religion comme une cause. Peu m’importe que l’Eglise catholique veuille interdire l’utilisation du préservatif en Afrique et qu’en conséquent le SIDA se répande. Peu m’importe que les fondamentalistes islamiques causent la perte du destin des musulmans qui sont considérés comme radicaux. Il y a beaucoup de fous dans le christianisme comme dans l’islam. La religion est une arme très dangereuse. Sous toute autre forme, une arme serait interdite. On interdit le revolver, la religion, c’est la même chose.

Peut-on tout dire en musique ?

Je pense que la musique jouit d’une liberté totale. On peut parler de mort, d’amour, de sexe, de religion… Il n’y a pas de règles. Ca ne fait pas de différence, c’est juste de la musique.

Les médias vous décrivent souvent comme un songwriter sombre. Partagez-vous leur point de vue ? 

Je pense que c’est vrai, mais j’aime la mélancolie. Mes livres, films et groupes préférés, sont tous mélancoliques. C’est une émotion que j’aime. On n’est pas heureux tous les jours, il y a des hauts et des bas. La mélancolie résume ces états d’âme.

Comment imaginez-vous les auditeurs qui écoutent votre musique?

Je n’y pense pas, d’aucune façon. Cette idée ne me traverse même l’esprit. Je pense que je ne suis pas unique : si j’écris des chansons que j’aime, qui m’émeuvent, je pense que des gens les aimeront aussi.

Que ressentez-vous lorsque vous jouez vos chansons intimes devant un large public ?

Ce n’est pas différent pour moi, ce sont juste des chansons. Je ne monte pas sur scène en cherchant à ressembler à quelqu’un d’autre. J’aime l’idée que sur scène je ne doive pas porter de masque, je peux juste me révéler comme je suis. Ca ne me parait pas bizarre de faire ça, c’est naturel.

Si vous écriviez pour d’autres artistes, lesquels choisiriez-vous?

J’aime vraiment écrire des chansons pour des songwriters country. Surtout les femmes. Patty Griffin… Elle a une voix exceptionnelle et c’est une songwriter de génie. Sinon, Emilie Harris… J’aime les chanteuses country.

Quelle est, selon vous, la meilleure chanson jamais écrite ? Et le disque le plus accompli ?

C’est une question très difficile pour les musiciens parce qu’il y en a tant. Je deviens de plus en plus obsédé par l’écriture des chansons. « Wichita lineman » de Jimmy Webb, interprétée par Glen Campbell, dans les années septante et plus récemment reprise pas Johnny Cash. C’est probablement ma chanson préférée de tous les temps. Meilleur album? « Abbey Road ». Il y a tout sur cet album : des chansons que j’aime, d’autres que je n’aime pas. Un bon album devrait comporter des chansons qu’on n’aime pas. Des paroles brillantes. Les Beatles ont tout fait et sur cet album ils l’ont fait.

Pensez-vous consacrer toute votre vie à la musique ? Dans la négative, que comptez vous entreprendre ?

C’est intéressant… Je ferai de la musique tant que j’aimerai ça. Je ne fais que commencer et je ne veux pas arrêter ici. Si je devais faire autre chose ? Quelque chose de physique, où j’ai les mains sales et je transpire. Abattre des arbres… Non ! Pas abattre! Planter des arbres. Quelque chose comme ça…

 

mercredi, 04 avril 2007 05:00

Définitivement socialement engagés !

Dès 2005, les membres de Oi Va Voi se lancent dans l'écriture du successeur de « Laughter through tears », premier essai remarqué à juste titre, en 2003. Parfait exemple de la difficulté du deuxième album, les ennuis s'amoncèlent pour le combo londonien : leur vocaliste KT Tunstall décide de se lancer en solo, ils se séparent de leur maison de disques et de la violoniste Sophie Solomon. Les premières sessions d'enregistrement ne marchent pas et un des membres du groupe tombe gravement malade… Deux ans plus tard, un opus éponyme tombe dans les bacs. Obstacles, mais aussi soif de rencontres culturelles et de conscientisation sociale, le batteur et percussionniste de la formation, Josh, fait le point.

Josh : Ce qui est particulier dans ce qu'on réalise est le fait de ne pas disposer de chanteur attitré pour donner le ton à l'album. En ce sens, on se rapproche sans doute de l'univers de Massive Attack. Les chanteurs sont des invités. KT (Tunstall) était la vocaliste au départ. Elle a toujours envisagé une carrière personnelle ; donc on savait depuis toujours qu'il faudrait la remplacer, même après avoir enregistré « Laughter through tears ». KT a décidé de faire son parcours exceptionnel et aujourd'hui elle vend des millions de disques. Nous avons éprouvé des difficultés lorsqu'on a commencé à enregistrer car on ne trouvait pas de chanteuse qui soit assez bonne, en comparaison à KT. Elle faisait un boulot tellement épatant sur le premier cd…

Vous avez fini par trouver…

J. : On a auditionné des centaines de filles ; certaines avaient de belles voix, mais aucune ne recelait cette qualité d'anglitude'. Elles étaient davantage destinées au r'n'b américain. Finalement, on a rencontré Alice qui possède cette caractéristique. Même si elle ne se réserve que trois titres, il est très important de disposer de cette véritable voix anglaise sur l'album.

Autre changement, Sophie Solomon a quitté le line up. C'est la violoniste australienne Haylie Ecker (NDR : ex-membre du girls band classique Bond) qui vous a rejoint. Comment avez-vous vécu ce changement ?

J. : Nous avons commencé à penser au nouvel album en 2005. Sophie a annoncé qu'elle voulait se lancer dans une carrière solo tout en continuant à jouer chez Oi Va Voi. Ca ne marchait pas vraiment, donc elle est partie. Difficile de se séparer de quelqu'un quand on partage un même projet pendant près de cinq ans. On a commencé le groupe ensemble, en épousant des objectifs semblables. Mais on devait se montrer capables de dénicher une remplaçante. On avait déjà joué en compagnie d'autres violonistes, dont Haylie…

Mike Spencer est votre nouveau producteur. Comment s'est déroulée cette collaboration ?

J. : On a rencontré Mike Spencer après la première année qui nous a valu tant de déboires. C'est un producteur exceptionnel. Il collabore auprès de personnages très connus tels que Jamiroquai ou Kylie Minogue ; mais il exerce également des activités très intéressantes ; il coopère notamment au Programme Alimentaire Mondial… Il s'est concentré sur notre groupe, a compris la situation dans laquelle nous vivions. Il nous a indiqué que les premiers enregistrements étaient de bonne facture, mais recelaient des manques. Il est la personne qu'on cherchait, il nous testait en nous posant des questions pertinentes afin de nous pousser vers les meilleures directions.  

Vous avez enregistré en Israël et à Londres, quelle était votre approche?

J. : Lorsqu'on a commencé le processus, il n'était pas vraiment nécessaire de se rendre en Israël. Mais les évènements survenus en 2005 dans le groupe ont rendu les choses tellement difficiles qu'on a ressenti la nécessité de changer d'air. Nous connaissons de bons amis là-bas et on aussi de très bons musiciens. On sentait qu'il serait passionnant de se plonger dans un nouvel environnement, de s'en inspirer. On a donc suggéré l'idée à Mike qui nous a dit non, parce que c'était trop cher. On a insisté en arguant qu'on avait vraiment besoin de changer de décor mais il refusait toujours. On ne lui a plus lâché les baskets. A tel point qu'il en a eu marre et a fini par accepter (rires). On y a enregistré les trois premiers morceaux. Avec le recul, ce caprice peut paraître stupide, mais il fallait vraiment qu'on y aille pour prouver ce dont on était capables.

Votre premier album a été réellement acclamé par la presse, comment expliquez-vous ce succès critique?

J. : C'était vraiment fou de récoler autant de succès critique pour le premier cd, car on n'attendait rien de ce disque. Eventuellement, quelqu'un vous dit qu'il a aimé. Mais soudain, tu lis que c'est vraiment bien. Un gars du Pérou nous a avoué que notre musique l'a touché plus que toute autre chose. On réalise alors ce qui se passe. C'est très excitant. Des profs nous ont écrit pour nous dire qu'ils avaient utilisé la chanson « Refugee » en classe, pour parler de l'immigration aux enfants. C'est aussi une chanson d'amour ; on peut la comprendre de deux façons. Le fait de savoir que notre musique touche des gens est sans doute la raison pour laquelle on a pu surmonter l'année 2005. Et nous a donné l'envie de recommencer…

Justement, votre musique embrasse une large panoplie de sentiments. Quel est le meilleur endroit pour écouter votre disque ?

J. : … Heu ? … Bonne question…  Où pensez-vous que ce soit ? (Rires)

Je vous le demande ?

J. : Je pense qu'une chanson comme « Dissident » est à apprécier en solitaire, les écouteurs dans les oreilles, quand il y a trop de gens autour et que vous voulez disparaître. « Black sheep » me semble plutôt correspondre au matin. A écouter au réveil. « Worry line » est davantage une chanson pour la route. Il est vrai qu'on couvre une palette d'émotions ; donc les chansons ne peuvent s'écouter au même endroit. Il y a une place pour chaque chanson. J'y réfléchirai… (Rires)

Peut-on parler d'une famille 'Oi va voi'? Quel est votre sang commun ?

J. : Oi Va Voi s'est formé fin 1999, alors qu'on venait tous de groupes différents : funk, rock, hip hop, jazz... Lorsqu'on a décidé d'entamer l'aventure, quelques-uns étaient déjà allés en Russie et avaient découvert cette musique fantastique. D'autres s'étaient rendu en Europe de l'Est et y ont connu la musique des Balkans, qui n'était pas encore à la mode. Très vite, c'est ce qui nous a passionné et lié. Nous étions tous curieux de cette musique et de ce qu'elle signifiait pour chacun d'entre nous, car chaque membre du groupe possède de la famille en Europe de l'Est ou au Moyen-Orient. On se demandait ce que signifie être en partie juif, non pas au sens religieux mais au niveau culturel. On voulait donner une identité yiddish à Londres. C'est vite devenu notre sang commun et la raison d'exister de notre groupe. Tous les groupes revendiquent cette raison d'être : jouer du blues, de la musique américaine, etc. La nôtre était de jouer ce son étonnant issu d'Europe de l'Est.

Vous considérez-vous comme un groupe socialement ou politiquement engagé ?

J. : Définitivement socialement. Politiquement ? Le groupe n'a pas de ligne politique, nous sommes cinq et on ne partage pas toujours exactement les mêmes idées. Il n'y a pas de porte-parole non plus. Socialement, nous sommes très éveillés. La problématique des émigrés ou des réfugiés est importante pour nous. Leur situation est déformée en Grande-Bretagne par les médias qui se contentent de mettre en avant des faits pour montrer comment les événements se passent. Mais il y a plusieurs façons d'en parler. Notre musique et nos textes, c'est notre façon de nous impliquer là-dedans.

Cet album a été particulièrement difficile à réaliser. Pensez-vous déjà au suivant ? Des envies ?

J. : Cet album a vraiment été très difficile à réaliser. Il nous faudra un long break pour penser au suivant. Je suis un peu fou ; donc j'ai commencé à y penser il y a quelques jours, mais c'est dur à dire. Heureusement, on a l'opportunité de se rendre dans de nouveaux coins pour le prochain. Aussi captivants. Mais où ? Je l'ignore encore. On aime beaucoup l'idée de collaborer en compagnie de différents musiciens. Travaillera-t-on avec un musicien flamand épatant, dans le futur ? (rires) Nous apprécions tout particulièrement incorporer à la musique anglaise des nouveaux sons issus de différents pays. C'est ce qui fait notre particularité et on a la chance de pouvoir le concrétiser. On ne veut pas devenir un de ces groupes qui, par vanité, vont là où ils le veulent ; il faut qu'il y ait une raison. On doit encore trouver de bonnes raisons pour visiter d'autres lieux (rires)…

Electro dance, world music, trip hop… dans quel rayon espérez-vous trouver votre album chez un disquaire?

J. : Certainement pas en world music, on n'a jamais voulu adhérer à ce courant. Qu'est-ce que la musique du monde ? Tout ce qui vient d'ailleurs ? Ca ne veut rien dire, c'est beaucoup trop large. On n'appartient pas à l'électro, ni au trip hop. Je dirais qu'on est rock, pop. Même si personne ne partage mon avis… (rires) 

samedi, 06 janvier 2007 04:00

Drôle d'univers

Après l'intimisme de « Sapristi », Cloé du Trèfle explore le monde moderne, interroge le quotidien. Elle chante l'amour mais n'en parle pas. Sur le fil du doute, Cloé dévoile un univers oscillant entre minimalisme émouvant et expériences sonores intrigantes. « Microclimat », c'est l'idée d'un univers un peu à part qui a un côté chaleureux, où il fait bon vivre. 'J'imagine un tumulte autour et cet univers où l'on est un peu curieux de voir ce qu'il se passe, et il se passe autre chose?'

Le fait d'avoir travaillé en grande partie chez toi, était-ce une volonté de créer une ambiance particulière ?

J'ai tout composé seule. C'est un peu mon petit laboratoire. J'ai beaucoup travaillé les idées musicales, les textes. C'est donc un peu mon monde dans mon appart', où j'ai mes instruments, mon ordinateur. Puis je vais en studio et Rudy (NDR : Rudy Coclet, son producteur artistique) prend les pistes séparées et m'incite à réenregistrer des prises studio en disant : 'ce serait pas mal d'avoir un petit son de vieil orgue ou de chercher des sons samplés à gauche et droite'. C'est un peu en ping-pong et ça me permet de bosser à l'aise, de prendre le temps, d'écouter des tonnes de choses, notamment des vieux vinyles. D'être fort indépendante.

En expérimentant le son, n'y a-t-il jamais la frustration de ne pas atteindre son but ?

Non. Je suis assez satisfaite. Au moment où je me dis : 'c'est ça', il pourrait y avoir mille autres options ; mais ce moment m'appartient. En écoutant mes vieilles cassettes, mes premiers maxis, mon album de Clover's Cloé ou même mon disque précédent, j'ai une tendresse par rapport à ce passé et je me reconnais, moi, à une certaine époque. Je ne le concevrai plus de la même manière aujourd'hui, mais à cet instant précis, on pose des choix, des actes. Je les assume pleinement.

Dans le paysage musical belge, tu es une sorte d'ovni?

Tu me fais plaisir en me traitant d'ovni (rires). Un autre journaliste m'a demandé si je ne me sentais pas extra-terrestre. On me pose souvent la question. Elle me ravit : j'ai l'impression qu'on a du mal à me caser dans un tiroir 'chanson français classique'. Je pense que j'écoute pas mal de musique. Je suis ouverte à des tas de styles différents. Mais j'ai vraiment mon propre univers. Quand un musicien veut ajouter un truc sur un de mes morceaux, je réponds 'ah non, pas ça' ou 'ah ouais, ça !' J'ignore ce qui détermine ma décision, mais c'est vraiment intrinsèque. J'ai un côté assez hétéroclite. Je ne sais pas toujours ce que je veux, mais je sais ce que je ne veux pas. La ligne conductrice peut paraître un peu étrange. Il est vrai que sur le disque il y a des couleurs musicales assez différentes. Des morceaux clavier-voix et d'autres morceaux parlés, puis chantés, avec des beats de hip-hop derrière ou un vieil orgue. Des vieux sons. Un aspect romantique et des côtés rock, rock-punk. C'est un peu mon univers. C'est moi, à des moments spécifiques, et ça fait un drôle de tout.

Peux-tu citer quelques-unes de tes références ?

Ce matin, j'écoutais Burt Bacharach. Hier, Röyksopp et Amon Tobin. Lali Puna et Joanna me plaisent aussi. Dans le domaine de la chanson française, j'estime que le dernier album d'Emilie Simon (« Végétal ») est vraiment très bon. Schumann, Satie, Dvorak, Prokofiev? Ce qui explique sans doute pourquoi j'en ressors une drôle de musique. Parfois j'achète de vieux vinyles au marché. Ils ont des têtes pas possibles sur les pochettes et je tombe parfois sur des trucs hallucinants. Réalise des découvertes tellement surprenantes. Il m'est arrivé de sampler des petites choses là?

Pourquoi ne plus chanter en anglais ?

En fait, mon premier album était interprété dans cette langue, car à l'époque j'écoutais énormément d'artistes chantant en anglais ; et puis parce qu'il y avait peut-être un réflexe de pudeur. Puis j'ai eu envie de créer un autre projet, en parallèle. Il y avait donc le groupe à cinq et un concept solo. Je me suis dit que j'opterai pour le français. Pour mieux faire la différence. D'où la traduction « Clover's Cloé »/« Cloé du trèfle ». J'ai été présélectionnée pour la Biennale ; ensuite j'ai accordé un concert, puis atteint la demi-finale. Il m'a donc fallu plus de morceaux dans mon répertoire. On m'a alors proposé d'autres dates et le reste s'est rapidement enchaîné. Après, j'ai participé à 'Musique à la française'. A partir de cet instant, les maisons de disques se sont intéressées à mon travail et les événements se sont succédé naturellement. C'était difficile de gérer le groupe en même temps. J'avais de plus en plus de concerts avec Cloé du Trèfle ; mais en même temps je devais me consacrer au projet de l'album. Du coup, j'ai mis le groupe en stand-by. Mais peut-être, dans le futur, aurai-je encore envie de rechanter en anglais. Je commence déjà à réfléchir à mon nouveau disque et j'ai des petites envies?

Pour toi, l'écriture est source de douleur ou de plaisir ?

Du plaisir ! Vraiment. Je compose énormément. La musique naît avant les textes. L'écriture, c'est plus des petites choses du quotidien ou des questions. Le disque précédent était davantage intimiste (NDR : « Sapristi »). Ici, il y a un regard extérieur. J'avais envie d'aborder d'autres thématiques. C'est plus un regard civique et une envie de parler d'autre chose que de mon monde personnel. J'aborde des thèmes comme le recyclage, l'Europe?

Qu'est ce qui te déroute le plus : le monde moderne ou une histoire d'amour ?

Bonne question (rires) ! Les deux sont déroutants, mais je pense qu'on vit dans un drôle de monde et c'est important de se positionner par rapport à cette situation. Je ne veux pas être moralisatrice dans mes textes, mais j'ai envie de soulever certaines questions. Ma compo consacrée à l'Europe, par exemple, est une métaphore de 'Si l'Europe était une femme, qu'est-ce que ce serait ?' L'Europe, c'est un nom de femme, et c'est devenu une entité tellement floue, qu'on n'en connaît plus exactement les frontières. C'est un peu complexe. J'aborde ce thème particulier par une chanson légère ; mais si on lit vraiment le texte, on y détecte quand même un aspect assez cynique et critique par rapport au Vieux Continent.

Le thème du doute est récurrent dans tes chansons. Quelles sont tes certitudes ?

Euh? Je ne sais pas. Chez moi, la musique est un phénomène vital qui produit des émotions très fortes. Je la pratique depuis l'âge de trois-quatre ans. C'est vraiment quelque chose d'important pour moi. C'est dans cet univers que je m'épanouis le plus. Mais j'ignore, par exemple, si un jour j'en aurai marre du marché du disque, du milieu. C'est un cercle restreint. A un moment tu peux te prendre la tête sur 'A quoi sert-il de sortir un disque, de donner des concerts ?' Enfin, pour le moment ça m'éclate complètement. Sinon, je pense qu'on vit au sein d'une époque où il y a de moins en moins de certitudes. Il y a beaucoup de choses à changer. Il existe une stigmatisation de certaines idées, des blocages. Il y a des décisions qui s'entremêlent ou sont complètement absurdes. Il faudrait des vrais changements de société.

Aurais-tu aimé vivre à une autre époque ?

Sur Clover's Cloé, j'ai composé un morceau qui s'appelle « A wrong century » où je dis que j'ai l'impression d'être une nana qui n'est pas née à la bonne époque. Et à la fois, c'est une époque tellement contrastée : elle recèle des choses super intéressantes, mais accuse aussi des pertes de valeurs terribles. On vit dans une ère de plus en plus individualiste, on sacrifie trop les liens sociaux. On s'évertue à scinder les choses ; et c'est assez effrayant. On n'a plus vraiment conscience du sens des valeurs humaines. Je suis allé voir, la semaine dernière, un film qui m'a complètement sidérée : « Le cauchemar de Darwin ». C'est un bel exemple de cette drôle de société dans laquelle on vit?

La notion de temps est également présente dans tes textes. Est-ce quelque chose qui te fait peur ?

Euh?

Il se dégage une sorte d'urgence de vivre?

Ah oui ? Peut-être que oui mais c'est sans doute inconscient. C'est une bonne question (sourire). C'est vrai que je suis quelqu'un qui ne reste pas en place, j'ai toujours envie de m'investir, de rencontrer de nouvelles têtes, de composer, d'envisager de nouveaux projets musicaux. Je n'aime pas glander. La vie est courte, donc animons-là. Mais je n'ai pas vraiment conscience de cette situation. Elle me dépasse un peu. Je ne développe pas beaucoup de desseins à long terme. Je vis plutôt dans le présent, à court terme. Je n'ai pas des grands projets de vie tout tracés? On verra bien?

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