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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

 

 

Etablis à Montréal, Marie Davidson et Pierre Guérineau forment un couple qui est responsable, depuis 2010, d’une musique électronique très novatrice, sublimée par une prose déclamée ou chantée. Essaie Pas, leur duo, et Marie Davidson, le projet solo de Marie, ont accordé deux prestations magiques dans le cadre de la ‘release party’ consacrée au nouvel elpee d'Essaie Pas, ‘Nuit De Noce’. Nous étions présents lors de celle qui s’est déroulée le 21 novembre dernier au London Calling de Bruxelles. Nous en avons profité pour discuter en compagnie des deux musiciens. Le lien vers la vidéo de l'interview figure au bas de la page.

Essaie Pas est un patronyme qui intrigue. "En fait, c'est la traduction de 'Don't Try', l'épitaphe gravé sur la tombe de Charles Bukowski", précise Marie. "Sa perception est négative ; mais en fait, elle signifie 'Just do it! Have no fear!'." Un message d'encouragement adressé à tous les artistes! Pour définir la musique d'Essaie Pas et de Marie Davidson, il faut s'imaginer la bande-son électronique d'un film imaginaire des années '70, inspirée par les soundtracks de John Carpenter (surtout la plage légendaire "Assault On Precinct 13"). Au-dessus des séquences et des boîtes à rythmes, éclosent des couleurs ambient, kraut, psyche, minimal, italo-disco et même du blues. Pour couronner le tout, il y a la voix de Marie, à la fois sensuelle et ingénue, qui clame ou chante des textes poétiques écrits dans la langue de Molière ou de Shakespeare. Un discours sobre, humble, violent et tellement sensible à la fois. Malgré le côté froid des synthétiseurs, on sent dans chacun des titres une pulsation humaine, presque physique.

A Montréal, Marie a été très tôt baignée dans la musique. Elle a d’abord suivi des cours de violon classique, qu'elle a abandonné à 16 ans pour se consacrer à l'exploration intuitive de la musique électronique. "Je me considère comme une autodidacte. Je ne maîtrise pas la théorie donc, je tâtonne beaucoup, en pratiquant le 'trial and error’, par essais et erreurs." Pierre ajoute : "Ce qui est bien avec cette méthode, c'est qu'on tombe parfois sur des surprises, des sons ou des séquences qu'on n'imaginait pas au départ." Pierre, quant à lui, est d'origine bretonne mais vit à Montréal depuis 8 ans.

Le duo vient de publier le premier opus d'Essaie Pas, ‘Nuit de Noce’. Il bénéficie d'une double édition, l'une via le label français Malditos et l'autre, l’écurie franco-belge Teenage Menopause, à laquelle nous devons les albums brûlots de Scorpion Violente (voir leur interview ici), Jessica 93 et Catholic Spray. ‘Nuit de Noce’ compile des titres parus auparavant sur cassettes, plus une nouvelle compo: ‘Devotion’. "Pour la première fois, c'est Pierre qui assure les parties vocales sur ce titre", souligne Marie. "Et l'ambiance est ici plus sale, plus 'noisy'. La tension est permanente, un peu comme dans la musique d'Ike Yard, le groupe new-yorkais de no-wave." Mais votre serviteur est frappé par la ressemblance qui existe entre ce titre et le "Bite of God" du duo français Die Form ; une similitude tout à fait fortuite vu que ni Marie ni Pierre ne connaissait Die Form avant que je ne leur en parle. Correspondances...

Précisément, parlons des influences : en écoutant Essaie Pas, on ne peut s'empêcher de penser à Suicide. "Oui, on adore Suicide, surtout le côté hypnotique et minimal, mais je ne dirais pas qu’il s’agit d’une influence majeure", rectifie Marie. "A la maison, j'écoute plutôt de l'ambient ou du kraut, comme Klaus Schulze ou alors de la musique classique. Par exemple, Scelsi, Nono, Ligeti, Ravel, Debussy, Messiaen et Terry Reiley. Les B.O. de films également ; John Carpenter bien sûr, mais aussi italiens du genre ‘Giallo’ comme ceux de Dario Argento, par exemple." Et Pierre d’ajouter : "J'aime aussi le blues et l'italo-disco de Georgio Moroder".

L'actualité du projet solo de Marie Davidson, c'est le single ‘Je ne t'aime pas’, publié récemment sur Bandcamp et transcendé par une superbe vidéo diffusée sur YouTube. C'est, à mon avis, le titre qui possède le plus de potentiel. Il libère en effet une atmosphère fiévreuse, dominée par la voix fragile et touchante de Marie, mais affiche aussi un côté 'french pop', 'nouvelle vague' très attachant. Un morceau très prometteur qui figurera sur le premier LP vinyle de Marie Davidson, ‘Perte d'Identité’, à paraître en février prochain chez Weyrd Son Records. Ce jeune label belge dirigé par Michael Thiel, le fils du légendaire Micky Mike (Snowy Red), confirme ainsi qu'il a très bon goût!

"L'album est prêt", précise Marie. "Nous travaillons déjà sur le prochain! Il continuera dans la même direction musicale mais proposera des titres plus longs et baignera au sein d’une ambiance encore plus cinématique. Comme des ‘fake soundtracks’ d'un film imaginaire..."

Regardez la vidéo de l'interview

Découvrez le clip de "Je ne t'aime pas" ici

Album "Nuit de Noce": http://teenagemenopause.bandcamp.com/album/nuit-de-noce

Weyrd Son Records: http://weyrdsonrecords.com

Facebook Weyrd Son Records : https://facebook.com/WeyrdSonRecords

(Photo 'live' par Xavier Marquis)

dimanche, 01 décembre 2013 02:00

Sonic City 2013 : dimanche 1er décembre

Après une première journée marquée, entre autres, par les excellentes prestations de The Black Angels et de OM, le festival nous propose, de nouveau, une programmation très éclectique sélectionnée par les 'curateurs' : BEAK>.

Après Camera, dont nous avons malheureusement raté le set, Thought Forms se produit face à  un public clairsemé. Le line up réunit le drummer Guy Metcalfe, la jolie Charlie Romijn et Deej Dhariwai, tous deux au chant et à la guitare. Le trio vient de publier son deuxième album. Intitulé « Ghost Mountain », il est paru sur le label Invada Records de Geoff Barrow. Comme quoi, le monde est petit... La musique oscille entre drone, shoegaze et post-métal. Moments calmes et éruptions sonores quasi grunge alternent, mais dans l’ensemble, le résultat est un peu trop neutre pour capter notre attention.

A contrario de la formation suivante. Et sans aucun problème. Encore un trio. Formé à Brooklyn, dans l’état de New York en 2012, il réside aujourd’hui à Osaka. Baptisé ZZZ's, il pratique une forme de no-wave expérimentale teintée de post-punk nippon. D’apparence, les trois jolies Japonaises semblent frêles et inoffensives ; mais quand elles commencent à jouer, on prend une claque dans la gueule. Ligne de basse ronflante et hypnotique, batterie déconstruite, guitares cinglantes et vocaux passant du cri primal aux murmures : c'est une expérience unique, un peu comme si Liars, Bauhaus et Einstürzende Neubauten avaient décidé de faire un boeuf. Une excellente découverte! Pour voir la vidéo live, c’est ici.

Pour suivre, Vex Ruffin nous réserve son hip-hop lo-fi aux accents punk. Il ne parviendra pas à empêcher votre serviteur de rejoindre la zone 'chill out' pour y boire un excellent café Latte...

Avant d’aller assister à une performance très attendue, celle de Dirty Beaches. Il s’agit d’un projet imaginé par Alex Zhang Hungtai, un Taiwanais établi à Montréal. Mâtiné de krautrock, son post-rockabilly-lo-fi-psyché est excellent. Il navigue quelque part entre Suicide, Can et Iggy Pop. Malheureusement, en ‘live’, cette mixture ne passe pas. Le son est trop brouillon, noyé sous des tonnes de feedback et l'artiste chante en tournant le dos au public ; ce qui finit par devenir très agaçant. Seul "I Dream In Neon" parvient à sortir du lot. Il est d’ailleurs excellent. Dommage!

Connan Mockasin n’avait, à mon humble avis, pas sa place dans ce festival. Enfin, celles et ceux qui aiment la pop néo-psychédélique acidulée de cet artiste néo-zélandais ont estimé que le concert était excellent, non conventionnel et chargé d'émotion. Paraît que c'est la fille d'un des curateurs qui a réclamé la présence de cet artiste néo-zélandais. No comment...

Heureusement, l'affiche a prévu une suite bien plus intéressante. En l’occurrence Savages. Basé à Londres, ce quatuor féminin constitue véritablement une des révélations internationales de l'année 2013. Drivée par la Française Jehnny Beth (Camille Berthomier), la formation est responsable d’un premier opus. Baptisé "Silence Yourself", il marie à la perfection le post-punk d’un Siouxsie And The Banshees au rock shoegaze à la Sonic Youth, le tout enrichi par un sens poétique digne de Patti Smith. Sur l’estrade, il n'y a rien à dire : tout est parfait. La guitariste Gemma Thompson (la reine du sustain), la bassiste Ayse Hassan et la drummeuse Fay Milton accompagnent impeccablement Jehn. Après avoir concédé un inédit en ouverture ("I Need Something New"), les morceaux s'enchaînent et montent en intensité. "She Will" et "No Face" y contribuent largement. Jusqu'à ce que Jehn décide d’interroger l’auditoire. Elle leur demande : ‘You think it was fast?’, avant de céder le relais à "Hit Me", un rouleau compresseur qui déboule à 200 beats par minute. La reprise de Suicide, "Dream Baby Dream", constitue cependant le seul point faible d'un set qui s’achève en beauté par une version de "Fuckers" de plus de 10 minutes. Grandiose!

Cette journée est décidément placée sous le thème ‘Girls Power’. Et pour cause, à travers son projet Pharmakon, la New-yorkaise Margaret Chardiet pratique une forme de power death noise' diabolique. Sur le podium, la jeune et jolie blonde va faire trembler les murs du Kreun. A l’aide d’une plaque de fer et en se servant de pédales loop, elle crée des séquences bruitistes industrielles très violentes, sur lesquelles elle vient poser des cris et des éructations apocalyptiques. Au cours de son show, elle va même descendre dans la fosse, comme un véritable possédée. On cherche un exorciste!! Son set n'a en fait duré que 15 minutes, mais les spectateurs, médusés, ne sont pas prêts de l'oublier!

Enfin, en toute logique, ce sont les curateurs du festival, en l’occurrence BEAK>, qui sont chargés de clore les festivités. Ils se produisent devant une foule compacte et religieusement attentive. Le trio implique le drummer Geoff Barrow, le bassiste Billy Fuller et le claviériste/guitariste Matt Williams. L’an dernier le combo était déjà présent pour cette affiche. Et il avait dispensé une prestation très relax, pleine d'humour. ‘C'est la première fois que nous sommes têtes d'affiche d'un festival’, ironise Barrow. La musique baigne dans un krautrock réminiscent de Neu!, même si l’ensemble concède des accents dub lo-fi. Le set manque un peu d'énergie, jusqu'au moment où le band attaque "Wulfstan II", un excellent morceau qui soulève des cris d'enthousiasme au sein d'un public conquis. La formation accorde un rappel sans même quitter la scène et c'est tout en douceur, par "Battery Point", que s’achève un festival en tous points irréprochable. Vivement l'année prochaine!

Pour la section photos c’est ici

(Organisation : De Kreun, Courtrai)

 

samedi, 30 novembre 2013 02:00

Sonic City 2013 : samedi 30 novembre

Le Festival Sonic City est un festival annuel organisé par De Kreun à Courtrai. Le concept est le suivant : un programmateur (‘curator’ en anglais) est désigné pour établir le line-up du festival, un peu comme pour le célèbre festival All Tomorrow's Parties, en Angleterre. Grâce à ce principe, chaque édition de Sonic City est évidemment différente. C'est inéluctablement un nouveau regard, un point de vue original, porté sur la scène contemporaine, impliquant des choix surprenants et débouchant sur une grande diversité musicale. Après Suuns en 2012, le programme de cette sixième édition a été confiée à BEAK>, le groupe de Geoff Barrow, un des fondateurs de Portishead.

Le festival affiche sold-out mais heureusement, ce n'est pas la cohue. Manifestement, les organisateurs ont veillé à ne pas dépasser les limites de capacité de la salle. Le confort est donc idéal : on peut circuler sans problème, le son et les lumières sont parfaits et l'espace 'chill out' aménagé à l'extérieur permet de fumer une cigarette, de manger un hamburger veggie ou de boire un café Latte en se pressant autour des 'chaufferettes'.

La programmation de BEAK> fait la part belle aux musiques alternatives qui ont le vent en poupe pour l'instant : krautrock, ambient, shoegaze, noise, le tout baignant au sein d’une atmosphère générale assez 'dark' du meilleur acabit.

En débarquant vers 17h, il était difficile d’assister aux concerts de Tourette, MXLX et Father Murphy. Sur les planches, Forest Swords, le projet du musicien et producteur anglais Matthew Barnes, propose une musique electro-dub-psyché aux accents drone. Se réservant les claviers et la guitare, Barnes est soutenu par un bassiste. Les lumières sont minimales, tout comme les vidéos, un florilège de lueurs évanescentes et de corps filmés en noir et blanc. Intéressant mais sans grand intérêt pour votre serviteur.

Changement d'ambiance en compagnie de Haxan Cloak, un patronyme sous lequel se cache en fait un musicien d'avant-garde basé à Londres, Bobby Krlic. Seul devant la table où sont placés ses claviers et ses contrôleurs, Krlic élabore une musique ambient/drone minimale, lugubre, voire apocalyptique. Malheureusement, le son est beaucoup trop puissant, surtout dans les aigus et les infra-basses ; ce qui rend l'expérience un peu difficile à supporter.

La formation suivante, OM, constituera la grosse révélation de la journée. Emmené par Al Cisneros, également impliqué dans Sleep, ce trio californien propose une musique expérimentale/drone/post-metal/doom complètement hypnotique. Cisneros, sorte de Jerry Garcia moderne, tire de lentes séquences répétitives et envoûtantes de sa basse Rickenbacker. L'effet qu'il utilise, l'Octaver, double chaque note à l'octave, conférant au son une ampleur et une présence uniques. Ses vocaux ressemblent à des prières psychédéliques, comme des mantras aux accents arabes ou indiens. Emil Amos se charge des drums. Quant à Robert Lowe, il se plante à droite. Un personnage vraiment étonnant. Affichant un look afro-américain à la Morgan Freeman, il développe tantôt des nappes de synthés modulaires, tantôt des lignes lancinantes à la guitare-synthé et surtout prodigue des mélodies vocales aiguës, à la limite du falsetto. Un superbe concert! Regardez-en un extrait vidéo ici 

Nouveau changement radical de style pour ADULT., le groupe américain de Detroit composé du couple Nicola Kuperus (chant) et Adam Lee Millerand (synthés). Notoires en Belgique (ils se produisaient encore à Bruxelles en mai dernier), ils pratiquent une musique électronique synth-pop aux accents postpunk. Les sons sont résolument vintage et la voix de Kuperus, trafiquée par les effets, évoque Siouxsie et Bestial Mouths. Certains apprécient. Perso, pas trop ma tasse de thé. Surtout cette voix nasillarde et dissonante qui finit par m'agacer. Notons quand même que le duo s’est donné à fond pour ce dernier concert de leur tournée et sont parvenus à établir un bon contact avec le public.

Mais une grande majorité des spectateurs s’est clairement déplacée pour la tête d'affiche. En l’occurrence The Black Angels. Pour rappel, elle nous vient d’Austin, au Texas. Réunissant Alex Maas (chant), Stephanie Balley (batterie), Christian Bland (guitare), Jennifer Raines (orgue) et Nathan Ryan (basse), la formation est devenue un des fers de lance de la musique rock néo-psychédélique. Leur patronyme est issu d’une compo du Velvet Underground (“The Black Angel's Death Song”). Rien à reprocher à leur show. Il a été impeccable. Un son parfait, des vidéos colorées à souhait, un band bien en place et un Alex Maas en pleine forme. Il manquait peut-être juste une petite touche de folie pour rendre la prestation mémorable. Regardez la vidéo live

Enfin, le Britannique James Holden a déroulé sa techno-electronica aux accents chamaniques et psychédéliques : un point d'orgue idéal pour une première journée de festival enrichissante à tous points de vue.

Et pour les photos c’est ici

 (Organisation : De Kreun, Courtrai)

 

Dans la mythologie lettone, Austra est le nom de la Déesse de la Lumière. Originaire de la rive orientale de la mer Baltique, Katie Stelmanis, la chanteuse qui dirige la formation canadienne, mélange à la perfection cette lumière nordique et l'obscurité, le côté sombre des émotions et des atmosphères. Après avoir récolté un véritable triomphe au Vk*, en juin 2012, et accordé une prestation intimiste à Gand, au cours du même mois, mais un an plus tard, Austra revient ce soir dans une salle, comble, celle de l'Orangerie du Botanique, pour défendre son nouvel opus, "Olympia".

La scène est plongée dans une lumière bleutée. Des parasols blancs sont disposés à différents endroits du podium : éclairés de l'intérieur, ils constitueront l'élément de light show le plus notable, à côté de l'image de montagnes reproduisant celle de la pochette d'"Olympia », projetée à l'arrière-plan.

Sur les accords de "What We Done?", les musiciens entament donc le set. Ils sont tous habillés de blanc, sauf Maya Postepski, vêtue d’une blouse dorée. A côté de Katie Stelmanis, on reconnaît le bassiste et membre permanent Dorian Wolf ainsi que le claviériste Ryan Wonsiak. Grande surprise, les jumelles Sari et Romy Lightman qui assurent, en général, le rôle de danseuses et chanteuses 'backing vocals', sont absentes. Stelmanis avait prévenu qu'elles ne participeraient pas à toute la tournée, vu leur implication au sein de leur projet indie-folk Tasseomancy. Malheureusement, cette défection va se faire cruellement sentir tout au long de la prestation. Leur look très particulier de gitanes en costumes folk alternatifs et surtout leur présence scénique constituait, en effet, un atout incontestable lors du spectacle octroyé au Vk*. Un nouveau musicien figure par contre au sein du line up : un tromboniste ; sans doute Ewan Kay, qui a participé aux sessions d’enregistrement d’"Olympia".

La setlist est consacrée, à parts égales, aux deux long playings du combo. "Painful Like" et "Forgive Me", deux singles issus d'"Olympia", apportent une jolie impulsion de départ et Stelmanis est resplendissante dans sa robe blanche en satin. Elle glisse spontanément du micro, placé à l'avant de la scène, à son clavier Nord Stage, en virevoltant comme une petite fille. Elle l'a souligné dans une interview, les concerts de ce nouveau périple incluent beaucoup plus de parties interprétées en live, la programmation en Ableton leur permettant de modifier avec une plus grande flexibilité les séquences et les interventions des différents musiciens.

D'une façon générale, le son est bien équilibré et la batterie est assez discrète dans le mix, laissant une large place à la voix de Stalmanis. Celles des soeurs Lightman sont prises en charge par Maya Postepski, soutenue circonstanciellement par les backing tracks. Après "The Choke", un autre extrait du premier elpee déclenche les premières réactions d'enthousiasme au sein du public : "The Villain". Encouragée, Stelmanis vient s'agenouiller au-devant de l’estrade. Très concentrée sur son chant, elle accompagne chaque phrasé par des gestes des bras et des mains ; une technique qu'elle doit à sa formation. Rappelons que dans son jeune âge, elle a suivi des cours de piano classique et appartenait au Chœur d'Enfants de l'Opéra canadien. Malheureusement, au fur et à mesure que le concert évolue, on constate des problèmes de justesse, surtout sur "Lose It". Mais je me suis laissé dire qu'elle était malade, ce qui excuse tout à fait ces petites imperfections. De plus, elle a précisé en interview que sa voix est aujourd'hui légèrement plus grave qu'auparavant : elle devrait peut-être chanter "Lose It" un ou deux tons plus bas?

La belle ballade "Home", très bien accueillie par le public, ouvre le volet central, plus calme, de la prestation. Pour ceux qui ne la connaissent pas, la musique d'Austra est d'une intensité rare, croisement entre le lyrisme noir et mélancolique de Stelmanis et les rythmes tour à tour electro-dance, trance ou expérimentaux. Pour la voix, on pense à Kate Bush, Björk et Natasha Khan de Bat For Lashes, mais aussi aux chanteuses 'dark' comme Zola Jesus, elle aussi américaine originaire d'Europe de l'Est, Chelsea Wolfe ou Florence Welsh. Les arrangements évoquent tour à tour à New Order, Glasser, Anne Clark, Radiohead ou The Knife.

Les deux dernières compositions du set permettent au groupe de faire remonter la pression: "Lose It" déclenche des cris dans le public, surtout au moment où Stelmanis effectue la vocalise lyrique qui a rendu ce titre reconnaissable entre mille. Enfin retentissent les premiers sons électro de "The Beat And The Pulse" et par déduction, on imagine que la fin de parcours sera chaude... En effet, les fans sont en extase, les mains en l'air, pendant ce hit électro –en version longue– qui a cartonné sur les dance floors alternatifs du monde entier. Regardez la vidéo de ce moment unique ici 

Lors du rappel, Austra ne nous réservera pas "Annie (Oh Muse, You)" comme indiqué sur la setlist, mais bien l'excellent "Spellwork", suivi du lancinant "Hurt Me Now".

En quittant l'Orangerie, un sentiment mitigé nous envahit. Car la prestation a été, dans l'ensemble, moins puissante, moins irrésistible que celle accordée au Vk*, notamment à cause de l'absence des soeurs Lightman et surtout, de la nature, moins electro, de beaucoup de nouveaux morceaux. Austra n'en reste pas moins une formation exceptionnelle, offrant une musique d'une beauté désarmante, en tous points magique.

(Voir notre section photos ici)

La première partie était assurée par Crime, un duo berlinois composé de Mika Risiko (Sissters) et Sarah Adorable (Scream Club). Leur synth-pop expérimentale s’appuie sur leur Ep "Epiphany". Sur les planches, la carrure transgenre de Risiko impressionne. Sa voix, sorte de croisement entre Alison Moyet et Brian Molko, est étrange. Adorable est plus discrète. Tant aux claviers qu’au chant. Mais révèle, lorsqu’elle en a l’occasion, un joli timbre. Une prestation décalée, résolument originale, qui a autant intéressé les uns que franchement déçu les autres… (Et pour les photos, c'est )

Organisation: Botanique

 

vendredi, 01 novembre 2013 02:00

La petite soeur de Florence...

Florence Welsh (Florence + The Machine) compte désormais une petite sœur ! Lizzy Plapinger et Max Hershenow forment le duo MS MR (prononcez ‘Miss Mister’). Elle et la célèbre Florence possèdent une voix aussi puissante et profonde, qu’elles magnifient au sein d’un univers à la fois sombre et lumineux... La musique de MS MR affiche cet aspect typiquement 'dark' et solennel, mais lorgne aussi du côté du trip-hop voire même de la pop commerciale. Originaire de New-York, MS MR compte à son actif un Ep mais il est surtout responsable d’un premier elpee, "Secondhand Rapture", dont la sortie a fait grand bruit, en mai 2013.

Près d'un an après s’être produite dans le Witloof Bar, la formation revient au Botanique, mais pour la circonstance, dans la grande salle, et à guichets fermés s'il vous plaît. ‘Last year we played in the basement, and this year, we're playing in the main hall: it's an upgrade for us!’ précise Lizzy Plapinger en début de set. Cette date est la première de leur tournée européenne. Elle fait suite à une série de concerts accordés en Amérique du Nord.

Ce sont évidemment les chansons de "Secondhand Rapture" qui constituent la majorité de la setlist, une setlist enrichie de deux reprises, soit un morceau des Arctic Monkeys ("Do I Wanna Know") et une compo de LCD Soundsystem ("Dance Yrself Clean"). D'emblée, nous sommes impressionnés par la présence scénique et le rayonnement naturel de Lizzy Plapinger. Sa chevelure teintée de bleu indigo et sa blouse noire ornée de broderies dorées scintillent dans la lumière et son sourire est comme un rayon de soleil. Dès le début, elle séduit grâce à son extraordinaire voix mais aussi par le sentiment de complicité qu'elle crée avec son public.

"Bones" constitue la tout première chanson composée par le duo et elle ouvre donc logiquement le spectacle. ‘Dig Up the Bones but Leave the Soul Alone’ s’avère déjà un refrain culte, immédiatement mémorisable, et toute la compo baigne au sein d’une sublime ambiance très symphonique, quasi tribale. On pense bien entendu à Florence + The Machine mais aussi à Lana Del Rey et à HAIM.

Sur les planches, Lizzy (MS) est épaulée par son partenaire, Max (MR), qui se réserve les claviers et 'backing vocals' ainsi que Zach Nicita à la batterie. Je n'ai pas reconnu le bassiste. Une chose est sûre, il ne s’agissait pas de Curtis Nystrom. Quant au son, il est tout simplement impeccable et la voix est parfaitement mise en valeur dans le mix ; ce qui est très important pour un groupe comme MS MR.

Après "Bones", "No Trace" prolonge l'ambiance symphonique tandis que "Salty Sweet" se distingue par ses accents soul et bluesy. La belle Lizzy se déhanche sur les rythmes endiablés de Zach Nicita et le public réagit avec entrain! "BTSK" marque la première pause du concert et le duo interprète cette touchante ballade côte à côte. "Fantasy" et "Think of You" révèlent ensuite le côté ouvertement 'mainstream pop' du duo et par moments, on pense à Katy Perry ou même Taylor Swift. Après la reprise des Arctic Monkeys et le très engageant "Head Is Not My Home", les New-yorkais nous réservent le très émouvant "This Isn't Control". Les sonorités de glockenspiel et de cordes synthétiques forment un écrin magique pour la très belle et mystérieuse mélodie. "Dark Doo Wop" et "Ash Tree Lane" prolongent la magie et révèlent toute la richesse des arrangements de MS MR.

Pendant la cover de LCD Soundsystem, Max Hershenow quitte son poste derrière les claviers et vient esquisser un pas de danse auprès de sa compagne au-devant de la scène, pour le plus grand bonheur des fans. ‘We have kept the best for the end’, annonce ensuite Lizzy, avant d’attaquer "Hurricane" (pour voir l'interprétation 'live' de ce titre, c'est ici), sans doute la plus belle composition du duo. Un rythme très syncopé, des harmonies délicieusement 'dark' et une mélodie lumineuse : c'est un hit imparable, tout en retenue et intelligence. Le groupe, qui n'accorde jamais de rappel, se retire ensuite définitivement, au grand dam des fans.

Au final, on a assisté à un superbe concert, chargé d'émotion et illuminé par un sincère plaisir de jouer. Seul petit bémol : le côté visuel était un peu pauvre surtout quand on sait que le duo accorde une grande importance à ses clips et au design. Enfin, la prochaine fois que ces petits génies reviendront à Bruxelles, il y a fort à parier qu’ils se produiront dans une très grande salle et pour un super show !

Malheureusement, je suis arrivé trop tard pour la première partie : Outfit, un groupe de Liverpool qui pratique une pop psychédélique très inspirée des 80’s et en particulier de Pink Floyd.

(Organisation : Botanique)

 

Psychomed, une PME belge située à Lasne, vient de lancer un appareil qui pourrait révolutionner l'industrie de la musique: le PSIO. Il s'agit d'un stimulateur audiovisuel portable qui se présente sous la forme d'une paire de lunettes futuristes, équipée de petits écouteurs et bourrée d'électronique high-tech. Les lunettes diffusent des morceaux de musique à partir de fichiers MP3 en synchronisation avec des stimulations lumineuses. Conçue à l'origine pour des application paramédicales ou relatives au bien-être (relaxation, luminothérapie, gestion du stress, etc.), cette invention trouve un nouveau champ d'utilisation extrêmement prometteur dans le domaine de la musique. Grâce à PSIO, les fans de musique pourront écouter leurs morceaux favoris en s'immergeant dans une dimension visuelle stimulante.

Nous avons rencontré le concepteur de PSIO, Stéphane Dumonceau. Docteur en Psychologie du Sport, il s'est spécialisé dans l'étude du cerveau. "Au départ, je cherchais des techniques pouvant aider les athlètes de haut niveau à gérer leur stress et à se préparer aux compétitions. J'ai ainsi développé des appareils de stimulation audio-visuelle, qu'ils pouvaient emmener avec eux lors de leurs déplacements. " Suite à de nombreuses études, réalisées dans un cadre académique strict, Dumonceau a mis en lumière -c'est le cas de le dire- les bienfaits incontestables de la lumière et des couleurs sur de nombreuses fonctions essentielles du cerveau et de l'organisme. Le PSIO est donc le fruit de cinq années de recherche et de développement, l'ensemble représentant un investissement de quelque cinq millions d'euros.

Et la NASA s'intéresse à ce produit! "Les cosmonautes en orbite autour de la terre subissent d'importants dérèglements hormonaux. Les lunettes permettent de rééquilibrer beaucoup de choses. La lumière a, par exemple, une influence sur le taux de mélatonine, l'hormone du sommeil. Et si, en plus, les cosmonautes peuvent effectuer leurs séances de luminothérapie en écoutant en même temps leur musique préférée, c'est idéal!" Un des morceaux ‘colorisés’ que Dumonceau a présenté à la NASA est "Crosstown Traffic" de Jimi Hendrix et coïncidence: le responsable en question de la NASA est de Woodstock et adore Hendrix... Chez Psychomed, on retient son souffle et on attend avec impatience la décision de la NASA.

Pour ma part, j'ai eu la chance de pouvoir tester personnellement les lunettes PSIO. Elles sont livrées avec trois programmes préinstallés: un programme de musique avec couleurs, un programme "Performance" (beats et couleurs) et un programme "Relaxation", qui propose une séance combinant musique, lumière et voix. Le programme "Relaxation" est très intéressant car il peut être comparé à une séance de yoga ou d'hypnothérapie. En environ 30 minutes, deux voix douces vous guident vers un état de relaxation proche de l'hypnose ericksonienne, propice à l'éveil du subconscient et à l'équilibrage des énergies: très efficace!

Si le PSIO a déjà trouvé sa place dans les réseaux paramédicaux liés au bien-être, c'est désormais dans la sphère musicale que Dumonceau souhaite voir percer son produit. Les compagnies de disques sont à la recherche d'idées neuves pour revitaliser une industrie en perte de vitesse et manifestent dès lors un vif intérêt pour ce baladeur d'un nouveau genre... "PSIO permet une perception de la musique différente, avec une dimension sensorielle augmentée. C'est une occasion unique pour les artistes et les labels de proposer une valeur ajoutée à leur produit musical." Les cibles prioritaires sont bien sûr les fans de musiques new-age ou world et les jeunes férus de trance ou de musique psychédélique mais en fait, tous les amateurs de musique sont concernés. Un marché potentiel à l'échelle de la planète.

Combien ça coûte? La petite merveille technologique se vend au prix de base de 350 euros mais de nombreux distributeurs proposent des promotions tournant autour des 299 euros. Nul doute que les prix chuteront au fur et à mesure de l'adoption du produit. Grâce à la connexion USB, il est possible de charger dans l'appareil les fichiers qui sont disponibles sur psioplanet.com, la plateforme de téléchargement de PSIO. Dumonceau a déjà réussi à ‘placer’ son produit chez quelques superstars mondiales comme Justin Bieber ou Naomi Campbell mais ces derniers n'ont pas encore communiqué à son sujet... Qui sait, un simple tweet pourrait faire connaître le produit auprès de millions de fans! C'est tout le mal que nous souhaitons à cette dynamique PME belge!

Pour en savoir plus:

http://www.psio.com

Pour acheter PSIO:

www.zenlatitudes.com

www.mind2relax.com

 

samedi, 24 août 2013 03:00

Rock en Seine 2013 : samedi 24 août

Pour sa 11ème édition, le festival Rock en Seine proposait une affiche variée de quelque 56 groupes ou artistes, dont plus de la moitié venaient présenter un premier Ep ou album. A l’instar des années précédentes, il investit le vaste domaine de Saint-Cloud, au sud-ouest de Paris. En constante progression depuis sa création, le festival a, une fois de plus, battu son record de fréquentation, alignant deux jours à guichets fermés (vendredi et samedi), soit 40 000 personnes à chaque fois, plus de 38 000 personnes le dimanche, soit un nombre total de 118 000 visiteurs. A l'affiche du samedi, une belle brochette de formations confirmées (Phoenix, Vitalic et surtout Nine Inch Nails, dont c'est le grand retour), mais également quelques unes très prometteuses, qui opèrent leurs quasi-débuts dans un festival de cette envergure.

C'est le cas pour le premier combo auquel nous nous sommes intéressés, In the Valley Below. Ce duo américain, réunissant Angela Gail et Jeffrey Jacob, doit son nom à une chanson de Bob Dylan ("One More Cup of Coffee") et ne compte à son actif qu'un Ep et un single. Mais il manifeste déjà une belle maîtrise. Il pratique une ‘dream pop’ psychédélique, un peu mélancolique, comparable à celle de The Beach House. Sur le podium ‘Pression’, une petite scène 'découverte' lovée à flanc de colline, le couple va séduire un public venu déjà nombreux à quatre heures de l'après-midi. C'est bien entendu la belle Angela qui attire les regards. Dans sa robe en dentelle, couleur blanc cassé, elle remue tout en douceur et grâce ; et sa voix un peu grave fascine. Elle et Jeffrey Jacob se partagent les parties vocales. Et son attitude vis-à-vis de son compagnon est plutôt aguichante. Elle le caresse ainsi sensuellement dans le cou. Après un premier inédit, "Stand Up", très convaincant, la setlist fait la part belle à l’Ep "Hymnal", notamment à "Palm Tree Fire" mais surtout "Last Soul", ma chanson préférée, une petite merveille acidulée, qui évoque bien sûr The Beach House, mais aussi Bat For Lashes, Ladyhawke, voire même Cock Robin. Le son est un peu déséquilibré. Les basses synthés de Jeremy Grant et la batterie de Joshua Clair accaparent trop l'espace sonore, au détriment des très belles harmonies vocales. Pour "Devil", un autre nouveau titre, Angela se fait diabolique, utilisant des chaînes comme élément de percussion. ‘C'est notre premier show en France’, précise-t-elle ensuite, avant d'entamer le très beau "Lover". Puis, place à la chanson la plus connue, "Peaches" ; et le public, assez passif jusqu'alors, se met à taper dans les mains et chanter le refrain. La setlist se referme par un dernier inédit, "Neverminders" et la formation se retire. Un concert en tous points prometteur, qui laisse augurer un premier album de très grande qualité. Je suis devenu fan! Ne les ratez pas en première partie des White Lies fin novembre à l'AB!

Regardez ici l'interprétation de "Peaches": http://youtu.be/nWJ4qOCBkJA

(Setlist: Stand Up, Last Soul, Palm Tree Fire, Devil, Lover, Dove, Peaches, Neverminders.)

Plus tard, sur la ‘Cascade’, la 2ème plus grande scène du festival, située au centre du domaine, c'est l'effervescence car c’est un ensemble français qui va s’y produire : La Femme. Ce combo créé au départ à Biarritz cultive le mystère. Ses membres sont à peine âgés de 20 ans, mais ils ont déjà écumé les salles et publié un 1er album, "Psycho Tropical Berlin". Ils se présentent comme une bande de six potes, juste là pour le plaisir de jouer... et pour boire des bières! Leur expression sonore est le fruit d’un mélange de surf/punk et de pop électro à la française. On pense à Indochine, Taxi Girl, Jacno, Lescop, Daho ou Marie Et Les Garçons, mais en plus déjanté, en plus festif. Live, on est frappés par les trois claviers Nord qui sont alignés au devant de l’estrade. Le leader de la formation, Marlon Magnée, est un chanteur à belle gueule et un excellent claviériste, qui déborde d'énergie. A ses côtés, Clémence Quelennec, également aux voix et aux claviers, apparait comme ‘La Femme’ typiquement française et très attachante. Coiffée d’un petit béret, elle dessine des déhanchements façon 'Twist à Saint-Tropez". Le concert démarre sur les chapeaux de roues par "Amour Dans le Motu" et "Packshot". Chez La Femme, pas d'ordis, pas de séquenceurs : tout est en direct. Même les basses super rapides à l'octave sont réalisées aux synthés par Sam Lefèvre. Dans "Nous Etions Deux", le second single du combo, le rythme est plus lent et on a droit à un slow archétypique, voire même kitsch. Magnée n'hésite pas à fourguer un son d'orgue de foire : ça marche ! Leur morceau éponyme, "La Femme", évoque la musique de Pulp Fiction et le public danse avec délectation. Sacha Got, multi-instrumentiste de talent, exécute ensuite une démonstration au thérémine (NDR : créé en 1919 par le Russe Léon Theremine, cet instrument étrange est constitué d'une antenne verticale). Dans le morceau "Sur La Planche", il démontre également son aptitude au... surf en surfant sur une planche au sein du public : un stage-diving original! Au final, un concert plein d'une saine énergie, un peu fourre-tout mais ce n'est pas grave : on a passé un excellent moment!

(Setlist (tbc): Amour dans le motu, Packshot, Nous étions deux, La Femme, Françoise, Hypsoline, Sur la planche, Télégraphe, Antitaxi, La cabane perchée, Welcome America, La femme ressort.)

Juste à côté, sur le podium ‘Industrie’, c'est un projet belge qui prend le relais : Kid Noize. Son membre principal entretient un mystère à la Daft Punk en apparaissant toujours masqué, tel un primate, échappé de la ‘Planète des Singes’. Mais les mélomanes perspicaces savent très bien qu'il s'agit du leader d'une formation pop-rock belge bien connue... Je n'en dirai pas plus... A ce jour, il ne compte à son actif que quelques mixtapes, des prestations remarquées et un Ep. Energique, son électro véhicule des accents dub. Son set est très dépouillé à la lumière du jour : juste le personnage et ses machines. Dommage qu’il ne soit pas soutenu par un show ou la projection de vidéos, car après quelques tracks, l'attention finit par retomber. Heureusement, la reprise d’"Eisbaer", en milieu de parcours, restitue un peu de punch à l'ensemble. En tout cas, pour les fans d'électro, massés devant la scène, ce sera un réel succès. En attendant Vitalic…

Plutôt que d'aller voir Wavves, nous décidons de camper au plus tôt devant la grande scène, dont Nine Inch Nails doit prendre possession à 20h40. Nine Inch Nails à Saint-Cloud, ça ne s'invente pas... (nail = clou) Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, NIN (ou NIИ) est un groupe légendaire, crée en 1988, dont Trent Reznor est le leader et seul membre permanent. C’est un des pionniers du rock ‘industriel’ (tout comme Ministry) ; mais au fil des années, sa palette musicale s'est étendue pour inclure électro-rock, ambient, trance et synth-pop. En 2009, après avoir gravé 8 albums studio et vendu au total 30 millions de disques, Reznor a décidé de s’accorder une pause pour se consacrer à un nouveau projet en compagnie de sa femme, How To Destroy Angels. Il a coécrit des musiques de films, ce qui lui a valu de décrocher un Oscar, excusez du peu. Mais, en février dernier, à la surprise générale, Reznor ressuscite NIN et annonce rien moins qu'une tournée mondiale et un nouvel album, « Hesitation Marks », dont la sortie est prévue pour le 2 septembre.

Vu la réputation de ‘killer live act’ établie par Nine Inch Nails, les très nombreux fans rassemblés devant la grande scène manifestent leur impatience. Heureusement, il ne pleut pas et il fait déjà assez sombre, ce qui permettra de mettre en valeur le light show. C'est que Monsieur Reznor ne fait pas les choses à moitié : il a emmené sept énormes écrans LED amovibles, qui sont disposés à l'arrière du podium. Quand retentit l'intro de "Somewhat Damaged" dans un vacarme indescriptible, on découvre une toute nouvelle formation sur les planches. Reznor a recruté le bon vieux compère Robin Finck (guitare), Josh Eustis de Telefon Tel Aviv (basse), Alessandro Cortini (claviers) et Ilan Rubin (batterie). Le choix de cet 'opener' vient à propos : plutôt que d'ouvrir par "Copy of A", comme pour d'autres dates de la tournée, Reznor décide de frapper fort dès le début. Pas de chipotage électro, c'est d'emblée le coup de poing dans la gueule. ‘Too fucked up to care anymore!’, éructe Reznor sous un déluge de guitares saturées. On ne peut être plus clair. NIN est de retour et ça va chier!

Après "The Beginning of the End", le band embraie par un "Terrible Lie" lourd et violent. Reznor a l'air en pleine forme et plus énergique que jamais. Pendant "March of the Pigs", le public se lance dans un pogo d'enfer et quelques intrépides se font porter par la foule. Après "Piggy", le spectacle connait une très courte pause et l'énorme classique "Closer" entame la seconde partie, plus sophistiquée, du concert. C'est maintenant que les meilleurs effets lumineux de haute technicité se déploient sur les écrans LED. L'ambiance se calme de plus en plus et en particulier pour "Me, I'm Not" et surtout "Find My Way", le seul extrait du nouvel opus dans la setlist. On passe même à de l'ambient, lorsqu’est abordé "What If We Could?", un extrait de la bande originale de "The Girl With The Dragon Tatoo", suivi du très beau "The Way Out Is Through". Mais le final explosif de ce passage du double elpee culte "Fragile", marque la fin de la partie paisible et on repart plein pot dès "Wish", qui est une tuerie totale (http://youtu.be/luQWjWEKR5c). Les écrans LED répandent des éclairs de lumière éblouissants et toute la plaine de Saint-Cloud explose littéralement sous les hurlements de Trent Reznor.

Moment très rare, à la fin de cette chanson, il remercie le public et les organisateurs : ‘It's nice to be with cool and civilized people’. On ne sait si la pique indirecte est adressée au public du Pukkelpop en Belgique (les fans d'Eminem avaient gâché le concert de NIN) ou aux organisateurs du festival de Reading (qui ont empêché NIN d'utiliser son propre light show). Ce light show fait d'ailleurs merveille sur "Only". Les images pixelisées suivent Reznor en fonction de ses déplacements sur scène. Une technologie signée Moment Factory. La suite, on la connaît : comme d’hab’, NIN termine ses prestations par les hits absolus que sont "The Hand That Feeds" et "Head Like A Hole" (http://youtu.be/nrdNz_jwbms).

L'ambiance atteint son paroxysme lorsque Reznor demande au public de taper dans les mains et qu'un océan de bras se tend devant lui. Un final impressionnant ! Après quelques minutes, NIN revient pour une interprétation inédite, très belle du chef-d’œuvre "Hurt", soutenue par une magnifique vidéo très 'organique'. On n’entend même pas une mouche voler quand Reznor murmure doucement les paroles, déchirantes... ‘I hurt myself today...’ Revivez ce moment magique ici 

Un concert amplement réussi. Un nombre impressionnant de fans dans l’auditoire ont pu communier avec ce groupe hors du commun, que l'on est heureux de revoir comme un vieil ami. Une setlist presque parfaite, un best of imparable, dans lequel manquaient quand même un ou deux nouveaux morceaux ("Copy of A" et "Came Back Haunted"), pour éviter ce petit sentiment de nostalgie. On attend impatiemment l'album et une tournée comme tête d'affiche en 2014…

(Setlist: Somewhat Damaged, The Beginning Of The End, Terrible Lie, 1.000.000, March of the Pigs, Piggy, Closer, Gave Up, Help Me I'm In Hell, Me I'm Not, Find M Way, What If We Could?, The Way Out Is Through, Wish, Only, The Hand That Feeds, Head Like A Hole. Encore: Hurt.)

Après un tel orgasme sonore, nous nous sommes retirés quelque temps dans l'espace VIP pour nous reposer un peu et suivre sur les écrans la prestation de Pascal Arbez, alias Vitalic. Rien de bien particulier à signaler, sinon une succession bien rôdée de hits électro, soutenus par un light show gigantesque, pour le plus grand plaisir des nombreux 'electroheads' qui ont transformé la ‘Cascade’ en énorme nightclub. Au passage, on reconnaît les classiques "La Rock 01", "Terminateur Benelux" et "My Friend Dario". Ils alternent, plus ou moins judicieusement, avec des extraits de la dernière plaque du Dijonnais : "La Mort sur le dancefloor", "No Fun", "Rave Kids Go" et "Stamina".

Sur la grande scène, c'est Phoenix qui a la lourde tâche de succéder à Nine Inch Nails. Bien sûr, la formation versaillaise emmenée par Thomas Mars (le mari de Sophia Coppola) joue ‘à la maison’ et c'est donc devant un public conquis d'avance que se déroule ce concert, dans l'ensemble très réussi. Pour ceux que la voix nasillarde de Bruno Mars dérange, comme votre serviteur, cette expérience sera plus difficile à supporter ; mais les allers-retours entre le site principal et le bar VIP ont eu l'heur d'adoucir l’épreuve. Musicalement, Phoenix pratique une pop assez sophistiquée, combinant rythmiques compressées, guitares vintage, synthés glacés et cadences funk. Les fans se sont régalés à l’écoute de la succession de hits comme "Entertainment", qui évoque beaucoup M83, un autre projet hexagonal d'envergure mondiale, "Lasso", "Lisztomania” ou “Run run run”. Pendant la reprise finale de "Entertainment", Bruno Mars entreprend de surfer sur la foule jusqu'à la régie et de grimper sur l'échafaudage pour remercier ses aficionados. Une cascade qui apparait comme déplacée car Mars n'a ni le charisme ni l'énergie communicatrice d'un Bono! Enfin, à chaque génération ses héros...

Epuisés par cette longue soirée, nous n'avons plus le courage d’accomplir le très long déplacement à pied nécessaire pour assister au concert, très attendu, de Fauve. Il faut dire qu'ils sont programmés sur la petite scène ‘Pression’ à flanc de colline et je n'ose imaginer la cohue qui a dû se presser dans cet espace confiné afin de voir ces petits génies du 'slam' à la française. En plus, la pluie a décidé de faire son apparition et de voler la vedette au ... Blizzard... Une prochaine fois, certainement!

En conclusion, un excellent festival, très bien organisé, que nous recommandons chaudement. Seule ombre au tableau, les files interminables aux bars à houblon, qui ne servaient même pas de bière belge. Une lacune à combler l'année prochaine!

Nine Inch Nails + Phoenix + Vitalic + La Femme + Kid Noize + In The Valley Below

Organisation: Rock-en-Seine
Presse: agence Ephélide

 

mercredi, 07 août 2013 19:54

Totally cold

Le 16 septembre prochain, Lebanon Hanover, une des formations les plus en vue pour l’instant sur la scène cold-wave/minimal wave, accordera un concert exclusif à Bruxelles sur la Péniche Fulmar 1913. Elle viendra présenter son nouvel opus, le troisième, intitulé "Tomb For Two", à paraître en septembre chez Fabrika Records.

Composé d'un couple : Larissa Iceglass, originaire de Suisse, au chant, aux guitares et aux synthés et William Maybelline, d'Angleterre, au chant, à la basse et aux synthés, Lebanon Hanover propose une musique froide, dominée par des voix sombres, hantée par une basse lugubre et déchiquetée par des guitares acérées. Une sorte de pop synthétique apocalyptique, qui rappelle Siouxsie & The Banshees, The Cure, Bauhaus voire Xmal Deutschland.

Au cours d'une interview réalisée en avril dernier à Gand lors du REWIND festival, Larissa et William ont confié avoir choisi le patronyme de leur groupe en référence à un endroit sis dans le Vermont, en Amérique du Nord. "C'est un coin très esthétique. Nous ne voulions pas une appellation du style ‘The Something’, donc nous avons opté pour ce nom, car il ne sonnait comme aucun autre". Il reflète également la dualité anglais-allemand qui est le fondement tant du couple que de la formation.

Pour produire leurs disques, le couple adopte une démarche très DIY, Do It Yourself, très ‘minimale’. "Les sentiments sont plus importants que la production", souligne Larissa. "C'est pourquoi j'aime la musique des années 40, 50, 60 et 70. Elle recèle tellement de chaleur. Après 80, ce n'est plus intéressant pour moi. Il y a trop de fréquences aiguës, difficiles à supporter. Mes oreilles sont habituées à la musique ancienne."

On l'a compris, Larissa et William ne sont pas comme les autres. Ils ne recherchent en aucun cas la célébrité. Il m'a d'ailleurs fallu pas mal de temps, et une première tentative (manquée) à Amsterdam avant de les convaincre d’accorder une interview. C'est qu'ils attribuent une importance primordiale à leur authenticité. "Le plus important au sein de notre groupe, c’est d'exprimer notre point de vue par rapport au monde actuel", poursuit Larissa. "Nous sommes plongés au sein d’un monde très rapide et très dangereux. En fait, notre manière de vivre est différente de celles des autres. Nous n'avons pas de job, ce qui nous donne beaucoup de temps pour penser et écrire. C'est bien de prendre le temps de s'arrêter et de profiter de la vie."

Le couple partage son emploi du temps entre l'Allemagne (Bochum) et l'Angleterre (Newcastle). William préfère l'Allemagne à l'Angleterre, car la population est plus tolérante. "A Newcastle, les gens vous insultent parce que vous êtes vêtus de noir. Ils éloignent même les enfants de nous! (rires). Comme si on était satanistes ou quelque chose comme ça. En Allemagne, c'est différent, vous êtes juste un ‘Grufti’ comme tant d'autres..."

Organisation: Mad About Music
Première partie: Luminance (Belgique, new-wave crossover cold)

Adresse:
PENICHE FULMAR 1913
22 Quai des Péniches 1000 BRUSSELS

Tickets:
€8 en prévente (ELEKTROCUTION Record Shop, 37 Rue des Pierres - 1000 Bruxelles) ou 10€ at the doors

Lien: https://www.facebook.com/events/179654118878431/

 

jeudi, 29 novembre 2018 11:06

_ever Alive : A Tribute to Snowy Red

Cet album est une bombe atomique. Et ce n'est pas juste pour raconter une plaisanterie qui se réfère au hit « Euroshima »... Conçu comme un hommage à Snowy Red, le groupe belge légendaire des années 80 mené par Micky Mike (NDR : disparu trop tôt, en 2009), il est beaucoup plus qu'un simple album hommage. Il s'agit même d’une anthologie de la meilleure musique 'minimal wave'... du XXIème siècle! Pourquoi? Parce que Michael Thiel, alias Weyrd Son, le fils de Micky Mike (NDR : il publie cet album à travers son nouveau label, Weyrd Son Records), a choisi des jeunes artistes à travers le monde entier, pour interpréter les chansons de son père. Aucune trace ici de vétérans issus des 80’s qui auraient pu revendiquer le droit de proposer leurs versions. Au contraire, figurent ici une incroyable sélection de petits groupes alternatifs prometteurs, qui ont accepté avec enthousiasme de participer à ce projet unique. Le titre de l'album, "_ever Alive" l'explique clairement : il s'agit du morceau de Snowy Red, "Never Alive", qui a été adapté pour montrer que cette nouvelle génération est bien vivante aujourd'hui.

Nous avons eu l'occasion d'écouter les chansons quelques jours avant la sortie réelle de ce double album et nous avons été surpris par sa qualité globale. Les 17 titres sont en général assez fidèles aux chansons d'origine, mais à chaque fois, on reconnait parfaitement le style des interprètes. C'est surprenant mais en même temps, logique : la musique new-wave de Snowy Red, caractérisée par ses synthés minimaux, son chant répétitif et ses atmosphères industrielles hypnotiques, a inspiré la plupart des formations présentes sur cette compilation.

Pour acheter le double album :

            sur BigCartel : http://weyrdsonrecords.bigcartel.com/product/_ever-alive-a-tribute-to-snowy-red

            sur Bandcamp : http://weyrdsonrecords.bandcamp.com/

Examinons chaque piste une à une :

L'album commence par un court extrait de la mouture originale du « Never Alive » de Snowy Red ; mais soudainement, le son est déformé et cède le relais à la version de Bestial Mouths. La formation de Los Angeles, réunissant Lynette Cerezo et Christopher Myrick, a mis son empreinte synth-punk sur la chanson et le résultat est progressif, apocalyptique et très 'witchy'.

// TENSE // est un autre combo américain, originaire de Houston. Il a malheureusement splitté, il y a quelques mois. Shari Mari a décidé de tenter une nouvelle aventure, à travers BOAN. Sur cette plage, Robert Lane communique une couleur EBM, très 'Suicide', à « Deep Desire », grâce aux effets opérés sur la voix et à l'atmosphère chaude et humide baignant cette piste. Sa marque de fabrique !

Restons aux Etats-Unis auprès de Strange Powers, le projet de Josh Powers. Originaire de Denver, Powers tisse une toile macabre pour envelopper « Sinkin 'Down » et le résultat emprunte une coloration très 'dark'!

Scorpion Violente adapte le plus grand hit de Snowy Red, « Euroshima (Wardance) ». Le son est minimal, un peu crasseux et très sexuel. Un rituel pour cette formation synth-punk issu de Metz, en France. On se croirait dans une boite SM, à l’écoute de trance psychédélique : un grand moment!

La seconde face du premier disque s’ouvre dans un climat totalement différent. Cold-wave, éthéré et romantique. La chanteuse italienne Valentina Mushy y attaque « Baby Tonight » et on a vraiment l'impression que la compo est issue de son répertoire. Joli!

Violet Tremors est un autre duo qui s’est malheureusement séparé, voici peu. Leur enregistrement de « It's So Good » est incroyable. Sonorités de synthé vintage, beat puissant et voix féminines dominatrices : Jessica White et Lorene Simpson ont un feeling très sensuel et on le ressent !

Place ensuite à la version du « Nowhere » par Mirror Mirror, un duo new-yorkais composé de David Riley et Ryan Lucero. Elle est très proche de l'originale et c'est une tuerie pour le dancefloor. Regardez la vidéo là 

Adapté par Meddicine, « The Long Run » marque une rupture complète. Cette artiste anglaise est en effet spécialisée dans les musiques fracturées pop-noise et les paysages sonores industriels. Alimentée par de vieux sons de synthé et entretenue par sa voix envoûtante et mystérieuse, l'atmosphère est lancinante. Un morceau très expérimental, mais passionnant!

Signé Micky Mike, Carol et Boubou, « Breakdown » est devenu un énorme hit new-beat pour Snowy Red. Il est repris par Nové Mura, le projet solo de Lawrence Pearce. Installé à Los Angeles, ce musicien a également joué chez // TENSE //. Caractérisé par son beat puissant et son énorme riff de basse, cette version est solide. Jessy Champagne (Jewels of the Nile) se charge des backing vocals féminins. Pour info, elle vient de créer un nouveau projet en compagnie de l’ex-// TENSE //, Robert Lane.

La deuxième plaque débute par une cover d’« Euroshima (Wardance) » signée Revelator, le projet solo de Ben Chisholm, le partenaire de Chelsea Wolfe. Par rapport à celle de Scorpion Violente, le morceau est plus ambient, orienté electronica ; et les sonorités sont chatoyantes. Freddy Ruppert (Former Ghosts) se charge des vocaux. Regardez la vidéo de cette chanson ici 

La relecture de « Lies In Your Eyes » par Animal Bodies est un hit potentiel ! Le rythme ensorcèle instantanément grâce à une ligne de basse séquencée et un beat très accrocheur. L’empreinte du groupe canadien (Vancouver) procède de ses riffs de guitare stridents et des vocaux imposants. Perso, il s’agit clairement de la meilleure plage de l'opus. Écoutez-la sur Bandcamp

Newclear Waves, c’est le projet d'Alessandro Adriani (Mannequin Records). Il nous réserve une version technoïde et hypnotique de « Blood Blood Blood ». Quasi enfantine, la petite mélodie est issue de la plume de Micky Mike. Elle est ici exécutée sur un ton beaucoup plus bas, de manière à procurer une sensation complètement différente, plus menaçante, plus énigmatique.

Curieusement, Safyée, aka Alice Thiel, la fille de Micky Mike, est la seule artiste belge qui participe à ce ‘tribute’. Il s’agit, en outre, de la première sortie officielle de Safyée, également impliquée chez Simi Nah. Pour cette cover, elle est soutenue par Scuzzy, musicien et producteur au sein de Simi Nah. Une affaire de famille ! Et le résultat libère une fameuse dose d’énergie. Le son est énorme et concède des accents EBM, alors que Safyée démontre tout son talent de vocaliste… 

Combo new-yorkais, Led Er Est est un des fers de lance de la scène minimal wave. Il affronte la première plage de la face quatre. Lumineuse, leur pop colle parfaitement à « A Picture ». Tous les ingrédients inhérents au combo étasunien sont bien présents : boîtes à rythmes vintage et voix languissante de Samuel kK, proche de Robert Smith.

Bright Future nous livre une version différente de « Breakdown ». Etabli à Brooklyn, ce combo est drivé par le chanteur/guitariste/producteur Frank Midnite. Midnite a ralenti le rythme et a transformé le hit new-beat en une bande-son très lo-fi, filmique, parsemée d'échantillons et d'extraits sonores. Étrange mais intéressant...

Marburg est un des concepts imaginé par un collectif artistique résidant en Pologne, Ebola Collective. Il revendique une éthique DIY (Do It Yourself), et cette vision est flagrante tout au long de cette version, très expérimentale, de « Nowhere », sur laquelle plane des voix qui font penser à des enfants en colère. Regardez la vidéo de cette chanson ici 

L'album se referme joliment par une longue reprise (plus de 7 minutes) de « So Low ». S’y colle, la formation californienne (Los Angeles) Deathday, un ensemble dirigé par les frangins Alex et Giovanni Guillén. La piste trempe dans une atmosphère 100% psyché/shoegaze et la voix est carrément ‘floydienne’. A mi-parcours, la compo monte en crescendo, et atteint son paroxysme noisy, en bout de course. De toute beauté!

Notons que l'album est habillé d’une très belle pochette noire. La photo est signée par l'artiste new-yorkaise Betsy VanLangen. L'album est disponible en version vinyle uniquement : 2x12" (180gr) gris / édition limitée à 500 exemplaires numérotés à la main. Les 125 premiers exemplaires sont enrichis d’un poster. Mastering réalisé par Scuzzy (Simi Nah) à l'AtOMiC Studio à Ostende, en Belgique. 

En un mot: un très beau double opus, et un véritable 'must-have' pour tous les amoureux de la new-wave et de la minimal wave.

 

Mathieu Peudupin, alias Lescop, est issu de Châteauroux, en France. C’est au cœur de l’Indre, dans le Centre. Avant d’embrasser une carrière individuelle, il a milité chez Asyl. Comme chanteur. Ce 6 mai 2013, il se produisait dans le cadre des Nuits Botanique. Nous l’avons interviewé, à l’issue de son concert. Dans sa loge. Autour d’un verre de whisky, en compagnie de mes amis Vincent et Valéria, qui m'ont présenté à l'artiste. Il est détendu et souriant…

« Je suis alternatif, mais pas confidentiel », nous confie d'emblée Lescop en répondant aux critiques sur son côté pop mainstream. « Je n'aime pas trop le côté élitiste de certains artistes qui gravitent dans l’univers de la musique underground. Si j'ai finalement écouté les grands groupes alternatifs comme Einstürzende Neubauten ou Joy Division, c'est parce que j'avais découvert Depeche Mode, New Order ou même Indochine à la TV. Ces formations se sont fondues dans une culture populaire qui proposait des filtres pour entraîner les gens à emprunter une autre voie. » Ce pari, rendre populaire une musique plus alternative, Lescop est clairement occupé à le gagner. Sa ‘pop wave’ minimale, qu’il chante dans la langue de Molière, évolue quelque part entre Daho, Taxi Girl, Indochine et Joy Division. Teintée d'éléments 'dark', elle rencontre un beau succès, notamment grâce au hit lumineux ‘La Forêt’, qui a révélé au grand public un artiste talentueux et réservé.

La musique de Lescop est particulièrement influencée par le cinéma, surtout à travers les réalisateurs Jean-Pierre Melville, Fassbinder et Schlöndorff. Le titre ‘La Nuit Américaine’ en est une preuve évidente, même si Lescop nous assure qu'il n'avait pas encore vu le long métrage de Truffaut, quand il l'a écrite. Etonnant! « En fait, je l'ai composée après avoir regardé 'Gilda', qui met en scène Rita Hayworth. J'avais des images de ce film dans la tête. J'aime bien ce vieux cinéma américain en noir et blanc ; son côté un peu emprunté. C’est un peu comparable à mon approche de la chanson. Mes paroles, par exemple, ont l'air d'être simples, mais en fait elles ne le sont pas. Elles sont légèrement décalées, un peu étranges. Je les aborde quelque part dans l’esprit d’un Jean-Pierre Léaud, le comédien de Truffaut : il jouait faux mais en même temps, c'était juste, car il causait volontairement un décalage. De manière à susciter l'attention du public. J'essaie aussi de créer une tension, une ambiguïté qui invite à tendre l'oreille. »

Dans son processus de composition, Lescop prend comme point de départ une phrase ou une 'punchline' un peu mystérieuse et ensuite la développe. « D'abord, je saisis une phrase un peu bizarre, puis je bâtis une histoire autour, et quand je l’ai terminée, je bosse sur la musique. Pour 'La Forêt', par exemple, je disposais de ces quelques mots : 'La Forêt soudain qui frémit, Puis s'installe le silence...' et j'ai construit le texte à partir de cela, au fur et à mesure des rimes. »

Comme il évoque ‘La Forêt’, je ne résiste pas à l'envie de lui poser à nouveau la question concernant la ressemblance, troublante, entre sa chanson et celle de Dernière Volonté, ‘Cran d'Arrêt’. Toutes deux traitent d'une forêt, d'un pistolet et évoquent une ambiance menaçante. Lescop répond qu'avant que je ne lui en parle, en octobre dernier, il ne la connaissait même pas. « En fait, ce sont des influences communes que nous partageons, c'est le fruit d’un imaginaire collectif. Son thème est assez universel : jalouse, une fille tue son bien aimé dans une forêt. Je suis sûr qu'il doit exister des Chinois ou des Africains qui ont imaginé des histoires semblables. »

Au sein du label Pop Noire, Lescop côtoie une autre nouvelle sensation de la scène 'dark', le groupe Savages, emmené par Camille Berthomier aka Jehnny Beth. « Il y a 15 ans que je connais Camille. Elle est dans une période de sa vie où elle a compris un truc ; et son projet est en train de décoller. Elle a beaucoup travaillé. Elle a mis du temps pour y arriver. Quand je l'ai rencontrée, elle était âgée de 13 ans et avait déjà vachement envie de réussir dans la musique. » Lescop n'est d'ailleurs pas peu fier d'avoir contribué à l'éducation musicale de Camille: « C'est moi qui lui a fait écouter Joy Division pour la première fois! », annonce-t-il à notre grand étonnement! Je m'écrie: 'Voilà un scoop!' Un 'Lescoop' ajoute mon ami Vincent, à l’humour typiquement 'darkomique' (les initiés comprendront cette 'private joke')... Lescop rit également car, curieusement, ce calembour ne lui avait jamais été signifié. Il a fallu qu'il vienne en Belgique pour entendre un tel jeu de mots ! 

En poursuivant notre conversation relative à Savages, Lescop nous confie aimer le côté ‘violent’ de leur musique. Parce que la notion d’agressivité est absente. « On peut être violent sans être un trou du c**. J'aime cette violence. Elles l’assument. Rien à voir avec cette paranoïa qui me saoule. La violence, c'est bien ! Ce qui n'est pas bien, c'est cette agressivité manifestée à l’égard d’autrui. Tout ce qui est important est violent. Les musiques importantes sont violentes et ce n'est pas une question de décibels ! Si tu prends l’exemple de Nico, quand tu écoutes "Chelsea Girl", sa musique est douce, mais en même temps, hyper violente ! Tomber amoureux, c'est violent. Faire l'amour, c'est violent. Ce que je dis, ce que je fais, c'est violent. Mes chansons, aussi. Ce sont des lettres d'amour violentes. II faut ressentir ces émotions capables de te flanquer des frissons partout. S'il n'y a plus ça, c'est fini... »

Quand on évoque ses projets, Lescop avoue avoir envie de diversifier ses activités. « Je vais écrire pour d'autres et bosser sur le scénario d’un film. J'ai besoin d'interrompre ce cycle concerts/album/concerts, etc. C'est pas bien, la routine. Le système qui régit la scène musicale a tendance à te robotiser. Je n'ai pas envie d'adopter ce mode de vie professionnel. Il faut conserver une envie, une fraîcheur... »

Au moment où l'interview s’achève, Lescop se lève soudain et propose : « Si on allait boire un coup ? » Tout comme il y a 6 mois, nous l'avons emmené au Café Central, haut lieu bruxellois de la musique alternative, où nous avons savouré un peu trop de délicieuses bières belges jusqu'au bout de la nuit... Parce qu'ici, Leschop, elles sont bonnes... OK, je sors...

Pour écouter l'interview complète en audio sur Youtube, c’est ici 

(Merci à Mathieu, Vincent, Valeria, Cédric et Antoine!)

Organisation du concert: Botanique

Pour lire la chronique du concert de Lescop, accordé dans le cadre de l’édition 2013 des Nuits Botanique, c’est  

(Photo : Xavier Marquis)

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