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mercredi, 30 juin 1993 01:00

Fini de glander !

Ugly Kid Joe n’a certainement pas traîné en chemin. Il vient de publier « As Ugly As They Wanna B », un mini-album et « America's Least Wanted », un long playing normal (mais y a-t-il quoi que ce soit de normal chez ces types?), en une seule année. Deux disques qui ont suffi pour transformer ces ‘american rigolos’, en impressionnants représentants d'une toute nouvelle excitation métallique de première qualité.

Ces Ugly Kids (de vrais mariolles!) débordent d'énergie (le véritable cirque auquel on a pu assister dans les coulisses, avant leur set, n’était vraiment pas triste). Parfois grossier, leur humour les fait beaucoup rire. Et ils sont capables d’écrire de bonnes chansons comme « Neighbor », « Everything About You », « Cats ln The Cradle » ou un « Sweet Home Alabama » plombé à souhait. Bref, le groupe est promis à un bel avenir… C’est Dave Fortman, le guitariste qui a répondu à nos questions, d’un air faussement détaché…

Ce succès ravit ma mère. Quand je lui ai dit, il y a quelques années, que je voulais vivre de la musique, elle s'est fait beaucoup de mauvais sang. Elle craignait que je devienne clochard. Aujourd’hui, quand elle me voit à la télé, elle est fière.

Justement, votre réussite a été rapide. A tel point qu'elle vous a rendus suspects aux yeux de pas mal de gens, qui voyaient en vous un produit du business américain de plus...

Han han, j'ai lu ces articles. Mais les gens qui ont écrit ces conneries ne nous connaissent pas ; ils nous jugent à partir de paramètres qu'ils ne maîtrisent pas. C'est pas très logique. Nous n’avons aucune excuse à faire valoir, mais, je peux te dire que nous ne devons rien à personne. Notre seule préoccupation est de nous payer une tranche de bon temps, et d'en offrir une à ceux qui viennent nous voir. Pour le reste, basta! On n'est vraiment pas du genre à se casser la tête et à monter des plans. On sait que nos disques se vendent bien, mais on ne connaît pas les chiffres ; et, honnêtement, on s'en fout! Bien sûr, on parlera sans doute différemment quand on n'en vendra plus aucun. Ugly Kid Joe, pour nous tous, c'est une source de plaisir, une party continuelle, une jam permanente. Il y a quelques mois, je glandais, plus ou moins... Aujourd'hui je joue dans toute l'Europe devant des dizaines de milliers de gens, c'est ça le miracle!

Pressés par le temps et vu le ‘boom’ dont a bénéficié le groupe, vous avez enregistré votre album très rapidement. Aurait-il été très différent si vous aviez pris le temps?

Sans doute, mais ce n'était pas nécessaire. Nous sommes un groupe nature, vrai, simple et direct. Pas besoin de passer des années en studio comme... heu... Def Leppard pour sortir un bon disque. Evidemment, chacun fait comme il veut. Nous, on est des types nets et spontanés et notre musique nous ressemble. On éprouvera peut-être le besoin, plus tard, de travailler plus nos chansons, c'est possible. On verra bien.

Quelle est ta définition d’une bonne chanson?

Quelques minutes de musique qui parviennent à faire vibrer, c'est tout. Le reste, c'est de la littérature. On est tous très éclectiques, dans la formation. Perso, j'écoute des tas de vieux groupes, comme Lynyrd Skynyrd ou les Allman Brothers autant que des guitaristes de la nouvelle génération. J'adorais Randy Rhoads, j'aime beaucoup le jeu de George Lynch. Quand j'écoute Lynyrd ou Lynch, je ressens la même excitation. Donc pour moi, ils sont aussi bons les uns que les autres! Je ne me torture pas la tête et j’en conclus que les gens nous ont bien compris s'ils ont cette attitude à notre égard.

Quel est selon toi, le meilleur groupe de rock au monde?

Mec, le rock a les épaules suffisamment larges pour pouvoir porter un tas de gens sur son dos. Il n'y a pas de meilleur groupe de rock du monde. Par contre, il en existe beaucoup de bons. Je ne suis pas partisan des restrictions et des privilèges. Que chacun prenne un maximum de fun tant qu'il est sur terre et tant mieux si dix mille groupes de rock l'y aident!

(Article paru dans le n° 14 du magazine Mofo de juin 1993)

 

 

Au sein de tout groupe imposant, véhiculant une image forte, il existe invariablement, au moins, un leader charismatique, à la personnalité affirmée et quelquefois très trouble aussi. Pensez à Trent Reznor ou Marylin Manson. Chez Korn, ce rôle est incarné par l’étonnant –et le mot est faible– Jonathan Davis, un Californien âgé de 29 ans.

Il semblerait que Jonathan Davis ait, lui aussi, vécu une enfance difficile suite au divorce de ses parents. Dans l’univers su rock contemporain, cette situation semble courante. Cette rupture l’a particulièrement marqué et les conséquences le poursuivent toujours. En outre, avant de devenir le chanteur attitré de Korn, Jonathan déclare avoir travaillé, dès l'âge de 16 ans, comme... assistant de médecin légiste. Afin de l’aider à découper des cadavres. Il a ainsi  entamé des études à la ‘school mortuary science’ de San Francisco. Cette expérience l’a-t-elle transformé en un angoissé chronique, doublé d'un parano qui porte la mention ‘HIV’ en tatouage sur un bras ?

Quoi qu'il en soit, Davis –qui s'exprime relativement peu–a souvent reconnu éprouver beaucoup de mal à se sentir heureux. Ce qui n'a surpris personne ! Davis reconnaît souffrir d’insomnie, née précisément de ses angoisses. « Chaque fois que le bonheur était à portée de main, un malheur m'a frappé » explique-t-il. « Le jour où ‘Follow The Leader’ est entré directement à la première place dans les charts US, j'enterrais mon grand-père! Au sommet de la gloire du groupe, je me suis séparé de ma femme... »

En clair, Davis se méfie désormais de ce bonheur. C'est sans doute la raison pour laquelle il carbure au Prozac : pour au moins connaître un certain bien-être, même virtuel… Bien sûr, son comportement n'étonnera personne, puisque pendant de nombreuses années, il a été sous l’emprise de la cocaïne et à l'alcool. Aujourd'hui, il affirme être sobre. Peut-être parce qu'il est devenu père (NDR : d'un fils prénommé Nathan, né en octobre 95), allez savoir...

Jonathan Davis en a conscience, Korn est, aujourd'hui, le porte-parole de mômes un peu paumés, pour lesquels la vie est un perpétuel combat. A ce titre, son image se rapproche sans doute de celle d'un Kurt Cobain, la surexposition médiatique en moins. « Je me sens comme ces gosses, aussi mal qu'eux » expliquait encore Davis à un journaliste d'un mensuel metal français, il y a quelques mois. « Mais peut-être avons-nous empêché que certains se foutent en l'air (...) Si la musique peut sauver des vies, elle devient spéciale et spirituelle ».

Résumons : Jonathan Davis n'est pas un joyeux drille, son approche de la vie est empreinte de négativisme. Il confirme : « Tout dans ma vie est génial alors je ne peux m'attendre qu'à quelque chose de mauvais... » Néanmoins, il se soigne. Et il y a tout lieu de le considérer comme un type intelligent qui analyse, interprète et exprime son intériorité avec lucidité. Dans l'ensemble, Korn avance. En six ans de production discographique, le groupe a enregistré une progression inimaginable, passant du statut de groupe metal alternatif voire obscur à celui de ténor de la scène rock, de véritable machine à dollars qui dispose de son propre label (Elementree Records) et de son propre festival itinérant (Family Values).

Le guitariste Brian ‘Head’ Welch avait, il y a cinq ans déjà, clairement résumé Korn en nous déclarant que ‘le rock de Korn est vrai’ : « Notre musique sert à communiquer, à nous exprimer, c'est pas pour poser ou pour amasser du blé. Nous sommes, à travers nos compos, exactement à l'image de nos personnalités. » Bon, ce genre de propos est défendu par bon nombre de musiciens, et de prime abord, il fait très ‘cliché’, mais peut-être que derrière cette réflexion, il a quelque chose de concret…

De l’influence de Faith No More sur un fan de Duran Duran

Korn a toujours été convaincu de son succès. Le bassiste Reggie ‘Fieldy’ Arvizu le confirme : « D'aussi loin que je puisse me rappeler, dans notre petit local de répète, alors qu'on n’avait pas encore accordé de concert, on était persuadé de faire de la putain de musique qui allait tout exploser ».

Kom est aujourd'hui un leader. Il a imposé son style, en profitant des brèches ouvertes par d'autres. A titre de référence, Davis reconnaît être grand fan de Faith No More dont il adore l'album ‘The Real Thing’. Initialement, durant son adolescence, il était plutôt adepte du mouvement néo-romantique et de Duran Duran ; ce qui lui avait valu une réputation d'homosexuel. « Faith No More, a été une lumière pour moi. Objectivement, il a encouragé de nombreux groupes à se former, en leur ouvrant une nouvelle voie. Ils sont les précurseurs d'un hard-rock différent. Ils ont été les premiers à introduire des éléments hip-hop dans leur musique ; et à l'époque, c’était très original ».

De Korn à Leader

Korn est l'archétype du groupe metal rock de la seconde moitié des années 90. Brûlant, ésotérique, détraqué et surtout anticonformiste. Au tout début, les choses étaient sans doute différentes. Head s’explique : « L'orientation musicale de Korn a vraiment pris son essor lors de l'arrivée de Jonathan. Toutes les chansons qui figurent sur le premier CD ont été composées à partir du moment où il a débarqué. Avant, on avait écrit plein de trucs mais on n'a rien retenu. Jonathan est vraiment une personnalité, quelqu'un de très complexe. Chez lui, s'exprimer est un besoin et Korn, c'est son exutoire, sa thérapie. C'est la raison pour laquelle nos textes sont si noirs, si angoissants ».

Korn est issu de Bakersfield (Californie), une petite cité américaine perdue et anonyme. Jonathan Davis y est d'ailleurs né en 1971. « On s'est tous ou presque connus sur les bancs de l'école » avait un jour déclaré Welch, installé au soleil dans le parc du Botanique où Korn était venu jouer en première partie de Primus, une de ses influences évidentes. « On a donc forcément joué ensemble. Après un certain temps, on s'est barré pour aller vivre à Los Angeles. On a un peu galéré. En jouant dans d'autres formations ». Les quatre autres membres de Korn ont sévi chez IAPD avant de lancer le groupe. « On a été plus funk-rock ou punk, avant de trouver notre voie, ce qui n'a pas été simple. Korn existe depuis 1991, mais on eu un mal fou à trouver un bon chanteur. Le soir où on a vu Jonathan à l'oeuvre, on a su que c'était lui ! On l'a débauché, simplement » Du groupe Sexart, où il militait. « En pratique, on a surtout évité de mettre des limites à ce qu'on allait projeter. Avoir l’impression d’être poussé dans le dos par quelque chose, sans savoir exactement de quoi il s’agit, est un sentiment assez grisant ».   

Le metal des 90’s

En 94, Korn grave un premier elpee éponyme. Le vrai démarrage du disque nécessitera quelques mois mais dès que la vitesse de croisière sera atteinte, l’ascension sera rapide. L'album deviendra disque d'or aux States et permettra au groupe de partir en tournée en compagnie d’Ozzy Osbourne, Megadeth et Marilyn Mansun, entre autres. A propos de ce premier disque, ‘Head’ nous avait expliqué : « Nous avons tenu à enregistrer en pur analogique. Le matériel utilisé date bien des années 60. Pour aller à l'essentiel, pas besoin de grosses machines. Au contraire… »

Le second opus, ‘Life Is Preachy’, connaîtra une réussite commerciale beaucoup plus rapide. En quelques semaines, il atteint le 3ème rang du Billboard aux States. Par la suite, Davis lui-même admettra pourtant que cet album n'était pas excellent. Peu après la sortie du disque, le band part en tournée dans le cadre du Lollapalooza festival. Il doit, pourtant quitter l'affiche: le guitariste James ‘Munki’ Shaffer –qui joue sur une guitare à 7 cordes– est atteint d’une méningite.

Korn devient de plus en plus énorme. Comme d'habitude, l'Amérique puritaine se fait entendre. A Zeeland, une ville du Michigan, un étudiant est renvoyé de son lycée pour avoir arboré un tee-shirt affublé du logo du groupe. Le directeur de l'école explique sérieusement qu'il considère la musique de Korn comme ‘indécente, vulgaire et obscène’.

C'est surtout grâce à l'album ‘Follow The Leader’, sorti en 98, que Korn atteint le sommet de sa popularité. Le long playing est splendide. Il lui permet d'être identifié dans les médias spécialisés comme un ensemble ‘psycho-musical de chimistes de la sensation hip-métallique’. Une définition qui cerne bien le groupe d'alors ? On n'a pas encore forgé son opinion.

Plus Korn grimpe haut, plus le groupe cherche à rester en contact avec ses fans. Son site web officiel est très actif (1). Il se lance dans une ‘Korn Campaign’ qui le voit traverser les USA d'une côté à l'autre ‘pour rencontrer ses admirateurs et signer en moyenne 2 000 autographes par jour. I1 expérimente en concert le concept de la ‘Korn Cage’, une cage en acier placée sur le podium où on installe des aficionados, pendant le show. Le groupe explique que par ce titre d'album, ‘Follow The Leader’, il insiste sur l’importance d'une nouvelle scène de musique ‘crossover’ qui le voit lui et quelques autres, comme Limp Bizkit, Coal Chamber ou les Deftones, proposer un mélange entre des musiques qui n'ont pas de frontières. Il y a quelques mois, est sorti le 4ème album ‘Issues’. Un disque au succès commercial retentissant, lui aussi. Pour la pochette, le combo a organisé un concours sur MTV. Très metal, ‘Issues’ est moins ‘crossover’ que les précédents long playings. Dans la foulée, la formation s'est lancée dans une gigantesque tournée…

(Article paru dans le n° 83 du Magazine Mofo d’avril 2000) 

(1) Korn a été parmi les premiers artistes metal à miser sur le Net (www.korn.com) pour assurer sa promo et créer un contact direct avec les fans. Les musicos ont été des pionniers pour diffuser un concert via Internet. Cette initiative leur a valu la une de ‘Time Magazine’. Il avait aussi mis tout le contenu de ‘Life Is Preachy’ à disposition des fans sur son site. Mais le standard ‘MP3’ n'était pas encore répandu, à l'époque ...

 


lundi, 28 février 1994 00:00

Ce que tu fais est ce que tu es…

Steve Vai a deux images. Il est, quelquefois, un fabuleux guitariste, ‘bras droit’ de Frank Zappa (au début des années 80), de Graham Bonnet (ex-Rainbow, MSG) au sein d'Alcatrazz, de David Lee Roth et aussi de David Coverdale (dans Whitesnake). Il y a pire comme parcours. Parallèlement, Steve Ciro Vai (né le 6/6/60 à Carle Place, New Jersey) mène aussi une carrière solo qu'il éloigne des tribulations médiatiques (‘Aucune de mes chansons solo n'a jamais été diffusée à la radio’, affirme-t-il) et des clichés hard-rock poussifs.

Je suis capable de m'adapter aux situations. Et j'ai envie de prendre du plaisir grâce à ce que je fais, de différentes manières. J'aime être un ‘simple’ lead guitariste dans un groupe ; c'est sain et agréable de pouvoir se concentrer sur son jeu et de prendre un méga-plaisir de musicien. Lorsque je gère moi-même un projet, lorsque je compose, que j'écris, j'arrange, et interprète mes propres morceaux, c'est bien sûr sensiblement différent. Là, je suis intégralement moi-même. Ce que je réalise, à travers mes albums solos, est l'expression de ce que je suis. Ma musique me ressemble, elle est moi. C'est normal, j'ai comme philosophie que ce que tu fais est ce que tu es.

Tu te sens parfois à l'étroit lorsque tu bosses comme guitariste pour un groupe ou un leader ?

Non, je sais pourquoi je suis là. Ce qu'on attend de moi. Et je fais le maximum pour que tout aille bien, je donne le meilleur de moi-même comme guitariste. Mais, je n'ai pas envie de me contenter de ce rôle.

"Passion and Warfare" et "Sex and Religion", tes deux plus récents CD solo, expriment un goût évident pour les contrastes. Tu te nourris de conflits?

Justement pas. Je tire simplement certains liens qui me semblent évidents entre des sujets qui peuvent paraître très éloignés les uns des autres. Je pense qu'il existe bien des points communs entre le sexe et la religion. Déjà, à l’origine, ces deux valeurs sont propres, pures. Ce sont les hommes qui les salissent. Les hommes ont inventé les guerres de religions autant que les agressions sexuelles. Intéressant à étudier : l'homme déforme tout. Au début, la religion est une question de foi. La vraie question, la vraie signification de la religion est, selon moi : comment faire pour trouver Dieu en soi ? Toutes les religions partent de ce même principe. Ce sont les hommes qui, au fil du temps, ont inventé les dogmes, les rites, et tout ce qui, finalement, éloigne de l'essentiel.

La religion serait donc un repli sur soi ?

Il faut chercher en soi la force de se détacher de toute une série de choses. Nous serons toujours agressés par la politique, la violence ou le racisme. C'est par la réflexion et par la découverte de certaines vraies valeurs qu'on parvient à s'éloigner de ces saletés. L'autre jour, en rue, j'ai été agressé par un type qui, m'ayant vu de dos et à cause de ma coiffure, m'a pris pour un black. En vivant cette situation, j'ai pu ressentir ce que doivent vivre les victimes de ce racisme idiot.

Tu as besoin d’être dans un état d'esprit particulier pour écrire?

L’inspiration naît naturellement. Je ne force rien. La base d'une composition vient toujours de je ne sais où. Suis-je, alors, dans un état d'esprit spécial ? Possible. Je n'en sais rien. Ce n'est pas très important. Ce qui compte, c'est que le résultat soit bon.

As-tu l'impression que le public comprend toujours bien ce que tu fais?

Ha, non, sûrement pas. Et il n'y a pas que le public. Je lis suffisamment de critiques de mes albums pour être persuadé que pas mal de journalistes n'ont pas pigé non plus.

Ta musique est très visuelle. Tu as déjà envisagé d'adjoindre l'image au son, par le biais d'une vidéo ou d'un film ?

J'adorerais pouvoir réaliser un long métrage. J'ai plein d'idées, plein, plein. Mais bon, un tel projet coûte énormément d'argent et mon audience n'est pas assez nombreuse pour faire naître un intérêt de la part d'investisseurs. Toujours le même problème...

Tes projets en cours?

Hum, hum. J'écris un concerto qui mettra en scène une foule de musiciens et d'instruments. Il y aura des parties de flûte, de clarinette, de corne anglaise, de baryton, de saxo, de trompette, de trombone, de tuba, de guitare, de claviers, de basse, de batterie, de percussions, de harpe, de violons, de contrebasse... Et donc plein de musiciens. C'est un projet imposant qui nécessitera au moins un an de travail pour deux heures et demie de musique. Si tout se passe bien, j'enregistrerai ce projet l'an prochain en compagnie d'un orchestre philharmonique. Je suis content de le réaliser ; j'y pensais depuis longtemps mais il fallait que je me sente prêt. C'est le cas, alors je plonge...

(Article paru dans le n°20 du magazine Mofo de février 1994)

 

 

samedi, 31 décembre 1994 02:00

Toujours aussi passionné…

On pourrait écrire cinquante millions de choses à propos de BB King. Déjà parce qu'il n'est pas courant qu'un musicien âgé de 64 ans (NDR : à l'époque, il en a 69 aujourd'hui) soit courtisé par un groupe aussi célèbre et représentatif auprès du public jeune que U2. La formation irlandaise l’avait sollicité pour participer à l'enregistrement du titre "When love comes to town" pour l'album "Rattle & Hum" et l’a aussi invité à participer à la tournée qui a suivi (trois mois comme invité spécial). Toute une série d’événements que la bande à Bono estimait comme un honneur pour eux. D'abord un brin d'histoire pour rappeler que BB King est considéré comme le roi du blues. Il a enregistré son premier long playing en 1949 et en a publié plus de cinquante autres depuis. Il a accordé plusieurs milliers de concerts dans le monde entier (jusqu'au Ghana, Tchad et Libéria) et figure (ou figurait) parmi les influences majeures d’artistes comme Eric Clapton ou Jimi Hendrix. Il a eu droit à son étoile dans la célèbre ‘Hollywood Walk Of Fame’, entre celle de Milton Berle et Vivian Leigh. Ce BB King sort un box de 4 compact-discs retraçant son histoire et proposant quelques titres inédits. Ce qui méritait bien une interview!

Apprendre: fondamental !

Tu as apporté ta collaboration à une multitude de gens : Carole King, Gary Moore, Steve Marriott, Paulinho da Costa, Vernon Reid, Stevie Wonder ou encore U2. Est-ce le signe d’une recherche continue de ‘mise à jour’ de ta part?

La musique bouge et d'ailleurs pas uniquement le blues. J'aime bien travailler en compagnie d’autres personnes. Je suis assez sélectif mais j'apprécie le procédé. Je suis conscient que ce type d'expérience t’enrichit. Pour moi, c'est le cas. Ce qui me permet d'apprendre davantage. C'est fondamental. J'ai encore besoin d'éprouver le sentiment de découvrir. C'est très important et agréable pour un type de mon âge.

Qu'as-tu retiré de ta collaboration avec U2, par exemple?

Enormément. Ces gens sont très doués et vraiment très forts. Ils voulaient que j'accepte de me produire avec eux et j'ai eu raison d’accepter. "When love cames ta town" est une des meilleures chansons sur lesquelles j'ai joué. C’est peut-être bizarre, mais cette collaboration m'a aussi servi à me faire connaître auprès du jeune public noir ! Les jeunes noirs écoutent bien plus U2 que du blues comme j'en joue. Il m'est arrivé régulièrement depuis quelques temps d'être reconnu par des jeunes noirs qui s'écrient : ‘Yeah; regarde, c'est le gars qui a joué avec U2!’. C'est amusant et drôlement gratifiant pour moi. Je suis à chaque fois fier d'entendre ces réflexions !

Le blues a-t-il gardé, selon toi, la signification sociale propre aux noirs américains?

Les temps ont changé. Le blues est toujours présent mais il côtoie d'autres musiques. Les jeunes noirs font et écoutent beaucoup de rap, y compris du rap joué par des blancs. Et c'est fort bien ainsi. Il est vrai que le blues est par essence une musique liée aux noirs mais peu importe la couleur du musicien qui en joue, finalement. L'important est que la musique soit bonne et le reste me paraît accessoire. Evidemment, je pense que le blues a ouvert des tas de débouchés. Quand j'entends certaines chansons interprétées par des gens comme Prince, j’y retrouve certains éléments du blues. Perso, le blues est comme un tronc à partir duquel des tas de branches diverses se sont développées. Plus j'écoute de la musique, plus j'en suis persuadé.

Manger quand on n'a pas faim

Comment garde-t-on une certaine fraîcheur dans la créativité, lorsqu'on défend un même genre musical depuis près de 50 ans et qu'on est devenu le personnage le plus représentatif de ce style?

Pas trop un problème pour moi. J'ai envie de jouer, j'ai envie d'enregistrer, c'est tout simple. Je suis toujours très motivé et je viens jouer dès qu'on réclame ma présence. J'ai toujours autant envie de partager le bonheur que je ressens lorsque je suis sur scène. C'est ce qui alimente mon jeu, mon travail. Au niveau de l'écriture plus particulièrement, je me contente de ne rien brusquer. L’inspiration doit arriver naturellement. Tu ne fais rien de spécial, tu ne penses à rien de précis et puis une idée survient... Ecrire un album revient à rassembler une série d'événements ainsi. Un album est une suite d'idées, de moments d'inspiration. Se forcer à écrire c'est comme s'obliger à manger quelque chose quand on n'a pas faim. Cela ne te goûte pas.

En tant que ‘patriarche’, tu es intéressé par ta succession? Crois-tu qu'il existe des talents pour prendre la relève ?

Et comment! Je connais beaucoup de très, très bons musiciens. Je viens même de travailler en Australie avec un gamin de douze ans dont le jeu est extraordinaire. On va beaucoup en entendre parler. Il s’appelle Nathan Cavaleri. A son âge, il joue bien mieux que des tas de gens bien plus confirmés. Les jeunes d'aujourd'hui vivent bien plus avec la musique. La technologie le permet ; tiens, déjà rien que ces petits appareils, ces walkmans, qu'on se met en poche et qui permettent d'écouter de la musique partout, c’est super! Aujourd'hui, cette nouvelle génération a accès à la musique et à la technologie. Cela porte ses fruits.

(Article paru dans le n°29 du magazine Mofo de décembre 1994)

 

Ne parlez surtout pas de metal fusion, de crossover aux mecs de Manowar. Ils vous dévisseraient la tête! Non, sans rire, à une époque où on met le hard rock ou le heavy metal à toutes les sauces, eux, ils veulent, envers et contre tout, défendre une approche du heavy rock (ainsi tout le monde est content ?) en manifestant un maximum de conviction et de simplicité. Selon leur point de vue, tous les Nirvana, Alice ln Chains et autres Pearl Jam qui font joujou avec leurs petites guitares n'ont rien à voir avec le heavy metal.

Pas de la gnognote

Qu’ils viennent seulement nous voir en concert et ils verront de quel bois on se chauffe. Le heavy metal, c'est du sérieux, c'est pas de la gnognote. Quand je pense qu'aux States on assimile ces groupes grunge au mouvement heavy, j’en suis malade…

En quelques mots, Eric Adams, chanteur de Manowar, vient de résumer toute la philosophie du band. Une philosophie qui nous reporte assez loin, il y a près de 20 ans déjà, lorsqu'un type nommé Ted Nugent pratiquait le même genre de discours, assénant des vérités telles que ‘if it's too loud you're too old’ (‘si c'est trop fort, c'est que vous êtes trop vieux !’), Nugent –qui se faisait alors surnommer ‘Guitarzan’ (rigolo, pas vrai ?)– a sans doute eu plus qu'une influence sur Manowar. Un Manowar qui vient récemment, de signer chez Geffen (le label de Nirvana...), et dont les deuxième et troisième albums ("Into Glory Ride" et "Hail to England", originellement sortis en 83 et 84) ont été réédités en cd (un peu contre le gré du groupe, un ‘best: of’, intitulé "The Hell Of Steel", vient aussi d’être remis sur le marché par son précédent label, Atlantic/Warner).

J’ai appris la sortie de ce cd en regardant ‘Headbangers ball’ sur MTV, raconte Eric Adams. Je ne savais même pas qu'Atlantic en avait eu l’idée. Après avoir regardé cette émission, j'ai appelé Joey (NDR : DeMaio, le bassiste.et cofondateur du groupe) et on a vérifié le contrat. En fait, il y est mentionné qu'Atlantic a le droit de sortir deux ‘best of’ du groupe quand ils le souhaitent. On ne peut donc rien faire. Ils ont profité lâchement de notre départ en tournée pour publier ce disque. Bon, il est bien présenté, les chansons sont bien les nôtres, mais cette situation nous fait quand même un peu chier. Enfin, c'est le genre de trucs auxquels les musicos sont fréquemment confrontés.

Quand prévoyez-vous de graver un prochain vrai cd ?

Bah, pas tout de suite en tout cas. On va d’abord achever ce circuit et puis on s'y mettra. On a besoin de décompresser un peu et puis vraiment d’être dans le truc pour bosser, pour écrire des chansons. Chez nous, c'est pas vraiment automatique, tu vois : on a besoin d'être dans le mouvement".

10 albums ‘live’ par mois

Vous qui êtes des spécialistes de la prestation ‘live’, pourquoi ne pas publier un album enregistré en public?           

T'en fais pas, après chaque concert qu'on donne, on sort dix albums ‘live’ dans le mois qui suit! Sans blague, on doit être le groupe le plus piraté au monde. Ce qui doit aussi être un record (retenez le terme record, on y reviendra). Mais c'est vrai qu'on pense à sortir un véritable ‘live’, un officiel celui-là. Histoire d'au moins proposer un bon disque à tous ceux qui veulent y retrouver l'incroyable dose d'énergie proposée en concert. Ce sera sans doute pour après notre prochain cd studio.

Il y a quelques mois, vous comptiez fermement battre votre record (nous y voilà!) homologué par le Guinness Book du groupe qui joue le plus fort au monde...

On l'a fait ! En Allemagne. On l’a battu et on y tient beaucoup. Et je n'imagine pas qu'un groupe autre que Manowar puisse jouer plus fort encore. Même nous, sur scène, on portait des protections aux oreilles, mais c'était génial. On en est très fiers.

Que réponds-tu aux médias qui prétendent que Manowar est incapable de faire autre chose que du bruit et d'évoluer?

Qu'ils aillent se faire foutre! On ne joue pas pour les médias. Nous, on se décarcasse pour les mecs qui achètent nos disques qui paient leur ticket de concert, qui nous permettent d'être là, de plus en plus forts, depuis 13 ans. C'est pour eux qu'on fait tout ça. Avec notre public, on forme une grande famille, unie. On amène des kids sur scène pour bien leur faire faire comprendre. On maintient les contacts avec nos fans, on lit les lettres, on les appelle au téléphone. On a bâti Manowar en se produisant beaucoup, à peu près partout. On a donc convaincu notre public petit à petit. Il y a maintenant une fidélité réciproque. Le reste, on s'en tape…

(Article paru dans le n° 23 du magazine Mofo de mai 1994)

 

dimanche, 31 décembre 2000 02:00

Moins satanique, mais plus horrifique…

Même si le soufflé est un peu retombé, le black metal demeure un registre musical fort prisé par un bon nombre de metal freaks. Les hurlements sataniques, les looks démoniaques, ça marche toujours. Et là, Cradle of Filth est bien le leader de la meute...

Depuis leurs débuts en 91, ces Britanniques n'ont cessé de faire monter la sauce et de s'attirer haine et sympathie, jouant avec les mots, thèmes, apparences, images et propos chocs.

Leur slogan ‘Jesus is a cunt’, notamment, ne leur a pas rapporté que des amitiés. Certains organismes de censure et des associations catholiques (NDR : la Catholic League de New York, par exemple), s'en sont donné à cœur joie pour leur rentrer dans le lard. Le groupe leur répond à sa façon : cette année, il entamera sa tournée mondiale en... Israël!

« Il y a aussi là-bas des gens qui ne rentrent pas dans les moules théologiques conventionnels », nous a expliqué le vocaliste Dani Filth, de passage à Bruxelles. « C'est bien sûr ceux-là qui nous tiendront compagnie. On est vraiment impatients de s’y produire, même si la situation politique y est assez inquiétante... »

Toujours un brin provoc’ donc, même si l'on perçoit une certaine ‘évolution’ dans leur attitude. Ainsi, leur nouvel album ‘Midian’ semble moins porté vers le malsain religieux mais plus vers l'atmosphère quasi ‘gore’ qui les a logiquement accompagnés depuis leurs débuts. La formation sortira d'ailleurs d'ici peu un film, ‘Cradle of Fear’, franchement sanguinolent, et dont ils accorderont la primeur à leurs fans, via leur site web officiel.

En fait, il semble assez clair que le groupe a traversé récemment une sorte de période de remise en question. Il a connu quelques changements de line-up et a peut-être réorienté quelque peu son identité, sachant fort bien que dans le registre satanique, un Marilyn Manson a plus d'une longueur d'avance et de plus gros moyens.

A propos de moyens, on peut d'ailleurs se poser la question de savoir si le groupe n'est pas, là aussi, occupé à tenter de ‘faire le break’. ‘Midian’ est produit par John Fryer (Nine Inch Nails, Him...) et le groupe s'est entouré de spécialistes des films d'horreur (‘Nightbreed’, ‘Hellraiser’) pour la partie visuelle de son projet. Il s'est donné les moyens de frapper fort, donc. Evidemment, Dani Filth défend l'approche purement créative. « Pas question pour nous de tourner en rond. Et tant qu'à faire, si c'est pour se lancer dans le bon plan basé sur le roman ‘Nightbreed’ de Clive Barker, autant le faire à l’aide de spécialistes, non ? Bien, c'est sûr, on veut avancer, mais on est aussi conscients de qui on est et de ce qu'on fait. On n’aura jamais les possibilités financières de l'autre nulle qu'on voit derrière moi... »

Quelle nulle? Dani Filth bavarde dans un bureau de Zomba Records, devant un poster grandeur nature de Britney Spears. Et d’ajouter : « Mais on s’en tape évidemment. Par contre, on veut donner le meilleur avec nos moyens et répandre notre bonne parole. »

(Article paru dans le n° 88 du magazine Mofo de novembre/décembre 2000)

 

dimanche, 31 juillet 1994 03:00

Pourquoi voudrais-tu qu’on change?

Il y a vingt ans que les Ramones nous la ramènent courte, fun, joviale et bruyante. Vingt ans que ces faux frères nous donnent une leçon de punk-rock à la fois minimaliste et absolu. Vingt ans qu'ils nous font comprendre qu'avec peu on peut faire beaucoup, qu'avec juste de l'énergie à revendre on peut bâtir un rock monumental. C'est vrai, le statut des Ramones, aujourd'hui, n'est plus, paradoxalement, celui de l'époque "End Of The Century". Mais il est clair que ce groupe restera ‘quelque part’, une formation essentielle. Johnny Ramone, en tout cas, n’imagine pas le rock sans eux…

On est vraiment un prototype de groupe rock. Tu nous mets sur une scène avec nos guitares, une batterie et Joey, et on te donne une définition du vrai rock. Sniff. Cela, le public le comprendra toujours. Merde, si ce groupe est là depuis deux décennies, c'est pas pour nos beaux yeux uniquement! Je regrette mais toute cette musique ‘fusion’, c'est pas du rock’n'roll. Le rock c'est de l'excitation, pas des trucs tellement tortueux que tu es même incapable de suivre la mélodie.

En vingt ans d'existence, vous n'avez que fort peu modifié vos batteries et...

Pour quoi faire? Que veux-tu changer quand tu fais vraiment ce que tu aimes? Pourquoi tout remettre en question quand tu joues la musique que tu ressens et que le plaisir pris est partagé par le public? Faut pas se compliquer la vie, mec, nous on est vachement heureux ainsi. Sniff.

Pourquoi Dee Dee a-t-il quitté le groupe et joue-t-il désormais en solo?

Je n’ai pas encore compris. Les autres non plus d'ailleurs. Dee De a complètement bouleversé sa vie. Il a quitté sa femme et on peut dire que dans la foulée il a quitté le groupe. Il avait des tas de problèmes ; note, Dee Dee, s'il se met à boire ou à fumer, il devient vraiment dur à suivre. Normalement, il est clean maintenant.

Son apport au niveau du travail d'écriture des morceaux était important. Comment comptez-vous vous y prendre, sans lui?

Dee Dee va toujours écrire des chansons pour les Ramones. Sniff. Qu'est-ce que tu veux? Il sait bien qu'il gagnera toujours plus d'argent en écrivant pour nous que pour lui tout seul.

Tu es un type riche, toi?

Je pourrais en tout cas sans problème terminer aujourd'hui ma carrière au sein du groupe et vivre de mes rentes, sur le même ton, jusqu'à la fin de ma vie, auprès de ma famille. Mais bon, je n'ai pas des goûts de luxe, non plus. J'ai juste une âme de collectionneur. Je collectionne des tas de trucs, notamment des trucs Disney, j'adore ça!

Il y a quelques mois, vous avez publié "Acid Eaters", un CD sur lequel vous avez commis des reprises de classiques de groupes comme les Who, les Troggs, les Beach Boys, les Stones... Pourquoi ce projet?

C'est parti un peu par hasard. Sniff. Durant l’été de l’année dernière, on a enregistré trois de ces reprises destinées uniquement à un Ep. Le résultat était tellement bon qu'on nous a demandé d'en faire d'autres pour sortir un CD complet. L’expérience nous a amusés et on l'a réalisée.

Comment avez-vous choisi les chansons que vous alliez adapter? Selon quels critères?

Au départ, on imaginait qu'on allait surtout reprendre des titres sortis originellement entre 66 et 68 parce qu'on estimait que c'était une époque formidable pour la musique. Puis, c'est vrai, on a un peu débordé mais on a juste choisi au feeling. Si on avait envie, on prenait et on a retenu le meilleur de ce qu'on a interprété. Sniff. Il fallait aussi que les chansons se prêtent à notre manière de les jouer, bien évidemment.

Kiss a lui-même organisé une série de reprises de ses chansons par d'autres et un CD basé sur ce schéma vient de sortir ("Kiss My Ass"). Tu imaginerais faire la même chose avec des compositions des Ramones?

Un album est sorti aux States. Il s'intitule "The Gabba Gabba Hey" et réunit une vingtaine de formations qui ont joué nos compos ; mais nous n'avions pas organisé ça nous-mêmes. Il s'agissait d'un truc un peu ‘low budget’ impliquant des groupes pas trop connus, tu vois? Le projet de Kiss est différent. Mais tu imagines, toi, une version funk-pop de "Sheena is A Punk Rocker"?

Pas vraiment, non. J'ai entendu dire que vous aviez demandé à Ted Nugent d'enregistrer avec vous?

Ouais, mais son label n'a pas arrêté de tout faire pour que ça ne marche pas! C'est nul. On aimerait bien aussi recevoir le concours d’un mec comme Pete Townsend sur un de nos albums. C'est gens-là sont aussi vrais que nous. Sniff.

Si demain les Ramones se séparent, que fais-tu ?

Rien

Comment ça ‘rien’?

Oui. Je reste chez moi, je vis dans ma famille et auprès de mes potes, mais je ne monte pas un autre groupe et je ne rentre pas au sein d’une autre formation. Je serais incapable de faire ça. J'ai pris un trop grand pied au sein de cette aventure –et ça continue– pour pouvoir assumer autre chose. Je jouerais des trucs pour moi.

(Article paru dans le n°25 du magazine Mofo de juillet 1994)

 

samedi, 31 mai 1997 03:00

La face intelligente du heavy metal

Helmet incarnerait la face ‘intelligente’ du heavy-metal. Celle qui véhicule l'énergie généreuse, les riffs meurtriers, les rythmiques emballées, et qui s'est débarrassée des clichés éculés, des poncifs empoussiérés ou des poses débiles.

C'est sans doute vrai, même s’il faut également relativiser l’importance de cette réflexion. D’une part, Helmet n’a certainement pas été le seul à concevoir intelligemment le heavy-rock depuis que ce style existe. D'autre part, il a évolué, progressé  et s’est adapté grâce à l'influence d'autres courants musicaux, à l'immersion dans d'autres contextes et à l'éclosion d'autres groupes. Helmet a participé au mouvement. C'est un de ses mérites ; et il doit être souligné.

Bombardier

A toutes fins utiles, précisons quand même que dans ce genre de sport, Helmet n’est pas un prototype unique. Néanmoins, il faut reconnaitre l'importance et la qualité des œuvres de ce quatuor bombardier réduit pour la circonstance à un trio : des albums comme ‘Meantime’ ou surtout l'indispensable ‘Betty’ (NDR : publié en 95, c’est un must absolu), ont démontré de maîtresse manière l'importance de la bande à Page Hamilton.

‘Aftertaste’, le disque flambant neuf ne fait que renforcer l'impression positive laissée par ces types qui –attitude clairement en relation avec le début de cet article– ne paient pas de mine, mais bien de leur personne.

‘Aftertaste’ pète des flammes. Il déborde de générosité, combinant idéalement agressivité et créativité. Le cd est bon, excellent même, d'un bout à l'autre. Il est dépourvu du moindre temps mort, de la moindre faiblesse. Expédié avec une vigueur impressionnante. Page Hamilton, le leader entérine : « Nous avons privilégié une approche plus directe encore du travail d'écriture. Pour ‘Aftertaste’, nous avons voulu plus de concision, de netteté, mais également de fermeté. En comparaison, ‘Betty’ était sans doute un tantinet plus dissipé qu’‘Aftertaste’. Lequel nous a permis de resserrer les rangs au maximum afin de recueillir le meilleur de notre musique, quitte à laisser un membre en chemin. »

Par rapport aux elpees précédents, il fallu davantage de temps pour concocter ‘Aftertaste’. La simplicité est-elle inversement proportionnelle au temps qu’il faut pour élaborer un disque ? Réaction : « Non, rien à voir. Enfin, pas vraiment. En fait, nous l’avons mixé deux fois. Le second mix s'explique parce que la première version ne nous satisfaisait pas du tout, au bout du compte. On voulait vraiment sortir du tout bon, et gommer les quelques imperfections commises sur ‘Betty’. Bon, il ne faut pas toujours chercher à comparer ce qui ne doit pas nécessairement l'être, mais nous voulions impérativement que ce nouvel essai soit plus fort. Nous sentions que le potentiel était présent, que la matière était bonne. Aucune raison, dès lors, de se faire coincer par un mix imparfait ».

Courbe De Vente

La  notoriété d’Helmet est en progression constante. Cette situation a-t-elle poussé le groupe à devenir plus exigeant vis-à-vis de lui-même ? Page admet : « Sans doute d'une certaine manière. Nous ne sommes pas du genre à surveiller sans cesse la courbe de nos ventes –faut pas rigoler– mais il faut être honnête, et oser avouer que quand tes disques se vendent de mieux en mieux, tu as envie de tout faire pour que cette progression continue! Cette situation démontre que de plus en plus de gens écoutent ta musique et l'apprécient. Mais pour y arriver, nous n'avons pas accepté de compromission fondamentale, attention! Notre volonté de faire mieux constitue juste un élément de motivation supplémentaire qui nous pousse à être très rigoureux. ‘Aftertaste’ en a bénéficié, même si je pense que l'album était bon dès le départ... »

Dave Sardy, le furieux guitariste de Barkmarket a produit l'album. Les membres d’Helmet n’ont jamais caché être des fans de Barkmarket. Mais est-ce l’unique raison pour laquelle ils l’ont choisi ? Hamilton se défend : « Pas la seule, non. C'était un paramètre déterminant, c’est clair, mais il y a aussi le reste et notamment le fait que nous nous sentons sur la même longueur d'ondes. Nous savons qui nous sommes et ce que nous voulons faire... Et là, nous étions sûrs que bosser en compagnie de Dave ne poserait aucun problème, dans la mesure où il nous respecterait certainement pour ce que nous sommes. Ce qui est très important à la base. Nous étions à la recherche d'un son, pas d'une identité... Je pense que Helmet est un groupe immédiatement reconnaissable, c'est la preuve qu'il a une identité très forte. La priorité était donc d'optimiser notre son. »

Mais qu’est ce qui pousse Page à composer ? « A la fois tout et rien. Il me vient des trucs en tête... En fait, je prends beaucoup de plaisir à écrire des chansons ! Surtout quand je les trouve bonnes... Ce qui me motive à en créer d'autres. Mais il peut arriver que je me sente galvanisé, parfois, par la qualité de chansons écrites par quelqu'un d’autre. Il se produit alors une émulation. Ainsi, après avoir écouté de bonnes chansons écrites par un autre, je me suis déjà senti pousser des ailes dans le dos pour faire aussi bien ! »

Article paru dans le n°53 du magazine Mofo de mai 97

 

vendredi, 30 juin 1995 03:00

Au-delà du Paradise Lost…

Paradise Lost est un groupe en plein boom. La roue tourne à merveille pour eux, surtout depuis la sortie d'un certain « Icon » qui a propulsé le combo paradisiaque (enfin, façon de parler) comme un des espoirs de la scène métal actuelle. Chiffres de vente canon (15.000 albums vendus rien qu'en Belgique!), assistance fort nombreuse dans les salles, popularité en hausse vertigineuse : c'est Byzance pour cette association de métallos intelligents! En outre, la formation mérite ce succès. La preuve: on ne se monte pas du col, on reste serein et on n’a qu’un seul et même objectif : faire mieux encore! Pour remplir leurs poches ? Aaron Aedy, l’infernal guitariste rythmique et Nick Holmes, le chanteur, s’en défendent…

A.A. : Tout le monde nous demande si nous avons souffert d'une quelconque pression avant d'entamer la réalisation de notre nouvel album, « Draconian Times ». Et nous formulons sans cesse la même réponse: non! Notre ambition n'a jamais été de faire du blé à tout prix, ni d'atteindre des records de vente, alors... Bien sûr, nous ne crachons pas sur ce qui nous arrive, mais nous estimons que notre réussite actuelle est le résultat d'un travail prioritairement artistique et non commercial. Nous ne supportons aucun poids sur les épaules. Nous avons fait de notre mieux dans nos peaux de musiciens ; et pour le reste, on verra...
N.H. :
De toute façon, notre succès n'est pas le même partout. Nous sommes bien plus appréciés ici qu'en Angleterre, par exemple. Ce qui aide à relativiser.

A quoi attribuez-vous votre percée? Vous concevez une musique qui ne correspond pas spécifiquement à des critères de modes. Qu'avez-vous que les autres n'ont pas?

N.H. : Comment veux-tu que nous répondions à cette question ? Nous ne sommes pas à l'écoute de tout ce qui gravite autour de nous. Et nous n'aimons pas comparer les groupes, les genres, tout le tralala... Nous sommes Paradise Lost, nous créons une musique de manière indépendante et il se peut qu’elle soit... bonne, non? Ha ha ! Nous, en tout cas, on l’apprécie. Notre identité? On prend quelques directions spécifiques. Par exemple, on utilise de moins en moins de guitares en studio. On diversifie de plus en plus nos arrangements. Afin de communiquer davantage de couleur, de relief à notre musique. C'est un processus que nous allons développer.

Votre musique dégage plus une atmosphère que de l'énergie brute. Il y a un côté humain, émotionnel et...

A.A. : Rien d'étonnant. Effectivement, nous avons des sentiments à exprimer. Ce que nous écoutons en privé va d'ailleurs dans ce sens : plutôt l'expression que les clichés! De toute manière, cette musique que nous produisons, que tu nommes metal mais qui, pour moi, englobe davantage de références, vient du fond de nous-mêmes. Elle n'a donc aucune chance d’emprunter un jour une dimension mécanique. Ce serait un drame d'en arriver à ce stade. Ce que nous développons, c'est la qualité des instrumentations, du jeu et du son. Nous travaillons la forme, mais le fond reste une histoire d'inspiration libre.

« Draconian Times » plus encore qu'« Icon », semble plus affranchi de ses mouvements, plus ouvert à toutes expérimentations. D'accord?

A.A. : J'ai la même impression et elle me remplit de satisfaction. Pas de fierté mais de satisfaction. Comme je te l'ai dit, nous travaillons d'instinct. Notre seul critère est d'avancer. Là, c'est vrai, la réponse très positive de notre public intervient aussi et elle nous encourage. C'est sans doute la seule pression qui nous pousse dans le dos.
N.H.:
Nous avons pris le temps nécessaire pour bien développer « Draconian Times », en termes d'arrangements. Nous avons passé cinq mois à travailler sur ces morceaux. Tout part d'une mélodie, mais une fois la mélodie en place, il reste pas mal de boulot! Comme nous avons pris le temps, nous sommes allés plus loin sur ce plan-là.

Intérêt et passion pour la psycho

Vos textes aussi sont fort ‘humains’, basés sur des sentiments, des sensations...

A.A. : Je suis très attiré par tout ce qui touche à la psychologie. J'aborde ce type de sujet avec intérêt et passion. Je découvre même que je suis assez cynique à ce propos. J'ai une furieuse tendance à analyser tous les comportements de l’être humain. Le mental, la psychologie sont des domaines vastes, complexes et intéressants.

Visiblement, vous jouez partout là où on vous en donne la possibilité. Même dans des coins sans grande tradition rock. Que recherchez-vous, dans ce cas ?

N.H. : Pas l'argent, en tout cas... Tourner coûte vraiment très cher! Nous recherchons surtout le contact, aborder des contrées nouvelles, sans doute aussi de nouveaux défis. Nous aimons devoir affronter de nouveaux défis. C’est dans nos tempéraments. Et puis, c'est agréable de découvrir d’autres horizons, même si nous avons assez rarement l'occasion de faire du tourisme!

Quelle vision avez-vous du futur de Paradise Lost ?

N.H. : Nous ne nous posons pas trop ce genre de questions. On verra bien. Etablir des plans, ce n'est pas notre fort. Je ne sais même pas si nous aurons sans doute l'avenir que nous méritons d'avoir. Dans ce business, on ne gère pas tous les paramètres. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que nous ne laisserons à personne le soin de diriger le groupe à notre place.

Vous jouez bientôt au festival de Dour, vous connaissez?

A.A. : Par ce qu'on nous en a dit, à savoir que ce festival proposait surtout au départ des artistes et groupes francophones et qu'il s'est progressivement ouvert. C'est un festival très sympa, paraît-il! De toute manière, nous aborderons cette organisation avec notre bonne et simple vieille ‘tactique’ habituelle, à savoir de faire du mieux que nous pourrons. A ce niveau-là, il n'y a jamais de surprise avec nous!

(Article paru dans le n°34 du magazine Mofo de juin 1995)

 

 

jeudi, 31 décembre 1992 01:00

On a toujours quelque chose à prouver

La réussite d’EMF a été très rapide. Elle a donc rendu le groupe suspect. Plan ‘plaqué or’ du business, accident de passage ou groupe crédible et sincère? On n’a pas lésiné sur les interrogations. Normal après tout, il faut bien qu’il y ait une rançon à la gloire. Cette gloire, EMF l’a parfaitement assumée et digérée. Faut voir le professionnalisme exacerbé de ces jeunes types pour le croire: Zac (pour Zachary Sebastian Rex James Foley), le bassiste, tâche déjà de vous vendre, en interview, sa ‘camelote’, avec un désintérêt feint qui égale celui des habitués de ce genre d’exercice…

« Si je crois que ‘Stigma’ (le nouvel album sorti chez EMI) représente une progression ou une confirmation pour EMF par rapport à ‘Shubert Dip’ ? Ben, une progression oui, enfin, j’espère ! Mais demande plutôt au public qui vient nous voir ! Il peut mieux juger que moi. »

Bien, signalons quand même à Zac, pour le cas où il ne l’aurait pas perçu directement, que ledit album est tout de même sensiblement plus sec, plus heavy, que le précédent, tout illustre soit-il. « Je pense que l’explication est simple : nous avons beaucoup tourné depuis la sortie de ‘Schubert Dip’. » Il ne faut pas oublier que ce groupe est très jeune. « Nous n'avions accordé que quelques concerts locaux quand EMI nous a signés. Well, on a tout de suite commencé à enregistrer et on a appris des trucs en méthode accélérée. Le fait d'avoir joué beaucoup a raidi assez sensiblement notre son. C'est normal! On a voulu retrouver sur le disque celui que nous dispensons en ‘live’. Ou, en tout cas, nous en rapprocher au maximum ».

A l’instar de leur premier opus, ‘Stigma’ mélange les styles. On y rencontre à la fois du heavy, du pop, du punk, du progressif (les claviers de ‘They're Here’ évoquent ceux d'Hawkwind voire d'Eloy époque ‘Metromania’). Est-ce ce qui constitue leur marque de fabrique. Soignent-ils cet aspect des choses? Zac s’explique : « Je ne peux pas dire qu'on le soigne parce que tout cela est parfaitement naturel pour nous. Nous ne calculons rien. Nous n'écrivons jamais de chanson en nous disant ‘on va mettre dix pour cent de ceci, vingt pour cent de cela, etc.’ Ce sont les journalistes qui établissent le relevé de ces dosages, plutôt! Nous, en fait, à partir du moment où une chanson nous paraît bonne, qu'elle plaît au groupe, OK, on la classe dans le tiroir du dessus. Mais il faut qu’elle reste naturelle et spontanée, sinon on va se casser la gueule, je pense. On n'est pas des types à jouer aux apprentis sorciers! Le business nous laisse froids de toute manière. Merde, on sait ce que c'est ce business. C'est la musique qui nous botte, sinon on se contenterait de vendre des disques et on ne ferait pas des concerts tant qu'on peut. C'est pas facile tous les jours ces grosses tournées, je peux te le dire! » Ces périples justement, sont-ils accomplis, parce que le groupe a quelque chose à prouver? « Qui peut dire qu'il n'a rien à prouver? A partir du moment où tu proposes quelque chose, tu as quelque chose à prouver! On n'a rien à justifier, ça c'est certain. OK, je vais te donner un exemple: je me souviens parfaitement de notre précédent concert en Belgique. Eh bien on veut démontrer aux gens d'ici qu'on est meilleurs encore qu'alors. Et pourtant, on a été bons, la dernière fois ».

Les lyrics des compos ne sont pas imprimés sur le booklet. On imagine dès lors facilement qu’ils n’ont guère d’importance pour le combo. Réplique : « Ils n’ont pas plus de valeur que nos mélodies. Cela dit, nous n'imprimons pas non plus les partitions de nos chansons! Nos textes sont importants pour nous. On ne dit pas n'importe quelle ânerie. Mais bon, on ne défend aucune cause, non plus. Il ne faut pas que cela devienne une obligation… »

Article paru dans le n° 8 du magazine Mofo de décembre 1992

 

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