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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 
jeudi, 08 septembre 2016 18:15

Le passé recomposé de Front 242…

UnderViewer est né en 1979 ; un duo fondé par Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer avant qu'ils ne rejoignent Front 242. Au cours de son existence éphémère, il n'avait publié aucun single ou album sous ce patronyme. Seuls quelques titres avaient été ajoutés, sous la forme de ‘bonus tracks’, sur la réédition 2004 de « Geography » et une compilation éditée par Alpha Matrix.

Aujourd'hui, 35 ans plus tard, le tandem a retravaillé les morceaux de l'époque ; et en profitant des moyens de production modernes, il a décidé de sortir un elpee. Intitulé « Wonders & Monsters », c’est une réussite totale. Sa synth-pop minimaliste bénéficie d'un son ample et puissant, dans le respect de l'esprit expérimental des compositions originales.

Au sein d’une taverne bruxelloise et, autour d'une bonne bière blanche, nous avons abordé de nombreux sujets, et tout particulièrement ceux relatifs à ce long playing, aux débuts d'UnderViewer et bien sûr à l’aventure Front 242. 

Les prémisses d'UnderViewer et de Front 242 remontent bien à 1979-80 ?

Patrick Codenys (PC) : Oui, c'est à cette époque qu'on a commencé à travailler ensemble, Jean-Luc et moi. Ensuite, le patron de la maison de disque New Dance, qui avait déjà produit le premier single de Front 242 (NDR : « Principles / Body To Body »), était intéressé par un single d'UnderViewer. Tout était prêt : la musique et la voix de Jean-Luc. Mais comme on n'avait pas beaucoup d'expérience, notamment dans le domaine de l’enregistrement et du mastering, on avait besoin d’aide pour les aspects techniques et professionnels. Il nous a conseillé Daniel (NDR : Bressanutti), qui s’était chargé du premier single de Front. On le connaissait déjà puisqu’on le croisait souvent dans le magasin d'instruments Hill's Music, à Bruxelles, où il travaillait. Donc, on s'est donné rendez-vous dans son petit studio et on a jeté les bases du premier disque d'UnderViewer. Parallèlement, il nous a proposé de collaborer avec lui et Dirk Bergen sur le projet Front 242 et on a enregistré « U-Men » ensemble. Quand cette compo est sortie, elle a rencontré un franc succès dans les charts alternatifs. C’est pourquoi UnderViewer est un peu passé à la trappe et on s’est concentré sur le projet Front 242.

Et donc, ce futur LP d'UnderViewer réunit des chansons qui datent de cette époque-là ?

Jean-Luc De Meyer (JL DM) : Oui. Tout a été conçu dans l'esprit de l'époque. En se servant des mêmes instruments mais aussi des techniques de production actuelles.

Vous avez tout recommencé ou vous avez utilisé des pistes existantes ?

JL DM : Un peu des deux. Les bandes dataient de plus de 30 ans. Certains sons ne passaient plus ; donc on a récupéré ce qui pouvait l'être et le reste, on l'a reconstitué à l'identique.

Et les voix ?

JL DM : Les voix ont été refaites sur les mélodies originales et certaines paroles ont été légèrement adaptées, mais en veillant à conserver l'esprit des compositions. On a voulu le préserver plutôt que celui de la forme ; quoique la forme ait quand même été conservée également, mais disons à 50%.
PC : A l'origine, on avait enregistré sur un 4 pistes...

Un TEAC, je crois ?

PC : Un TEAC, en effet ! On a donc transféré les pistes analogiques sur ordinateur mais on a parfois repris aussi des séquences voire même des sons individuels. Cependant, ce qui est important, c'est qu'on a gardé l’approche de travail de l'époque. On s'est volontairement limités dans le type d'instruments utilisés, dans la simplicité et aussi des difficultés rencontrées par la technologie...

Donc, pas de synchronisation automatique via MIDI ?

PC : Si, du MIDI, mais abordé dans un contexte analogique. Donc, pas d’alternative pour créer des 'gates' avec le MIDI ou de travailler trop sur les vélocités : une technologie très 'basique'.

La plage titulaire de l'album, « Wonders and Monsters » avait déjà été publiée en 2004, sur la compilation « Re:Connected [1.0] » d'Alfa-Matrix ; ce qui nous permet de faire la comparaison et on constate que le son de la nouvelle version est beaucoup plus ample, plus puissant, plus clair. On relève aussi une autre différence, l'introduction est ‘ambient’, et elle ne figurait pas sur la mouture originale ?

PC : En effet. A l'époque, on expérimentait pas mal. J'étais un grand fan de Brian Eno et du krautrock allemand, dont la discographie ambient est considérable. Et vu la complexité des séquenceurs et des machines, ce n'était pas toujours facile de créer un morceau sous un format ‘song’, ‘chanson’, si tu préfères. On se basait plutôt sur des titres de 8 à 10 minutes. Donc, il existe une douzaine de tracks d'UnderViewer qui sont purement ‘ambient’. Ils n'ont pas été intégrés à l'album pour des raisons évidentes de place et de concept ; et donc, cette intro est une sorte de 'reliquat' de ces séquences ambient.

Sur l'opus, on retrouve d'autres pistes déjà publiées auparavant : celles parues en ‘bonus tracks’ sur la réédition 2004 de « Geography » : « Syncussion », « I Remember », « Trouble ». Par contre, les autres sont donc à ce jour complètement inédites ?

JL DM : En effet.

Ils n'étaient même pas parus sur cassette ?

JL DM : Non. Certaines ne sont que des ébauches tentées à l'époque et ont été finalisées plus récemment.

Par exemple : « Atomic Tears » ?

JL DM : C'est un morceau qui existait sur le plan musical. On a juste changé le titre et certaines mélodies vocales.

Ce qui permet d’embrayer sur la thématique des textes. On retrouve ici les univers ‘dystopiens’ très 'science fiction' et le côté sociologique qui sont, à mon humble avis, la marque de fabrique de Jean-Luc.

JL DM : Sauf qu'ici, le champ des thèmes est plus large. Sans limite, sans particularité. Comme c'est le début de nos productions, l’inspiration est bouillonnante, il n'y a pas de censure, pas de restrictions, c'est ce qui fait le charme de ce projet.

Cette recherche correspond à son patronyme : ‘UnderViewer’...

JL DM : Oui, un ‘Underviewer’ est un inspecteur des mines, quelqu'un qui va fouiller dans l' ‘underground’, dans le sous-sol, avec curiosité et intérêt. C'est une bonne définition de notre démarche artistique, je pense.
PC : Quand on s’intéresse aux parties vocales, il faut remettre le sujet dans le contexte de l’époque. Les contraintes étaient autrement présentes, car la musique était plus rigide. Donc, il a fallu que Jean-Luc invente un ‘genre’, un ‘style’ vocal nouveau, qu'il a ensuite réutilisé chez Front 242. En 1980, dénicher un chanteur qui parvenait à chanter sur de la musique électronique aussi 'basique', avec des 'white noises' et une musicalité somme toute assez limitée, était un fameux challenge ; et dans cet exercice, Jean-Luc a toujours été très fort.

En 1979-80, quelles étaient vos principales influences ? Kraftwerk, OMD, ... ?

PC : Perso, j'ai voulu jouer du synthé à cause de la musique industrielle ; et tout particulièrement celles de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire et ce genre de groupes. Des artistes qui n'avaient pas besoin d'être musiciens pour se lancer dans l'aventure. J'étais aussi grand fan du krautrock, de Kraftwerk, bien sûr, mais aussi de Human League, OMD, The Normal… Il y avait quelques singles ‘électro’. Brian Eno aussi, surtout pour le côté 'concept album' ; l'idée d'élaborer des disques à l’équilibre bien étudié. Mais comme la technologie était très ardue, les premiers synthés étaient loin d’être de la rigolade, il fallait qu'on trouve notre chemin, notre propre style.

Et Jean-Luc, de ton côté ?

JL DM : Un peu la même chose : tout ce qui venait d'Allemagne. Et parallèlement, les groupes punk, surtout pour leur énergie et la froideur. Wire, par exemple...

Joy Division aussi je suppose ? D’ailleurs, un morceau comme « Trouble » baigne au sein d’une ambiance Factory, une atmosphère très « Atmosphere »... (rires)

PC : C'est bien vu, c'est bien entendu...

Il évolue sur un rythme lent. Il a ce côté solennel, dépouillé… et puis les accords...

PC : Il est impossible de ne pas évoquer l'époque du Plan K. J'y ai vu Joy Division et Cabaret Voltaire et...

Avec Willian Burroughs qui faisait une lecture au premier étage !

PC : Oui ! C'est le genre de soirées qui changent une vie. Et il faut reconnaître que le son Factory était un son fascinant.

Pour en revenir aux débuts de Front 242, comment décririez vous la contribution que vous avez apportée tous les deux en rejoignant le projet ?

PC : D'abord un peu plus de recherche sonore et la construction de titres au format ‘song’, ‘chanson’. Si on écoute bien « Body To Body », c'est assez D.A.F., avec batteries et ‘bass lines’. Quand on est arrivés, on a amené d'abord des sons expérimentaux, un peu bizarres mais aussi la faculté de créer des chansons, non seulement grâce aux compositions vocales de Jean-Luc mais également aux structures que je pouvais mettre en place.

Pour les sons, tu penses surtout aux sons industriels ?

PC : Oui, les 'white noises', ce genre de sonorités. Je n'étais pas du tout musicien donc j'amenais parfois des tonalités qui ne correspondaient pas à la gamme des notes dites 'classiques' ; mais ce côté dissonant, 'out of tune', communiquait une couleur particulière aux morceaux.
JL DM : Pour la partie vocale, Daniel nous a invités à écouter sa demo de « U-Men » et le chant est venu très rapidement. Je me suis dit que c'était chouette d'avoir ainsi quelque chose qui procure des idées. Avec moi, soit c'est très rapide ou alors il n'y a rien qui vient. Il y a des morceaux sur lesquels je travaille depuis 10 ans et il n'y aura jamais rien qui se concrétisera... (rires)
PC : La force de Daniel, c'est qu'il a joué de la batterie, donc il combine très bien drums et ligne de basse. Il nous avait confié, à l'époque : ‘Je cherche des gens avec qui je peux collaborer pour aller plus loin et construire des chansons’. Parce que tu ne peux pas refaire 20 fois « Body To Body » pour réaliser un album. C'est alors qu’on a tous participé à l’accouchement de « Geography », qui est devenu le véritable point de départ.

Et si on devait choisir un titre de Front 242, un titre qui serait un peu comme une petite pépite oubliée, un morceau que personne ne joue, ce serait quoi ?

PC : J'ai toujours bien aimé « Sample D. », un instrumental qui figurait sur « Endless Riddance », le 12 pouces sur lequel il y a aussi « Take One ».
JL DM : Perso, ce serait aussi un instrumental : « Geography II », un morceau très simple et très puissant. Et pourtant, il est né d’une erreur de programmation. Ce qui arrive parfois. Et on en a conclu : ‘C'est chouette ça : on le garde !’
PC : Mais aussi « Kampfbereit », un titre du répertoire d'UnderViewer qui a été crédité Front 242 sur « Geography ». Il fait bien le lien entre les deux projets.

A l'époque, le terme ‘Electronic Body Music’ a été créé par Front 242 mais d'autres acteurs l'ont également revendiqué.

JL DM : Nous on ne revendique rien, mais je pense qu'on est les premiers à l'avoir utilisé, sur l'album « No Comment », en 1983. Si d'autres ont des arguments, ils peuvent les apporter. Comme historien de formation, il me faut des preuves ! (rires)
PC : Sur Wikipedia, on raconte que Kraftwerk a cité le terme dans une interview...

D.A.F. également. Ils utilisaient le terme ‘Körper Musik’ mais il manque le mot ‘Electronic’.

PC : Nous en tout cas, on a choisi l'étiquette EBM parce tout et n'importe quoi était utilisé pour décrire notre musique. Certains avançait même : ‘C'est entre Tina Turner et Throbbing Gristle…’ (rires)  C'était trop vague, on a voulu clarifier la situation, et on a donc trouvé ce 'label' EBM.

On parlait auparavant des sons et des synthés ; j'ai lu que toi, Patrick, tu avais acheté un synthé Emulator grâce à la loterie ?

PC : Oui, en fait, c'est mon père qui avait gagné un certain montant à la loterie ; et il a proposé de m'offrir une voiture. Je me souviens que je me baladais dans le centre de Bruxelles et j'ai regardé toutes celles alignées dans la rue ; et j’en ai conclu : ‘Si j'achète une voiture, je serai comme tout le monde’. Donc, j'ai émis une autre contre-proposition : ‘Je veux un synthé’.

Il était à quel prix, l'Emulator II ? J'ai acheté un Emax et il coûtait 150 000 FB (NDR : 3 750 EUR).

PC : L'Emulator II valait 250 000 FB (NDR : 6 250 EUR), le prix d'une voiture ! Et ce qui est intéressant, c'est de voir que chaque album de Front 242 possède une marque de fabrique liée au type de synthés et de technologie utilisés. « Geography » et « No Comment », par exemple, sont orientés analogique ; « Official Version » correspond aux débuts du sampling ; sur « Front By Front », c'est de l'algorithmique, basé sur le DX7 de Yamaha ; ensuite, il y a eu du digital, du virtual acoustic. Très souvent, les instruments dictaient un peu la sonorité d'un album et la manière de travailler.

Il y a aussi l'épisode Ministry et la tournée aux Etats-Unis. J'ai lu que Ministry aurait changé de style à cause de ou grâce à Front 242 ?

PC : Je crois que c'est certainement vrai. Quand on a commencé la tournée, il proposait de la pop. Tous les soirs, Al Jourgensen assistait à nos premières parties, sur le côté de la scène. Résultat : il a voulu durcir sa musique et donc, quand il remontait sur scène, il demandait à ses musiciens de jouer plus 'hard', en utilisant de la distorsion. Et au fil du temps, le son de Ministry se rapprochait de plus en plus de celui de 'Front'. Ensuite, quand « Twitch » est paru, il a embrayé sur un son carrément 'dark'.

Pour clore l'interview, impossible de ne pas poser la sempiternelle question sur les futures productions de Front 242. J'ai cru comprendre que vous vous concentriez sur les concerts et qu'il n'y aura plus de nouvelles productions studio?

PC : Je crois qu'on ne fera plus de morceaux de musique ensemble. On s'entend toujours très bien mais les goûts ont évolué. Le seul intérêt serait de refaire de la musique 'vintage', comme à l'époque, parce que c'est ce que le public demande. Ils ne souhaitent pas un nouveau « Pulse » ou une autre direction. Ce serait une manière de boucler la boucle. Mais, à ce stade, je ne crois pas à un tel dénouement…
JL DM : Tout à fait d'accord : ça ne se fera pas.

Ce qui est clair...

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, écoutez l'émission de radio WAVES sur mixcloud, c'est ici  

Pour commander « Wonders & Monsters », le nouvel album d'UnderViewer, rendez-vous sur le site d'Alpha Matrix : www.alfa-matrix-store.com

Tracklist :

1 - Was soll ich tun
2 - A Minor Detail

3 - Litany
4 - Nobody but you
5 - I am the rain
6 - Trouble*
7 - Wonders & Monsters°
8 - What do you see
9 - Gone
10 - Atomic Tears
11 - Syncussion*
12 - I Remember*

13 - A September Morning
14 - These Days

* Déjà paru sur la réédition 2004 de « Geography »
° Déjà paru sur la compilation « Re:Connected [1.0] »

Un grand merci à Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Alfa Matrix.

 

 

Les musiciens et les artistes en général connaissent bien la SMart. Pas la petite voiture, mais bien la « Société Mutuelle pour artistes ». Fondée en 1998 sous la forme d’une asbl, la SMart offre aux professionnels intermittents du secteur artistique (créateurs comme techniciens) des solutions pour inscrire plus aisément leur travail dans un cadre légal qui leur garantisse une meilleure sécurité sociale. Intermédiaire entre l'intermittent et le donneur d'ordre, la SMart donne aux artistes la statut de salarié pendant la période où ils travaillent. Mieux : elle leur permet de créer une micro-structure (appelée « Activité ») en son sein, un système nettement plus aisé que de créer une asbl ou de devenir indépendant. Basée à Bruxelles, SMart s'est rapidement développée et compte aujourd'hui 72 000 membres et 80 000 donneurs d'ordre. Elle englobe maintenant tous les types de 'freelances'. Elle a créé des bureaux un peu partout en Belgique et possède même des filiales dans plusieurs pays européens.

Aujourd'hui, l'association a entamé un processus de réorganisation afin de devenir au 1er janvier 2017 la plus grande coopérative de travailleurs d’Europe. Mais pourquoi devenir une coopérative ? Nous avons rencontré Sandrino Graceffa, Administrateur délégué, lors de l'Assemblée générale qui s'est tenue le 28 juin à Saint-Gilles. « Avec l’évolution du monde du travail, la fin du plein emploi et la révolution technologique, les travailleurs ne connaissent plus de carrière rectiligne », nous précise-t-il. « Nous le constatons déjà aujourd’hui avec nos membres qui explorent divers statuts et allient plusieurs métiers avec agilité. Notre défi est d’accompagner ces travailleurs autonomes au sein d’une entreprise partagée. Aujourd’hui, la forme coopérative est en effet la seule qui, juridiquement, offre à la fois le statut de salarié, et la protection sociale y afférente, et celui d’entrepreneur autonome ».

Assemblée Générale de la SMartVenant d'outre-Quiévrain, Sandrino Graceffa apporte l'expertise qu'il a acquise dans ce domaine en France, un pays où la tradition des coopératives est nettement mieux implantée. « En France, et dans de nombreux pays européens, le statut de coopérative est mieux défini et mieux encadré. Ici, on y trouve un peu tout et n'importe quoi. Pire : le statut a été galvaudé et récupéré par des grands groupes qui détournent les coopératives de leur mission sociale première. Voilà pourquoi nous accordons beaucoup d'importance au travail préparatoire, afin de définir de façon claire la mission et les valeurs de notre coopérative par le biais de statuts. »

Graceffa va plus loin : « Nous voulons servir d'exemple, nous voulons montrer la voie, ici en Belgique. Nous militons également pour une redéfinition du statut de coopérative dans la loi et pour un soutien plus affirmé des pouvoirs publics. » Dans cette perspective, la SMart peut compter sur le soutien de principe du ministre bruxellois Didier Gosuin qui, invité lors de l'Assemblée Générale, a confié avoir débloqué une première enveloppe de 700 000 euros pour soutenir les projets d'économie sociale.

Assemblée Générale de la SMart

Mais quels seront les impacts concrets de la création de SMart Coop, la coopérative SMart ? En lieu et place de la cotisation annuelle de 25 euros, qui était perdue pour eux, les membres, qu'ils soient musiciens, techniciens ou autre freelances, se verront offrir la possibilité d'acheter une ou plusieurs parts de la coopérative, à 30 euros par part. Cette levée de fonds, estimée à environ 15 millions, permettra à la coopérative de constituer un capital propre, qu'elle ne possédait pas en tant qu'asbl et qui apportera une plus grande garantie de stabilité et de pérennité. « Nous considérons cet apport comme une caution, comme une participation en tant qu'incubateur. Elle renforcera également le sentiment d'appartenance et l'implication personnelle, tant pour les 160 employés permanents que pour les membres externes. »

Nuance importante : la nouvelle société coopérative sera à but social, c'est-à-dire sans but lucratif. Tous les bénéfices seront donc ré-investis dans les nouveaux projets et les coopérateurs ne recevront pas de dividendes. Mais Sandrino Graceffa n'exclut pas que, dans un deuxième temps, la coopérative puisse reverser une partie des bénéfices aux membres, non pas sous la forme de dividendes, mais sous la forme de parts.

On suivra avec attention l'évolution de ce projet innovant ! Quant à votre serviteur, étant lui-même musicien et membre de la SMart, il s'est bien évidemment engagé à participer à la levée de fonds et à devenir coopérateur. Le monde bouge et c'est grâce à de telles initiatives qu'il deviendra plus juste et plus solidaire. Smart move !

Pour en savoir plus : www.smartbe.be

Merci à Sandrino Graceffa, Virginie Cordier et Fabienne Smets.

Photos de l'Assemblée Générale par Roland Pauwels.

Ce matin, c’est le bonheur : je suis invité à boire un café chez An Pierlé. Elle habite en plein centre de Gand, dans une maison sise à deux pas de l'église Sint-Jacobs, en compagnie de son partenaire Koen Gisen. J'ai toujours beaucoup aimé cette artiste flamande, mais son tout nouvel album, ‘Arches’, paru chez [PIAS], a touché une corde sensible, voire même plusieurs cordes sensibles au plus profond de mon être. Il est plus sombre, plus mystique que ses précédents opus, surtout grâce aux grandes orgues, omniprésentes, et aux compositions 'dark' et sensuelles qu'il recèle.

Nous rentrons dans la salle de séjour, une grande pièce de type loft qui ressemble à un gentil capharnaüm. Entre les jouets de la fille d'An, Isadora, les peaux de serpent et les vieux meubles vintage, on découvre un magnifique piano à queue de couleur noire. Ne résistant pas à la tentation d'en jouer, j'égrène les premières notes de ‘Wuthering Heights’. An chantonne la mélodie en préparant le café et me lance : ‘Wow: tu joues bien! Il faudrait que je travaille les accords de ce morceau!’

Ce qui frappe chez An Pierlé, c'est son incroyable simplicité. Elle a cette façon si chaleureuse de sourire et de vous accueillir que l'on se sent immédiatement à l'aise, comme si on appartenait à sa famille.

Tout naturellement, nous entamons la conversation en parlant des années 70 et 80, l'âge d'or de la musique, qui nous a tous les deux tellement marqués. J'aimerais savoir quelles sont les chansons qui ont provoqué un flash chez elle quand elle était jeune. "J'ai eu pas mal de flashs quand j'écoutais la radio. Il y avait une chanson qui passait et tout à coup, le monde s'arrêtait de tourner et j'étais comme fascinée. J'ai vécu cette sensation en écoutant ‘Such A Shame’ de Talk Talk, une chanson que j'ai d'ailleurs reprise par la suite. La même chose pour Gary Numan et son ‘Are Friends Electric?’ Notons au passage que c'est en adaptant ce titre-phare de la new wave qu'An s'est fait connaître lors du Humo Rock Rally, en 1996. "Il y avait aussi ‘The Cold Song’, de Klaus Nomi et, bien sûr, Kate Bush. J'aimais aussi Siouxsie, Jona Lewie ainsi que Men Without Hats, et notamment la vidéo de ‘Safety Dance’. Ces chansons étaient pour moi comme des films, des univers dans lesquels je pouvais me plonger. Les années 'new wave' ont façonné ma culture musicale."

On retrouve toutes ces influences dans les six elpees que l'artiste d'origine anversoise a publiés à ce jour ; de ‘Mud Stories’, paru en 1999 à ‘Arches’, en 2016. Mais sa tout dernière production marque une évolution assez remarquable au niveau des compositions, des arrangements et des atmosphères. Comment ce processus s'est-il mis en place? "C'est venu naturellement. J'ai été choisie comme compositrice officielle de la ville de Gand ; ce qui m'a plongée dans l'univers des musiques d'église et m'a incitée à m’intéresser aux grandes orgues. Ces paramètres ont poussé lentement, comme des petites graines. On a bénéficié de pas mal de temps pour écrire… deux ou trois ans. C'est la raison pour laquelle l'album est plutôt de nature ‘classique’, articulé autour de l'orgue et qu’il baigne dans une ambiance assez solennelle."

Le titre qui frappe le plus sur ‘Arches’ est sans conteste ‘Birds Love Wires’. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe cette compo. Mais quel en est le thème? "C'est une chanson qui part d'une vision : les oiseaux sur les fils téléphoniques. C'est une vision d'enfance car, de nos jours, ces câbles sont tous souterrains. J'ai associé cette vision avec celle, très crue, des femmes qui sont persécutées dans certains pays orientaux. Là-bas, ils pendent les femmes même pour des fautes insignifiante". C'est donc une approche de la composition visuelle, plutôt cinématographique? "Oui, ce sont toujours des images qui me traversent l’esprit, surtout quand je vais me promener dehors. Ou alors, ce sont des mélodies que j’imagine derrière mon piano. ‘Birds Love Wire’, je l'ai élaborée lors du soundcheck quand on s’était produit au festival Boombal. J'avais déjà quelques idées mais là, j'ai profité des circonstances. Tout était installé et l'ingé-son enregistrait pour improviser la chanson complète. Et lorsque je l'ai fait écouter à Koen, il a dit que c'était parfait, qu'il n'y avait rien à changer et ça, ça n'arrive pas très souvent!" (rires)

En parlant de Koen, An décide de m'emmener un étage plus bas, dans le studio, où son partenaire travaille en compagnie d’un groupe local, North. Ici, l'ambiance est feutrée, étouffée par les tapis orientaux disposés à terre et sur les murs. Les vieux Revox et les amplis à lampes côtoient les ordinateurs équipés de 'Pro-Tools'. Nous discutons des productions du label du couple : Helicopter, qui impliquent des formations flamandes talentueuses comme Kiss The Anus Of A Black Cat, The Black Heart Rebellion ou The Bony King of Nowhere. Koen explique le défi qu'a représenté l'enregistrement des orgues de l'église Sint-Jacobs pour l'album ‘Arches’. "On enregistrait la nuit pour éviter les bruits de la ville. Il a aussi fallu intégrer ce son énorme, chargé de réverbération, dans la structure sonore des chansons. Tout un travail sur les fréquences, les effets et le positionnement." Le résultat est, inutile de le rappeler, parfait.

Nous revenons dans le living, car An me réserve une très belle surprise. ‘Cluster’, le mini-album qui servira de seconde partie au diptyque ‘Arches/Cluster’, est déjà bien avancé et j'ai droit à un 'preview' des enregistrements! ‘Road To Nowhere’, qu'elle avait déjà interprété aux Nuits Bota, fait à nouveau forte impression. C'est une lente incantation qui se développe dans une progression lancinante et quasi dissonante. Les autres titres sont dans la lignée de ‘Arches’ mais ouvrent également une dimension plus expérimentale. Un album 'sequel' qui promet! Il devrait sortir en septembre mais comme le 'release' de ‘Arches’ en France a été reporté, le planning pourrait être décalé.

La conversation se poursuit. An me dévoile ses coups de coeur et, notamment Wovenhand. C'est d'ailleurs chez elle que Pascal Humbert a préparé le ciné-concert des Nuits Bota consacré au film de Bouli Lanners ‘Les Premiers, Les Derniers’. An indique également qu'elle a assuré la première partie de 16 Horsepower aux Pays-Bas. Elle évoque Mensen Blaffen, la formation athoise de post-punk qu'elle aimait dans les années 80 sans imaginer que son saxophoniste allait devenir l'homme de sa vie. Malheureusement, après plus de 2 heures, notre interview arrive à son terme, car la belle soit s'occuper de la B.O. du spectacle pour enfants auquel sa fille va participer.

Je remercie mes hôtes et je prends congé. En marchant sur les trottoirs de Gand, je me rends compte que je n'ai pas seulement réalisé une très belle interview d'une artiste tout aussi douée qu'attachante. J'ai fait encore mieux : j'ai rencontré quelqu'un qui, je l'espère, sera à l'avenir une véritable amie.

Ne manquez pas les prochains concerts d'An Pierlé:

          23 juillet: Boomtown (Gand)
          7 août: Festival Dranouter
          13 août: BSF (salle de La Madeleine)
          8 septembre: De Roma (Anvers)
          10 septembre: CU Festival (Liège)
          23 septembre: Muziekgieterij (Maastricht - NL)
          29 septembre: Orgelfestival (St Niklaas)
          5 octobre: Eglise Saint Eustache (Paris - FR)
          22 octobre: Sint-Jacobs (Gand)

Pour lire le compte-rendu du concert d'An Pierlé dans l'Eglise des Dominicains (Nuits Bota), voir ici 

Pour visioner la vidéo de ‘Birds Love Wire’, réalisée par la fille de Jaco Van Dormael, Juliette Van Dormael, c’est  

 

 

C’est un « ouf de soulagement » que les organisateurs du Brussels Summer Festival ont poussé lors de leur conférence de presse, qui s’est tenue mardi dernier dans les locaux du label [PIAS]. Après les événements tragiques du 22 mars, ils étaient en droit de s’inquiéter face au recul, général, de la fréquentation des lieux touristiques et des activités culturelles. « Heureusement, confie Denis Gérardy, Directeur, les pré-ventes du BSF sont excellentes. On dépasse déjà de 65% le niveau de l’année passée ».

Il est vrai que la Ville et Brussels Expo ont mis les petits plats dans les grands pour faire de cette 15e édition un millésime exceptionnel. Encore plus de concerts, encore plus d’activités, comme pour conjurer le mauvais sort et affirmer que la Ville revit et est plus forte qu’avant.

Pour atteindre ses objectifs, le festival bénéficie d’atouts incontournables : un cadre unique, au cœur de la ville (c’est d’ailleurs le plus grand festival citadin payant en Europe) et un prix très, très démocratique (max. 7 EUR par jour avec le ‘pass’). En chiffres, le BSF, ce sont 85 concerts sur 4 scènes, 120.000 spectateurs attendus, 500 bénévoles et un budget global de 2,5 millions d’EUR.

Quant à la programmation, elle est résolument éclectique, majoritairement orientée ‘grand public’ mais se ménageant quand même une belle touche ‘alternative’. On trouve tout d’abord des ‘locomotives’ en têtes d’affiche comme Louise Attaque, Lost Frequencies, Cœur de Pirate, Hooverphonic ou Peter Doherty. Ce ne sont pas des stars absolues (le budget du BSF ne le permet pas) mais elles draineront quand même un très large public disons ‘populaire’. A côté de cela, on pourra également (re)découvrir des talents moins ‘mainstream’ comme Hubert-Félix Thiéfaine, Tindersticks, Feu ! Chatterton ou notre An Pierlé nationale. On retiendra aussi la soirée ‘musclée’ prévue le 12 août qui verra Joe Starr et La Muerte en découdre sur la scène du Mont des Arts. Denis Gérardy nous a d’ailleurs confié en aparté que Joe Starr connaît bien La Muerte et se réjouit de partager les planches avec une des formations légendaires du rock alternatif belge.

Les mesures de sécurité seront bien entendu renforcées. Il est conseillé de ne pas venir avec des sacs mais comme le précise D. Gérardy, « le festival a toujours accordé une grande importance à la sécurité, donc on va juste renforcer un dispositif qui est déjà très strict ». Pour éviter les files et augmenter la fluidité aux entrées, surtout les premiers jours, le festival permet aux participants d’enlever leurs bracelets dès le mois de juillet et de pré-commander des tickets boissons sur Internet. Quant à la salle de la Madeleine, qui avait connu des problèmes de files d’attentes interminables, D. Gérardy nous rappelle que la capacité de la salle a été portée à 1100 personnes contre 800 l’année passée. De plus, la programmation est y volontairement orientée ‘niches’, ce qui devrait éviter la cohue dans la rue Duquesnoy. Autre amélioration cette année: la soirée spéciale Mobistar (maintenant Orange), sera dès le départ comprise dans le prix du pass. Enfin, la RTBF sera à nouveau présente (aux côtés de BX1) après une année « sabbatique » et relaiera sur ses chaînes radio et TV un événement que Rudy Léonet, directeur de PureFM et coordinateur ‘pop’ à la RTBF, appelle désormais modestement le « RTBSF »…

Dans l’ensemble, on se réjouit de ce festival, qui s’annonce sous les meilleurs auspices, même si la mainmise grandissante de la Ville et des officines qu’elle contrôle sur l’organisation de spectacles culturels nous pose un problème de principe. Sans remettre en cause l’excellent travail réalisé par Brussels Expo et l’ASBL Festival des Musiques de Bruxelles, on se demande si les aspects culturels d’un festival aussi important ne devraient pas être confiés à des acteurs ou associations indépendants. A cet égard, on est d’ailleurs sans nouvelles du différend symptomatique qui oppose la Ville et le Botanique à propos de la gestion future du Cirque Royal.

Pour plus d’informations sur le BSF : www.bsf.be.

Les Nuits Botanique 2016 se sont refermées –enfin presque, car en vérité, elles vont jouer sporadiquement les prolongations jusqu’au 7 juin– ce mardi soir lors d’un spectacle devenu quasi-traditionnel : le concert accordé dans le cadre solennel de la cathédrale des Saints Michel et Gudule. Cette coproduction Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles traduit la volonté des initiateurs du projet, Paul-Henri Wauters (Botanique) et Jean-Paul Dessy (Musique Nouvelles), de permettre la rencontre entre artistes issus de mondes différents, autour de la musique classique.

Un imposant podium a été installé à l'avant de l'hôtel, en plein centre de la cathédrale. Dès que les instruments à cordes prennent leur envol, l’auditoire est plongé au cœur d’un univers magique, celui de Roland de Lassus. Ce Montois, honoré ce soir, était un des musiciens européens les plus notoires, au XVIème siècle. C'était même une véritable ‘star’, dont les chansons se sont transformées en ‘hits’, à l'époque. Sonic Lassus cherche à restituer sa musique telle qu'elle était jouée et chantée de son vivant ; mais aussi, et à l’aide d’arrangements contemporains, la rend disponible auprès d'artistes issus du monde de la pop. Créé à Mons le 4 octobre dernier, ce spectacle trouve ici un nouvel écrin –et quel écrin !– dans la sublime cathédrale gothique. 

C'est d'abord Mina Tindle, une chanteuse française, qui s'avance au devant de la scène pour interpréter « La Nuit froide et sombre » soutenue par l'ensemble. De son vrai nom Pauline de Lassus, elle nous confiera après le concert être en effet une descendante en ligne directe du maître : ‘C'est en partie pour cette raison que les coordinateurs du projet m'ont contactée’. Très belle et douce, sa voix évoque Cat Power. Et on tombe sous son charme. Les harmonies et le chant affichent un petit coté médiéval, qui est renforcé par le son si caractéristique du luth.

C’est ensuite au tour de Daan, chanteur flamand bien connu au Nord de la Belgique, de donner corps à une chanson de Lassus : « Qui dort ici ». Affublé de ses inséparables Ray-Ban, Daan s'agrippe au micro à l’aide de ses mains, concentré sur une mélodie qui ne correspond pas vraiment à sa voix plutôt ‘rock’. Par contre, celle –fragile, plaintive, enchanteresse– de Laetitia Sheriff, une chanteuse/bassiste française, émerveille tout au long de « Qui Veut d'amour ». Tel un jeune choriste timide, celle de Baptiste Lalieu, alias Saule, se révèle limpide et touchante sur « Fleur de 15 ans ». Fùgù Mango clôture la première série de chansons en proposant une version rythmée de « Je l'aime bien ». Les frères Lontie et Anne Fidalgo ont entraîné leur batteur, l'excellent Sam Gysel, dans l’aventure ; et c’est devenu une bonne habitude –à l’instar de leur set accordé sous le Chapiteau des Nuits Bota– les Bruxellois mettent l'ambiance, ici à travers un madrigal aux accents tribaux! Irrésistible !

Retour au calme grâce aux harmonies vocales de l'ensemble français Ludus Modalis, suivies par un slam étonnant du Belge d'origine congolaise, Pitcho. Sur « Psalmi Poenitentialis », il a écrit un texte bouleversant, qui résonne comme un cri dans les travées de l'église. Encore un moment fort du spectacle.

Les premières notes diffusées par les grandes orgues de la cathédrale ont de quoi faire sursauter. Il faut lever la tête, car ces orgues sont accrochées à la paroi, au-dessus de la nef. L'organiste, Xavier Deprez, improvise sur « Principium » et « Suzanne Un Jour ». Un véritable tour de force, mettant en valeur toutes les sonorités de l'instrument, jusqu'aux dissonances les plus étonnantes (NDR : elles ne manqueront d’ailleurs pas d’amuser les musiciens sur scène).

Après un nouvel a capella, le programme se poursuit et au moment de « Parents sans amis », interprété par Daan, on sent que le dénouement est proche. Le rythme des violons enfle et le carillon tubulaire du percussionniste résonne. Tous les chanteurs, qui étaient assis derrière l'ensemble, se lèvent et chantent à tue-tête lors d’un final collectif époustouflant. Jean-Paul Dessy murmure ensuite en souriant : ‘C'est fini !’.

De retour sur terre, on a bien conscience d'avoir assisté à un spectacle exceptionnel, non seulement parce qu'il s'agit d'une création belge quasi-unique mais aussi parce qu'il transcende les frontières entre les musiques. Concert liturgique, multiple et incantatoire, Sonic Lassus nous a permis de vivre un superbe voyage sonore, doublé d’un florilège musical mystique…

Jean-Paul Dessy nous a confié être en contact avec des organisateurs et des programmateurs pour donner une suite à ces concerts exceptionnels. Qui sait, peut-être, pour vivre une tournée des cathédrales françaises ? A bon entendeur....

(Organisation : Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles / ADAMI / Fondation Mons 2015 / De Concert ! / Festival de Wallonie-Hainaut)

Ce soir, c'est la ‘Nuit Belge’ au Botanique. Le concept est simple : dans toutes les salles, se produisent uniquement des artistes ou formations belges, le tout offert au prix d'un ticket unique. On attend particulièrement le concert de La Muerte, qui devrait réserver quelques belles surprises. Seul problème : il y a des recouvrements entre les concerts, ce qui forcera à faire des choix cornéliens !

On commence par une première aux Nuits Bota : le spectacle d'un robot ! Sur l’estrade du Chapiteau, on aperçoit un grand Alien noir, menaçant, constitué d'un buste, de deux bras et d'une tête. Seul sur les planches, il mime le chant et bouge en fonction de la musique. Cette jolie petite bestiole répond au doux nom de ‘Scarabée’. C'est une création de Bots Conspiracy, un duo composé de deux frères, Laurent et Manu. Ils ont créé ce robot à partir d'impressions 3D et de laser cuts. L’expression sonore est orientée 'dark electro' et le 'chant' robotisé lorgne plutôt vers le hip-hop. Scarabée se fendra même d'une reprise de La Muerte : fun ! Malheureusement, le public restera majoritairement insensible à cette innovation...

Cap sur l'Orangerie pour assister au set de Stereo Grand. La formation belgo-écossaise est de retour après quatre ans d'absence pour présenter de nouvelles compositions, élaborées sous la houlette d'un producteur notoire : Jean Lamoot (Bashung, Noir Désir, Girls In Hawaii,...) Influencé par des groupes tels que Radiohead, Coldplay et Archive, Stereo Grand attache énormément d’importance au soin à apporter à ses compositions, tant au niveau des mélodies, des textes que des arrangements. Sur la scène du Bota, la bande à Jean-Philippe Risse élabore son indie rock teinté d’électro, devant un public plutôt mur. Un concert de bonne facture, mais qui manque cruellement d'énergie brute et d'enthousiasme.

Retour sous le Chapiteau pour découvrir Oathbreaker, une formation gantoise de black (post-)metal. Appartenant à la famille Deathwish Inc., qui héberge également Deafheaven et Converge, ces petits Belges jouissent d’une stature internationale. Et, d'ailleurs, ils reviennent de San Francisco, où ils ont terminé l'enregistrement de leur 3ème opus. Ce qui frappe d’abord, en 'live', c'est la chanteuse Caro Tanghe. Drapée dans un ciré noir, elle éructe telle une possédée en cachant son visage derrière un voile de longs cheveux. La musique oscille entre moments violents nourris au hardcore black metal et –plus rarement– plus paisibles, au cours desquels le chant se révèle plus 'classique'. Les fans sont nombreux devant le podium du chapiteau qui commence à se remplir. La tension monte : c'est de bonne augure !

Cap vers la Rotonde pour jeter un œil et une oreille à la prestation de Victoria + Jean, mais la salle affiche 'complet'. Il faut même faire la file pour pouvoir y pénétrer. Donc, il est préférable de faire l’impasse. Dommage car le duo belgo-suédois propose une musique très intéressante, assez proche des Kills. On ira les voir au Verdur Rock, à Namur, le 25 juin prochain !

Le temps d'une petite bière et place au plat de résistance de la soirée : le concert surprise de La Muerte. Formation emblématique du metal belge, La Muerte bénéficie d’une carte blanche pour la programmation du Chapiteau. C'est donc à lui que l'on doit la présence de Oathbreaker et de Scarabée – le robot ! La Muerte (‘La Mort’ en espagnol) est né à Bruxelles, en 1983. Le groupe s'est séparé en janvier 1994 mais s'est reformé de temps en temps par la suite. En 2015, il a fêté ses 30 ans d’existence en grande pompe à l'Ancienne Belgique sous un nouveau line-up boosté par une nouvelle énergie. Marc du Marais au chant et Dee-J à la guitare, les deux fondateurs originaux, ont accueilli au sein du line up, Michel Kirby à la guitare (Length of Time, Arkangel, Wolvennest), Tino de Martino à la basse (Channel Zero) et Christian Z. À la batterie (Length of Time).

Sur les planches, on constate que le concours de Michel Kirby concerne aussi la scénographie : un hôtel constitué de bougies, de têtes de mort, d'encensoirs et de symboles est installé sur la droite ; et plus tard, des vidéos concoctées par A Thousand Lost Civilizations seront diffusées. La 'messe noire' peut donc commencer ! L'intro rituelle empruntée à Ennio Morricone résonne et les musiciens prennent place. Marc du Marais porte sa cagoule de jute et son inséparable marinière. Lorsqu’il lève les bras, c’est pour donner le signe de départ d'un véritable carnage sonore. La musique navigue quelque part entre Motörhead, MC5, les Stooges, Iron Maiden et Hawkwind : rien que de bonnes références ! On attendait quelques surprises ? On a été servis. Vive La fête est venu interpréter un titre en compagnie de La Muerte ; Els Pynoo parvient même à rendre distinct ses cris stridents, malgré le déluge de décibels. Patrick Codenys et Richard 23 de Front 242 figurent également parmi les invités, et participent à une version metal de Headhunter, le classique des rois de l'EBM. Un grand moment !

Et lorsqu’on quitte La Muerte, c’est d’abord pour lui donner rendez-vous le 12 août prochain, au BSF, où il se produira, mais également pour découvrir une formation très prometteuse : Robbing Millions. Mais par rapport à La Muerte, on fait carrément le grand écart. Faut dire que ce quintet bruxellois pratique une electro/pop panachée de math et psyché rock. On pense d’abord à MGMT, mais aussi à Beck, Zappa, Smog, ... La Rotonde est pleine à craquer et finalement, il aurait été plus judicieux que le band se produise dans l'Orangerie. Il compte plusieurs dizaines de fans qui dansent, chantent et mettent une belle ambiance. Et même si on ne connaît pas bien les chansons, il faut reconnaître qu’il installe une identité sonore originale et très intéressante. En outre, il est venu présenter en primeur un avant-goût de sa prochaine galette, attendue pour cet été. Une très belle prestation, qui clôture idéalement une soirée belgo-belge en tous points réussie.

Un regret ? L'absence de formations issue de la mouvance Wave, très vivace à Bruxelles et en Belgique, grâce à des noms comme Luminance, Organic, Charnier ou encore Whispering Sons (les vainqueurs du Humo Rock Rally) : la prochaine fois, peut-être ? Mais ce n’est qu’un avis personnel…

La Muerte (+guests) - Oathbreaker - Bots Conspiracy "Scarabée" - Baloji - Pomrad - Stereo Grand - Robbing Millions - Soldier's Heart - Victoria+Jean - Illuminine & Mons Orchestra - Le Colisée (création)

(Organisation : Botanique)

 

C'est sans aucun doute un des événements marquants des Nuits Botanique 2016. Soucieux de présenter des spectacles exclusifs, les organisateurs du festival, Paul-Henri Wauters en tête, avaient donc proposé à An Pierlé de venir présenter la première de son nouveau spectacle à Bruxelles. C'est la superbe Eglise des Dominicains, près du Cinquantenaire, qui a été choisie comme écrin pour un concert exceptionnel, au cours duquel l'artiste d'origine anversoise va interpréter son nouvel album, « Arches », paru chez PiaS.

Outre son décor et son ambiance uniques, ce sanctuaire dispose de grandes orgues, un atout majeur dont An Pierlé va se servir. Elle est d’ailleurs carrément tombée amoureuse de cet instrument qui est omniprésent sur son –excellent– dernier opus.

A 20h30 précises, surprise ! An Pierlé apparaît à l'étage, à côté des orgues. Il fait encore jour et sa silhouette gracile se détache devant les vitraux qui scintillent de milles couleurs. Elle entame « I Feel For The Child », le titre qui ouvre « Arches ». Quelques claquements de doigts, le son des orgues et la voix nous transportent d'emblée dans une dimension mystique. Devant la balustrade, l'artiste, telle une grande prêtresse, est habillée d'une robe noire recouverte d'une collerette blanche. Elle appuie son chant par des gestes amples. La composition évoque Kate Bush (« The Man with the child in his eyes ») alors que les arrangements à l'orgue nous rappellent Dead Can Dance. Et le break incrusté au milieu de la chanson est d'une intensité et d'une puissance incroyables. ‘And you drowned yourself in silence’. Enfin, la chanson se termine comme elle a commencée, en douceur, a capella. Sur les visages, on lit l'émerveillement : on sent qu'on va assister à quelque chose d'unique.

An Pierlé descend ensuite pour rejoindre son groupe, installé sur une estrade, en dessous de la tribune des orgues. On y reconnaît son partenaire à la scène comme à la ville, Koen Gisen (guitare, percussions). Les deux chanteuses, Loesje Maieu et Kaat Hellings, placées de part et d'autre d'An Pierlé, créent des harmonies vocales d'une extraordinaire finesse tout en se consacrant aux claviers et aux percussions. Autre pièce maîtresse du band, l’organiste, Karel De Wilde, omniprésent.

Si la setlist est principalement constituée de titres issus d'« Arches », notamment « Certain Days », « Vibra » et « There Is No Time », la musicienne flamande nous replonge un peu dans son passé pour revisiter, par exemple, « How Does It Feel ».

Mais le moment le plus marquant du concert est atteint lors de « Birds Love Wires », le morceau phare du nouvel elpee. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe la compo, qui chaloupe... sensuellement. Quand les orgues viennent souligner la partie plus 'dark', en milieu de parcours, des frissons nous parcourent l'échine et notre gorge se serre. Nous sommes tétanisés, comme crucifiés par une telle beauté. An Pierlé frappe sur son synthé-piano et quand elle a les yeux fixés vers le haut, sa posture est quasi christique.

Soulignons au passage les superbes jeux de lumière qui exploitent à merveille l'architecture néo-gothique de l'église. Les faisceaux viennent jouer sur les voûtes et l'effet est féerique.

Entre les morceaux, An Pierlé est, comme à l'habitude, très simple et très souriante. ‘C'est un endroit où l'on voudrait rester tout le temps’, dit-elle avec humour. Ca tombe bien, il y a encore quelques titres au programme. « The Road Is Burning » aurait pu figurer au répertoire de Florence Welch, et pendant « Dragon JM » l'ombre de Lisa Gerrard ondule dans les travées…

C'est l'épique « Changing Tides », toujours issu d'« Arches », qui clôture en force le concert. Un tambour martial emmène la composition dans une farandole enivrante, qui débouche sur une harmonie finale époustouflante à trois voix. Le public, qui avait jusqu'alors écouté respectueusement, voire religieusement', se lève et les applaudissements fusent de toutes parts. Pour le premier rappel, les trois chanteuses montent sur la tribune des orgues pour attaquer « Cold Song », une reprise de Klaus Nomi qui, lui, s'était inspiré du « What Power Art Thou » de Purcell. Lors du second encore, la formation au complet reprend « Birds Love Wires », nous permettant d'apprécier à nouveau toute la magie de cette chanson.

Au final, nous avons assisté à un des concerts les plus marquants de notre vie. En incorporant dans sa pop une dimension mystique, notamment grâce aux orgues, le tout servi par une émotion sombre et lancinante, l'artiste touche au sublime. Ce soir, elle est parvenue à nous propulser au septième ciel...

An Pierlé

(Organisation : Botanique)

Photo: Yves Merlabach

Nul n'est prophète en son pays ! La formation The Arch en est un vibrant exemple ! Originaire de Breendonk, près d'Anvers, The Arch voit le jour en 1986 et son rock gothique mélodique est immédiatement remarqué par Ludo Camberlin, le légendaire producteur flamand (Poesie Noire, Lords of Acid,...). Après un premier EP, « As Quiet As » et un album, la bande à Gerd Van Geel (CUVG, le chanteur) a bien vite compris que le salut viendrait de l'international.

Depuis lors, The Arch écume les festivals (M'era Luna, Blackfield, WGT, Reboot, Castle Party, BIMfest) et joue à Amsterdam, Berlin, Hamburg, Zagreb, Belgrade, Budapest etc.

Aujourd'hui, pour ses 30 ans d'existence, The Arch s'offre un retour en grandes pompes et propose un tout nouvel album : « Fates ». Aux côtés de Gerd, on trouve Ivan DC et Mr Pierre aux guitares, Ian Lambert aux claviers et aux batteries électroniques et la séduisante Chiffon's Tale aux 'backing vocals'.

La musique de The Arch s'articule toujours autour d'un noyau « Gothic Rock » qui évoque Sisters of Mercy mais le son a évolué pour intégrer une dimension électro plus moderne et les compositions explorent un territoire plus large, touchant à la synth-pop, à l'EBM et à la 'power-darkwave' très prisée outre-Rhin.

"Fates" contient 13 nouvelles chansons et témoigne de la polyvalence de la formation. "Fates" emmène l'auditeur dans un voyage au travers de la culture 'dark' et l'ensemble offre puissance et intensité. Il recèle de multiples hits alternatifs potentiels et des 'club killers' qui feront danser dans le soirées 'dark' dans le monde entier.

Le CD est co-produit, mixé et mastérisé par Kenny 'KGB' (Simi Nah) : inutile de dire que le son est parfait, léché et puissant à souhait ! Et pour rester dans la famille, il sort sur le label de Simi Nah, Why2k, en collaboration avec Trisol.

En un mot : "Fates" est un 'must' pour les fans de Gothic Rock et de musiques sombres. On peut s'attendre à un succès international de plus pour ce groupe très attachant !

Pour commander « Fates » :


The Arch :




Leader de The God Machine, une formation américaine 'culte' qui a sévi au cours des années 90, et de Sophia, son projet actuel, Robin Proper-Sheppard est un musicien remarquable mais surtout, un être foncièrement attachant. Dans le hall des tout nouveaux locaux de PiaS, en plein centre de Bruxelles (juste à côté du Centre Belge de la Bande Dessinée), son accueil est chaleureux. Aujourd'hui, c'est la journée 'promo' pour la sortie du dernier opus de Sophia, ‘As We Make Our Way (Unknown Harbours)’. Robin est habillé de noir (tout comme votre serviteur) ; souriant, il me propose un café et la conversation s'engage tout naturellement sur le thème de Bruxelles, la ville où il a élu domicile, il y a de nombreuses années.

« J'aime beaucoup Bruxelles », confie-t-il. « Au départ, j'ai choisi cette ville lorsque mon ex-épouse et moi se sont séparés, parce que cette solution permettait aisément de faire un saut à Londres en Eurostar pour voir ma fille. Et aujourd'hui, je m'y sens très bien. J'habite dans le centre et j'ai un petit territoire privé qui s'étend entre mon appartement du côté de Sainte-Catherine, le Delhaize de La Bourse et l'Archiduc. »

L'Américain a vite trouvé en notre pays une terre d'accueil qui soutient les artistes. « Le gouvernement ici a pris des mesures en faveur des artistes et il est possible d'obtenir des subsides, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays. Et les conservatoires de musique sont plus ouverts aux musiques modernes et alternatives. Les musiciens belges avec lesquels je travaille vivent uniquement de la musique. »

A l’instar des productions précédentes, ‘As We Make Our Way’ propose un indie-rock flirtant avec le folk et le post-rock. Mais on sent quand même une évolution importante. « La plus grande nouveauté, c'est que ce disque n’est pas aussi triste que les précédents. Auparavant, mes compositions exprimaient la souffrance de mes amours déçues ; tandis que sur celui-ci, le point de vue est moins personnel. La production est moins brute et laisse davantage de place aux expérimentations sur le son, les textures et la dynamique... Oui, le nouvel album de Sophia est plus positif, plus ouvert. »

Un des deux premiers titres qui a servi de 'teaser', ‘Resisting’, témoigne de cette évolution. Il se distingue par une superbe progression, très post-rock, vers un refrain qui résonne comme un hymne. « C'est juste ! J'ai constaté que mes nouvelles compositions avaient un impact différent. Mes amis m'ont avoué qu'ils étaient touchés par ce côté plus ouvert, moins égocentrique. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai changé le titre de l'album : à l'origine il s’intitulait 'As I make my way' et j'ai remplacé le 'I' par 'We' pour souligner cette ouverture. »

La chanson ‘You Say It's Alright’ est également un bel exemple de la nouvelle direction empruntée par Sophia. « Je l'ai composée à la guitare, mais on a beaucoup travaillé sur les arrangements, en introduisant un arpeggio au synthé, afin de créer une tension tout au long du morceau. Au départ, les fans de Sophia ont été surpris par ce côté électro ; mais maintenant les retours sont très positifs. Et le riff de guitare, à la fin, rappelle un peu The God Machine. » Après plusieurs écoutes, les voix atmosphériques font aussi penser à M83.

Mais c'est le côté très 'dark' de Robin Proper-Sheppard qui intéresse surtout votre serviteur. L'occasion d'en savoir plus sur ses références postpunk/new-wave ! « J'adore The Cure, Bauhaus et tous ces groupes issus des années '80. En fait, au début, on exécutait des reprises chez The God Machine. Par exemple le ‘Double Dare’ de Bauhaus. ‘Disintegration’ de The Cure m’a également énormément marqué. De même que le répertoire d’Echo And The Bunnymen. Eux-mêmes étaient influencés par la musique garage et psyché des années 70. J’apprécie aussi beaucoup Wire ; Graham Lewis est un ami. »

Irait-on jusqu'à affirmer qu'il existe un élément de postpunk dans sa musique ? « Oui ! C'est aussi une question d'attitude. Je n'ai pas peur de choquer, de surprendre. Il y a une 'angularité', un 'anti-conformisme'. A la fin de 'Drifter', par exemple, les synthés sont dissonants. Ce n'est pas une chanson 'pop' ! Et ce concept, je le tiens de toutes ces formations nées dans les années '70 et '80. »

Il existe également une structure 'prog' dans la musique de Sophia. Pas comme chez Genesis ou Yes, mais dans l'approche progressive des compositions, qui recèlent différentes séquences, différentes atmosphères. Un peu comme chez Radiohead et les formations de post-rock. Qu'en pense le principal intéressé ? « Je confirme ! Merci pour ces comparaisons, qui m'honorent ! »

Ce qui surprend lors de cette interview, c'est que contrairement à la plupart des musiciens connus, Robin Proper-Sheppard s'intéresse véritablement à son interlocuteur. Ce qui permet de présenter mes activités comme scribouillard bénévole pour différents 'webzines', DJ et animateur d’émission radio. On parle du nouvel elpee de The KVB, paru sur Invada Records ; de l’interview que votre serviteur a réalisée en compagnie de John Foxx et je promets de lui envoyer 'Hiroshima, Mon Amour', le titre culte d'Ultravox !

Plus tard, Robin accordera un showcase privé devant une centaine de fans dans la petite salle, chez PiaS. Sans micro et sans amplification, il va nous réserver des versions acoustiques de ses chansons, en agrémentant sa prestation d'anecdotes savoureuses. Un moment inoubliable !

Sophia se produira en concert au Botanique le 26 avril (c’est sold out) et dans le cadre du festival Pukkelpop, le 19 août.

Pour vous procurer le nouvel album « As We Make Our Way (Unknown Harbours) », c’est ici 

Photo Philip Lethen

Hier soir, le 10 avril, la finale du Rock Rally, le concours du magazine flamand Humo, a consacré Whispering Sons, un groupe de 5 musiciens originaires de Houthalen-Helchteren, près de Genk. A la 2e place du classement du jury, le groupe de Hip-Hop Rewind Productions, et en 3e position, un certain Dirk.! Le prix du public est revenu à Delta Crash. 
 
Whispering Sons définissent leur style musical comme étant un 'postpunk belge sombre et atmospherique'. En les écoutant, on pense à Joy Division, The Cure, The Soft Moon ou Sisters of Mercy mais ce qui frappe surtout, c'est la voix unique, très grave, de la chanteuse: Fenne Kuppens. Elle évolue quelque part entre Nico, Siouxsie Sioux, Lebanon Hanover ou November Növelet. 
 
Après une multitude de concerts, dont, entre autres, la première partie de Grand Blanc au Botanique, le quintet a sorti un EP en format digital sur Bandcamp, en cassette sur le label gantois Wool-e-Tapes et sur vinyle via Minimal Maximal, un des deux labels de la légende belge Dirk Ivens (Absolute Body Control, The Klinik, Sonar, Dive,...). 
 
Whispering Sons y parvient à transcender toutes les influences citées plus haut pour définir un style musical original et parfaitement contrôlé. Avec Charnier, Organic et Luminance, ils représentent ce qui ce fait de mieux pour l'instant au sein de cette 'nouvelle vague' belge de musiques sombres inspirées des années '80.
 
En gagnant le prestigieux Rock Rally, Whispering Sons rejoignent un 'hall of fame' qui compte déjà, entre autres, dEUS, Milow, Goose, Admiral Freebee, Absynthe Minded ou Compact Disk Dummies! 
 
Pour écouter et commander 'Endless Party', cliquer ici.
 
Photo: Bram Scheerlinck
 
Pour écouter l'interview accordé à l'émission WAVES (Radio Vibration), cliquer ici pour la version française et ici pour la version anglaise.  
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