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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 
dimanche, 23 août 2015 01:00

On a encore quelque chose à dire !

Paul Humphreys, cofondateur d'Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD), est un gentleman. En pénétrant dans sa loge du BSF, son grand sourire et sa simplicité forcent l'admiration. Qui pourrait croire que lui et son compère, Andy McCluskey, ont vendu plus de 40 millions de disques ? Une modestie qui est la marque des plus grands.

L’interview de Paul Humphreys se déroule avant le concert que le groupe va accorder sur la Place des Palais, en cette soirée de clôture du festival. Après John Foxx et Peter Hook, votre serviteur a la chance de côtoyer un autre de ses héros. Paul n'a pas tellement changé depuis les années 80. Evidemment, ses cheveux ont viré au gris, mais il a toujours cette bonne bouille de bébé rayonnant qui fait son charme.

La première question est très classique, elle concerne le patronyme du groupe. ‘Manoeuvres orchestrales dans l'obscurité’, c’est presque un gag, non ? « En fait, nous avions reçu un appel téléphonique émanant du Eric's Club à Liverpool », raconte Paul. « C'était en 1978. Les organisateurs nous proposaient d’assurer la première partie de Joy Division. On a répondu qu’on aimerait beaucoup le faire! Le gars nous a demandé alors : « C'est quoi le nom de votre groupe ? » On n'en avait pas. Il a ajouté : ‘Vous avez deux heures avant que nous imprimions les affiches’. Alors nous avons couru vers la maison d'Andy. A l'époque, on notait toutes nos idées de chansons sur le mur. On a parcouru la liste et quand on a lu ‘Orchestral Manoeuvres in the Dark’, on en a conclu qu’il nous distinguerait des autres formations. » Issues du punk, sans doute ? « Oui, Eric's Club était un club punk et nous voulions nous différencier. En plus, on était convaincu de ne jouer qu’un seul concert ; donc ce choix n’avait aucune importance » (rires).

Le destin en décidera autrement. En fait, l’épouse de Tony Wilson, le patron de Factory Records, la compagnie de disques de Joy Division, est tombée sous le charme de leur musique et elle a insisté auprès de son mari pour qu'il les prenne sous son aile. Pour Wilson, OMD était beaucoup trop pop, mais il accepte néanmoins de les engager à l’essai. OMD est donc invité à enregistrer un premier single, ‘Electricity’, sous la houlette de Martin Hannett, le légendaire producteur qui a, entre autres, créé le son de Joy Division. Petit problème : Andy et Paul ne sont pas satisfaits du résultat ! « En fait, nous avons accepté sa version d’‘Almost’, qui figurait en face B », rectifie Paul. « Mais celle d'‘Electricity’ était un peu trop 'ambient' à notre goût. Nous en souhaitions une plus dense, plus électro. Nous préférions la nôtre à celle de Martin, même si nous étions fans de son travail. C'était juste pas ce qu'on voulait. »

C'est donc la mouture enregistrée en compagnie de Paul Collister qui devient le très recherché single ‘FAC6’ de Factory Records. Grâce à cette carte de visite, OMD signe un contrat juteux chez Dindisc, une filiale de Virgin. « Andy et moi, nous avons alors décidé de consacrer l’argent encaissé, à l’achat d’un équipement studio. Nous avons construit le nôtre, conscients qu’il n’existait pas de marché pour ce type de musique et qu’en définitive, on allait être largués après le premier elpee. Mais au moins, on disposerait de notre propre studio ! »

Une fois de plus, le destin va en décider autrement. La 3ème version d'‘Electricity’, enregistrée dans leurs nouvelles installations, opère son entrée dans les charts anglais et européens, lançant ainsi leur carrière. Paul insiste beaucoup sur le contrôle qu'ils ont constamment voulu avoir sur leur son. « Andy et moi avons toujours eu une idée très claire de la façon dont notre musique doit sonner. C’est pourquoi nous avons régulièrement rencontré des problèmes auprès des producteurs. Nous avons même bossé en compagnie de Toni Visconti sur l’LP ‘Junk Culture’. Visconti a produit des disques fabuleux pour David Bowie et bien d'autres, mais il ne convenait pas pour nous. Dans son livre, il a écrit qu'on comptait trop sur la technologie. Mais nous sommes un groupe électro ; bien sûr que nous tirons parti de la technologie! » (rires)

Ce côté technologique, OMD le doit certainement à Kraftwerk, les pionniers allemands de la musique électronique. Le génie d'OMD a été de marier la technologie de Kraftwerk, le côté proto-punk hypnotique de Neu! et l’aspect sombre de la new wave. Paul Humphreys approuve mon analyse. « Quand nous avons commencé, nous écoutions 5 groupes ou artistes : Kraftwerk, Neu!, LA Düsseldorf, Can et David Bowie. Egalement le Roxy Music des débuts, celui de Brian Eno. Quand ce dernier a quitté Roxy, nous avons continué à suivre son parcours. C'est grâce à lui que nous avons acquis ce côté mélancolique, je pense… »

Il est vrai que le rôle d'Eno a été prépondérant dans la naissance de la new wave, surtout le feeling sombre, le ‘Weltschmerz’, le ‘Spleen’, que l'on rencontre sur les albums de Bowie dans sa période berlinoise. En intégrant, cette ‘noirceur’, Humphreys et McCluskey ont contribué à définir le son de la new wave électronique. Etonnant, mais certains artistes ont, au même moment, développé une musique similaire. Notamment The Human League et Gary Numan. Hasard ou synchronisme ? « A l'époque, Internet n’existait pas », explique Paul. « Nous n'avions aucune idée de l'existence de ces autres formations. En fait, certains magasins de disques importaient de la musique allemande. Et je pense que nous l’avons tous découverte au même moment. Personne n'était plus choqué que nous quand Gary Numan a atteint le numéro ‘1’ des charts grâce à ‘Are Friends Electric’. On s'est dit : ‘Il vient d'où, celui-là ?!’ Puis, nous nous sommes aperçus que nous n’étions pas les seuls à partager les mêmes influences. »

Parmi ces pionniers, n'oublions pas John Foxx ! Rappelons que ‘Hiroshima, mon amour’, un titre qui date de 1977, est probablement le premier titre 100% électronique new wave de l'histoire de la musique. Sur ce point également, Paul abonde dans le même sens. « Oui, je pense que c'est vrai. J'aime beaucoup John Foxx. Il a tourné avec nous en 2013. Très chouette de vivre en sa compagnie. Et puis, c'est un gars adorable ! » Ayant eu la chance de l'interviewer, votre serviteur ne peut que confirmer, ajoutant même que son attitude, très 'gentleman', donne envie de l'appeler 'Sir'. « Exactement », confirme Paul. « Il a ce style typiquement britannique. »

Impossible de ne pas parler de synthétiseurs quand on a devant soi un ‘synth wizard’ comme Paul Humphreys. Il paraît même qu'il construit lui-même des synthés. Est-ce une légende ? « Au début, on était fauchés ; donc j'ai fabriqué des synthés, c'est vrai. On les entend sur le premier long playing. J'ai aussi façonné une batterie électronique très 'kraftwerkienne', qu'on entend sur ‘Almost’. Après, elle est tombée en panne et je m’en suis débarrassée. Je la regrette maintenant ! »

Comme pas mal de groupes issus des eighties, OMD a connu un passage à vide pendant les périodes 'grunge' et 'britpop' des années 90 et 2000. Mais en 2006, le tandem est à nouveau rattrapé par le destin. « On a eu l'occasion de jouer quelques concerts. On s'est demandé qui peut encore être intéressé par OMD aujourd'hui ? Nous avions été absents pendant 10 ans. On a décidé d’accorder 9 prestations afin d’y interpréter ‘Architecture & Morality’, dans son intégralité. Certaines chansons n'avaient jamais été exécutées en ‘live’ et c'est de toute façon un LP emblématique. Les 9 spectacles ont été sold out en quelques heures et on a fini par aligner 49 dates. Soudainement, nous étions de retour… »

Petit problème technique : comment se débrouille-t-on pour rejouer les anciens morceaux à l'identique quand on n'a plus les synthés originaux ? « On a été obligé de racheter tous les synthés ! Je me souviens même qu'à un certain moment, on avait besoin d'un Korg Micro-Preset ; et, Andy et moi, on s’est mis à renchérir l'un contre l'autre, sans le savoir, sur eBay, pour l’acquérir ! » Pas question, par contre, d’emporter sur la route, ces vieux synthés. « Non, ils ne sont pas fiables. Ils se désaccordent et il faut avoir tout en double. Donc, on a échantillonné les sons. Ce qui exige beaucoup de mémoire mais les synthés modernes, comme la station Roland Fantom, peuvent y parvenir sans problème. »

Et si on parlait de la Belgique ? « On aime beaucoup la Belgique ! Nous y avons vécu pendant plusieurs mois, dans les eighties ! Nous avons loué une ferme près de De Haan (NDLR : Le Coq) pour y travailler. » N'est-ce pas là qu'a été enregistrée la version 'dub' de ‘Julia's Song’, qui vient de ressortir il y a quelques mois ? « En effet ! On l’a réalisée avec la section de cuivres des Frères Weir... »

Toujours concernant la Belgique, OMD a également travaillé en compagnie de la formation malinoise Metroland. « Oui, quand nous avons achevé la chanson intitulée ‘Metroland’, on s’est rendu compte qu’il existait un groupe baptisé Metroland. Donc, on les a contactés et il s'est avéré qu’il s’agissait de grands fans, donc ils ont réalisé un remix du morceau ! » Malheureusement, un des gars de Metroland, Louis, est décédé récemment… « Je sais, c'est tellement triste... »

A propos, n’est-il pas bizarre pour vous, de revenir dans le parcours, après autant d'années d’absence ? N'est-ce pas un peu comme si on vous avait accordé une seconde vie ? « Oui, c'est tout à fait ça ! Mais en même temps, on ne veut pas passer pour un groupe 'rétro', incarner un pastiche de nous-mêmes. Nous avons astreint notre reformation à une condition : avoir encore quelque chose à dire ». Donc, on est retournés en studio et on s'est rendu compte qu'on éprouvait encore beaucoup de plaisir à composer ensemble. Et manifestement, on a encore quelque chose à dire ! Ce qui a débouché sur la confection d’‘English Electric’, un album dont nous sommes très fiers. »

Y a-t-il de nouvelles compos en préparation ? « Nous disposons déjà de 5 chansons pour le prochain disque. Il paraîtra l’an prochain » Thank you, Paul ! « My pleasure... »

Merci à Nicky du BSF, à Simon Fuller, le tour manager d'OMD et bien sûr à Paul Humphreys ainsi qu’à Andy McCluskey.

Pour voir la vidéo d’OMD interprétant « Electricity » au BSF, c’est ici 

 

 

mercredi, 15 juillet 2015 17:14

Nouveau single gratuit de FRONT 242

It's A Lovely Day! Le groupe culte belge FRONT 242, un des leaders de l'EBM (Electronic Body Music), a annoncé la sortie d'un single en téléchargement gratuit sur Bandcamp: "Lovely Day (Remastered)" / "Take One (RADICAL G Mix)".

Le remastering de "Lovely Day" annonce la sortie imminente d'une réédition de l'album emblématique "No Comment" (1984). Le label, Alfa Matrix, affirme que cette réédition "présentera le son novateur de l'album dans la meilleure qualité audio possible aujourd'hui, tant sur vinyle que sur CD". On se réjouit d'avance! 

En supplément, le nouveau single propose un remix de "Take One" par Glenn Keteleer, aka RADICAL G, un des artistes les plus prometteurs de la scène Dark Techno/EBM en Belgique.

Et ce n'est pas tout: FRONT 242 offre de surcroît un kit de remix de "Take One" pour les candidats remixeurs. Le groupe sélectionnera les trois meilleurs remixes, qui seront intégrés dans un deuxième single en téléchargement gratuit, qui sera publié le 30 août.

On est évidemment déçus que FRONT 242 ne propose pas de nouvelles compositions mais les membres du groupe ont déclaré à plusieurs reprises qu'il préfèrent ne rien sortir de nouveau plutôt que de sortir quelque chose dont ils ne sont pas satisfaits à 100%. 

C'est par cette affirmation que Denis Gérardy, directeur de la programmation du Brussels Summer Festival (BSF), a clôturé la conférence de presse organisée le 24 juin dernier au BIP, à côté de la Place Royale. Le calcul est en effet simple : le 'pass' de 10 jours du BSF coûte entre 50 et 70 EUR, ce qui équivaut à un coût de 5 à 7 EUR par jour, de loin le prix le plus démocratique dans la catégorie des festivals de haut niveau.

Avant de passer en revue les nouveautés et les atouts principaux de cette 14ème édition, Gérardy n'a pas pu s'empêcher de préciser que l'organisation du festival est devenue « de plus en plus compliquée et ça ne devrait pas s'arranger à l'avenir ». A l'issue de la conférence de presse, il a accepté de nous en dire plus et a confié, dans une entrevue exclusive, sans langue de bois : « Il y a trop de festivals et d'événements ! Cette prolifération n'est pas bonne !». En effet, à côté des incontournables Rock Werchter et Pukkelpop sont venus se greffer une série de festivals 'moyens' qui constituent une concurrence pour le BSF, comme par exemple, le festival à Ronquières ou celui de Tubize.

En plus, selon lui, « les marchés de l'Asie et des pays de l'Est sont en pleine explosion et ils font des ponts d'or aux grands groupes ». Conséquence, le catalogue disponible pour l'Europe se réduit et les festivals se battent pour obtenir les têtes d'affiche. Autre conséquence, Rock Werchter se voit obligé d'aller puiser dans la catégorie des groupes 'midrange', qui sont habituellement l'apanage du BSF. Gérardy donne l'exemple d'Archive, que Rock Werchter et le BSF vont devoir se partager. Il donne également l'exemple des Pet Shop Boys, qui ont finalement préféré les contrats juteux des festivals asiatiques.

En dépit de cette situation 'compliquée', le BSF se réjouit d'avoir pu négocier quelques belles exclusivités. On pense évidemment à Etienne Daho, qui accordera un concert exclusif pour la Belgique. « Nous avons été les premiers à identifier l'opportunité », signale Gérardy. « Cela nous a permis d'imposer une exclusivité pour la période d'été ». Autre succès du BSF : AaRON, le duo français, qui présentera son nouvel album, « We Cut the Night », en exclusivité européenne (à l'exception du festival de Montreux).

Autre belle 'exclu' belge, Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD), les pionniers anglais de la new-wave électronique, chers au coeur de votre serviteur, qui compléteront le tableau du dimanche 23 août, à côté d'Archive, Paon et AaRON.

Les nouveautés

Au rayon des nouveautés, rappelons que le festival remplacera le « Magic Mirror » par la salle de La Madeleine, qui est en pleine rénovation. C'est là que se produiront une majorité d'artistes locaux et/ou de projets plus intimistes. La salle mythique abritera également une soirée Télébruxelles, une soirée Jaune-Orange ainsi qu'une spéciale du nouveau partenaire média, Bel-RTL.

Notons aussi que les 4 soirées de concerts sur la place des Palais seront placées à la fin du festival, plutôt qu'au début comme auparavant. Les organisateurs promettent également un meilleur aménagement de cette place qui est, il faut le reconnaître, un goulot peu confortable pour le public.

Enfin, l'instauration du piétonnier dans le centre de Bruxelles aura un impact sur le BSF : en effet, le boulevard de l'Empereur, devenu une des artères majeures de contournement du centre, devra rester libre jusqu'au soir. Les concerts au Mont des Arts commenceront donc plus tard, vers 19h30.

En conclusion : on se réjouit de la bonne santé de ce festival citadin, qui parvient chaque année à se renouveler. Ses atouts majeurs sont l'intégration au coeur de la ville, les prix démocratiques, la variété de programmation et la très bonne ambiance ! On regrettera cependant à nouveau le relatif conformisme de la programmation, qui favorise les courants 'mainstream' et les habituels 'chouchous' belges et qui hésite malheureusement trop à piocher dans les genres plus alternatifs ou à donner une chance à des formations locales qui n'ont pas le support des cercles 'médiatico-culturels'.

Les informations complètes sur le festival se trouvent ici : www.bsf.be

Un an après avoir accordé un concert au Depot à Louvain, Chameleons Vox était de retour dans la même salle. Dirigé par Mark Burgess, l'un des plus talentueux chanteurs/compositeurs de l'histoire du rock (et un de mes ‘héros’), The Chameleons a marqué les années 80 en ciselant des bijoux de rock post-punk psychédélique, comme "Script of The Bridge" ou "Strange Times". Malheureusement, la formation s'est séparée après la mort de son manager Tony Fletcher, en 1987. Après avoir tenté plusieurs projets en solo ou en compagnie d'autres musiciens (The Sun and The Moon, Invincible, ...), Mark Burgess a décidé, en 2000, de reprendre le flambeau sous le patronyme Chameleons Vox (la voix des Chameleons) en s'associant au batteur originel, John Lever et à d'autres musiciens.

La tournée 2014 se concentrait sur l'interprétation intégrale du premier album des Mancuniens, « Script of the Bridge ». Cette année, Mark Burgess a enrichi la setlist en ajoutant des titres issus de leur second opus : « What Does Anything Mean? Basically », qui date de 1985.

L'année dernière, Mark Burgess avait accordé une interview à votre serviteur (voir l'enregistrement ici). C'est un homme attachant, brillant et pétri d'un humour typiquement britannique. Il nous avait parlé de son enfance à Manchester, des Beatles, de T.-Rex, de l'enregistrement de « Script... », de ses projets, etc., mais aussi, de son intérêt pour les OVNI, les expériences proches de la mort et les phénomènes paranormaux, en général.

Cette année, pas d'interview mais un concert qui promet, à nouveau, d'être émouvant. Le Depot est en configuration 'box', car un rideau coupe la salle en deux. The Chameleons Vox n'attire pas la toute grande foule, mais c'est un public de véritables fans, majoritairement des quadragénaires, qui est venu vivre ce moment unique.

Dès la première chanson, « Swamp Thing », le ton est donné. La formation reproduit à la perfection le titre original. Depuis qu'il a recommencé à jouer de la basse sur scène et qu'il s’est coupé les cheveux, Mark Burgess ressemble beaucoup plus à l'image qu'il reflétait dans les années 80. Ce qui frappe également, c'est l'excellent travail réalisé par les deux guitaristes, Neil Dwerryhouse et Chris Oliver, qui réussissent la gageure de reproduire les tonalités extrêmement élaborées, créées à l'époque par Dave Fielding et Reg Smithies. Par contre, pas de John Lever cette année : le batteur originel des Chameleons est remplacé par un Français, Yves Altana.

Le son général est parfait. Le public est assez calme mais la première grosse réaction ne tarde pas à venir, pendant « Monkeyland ». C'est un des titres phares des Chameleons. Le morceau s’ébroue tout en douceur, mais quand éclate le refrain, le public reprend comme un seul homme : ‘It's just a trick of the light !’

Pendant « Soul In Isolation », une composition particulièrement complexe issue du troisième elpee, « Strange Times », Burgess a recours au 'song dropping' en glissant quelques extraits d’« Eleanor Rigby », des Beatles. Et il introduit, lors de « Singing Rule Britannia (While the Walls Close In) », une évocation musicale de « Transmission », de Joy Division, une autre formation issue de Manchester.

Le set se termine par « Second Skin », une de mes 10 chansons préférées toutes époques et catégories confondues. Sept minutes de pur plaisir, où l'on ressent pleinement la profondeur de l'inspiration de Burgess, qui puise ses racines dans les années 60. Le public chante en choeur l'introduction mais le meilleur moment, c'est bien sûr la partie finale, superbement psychédélique. On flotte dans un autre monde, transpercé par la beauté hypnotique de la musique. Mark glisse à nouveau quelques notes de « Please, Please Me », adressant un nouveau clin d'oeil aux quatre garçons dans le vent, qui ont bercé son enfance.

Le rappel va nous réserver quelques classiques incontournables et indémodables, depuis l'énergique « Up the Down Escalator » jusqu'au superbe « View From A Hill », sans oublier « Return Of The Roughnecks ».

De retour sur le podium pour un second encore, événement assez rare pour le souligner, Mark Burgess accède enfin à la demande de certains fans, qui réclamaient « Don't Fall » depuis le début du concert. L'interprétation est impeccable et Mark Burgess clôture sa prestation en descendant de la scène avec sa basse pour se mêler au public. On a presque envie de lui dire : ‘Don't fall, Mark. Don't do like The Edge !’

En conclusion, hormis le manque relatif d'interaction entre les musiciens en ‘live’, ce show a été en tous points parfait. On a pu se rendre compte de l'incroyable spectre qui caractérise les Chameleons : une musique puissante et en même temps très sophistiquée, des paroles très poétiques, voire philosophiques, révélant un regard unique sur la société et la condition humaine. On attend impatiemment les nouvelles compositions de Mark Burgess et surtout son nouvel elpee, dont la parution semble malheureusement reportée d'année en année.

La première partie a été assurée par Der Klinke, une formation établie à Ostende drivée par l’ami Geert ‘Chesko’ Vandekerkhof. Savant mélange entre new-wave des années 80 et darkwave des années 90, sa musique évoque Fad Gadget, mais aussi Project Pitchfork. Responsable de hits tels que « The Doll » (inspiré par « Ladyshave », dixit Chesko lui-même) et « Where It Ends » (chanté par Sam Claeys, le bassiste, ex-Red Zebra), Der Klinke est un des groupes les plus prometteurs de la scène 'dark' belge.

Setlist Chameleons Vox :

Swamp Thing
A Person Isn't Safe Anywhere These Days
Here Today
Perfume
Garden
One Flesh
As High As You Can Go
Caution
Monkeyland
Soul In Isolation
Singing Rule Britannia (While The Walls Close In)
Second Skin

Encore 1 :

Up The Down Escalator
Return Of The Roughnecks
View From A Hill

Encore 2 :

Don't Fall

(Organisation : Het Depot, Leuven)

Photo : Emmanuelle Golenvaux

samedi, 16 mai 2015 01:00

Eurorock 2015 : samedi 16 mai

C'est le dernier jour de l'Eurorock et aussi le plus important, car c'est aujourd'hui que doivent se produire les plus grandes têtes d'affiche : Killing Joke, Front 242, Fields of The Nephilim, etc. Pour rappel, l'Eurorock est un festival qui tente de renaître de ses cendres après 12 ans de silence. Se déroulant à Neerpelt, dans le Limbourg, il se focalise sur les musiques ‘sombres’ qui ont marqué les années '80. Et tout particulièrement les genres new wave, post punk, rock gothique, EBM (Electronic Body Music), synth-pop, électro-indus, etc.

Lorsque nous arrivons sur place, vers 13h, le ciel est gris et il semble régner une atmosphère de chaos. Nous l'apprendrons plus tard, le festival a dû être interrompu vers midi en raison du vol d'une partie de la recette. En outre, victime d’un malaise l'organisateur a dû être hospitalisé. Après plus d'une heure et demie d'attente, des responsables montent sur le podium pour annoncer que le festival a été repris en main par des volontaires et qu'ils vont essayer de poursuivre le programme en compagnie des artistes qui acceptent de jouer gratuitement ou pour une partie de leur 'fee'.

Lacrimas Profundere, monte alors sur l’estrade. Un groupe allemand de rock gothique. Sa musique est sombre et mélancolique, ce qui a l'heur de plomber encore plus l'atmosphère.

Il faudra attendre Crash Course In Science pour nous remonter quelque peu le moral. Issue de Philadelphie, la formation est née en 1979. En ‘live’, elle propose une minimal synth très sautillante et pétulante. Michael Zodorozny, un des membres originaux, est toujours au poste. Il chante plein d’entrain les petites perles de pop expérimentales que sont « Flying Turns » ou « No More Hollow Doors ». La chanteuse qui le soutient s'acquitte honorablement –même si elle en fait parfois un peu trop– des parties vocales, interprétées à l'origine par Dale Feliciello : « Cardboard Lamb » et « It Costs To Be Austere ». Nice show !

Groupe de metal gothique, Xandria tente de réchauffer un peu l’atmosphère, qui demeure cependant morose. Et ce n’est pas le set assez décevant de Portion Control qui parviendra à inverser la tendance.

Un peu plus tard, on apprend que Front 242, Neon Judgement et Fields of The Nephilim ne se déplaceront pas. Pffff... On craint que l’Eurorock ne tourne au fiasco et puis... miracle, on nous informe que Peter Hook and The Light, la formation drivée par le légendaire bassiste de Joy Division et de New Order, va quand même jouer! On est soufflés car le Mancunien a une réputation de mauvais caractère ; et on se souvient du ramdam qu'il avait provoqué lorsqu'il n'avait pas été payé lors du Shadowplay de Waregem. En prenant du recul, il faut reconnaître que c'est sans doute Peter Hook qui a sauvé l'Eurorock d'une débâcle totale.

Au moment où il monte sur l’estrade, Hook précise d'emblée : ‘Nous allons jouer pour rien mais on a déjà dû jouer pour rien dans des festivals encore pires que celui-ci !’ Il enchaîne immédiatement par « Atmosphere » et on a l’impression qu’un événement va se produire. En effet, survolté par les circonstances négatives, Peter Hook va accorder une prestation remarquable, carrément punk ! Ce sera un véritable ‘best of’ de Joy Division que le combo va dispenser, en hommage à Ian Curtis, à quelques jours de la commémoration de sa mort. Evidemment, la voix de Peter Hook est plus que limite ; et il l’avoue lui-même. Mais de le voir interpréter des classiques comme « Insight » et « Dead Souls », 35 ans plus tard, ça fait chaud au coeur. C'est son propre fils, Jack, qui se charge de la basse. Peter ne sait pas cumuler voix et instrument en même temps, mais il nous réserve quand même quelques parties sur sa superbe Eccleshall de couleur rouge. Pendant « Digital », la foule entame même un pogo ! Le reste du show touche au sublime : « Isolation », « She's Lost Control » et enfin, « Shadowplay » nous achèvent complètement. Peter Hook a prouvé qu'il était un grand Monsieur. En plus, il se murmure qu'il a prêté son 'backline', son matériel de scène, aux autres groupes suite à la défection d'un des fournisseurs. Chapeau !

Vers 18h45, boostés par ce grand moment et par le soleil qui est revenu, nous retournons vers l'autre podium pour assister au concert d'Absolute Body Control, le premier projet créé par Dirk Ivens, à la fin des années 70. Comme d’habitude, il est accompagné par son compère Eric Van Wonterghem, aux claviers. Poursuivant sur la lancée de Peter Hook, le duo belge aligne également hit sur hit. Evidemment, le son est moins énorme : c'est de la synth-pop assez minimale, comparable au premier album de Depeche Mode. « Melting Away » est superbe et Dirk se déplace sur la scène tel un félin à la recherche d'une proie. Après un tout nouveau titre, « Sorrow », assez calme, ABC repart en force et attaque « Never Seen » et « Give Me Your Hands ». En rappel, le tandem va nous gratifier d'un excellent « Into The Light » : ‘Proficiat, Dirk & Eric !’

Nous nous autorisons une pause pendant Whispers in The Shadow, une formation de cold wave/gothic rock déjà vue auparavant, mais pas question de rater Anathema ! Créé à Liverpool au début des années '90, ce band est parvenu à faire évoluer son style du doom-metal vers le prog-metal, avant de s’orienter vers un prog rock alternatif proche de Steven Wilson, Radiohead, voire même Portishead. ‘Nous ne sommes pas payés mais il y a des choses plus importantes que l'argent. Le respect, par exemple, le respect pour vous, qui avez payé vos tickets’. C'est par ces mots, admirables, que Vincent Cavannagh, le chanteur, entame le concert. Le premier titre est éponyme, c'est « Anathema » et aux côté de Vincent, on retrouve la famille Cavannagh : Danny à la guitare et Jamie à la basse. A la batterie, il y a John Douglas et au second chant, la jolie Lee Douglas (encore une histoire de famille).

Pendant « Untouchable Part 1 & 2 », on se met à planer sur les belles harmonies mais l’ensemble manque un peu de pêche. Heureusement, on a droit au fabuleux « Closer », un OVNI musical aux confins de l'électro, du prog rock et de l'indie rock : une pure merveille. Anathema prend congé sur « Distant Satellites » et on remercie les musicos pour le merveilleux geste désintéressé qu'ils viennent de poser. Thx !

Epuisés, nous nous accordons une nouvelle pause pendant Tanzwut et après une courte interruption, on entend la musique d'Eyes Wide Shut (« Masked Ball » de Jocelyn Pook) et c'est... Killing Joke !!! La formation de Notting Hill commence en force, par son plus grand hit, « Love Like Blood ». Immédiatement, c'est le délire dans le (et autour du) chapiteau. Le son est d'une puissance phénoménale et Jaz Coleman, arborant son look rituel de Severus Rogue (ça me rappelle quelqu'un – private joke), parvient sans trop d'effort à placer sa voix de stentor au-dessus de la mêlée. On vit un grand moment, qui se poursuit par Wardance », « Complications » et « Requiem ». Le béret sur la tête et la cigarette au bec, Geordie White est impérial, comme à l'accoutumée. Quant à Youth, à la basse, il a l'air de plus en plus... jeune ! Symboliquement, le groupe nous réserve « Money Is Not Our God », un titre de circonstance ! Au total, Killing Joke va interpréter 17 titres, dont certains, rallongés. Un show exceptionnellement long et d'une rare intensité.

Trop fatigués pour attendre Therion, nous quittons la plaine de Neerpelt satisfaits, persuadés d'avoir assisté à un festival à nul autre pareil. Evidemment, il faudra que la lumière soit faite sur ce qui s'est réellement passé mais une chose est sûre : c'est l'altruisme des volontaires, tant techniciens que musiciens, qui a permis au festival de poursuivre son déroulement et pour cette raison, ils méritent notre respect ! Et c'est grâce à eux que l'Eurorock n'est pas devenu l'Horror-rock... Hum... 

Pour les photos, c’est ici 

vendredi, 15 mai 2015 01:00

Eurorock 2015 : vendredi 15 mai

L'Eurorock renaissait de ses cendres après 12 ans de silence. Il se déroule à Neerpelt, dans le Limbourg, et se focalise sur les musiques ‘sombres’ qui ont marqué les années 80. Et tout particulièrement les genres new wave, post punk, rock gothique, EBM (Electronic Body Music), synth-pop, électro-indus, etc. On se réjouissait du retour de ce festival, d'autant que l'autre grand évènement de ce type, le ‘Gothic Festival’ (qui a changé de nom par la suite, pour devenir le ‘Shadowplay’), avait disparu de la circulation, suite à un imbroglio financier. Si vous avez suivi les communiqués de presse diffusés ces derniers jours, vous êtes donc bien informés : l'Eurorock a dû être interrompu à midi, le samedi 16 mai, en raison du vol d'une partie de la recette. Pris d’un malaise, l'organisateur a dû être hospitalisé. L’organisation a été reprise en main par quelques volontaires et heureusement, la plupart des groupes ont accepté d’abandonner leur cachet ou une partie de leur 'fee'.

Mais revenons au vendredi. Lors de notre arrivée, vers 13h (nous avions fait l'impasse sur la soirée de 'warm-up' du jeudi qui ne proposait qu'un groupe 'live'), rien ne laisse présager cette future débâcle. Tout semble baigner dans l’huile. Un énorme chapiteau abrite deux podiums qui se font face. Ce qui permet de passer d'un concert à l'autre sans interruption. Ce n'est pas encore la toute grande foule, mais l'ambiance est sereine ; et en plus, il fait beau !

Nous mangeons un bout en écoutant de loin la musique électro-indus de XMH ; mais c'est au moment de This Morn' Omina, que nous nous pénétrons sous la tente. Quoique méconnu, ce combo belge (le jeu de mot, lui est connu!) surprend agréablement. Sa musique post-industrielle véhicule des accents tribaux, notamment grâce au chant et aux percussions 'live'. Le line up réunit le fondateur Mika Goedrijk, Karolus Lerocq, Jelle Mattez, Peter Morningstar et mon ami Bavo Jipla. Dans l'ensemble, le set est réussi, fascinant et irrésistible. Une belle découverte !

Star Industry, c'est un peu le Sisters of Mercy noir-jaune-rouge. Son rock gothique se complait malheureusement trop dans le mimétisme pour attirer l’attention. On a quand épinglé une reprise, très douteuse, du célébrissime hit ‘Kids’ de MGMT. Hum...

Ensuite, le légendaire Luc Van Acker, une des figures marquantes de la pop/new wave des années 80 en Belgique, va nous accorder un show impressionnant. Coiffé de sa casquette de marin et entouré de 6 musiciens, il nous propose les meilleurs morceaux de son unique album, « The Ship », un elpee qui date de 1984. L'ambiance est très fun, et très funky ! « Feels Like Love », « Wildlife » et « Climbing The Mountain » déménagent littéralement. Classique, « Zanna » est superbement exécuté en duo, non pas en compagnie d’Anna Domino, mais de la choriste du band. Chouette set !

A Split Second est une autre formation belge. Selon la légende, elle est la responsable de la new beat. C'est en effet un de ses morceaux, « Flesh » qui, ralenti de 45 tours à 33 tours (+ 8% de pitch) par le DJ Marc Grouls, a lancé ce phénomène au Boccacio, près de Gand. Mais il ne faut pas se tromper : A Split Second est au départ, un groupe EBM. Créé par Peter Boone et Marc Ickx en 1985, il est toujours actif aujourd'hui. Sur les planches, il commence par le célèbre « Colonial Discharge », qui est malheureusement coupé au moment de l'instrumental pour laisser la place à « Rigor Mortis ». Pendant « Colosseum Crash » et « Mambo Witch », on remarque la très forte présence sur le podium du chanteur, Marc Ickx. Très autoritaire, il va jusqu'à agresser (gentiment) son guitariste sur le titre « On Command ». La dernière flèche décochée sera... « Flesh », dans sa version rapide (45 tours), pour le plus grand plaisir d'un public de plus en plus nombreux et de plus en plus réceptif.

Après une longue pause, nous revenons pour Diary of Dreams, les champions de la darkwave allemande. Originaire de Reutlinger, la formation emmenée par Adrian Hates est une tête d'affiche régulière des festivals gothiques. Sur disque, sa musique est très élaborée et affiche un côté solennel, symphonique et romantique. Malheureusement, le band a la mauvaise idée de durcir le ton en ‘live’, de rajouter des guitares un peu poussives et d'en faire une tonne pour jouer aux ‘entertainers’. Mais ne boudons pas notre plaisir, la qualité y est et les compos font quand même mouche, que ce soit « Chemicals », « Undivided » ou surtout, le superbe « Kindrom ».

Nous zappons volontairement Crüxshadows, ne supportant ni la voix de canard du chanteur, ni le côté pop décérébrée des compositions. Nous préférons nous placer pour la sensation de la journée : Suicide Commando. J'ai beau avoir vu la formation de Johan van Roy de nombreuses fois, je suis toujours soufflé par la puissance de sa musique. Après avoir créé son projet en 1986, le Campinois est devenu un des pionniers de l'electro-indus, en combinant les aspects EBM de groupes comme The Klinik ou Front 242 et des éléments post-industriels inspirés par Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire, épiçant le tout à d’une imagerie très 'dark' et de vocaux 'diaboliques', trafiqués par de multiples effets. Son hit « See You In Hell » a été l'un des club-killers des années 90 et continue de faire le bonheur des soirées 'dark'. A l'Eurorock, le groupe n’a pas joué « See You In Hell », mais il y a suffisamment de titres irrésistibles dans le répertoire de Suicide Commando pour satisfaire les fans. « Bind, Torture & Kill », par exemple ou « God Is In The Rain », caractérisé par son riff très orienté folk (eh oui!). Van Roy est, comme d'habitude, vêtu d’une chemise noire, sur laquelle il a noué une cravate rouge. Il virevolte d'un côté à l'autre de l’estrade. Le public réagit très positivement à cette musique captivante et danse sans hésiter sur « Dein Herz Meine Gier » ou « Love Breeds Suicide ». Les vidéos sont superbes, extrêmes et d'une esthétique volontairement violente. « Attention Whore » et « Die, Motherf*cker Die » clôturent à merveille une prestation en tous points irréprochable. Bravo !

A peine le temps de souffler que les amis de Vive La Fête entament leur set de l'autre côté du chapiteau. Els Pinnoo et Danny Mommens font pratiquement partie des meubles. Il n'y a pas un festival ou une fête de village sans un concert des Gantois. Créé en 1997, Vive La Fête a réussi à percer grâce au support fourni à l'époque par Karl Lagerfeld. Leur show à l'Eurorock est sans surprise, très professionnel. Leur style associe new wave, Neue Welle avec un côté électro-pop naïf très touchant. « Tokyo », « Assez » et « Schwarzkopf » sont d'une efficacité redoutable et la danse frénétique d'Els Pynoo incite tout le monde à remuer les fesses. Dans « Noir Désir », la chanteuse nous montre toute l'étendue de son registre vocal par des cris qui s’élèvent de plus en plus haut. La prestation s’achève très classiquement par la reprise du thème de Jésus-Christ Superstar à la guitare et un final très rock. Rien à redire !

Il est maintenant 22h et on commence sérieusement à se les geler sur la prairie de Neerpelt. Le chapiteau laisse passer le vent qui devient glacial. L'enthousiasme retombe un peu, d'autant que les deux formations suivantes, Oomph ! et ASP, sont tout sauf passionnantes. Le style de Oomph ! est proche de celui de Rammstein. Il est donc plutôt lourdingue. Le seul bon moment du concert survient lors de l’exécution de plus anciens titres, «  Mein Herz » et, surtout, le fabuleux « Der Neue Gott », une bombe de dance-floor ! Mais pour le reste, les musicos sont un peu ridicules, dans leurs costumes de marins. Ils poussent même l'humour (?) jusqu'à entonner une chanson digne de l'Oktoberfest et finissent leur show par une adaptation d’« Always Look On The Bright Side of Life ». Ooumch !

La prestation d’ASP est pire ! Son rock gothique est encore plus pénible et le concert, interminable (1h15!). On ne comprend pas trop bien pourquoi ce groupe figure aussi haut à l’affiche du festival.

Au moment où Apoptygma Berzerk monte sur le podium, il est passé minuit. Frigorifiés, nous parvenons à résister pendant un peu plus de 20 minutes, juste assez pour constater que la formation norvégienne a quand même un peu perdu de sa superbe. Stephan Groth n'est plus le jeune éphèbe look-alike de Brian Molko. Il a pris un peu de poids et porte... une moustache ! Sa synth-pop acidulée ne passe plus aussi bien qu'il y a 10 ans, sans doute à cause de l'heure tardive… Nous décidons donc de rejoindre nos pénates, car demain est un autre jour !

Pour les photos, c’est ici 

 

 

Créé en 2009 par Luis Vasquez, The Soft Moon a contribué à l'émergence d'un style musical à la frontière entre post punk, shoegaze, dark wave, psyché et électro/techno. Aujourd'hui, après avoir publié trois albums et accompli une tournée en première partie de Depeche Mode, le projet de ce Californien d’origine cubaine est devenu le fer de lance d'une nouvelle scène alternative.

Consécration suprême : il accède même aux programmations des festivals branchés 'indie', à l’instar de ce concert accordé en clôture des Nuits Bota. Votre serviteur a eu l’opportunité de d’interviewer l’artiste à deux reprises, ce qui permet notre nouvelle rencontre avant le spectacle. Il me confie ses inquiétudes relatives au choix de la salle. On peut en effet s'étonner qu'un groupe 'noisy' soit programmé dans le Grand Salon, un espace assez intimiste et privé de podium. La Rotonde ou l'Orangerie auraient été mieux adaptées à la puissance que libère la musique de The Soft Moon. Heureusement, Vasquez a quand même obtenu que les sièges du public soient enlevés.

C'est Walter Hus, 'résident' au Grand Salon pendant tout le festival, qui ouvre les hostilités. Il est connu pour le générique de fin du film « The Sound Of Belgium », une adaptation pour Orgue Decap du cultissime « Universal Nation » créé par le producteur electro trance Push. L'Orgue Decap est un instrument inventé par W. Hus : il est composé de flûtes d'orgue et se combine à différents instruments (percussions, accordéon, ...) ; le tout est piloté par des automates programmables reliés à un ordinateur et un clavier. Dingue !

Lors de la soirée Night Owls, il y a une semaine, Walter Hus avait interprété une partition très techno ; mais ce soir, l'orgue de barbarie version 2.0 sonne plus classique, plus cinématographique. Le compositeur gantois joue sur un magnifique piano à queue et l'étrange orchestre impose une ambiance unique, hypnotique même. On épinglera particulièrement « Faro, Ode à la Bière », une belle chevauchée martelée par le rythme des flûtes d'orgue. Surréaliste...

Nul besoin de pause car la formation suivante a déjà installé ses instruments devant l'orchestre de W. Hus. Il s'agit de Prairie, le projet ‘ambient’ du Bruxellois Marc Jacobson. Son premier opus, « Like a Pack of Hounds », est sorti en février. Accompagné de Grégoire Fray (guitare et claviers, Thot et The Hills Mover) et de Catherine Graindorge (violon), Jacobson propose des atmosphères sombres aux structures harmonieuses tout en y entretenant une certaine tension, voire même en y communiquant un sentiment d’angoisse. Pensez à Sigur Rós, Haxan Cloak, Kreng : c'est onirique, comme la bande-son d'un océan calme au crépuscule. Plus tard, des vagues puissantes, déclenchées au synthé-controlleur Akai par G. Fray, viennent se fracasser sur nos tympans, enrichies de guitares cristallines et d'interventions de violon torturées. Superbe et envoûtant...  

Un saut dans le temps et nous sommes prêts à accueillir The Soft Moon. Nous avons pris soin de nous placer au premier rang, vu qu'il n'y a pas d’estrade. C'est le problème au Grand Salon, comme d'ailleurs aussi dans le Witloof Bar. Les sons de synthé de « Inward », l'intro du dernier album « Deeper », s'insinuent dans les baffles et les trois musiciens prennent place. Aux côtés de Luis Vasquez, on reconnaît les deux Matteo : Matteo Salviato à la basse et aux drumpads ainsi que Matteo Vallicelli, à la batterie.

Ce dernier entame un beat répétitif à la grosse caisse pour attaquer « Black », un des meilleurs titres de « Deeper ». La voix de Luis évolue à la frontière entre murmure et cri, un style de chant immortalisé par Trent Reznor. La comparaison avec Nine Inch Nails ne s'arrête d'ailleurs pas là. L'ambiance générale du titre est très 'NINiesque', une tendance qui caractérise plusieurs titres récents de Soft Moon. Dans l'interview qu'il a accordée à Musiczine en février dernier (voir ici dans Musiczine et sur Youtube), Luis nous confiait qu'il considérait Trent Reznor comme ‘une âme-sœur’ (‘a kindred spirit’) ; ce qui explique sans doute cette corrélation inconsciente.

En tout cas, la musique dispensée par The Soft Moon est fabuleuse et captivante, comme si elle était le fruit d’une combinaison parfaite entre l'héritage post punk/new wave/shoegaze et des sonorités technoïdes plus récentes. En parlant de post punk, « Alive » et « Dead Love » déroulent ensuite leurs basses très ‘Curesque’ et leurs guitares ‘batcave’ dopées au flanger. Ici, le chant de Vasquez est plus tribal, davantage dans le cri comme chez Andrew Eldritch. Pour les solos, Vasquez utilise un Moog Sub Phatty, duquel il tire de longues notes en ‘sustain’, qu'il étire et triture à l'aide du 'pitch bend', la molette qui permet de modifier la hauteur de note.

Tout au long de « Far », une bombe imprimée sur un tempo frénétique, le public réagit en dansant et en bondissant, provoquant même un début de pogo. « Wrong » accentue la pression encore grâce à son rythme robotique et son riff exécuté au vocodeur. Au milieu du morceau, Vasquez se fend d'un solo de percussions sur... un fût. Un chouette moment post-industriel !

J'attendais impatiemment « Wasting », une composition issue de « Deeper », qui marque une évolution vers un chant plus structuré et la présence de vraies mélodies. Je n’ai pas été déçu : l'interprétation est impeccable et on est bluffé par la prouesse vocale. Pendant le refrain, on ne peut s’empêcher de penser à Martin Gore et même à Tears For Fears, des comparaisons que Luis accepte volontiers (cfr l'interview).

La fin du set est une irrésistible montée en puissance qui culmine au moment de « Being », un véritable brûlot ! Drapé dans un riff de guitare à nouveau très 'Curesque', Vasquez crie ‘I can't See My Face’ avant d'éructer ‘I don't know who I am – What is this place – I don't know who I am’, lors d’un final super noisy.

La formation revient interpréter trois titres : « Die Life », « Parallels » et « Want ». Les derniers moments sont à nouveau hallucinants, martelés par les percussions et un interminable crescendo de synthés. Un concert superbe, très percutant, nettement mieux maîtrisé que celui accordé par le musicien au Magasin 4, en 2012. C'est d'ores et déjà un des meilleurs de 2015 ! Je n'ose imaginer le résultat au sein d’une Orangerie pleine à craquer. Une prochaine fois, peut-être ?

(Organisation : Les Nuits Botanique)

EUROROCK, c'est un festival qui renaissait de ses cendres après plus de 10 ans d'interruption. Situé à Neerpelt, dans le Limbourg, il se concentre sur les musiques dites « sombres » : la new-wave, le rock gothique, l'EBM (Electronic Body Music), la synth-pop et l'électro-indus. Hier, le festival a dû être interrompu vers midi suite au vol d'une partie des recettes, qui était disponible sur le site pour le paiement des groupes et des fournisseurs. La presse a cité le chiffre de 80.000 euros mais Bernard Van Isacker, porte-parole d'Eurorock, parle de 45.000 euros. Profondément choqué, l'organisateur, Rudi Donckers a été transporté à l'hôpital en raison de problèmes cardiaques. Aux dernières nouvelles, son état est sérieux et il devrait être opéré dans les heures qui viennent.
 
Vu l'incapacité du festival à rétribuer tous les groupes (la plupart exigent d'être payés avant de jouer), certaines têtes d'affiche ont décidé de ne pas faire le déplacement : Front 242, Neon Judgement, Praga Khan,... Une équipe de volontaires a repris l'organisation et a proposé aux artistes présents sur place de jouer gratuitement ou pour une partie plus ou moins importante de leur cachet. Une seule formation, Fields of the Nephilim, aurait refusé mais la plupart ont accepté de jouer, « par respect pour le public ». Vers 14h30, le festival a donc repris son cours avec une heure et demie de retard. Les groupes qui ont joué sont: Lacrimas Profundere, Crash Course in Science, Portion Control, Whispers In The Shadow, Peter Hook and the Light, Absolute Body Control, Xandria, Anathema, Tanzwut, Killing Joke et Therion.
 
Dans un communiqué, les musiciens de Front 242 ont donné les raisons de leur annulation. Après avoir déjà investi une somme conséquente dans la préparation du concert (hotels, transport, backline,...) et n'ayant reçu aucune avance sur leur 'fee', ils ont décidé de ne pas se déplacer vu qu'aucune garantie technique ou financière n'était fournie et que le festival se disait lui-même en phase de "fade out".
 
Musiczine y était, par l'entremise de votre serviteur et du photographe Wim Heirbaut. Nous publierons au plus vite les photos et la chronique de ce festival rocambolesque.
 
Dernière mise à jour: 18 mai à 11h18.
jeudi, 14 mai 2015 15:00

Empty Century

Organic est une formation belge fondée en 2011 par Raphaël Haubourdin. Préposé aux voix, claviers et programmations il milite également chez Kinex Kinex. Il est soutenu par Joris Oster à la basse, aux programmations et à la production (NDR : il sévit également au sein de Silver Riot) et le drummer Olivier Justin, qui a aujourd'hui rejoint le line up du combo. Leur premier opus, « Under A Carbon Constellation », avait causé la sensation en 2012, grâce à une musique novatrice, combinant post-rock, électro, prog, psyché, stoner, new wave et post punk : excusez du peu ! « Empty Century », leur second elpee est plus simple, plus direct.

Dans une interview accordée à votre serviteur dans le cadre de l'émission WAVES (Radio Vibration), Raphaël Haubourdin avait confié que l'objectif premier de cet LP était de faire danser le public lors des concerts. ‘C'est un choix collectif de production : on a pris l'option de bâtir des titres pour que les gens tapent du pied. Donc, dès le départ, on a choisi des rythmes entraînants, avec une approche plus directe.’

Le résultat est impressionnant. La majorité des plages sont de véritables bombes. On retrouve bien entendu les fondamentaux d'Organic : les puissants staccatos de basses post punk (Peter Hook n'est pas loin), les drums percutants, les synthés aux arpeggiatos spasmodiques et surtout la voix baryton si caractéristique d'Haubourdin. Mais par rapport au premier LP, la structure des compos est différentes. Elle est plus classique et implique intro, couplet, bridge et refrain.

La musique baigne essentiellement dans un power electro-rock teinté de post punk et de stoner, qu’on pourrait situer quelque part entre Joy Division, New Order, Editors, Nine Inch Nails et Queens Of The Stone Age. Le premier promo-single, « Alyss », évoque davantage le légendaire Chameleons, à cause de son côté post punk plus affirmé, alors qu’« Hyperbola » lorgne plutôt vers Interpol. Ses riffs caractéristiques et ses ‘oh oh’ lui confèrent un haut potentiel radiophonique. D’autant plus que le second couplet nous plonge dans une ambiance très 'dream wave' psychédélique. Il aurait été intéressant qu’une composition complète soit construite sur base de ce passage sublime.

Après « Position », un autre brûlot que n'aurait pas renié Trent Reznor en personne, « Moneytron » fascine par sa rythmique robotique, ses nappes de mellotron et son refrain épique. « Rip Me » est le 'rework' d'un titre d’Agent Side Grinder, un groupe suédois de post punk notoire dans les milieux dark/wave. Du morceau original, seule la voix de Kristoffer Grip a été conservée ; et autour d'elle, les musicos ont élaboré des arrangements 100% Organic. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas parler de remix, mais bien de 'rework', un peu dans l’esprit de Trentemøller…

Enfin, chassez le naturel, et il revient au galop : "Mystical color », piste qui clôt l’opus, renoue avec le post-rock/prog exploré dans le passé. Longue de 12 minutes, cette plage est divisée en trois parties : une chanson plutôt classique, un intermède à la basse solo très post-metal et enfin, un final très psychédélique, voire même tribal, traversé par une incantation hypnotique à vous flanquer des frissons partout. Un peu comme si le combo nous laissait entrevoir un monde idéal, illuminé de lumière.

Au final, Organic confirme ici son énorme potentiel et il ne nous étonnerait pas que cet LP rencontre un succès international. Et pour y parvenir, le band a reçu le concours de deux labels qui publient "Empty Century" : Manic Depression, une écurie française, qui sort le disque en format vinyle et SwissDarkNights, label suisse, qui prend en charge le CD et Bandcamp. Superbe, la pochette s’inscrit parfaitement dans la lignée, ‘organique’ et ‘maritime’ du premier elpee. Après le crabe yéti, qui ornait celle d’« Under A Carbon Constellation », cette superbe création met en scène d'un homme tenant une méduse comme un cerf-volant ; une image très floydienne que l'on doit au photographe Gurbir Grewal.

Pour écouter « Empty Century », c’est ici
Pour pré-commander le CD, c'est
Le vinyle sort fin du mois de mai. Pour être informé, suivez ORGANIC sur Facebook ici
On peut réécouter sur mixcloud l'émission WΛVES (Radio Vibration) du 10 mai, au cours de laquelle Raphaël Haubourdin a présenté « Empty Century ». C'est encore  

On peut aussi (re)lire leur interview, parue dans les colonnes de Musiczine en janvier 2013: http://www.musiczine.lavenir.net/fr/interviews/organic/comme-un-yeti-dans-l-eau/

 

 

 

Weird Candle, c'est un duo basé à Vancouver, au Canada, qui réinvente le punk en le mariant avec des sonorités synthétiques. On pourrait décrire leur style comme étant du « synth-punk ». Kilroy Katerwol et Caleb Blag sortent leur tout premier elpee sur le label influent bruxellois Weyrd Son Records.

Intitulé « Regeneration », le disque contient 11 bombes atomiques, des titres très courts (environ 2 minutes) dans la grande tradition du punk. C'est direct, urgent, incandescent et... très 'dark' ! Pour les fans de Joy Division, Suicide, Nitzer Ebb, Front 242, Animal Bodies,...

Ecoutez l'album via la page Soundcloud du groupe.

Puisqu'une bonne nouvelle ne vient jamais seule : Weird Candle sera à l'affiche de l'excellent festival Weyrd Son Records, qui se tiendra le 22 mai prochain à Bruxelles. Egalement à l'affiche du festival: Marie Davidson, Pure Ground et All Your Sisters. Plus d'infos ici.

Pour pré-commander « Regeneration », c'est ici.

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