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Philippe Blackmarquis

Philippe Blackmarquis

jeudi, 28 mars 2013 02:00

Delta Machine

Le titre de ce 13ème album du trio de Basildon donne le ton: "Delta Machine". Il évoque le côté ‘blues’, celui du delta du Mississipi et le côté synthétique, pour ‘Machine’. En plus, jolie trouvaille, les initiales ‘DM’ correspondent à celles du groupe. Sorti près de quatre ans après "Sounds Of The Universe", "Delta Machine" a été enregistré l'année dernière en partie à New York et aussi à Santa Barbara. Il a été produit par Ben Hillier et mixé par Flood.

Il est toujours ardu de chroniquer le nouvel album d'un groupe très connu. Il faut pouvoir faire abstraction de ses propres attentes et de la 'machine' de marketing qui matraque ses messages subliminaux. Il faut se concentrer sur la musique, uniquement la musique. Et de ce point de vue, "Delta Machine" est un très bon album. Plus direct, plus organique, plus pop que "Sounds Of The Universe", qui était, lui, très cinématique. "Delta Machine" renoue avec les ambiances de "Violator" (surtout "Personal Jesus") et de "Songs Of Faith And Devotion". On y retrouve ce mélange de blues, de thèmes liés au sexe, à la religion et à l'amour, le tout rehaussé par des sonorités et des mélodies très accrocheuses.

"Welcome To My World" commence en douceur, contaminé par des accents dub. On imagine que DM a viré dubstep ou lorgne vers ce style de musique comme Muse mais non, ce n'est qu'un clin d'œil car la chanson se développe dans un style typiquement synth-pop lent, débouchant sur un très beau refrain chanté en harmonie par Gahan et Gore. On connaissait déjà "Angel", un morceau quasi gospel articulé autour de textures synthétiques très incisives, quasi industrielles. "Heaven" est une des plus belles compositions de Martin L. Gore, un classique basé sur une descente au piano ‘lennonesque’ et sur une mélodie qui évoque aussi Radiohead ("Karma Police"). "Secret To The End" est ici la première composition écrite par Dave Gahan en collaboration avec Kurt Uenala, un musicien/ingénieur du son d'origine suisse et le résultat est ma foi fort bon. C'est un titre typiquement synth-pop, très bien construit, presque archétypique de Depeche Mode.

Changement d'ambiance pour "My Little Universe", qui sonne très assez trip-hop et on pense évidemment à Portishead. Le chant est assez discret, façon crooner et la plage se termine en une construction 'minimal techno' très expérimentale : fun! A nouveau, un virage à 180 degrés et c'est l'intro carrément bluesy de "Slow", à la guitare. Ici, le rythme est louvoyant, très sensuel et le chant est ouvertement sexuel. Une bande-son à essayer pendant la galipette!

Dans "Broken", Dave Gahan démontre à nouveau qu'il est parfaitement capable de composer un classique de Depeche Mode. Tout y est : la rythmique, les harmonies et les mélodies. Le plus étrange, c'est que cette composition sonne plus ‘old school’ que celles de Gore, sensées apparaître comme plus ‘modernes’, plus expérimentales. "The Child Inside" est la ballade calme 'habituelle' chantée par Martin Gore, ici enrichie de jolis motifs synthétiques. "Soft Touch / Raw Nerve" est direct et sans fioriture : une rythmique saccadée, des vocaux libérés et au final, un hit imparable. "You Should Be Higher" est signé Gahan. Dès les premiers accords, on est immédiatement accroché par la base rythmique très sensuelle, qui évoque "Closer" de NIN et le refrain est tout bonnement sublime, aérien et hypnotique : une merveille! 

L'intro et les arrangements de "Alone" évoquent John Foxx And The Maths, surtout dans les arpèges synthés galopantes et les nappes éthérées. La chanson commence en douceur mais se muscle au fur et à mesure pour se clôturer sur un tapis de séquences analogiques. Ensuite, place à "Soothe My Soul", un hit absolu pour pistes de danse. Un beat electro irrésistible, combiné à des mélodies 'catchy' et vous vous surprendrez à monter le volume, puis d'improviser un pas de danse dans votre salon... Ce titre a d'ores et déjà gagné sa place dans la playlist de mon prochain DJ set! En point d'orgue du CD, la boucle est bouclée sur un ton bluesy dans l'intro et le couplet de "Goodbye". Par contre, le refrain est une réelle surprise. Très sixties, il lorgne carrément vers les Beatles voire les Stones ("Goodbye, Ruby Tuesday"). On peut s’attendre à voir le groupe inviter le public à le chanter en boucle, à la fin d’un concert!

En bonus, sur le double Cd et le double LP, figure la seule chanson composée ensemble par Gore et Gahan: "Long Time Lie". C'est un morceau lent, ensorcelant dominé par un refrain très mélodieux et des sons électroniques analogiques très crus. "Happens All The Time", issu de la plume de Gahan et Uenala, s’inscrit dans la même veine ; mais la programmation est un peu moins bien réussie. "Always" est une nouvelle ballade chantée par Gore et le tout dernier titre, "All That's Mine", qui était déjà inclus sur l'Ep "Heaven", prouve la qualité des compositions de Gahan/Uenala. J’estime même qu'il méritait mieux qu'un morceau 'bonus'.

Au moment de tirer les conclusions, on se doit de reconnaître que cet album est une vraie réussite. Les compositions sont brillantes, les arrangements audacieux et inventifs et le son, résolument moderne. Après 30 ans de carrière, les vieux complices n'ont rien perdu de leur inspiration et semblent très heureux d'être ensemble et de repartir sur la route. Pas de doute, Depeche Mode est toujours à la... mode!

Tracklisting :

1. Welcome To My World
2. Angel
3. Heaven
4. Secret To The End
5. My Little Universe
6. Slow
7. Broken
8. The Child Inside
9. Soft Touch/Raw Nerve
10. Should Be Higher

11. Alone
12. Soothe My Soul
13. Goodbye  

Bonus sur le 2CD Deluxe et le 2LP

14. Long Time Lie
15. Happens All The Time

16. Always
17. All That's Mine

La version Deluxe propose aussi un très beau livre de 28 pages de photos réalisé par leur collaborateur artistique historique Anton Corbijn.

 

jeudi, 28 mars 2013 02:00

The Unified Field

Il existe des groupes ou des artistes pour lesquels il est toujours difficile d’être objectif. IAMX appartient à cette catégorie. J'ai toujours été un grand fan d'IAMX, et plus précisément depuis le jour où j’ai assisté à leur set, à Dour, en 2006. Je m’étais déplacé pour applaudir Archive, mais IAMX m'a tout simplement explosé la tête. Chris Corner (ex-Sneaker Pimps), le fondateur et leader de cette formation, est extrêmement talentueux. Multi-instrumentiste, chanteur, compositeur et producteur, il a réussi à développer un cross-over musical étonnant, qui combine avec bonheur des éléments new-wave, funk, dance et indie-pop, soulignant le tout de paroles intelligentes et sexy. Au final, ce sont des chansons d'une beauté incroyable. Et leurs concerts sont tout simplement dingues.

Intéressant : pour produire ce 5ème opus, Corner a lancé une campagne de 'crowdfunding' via pledgemusic.com, afin de lever des fonds. La réaction des fans a été hallucinante : une heure plus tard, le groupe avait déjà atteint 100% du montant escompté. Le jour de la sortie du long playing, les promesses d'achat culminaient à 800%! Un signe du lien incroyablement fort qui lie cette formation à ses fans.

Jusqu'à présent, Corner avait produit ses albums lui-même, mais cette fois, il a fait équipe avec Jim Abbiss, un Britannique qui a mis en forme le "Becoming X" des Sneaker Pimps ; mais il est surtout connu pour son travail opéré chez Arcade Fire, Adele et Ladytron. Cet elpee, enregistré à Berlin, dans le propre studio ('Turmwerke') de Corner, offre donc un éventail beaucoup plus large d'arrangements que les productions précédentes. ‘Jim a contribué à libérer ma créativité’, a déclaré Corner. C'est pourquoi vous retrouvez ici des instrumentations plus diversifiées, dont le dulcimer, le violon, la flûte, le vibraphone ou le glockenspiel.

Les thèmes des paroles, par contre, n'ont pas changé. Le sexe, la mort, l'amour, l'ivresse narcotique, la décadence, la religion, la politique, l'aliénation et la société moderne sont toujours au cœur des lyrics. Corner avait déjà publié trois vidéos avant la sortie du disque : "The Unified Field", un hit électro très accrocheur, "I Come With Knives", une chanson forte et hypnotique incluant un poème en allemand chanté par Janine Gezang, et "Quiet The Mind", une très jolie berceuse.

Sur l’album, on trouve d'autres plages puissantes et rythmées comme par exemple, "Sorrow", une ode magnifique à la mélancolie et "Walk With The Noise", dominé par un superbe riff de piano ; mais l'ambiance générale est plutôt dans les tempos mi-lents, voire lents. "The Adrenalin Room" propose une atmosphère trip-hop, 'ambient', et identifie beaucoup d'effets sur les voix, tandis que "Screams" se distingue par des sons mystérieux au dulcimer et un refrain aux vocaux très aigus. Une guitare acoustique berce une magnifique ballade intitulée "Under Atomic Skies". Quant à "Come Home", il est très susceptible de vous flanquer des frissons partout. Enfin, "Land Of Broken Promises" évoque une valse aux accents burlesques, qui virevolte au son de percussions folkloriques et de violons manouches.

Pas de doute: ce nouvel opus d'IAMX est à nouveau un chef-d'œuvre. Je vous avais prévenus: je ne suis pas objectif. La seule chose qui manque, c'est un hit comme "Spit It Out", publié en 2007 ; mais vu le soutien de ses nombreux fans dispersés partout dans le monde et le genre de vie qu'il mène à Berlin, je ne pense pas que Chris Corner ait vraiment besoin de retrouver ce succès 'mainstream' éphémère et tellement factice. Achetez ce disque: c'est un ‘must’!

 

Il y a quatre ans, Steven Wilson, le fondateur et cerveau de la formation anglaise de métal prog Porcupine Tree, s'est lancé dans un projet en solo pour donner libre cours à sa boulimie créatrice et étendre son horizon à d'autres styles musicaux comme le jazz-rock, le trip-hop, l'industriel, le dark ambient mais surtout la musique progressive des années 70 ; et en particulier l’univers de King Crimson, dont il a remixé les albums. Le premier opus de Wilson, "Insurgentes", constituait un effort à 100% solo. Après avoir publié la deuxième plaque, "Grace For Drowning", il décide de former un nouveau groupe et accomplit une première tournée en 2012, au cours de laquelle il accorde un concert exceptionnel à l'AB de Bruxelles. Lors de l’enregistrement de son troisième long playing, "The Raven Who Refused To Sing (And Other Stories)", il reçoit le concours de Monsieur Alan Parsons en personne. Il s’agit donc de la première production solo de Wilson créée pour un groupe et avec un groupe. Et franchement, c'est un vrai succès !

C'est donc avec une grande curiosité que nous attendons le début de ce concert, donné dans la magnifique salle Arenberg à Anvers. Après une introduction 'ambient' et la projection d'une vidéo inspirée du visuel lunaire de la pochette du dernier opus, qui contribuent déjà à créer une atmosphère sombre et mystérieuse, le combo monte sur les planches. Il réunit le batteur allemand Marco Minnemann, le bassiste Nick Beggs (NDR : il a joué pour Steve Hackett et... chez Kajagoogoo, le claviériste Adam Holzman (NDR : il a côtoyé Miles Davis), le flûtiste/saxophoniste/clarinettiste Theo Travis et un nouveau guitariste, Guthrie Govan. Dès la première chanson, "Luminol", les sons sont carrément jazz-prog et nous sommes replongés 30 ou 40 ans en arrière, à l'époque de King Crimson, Pink Floyd, Yes, Rush, Todd Rundgren (Utopia) et autres Van der Graaf Generator. Pieds nus suivant son habitude, Steven Wilson se plante au centre de son nouveau super-groupe tel un chef d'orchestre, soulignant les impulsions majeures et stimulant en permanence les musiciens. Ce premier morceau est un véritable tour de force qui mélange différents styles et ambiances avec une maîtrise étonnante.

Avant la deuxième chanson, Wilson salue le public et confie qu'il a eu peur de jouer dans une salle vide à cause de la neige! Il s'assied armé de sa guitare acoustique. Une ovation s’élève de l’auditoire, lorsqu’il attaque "Drive Home", un extrait de "The Raven ..." Cette douce ballade, caractérisée par son intro à la Camel, rappelle aussi Genesis ; mais à l’issue du break, la guitare jazzy et la clarinette lorgnent carrément vers Sting et Branford Marsalis. S'en suit un fantastique solo de guitare dispensé par Guthrie Govan. Son style est très fluide, un peu comme celui d'Alan Holdsworth, le légendaire guitariste du groupe insulaire.

Après "The Pin Drop", abordé dans l’esprit d’Anathema, et "Postcard", ‘une preuve que je peux aussi composer des chansons conventionnelles de moins de 5 minutes’, place au premier point culminant de la soirée: "Holy Drinker", une autre nouvelle compo accueillie par les acclamations du public. Et pour cause, ce chef-d'œuvre progressif est nourri de guitares puissantes et de séquences complexes qui évoluent vers un refrain psychédélique en accords mineurs joués au mellotron ; et son final tragique est soutenu par de sonorités de 'drones' ténébreuses et des riffs de guitare hypnotiques. Un grand moment. Ensuite, Adam Holzman entame au piano la magnifique intro de "Deform To Form A Star", tiré de "Grace For Drowning": des frissons nous parcourent l’échine durant cette superbe composition digne d’une perle oubliée sur un vinyle de King Crimson.

A ce moment, un voile transparent descend entre la scène et le public et une vidéo, reproduisant le visage d'un vieil homme, est projetée. La mise en scène est destinée à "Watchmaker". De beaux arpèges joués à la sèche, comme à l’époque du Genesis de l’Archange Gabriel, ouvrent cette chanson mélancolique. Ils se transforment en improvisation jazzy et s’achèvent dans une frénésie prog à la Yes. Le rideau ne disparaîtra d'ailleurs qu'après la chanson suivante, "Index". Le set embraie par deux compos relativement calmes du premier long playing. Tout d’abord "Insurgentes" et surtout "Harmony Korine", qui met en cause un metteur en scène américain que Wilson décrit comme ‘tordu’... L'enthousiasme du public est grand et non sans raison car il s'agit d'une chanson parfaite, presque ‘mainstream’. Malgré l’intro de guitare à la U2 et une mélodie réminiscente d’"Exit Music For A Film" de Radiohead, elle porte la marque indélébile de Wilson. Ici, comme c'est souvent le cas, l’adaptation live a beaucoup plus de punch que la version studio.

Après le bouleversant "No Part Of Me", Wilson exhorte ses musiciens à ‘explorer tout l'espace de la salle en se servant de leurs improvisations jazzy, mais pas trop jazzy’... Cette déclaration précède "Raider II", probablement le morceau le plus ambitieux écrit par Wilson. Un kaléidoscope musical consacré au tueur en série américain Dennis Rader Lynn (BTK pour "Bind Torture Kill"). Quelques notes très graves au piano, des bruits de film d'horreur joués en quadriphonie envahissent l’espace : l'atmosphère est sombre comme l'enfer et on entend les mouches voler. Puis, la chanson se développe pendant 20 minutes dans une succession d'ambiances oscillant du jazz au heavy metal en passant par le prog, le doom et le dark ambient. A nouveau, le final provoque une véritable explosion. Sur scène d'abord et, juste après, dans le public.

Changement total d'ambiance lors du dernier morceau. Une chanson douce. En l’occurrence le titre maître du dernier opus, "The Raven..." Wilson a révélé dans une interview que c'était probablement le plus beau morceau qu'il ait jamais composé ; et je suis tenté de lui donner raison. Lors de l'interprétation, un très beau film d'animation montre l'histoire déchirante d'un vieil homme qui a perdu sa petite sœur quand ils étaient jeunes (voir la vidéo ici ). L'ambiance dans la salle est tout simplement magique et pendant les dernières notes de piano, tout le monde se lève pour une ‘standing ovation’ qui va durer plus de 10 minutes.

Pendant le rappel, le groupe ne reprendra pas l’ancien morceau de Porcupine Tree, "Radioactive Toy", à l’instar des précédents spectacles de la tournée, mais jouera un très joli medley de deux chansons signées Wilson: "Remainder Of The Dog" et "No Twilight Within The Court Of The Sun". Ici encore, tous les avatars du prog-rock sont revisités de main de maître. L'intro hypnotique au piano évoque "Carousel" de Happy The Man et les guitares, "Voyage Of The Acolyte" de Steve Hackett, qui joue d'ailleurs sur l'enregistrement studio de "Remainder...".

Au sortir de ce véritable spectacle audiovisuel, il est clair que Wilson a formé autour de lui une équipe de grands virtuoses et que l'alchimie fonctionne à merveille. Wilson a confié dans une interview que deux ans au moins seront nécessaires avant qu'il n'envisage de reformer Porcupine Tree ; mais cette projection n'a plus guère d'importance pour votre serviteur. Cette nouvelle formation, très à l’aise pour interpréter les magnifiques compositions de Wilson, marque une évolution très positive tant sur disque qu'en concert. Ce n'est pas seulement une musique progressive, c'est aussi une musique qui progresse... Le "Roi Wilson" continuera d'être l'un des artistes les plus influents sur la scène rock et c'est ce qui compte après tout ... ‘Je gagnerai cette difficile bataille: chacun doit comprendre que ce n'est pas un 'side project', c'est la chose la plus importante que j'aie jamais faite.’ On ne peut être plus clair...

Setlist:

Luminol
Drive Home
The Pin Drop
Postcard
The Holy Drinker
Deform to Form a Star
The Watchmaker
Index
Insurgentes
Harmony Korine
No Part of Me
Raider II
The Raven That Refused to Sing

Rappel

Medley avec Remainder of The Black Dog et No Twilight Within The Court Of The Sun

Organisation: Arenberg (en collaboration avec Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici
vendredi, 22 février 2013 17:15

Déséquilibre orthographique…

Scorpion Violente, c'est un groupe issu de Metz, qui pratique une musique trance-disco-psyché-indus complètement hypnotique et hallucinante. La formation a littéralement explosé le Café Central à Bruxelles lors de la release party de son dernier Ep, ‘The Rapist’, le 15 février dernier. Nous avons profité de l'occasion pour discuter avec la bête à deux têtes....

Il y a d'abord ce nom, 'Scorpion Violente', très intriguant: "Il s’inspire des films policiers de série B italiens", raconte Thomas Violente. "Particulièrement d'un long métrage qui s'intitule 'Rome Violente'. On a donc pensé à 'Scorpion Violent', mais c'était plus marrant en y commettant une faute d'orthographe. Elle crée une tension, un déséquilibre." Et cette tension et ce déséquilibre, on les retrouve dans le son, à cause du clash permanent entre une rythmique minimale obsédante, des synthés indus lancinants et des rares voix délayées dans des réverbs et delays ; le tout baignant dans une atmosphère glauque, crade, très sexuelle. Les références mises en avant sont bien sûr Suicide, D.A.F. mais aussi Throbbing Gristle. "Oui, Throbbing Gristle, je suis tombé dedans à pieds joints", précise Thomas. "Je n'ai écouté qu’eux pendant deux ou trois ans. Dans l'ensemble, on aime surtout les musiques des années 60, 70, jusque 80. Après, on ne connaît pas trop. On ne s’intéresse pas aux productions actuelles." Pour Scott Scorpion, "c'est surtout Suicide : je suis un grand fan. Et puis les groupes krautrock comme Can ou Neu!"

Sur scène, le projet est minimal sous tous ses aspects. Il y a très peu de matériel. Juste un vieux Korg Poly61 pour les basses, un Caravan R6, un vieil orgue italien des années 70, pour les nappes et les lignes mélodiques façon scie sauteuse ; et, enfin, une boîte à rythmes Yamaha RX11. Sans oublier les effets vintage comme les réverbs à ressorts ou les sound stretchers paramétriques. "Au niveau du jeu, l'idée était de n'utiliser que 4 doigts au total (2 x 2) pour jouer. Et le côté minimal, on l'applique aussi aux moyens : pas de voiture, les déplacements sont effectués en train, on aime le côté 'à l'arrache' de ce genre d'organisations", rappelle Scott, en affichant un sourire carnassier.

Mais si les moyens sont 'minimaux', le résultat est, lui, sans limite. Ces sonorités obsédantes s'insinuent de façon très insidieuse dans votre esprit et provoquent une sorte de transe. "On aime bien le côté psyché, voire psychobilly. On reprend d'ailleurs ‘Strychnine’ des Sonics. Tout est mélangé à une musique plus froide. Principalement instrumentale... sur des morceaux de 5 à 6 minutes..." Leur tout dernier titre-phare, ‘The Rapist’, s'étale, lui, sur plus de 10 minutes, et son adaptation ‘live’ a clairement été un des tout grands moments du concert, au Café Central.

Au niveau des ambiances, vu la région d'origine du duo, on identifie bien sûr un côté postindustriel. Mais aussi une dimension sensuelle très marquée. On se croirait dans une boîte SM... "C'est vrai, il y a un côté sexe dans notre musique, mais c'est plus du désir que du sexe consommé", corrige Scott. "Comme si tu avais quelqu'un qui transpire un peu, son odeur t'attire mais il n’est pas sûr que tu rentres avec elle (ou lui) le soir. Et en plus, on vient de Metz, une ancienne région minière. C'est un peu comme à Bruxelles : le temps est gris 200 jours par an ; donc l’ambiance est particulière".

Leur musique affiche une forme très trance, très dansante. Au concert, nous avons été très étonnés par la moyenne d'âge des fans, qui oscille autour des 20 ans. Ce sont des jeunes qui viennent d'un univers techno, electro, absolument pas goth ni dark. "En fait, on est vraiment le cul entre plusieurs chaises, placé entre différents styles musicaux... Au début, c'était en effet orienté 'dark', mais maintenant on a un pied dans plusieurs zones. Pour moi, en montant Sorpion Violente, je voulais couper avec une scène expérimentale où je commençais vraiment à m'emmerder. Je voulais créer une musique que j'ai envie d'écouter, qui m'éclate la gueule... Donc forcément, il y a cet aspect dansant, viscéral, body : c'est délibéré. C'est pour se faire plaisir. C'est la musique que je souhaitais entendre dans un club."

Les albums de la formation sont publiés exclusivement en format vinyle: "On aime les vinyles pour le son, mais surtout pour l'esthétique des pochettes, qui claquent quand même beaucoup plus en format 33 tours qu'en Cd." Comme le nom du groupe, les graphismes se réfèrent également aux films vintage de série B. "Sur le premier maxi, la photo est de Maurizio Merli, le comédien qui joue dans 'Rome Violente'...", précise Thomas. "C'est un flic à la Dirty Harry, un 'Justicier Dans La Ville', mais sans le côté moralisateur... On a trippé grave sur ce film et on a déniché cette image, où Merli a un putain de look... Pour ‘The Rapist’, on a repéré le cliché par hasard. On cherchait des illustrations sur internet en utilisant des mots-clés comme viol, etc. et je suis tombé sur un film japonais très sérieux et cette photo d'un japonais très malsain et ses fleurs… On en a conclu qu’elle collait bien avec le titre."

Le dernier Ep est d'ailleurs déjà complètement épuisé, quelques semaines à peine après son lancement. Le label, Teenage Menopause, se démène pour faire connaître la formation en Europe et même sur les autres continents. Jusqu’à présent, leurs tournées ont couvert la France, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne et bien sûr l'Italie... 'Rome Violente', joué en Italie, c'était en somme logique! Au chapitre des projets, Scorpion Violente participe à l'album d'hommage à Snowy Red que prépare le nouveau label Weyrd Son. Une compilation où une quinzaine de formations alternatives européennes et américaines reprennent des titres de ce génie belge de la new-wave et de la new beat, malheureusement disparu trop tôt, en 2009. "On reprend ‘Euroshima (War Dance)’, se réjouit Scott. "C’est une copine qui m’a permis de découvrir ce titre, il y a deux ou trois ans. Il est excellent. Puis j'ai approfondi le reste. Quand on nous a proposé de réaliser une reprise pour le 'Tribute', on a tout de suite accepté et on a vite imaginé une manière d'adapter le morceau à notre son, sans le dénaturer… Il y a des points communs clairs entre Snowy Red et nous, notamment ce côté répétitif et hypnotique. On est resté assez fidèle à l'original. Le son est un peu crade. On a utilisé un 4 pistes pour obtenir ce résultat... Ca va le faire, je pense..."

Ensuite, Scorpion Violente a l'intention de graver des nouveaux titres sur un maxi via le label Bruit Direct et dans un avenir proche, d'enregistrer de nouveaux morceaux plus ambient en studio, à l’aide d’un matériel plus important. "Jusqu'à présent, on a toujours accompli nos projets de façon brute, dans l'urgence. Là, on va prendre le temps. Ce sera une musique pour voyager, pour faire des trips... On va se servir d’un matos qu'on ne pourra pas emmener en tournée, etc..  On va tenter ce challenge, mais ça donnera peut-être de la merde..." (rires)

Page de Scorpion Violente sur Facebook : https://www.facebook.com/pages/Scorpion-Violente/203358213043181?ref=ts&fref=ts

 

lundi, 04 février 2013 02:00

Aux deux-tiers satisfait…

Double affiche ce soir à l'AB-Club en compagnie de Trust et Darkstar. L'an dernier, les Canadiens de Trust devaient se produire en première partie de Yesayer ; mais quand ces derniers ont annulé, nombreux sont ceux qui ont regretté de ne pouvoir assister au set de la formation. Ce qui explique cette invitation à venir partager l'affiche de Darkstar.

Trust (NDR : ne pas confondre avec le groupe de hard rock français né en 1977) est originaire de Toronto et a été formé en 2010 par Robert Alfons aux synthétiseurs et au chant et Maya Postepski (également membre du groupe Austra) à la batterie. Le duo pratique une musique synth-pop très orientée électro et dance (ce n'est pas du tout de la witch-house contrairement à ce que racontent certains pseudo-journalistes musicaux). Marqué par la voix nasillarde très originale de Robert Alfons et le 'groove' exceptionnel de la percussionniste, leur son est assez unique. Leur premier album a tout simplement été un des meilleurs de l’année 2012. Malheureusement, Maya Postepski a dû quitter le projet dans le courant de 2012, en raison du succès croissant d'Austra.

L'AB-Club est bien rempli et l'on reconnaît dans le public de nombreuses 'look-alikes' de Maya, chaussées de lunettes à bord noir et dont la dégaine est résolument saphiste. Les lumières s'éteignent et c'est sur l'excellent "Shoom" que le concert débute. Alfons est accompagné d'une drummeuse et d'une claviériste ; et d'emblée, on remarque la gestuelle très étrange du chanteur canadien. Entre ses interventions au micro, il multiplie les sautillements et les mouvements saccadés, un peu comme un animal surexcité. Etrange mais néanmoins attachant. La dernière partie de "Shoom", très planante et très belle, évoque irrémédiablement Austra, même si le groupe se défend d'être 'juste' un side-project de ces derniers.

Dans l'ensemble, Trust nous réserve une majorité de titres de son album, ainsi qu'un nouveau morceau. Après un "Chrissy E" aux accents EBM, place au superbe "Dressed For Space", suivi de mon titre préféré : "Bulbform". Une véritable bombe caractérisée par sa rythmique tout simplement irrésistible. Les premiers rangs du public dansent sans se faire prier et c'est le meilleur moment du concert. Regardez la vidéo ici.

Trust poursuit par un morceau plus lent : "F.T.F", suivi par le dernier single "Heaven". Dès "Sulk", dont le beat est particulièrement entraînant, l'énergie pure revient. A la fin du morceau, surprise : les trois musiciens vident les lieux pour ne plus y revenir. Un set beaucoup trop court (40 minutes au lieu des 60 minutes promises), qui nous laisse sur notre faim. Pas de "Gloryhole" et encore moins de "Candy Walls". Dommage ! Un goût de trop peu accentué par le manque de présence sur scène et un light show plus que minimaliste. Enfin, le plus important reste cette musique, unique et envoûtante, qui nous aura quand même transportés l'espace d'un concert trop court...

Je ne connaissais pas du tout Darkstar. Le film de John Carpenter, bien sûr, mais pas le groupe qui s'est inspiré du film pour choisir son patronyme. Pourtant, ces Anglais peuvent se targuer d'avoir débuté chez Hyperdub, considéré comme le Graal du dubstep et d'être récemment passé chez le légendaire label électronica Warp. “North”, leur premier album paru en 2010, recelait le hit “Aidy's Girl Is a Computer”. Son successeur, “News From Nowhere’”, produit par Richard Formby (Sonic Boom, Wild Beasts, ...), flirte à nouveau agréablement avec la pop et l'électronica.

Sur les planches, James Buttery se plante au centre. Il porte de longs cheveux et est vêtu d’un parka ; il chante et utilise un Akaï controller, surtout pour les basses et les effets vocaux. De part et d'autre du vocaliste, James Young et Aiden Whalley, les fondateurs du combo, s’installent aux synthés. Je dois avouer qu'après un moment d'hésitation, je me suis laissé séduire par cette eletronica-pop aux tempos assez lents, même si après un certain temps, une certaine lassitude a commencé à m’envahir. Parmi les meilleurs moments, j'épinglerai "Timeaway", extrait de "News From Nowhere" et surtout "Gold", issu de "North", dont l'enregistrement vidéo est ici. Dans l'ensemble, leur expression sonore fait penser à Radiohead, bien sûr, mais aussi M83, Archive, Animal Collective et Mackintosh Braun. Un concert intéressant, qui donne envie d'écouter les albums!

(Organisation: Ancienne Belgique)

 

Double affiche ce soir à l'AB-Club en compagnie de Trust et Darkstar. L'an dernier, les Canadiens de Trust devaient se produire en première partie de Yesayer ; mais quand ces derniers ont annulé, nombreux sont ceux qui ont regretté de ne pouvoir assister au set de la formation. Ce qui explique cette invitation à venir partager l'affiche de Darkstar.

Trust (NDR : ne pas confondre avec le groupe de hard rock français né en 1977) est originaire de Toronto et a été formé en 2010 par Robert Alfons aux synthétiseurs et au chant et Maya Postepski (également membre du groupe Austra) à la batterie. Le duo pratique une musique synth-pop très orientée électro et dance (ce n'est pas du tout de la witch-house contrairement à ce que racontent certains pseudo-journalistes musicaux). Marqué par la voix nasillarde très originale de Robert Alfons et le 'groove' exceptionnel de la percussionniste, leur son est assez unique. Leur premier album a tout simplement été un des meilleurs de l’année 2012. Malheureusement, Maya Postepski a dû quitter le projet dans le courant de 2012, en raison du succès croissant d'Austra.

L'AB-Club est bien rempli et l'on reconnaît dans le public de nombreuses 'look-alikes' de Maya, chaussées de lunettes à bord noir et dont la dégaine est résolument saphiste. Les lumières s'éteignent et c'est sur l'excellent "Shoom" que le concert débute. Alfons est accompagné d'une drummeuse et d'une claviériste ; et d'emblée, on remarque la gestuelle très étrange du chanteur canadien. Entre ses interventions au micro, il multiplie les sautillements et les mouvements saccadés, un peu comme un animal surexcité. Etrange mais néanmoins attachant. La dernière partie de "Shoom", très planante et très belle, évoque irrémédiablement Austra, même si le groupe se défend d'être 'juste' un side-project de ces derniers.

Dans l'ensemble, Trust nous réserve une majorité de titres de son album, ainsi qu'un nouveau morceau. Après un "Chrissy E" aux accents EBM, place au superbe "Dressed For Space", suivi de mon titre préféré : "Bulbform". Une véritable bombe caractérisée par sa rythmique tout simplement irrésistible. Les premiers rangs du public dansent sans se faire prier et c'est le meilleur moment du concert. Regardez la vidéo ici.

Trust poursuit par un morceau plus lent : "F.T.F", suivi par le dernier single "Heaven". Dès "Sulk", dont le beat est particulièrement entraînant, l'énergie pure revient. A la fin du morceau, surprise : les trois musiciens vident les lieux pour ne plus y revenir. Un set beaucoup trop court (40 minutes au lieu des 60 minutes promises), qui nous laisse sur notre faim. Pas de "Gloryhole" et encore moins de "Candy Walls". Dommage ! Un goût de trop peu accentué par le manque de présence sur scène et un light show plus que minimaliste. Enfin, le plus important reste cette musique, unique et envoûtante, qui nous aura quand même transportés l'espace d'un concert trop court...

Je ne connaissais pas du tout Darkstar. Le film de John Carpenter, bien sûr, mais pas le groupe qui s'est inspiré du film pour choisir son patronyme. Pourtant, ces Anglais peuvent se targuer d'avoir débuté chez Hyperdub, considéré comme le Graal du dubstep et d'être récemment passé chez le légendaire label électronica Warp. “North”, leur premier album paru en 2010, recelait le hit “Aidy's Girl Is a Computer”. Son successeur, “News From Nowhere’”, produit par Richard Formby (Sonic Boom, Wild Beasts, ...), flirte à nouveau agréablement avec la pop et l'électronica.

Sur les planches, James Buttery se plante au centre. Il porte de longs cheveux et est vêtu d’un parka ; il chante et utilise un Akaï controller, surtout pour les basses et les effets vocaux. De part et d'autre du vocaliste, James Young et Aiden Whalley, les fondateurs du combo, s’installent aux synthés. Je dois avouer qu'après un moment d'hésitation, je me suis laissé séduire par cette eletronica-pop aux tempos assez lents, même si après un certain temps, une certaine lassitude a commencé à m’envahir. Parmi les meilleurs moments, j'épinglerai "Timeaway", extrait de "News From Nowhere" et surtout "Gold", issu de "North", dont l'enregistrement vidéo est ici. Dans l'ensemble, leur expression sonore fait penser à Radiohead, bien sûr, mais aussi M83, Archive, Animal Collective et Mackintosh Braun. Un concert intéressant, qui donne envie d'écouter les albums!

(Organisation: Ancienne Belgique)

 

Peu de groupes peuvent se targuer d'offrir un spectacle complet à leurs fans, en conjuguant son, vidéo, lumières et surtout performances. ROSA†CRVX appartient à cette catégorie. Une légende du XIIIème siècle raconte qu’un ermite s’est affublé du pseudonyme de Rosenkreicht et a consacré sa vie à la recherche du corps et de ses limites… C'est en s’inspirant de cette légende qu'Olivier Tarabo, alors élève à l'école des beaux-arts de Rouen, en 1984, a choisi le patronyme de son nouveau projet : ROSA†CRVX. La rose représente la beauté, la vie, l’éphémère, symbole d’amour et de pureté ; la croix, le sacrifice, la mort exposée (en spectacle), la cruauté et l’intolérance...

Nous avons pu rencontrer Olivier à l’issue de l'impressionnant concert, accordé par sa formation, dans le cadre du Methuselah's Ball au sein du Théâtre des Deux Gares, à Bruxelles. Il nous raconte la genèse de son projet. "L'école des beaux-arts à Rouen est un ancien ossuaire", raconte-t-il. "Un des derniers de France, voire d'Europe. C'est une cour carrée remplie de sculptures qui représentent la peste et la mort. Comme c'était une fosse commune, on racontait qu'en fouillant dans le sol, on pouvait y ramasser des dents. Un lieu qui marque quand on y passe 5 ans. Donc, j'ai eu envie de créer un concept de groupe tout à fait nouveau, très sombre. L'idée n’était plus d’écrire de textes mais d'aller fouiner dans les bibliothèques ; et je me suis mis à chanter en latin. J'ai effectué un an de recherches pour fabriquer des faux parchemins et aujourd'hui, ce sont des copies exactes de ces manuscrits que nous vendons dans la Box de ROSA†CRVX."

On le comprend : c'est en véritables artisans que ces musiciens conçoivent leur art. C’est ainsi qu’ils façonnent les instruments et machineries utilisés sur scène : carillons d'église, batterie de tambours automate et autres machines qui semblent venir tout droit de l'atelier de Léonard de Vinci. "J'ai suivi une formation de beaux-arts, surtout dans le domaine de la construction, la sculpture et le modelage. Donc, j'ai le réflexe naturel, quand je pense à quelque chose, de me demander comment je vais le fabriquer. Avec l'expérience, on parvient à créer un peu ce qu'on veut. Comme nous formons une équipe, on est assez nombreux et j'ai tendance à tenter des projets impossibles à réaliser seul. C'est un vrai petit corps d'armée. Une vraie petite escouade."

Cette petite troupe milite eu sein d'une coopérative d'artistes installée dans un ancien grand moulin, à Rouen. "On a créé cette structure pour disposer d’ateliers en commun. L'idée vient des Quais de la Gare à Paris et de l'Usine, à Genève. Ce sont de grands bâtiments squattés, organisés, où les artistes restent longtemps. Il y a un disquaire, des salles de concert et de théâtre, des boites de nuit..."

En compagnie de Claude Fenny, son fidèle acolyte, Olivier Tarabo a mis en place un style musical unique pour habiller les textes anciens, un croisement entre la musique médiévale, le rock gothique et les chants tribaux. A côté des instruments traditionnels, la troupe exploite les possibilités des technologies modernes. Un côté 'rétro-futuriste'... "Oui, on fouille dans l'ancien alors que, côté technique, c'est très hi-tech… J'ai une grande passion pour la technologie. Evidemment, il ne faut pas qu’elle nous mange. On a, par exemple, créé une BAM (Batterie Automate Midi), qui a demandé 4 ans d'élaboration."

S'inspirant des écrits d'Antonin Artaud, les concerts de ROSA†CRVX sont enrichis de performances exécutées sur scène ou au milieu du public sur le thème du corps en souffrance (Dance de la Terre, Homme dans la Cage) créant dans la salle des situations proches de celles d'un rituel sacré. La première performance a été réalisée sous les voûtes de l'abbatiale de St-Ouen en 1986. Tarabo avait obtenu un double des clés et est entré dans la nuit accompagné d'une équipe de tournage. Un homme a été enfermé dans une cage de fer suspendue au plafond. Elle a été précipitée 22 fois contre la plaque d'acier qui faisait office de gong. Un rituel que le public a pu revivre à Rouen en 2011 lors du festival Dark Ritual. "Tout ce qui est installations et performances a été un boulot énorme", raconte Olivier. "J'ai passé 15 ans de ma vie pour réaliser cet objectif, complètement isolé." Il y a aussi le carillon, dont la confrérie a fabriqué elle-même les huit cloches, la batterie BAM, mais aussi l'octabasse, une contrebasse géante en fer dont on joue grâce à un énorme système de pédales. "J'ai 12 ou 15 machines semblables à Rouen. Il y a aussi un rail de 18 m avec 2 personnes qui se poussent dans un ciseau géant qui se replie et se déplie à 3 m de hauteur."

Et Tarabo de fustiger les pouvoirs publics, qui pratiquent un ostracisme systématique envers les spectacles comme le sien qui ont un côté sulfureux, dérangeant. "Ils ont peur de nous", ironise-t-il. "Ils ont même mené une enquête pour vérifier si on n'était pas des néo-nazis ou des gens d'extrême-droite. Il existe des a priori très lourds. Mais quelque part, ça me plaît. C'est génial qu'après 30 ans, ce mouvement continue encore à faire chier autant les autres ; c'est très bien (rires)..."

Aujourd'hui, ROSA†CRVX prépare un nouvel album. Il sera produit par le groupe et diffusé par le label allemand Trisol. La croisade sacrée de la confrérie continue, contre vents et marées, avec une authenticité et une sympathie qui forcent l'admiration.

Pour écouter l'interview dans son intégralité: http://www.youtube.com/watch?v=Ex-CVkFpY5o

Lisez la chronique complète du concert ici

(Photo : Xavier Marquis)

 

samedi, 19 janvier 2013 02:00

Un rituel mystique époustouflant

Créé dans les années 80 à Rouen par Olivier Tarabo et son acolyte de toujours, Claude Fenny, ROSA†CRVX est devenu au fil du temps un groupe 'culte', responsable d’une musique unique en son genre, médiévale et tribale, mystérieuse et hermétique. Le 19 janvier dernier, la formation a accordé un concert exceptionnel dans le cadre du Methuselah's Ball au sein du Théâtre des Deux Gares, à Bruxelles.

Après avoir vu ROSA†CRVX à plusieurs reprises, et notamment lors d’un concert mémorable accordé au cœur de l'Eglise Sainte Croix des Pelletiers à Rouen, il était intéressant de découvrir la formation dans un cadre plus intimiste. Malgré la relative exiguïté de la scène, tout l'imposant équipement est bel et bien présent : le carillon de huit cloches, l'orgue et la batterie automate MIDI (BAM). Mieux encore : on découvre des éléments du décor de la crypte où le groupe organise ses soirées à Rouen.

Dès les premières notes de "Vielles", l'instrumental qui ouvre le concert, une atmosphère unique, comme seul ROSA†CRVX peut en créer, envahit le théâtre. Les roulements de tambour répondent aux interventions incisives de la guitare, qui sonne comme une cornemuse. On est plongé dans un cérémonial obscur, mené à la lueur de dizaines de bougies. Dès "Invocation", les voix, l'orgue de Claude Fenny et la contrebasse électrique à 5 cordes d'Antoine Boyer entrent dans la danse, tandis que Vincent Kreyder soutient la rythmique de la BAM par des percussions retentissantes. Suivant le même rite, c'est pendant ce titre que les deux choristes principales, Marianne Wood et Juliette Bates (la troisième, Caroline Delavault, ne participant pas cette chorégraphie) viennent au devant du podium pour dessiner des arabesques à l’aide de leurs grands drapeaux, gestuelle qui force d'ailleurs les spectateurs du premier rang à reculer.

L'intensité reste palpable pendant "Adorasti", une composition qui met particulièrement en valeur l'exceptionnelle voix d'Olivier Tarabo. Toujours puissante, à la limite du déchirement, elle évoque Gavin Friday (Virgin Prunes), mais en empruntant une tonalité diabolique bien spécifique. Parfois, on croirait entendre des incantations formulées par des Indiens d'Amérique. Place ensuite à "In Tenebris", caractérisé par son très beau riff au piano et surtout "Terribilis", qui réverbère au son des cloches du magnifique carillon. Rappelons que c'est le groupe lui-même qui a fondu ces cloches et construit le carillon, dans une démarche artisanale fondée sur l'authenticité.

Le spectacle est total. Très sombres, les vidéos montrent des catacombes, des croix, des démons ou des parchemins. En grand inquisiteur, Olivier Tarabo règle minutieusement tous les détails du spectacle, déambulant entre le micro et l'installation à l'arrière de la scène. Après le menaçant "Hel-Hel", ROSA†CRVX nous propose trois nouveaux titres, "Tonitrvi", "Venite" et "Ante-A". Ils sont très impressionnants! Les anciennes compos, comme "Aglon", "Moritvri" et "Svrsvm Corda", bénéficient des recherches continuelles que mène la formation pour améliorer les sons de leurs instruments et de la production en général.

Après "Miséricorde", "Noctes Insomnes" et "Proficere", vient le moment tant attendu par les fans : La Danse de la Terre, la performance la plus impressionnante de ROSA†CRVX. Accompagnées de rythmes lourds et des sonorités tribales d'"Eli-Elo", les deux danseuses, Marianne Wood et Juliette Bates, dénudées et enduites de boue, entament leur mystérieuse chorégraphie. Agenouillées sur un petit podium au milieu du public, elles saisissent la poussière contenue dans un bac devant elles et la projettent sur leurs corps en adoptant des mouvements coordonnés et répétitifs. L'argile et la terre virevoltent. Elle se répand tout autour dans un nuage opaque. Ce rituel sacrificiel représente la souffrance humaine du corps qui se bat en vain contre la poussière et la cendre, qu'il ne tardera pas à rejoindre tôt ou tard. Une performance d'une rare intensité, qui laisse les spectateurs pétrifiés et admiratifs. Regardez ce moment unique dans la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=xzZllm_OgGY

Après avoir vécu un tel spectacle paroxystique, nous regardons, fascinés, la dernière partie du concert. Il se clôture par le majestueux "Omnes Qvi Descendvnt" et l'étrange "Vil". En rappel, ROSA†CRVX nous réserve "Ab Irato", "Incendere" et un quatrième nouveau titre: "Nescit Nox".

On l'a compris : on ne sort pas indemne d'un concert de ROSA†CRVX. La puissance évocatrice de la musique et du spectacle est telle que le public semble hypnotisé, crucifié sur place par la profondeur mystique du set. On croit assister à une messe diabolique, célébrée aux heures sombres du Moyen-âge. Un rituel liturgique époustouflant !

Après le concert, Olivier Tarabo nous a accordé une interview. Voir ici

Bravo à Alter Onyros (http://www.alteronyros.eu) pour l'organisation!

(Photo Xavier Marquis)

 

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