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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 
dimanche, 20 novembre 2016 02:00

Sinner's Day 2016 : dimanche 20 novembre

Après une pause de 5 ans, le Sinner’s Day, grand messe dark, est de retour. Fondé en 2009, ce festival réunit, à Hasselt, la fine fleur de la musique new-wave/post-punk 'old school'. Indoor, il se déroule au sein de l'Ethias Arena. C’est l’organisation limbourgeoise Star Events qui en a repris le concept. Et l’édition, cette année, est très alléchante. Confirmation, plus de 7 000 fans ont fait le déplacement, bien décidés à enclencher la machine à nostalgie et à se remémorer cette période lumineuse de la musique sombre : les années 80.

En lever de rideau : The Cassandra Complex. Il s’agit du projet créé à Leeds, par Rodney Orpheus, en 1980. Nous n'avons pas pu assister à sa prestation, mais on se souvient bien de celle accordée dans le cadre du Rewind, en 2012. On est d’ailleurs certain que sa musique très originale, mélange de new wave, punk et electro, a dû séduire les festivaliers déjà présents à partir de 13h.

A notre arrivée, nous sommes accueillis par les organisateurs, qui ont mis le paquet pour faciliter le travail des journalistes. Très pro ! Un Press Café est installé derrière la table de mixage, une Press Room permet de se connecter et de travailler et le bracelet donne accès à la zone ‘Frontstage’ des photographes, pour autant que les artistes aient accepté de se faire tirer le portrait. Au sein de la programmation, seul Tricky refuse leur présence, frontstage.

Après le ska, dispensé par la formation insulaire The Beat, place au premier 'gros morceau' de la journée : Tuxedomoon. Il est alors 15 heures. Formé en 1977, à San Francisco, ce projet s'est taillé une place enviable sur la scène musicale. Il est même considéré comme un des pionniers du post punk et de la new wave. Son single, “No Tears”, remonte à 1978. Un classique du genre qui a influencé nombre d'artistes (dont un certain Brendan Perry de Dead Can Dance). Au cours des eighties, les musicos se sont exilés en Europe, s’établissant même tout un temps à Bruxelles. Ils ont étendu la palette de leur son en créant une forme d'art-rock hybride assez unique en son genre. Il faut imaginer une ambiance jazzy, cinématique, reposant sur des lignes de basse très post-punk et une rythmique minimaliste et obsédante, une expression sonore sur laquelle viennent se greffer des voix et d'envoûtantes arabesques de saxophone, de trompette ou de violon. Un peu comme si Velvet Underground se payait un improbable bœuf en compagnie de Chet Baker, Roxy Music, Frank Zappa et Death In June (!).

Sur l’estrade, on retrouve, pour notre plus grande satisfaction, les trois membres fondateurs : Blaine L. Reininger, Steven Brown et Peter Principle. Si Principle se concentre exclusivement sur sa basse Epiphone Gibson SG, les deux autres sont, par contre, d'étonnants multi-instrumentistes. Steven Brown alterne entre vocaux, piano et saxophone alors que Blaine L. Reiniger chante et joue du violon ou de la guitare. Le line up est complété un trompettiste et par un préposé aux machines et aux (superbes) vidéos.

Magique, la musique exécutée par le combo génère une ambiance très étrange, quasi-surréaliste, dans le grand hall de l'Ethias Arena. Il y a déjà au moins 4 à 5 000 personnes, toutes habillées de noir, évidemment ! En parlant de couleurs, les touches de guitare et de saxo dispensées tout au long de “Muchos Colores” semblent extraites d'un film de David Lynch. Plus rythmé, “What Use ?” est marqué par la voix très 'devo-esque' de Reiniger et les harmonies jazzy. « Seven Years », également extrait du sublime elpee « Half-Mute » (1980), évoque Gary Numan et Talking Heads. Un style bien personnel de no wave avant-gardiste, caractérisé par une rythmique hypnotique et une voix cinglante. Dans l'ensemble, le spectacle est une belle réussite. A voir absolument au cœur d’une ambiance plus intimiste !

Deutsche Amerikanische Freundschaft (DAF) prend le relais sur l'immense scène. Le logo DAF est projeté sur le gigantesque écran LED disposé au-dessus du podium. Saluons ici à nouveau Star Events, qui est a déniché le meilleur en termes de son, de light show et de logistique. Par contre, il aurait été plus logique que Tricky précède DAF, de manière à respecter une certaine progression dans la puissance des shows. Issu de Düsseldorf, DAF est un duo qui pratique une forme d’EBM minimale. Formé en 1978, il réunit Gabriel ‘Gabi’ Delgado-López (voix) et Robert Görl (batterie, percussions, instruments électroniques). La chanson la plus célèbre de DAF est incontestablement "Der Mussolini", un titre sarcastique et sombre qui figurait sur le long playing "Alles ist gut".

Il faut absolument vivre un concert de DAF. Si vous n’y avez jamais assisté, vous êtes passés à côté d’un événement majeur. Il est assez incroyable de voir et d’entendre ce que (seulement) deux personnes sont capables de réaliser sur une scène. Robert Görl frappe vigoureusement sur ses tambours acoustiques ; son style typiquement brut donne vie aux séquences électroniques. Et puis, Gabi est un véritable animal de scène. Pendant tout le show, il arpente l’estrade et vocifère intensément. Pendant le fameux "Der Mussolini", la foule réagit et se met à onduler. Mais la tension atteint son paroxysme sur "Ich Will", "Muskel" et "Sato-Sato". Suivant un rituel devenu classique, Gabi s'asperge abondamment d'eau ; et ouverte, sa chemise est trempée.

En écoutant des titres comme « Liebezimmer » ou « Nachtarbeit », on mesure l'importance exercée par DAF dans l'émergence de l'Electro Body Music (EBM), un genre créé par Front 242 et perpétré notamment par Nitzer Ebb. Un concert en forme de coup de poing, une ‘daffe’ dans la gueule, en somme...

D'aucuns s'étaient étonnés de voir Tricky à l’affiche d'un festival new wave. Pourtant, la trip hop d'Adrian Thaws, ce chanteur et musicien black originaire de Bristol, embrasse une dimension carrément 'dark' qui correspond assez bien à l'ambiance ténébreuse de la new wave. Epaulé par le batteur Luke Harris et par un guitariste, Tricky a présenté son dernier opus, « Skilled  Mechanics ». Un concert en tous points envoûtant. Les lignes hypnotiques de basse et les rythmes quasi-tribaux fascinent. Tricky est habillé tout simplement d'un jean et d'un t-shirt ; mais sa présence sur les planches est impressionnante. On ne sait si c'est à cause de substances illicites, mais il est à fond dans son trip. Que ce soit pendant « Hero » ou « Palestine Girl », il alterne passages calmes, où sa voix sensuelle murmure comme dans un souffle, et explosions de violence. Des changements de dynamique qui évoquent inévitablement Nine Inch Nails et Rage Against The Machine.

Un bémol quand même : le recours au play-back pour les voix féminines, la basse et les synthés. Décidément, les groupes qui se produisent 100% en live deviennent rares de nos jours. Néanmoins, on a assisté à un set plutôt bluffant. « Sun Down » et « Valentine » ont fait monter la pression ; mais les deux derniers morceaux, « Boy » et « Vent », ont littéralement 'déchiré'. A cause de l’intensité et la force dramatique que ce diable de Tricky injecte dans son interprétation. Agé de 48 ans (NDR : c'était le plus jeune (!) musicien à l'affiche), il a mis une bonne claque aux 'anciens' ! Une belle surprise !

Après l'incontournable paquet de frites, nous reprenons notre place 'frontsatge' pour assister au set d'Orchestral Manoeuvres in the Dark (OMD). Cette formation anglaise, issue de Liverpool, a marqué les années 80 en dispensant une new wave électronique particulièrement mélodique et très dansante. Formée en 1978, elle a connu une ascension fulgurante jusque dans les nineties, où elle a été balayée par les mouvements Grunge et Britpop. Mais en 2006, OMD s'est reformé, surfant sur la vague nostalgique des eighties. A contrario d’une belle brochette de combos 'rétros', ils ont composé de nouvelles chansons ; enregistrant d’ailleurs deux excellents long playings : « History of Modern » et surtout « English Electric ».

Le concert commence très fort par « Enola Gay » ; sans doute le plus gros hit d’OMD. L'ambiance monte immédiatement d'un cran. Sur l’estrade, on reconnaît le chanteur, Andy McCluskey. Derrière lui, aux claviers, son compère, Paul Humphreys, la cinquantaine, les cheveux grisonnants et un visage de poupon souriant. Ce soir, ils sont en mode 'duo', c'est-à-dire sans Malcolm Holmes (batterie) et Martin Cooper (synthés/saxophone).

‘Don't be afraid of old men playing synths', conseille Andy McCluskey avant « Messages ». En lâchant ces petites phrases, McCluskey établit dès le départ un très bon contact avec la foule. Il déborde d’énergie et son attitude très enthousiaste sur les planches force l'admiration. On le sait : ce type est un vrai showman ! Les hits se succèdent à un rythme effréné. « History of Modern (Part 1) » prouve qu'OMD est encore capable encore écrire des hits, 30 ans plus tard. Le riff au synthé est simple mais d'une efficacité redoutable. Après « Souvenir », chanté par Paul Humphreys, McCluskey raconte, non sans ironie, que « Joan of Arc » est un single uniquement paru en Belgique et qu'il ne s'est pas bien vendu. 'On va donc se venger ! Vous allez devoir souffrir et l'écouter à nouveau !' Ensuite, en toute logique, « Maid of Orleans » embraie ; un morceau caractérisé par son atmosphère médiévale hypnotique et fascinante.

Le set s’achève comme il a commencé : en puissance. D'abord, « Sailing On The Seven Seas », composé en trio avec Nik Kershaw ; et bien entendu, « Electricity », le premier single, gravé en 1979, qui illumine l'énorme espace du hall et parvient à faire danser un auditoire plus qu'enthousiaste... En un mot ? Un concert parfait. Tout y était : génie musical, énergie, présence, humour et modestie : bravo, OMD !

Changement radical de style, puisqu’on attend Public Image Limited (PIL), la formation britannique drivée par John ‘Rotten’ Lydon, le fantasque chanteur des Sex Pistols. Créé en 1978, après la dissolution des Pistols, PIL a été un des pionniers du Post-Punk, jusqu'en 1994. Après un hiatus de 15 ans, le band s'est reformé en 2009 et a publié deux nouveaux elpees : « This is PiL et « What the World Needs Now... ».

Ce soir, c’est la formation originelle qui grimpe sur le podium. Soit Bruce Smith (Pop Group, Slits) à la batterie, Lu Edmonds (Damned, Shriekbak) à la guitare et Scott Firth à la basse ; mais sans John Mc Geoch, décédé en 2005. John Lydon est intégralement vêtu de noir. Il a les cheveux dressés sur la tête. On dirait une perruche, mais une perruche très criarde...

Très tôt dans le set, « This Is Not a Love Song » met tout le monde d'accord : ce morceau, qui est un pur chef-d'oeuvre, est ici singulièrement allongé et trituré dans tous les sens. Le public est aux anges et chante le refrain en choeur. Un grand moment, sans doute le plus marquant de la journée. « Death Disco » est tout aussi magistral. Ecrit par Lydon, après le décès de sa mère, cet éloge dub/disco intègre un passage classique de Tchaïkovski, interprété à la guitare. Pendant « Warrior », on se rend compte de la très haute qualité du son : le mixage est parfait et on distingue aisément tous les instruments. « Rise » et « Shoom » clôturent en force ce concert en tous points remarquable.

Avant de quitter l’estrade, Lydon se fendra même d'un petit speech, remerciant ses musiciens en les appelant chacun ‘Madame’. Il souligne que sa musique a été jouée avec le cœur et conclut par un vibrant ‘f*ck the music business !’ Comme quoi, malgré ses 60 balais, Johnny est toujours un punk !

Le point culminant de la journée, c’est le Sisters of Mercy d’Andrew Eldritch qui est censé l’atteindre. Malheureusement, et on le déplore, jadis légende du rock gothique, le chanteur anglais (NDR : aujourd’hui établi à Hambourg) a renoncé depuis longtemps à composer de la musique. Il se contente de 'cachetonner' en accordant des concerts au cours desquels il n'y a rien à voir. Et pour cause, les musiciens sont, en général, plongés dans un brouillard épais de fumigènes. Ce soir, Eldritch ne déroge pas à la règle et le début du set est annoncé par le souffle des canons à fumée. On aperçoit les ombres des deux guitaristes, Chris Catalyst et Ben Christo, ainsi que le préposé aux machines (Dr Avalanche a été remplacé il y a bien longtemps par deux laptop Apple). Eldritch est également habillé en noir et porte ses inséparables lunettes de soleil. Il ouvre le spectacle (?!?!) par « Detonation Boulevard ». Suivant une mauvaise habitude, le son est lourd, trop lourd, les grattes sont trop bruyantes et la voix, difficilement audible.

Heureusement, un accès frontstage est quand même prévu pour la presse pendant trois chansons ; ce qui nous permet de prendre quelques photos, certes très enfumées. Des petites perles comme « Alice » ou « Marian » sont ici massacrées à la tronçonneuse tant l'interprétation est grasse et pataude. « Dominion », par contre, passe beaucoup mieux la rampe ; pour la bonne et simple raison que les guitares y sont limitées a des arpèges plus discrètes, ce qui laisse plus d'espace à la voix.

Bien sûr, le public est aux anges, car il connaît toutes les chansons par coeur et est heureux d'écouter tous ces hits immortels, même si le son n'est pas idéal. La fin de parcours va cependant nous réserver une jolie surprise : dans « Flood II », Eldritch se dirige vers le côté droit pour allumer une cigarette et s’installe tout au bord de la scène, à quelques centimètres seulement du public ; lorsque soudain, il semble sortir de sa léthargie. Il commence à onduler comme un félin et son interprétation devient plus vivante, plus ouverte. Ce qui confirme que s’il le souhaitait vraiment, Eldritch pourrait nous réserver des concerts nettement plus passionnants.

Lors du premier rappel, « Something Fast » est victime d’un véritable carnage. A cause d'une guitare acoustique désaccordée et de vocaux inaudibles. « Lucretia, My Reflection » se distingue par sa rythmique d'enfer et le pogo endiablé qu’il déclenche dans les premiers rangs. Enfin « Temple of Love » et « This Corrosion » clôturent une prestation décevante malgré quelques bons moments. Pour apprécier les Sisters en live, il n'y a rien de mieux que la vidéo du sublime concert enregistré en 1985, au Royal Albert Hall (voir pour se consoler)

En conclusion, ce Sinner's Day est manifestement une belle réussite : et ce, à tous points de vue. Un regret quand même, l’absence de formations plus contemporaines dans la programmation, afin de démontrer toute la vitalité de la scène ‘wave’ actuelle. L'organisateur, Chris Vanhoyland, a dû nous entendre, car il annonce une prochaine édition qui s’appuiera bien évidemment sur des 'vieilles gloires', comme The Residents ou Revolting Cocks, mais proposera également du renouveau. La présence de Goose est d’ailleurs envisagée ; celle des Limbourgeois Whispering Sons, auréolés de leur victoire au Rock Rally, serait vraiment indiquée ; tout comme celles de Luminance, Organic ou Charnier... Et la liste est loin d’être exhaustive. Rendez-vous l'année prochaine !

Pour regarder les photos du Sinner's Day, c’est ici

Organisation : Sinner’s Day Festival (Star Events, Houthalen – Dp Communications) 

 

 

mardi, 15 novembre 2016 17:45

Cirque Royal : le cirque continue...

La saga de la gestion du Cirque Royal a pris un nouveau tournant. Pour rappel, le bâtiment appartient à la Ville de Bruxelles et est géré depuis 17 ans par le Botanique. Il y a quelques mois, la Ville annonce qu'elle rompt la convention avec le Botanique en vue de confier la gestion du Cirque à Brussels Expo, le gestionnaire du Parc des Expositions du Heysel, déjà exploitant du Palais 12, de la Salle de La Madeleine, organisateur du BSF et, tout le monde le sait, très proche de la Ville. Suite à un recours du Botanique auprès du Conseil d'Etat, la Ville se voit ensuite contrainte de lancer une procédure de sélection en bonne et due forme, qui permet au Botanique de déposer une offre, en partenariat avec le Sportpaleis.
 
Il y a quelques jours, le Colllège communal de la Ville a communiqué son choix : c'est Brussels Expo qui obtient la concession. Cette décision doit encore être avalisée par le Conseil communal mais ça ne devrait être qu'une formalité. De nombreuses voix se sont élevées, dénonçant un conflit d'intérêt – Philippe Close, échevin du Tourisme siégeant comme Président du Conseil d'Administration de Brussels Expo. D'autres ont stigmatisé un projet monopolistique, menaçant la mission culturelle du bâtiment.
 
Aujourd'hui, Brussels Expo a présenté son projet pour le Cirque Royal lors d'une conférence de presse et en a profité pour clarifier certains points. « Brussels Expo est une organisation indépendante », précise d'emblée Denis Delforge, CEO. « Nous ne sommes pas subsidiés par la Ville et nous n'avons pas été avantagés dans la procédure de sélection ». Selon lui, c'est le projet de revalorisation du Cirque et les perspectives d'optimisation de l'exploitation qui ont été décisifs. Quant à Denis Gerardy, Directeur Entertainment de Brussels Expo, il souligne que le volet culturel fera l'objet d'une attention toute particulière dans la programmation des activités futures. Au programme : des spectacles de tous types et un soutien des artistes locaux par le biais d'un fonds et par la mise à disposition des locaux pour des 'résidences' et des 'showcases'.
 
Pour notre part, nous craignons que le côté 'alternatif', cher au Botanique, ne laisse la place à une vision plus événementielle des spectacles musicaux, servant à redorer le blason de la Ville plutôt qu'à permettre l'émergence de nouveaux talents locaux. Denis Gerardy s'inscrit en faux par rapport à cette vision et précise que Brussels Expo n'est pas responsable de la programmation. En bon exploitant, il fera appel aux 'promoteurs' de concerts qui, eux, feront la programmation. Le Botanique fera d'ailleurs partie de ces opérateurs : il pourra disposer du Cirque Royal « au prix coûtant » pour les Nuits Bota et d'autres concerts éventuels.
 
On se prend à rêver que les deux concurrents s'assoient autour d'une table. Les deux organisations possèdent en effet des atouts parfaitement complémentaires. Elles feraient mieux de collaborer, au bénéfice de la culture, des artistes et du public, plutôt que de nous offrir ce regrettable 'cirque'...
 
Photo : © Thomas Thielemans – Belga

David Eugene Edwards est un être à part. Créateur du légendaire 16 Horsepower, groupe d'indie folk, il emmène depuis 2001 une formation plus orientée rock/stoner : Wovenhand. Sa voix unique, habitée, incantatoire même, trahit des accents quasi-mystiques. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang Cherokee coule dans ses veines. Cette année, il est de retour pour présenter sa dernière production: « Star Treatment ».

Dans un ‘Depot’ sold out, Wovenhand va livrer un concert intense, inspiré et chargé d'émotions. Le son s'est encore épaissi, par rapport aux tournées précédentes. Réunissant Ordy Garrison à la batterie, Neil Keener à la basse et Chuck French à la guitare, le combo impressionne par sa puissance. Cette année, le line up a été élargi pour inclure un claviériste. De quoi apporter un côté tantôt psyché, tantôt carrément wave, à l’expression sonore. 

Mais tous les regards sont bien sûr tournés vers David Eugene Edwards. Il est coiffé de son indéboulonnable chapeau blanc et adopte une attitude de chaman. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Sa voix vous emmène dans un monde pétri de spiritualité. Sa foi ouvertement déclarée en Dieu transcende sa musique. Il évoque Jim Morrison, mais aussi Neil Young et Nick Cave.

Au sein de la setlist figure des extraits de « Star Treatment » et de « Refractory Obdurate », ainsi que des morceaux plus anciens. La première partie est plus ‘stoner’ et certaines compos plus psyché, à l’instar de « The Hired Hand » ou « Maize », deviennent même carrément hypnotique. On pense parfois à Swans, tant l'atmosphère est intense. Le son de la Gretsch Tennessee rouge de David Eugene est incisif, abrasif et évoque celui d’un guitariste qui utilise la même gratte : Geordie Walker, de Killing Joke. Le parallèle avec la bande à Jaz Coleman semble parfaitement coller : sur les planches, ce sont deux rouleaux compresseurs aux accents post-punk.

C’est la deuxième partie du set qui va vraiment faire la différence. David Eugene troque alors sa Gretsch contre un très vieux banjo en bois, une pièce vintage datant, paraît-il, de 1887. Le son est plus clair, moins bruyant. Tant « Corsicana Clip » et « Oburate Obscura » atteignent la perfection. Edwards chante de longues intros mêlant anglais et langue lakota amérindienne. Il captive totalement le public, qui semble ensorcelé par ses gestes et sa voix.

Le troisième volet du show est consacré à de larges extraits du dernier opus « Star Treatment » et la tension retombe un peu. Certains titres se ressemblent trop et le côté ‘americana’ peut, à la longue, lasser. La prestation s’achève par le puissant « El-bow ». Issu de l'album « Refractory Obdurate », ce titre lorgne parfois vers The Black Angels.

Suivant la tradition, Wovenhand quitte l’estrade au son de chants amérindiens et la foule crie dans le rythme pour rappeler le groupe. Et quand il revient sur le podium, c’est pour attaquer un « King O King » énergique, quasi noisy, avant d’achever en beauté par une nouvelle chanson décochée en forme de coup de poing dans la figure : « Come Brave ».

Wovenhand confirme donc son évolution vers une musique toujours plus puissante, plus 'stoner', voire 'postpunk', mais aux accents psychédéliques. Une fois de plus, l’auditoire a vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

En première partie, on a découvert Emma Ruth Rundle, une artiste californienne qui relève également de l'écurie Sargent House. Elle milite également chez Red Sparowes, Marriages et Nocturnes. Ici, elle est venue seule, uniquement accompagnée de son compagnon Tosten Larson, qui se consacre au violon sur certains morceaux. Tant la morphologie de la chanteuse que sa musique évoquent immanquablement Chelsea Wolfe à ses débuts, dans un style très 'dark-folk' donc. Sa voix est plaintive, ses inflexions un peu arabisantes ; et le jeu de guitare est, comme celui de Wolfe, un peu désarticulé, un peu sale en raison d'un 'open tuning' qui communique aux cordes une tonalité très grave. Emma Ruth Rundle a présenté son dernier album, le 3ème, qui s'intitule « Marked for Death ». Une belle découverte !  

(Organisation : Het Depot – Merci à Suburban Records)

jeudi, 08 septembre 2016 18:15

Le passé recomposé de Front 242…

UnderViewer est né en 1979 ; un duo fondé par Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer avant qu'ils ne rejoignent Front 242. Au cours de son existence éphémère, il n'avait publié aucun single ou album sous ce patronyme. Seuls quelques titres avaient été ajoutés, sous la forme de ‘bonus tracks’, sur la réédition 2004 de « Geography » et une compilation éditée par Alpha Matrix.

Aujourd'hui, 35 ans plus tard, le tandem a retravaillé les morceaux de l'époque ; et en profitant des moyens de production modernes, il a décidé de sortir un elpee. Intitulé « Wonders & Monsters », c’est une réussite totale. Sa synth-pop minimaliste bénéficie d'un son ample et puissant, dans le respect de l'esprit expérimental des compositions originales.

Au sein d’une taverne bruxelloise et, autour d'une bonne bière blanche, nous avons abordé de nombreux sujets, et tout particulièrement ceux relatifs à ce long playing, aux débuts d'UnderViewer et bien sûr à l’aventure Front 242. 

Les prémisses d'UnderViewer et de Front 242 remontent bien à 1979-80 ?

Patrick Codenys (PC) : Oui, c'est à cette époque qu'on a commencé à travailler ensemble, Jean-Luc et moi. Ensuite, le patron de la maison de disque New Dance, qui avait déjà produit le premier single de Front 242 (NDR : « Principles / Body To Body »), était intéressé par un single d'UnderViewer. Tout était prêt : la musique et la voix de Jean-Luc. Mais comme on n'avait pas beaucoup d'expérience, notamment dans le domaine de l’enregistrement et du mastering, on avait besoin d’aide pour les aspects techniques et professionnels. Il nous a conseillé Daniel (NDR : Bressanutti), qui s’était chargé du premier single de Front. On le connaissait déjà puisqu’on le croisait souvent dans le magasin d'instruments Hill's Music, à Bruxelles, où il travaillait. Donc, on s'est donné rendez-vous dans son petit studio et on a jeté les bases du premier disque d'UnderViewer. Parallèlement, il nous a proposé de collaborer avec lui et Dirk Bergen sur le projet Front 242 et on a enregistré « U-Men » ensemble. Quand cette compo est sortie, elle a rencontré un franc succès dans les charts alternatifs. C’est pourquoi UnderViewer est un peu passé à la trappe et on s’est concentré sur le projet Front 242.

Et donc, ce futur LP d'UnderViewer réunit des chansons qui datent de cette époque-là ?

Jean-Luc De Meyer (JL DM) : Oui. Tout a été conçu dans l'esprit de l'époque. En se servant des mêmes instruments mais aussi des techniques de production actuelles.

Vous avez tout recommencé ou vous avez utilisé des pistes existantes ?

JL DM : Un peu des deux. Les bandes dataient de plus de 30 ans. Certains sons ne passaient plus ; donc on a récupéré ce qui pouvait l'être et le reste, on l'a reconstitué à l'identique.

Et les voix ?

JL DM : Les voix ont été refaites sur les mélodies originales et certaines paroles ont été légèrement adaptées, mais en veillant à conserver l'esprit des compositions. On a voulu le préserver plutôt que celui de la forme ; quoique la forme ait quand même été conservée également, mais disons à 50%.
PC : A l'origine, on avait enregistré sur un 4 pistes...

Un TEAC, je crois ?

PC : Un TEAC, en effet ! On a donc transféré les pistes analogiques sur ordinateur mais on a parfois repris aussi des séquences voire même des sons individuels. Cependant, ce qui est important, c'est qu'on a gardé l’approche de travail de l'époque. On s'est volontairement limités dans le type d'instruments utilisés, dans la simplicité et aussi des difficultés rencontrées par la technologie...

Donc, pas de synchronisation automatique via MIDI ?

PC : Si, du MIDI, mais abordé dans un contexte analogique. Donc, pas d’alternative pour créer des 'gates' avec le MIDI ou de travailler trop sur les vélocités : une technologie très 'basique'.

La plage titulaire de l'album, « Wonders and Monsters » avait déjà été publiée en 2004, sur la compilation « Re:Connected [1.0] » d'Alfa-Matrix ; ce qui nous permet de faire la comparaison et on constate que le son de la nouvelle version est beaucoup plus ample, plus puissant, plus clair. On relève aussi une autre différence, l'introduction est ‘ambient’, et elle ne figurait pas sur la mouture originale ?

PC : En effet. A l'époque, on expérimentait pas mal. J'étais un grand fan de Brian Eno et du krautrock allemand, dont la discographie ambient est considérable. Et vu la complexité des séquenceurs et des machines, ce n'était pas toujours facile de créer un morceau sous un format ‘song’, ‘chanson’, si tu préfères. On se basait plutôt sur des titres de 8 à 10 minutes. Donc, il existe une douzaine de tracks d'UnderViewer qui sont purement ‘ambient’. Ils n'ont pas été intégrés à l'album pour des raisons évidentes de place et de concept ; et donc, cette intro est une sorte de 'reliquat' de ces séquences ambient.

Sur l'opus, on retrouve d'autres pistes déjà publiées auparavant : celles parues en ‘bonus tracks’ sur la réédition 2004 de « Geography » : « Syncussion », « I Remember », « Trouble ». Par contre, les autres sont donc à ce jour complètement inédites ?

JL DM : En effet.

Ils n'étaient même pas parus sur cassette ?

JL DM : Non. Certaines ne sont que des ébauches tentées à l'époque et ont été finalisées plus récemment.

Par exemple : « Atomic Tears » ?

JL DM : C'est un morceau qui existait sur le plan musical. On a juste changé le titre et certaines mélodies vocales.

Ce qui permet d’embrayer sur la thématique des textes. On retrouve ici les univers ‘dystopiens’ très 'science fiction' et le côté sociologique qui sont, à mon humble avis, la marque de fabrique de Jean-Luc.

JL DM : Sauf qu'ici, le champ des thèmes est plus large. Sans limite, sans particularité. Comme c'est le début de nos productions, l’inspiration est bouillonnante, il n'y a pas de censure, pas de restrictions, c'est ce qui fait le charme de ce projet.

Cette recherche correspond à son patronyme : ‘UnderViewer’...

JL DM : Oui, un ‘Underviewer’ est un inspecteur des mines, quelqu'un qui va fouiller dans l' ‘underground’, dans le sous-sol, avec curiosité et intérêt. C'est une bonne définition de notre démarche artistique, je pense.
PC : Quand on s’intéresse aux parties vocales, il faut remettre le sujet dans le contexte de l’époque. Les contraintes étaient autrement présentes, car la musique était plus rigide. Donc, il a fallu que Jean-Luc invente un ‘genre’, un ‘style’ vocal nouveau, qu'il a ensuite réutilisé chez Front 242. En 1980, dénicher un chanteur qui parvenait à chanter sur de la musique électronique aussi 'basique', avec des 'white noises' et une musicalité somme toute assez limitée, était un fameux challenge ; et dans cet exercice, Jean-Luc a toujours été très fort.

En 1979-80, quelles étaient vos principales influences ? Kraftwerk, OMD, ... ?

PC : Perso, j'ai voulu jouer du synthé à cause de la musique industrielle ; et tout particulièrement celles de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire et ce genre de groupes. Des artistes qui n'avaient pas besoin d'être musiciens pour se lancer dans l'aventure. J'étais aussi grand fan du krautrock, de Kraftwerk, bien sûr, mais aussi de Human League, OMD, The Normal… Il y avait quelques singles ‘électro’. Brian Eno aussi, surtout pour le côté 'concept album' ; l'idée d'élaborer des disques à l’équilibre bien étudié. Mais comme la technologie était très ardue, les premiers synthés étaient loin d’être de la rigolade, il fallait qu'on trouve notre chemin, notre propre style.

Et Jean-Luc, de ton côté ?

JL DM : Un peu la même chose : tout ce qui venait d'Allemagne. Et parallèlement, les groupes punk, surtout pour leur énergie et la froideur. Wire, par exemple...

Joy Division aussi je suppose ? D’ailleurs, un morceau comme « Trouble » baigne au sein d’une ambiance Factory, une atmosphère très « Atmosphere »... (rires)

PC : C'est bien vu, c'est bien entendu...

Il évolue sur un rythme lent. Il a ce côté solennel, dépouillé… et puis les accords...

PC : Il est impossible de ne pas évoquer l'époque du Plan K. J'y ai vu Joy Division et Cabaret Voltaire et...

Avec Willian Burroughs qui faisait une lecture au premier étage !

PC : Oui ! C'est le genre de soirées qui changent une vie. Et il faut reconnaître que le son Factory était un son fascinant.

Pour en revenir aux débuts de Front 242, comment décririez vous la contribution que vous avez apportée tous les deux en rejoignant le projet ?

PC : D'abord un peu plus de recherche sonore et la construction de titres au format ‘song’, ‘chanson’. Si on écoute bien « Body To Body », c'est assez D.A.F., avec batteries et ‘bass lines’. Quand on est arrivés, on a amené d'abord des sons expérimentaux, un peu bizarres mais aussi la faculté de créer des chansons, non seulement grâce aux compositions vocales de Jean-Luc mais également aux structures que je pouvais mettre en place.

Pour les sons, tu penses surtout aux sons industriels ?

PC : Oui, les 'white noises', ce genre de sonorités. Je n'étais pas du tout musicien donc j'amenais parfois des tonalités qui ne correspondaient pas à la gamme des notes dites 'classiques' ; mais ce côté dissonant, 'out of tune', communiquait une couleur particulière aux morceaux.
JL DM : Pour la partie vocale, Daniel nous a invités à écouter sa demo de « U-Men » et le chant est venu très rapidement. Je me suis dit que c'était chouette d'avoir ainsi quelque chose qui procure des idées. Avec moi, soit c'est très rapide ou alors il n'y a rien qui vient. Il y a des morceaux sur lesquels je travaille depuis 10 ans et il n'y aura jamais rien qui se concrétisera... (rires)
PC : La force de Daniel, c'est qu'il a joué de la batterie, donc il combine très bien drums et ligne de basse. Il nous avait confié, à l'époque : ‘Je cherche des gens avec qui je peux collaborer pour aller plus loin et construire des chansons’. Parce que tu ne peux pas refaire 20 fois « Body To Body » pour réaliser un album. C'est alors qu’on a tous participé à l’accouchement de « Geography », qui est devenu le véritable point de départ.

Et si on devait choisir un titre de Front 242, un titre qui serait un peu comme une petite pépite oubliée, un morceau que personne ne joue, ce serait quoi ?

PC : J'ai toujours bien aimé « Sample D. », un instrumental qui figurait sur « Endless Riddance », le 12 pouces sur lequel il y a aussi « Take One ».
JL DM : Perso, ce serait aussi un instrumental : « Geography II », un morceau très simple et très puissant. Et pourtant, il est né d’une erreur de programmation. Ce qui arrive parfois. Et on en a conclu : ‘C'est chouette ça : on le garde !’
PC : Mais aussi « Kampfbereit », un titre du répertoire d'UnderViewer qui a été crédité Front 242 sur « Geography ». Il fait bien le lien entre les deux projets.

A l'époque, le terme ‘Electronic Body Music’ a été créé par Front 242 mais d'autres acteurs l'ont également revendiqué.

JL DM : Nous on ne revendique rien, mais je pense qu'on est les premiers à l'avoir utilisé, sur l'album « No Comment », en 1983. Si d'autres ont des arguments, ils peuvent les apporter. Comme historien de formation, il me faut des preuves ! (rires)
PC : Sur Wikipedia, on raconte que Kraftwerk a cité le terme dans une interview...

D.A.F. également. Ils utilisaient le terme ‘Körper Musik’ mais il manque le mot ‘Electronic’.

PC : Nous en tout cas, on a choisi l'étiquette EBM parce tout et n'importe quoi était utilisé pour décrire notre musique. Certains avançait même : ‘C'est entre Tina Turner et Throbbing Gristle…’ (rires)  C'était trop vague, on a voulu clarifier la situation, et on a donc trouvé ce 'label' EBM.

On parlait auparavant des sons et des synthés ; j'ai lu que toi, Patrick, tu avais acheté un synthé Emulator grâce à la loterie ?

PC : Oui, en fait, c'est mon père qui avait gagné un certain montant à la loterie ; et il a proposé de m'offrir une voiture. Je me souviens que je me baladais dans le centre de Bruxelles et j'ai regardé toutes celles alignées dans la rue ; et j’en ai conclu : ‘Si j'achète une voiture, je serai comme tout le monde’. Donc, j'ai émis une autre contre-proposition : ‘Je veux un synthé’.

Il était à quel prix, l'Emulator II ? J'ai acheté un Emax et il coûtait 150 000 FB (NDR : 3 750 EUR).

PC : L'Emulator II valait 250 000 FB (NDR : 6 250 EUR), le prix d'une voiture ! Et ce qui est intéressant, c'est de voir que chaque album de Front 242 possède une marque de fabrique liée au type de synthés et de technologie utilisés. « Geography » et « No Comment », par exemple, sont orientés analogique ; « Official Version » correspond aux débuts du sampling ; sur « Front By Front », c'est de l'algorithmique, basé sur le DX7 de Yamaha ; ensuite, il y a eu du digital, du virtual acoustic. Très souvent, les instruments dictaient un peu la sonorité d'un album et la manière de travailler.

Il y a aussi l'épisode Ministry et la tournée aux Etats-Unis. J'ai lu que Ministry aurait changé de style à cause de ou grâce à Front 242 ?

PC : Je crois que c'est certainement vrai. Quand on a commencé la tournée, il proposait de la pop. Tous les soirs, Al Jourgensen assistait à nos premières parties, sur le côté de la scène. Résultat : il a voulu durcir sa musique et donc, quand il remontait sur scène, il demandait à ses musiciens de jouer plus 'hard', en utilisant de la distorsion. Et au fil du temps, le son de Ministry se rapprochait de plus en plus de celui de 'Front'. Ensuite, quand « Twitch » est paru, il a embrayé sur un son carrément 'dark'.

Pour clore l'interview, impossible de ne pas poser la sempiternelle question sur les futures productions de Front 242. J'ai cru comprendre que vous vous concentriez sur les concerts et qu'il n'y aura plus de nouvelles productions studio?

PC : Je crois qu'on ne fera plus de morceaux de musique ensemble. On s'entend toujours très bien mais les goûts ont évolué. Le seul intérêt serait de refaire de la musique 'vintage', comme à l'époque, parce que c'est ce que le public demande. Ils ne souhaitent pas un nouveau « Pulse » ou une autre direction. Ce serait une manière de boucler la boucle. Mais, à ce stade, je ne crois pas à un tel dénouement…
JL DM : Tout à fait d'accord : ça ne se fera pas.

Ce qui est clair...

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, écoutez l'émission de radio WAVES sur mixcloud, c'est ici  

Pour commander « Wonders & Monsters », le nouvel album d'UnderViewer, rendez-vous sur le site d'Alpha Matrix : www.alfa-matrix-store.com

Tracklist :

1 - Was soll ich tun
2 - A Minor Detail

3 - Litany
4 - Nobody but you
5 - I am the rain
6 - Trouble*
7 - Wonders & Monsters°
8 - What do you see
9 - Gone
10 - Atomic Tears
11 - Syncussion*
12 - I Remember*

13 - A September Morning
14 - These Days

* Déjà paru sur la réédition 2004 de « Geography »
° Déjà paru sur la compilation « Re:Connected [1.0] »

Un grand merci à Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Alfa Matrix.

 

 

Les musiciens et les artistes en général connaissent bien la SMart. Pas la petite voiture, mais bien la « Société Mutuelle pour artistes ». Fondée en 1998 sous la forme d’une asbl, la SMart offre aux professionnels intermittents du secteur artistique (créateurs comme techniciens) des solutions pour inscrire plus aisément leur travail dans un cadre légal qui leur garantisse une meilleure sécurité sociale. Intermédiaire entre l'intermittent et le donneur d'ordre, la SMart donne aux artistes la statut de salarié pendant la période où ils travaillent. Mieux : elle leur permet de créer une micro-structure (appelée « Activité ») en son sein, un système nettement plus aisé que de créer une asbl ou de devenir indépendant. Basée à Bruxelles, SMart s'est rapidement développée et compte aujourd'hui 72 000 membres et 80 000 donneurs d'ordre. Elle englobe maintenant tous les types de 'freelances'. Elle a créé des bureaux un peu partout en Belgique et possède même des filiales dans plusieurs pays européens.

Aujourd'hui, l'association a entamé un processus de réorganisation afin de devenir au 1er janvier 2017 la plus grande coopérative de travailleurs d’Europe. Mais pourquoi devenir une coopérative ? Nous avons rencontré Sandrino Graceffa, Administrateur délégué, lors de l'Assemblée générale qui s'est tenue le 28 juin à Saint-Gilles. « Avec l’évolution du monde du travail, la fin du plein emploi et la révolution technologique, les travailleurs ne connaissent plus de carrière rectiligne », nous précise-t-il. « Nous le constatons déjà aujourd’hui avec nos membres qui explorent divers statuts et allient plusieurs métiers avec agilité. Notre défi est d’accompagner ces travailleurs autonomes au sein d’une entreprise partagée. Aujourd’hui, la forme coopérative est en effet la seule qui, juridiquement, offre à la fois le statut de salarié, et la protection sociale y afférente, et celui d’entrepreneur autonome ».

Assemblée Générale de la SMartVenant d'outre-Quiévrain, Sandrino Graceffa apporte l'expertise qu'il a acquise dans ce domaine en France, un pays où la tradition des coopératives est nettement mieux implantée. « En France, et dans de nombreux pays européens, le statut de coopérative est mieux défini et mieux encadré. Ici, on y trouve un peu tout et n'importe quoi. Pire : le statut a été galvaudé et récupéré par des grands groupes qui détournent les coopératives de leur mission sociale première. Voilà pourquoi nous accordons beaucoup d'importance au travail préparatoire, afin de définir de façon claire la mission et les valeurs de notre coopérative par le biais de statuts. »

Graceffa va plus loin : « Nous voulons servir d'exemple, nous voulons montrer la voie, ici en Belgique. Nous militons également pour une redéfinition du statut de coopérative dans la loi et pour un soutien plus affirmé des pouvoirs publics. » Dans cette perspective, la SMart peut compter sur le soutien de principe du ministre bruxellois Didier Gosuin qui, invité lors de l'Assemblée Générale, a confié avoir débloqué une première enveloppe de 700 000 euros pour soutenir les projets d'économie sociale.

Assemblée Générale de la SMart

Mais quels seront les impacts concrets de la création de SMart Coop, la coopérative SMart ? En lieu et place de la cotisation annuelle de 25 euros, qui était perdue pour eux, les membres, qu'ils soient musiciens, techniciens ou autre freelances, se verront offrir la possibilité d'acheter une ou plusieurs parts de la coopérative, à 30 euros par part. Cette levée de fonds, estimée à environ 15 millions, permettra à la coopérative de constituer un capital propre, qu'elle ne possédait pas en tant qu'asbl et qui apportera une plus grande garantie de stabilité et de pérennité. « Nous considérons cet apport comme une caution, comme une participation en tant qu'incubateur. Elle renforcera également le sentiment d'appartenance et l'implication personnelle, tant pour les 160 employés permanents que pour les membres externes. »

Nuance importante : la nouvelle société coopérative sera à but social, c'est-à-dire sans but lucratif. Tous les bénéfices seront donc ré-investis dans les nouveaux projets et les coopérateurs ne recevront pas de dividendes. Mais Sandrino Graceffa n'exclut pas que, dans un deuxième temps, la coopérative puisse reverser une partie des bénéfices aux membres, non pas sous la forme de dividendes, mais sous la forme de parts.

On suivra avec attention l'évolution de ce projet innovant ! Quant à votre serviteur, étant lui-même musicien et membre de la SMart, il s'est bien évidemment engagé à participer à la levée de fonds et à devenir coopérateur. Le monde bouge et c'est grâce à de telles initiatives qu'il deviendra plus juste et plus solidaire. Smart move !

Pour en savoir plus : www.smartbe.be

Merci à Sandrino Graceffa, Virginie Cordier et Fabienne Smets.

Photos de l'Assemblée Générale par Roland Pauwels.

Ce matin, c’est le bonheur : je suis invité à boire un café chez An Pierlé. Elle habite en plein centre de Gand, dans une maison sise à deux pas de l'église Sint-Jacobs, en compagnie de son partenaire Koen Gisen. J'ai toujours beaucoup aimé cette artiste flamande, mais son tout nouvel album, ‘Arches’, paru chez [PIAS], a touché une corde sensible, voire même plusieurs cordes sensibles au plus profond de mon être. Il est plus sombre, plus mystique que ses précédents opus, surtout grâce aux grandes orgues, omniprésentes, et aux compositions 'dark' et sensuelles qu'il recèle.

Nous rentrons dans la salle de séjour, une grande pièce de type loft qui ressemble à un gentil capharnaüm. Entre les jouets de la fille d'An, Isadora, les peaux de serpent et les vieux meubles vintage, on découvre un magnifique piano à queue de couleur noire. Ne résistant pas à la tentation d'en jouer, j'égrène les premières notes de ‘Wuthering Heights’. An chantonne la mélodie en préparant le café et me lance : ‘Wow: tu joues bien! Il faudrait que je travaille les accords de ce morceau!’

Ce qui frappe chez An Pierlé, c'est son incroyable simplicité. Elle a cette façon si chaleureuse de sourire et de vous accueillir que l'on se sent immédiatement à l'aise, comme si on appartenait à sa famille.

Tout naturellement, nous entamons la conversation en parlant des années 70 et 80, l'âge d'or de la musique, qui nous a tous les deux tellement marqués. J'aimerais savoir quelles sont les chansons qui ont provoqué un flash chez elle quand elle était jeune. "J'ai eu pas mal de flashs quand j'écoutais la radio. Il y avait une chanson qui passait et tout à coup, le monde s'arrêtait de tourner et j'étais comme fascinée. J'ai vécu cette sensation en écoutant ‘Such A Shame’ de Talk Talk, une chanson que j'ai d'ailleurs reprise par la suite. La même chose pour Gary Numan et son ‘Are Friends Electric?’ Notons au passage que c'est en adaptant ce titre-phare de la new wave qu'An s'est fait connaître lors du Humo Rock Rally, en 1996. "Il y avait aussi ‘The Cold Song’, de Klaus Nomi et, bien sûr, Kate Bush. J'aimais aussi Siouxsie, Jona Lewie ainsi que Men Without Hats, et notamment la vidéo de ‘Safety Dance’. Ces chansons étaient pour moi comme des films, des univers dans lesquels je pouvais me plonger. Les années 'new wave' ont façonné ma culture musicale."

On retrouve toutes ces influences dans les six elpees que l'artiste d'origine anversoise a publiés à ce jour ; de ‘Mud Stories’, paru en 1999 à ‘Arches’, en 2016. Mais sa tout dernière production marque une évolution assez remarquable au niveau des compositions, des arrangements et des atmosphères. Comment ce processus s'est-il mis en place? "C'est venu naturellement. J'ai été choisie comme compositrice officielle de la ville de Gand ; ce qui m'a plongée dans l'univers des musiques d'église et m'a incitée à m’intéresser aux grandes orgues. Ces paramètres ont poussé lentement, comme des petites graines. On a bénéficié de pas mal de temps pour écrire… deux ou trois ans. C'est la raison pour laquelle l'album est plutôt de nature ‘classique’, articulé autour de l'orgue et qu’il baigne dans une ambiance assez solennelle."

Le titre qui frappe le plus sur ‘Arches’ est sans conteste ‘Birds Love Wires’. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe cette compo. Mais quel en est le thème? "C'est une chanson qui part d'une vision : les oiseaux sur les fils téléphoniques. C'est une vision d'enfance car, de nos jours, ces câbles sont tous souterrains. J'ai associé cette vision avec celle, très crue, des femmes qui sont persécutées dans certains pays orientaux. Là-bas, ils pendent les femmes même pour des fautes insignifiante". C'est donc une approche de la composition visuelle, plutôt cinématographique? "Oui, ce sont toujours des images qui me traversent l’esprit, surtout quand je vais me promener dehors. Ou alors, ce sont des mélodies que j’imagine derrière mon piano. ‘Birds Love Wire’, je l'ai élaborée lors du soundcheck quand on s’était produit au festival Boombal. J'avais déjà quelques idées mais là, j'ai profité des circonstances. Tout était installé et l'ingé-son enregistrait pour improviser la chanson complète. Et lorsque je l'ai fait écouter à Koen, il a dit que c'était parfait, qu'il n'y avait rien à changer et ça, ça n'arrive pas très souvent!" (rires)

En parlant de Koen, An décide de m'emmener un étage plus bas, dans le studio, où son partenaire travaille en compagnie d’un groupe local, North. Ici, l'ambiance est feutrée, étouffée par les tapis orientaux disposés à terre et sur les murs. Les vieux Revox et les amplis à lampes côtoient les ordinateurs équipés de 'Pro-Tools'. Nous discutons des productions du label du couple : Helicopter, qui impliquent des formations flamandes talentueuses comme Kiss The Anus Of A Black Cat, The Black Heart Rebellion ou The Bony King of Nowhere. Koen explique le défi qu'a représenté l'enregistrement des orgues de l'église Sint-Jacobs pour l'album ‘Arches’. "On enregistrait la nuit pour éviter les bruits de la ville. Il a aussi fallu intégrer ce son énorme, chargé de réverbération, dans la structure sonore des chansons. Tout un travail sur les fréquences, les effets et le positionnement." Le résultat est, inutile de le rappeler, parfait.

Nous revenons dans le living, car An me réserve une très belle surprise. ‘Cluster’, le mini-album qui servira de seconde partie au diptyque ‘Arches/Cluster’, est déjà bien avancé et j'ai droit à un 'preview' des enregistrements! ‘Road To Nowhere’, qu'elle avait déjà interprété aux Nuits Bota, fait à nouveau forte impression. C'est une lente incantation qui se développe dans une progression lancinante et quasi dissonante. Les autres titres sont dans la lignée de ‘Arches’ mais ouvrent également une dimension plus expérimentale. Un album 'sequel' qui promet! Il devrait sortir en septembre mais comme le 'release' de ‘Arches’ en France a été reporté, le planning pourrait être décalé.

La conversation se poursuit. An me dévoile ses coups de coeur et, notamment Wovenhand. C'est d'ailleurs chez elle que Pascal Humbert a préparé le ciné-concert des Nuits Bota consacré au film de Bouli Lanners ‘Les Premiers, Les Derniers’. An indique également qu'elle a assuré la première partie de 16 Horsepower aux Pays-Bas. Elle évoque Mensen Blaffen, la formation athoise de post-punk qu'elle aimait dans les années 80 sans imaginer que son saxophoniste allait devenir l'homme de sa vie. Malheureusement, après plus de 2 heures, notre interview arrive à son terme, car la belle soit s'occuper de la B.O. du spectacle pour enfants auquel sa fille va participer.

Je remercie mes hôtes et je prends congé. En marchant sur les trottoirs de Gand, je me rends compte que je n'ai pas seulement réalisé une très belle interview d'une artiste tout aussi douée qu'attachante. J'ai fait encore mieux : j'ai rencontré quelqu'un qui, je l'espère, sera à l'avenir une véritable amie.

Ne manquez pas les prochains concerts d'An Pierlé:

          23 juillet: Boomtown (Gand)
          7 août: Festival Dranouter
          13 août: BSF (salle de La Madeleine)
          8 septembre: De Roma (Anvers)
          10 septembre: CU Festival (Liège)
          23 septembre: Muziekgieterij (Maastricht - NL)
          29 septembre: Orgelfestival (St Niklaas)
          5 octobre: Eglise Saint Eustache (Paris - FR)
          22 octobre: Sint-Jacobs (Gand)

Pour lire le compte-rendu du concert d'An Pierlé dans l'Eglise des Dominicains (Nuits Bota), voir ici 

Pour visioner la vidéo de ‘Birds Love Wire’, réalisée par la fille de Jaco Van Dormael, Juliette Van Dormael, c’est  

 

 

C’est un « ouf de soulagement » que les organisateurs du Brussels Summer Festival ont poussé lors de leur conférence de presse, qui s’est tenue mardi dernier dans les locaux du label [PIAS]. Après les événements tragiques du 22 mars, ils étaient en droit de s’inquiéter face au recul, général, de la fréquentation des lieux touristiques et des activités culturelles. « Heureusement, confie Denis Gérardy, Directeur, les pré-ventes du BSF sont excellentes. On dépasse déjà de 65% le niveau de l’année passée ».

Il est vrai que la Ville et Brussels Expo ont mis les petits plats dans les grands pour faire de cette 15e édition un millésime exceptionnel. Encore plus de concerts, encore plus d’activités, comme pour conjurer le mauvais sort et affirmer que la Ville revit et est plus forte qu’avant.

Pour atteindre ses objectifs, le festival bénéficie d’atouts incontournables : un cadre unique, au cœur de la ville (c’est d’ailleurs le plus grand festival citadin payant en Europe) et un prix très, très démocratique (max. 7 EUR par jour avec le ‘pass’). En chiffres, le BSF, ce sont 85 concerts sur 4 scènes, 120.000 spectateurs attendus, 500 bénévoles et un budget global de 2,5 millions d’EUR.

Quant à la programmation, elle est résolument éclectique, majoritairement orientée ‘grand public’ mais se ménageant quand même une belle touche ‘alternative’. On trouve tout d’abord des ‘locomotives’ en têtes d’affiche comme Louise Attaque, Lost Frequencies, Cœur de Pirate, Hooverphonic ou Peter Doherty. Ce ne sont pas des stars absolues (le budget du BSF ne le permet pas) mais elles draineront quand même un très large public disons ‘populaire’. A côté de cela, on pourra également (re)découvrir des talents moins ‘mainstream’ comme Hubert-Félix Thiéfaine, Tindersticks, Feu ! Chatterton ou notre An Pierlé nationale. On retiendra aussi la soirée ‘musclée’ prévue le 12 août qui verra Joe Starr et La Muerte en découdre sur la scène du Mont des Arts. Denis Gérardy nous a d’ailleurs confié en aparté que Joe Starr connaît bien La Muerte et se réjouit de partager les planches avec une des formations légendaires du rock alternatif belge.

Les mesures de sécurité seront bien entendu renforcées. Il est conseillé de ne pas venir avec des sacs mais comme le précise D. Gérardy, « le festival a toujours accordé une grande importance à la sécurité, donc on va juste renforcer un dispositif qui est déjà très strict ». Pour éviter les files et augmenter la fluidité aux entrées, surtout les premiers jours, le festival permet aux participants d’enlever leurs bracelets dès le mois de juillet et de pré-commander des tickets boissons sur Internet. Quant à la salle de la Madeleine, qui avait connu des problèmes de files d’attentes interminables, D. Gérardy nous rappelle que la capacité de la salle a été portée à 1100 personnes contre 800 l’année passée. De plus, la programmation est y volontairement orientée ‘niches’, ce qui devrait éviter la cohue dans la rue Duquesnoy. Autre amélioration cette année: la soirée spéciale Mobistar (maintenant Orange), sera dès le départ comprise dans le prix du pass. Enfin, la RTBF sera à nouveau présente (aux côtés de BX1) après une année « sabbatique » et relaiera sur ses chaînes radio et TV un événement que Rudy Léonet, directeur de PureFM et coordinateur ‘pop’ à la RTBF, appelle désormais modestement le « RTBSF »…

Dans l’ensemble, on se réjouit de ce festival, qui s’annonce sous les meilleurs auspices, même si la mainmise grandissante de la Ville et des officines qu’elle contrôle sur l’organisation de spectacles culturels nous pose un problème de principe. Sans remettre en cause l’excellent travail réalisé par Brussels Expo et l’ASBL Festival des Musiques de Bruxelles, on se demande si les aspects culturels d’un festival aussi important ne devraient pas être confiés à des acteurs ou associations indépendants. A cet égard, on est d’ailleurs sans nouvelles du différend symptomatique qui oppose la Ville et le Botanique à propos de la gestion future du Cirque Royal.

Pour plus d’informations sur le BSF : www.bsf.be.

Les Nuits Botanique 2016 se sont refermées –enfin presque, car en vérité, elles vont jouer sporadiquement les prolongations jusqu’au 7 juin– ce mardi soir lors d’un spectacle devenu quasi-traditionnel : le concert accordé dans le cadre solennel de la cathédrale des Saints Michel et Gudule. Cette coproduction Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles traduit la volonté des initiateurs du projet, Paul-Henri Wauters (Botanique) et Jean-Paul Dessy (Musique Nouvelles), de permettre la rencontre entre artistes issus de mondes différents, autour de la musique classique.

Un imposant podium a été installé à l'avant de l'hôtel, en plein centre de la cathédrale. Dès que les instruments à cordes prennent leur envol, l’auditoire est plongé au cœur d’un univers magique, celui de Roland de Lassus. Ce Montois, honoré ce soir, était un des musiciens européens les plus notoires, au XVIème siècle. C'était même une véritable ‘star’, dont les chansons se sont transformées en ‘hits’, à l'époque. Sonic Lassus cherche à restituer sa musique telle qu'elle était jouée et chantée de son vivant ; mais aussi, et à l’aide d’arrangements contemporains, la rend disponible auprès d'artistes issus du monde de la pop. Créé à Mons le 4 octobre dernier, ce spectacle trouve ici un nouvel écrin –et quel écrin !– dans la sublime cathédrale gothique. 

C'est d'abord Mina Tindle, une chanteuse française, qui s'avance au devant de la scène pour interpréter « La Nuit froide et sombre » soutenue par l'ensemble. De son vrai nom Pauline de Lassus, elle nous confiera après le concert être en effet une descendante en ligne directe du maître : ‘C'est en partie pour cette raison que les coordinateurs du projet m'ont contactée’. Très belle et douce, sa voix évoque Cat Power. Et on tombe sous son charme. Les harmonies et le chant affichent un petit coté médiéval, qui est renforcé par le son si caractéristique du luth.

C’est ensuite au tour de Daan, chanteur flamand bien connu au Nord de la Belgique, de donner corps à une chanson de Lassus : « Qui dort ici ». Affublé de ses inséparables Ray-Ban, Daan s'agrippe au micro à l’aide de ses mains, concentré sur une mélodie qui ne correspond pas vraiment à sa voix plutôt ‘rock’. Par contre, celle –fragile, plaintive, enchanteresse– de Laetitia Sheriff, une chanteuse/bassiste française, émerveille tout au long de « Qui Veut d'amour ». Tel un jeune choriste timide, celle de Baptiste Lalieu, alias Saule, se révèle limpide et touchante sur « Fleur de 15 ans ». Fùgù Mango clôture la première série de chansons en proposant une version rythmée de « Je l'aime bien ». Les frères Lontie et Anne Fidalgo ont entraîné leur batteur, l'excellent Sam Gysel, dans l’aventure ; et c’est devenu une bonne habitude –à l’instar de leur set accordé sous le Chapiteau des Nuits Bota– les Bruxellois mettent l'ambiance, ici à travers un madrigal aux accents tribaux! Irrésistible !

Retour au calme grâce aux harmonies vocales de l'ensemble français Ludus Modalis, suivies par un slam étonnant du Belge d'origine congolaise, Pitcho. Sur « Psalmi Poenitentialis », il a écrit un texte bouleversant, qui résonne comme un cri dans les travées de l'église. Encore un moment fort du spectacle.

Les premières notes diffusées par les grandes orgues de la cathédrale ont de quoi faire sursauter. Il faut lever la tête, car ces orgues sont accrochées à la paroi, au-dessus de la nef. L'organiste, Xavier Deprez, improvise sur « Principium » et « Suzanne Un Jour ». Un véritable tour de force, mettant en valeur toutes les sonorités de l'instrument, jusqu'aux dissonances les plus étonnantes (NDR : elles ne manqueront d’ailleurs pas d’amuser les musiciens sur scène).

Après un nouvel a capella, le programme se poursuit et au moment de « Parents sans amis », interprété par Daan, on sent que le dénouement est proche. Le rythme des violons enfle et le carillon tubulaire du percussionniste résonne. Tous les chanteurs, qui étaient assis derrière l'ensemble, se lèvent et chantent à tue-tête lors d’un final collectif époustouflant. Jean-Paul Dessy murmure ensuite en souriant : ‘C'est fini !’.

De retour sur terre, on a bien conscience d'avoir assisté à un spectacle exceptionnel, non seulement parce qu'il s'agit d'une création belge quasi-unique mais aussi parce qu'il transcende les frontières entre les musiques. Concert liturgique, multiple et incantatoire, Sonic Lassus nous a permis de vivre un superbe voyage sonore, doublé d’un florilège musical mystique…

Jean-Paul Dessy nous a confié être en contact avec des organisateurs et des programmateurs pour donner une suite à ces concerts exceptionnels. Qui sait, peut-être, pour vivre une tournée des cathédrales françaises ? A bon entendeur....

(Organisation : Botanique / Le Manège.mons / Musiques Nouvelles / ADAMI / Fondation Mons 2015 / De Concert ! / Festival de Wallonie-Hainaut)

Ce soir, c'est la ‘Nuit Belge’ au Botanique. Le concept est simple : dans toutes les salles, se produisent uniquement des artistes ou formations belges, le tout offert au prix d'un ticket unique. On attend particulièrement le concert de La Muerte, qui devrait réserver quelques belles surprises. Seul problème : il y a des recouvrements entre les concerts, ce qui forcera à faire des choix cornéliens !

On commence par une première aux Nuits Bota : le spectacle d'un robot ! Sur l’estrade du Chapiteau, on aperçoit un grand Alien noir, menaçant, constitué d'un buste, de deux bras et d'une tête. Seul sur les planches, il mime le chant et bouge en fonction de la musique. Cette jolie petite bestiole répond au doux nom de ‘Scarabée’. C'est une création de Bots Conspiracy, un duo composé de deux frères, Laurent et Manu. Ils ont créé ce robot à partir d'impressions 3D et de laser cuts. L’expression sonore est orientée 'dark electro' et le 'chant' robotisé lorgne plutôt vers le hip-hop. Scarabée se fendra même d'une reprise de La Muerte : fun ! Malheureusement, le public restera majoritairement insensible à cette innovation...

Cap sur l'Orangerie pour assister au set de Stereo Grand. La formation belgo-écossaise est de retour après quatre ans d'absence pour présenter de nouvelles compositions, élaborées sous la houlette d'un producteur notoire : Jean Lamoot (Bashung, Noir Désir, Girls In Hawaii,...) Influencé par des groupes tels que Radiohead, Coldplay et Archive, Stereo Grand attache énormément d’importance au soin à apporter à ses compositions, tant au niveau des mélodies, des textes que des arrangements. Sur la scène du Bota, la bande à Jean-Philippe Risse élabore son indie rock teinté d’électro, devant un public plutôt mur. Un concert de bonne facture, mais qui manque cruellement d'énergie brute et d'enthousiasme.

Retour sous le Chapiteau pour découvrir Oathbreaker, une formation gantoise de black (post-)metal. Appartenant à la famille Deathwish Inc., qui héberge également Deafheaven et Converge, ces petits Belges jouissent d’une stature internationale. Et, d'ailleurs, ils reviennent de San Francisco, où ils ont terminé l'enregistrement de leur 3ème opus. Ce qui frappe d’abord, en 'live', c'est la chanteuse Caro Tanghe. Drapée dans un ciré noir, elle éructe telle une possédée en cachant son visage derrière un voile de longs cheveux. La musique oscille entre moments violents nourris au hardcore black metal et –plus rarement– plus paisibles, au cours desquels le chant se révèle plus 'classique'. Les fans sont nombreux devant le podium du chapiteau qui commence à se remplir. La tension monte : c'est de bonne augure !

Cap vers la Rotonde pour jeter un œil et une oreille à la prestation de Victoria + Jean, mais la salle affiche 'complet'. Il faut même faire la file pour pouvoir y pénétrer. Donc, il est préférable de faire l’impasse. Dommage car le duo belgo-suédois propose une musique très intéressante, assez proche des Kills. On ira les voir au Verdur Rock, à Namur, le 25 juin prochain !

Le temps d'une petite bière et place au plat de résistance de la soirée : le concert surprise de La Muerte. Formation emblématique du metal belge, La Muerte bénéficie d’une carte blanche pour la programmation du Chapiteau. C'est donc à lui que l'on doit la présence de Oathbreaker et de Scarabée – le robot ! La Muerte (‘La Mort’ en espagnol) est né à Bruxelles, en 1983. Le groupe s'est séparé en janvier 1994 mais s'est reformé de temps en temps par la suite. En 2015, il a fêté ses 30 ans d’existence en grande pompe à l'Ancienne Belgique sous un nouveau line-up boosté par une nouvelle énergie. Marc du Marais au chant et Dee-J à la guitare, les deux fondateurs originaux, ont accueilli au sein du line up, Michel Kirby à la guitare (Length of Time, Arkangel, Wolvennest), Tino de Martino à la basse (Channel Zero) et Christian Z. À la batterie (Length of Time).

Sur les planches, on constate que le concours de Michel Kirby concerne aussi la scénographie : un hôtel constitué de bougies, de têtes de mort, d'encensoirs et de symboles est installé sur la droite ; et plus tard, des vidéos concoctées par A Thousand Lost Civilizations seront diffusées. La 'messe noire' peut donc commencer ! L'intro rituelle empruntée à Ennio Morricone résonne et les musiciens prennent place. Marc du Marais porte sa cagoule de jute et son inséparable marinière. Lorsqu’il lève les bras, c’est pour donner le signe de départ d'un véritable carnage sonore. La musique navigue quelque part entre Motörhead, MC5, les Stooges, Iron Maiden et Hawkwind : rien que de bonnes références ! On attendait quelques surprises ? On a été servis. Vive La fête est venu interpréter un titre en compagnie de La Muerte ; Els Pynoo parvient même à rendre distinct ses cris stridents, malgré le déluge de décibels. Patrick Codenys et Richard 23 de Front 242 figurent également parmi les invités, et participent à une version metal de Headhunter, le classique des rois de l'EBM. Un grand moment !

Et lorsqu’on quitte La Muerte, c’est d’abord pour lui donner rendez-vous le 12 août prochain, au BSF, où il se produira, mais également pour découvrir une formation très prometteuse : Robbing Millions. Mais par rapport à La Muerte, on fait carrément le grand écart. Faut dire que ce quintet bruxellois pratique une electro/pop panachée de math et psyché rock. On pense d’abord à MGMT, mais aussi à Beck, Zappa, Smog, ... La Rotonde est pleine à craquer et finalement, il aurait été plus judicieux que le band se produise dans l'Orangerie. Il compte plusieurs dizaines de fans qui dansent, chantent et mettent une belle ambiance. Et même si on ne connaît pas bien les chansons, il faut reconnaître qu’il installe une identité sonore originale et très intéressante. En outre, il est venu présenter en primeur un avant-goût de sa prochaine galette, attendue pour cet été. Une très belle prestation, qui clôture idéalement une soirée belgo-belge en tous points réussie.

Un regret ? L'absence de formations issue de la mouvance Wave, très vivace à Bruxelles et en Belgique, grâce à des noms comme Luminance, Organic, Charnier ou encore Whispering Sons (les vainqueurs du Humo Rock Rally) : la prochaine fois, peut-être ? Mais ce n’est qu’un avis personnel…

La Muerte (+guests) - Oathbreaker - Bots Conspiracy "Scarabée" - Baloji - Pomrad - Stereo Grand - Robbing Millions - Soldier's Heart - Victoria+Jean - Illuminine & Mons Orchestra - Le Colisée (création)

(Organisation : Botanique)

 

C'est sans aucun doute un des événements marquants des Nuits Botanique 2016. Soucieux de présenter des spectacles exclusifs, les organisateurs du festival, Paul-Henri Wauters en tête, avaient donc proposé à An Pierlé de venir présenter la première de son nouveau spectacle à Bruxelles. C'est la superbe Eglise des Dominicains, près du Cinquantenaire, qui a été choisie comme écrin pour un concert exceptionnel, au cours duquel l'artiste d'origine anversoise va interpréter son nouvel album, « Arches », paru chez PiaS.

Outre son décor et son ambiance uniques, ce sanctuaire dispose de grandes orgues, un atout majeur dont An Pierlé va se servir. Elle est d’ailleurs carrément tombée amoureuse de cet instrument qui est omniprésent sur son –excellent– dernier opus.

A 20h30 précises, surprise ! An Pierlé apparaît à l'étage, à côté des orgues. Il fait encore jour et sa silhouette gracile se détache devant les vitraux qui scintillent de milles couleurs. Elle entame « I Feel For The Child », le titre qui ouvre « Arches ». Quelques claquements de doigts, le son des orgues et la voix nous transportent d'emblée dans une dimension mystique. Devant la balustrade, l'artiste, telle une grande prêtresse, est habillée d'une robe noire recouverte d'une collerette blanche. Elle appuie son chant par des gestes amples. La composition évoque Kate Bush (« The Man with the child in his eyes ») alors que les arrangements à l'orgue nous rappellent Dead Can Dance. Et le break incrusté au milieu de la chanson est d'une intensité et d'une puissance incroyables. ‘And you drowned yourself in silence’. Enfin, la chanson se termine comme elle a commencée, en douceur, a capella. Sur les visages, on lit l'émerveillement : on sent qu'on va assister à quelque chose d'unique.

An Pierlé descend ensuite pour rejoindre son groupe, installé sur une estrade, en dessous de la tribune des orgues. On y reconnaît son partenaire à la scène comme à la ville, Koen Gisen (guitare, percussions). Les deux chanteuses, Loesje Maieu et Kaat Hellings, placées de part et d'autre d'An Pierlé, créent des harmonies vocales d'une extraordinaire finesse tout en se consacrant aux claviers et aux percussions. Autre pièce maîtresse du band, l’organiste, Karel De Wilde, omniprésent.

Si la setlist est principalement constituée de titres issus d'« Arches », notamment « Certain Days », « Vibra » et « There Is No Time », la musicienne flamande nous replonge un peu dans son passé pour revisiter, par exemple, « How Does It Feel ».

Mais le moment le plus marquant du concert est atteint lors de « Birds Love Wires », le morceau phare du nouvel elpee. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe la compo, qui chaloupe... sensuellement. Quand les orgues viennent souligner la partie plus 'dark', en milieu de parcours, des frissons nous parcourent l'échine et notre gorge se serre. Nous sommes tétanisés, comme crucifiés par une telle beauté. An Pierlé frappe sur son synthé-piano et quand elle a les yeux fixés vers le haut, sa posture est quasi christique.

Soulignons au passage les superbes jeux de lumière qui exploitent à merveille l'architecture néo-gothique de l'église. Les faisceaux viennent jouer sur les voûtes et l'effet est féerique.

Entre les morceaux, An Pierlé est, comme à l'habitude, très simple et très souriante. ‘C'est un endroit où l'on voudrait rester tout le temps’, dit-elle avec humour. Ca tombe bien, il y a encore quelques titres au programme. « The Road Is Burning » aurait pu figurer au répertoire de Florence Welch, et pendant « Dragon JM » l'ombre de Lisa Gerrard ondule dans les travées…

C'est l'épique « Changing Tides », toujours issu d'« Arches », qui clôture en force le concert. Un tambour martial emmène la composition dans une farandole enivrante, qui débouche sur une harmonie finale époustouflante à trois voix. Le public, qui avait jusqu'alors écouté respectueusement, voire religieusement', se lève et les applaudissements fusent de toutes parts. Pour le premier rappel, les trois chanteuses montent sur la tribune des orgues pour attaquer « Cold Song », une reprise de Klaus Nomi qui, lui, s'était inspiré du « What Power Art Thou » de Purcell. Lors du second encore, la formation au complet reprend « Birds Love Wires », nous permettant d'apprécier à nouveau toute la magie de cette chanson.

Au final, nous avons assisté à un des concerts les plus marquants de notre vie. En incorporant dans sa pop une dimension mystique, notamment grâce aux orgues, le tout servi par une émotion sombre et lancinante, l'artiste touche au sublime. Ce soir, elle est parvenue à nous propulser au septième ciel...

An Pierlé

(Organisation : Botanique)

Photo: Yves Merlabach

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