• Inscriptions LOUD 2019
    Inscriptions LOUD 2019 L'appel à candidature pour LOUD est en ligne ! LOUD est un dispositif d'accompagnement biennal coordonné par Court-Circuit. Le but…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook    Instagram   Youtube   Myspace Myspace

Nos partenaires

Newsletter

Restez informé en vous inscrivant à notre newsletter !
Please wait
Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 
dimanche, 22 janvier 2017 02:00

De l’électro… mais plus trop…

Anders Trentemøller, le Prince danois de l'électro, est de retour en Belgique pour présenter son dernier album, « Fixion ». Il se produit à l’AB et c’est sold out. Avant le spectacle, il nous confie, dans le cadre d’une interview, que tous les concerts de la tournée jusqu'à présent se déroulent à guichets fermés. Confirmant son virage vers un style davantage ‘post-punk’ et ‘wave’, il confie: ‘Avant, je jouais les basses à l’aide de mon Moog ; mais pour cette dernière tournée, j’ai voulu constituer un groupe complet afin d’obtenir un son plus rock. Outre les claviers, il y aura donc bien de la guitare, de la batterie et de la basse’.

Grand fan de post-punk, votre serviteur est tout naturellement impatient de découvrir le nouveau line up sur scène. Dès le premier titre, l'instrumental « November », une constatation s’impose : le concert diffère amplement des one-man-shows auxquels les musiciens électro se livrent habituellement. Trentemøller trône milieu du podium, derrière ses claviers. Le guitariste s’est placé à gauche et le bassiste ainsi que le batteur se sont installés à droite. Le son est puissant et organique. Résolument 'Curesque', il est entretenu par une basse ronde et illuminé par les notes cristallines de la guitare. On se croirait revenu à l’époque de «Faith», un des chefs-d'oeuvre de Robert Smith.

«One Eye Open» est marqué par l’entrée en matière de Marie Fisker, la chanteuse danoise et fidèle accompagnatrice de Trentemøller. Sur le podium, elle s'acquitte non seulement de ses propres parties vocales mais relève également un fameux défi : celui de reprendre celles de la célèbre invitée de l'album « Fixion » : Jehnny Beth, la chanteuse de Savages.

Derrière les musiciens, trois structures verticales de néons blancs dessineront des figures lumineuses tout au long de la représentation. Le fond de la scène est tapissé d'un grand motif en noir et blanc reproduisant la couverture du dernier opus. Après « Never Fade », le seul titre chanté par Trentemøller, le set opère pour la première fois un retour dans le passé: c'est l'instrumental « Shades of Marble », une plage issue du long playing « Into The Great Wide Yonder ». La partition 100% électro est ici revisitée par un groupe complet et le résultat est époustouflant. Trentemøller quitte sa place derrière les claviers et s’approche des premiers rangs, en emportant son tambourin. La réaction du public est immédiate : l'ambiance monte d'un cran et le final, rythmé par la progression dynamique des séquences électro, constitue un premier grand moment du concert.

L'atmosphère retombe quelque peu, le temps de belles chansons comme « Conviction » et « Redefine ». Après un « Trails » assez décevant, gâché par un discutable solo de guitare, Marie Fisker s’attaque aux deux titres chantés par Jehnny Beth sur le dernier LP : « Complicated » et « River In Me ». Non seulement elle s'acquitte brillamment de cette tâche périlleuse, mais en plus, elle ressemble un peu à la belle Camille (le vrai prénom de Jehnny) ; ses cheveux coupés courts et son look un peu 'tomboy' y contribuant largement.

Pendant « Miss You », la réaction de l’auditoire est symptomatique : des dixaines de smartphones s'allument et sortent comme des périscopes pour capter ce moment magique. Ce titre ambient reste clairement un de ses favoris. La dernière partie du concert va monter progressivement et scrupuleusement en puissance avant l'explosion finale traduite par « Vamp » et surtout « Moan ». Ce dernier morceau remonte à 2006. Il a été également remodelé pour une formation 'live' complète ; et c'est sans aucun doute le meilleur moment du spectacle. Le riff aux claviers, qui fait immanquablement penser au thème de ‘Twin Peaks’, fait mouche et la formation clôture le set sur une nouvelle déflagration électronique dont elle a le secret.

Au cours du rappel, on aura droit au superbe « Where The Shadows Fall », un titre récent également très inspiré par The Cure et Angelo Badalamenti. Puis à un inédit, « Hands On », une chanson qui devrait sortir en single dans les prochains mois ; et, c'est un scoop, elle sera chantée par Jenny Lee Lindberg, qui officie chez Warpaint. Enfin, « Take Me Into Your Skin » referme une prestation en tous points remarquable. Un bémol quand même : les nouvelles compositions, très orientées post-punk, n'ont pas le souffle rythmique et dansant des titres plus électro. On se prend donc à rêver d'un prochain opus, qui combinerait plus efficacement encore ces deux pôles de la personnalité, très attachante, d'Anders Trentemøller.

Setlist

November
One Eye Open
Never Fade
Shades of Marble
My Conviction
Redefine
Trails
Complicated
River In Me
Miss You
Still on Fire
Circuits
Vamp
Moan

Rappel:

Where The Shadows Fall
Hands On (new song)

Take Me Into Your Skin

Matteo Vallicelli assurait le supporting act. Un batteur italien qui milite chez The Soft Moon et Death Index. Curieusement, en solo, il se sert uniquement des claviers et il n'y a quasiment pas de rythmiques. L’expression sonore baigne dans l’ambient, parfois un peu industrielle. Pensez à Tangerine Dream et à Klaus Schulze pour les séquences krautrock de sons analogiques et les mélodies cosmiques aux accents psychédéliques. Il vient de publier un premier long playing, « Primo » sur Captured Tracks.

Pour écouter l'interview de Trentemøller, réalisée par votre serviteur en septembre dernier, c’est ici .

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

Photo : Xavier Marquis

Musiczine faisait à nouveau partie du jury du « Concours Circuit » ce samedi 10 décembre au Botanique à Bruxelles. Pour rappel, ce tremplin de l'asbl Court-Circuit favorise l'éclosion de formations musicales basées en Fédération Wallonie-Bruxelles. Lors des éditions précédentes, le concours avait couronné Sharko, The K., Hollywood Porn Stars, Billions of Comrades et, en 2014, Alaska Gold Rush.
 
Ils étaient plus de 250 groupes à s’être portés candidats lors de l'ouverture des inscriptions en mai dernier ; il n'en restait plus que cinq hier soir: Boda Boda, Glass Museum, Monolithe Noir, TOTM et WUMAN. Le jury, composé de 70 professionnels du secteur de la musique (labels, programmateurs, agences de booking, journalistes, artistes, etc.), a sans surprise décerné le premier prix au groupe WUMAN.
 
Déjà lauréats lors du Tremplin de Dour, les Tournaisiens pratiquent une math-pop, qui est devenue une marque de fabrique de nombreux groupes de la Belgique francophone : BRNS, Robbing Millions, etc. Qu'on aime ou pas, leur concert était clairement le plus 'pro' de la soirée, en dépit de petits problèmes de jack guitare. La bande de Nicolas Mouquet a surtout gagné des points lors du titre « Alice », interprété sans micro, assis au devant de la scène, avec des instruments destinés aux enfants et en compagnie de la petite Alice en personne aux percussions. Un joli moment.
 
Le second prix a été attribué, quant à lui, au duo Glass Museum dont la musique instrumentale est exclusivement jouée au piano/synthé Nord et à la batterie. Si l'énergie était convaincante et communicative, les compositions pêchaient par un manque de diversité et d'originalité.
 
Boda Boda nous a par contre fortement impressionné grâce à un stoner-metal puissant et original, non sans rappeler les Queens of The Stone Age à ses débuts. TOTM a également séduit par son post-rock mélodique aux accents progressifs, rehaussé par de superbes harmonies vocales.
 
Quant à Monolithe Noir, c'était un peu la surprise de cette finale. Antoine, le sympathique disquaire 'Balades Sonores', installé juste en face du Botanique, était le seul représentant de la musique électronique. Equipé de ses contrôleurs et de ses synthés modulaires, il a développé de superbes séquences tantôt ambient, tantôt industrial techno mais on a dû malheureusement constater que le public bruxellois n'était pas très réceptif à ce style de musique, qui fait pourtant un malheur à Berlin ou Amsterdam.
 
Dans l'ensemble, un concours en tous points réussi, foisonnant de talents en pleine éclosion. Seul bémol, et au risque de se répéter, on regrettera une fois de plus l'absence quasi-totale de la gent féminine sur les podiums (à l'exception des deux invitées de WUMAN). Machiste, le milieu artistique belge ? Mais non, voyons...

Pour consulter le palmarès complet : voir ici


La deuxième édition des Sabam Awards Wallonie-Bruxelles s’est tenue au Wolubilis, à Woluwe-Saint-Lambert, ce lundi 5 décembre. Biannuels, ils visent à couronner les meilleurs créateurs membres de la Sabam dans les disciplines suivantes : musique, audiovisuel, arts plastiques, arts de la scène et littérature. C'est un jury indépendant de spécialistes externes à la Sabam qui a choisi les lauréats, qui ont reçu chacun un prix d’une valeur de 2.000 euros.
 
Dans le domaine musical, qui est la vocation première de notre webzine, on retiendra surtout la consécration d'Alaska Gold Rush dans la catégorie Pop-Rock-Folk. Le duo succède ainsi à BRNS, sacré il y a deux ans. Décidément, AGR collectionne les récompenses, après Verdur Rock, Jonge Wolven et Court Circuit ! En remerciement, Renaud Ledru et Alexandre De Bueger ont gratifié le public d'une belle interprétation live dans leur style folk-rock indie rehaussé par un joli picking à la guitare Martin.
 
Plus étonnant par contre : le choix de Rodolphe Coster dans la catégorie Compositeur pour les Arts de la Scène. Ce musicien très 'underground' pratique en effet une musique industrielle pas toujours très accessible ! Mais elle fait merveille dans le spectacle 'Stroke', créé par Benaji Mohamed (alias Ben Fury) et Louise Michel Jackson pour Charleroi-Danses.
 
En chanson française, deux ans après Antoine Chance, c'est Nicolas Michaux qui a emporté le trophée. Il a tenu à remercier la Sabam, en précisant avec humour qu'après l'Onem, la société d'auteurs est, de loin, « son plus grand mécène »... Avec son groupe, il a ensuite interprété « Les îles désertes », extrait de son album « A la vie, A la mort ». Selon nous, il est le grand vainqueur de la soirée.
 
Dans la catégorie « Musique électronique », c'est le duo GoldFFinch qui a été distingué, devant Haring, Lawrence Le Doux et Mugwump. Bizarrement, nous n'avons pas eu droit à une prestation en live dans cette catégorie.
 
Voici les autres lauréats :

Arts de la Scène : Auteur

Sam Touzani - Liberté Egalité Identité

Arts de la Scène : Humour
Angel Ramos Sanchez - Voulez-vous coacher avec moi ?

Arts Plastiques

Lionel Estève

Bande Dessinée

Benoît Drousie (Zidrou)

Court-Métrage
Mathieu Mortelmans - Complices

Jeune Public
André Borbé – Les tympans pimpants

Littérature
Patrick Delperdange - Le Cliquetis

Musique Contemporaine
Jean-Marie Rens

Musique de Film
Manuel Roland et Cyrille de Haes - Parasol de Valery Rosier

Musiques du Monde
Utz

Musiques Urbaines
Caballero et Jeanjass

En conclusion, ce fut une soirée en tous points réussie. On s'étonnera quand même de l'absence totale de lauréates... Le secteur artistique serait-il machiste ? Mais non, voyons...

Pour en savoir plus : voir ici.

mardi, 29 novembre 2016 18:22

Enzo Kreft: la renaissance de la new-wave

Enzo Kreft est le pseudonyme d'Eric Vandamme, un musicien belge vivant à Malines. Il a sorti deux obscures cassettes de new-wave électronique en 1983-84 et puis, a disparu des radars. Aujourd'hui, boosté par la ré-édition d'une (superbe) compilation vinyle sur Walhalla Records (« Dark Matter »), Enzo publie « Turning Point ». Ce CD auto-produit propose 12 nouveaux titres qui s'inscrivent dans la lignée de ses premières productions.

On se retrouve avec bonheur plongé dans des sonorités synthétiques au croisement entre John Foxx, Gary Numan, Fad Gadget ou Snowy Red. Enzo évoque des images d'une société apocalyptique « Ballardienne » pleine de peur, de paranoïa et de destruction.

C'est une synth-pop superbe, post-Kraftwerkienne, comme dans « You better sleep with one eye open », « We're Breaking Out » et « Hypnotized », qui lorgne, lui, un peu sur Depeche Mode. Le très dystopien « I Am The Cockroach » nous évoque « Are Friends Electric? », de Gary Numan. « Before I Go » et « The Walk » sont deux belles ballades romantiques, que ne renierait pas Andy Oppenheimer. « Desperately Seeking For Some Other Place To Live » est un superbe instrumental, tandis que « Another Dark Night », « Numb » et « Posthuman Dream » offrent de belles ambiances sombres, presque gothiques.

Clairement une des meilleures productions belges de 2016 dans un style « Wave » qui connaît décidément un véritable 'revival'.

Visiter le blog d'Enzo Kreft ou sa page Facebook

Le Belge Philippe Carly, un des plus grands photographes de l'époque 'new-wave' en Belgique, a lancé une campagne de financement participatif pour permettre l'impression de son nouveau livre « Au Plan K - Joy Division & Post-Punk à La Raffinerie du Plan K ».

Les 'anciens' s'en souviennent : le Plan K était un bâtiment mythique situé près de la Porte de Ninove, à Bruxelles, où furent organisées certaines des soirées les plus avant-gardistes et les plus originales de la période new-wave. On se souvient particulièrement des concerts de Joy Division, ce groupe légendaire de Manchester qui a acquis le statut de mythe grâce à une carrière courte mais fulgurante, fauchée par le suicide de son chanteur, Ian Curtis.

Philippe Carly était présent lors des deux concerts accordés au Plan K par Joy Division en 1979 et 1980 et ses photos ont fait le tour du monde. Aujourd'hui, 36 ans plus tard, il a décidé de partager ces superbes images dans un luxueux livre qui recèle également moultes témoignages de musiciens, d‘artistes et de témoins qui ont vécu là-bas des moments d’éternité dont les vibrations résonnent toujours aujourd’hui.

Le livre reprendra toutes les photos de Joy Division que Philippe a prises pendant leurs deux concerts ainsi que des photos de plus de 70 autres concerts. De plus, le livre sera enrichi par la reproduction des affiches iconiques originales.
Le livre sera bilingue FRA/ENG.

Le projet de financement permet de participer en achetant un large éventail de 'items' : ça commence avec la simple mention dans le livre (5 EUR), le set de cartes postales (18 EUR), bien sûr le livre (65 EUR) et cela se poursuit avec une série de 'packages' exclusifs en édition limitée.
 
Mise à jour 12/12: le montant visé par le financement a été atteint: le livre sera donc bien publié.
 
Plus d'infos sur ce beau projet : https://fr.ulule.com/plan-k/
 
Le site de Philippe Carly: voir ici.
 
dimanche, 20 novembre 2016 02:00

Sinner's Day 2016 : dimanche 20 novembre

Après une pause de 5 ans, le Sinner’s Day, grand messe dark, est de retour. Fondé en 2009, ce festival réunit, à Hasselt, la fine fleur de la musique new-wave/post-punk 'old school'. Indoor, il se déroule au sein de l'Ethias Arena. C’est l’organisation limbourgeoise Star Events qui en a repris le concept. Et l’édition, cette année, est très alléchante. Confirmation, plus de 7 000 fans ont fait le déplacement, bien décidés à enclencher la machine à nostalgie et à se remémorer cette période lumineuse de la musique sombre : les années 80.

En lever de rideau : The Cassandra Complex. Il s’agit du projet créé à Leeds, par Rodney Orpheus, en 1980. Nous n'avons pas pu assister à sa prestation, mais on se souvient bien de celle accordée dans le cadre du Rewind, en 2012. On est d’ailleurs certain que sa musique très originale, mélange de new wave, punk et electro, a dû séduire les festivaliers déjà présents à partir de 13h.

A notre arrivée, nous sommes accueillis par les organisateurs, qui ont mis le paquet pour faciliter le travail des journalistes. Très pro ! Un Press Café est installé derrière la table de mixage, une Press Room permet de se connecter et de travailler et le bracelet donne accès à la zone ‘Frontstage’ des photographes, pour autant que les artistes aient accepté de se faire tirer le portrait. Au sein de la programmation, seul Tricky refuse leur présence, frontstage.

Après le ska, dispensé par la formation insulaire The Beat, place au premier 'gros morceau' de la journée : Tuxedomoon. Il est alors 15 heures. Formé en 1977, à San Francisco, ce projet s'est taillé une place enviable sur la scène musicale. Il est même considéré comme un des pionniers du post punk et de la new wave. Son single, “No Tears”, remonte à 1978. Un classique du genre qui a influencé nombre d'artistes (dont un certain Brendan Perry de Dead Can Dance). Au cours des eighties, les musicos se sont exilés en Europe, s’établissant même tout un temps à Bruxelles. Ils ont étendu la palette de leur son en créant une forme d'art-rock hybride assez unique en son genre. Il faut imaginer une ambiance jazzy, cinématique, reposant sur des lignes de basse très post-punk et une rythmique minimaliste et obsédante, une expression sonore sur laquelle viennent se greffer des voix et d'envoûtantes arabesques de saxophone, de trompette ou de violon. Un peu comme si Velvet Underground se payait un improbable bœuf en compagnie de Chet Baker, Roxy Music, Frank Zappa et Death In June (!).

Sur l’estrade, on retrouve, pour notre plus grande satisfaction, les trois membres fondateurs : Blaine L. Reininger, Steven Brown et Peter Principle. Si Principle se concentre exclusivement sur sa basse Epiphone Gibson SG, les deux autres sont, par contre, d'étonnants multi-instrumentistes. Steven Brown alterne entre vocaux, piano et saxophone alors que Blaine L. Reiniger chante et joue du violon ou de la guitare. Le line up est complété un trompettiste et par un préposé aux machines et aux (superbes) vidéos.

Magique, la musique exécutée par le combo génère une ambiance très étrange, quasi-surréaliste, dans le grand hall de l'Ethias Arena. Il y a déjà au moins 4 à 5 000 personnes, toutes habillées de noir, évidemment ! En parlant de couleurs, les touches de guitare et de saxo dispensées tout au long de “Muchos Colores” semblent extraites d'un film de David Lynch. Plus rythmé, “What Use ?” est marqué par la voix très 'devo-esque' de Reiniger et les harmonies jazzy. « Seven Years », également extrait du sublime elpee « Half-Mute » (1980), évoque Gary Numan et Talking Heads. Un style bien personnel de no wave avant-gardiste, caractérisé par une rythmique hypnotique et une voix cinglante. Dans l'ensemble, le spectacle est une belle réussite. A voir absolument au cœur d’une ambiance plus intimiste !

Deutsche Amerikanische Freundschaft (DAF) prend le relais sur l'immense scène. Le logo DAF est projeté sur le gigantesque écran LED disposé au-dessus du podium. Saluons ici à nouveau Star Events, qui est a déniché le meilleur en termes de son, de light show et de logistique. Par contre, il aurait été plus logique que Tricky précède DAF, de manière à respecter une certaine progression dans la puissance des shows. Issu de Düsseldorf, DAF est un duo qui pratique une forme d’EBM minimale. Formé en 1978, il réunit Gabriel ‘Gabi’ Delgado-López (voix) et Robert Görl (batterie, percussions, instruments électroniques). La chanson la plus célèbre de DAF est incontestablement "Der Mussolini", un titre sarcastique et sombre qui figurait sur le long playing "Alles ist gut".

Il faut absolument vivre un concert de DAF. Si vous n’y avez jamais assisté, vous êtes passés à côté d’un événement majeur. Il est assez incroyable de voir et d’entendre ce que (seulement) deux personnes sont capables de réaliser sur une scène. Robert Görl frappe vigoureusement sur ses tambours acoustiques ; son style typiquement brut donne vie aux séquences électroniques. Et puis, Gabi est un véritable animal de scène. Pendant tout le show, il arpente l’estrade et vocifère intensément. Pendant le fameux "Der Mussolini", la foule réagit et se met à onduler. Mais la tension atteint son paroxysme sur "Ich Will", "Muskel" et "Sato-Sato". Suivant un rituel devenu classique, Gabi s'asperge abondamment d'eau ; et ouverte, sa chemise est trempée.

En écoutant des titres comme « Liebezimmer » ou « Nachtarbeit », on mesure l'importance exercée par DAF dans l'émergence de l'Electro Body Music (EBM), un genre créé par Front 242 et perpétré notamment par Nitzer Ebb. Un concert en forme de coup de poing, une ‘daffe’ dans la gueule, en somme...

D'aucuns s'étaient étonnés de voir Tricky à l’affiche d'un festival new wave. Pourtant, la trip hop d'Adrian Thaws, ce chanteur et musicien black originaire de Bristol, embrasse une dimension carrément 'dark' qui correspond assez bien à l'ambiance ténébreuse de la new wave. Epaulé par le batteur Luke Harris et par un guitariste, Tricky a présenté son dernier opus, « Skilled  Mechanics ». Un concert en tous points envoûtant. Les lignes hypnotiques de basse et les rythmes quasi-tribaux fascinent. Tricky est habillé tout simplement d'un jean et d'un t-shirt ; mais sa présence sur les planches est impressionnante. On ne sait si c'est à cause de substances illicites, mais il est à fond dans son trip. Que ce soit pendant « Hero » ou « Palestine Girl », il alterne passages calmes, où sa voix sensuelle murmure comme dans un souffle, et explosions de violence. Des changements de dynamique qui évoquent inévitablement Nine Inch Nails et Rage Against The Machine.

Un bémol quand même : le recours au play-back pour les voix féminines, la basse et les synthés. Décidément, les groupes qui se produisent 100% en live deviennent rares de nos jours. Néanmoins, on a assisté à un set plutôt bluffant. « Sun Down » et « Valentine » ont fait monter la pression ; mais les deux derniers morceaux, « Boy » et « Vent », ont littéralement 'déchiré'. A cause de l’intensité et la force dramatique que ce diable de Tricky injecte dans son interprétation. Agé de 48 ans (NDR : c'était le plus jeune (!) musicien à l'affiche), il a mis une bonne claque aux 'anciens' ! Une belle surprise !

Après l'incontournable paquet de frites, nous reprenons notre place 'frontsatge' pour assister au set d'Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD). Cette formation anglaise, issue de Liverpool, a marqué les années 80 en dispensant une new wave électronique particulièrement mélodique et très dansante. Formée en 1978, elle a connu une ascension fulgurante jusque dans les nineties, où elle a été balayée par les mouvements Grunge et Britpop. Mais en 2006, OMD s'est reformé, surfant sur la vague nostalgique des eighties. A contrario d’une belle brochette de combos 'rétros', ils ont composé de nouvelles chansons ; enregistrant d’ailleurs deux excellents long playings : « History of Modern » et surtout « English Electric ».

Le concert commence très fort par « Enola Gay » ; sans doute le plus gros hit d’OMD. L'ambiance monte immédiatement d'un cran. Sur l’estrade, on reconnaît le chanteur, Andy McCluskey. Derrière lui, aux claviers, son compère, Paul Humphreys, la cinquantaine, les cheveux grisonnants et un visage de poupon souriant. Ce soir, ils sont en mode 'duo', c'est-à-dire sans Malcolm Holmes (batterie) et Martin Cooper (synthés/saxophone).

‘Don't be afraid of old men playing synths', conseille Andy McCluskey avant « Messages ». En lâchant ces petites phrases, McCluskey établit dès le départ un très bon contact avec la foule. Il déborde d’énergie et son attitude très enthousiaste sur les planches force l'admiration. On le sait : ce type est un vrai showman ! Les hits se succèdent à un rythme effréné. « History of Modern (Part 1) » prouve qu'OMD est encore capable encore écrire des hits, 30 ans plus tard. Le riff au synthé est simple mais d'une efficacité redoutable. Après « Souvenir », chanté par Paul Humphreys, McCluskey raconte, non sans ironie, que « Joan of Arc » est un single uniquement paru en Belgique et qu'il ne s'est pas bien vendu. 'On va donc se venger ! Vous allez devoir souffrir et l'écouter à nouveau !' Ensuite, en toute logique, « Maid of Orleans » embraie ; un morceau caractérisé par son atmosphère médiévale hypnotique et fascinante.

Le set s’achève comme il a commencé : en puissance. D'abord, « Sailing On The Seven Seas », composé en trio avec Nik Kershaw ; et bien entendu, « Electricity », le premier single, gravé en 1979, qui illumine l'énorme espace du hall et parvient à faire danser un auditoire plus qu'enthousiaste... En un mot ? Un concert parfait. Tout y était : génie musical, énergie, présence, humour et modestie : bravo, OMD !

Changement radical de style, puisqu’on attend Public Image Limited (PIL), la formation britannique drivée par John ‘Rotten’ Lydon, le fantasque chanteur des Sex Pistols. Créé en 1978, après la dissolution des Pistols, PIL a été un des pionniers du Post-Punk, jusqu'en 1994. Après un hiatus de 15 ans, le band s'est reformé en 2009 et a publié deux nouveaux elpees : « This is PiL et « What the World Needs Now... ».

Ce soir, c’est la formation originelle qui grimpe sur le podium. Soit Bruce Smith (Pop Group, Slits) à la batterie, Lu Edmonds (Damned, Shriekbak) à la guitare et Scott Firth à la basse ; mais sans John Mc Geoch, décédé en 2005. John Lydon est intégralement vêtu de noir. Il a les cheveux dressés sur la tête. On dirait une perruche, mais une perruche très criarde...

Très tôt dans le set, « This Is Not a Love Song » met tout le monde d'accord : ce morceau, qui est un pur chef-d'oeuvre, est ici singulièrement allongé et trituré dans tous les sens. Le public est aux anges et chante le refrain en choeur. Un grand moment, sans doute le plus marquant de la journée. « Death Disco » est tout aussi magistral. Ecrit par Lydon, après le décès de sa mère, cet éloge dub/disco intègre un passage classique de Tchaïkovski, interprété à la guitare. Pendant « Warrior », on se rend compte de la très haute qualité du son : le mixage est parfait et on distingue aisément tous les instruments. « Rise » et « Shoom » clôturent en force ce concert en tous points remarquable.

Avant de quitter l’estrade, Lydon se fendra même d'un petit speech, remerciant ses musiciens en les appelant chacun ‘Madame’. Il souligne que sa musique a été jouée avec le cœur et conclut par un vibrant ‘f*ck the music business !’ Comme quoi, malgré ses 60 balais, Johnny est toujours un punk !

Le point culminant de la journée, c’est le Sisters of Mercy d’Andrew Eldritch qui est censé l’atteindre. Malheureusement, et on le déplore, jadis légende du rock gothique, le chanteur anglais (NDR : aujourd’hui établi à Hambourg) a renoncé depuis longtemps à composer de la musique. Il se contente de 'cachetonner' en accordant des concerts au cours desquels il n'y a rien à voir. Et pour cause, les musiciens sont, en général, plongés dans un brouillard épais de fumigènes. Ce soir, Eldritch ne déroge pas à la règle et le début du set est annoncé par le souffle des canons à fumée. On aperçoit les ombres des deux guitaristes, Chris Catalyst et Ben Christo, ainsi que le préposé aux machines (Dr Avalanche a été remplacé il y a bien longtemps par deux laptop Apple). Eldritch est également habillé en noir et porte ses inséparables lunettes de soleil. Il ouvre le spectacle (?!?!) par « Detonation Boulevard ». Suivant une mauvaise habitude, le son est lourd, trop lourd, les grattes sont trop bruyantes et la voix, difficilement audible.

Heureusement, un accès frontstage est quand même prévu pour la presse pendant trois chansons ; ce qui nous permet de prendre quelques photos, certes très enfumées. Des petites perles comme « Alice » ou « Marian » sont ici massacrées à la tronçonneuse tant l'interprétation est grasse et pataude. « Dominion », par contre, passe beaucoup mieux la rampe ; pour la bonne et simple raison que les guitares y sont limitées a des arpèges plus discrètes, ce qui laisse plus d'espace à la voix.

Bien sûr, le public est aux anges, car il connaît toutes les chansons par coeur et est heureux d'écouter tous ces hits immortels, même si le son n'est pas idéal. La fin de parcours va cependant nous réserver une jolie surprise : dans « Flood II », Eldritch se dirige vers le côté droit pour allumer une cigarette et s’installe tout au bord de la scène, à quelques centimètres seulement du public ; lorsque soudain, il semble sortir de sa léthargie. Il commence à onduler comme un félin et son interprétation devient plus vivante, plus ouverte. Ce qui confirme que s’il le souhaitait vraiment, Eldritch pourrait nous réserver des concerts nettement plus passionnants.

Lors du premier rappel, « Something Fast » est victime d’un véritable carnage. A cause d'une guitare acoustique désaccordée et de vocaux inaudibles. « Lucretia, My Reflection » se distingue par sa rythmique d'enfer et le pogo endiablé qu’il déclenche dans les premiers rangs. Enfin « Temple of Love » et « This Corrosion » clôturent une prestation décevante malgré quelques bons moments. Pour apprécier les Sisters en live, il n'y a rien de mieux que la vidéo du sublime concert enregistré en 1985, au Royal Albert Hall (voir pour se consoler)

En conclusion, ce Sinner's Day est manifestement une belle réussite : et ce, à tous points de vue. Un regret quand même, l’absence de formations plus contemporaines dans la programmation, afin de démontrer toute la vitalité de la scène ‘wave’ actuelle. L'organisateur, Chris Vanhoyland, a dû nous entendre, car il annonce une prochaine édition qui s’appuiera bien évidemment sur des 'vieilles gloires', comme The Residents ou Revolting Cocks, mais proposera également du renouveau. La présence de Goose est d’ailleurs envisagée ; celle des Limbourgeois Whispering Sons, auréolés de leur victoire au Rock Rally, serait vraiment indiquée ; tout comme celles de Luminance, Organic ou Charnier... Et la liste est loin d’être exhaustive. Rendez-vous l'année prochaine !

Pour regarder les photos du Sinner's Day, c’est ici

Organisation : Sinner’s Day Festival (Star Events, Houthalen – Dp Communications) 

 

 

mardi, 15 novembre 2016 17:45

Cirque Royal : le cirque continue...

La saga de la gestion du Cirque Royal a pris un nouveau tournant. Pour rappel, le bâtiment appartient à la Ville de Bruxelles et est géré depuis 17 ans par le Botanique. Il y a quelques mois, la Ville annonce qu'elle rompt la convention avec le Botanique en vue de confier la gestion du Cirque à Brussels Expo, le gestionnaire du Parc des Expositions du Heysel, déjà exploitant du Palais 12, de la Salle de La Madeleine, organisateur du BSF et, tout le monde le sait, très proche de la Ville. Suite à un recours du Botanique auprès du Conseil d'Etat, la Ville se voit ensuite contrainte de lancer une procédure de sélection en bonne et due forme, qui permet au Botanique de déposer une offre, en partenariat avec le Sportpaleis.
 
Il y a quelques jours, le Colllège communal de la Ville a communiqué son choix : c'est Brussels Expo qui obtient la concession. Cette décision doit encore être avalisée par le Conseil communal mais ça ne devrait être qu'une formalité. De nombreuses voix se sont élevées, dénonçant un conflit d'intérêt – Philippe Close, échevin du Tourisme siégeant comme Président du Conseil d'Administration de Brussels Expo. D'autres ont stigmatisé un projet monopolistique, menaçant la mission culturelle du bâtiment.
 
Aujourd'hui, Brussels Expo a présenté son projet pour le Cirque Royal lors d'une conférence de presse et en a profité pour clarifier certains points. « Brussels Expo est une organisation indépendante », précise d'emblée Denis Delforge, CEO. « Nous ne sommes pas subsidiés par la Ville et nous n'avons pas été avantagés dans la procédure de sélection ». Selon lui, c'est le projet de revalorisation du Cirque et les perspectives d'optimisation de l'exploitation qui ont été décisifs. Quant à Denis Gerardy, Directeur Entertainment de Brussels Expo, il souligne que le volet culturel fera l'objet d'une attention toute particulière dans la programmation des activités futures. Au programme : des spectacles de tous types et un soutien des artistes locaux par le biais d'un fonds et par la mise à disposition des locaux pour des 'résidences' et des 'showcases'.
 
Pour notre part, nous craignons que le côté 'alternatif', cher au Botanique, ne laisse la place à une vision plus événementielle des spectacles musicaux, servant à redorer le blason de la Ville plutôt qu'à permettre l'émergence de nouveaux talents locaux. Denis Gerardy s'inscrit en faux par rapport à cette vision et précise que Brussels Expo n'est pas responsable de la programmation. En bon exploitant, il fera appel aux 'promoteurs' de concerts qui, eux, feront la programmation. Le Botanique fera d'ailleurs partie de ces opérateurs : il pourra disposer du Cirque Royal « au prix coûtant » pour les Nuits Bota et d'autres concerts éventuels.
 
On se prend à rêver que les deux concurrents s'assoient autour d'une table. Les deux organisations possèdent en effet des atouts parfaitement complémentaires. Elles feraient mieux de collaborer, au bénéfice de la culture, des artistes et du public, plutôt que de nous offrir ce regrettable 'cirque'...
 
Photo : © Thomas Thielemans – Belga

David Eugene Edwards est un être à part. Créateur du légendaire 16 Horsepower, groupe d'indie folk, il emmène depuis 2001 une formation plus orientée rock/stoner : Wovenhand. Sa voix unique, habitée, incantatoire même, trahit des accents quasi-mystiques. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang Cherokee coule dans ses veines. Cette année, il est de retour pour présenter sa dernière production: « Star Treatment ».

Dans un ‘Depot’ sold out, Wovenhand va livrer un concert intense, inspiré et chargé d'émotions. Le son s'est encore épaissi, par rapport aux tournées précédentes. Réunissant Ordy Garrison à la batterie, Neil Keener à la basse et Chuck French à la guitare, le combo impressionne par sa puissance. Cette année, le line up a été élargi pour inclure un claviériste. De quoi apporter un côté tantôt psyché, tantôt carrément wave, à l’expression sonore. 

Mais tous les regards sont bien sûr tournés vers David Eugene Edwards. Il est coiffé de son indéboulonnable chapeau blanc et adopte une attitude de chaman. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Sa voix vous emmène dans un monde pétri de spiritualité. Sa foi ouvertement déclarée en Dieu transcende sa musique. Il évoque Jim Morrison, mais aussi Neil Young et Nick Cave.

Au sein de la setlist figure des extraits de « Star Treatment » et de « Refractory Obdurate », ainsi que des morceaux plus anciens. La première partie est plus ‘stoner’ et certaines compos plus psyché, à l’instar de « The Hired Hand » ou « Maize », deviennent même carrément hypnotique. On pense parfois à Swans, tant l'atmosphère est intense. Le son de la Gretsch Tennessee rouge de David Eugene est incisif, abrasif et évoque celui d’un guitariste qui utilise la même gratte : Geordie Walker, de Killing Joke. Le parallèle avec la bande à Jaz Coleman semble parfaitement coller : sur les planches, ce sont deux rouleaux compresseurs aux accents post-punk.

C’est la deuxième partie du set qui va vraiment faire la différence. David Eugene troque alors sa Gretsch contre un très vieux banjo en bois, une pièce vintage datant, paraît-il, de 1887. Le son est plus clair, moins bruyant. Tant « Corsicana Clip » et « Oburate Obscura » atteignent la perfection. Edwards chante de longues intros mêlant anglais et langue lakota amérindienne. Il captive totalement le public, qui semble ensorcelé par ses gestes et sa voix.

Le troisième volet du show est consacré à de larges extraits du dernier opus « Star Treatment » et la tension retombe un peu. Certains titres se ressemblent trop et le côté ‘americana’ peut, à la longue, lasser. La prestation s’achève par le puissant « El-bow ». Issu de l'album « Refractory Obdurate », ce titre lorgne parfois vers The Black Angels.

Suivant la tradition, Wovenhand quitte l’estrade au son de chants amérindiens et la foule crie dans le rythme pour rappeler le groupe. Et quand il revient sur le podium, c’est pour attaquer un « King O King » énergique, quasi noisy, avant d’achever en beauté par une nouvelle chanson décochée en forme de coup de poing dans la figure : « Come Brave ».

Wovenhand confirme donc son évolution vers une musique toujours plus puissante, plus 'stoner', voire 'postpunk', mais aux accents psychédéliques. Une fois de plus, l’auditoire a vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

En première partie, on a découvert Emma Ruth Rundle, une artiste californienne qui relève également de l'écurie Sargent House. Elle milite également chez Red Sparowes, Marriages et Nocturnes. Ici, elle est venue seule, uniquement accompagnée de son compagnon Tosten Larson, qui se consacre au violon sur certains morceaux. Tant la morphologie de la chanteuse que sa musique évoquent immanquablement Chelsea Wolfe à ses débuts, dans un style très 'dark-folk' donc. Sa voix est plaintive, ses inflexions un peu arabisantes ; et le jeu de guitare est, comme celui de Wolfe, un peu désarticulé, un peu sale en raison d'un 'open tuning' qui communique aux cordes une tonalité très grave. Emma Ruth Rundle a présenté son dernier album, le 3ème, qui s'intitule « Marked for Death ». Une belle découverte !  

(Organisation : Het Depot – Merci à Suburban Records)

jeudi, 08 septembre 2016 18:15

Le passé recomposé de Front 242…

UnderViewer est né en 1979 ; un duo fondé par Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer avant qu'ils ne rejoignent Front 242. Au cours de son existence éphémère, il n'avait publié aucun single ou album sous ce patronyme. Seuls quelques titres avaient été ajoutés, sous la forme de ‘bonus tracks’, sur la réédition 2004 de « Geography » et une compilation éditée par Alpha Matrix.

Aujourd'hui, 35 ans plus tard, le tandem a retravaillé les morceaux de l'époque ; et en profitant des moyens de production modernes, il a décidé de sortir un elpee. Intitulé « Wonders & Monsters », c’est une réussite totale. Sa synth-pop minimaliste bénéficie d'un son ample et puissant, dans le respect de l'esprit expérimental des compositions originales.

Au sein d’une taverne bruxelloise et, autour d'une bonne bière blanche, nous avons abordé de nombreux sujets, et tout particulièrement ceux relatifs à ce long playing, aux débuts d'UnderViewer et bien sûr à l’aventure Front 242. 

Les prémisses d'UnderViewer et de Front 242 remontent bien à 1979-80 ?

Patrick Codenys (PC) : Oui, c'est à cette époque qu'on a commencé à travailler ensemble, Jean-Luc et moi. Ensuite, le patron de la maison de disque New Dance, qui avait déjà produit le premier single de Front 242 (NDR : « Principles / Body To Body »), était intéressé par un single d'UnderViewer. Tout était prêt : la musique et la voix de Jean-Luc. Mais comme on n'avait pas beaucoup d'expérience, notamment dans le domaine de l’enregistrement et du mastering, on avait besoin d’aide pour les aspects techniques et professionnels. Il nous a conseillé Daniel (NDR : Bressanutti), qui s’était chargé du premier single de Front. On le connaissait déjà puisqu’on le croisait souvent dans le magasin d'instruments Hill's Music, à Bruxelles, où il travaillait. Donc, on s'est donné rendez-vous dans son petit studio et on a jeté les bases du premier disque d'UnderViewer. Parallèlement, il nous a proposé de collaborer avec lui et Dirk Bergen sur le projet Front 242 et on a enregistré « U-Men » ensemble. Quand cette compo est sortie, elle a rencontré un franc succès dans les charts alternatifs. C’est pourquoi UnderViewer est un peu passé à la trappe et on s’est concentré sur le projet Front 242.

Et donc, ce futur LP d'UnderViewer réunit des chansons qui datent de cette époque-là ?

Jean-Luc De Meyer (JL DM) : Oui. Tout a été conçu dans l'esprit de l'époque. En se servant des mêmes instruments mais aussi des techniques de production actuelles.

Vous avez tout recommencé ou vous avez utilisé des pistes existantes ?

JL DM : Un peu des deux. Les bandes dataient de plus de 30 ans. Certains sons ne passaient plus ; donc on a récupéré ce qui pouvait l'être et le reste, on l'a reconstitué à l'identique.

Et les voix ?

JL DM : Les voix ont été refaites sur les mélodies originales et certaines paroles ont été légèrement adaptées, mais en veillant à conserver l'esprit des compositions. On a voulu le préserver plutôt que celui de la forme ; quoique la forme ait quand même été conservée également, mais disons à 50%.
PC : A l'origine, on avait enregistré sur un 4 pistes...

Un TEAC, je crois ?

PC : Un TEAC, en effet ! On a donc transféré les pistes analogiques sur ordinateur mais on a parfois repris aussi des séquences voire même des sons individuels. Cependant, ce qui est important, c'est qu'on a gardé l’approche de travail de l'époque. On s'est volontairement limités dans le type d'instruments utilisés, dans la simplicité et aussi des difficultés rencontrées par la technologie...

Donc, pas de synchronisation automatique via MIDI ?

PC : Si, du MIDI, mais abordé dans un contexte analogique. Donc, pas d’alternative pour créer des 'gates' avec le MIDI ou de travailler trop sur les vélocités : une technologie très 'basique'.

La plage titulaire de l'album, « Wonders and Monsters » avait déjà été publiée en 2004, sur la compilation « Re:Connected [1.0] » d'Alfa-Matrix ; ce qui nous permet de faire la comparaison et on constate que le son de la nouvelle version est beaucoup plus ample, plus puissant, plus clair. On relève aussi une autre différence, l'introduction est ‘ambient’, et elle ne figurait pas sur la mouture originale ?

PC : En effet. A l'époque, on expérimentait pas mal. J'étais un grand fan de Brian Eno et du krautrock allemand, dont la discographie ambient est considérable. Et vu la complexité des séquenceurs et des machines, ce n'était pas toujours facile de créer un morceau sous un format ‘song’, ‘chanson’, si tu préfères. On se basait plutôt sur des titres de 8 à 10 minutes. Donc, il existe une douzaine de tracks d'UnderViewer qui sont purement ‘ambient’. Ils n'ont pas été intégrés à l'album pour des raisons évidentes de place et de concept ; et donc, cette intro est une sorte de 'reliquat' de ces séquences ambient.

Sur l'opus, on retrouve d'autres pistes déjà publiées auparavant : celles parues en ‘bonus tracks’ sur la réédition 2004 de « Geography » : « Syncussion », « I Remember », « Trouble ». Par contre, les autres sont donc à ce jour complètement inédites ?

JL DM : En effet.

Ils n'étaient même pas parus sur cassette ?

JL DM : Non. Certaines ne sont que des ébauches tentées à l'époque et ont été finalisées plus récemment.

Par exemple : « Atomic Tears » ?

JL DM : C'est un morceau qui existait sur le plan musical. On a juste changé le titre et certaines mélodies vocales.

Ce qui permet d’embrayer sur la thématique des textes. On retrouve ici les univers ‘dystopiens’ très 'science fiction' et le côté sociologique qui sont, à mon humble avis, la marque de fabrique de Jean-Luc.

JL DM : Sauf qu'ici, le champ des thèmes est plus large. Sans limite, sans particularité. Comme c'est le début de nos productions, l’inspiration est bouillonnante, il n'y a pas de censure, pas de restrictions, c'est ce qui fait le charme de ce projet.

Cette recherche correspond à son patronyme : ‘UnderViewer’...

JL DM : Oui, un ‘Underviewer’ est un inspecteur des mines, quelqu'un qui va fouiller dans l' ‘underground’, dans le sous-sol, avec curiosité et intérêt. C'est une bonne définition de notre démarche artistique, je pense.
PC : Quand on s’intéresse aux parties vocales, il faut remettre le sujet dans le contexte de l’époque. Les contraintes étaient autrement présentes, car la musique était plus rigide. Donc, il a fallu que Jean-Luc invente un ‘genre’, un ‘style’ vocal nouveau, qu'il a ensuite réutilisé chez Front 242. En 1980, dénicher un chanteur qui parvenait à chanter sur de la musique électronique aussi 'basique', avec des 'white noises' et une musicalité somme toute assez limitée, était un fameux challenge ; et dans cet exercice, Jean-Luc a toujours été très fort.

En 1979-80, quelles étaient vos principales influences ? Kraftwerk, OMD, ... ?

PC : Perso, j'ai voulu jouer du synthé à cause de la musique industrielle ; et tout particulièrement celles de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire et ce genre de groupes. Des artistes qui n'avaient pas besoin d'être musiciens pour se lancer dans l'aventure. J'étais aussi grand fan du krautrock, de Kraftwerk, bien sûr, mais aussi de Human League, OMD, The Normal… Il y avait quelques singles ‘électro’. Brian Eno aussi, surtout pour le côté 'concept album' ; l'idée d'élaborer des disques à l’équilibre bien étudié. Mais comme la technologie était très ardue, les premiers synthés étaient loin d’être de la rigolade, il fallait qu'on trouve notre chemin, notre propre style.

Et Jean-Luc, de ton côté ?

JL DM : Un peu la même chose : tout ce qui venait d'Allemagne. Et parallèlement, les groupes punk, surtout pour leur énergie et la froideur. Wire, par exemple...

Joy Division aussi je suppose ? D’ailleurs, un morceau comme « Trouble » baigne au sein d’une ambiance Factory, une atmosphère très « Atmosphere »... (rires)

PC : C'est bien vu, c'est bien entendu...

Il évolue sur un rythme lent. Il a ce côté solennel, dépouillé… et puis les accords...

PC : Il est impossible de ne pas évoquer l'époque du Plan K. J'y ai vu Joy Division et Cabaret Voltaire et...

Avec Willian Burroughs qui faisait une lecture au premier étage !

PC : Oui ! C'est le genre de soirées qui changent une vie. Et il faut reconnaître que le son Factory était un son fascinant.

Pour en revenir aux débuts de Front 242, comment décririez vous la contribution que vous avez apportée tous les deux en rejoignant le projet ?

PC : D'abord un peu plus de recherche sonore et la construction de titres au format ‘song’, ‘chanson’. Si on écoute bien « Body To Body », c'est assez D.A.F., avec batteries et ‘bass lines’. Quand on est arrivés, on a amené d'abord des sons expérimentaux, un peu bizarres mais aussi la faculté de créer des chansons, non seulement grâce aux compositions vocales de Jean-Luc mais également aux structures que je pouvais mettre en place.

Pour les sons, tu penses surtout aux sons industriels ?

PC : Oui, les 'white noises', ce genre de sonorités. Je n'étais pas du tout musicien donc j'amenais parfois des tonalités qui ne correspondaient pas à la gamme des notes dites 'classiques' ; mais ce côté dissonant, 'out of tune', communiquait une couleur particulière aux morceaux.
JL DM : Pour la partie vocale, Daniel nous a invités à écouter sa demo de « U-Men » et le chant est venu très rapidement. Je me suis dit que c'était chouette d'avoir ainsi quelque chose qui procure des idées. Avec moi, soit c'est très rapide ou alors il n'y a rien qui vient. Il y a des morceaux sur lesquels je travaille depuis 10 ans et il n'y aura jamais rien qui se concrétisera... (rires)
PC : La force de Daniel, c'est qu'il a joué de la batterie, donc il combine très bien drums et ligne de basse. Il nous avait confié, à l'époque : ‘Je cherche des gens avec qui je peux collaborer pour aller plus loin et construire des chansons’. Parce que tu ne peux pas refaire 20 fois « Body To Body » pour réaliser un album. C'est alors qu’on a tous participé à l’accouchement de « Geography », qui est devenu le véritable point de départ.

Et si on devait choisir un titre de Front 242, un titre qui serait un peu comme une petite pépite oubliée, un morceau que personne ne joue, ce serait quoi ?

PC : J'ai toujours bien aimé « Sample D. », un instrumental qui figurait sur « Endless Riddance », le 12 pouces sur lequel il y a aussi « Take One ».
JL DM : Perso, ce serait aussi un instrumental : « Geography II », un morceau très simple et très puissant. Et pourtant, il est né d’une erreur de programmation. Ce qui arrive parfois. Et on en a conclu : ‘C'est chouette ça : on le garde !’
PC : Mais aussi « Kampfbereit », un titre du répertoire d'UnderViewer qui a été crédité Front 242 sur « Geography ». Il fait bien le lien entre les deux projets.

A l'époque, le terme ‘Electronic Body Music’ a été créé par Front 242 mais d'autres acteurs l'ont également revendiqué.

JL DM : Nous on ne revendique rien, mais je pense qu'on est les premiers à l'avoir utilisé, sur l'album « No Comment », en 1983. Si d'autres ont des arguments, ils peuvent les apporter. Comme historien de formation, il me faut des preuves ! (rires)
PC : Sur Wikipedia, on raconte que Kraftwerk a cité le terme dans une interview...

D.A.F. également. Ils utilisaient le terme ‘Körper Musik’ mais il manque le mot ‘Electronic’.

PC : Nous en tout cas, on a choisi l'étiquette EBM parce tout et n'importe quoi était utilisé pour décrire notre musique. Certains avançait même : ‘C'est entre Tina Turner et Throbbing Gristle…’ (rires)  C'était trop vague, on a voulu clarifier la situation, et on a donc trouvé ce 'label' EBM.

On parlait auparavant des sons et des synthés ; j'ai lu que toi, Patrick, tu avais acheté un synthé Emulator grâce à la loterie ?

PC : Oui, en fait, c'est mon père qui avait gagné un certain montant à la loterie ; et il a proposé de m'offrir une voiture. Je me souviens que je me baladais dans le centre de Bruxelles et j'ai regardé toutes celles alignées dans la rue ; et j’en ai conclu : ‘Si j'achète une voiture, je serai comme tout le monde’. Donc, j'ai émis une autre contre-proposition : ‘Je veux un synthé’.

Il était à quel prix, l'Emulator II ? J'ai acheté un Emax et il coûtait 150 000 FB (NDR : 3 750 EUR).

PC : L'Emulator II valait 250 000 FB (NDR : 6 250 EUR), le prix d'une voiture ! Et ce qui est intéressant, c'est de voir que chaque album de Front 242 possède une marque de fabrique liée au type de synthés et de technologie utilisés. « Geography » et « No Comment », par exemple, sont orientés analogique ; « Official Version » correspond aux débuts du sampling ; sur « Front By Front », c'est de l'algorithmique, basé sur le DX7 de Yamaha ; ensuite, il y a eu du digital, du virtual acoustic. Très souvent, les instruments dictaient un peu la sonorité d'un album et la manière de travailler.

Il y a aussi l'épisode Ministry et la tournée aux Etats-Unis. J'ai lu que Ministry aurait changé de style à cause de ou grâce à Front 242 ?

PC : Je crois que c'est certainement vrai. Quand on a commencé la tournée, il proposait de la pop. Tous les soirs, Al Jourgensen assistait à nos premières parties, sur le côté de la scène. Résultat : il a voulu durcir sa musique et donc, quand il remontait sur scène, il demandait à ses musiciens de jouer plus 'hard', en utilisant de la distorsion. Et au fil du temps, le son de Ministry se rapprochait de plus en plus de celui de 'Front'. Ensuite, quand « Twitch » est paru, il a embrayé sur un son carrément 'dark'.

Pour clore l'interview, impossible de ne pas poser la sempiternelle question sur les futures productions de Front 242. J'ai cru comprendre que vous vous concentriez sur les concerts et qu'il n'y aura plus de nouvelles productions studio?

PC : Je crois qu'on ne fera plus de morceaux de musique ensemble. On s'entend toujours très bien mais les goûts ont évolué. Le seul intérêt serait de refaire de la musique 'vintage', comme à l'époque, parce que c'est ce que le public demande. Ils ne souhaitent pas un nouveau « Pulse » ou une autre direction. Ce serait une manière de boucler la boucle. Mais, à ce stade, je ne crois pas à un tel dénouement…
JL DM : Tout à fait d'accord : ça ne se fera pas.

Ce qui est clair...

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, écoutez l'émission de radio WAVES sur mixcloud, c'est ici  

Pour commander « Wonders & Monsters », le nouvel album d'UnderViewer, rendez-vous sur le site d'Alpha Matrix : www.alfa-matrix-store.com

Tracklist :

1 - Was soll ich tun
2 - A Minor Detail

3 - Litany
4 - Nobody but you
5 - I am the rain
6 - Trouble*
7 - Wonders & Monsters°
8 - What do you see
9 - Gone
10 - Atomic Tears
11 - Syncussion*
12 - I Remember*

13 - A September Morning
14 - These Days

* Déjà paru sur la réédition 2004 de « Geography »
° Déjà paru sur la compilation « Re:Connected [1.0] »

Un grand merci à Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Alfa Matrix.

 

 

Les musiciens et les artistes en général connaissent bien la SMart. Pas la petite voiture, mais bien la « Société Mutuelle pour artistes ». Fondée en 1998 sous la forme d’une asbl, la SMart offre aux professionnels intermittents du secteur artistique (créateurs comme techniciens) des solutions pour inscrire plus aisément leur travail dans un cadre légal qui leur garantisse une meilleure sécurité sociale. Intermédiaire entre l'intermittent et le donneur d'ordre, la SMart donne aux artistes la statut de salarié pendant la période où ils travaillent. Mieux : elle leur permet de créer une micro-structure (appelée « Activité ») en son sein, un système nettement plus aisé que de créer une asbl ou de devenir indépendant. Basée à Bruxelles, SMart s'est rapidement développée et compte aujourd'hui 72 000 membres et 80 000 donneurs d'ordre. Elle englobe maintenant tous les types de 'freelances'. Elle a créé des bureaux un peu partout en Belgique et possède même des filiales dans plusieurs pays européens.

Aujourd'hui, l'association a entamé un processus de réorganisation afin de devenir au 1er janvier 2017 la plus grande coopérative de travailleurs d’Europe. Mais pourquoi devenir une coopérative ? Nous avons rencontré Sandrino Graceffa, Administrateur délégué, lors de l'Assemblée générale qui s'est tenue le 28 juin à Saint-Gilles. « Avec l’évolution du monde du travail, la fin du plein emploi et la révolution technologique, les travailleurs ne connaissent plus de carrière rectiligne », nous précise-t-il. « Nous le constatons déjà aujourd’hui avec nos membres qui explorent divers statuts et allient plusieurs métiers avec agilité. Notre défi est d’accompagner ces travailleurs autonomes au sein d’une entreprise partagée. Aujourd’hui, la forme coopérative est en effet la seule qui, juridiquement, offre à la fois le statut de salarié, et la protection sociale y afférente, et celui d’entrepreneur autonome ».

Assemblée Générale de la SMartVenant d'outre-Quiévrain, Sandrino Graceffa apporte l'expertise qu'il a acquise dans ce domaine en France, un pays où la tradition des coopératives est nettement mieux implantée. « En France, et dans de nombreux pays européens, le statut de coopérative est mieux défini et mieux encadré. Ici, on y trouve un peu tout et n'importe quoi. Pire : le statut a été galvaudé et récupéré par des grands groupes qui détournent les coopératives de leur mission sociale première. Voilà pourquoi nous accordons beaucoup d'importance au travail préparatoire, afin de définir de façon claire la mission et les valeurs de notre coopérative par le biais de statuts. »

Graceffa va plus loin : « Nous voulons servir d'exemple, nous voulons montrer la voie, ici en Belgique. Nous militons également pour une redéfinition du statut de coopérative dans la loi et pour un soutien plus affirmé des pouvoirs publics. » Dans cette perspective, la SMart peut compter sur le soutien de principe du ministre bruxellois Didier Gosuin qui, invité lors de l'Assemblée Générale, a confié avoir débloqué une première enveloppe de 700 000 euros pour soutenir les projets d'économie sociale.

Assemblée Générale de la SMart

Mais quels seront les impacts concrets de la création de SMart Coop, la coopérative SMart ? En lieu et place de la cotisation annuelle de 25 euros, qui était perdue pour eux, les membres, qu'ils soient musiciens, techniciens ou autre freelances, se verront offrir la possibilité d'acheter une ou plusieurs parts de la coopérative, à 30 euros par part. Cette levée de fonds, estimée à environ 15 millions, permettra à la coopérative de constituer un capital propre, qu'elle ne possédait pas en tant qu'asbl et qui apportera une plus grande garantie de stabilité et de pérennité. « Nous considérons cet apport comme une caution, comme une participation en tant qu'incubateur. Elle renforcera également le sentiment d'appartenance et l'implication personnelle, tant pour les 160 employés permanents que pour les membres externes. »

Nuance importante : la nouvelle société coopérative sera à but social, c'est-à-dire sans but lucratif. Tous les bénéfices seront donc ré-investis dans les nouveaux projets et les coopérateurs ne recevront pas de dividendes. Mais Sandrino Graceffa n'exclut pas que, dans un deuxième temps, la coopérative puisse reverser une partie des bénéfices aux membres, non pas sous la forme de dividendes, mais sous la forme de parts.

On suivra avec attention l'évolution de ce projet innovant ! Quant à votre serviteur, étant lui-même musicien et membre de la SMart, il s'est bien évidemment engagé à participer à la levée de fonds et à devenir coopérateur. Le monde bouge et c'est grâce à de telles initiatives qu'il deviendra plus juste et plus solidaire. Smart move !

Pour en savoir plus : www.smartbe.be

Merci à Sandrino Graceffa, Virginie Cordier et Fabienne Smets.

Photos de l'Assemblée Générale par Roland Pauwels.

Page 12 sur 23