• 45 ter : Un trio de Princes !
    45 ter : Un trio de Princes ! Etre authentique. L’obsession classique de tout rappeur qui se respecte. Mais l’authenticité, ce n’est pas forcément un CV de criminel…

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Didier Deroissart

Didier Deroissart

Keep Dancing Inc. est l’un des noms qui, depuis plusieurs mois, agite et enchante ‘La French Pop’. Né à Paris dans les années 2010, ce groupe aime le surf rock, la cold wave, le punk et la synth pop. Grâce à son mélange de synthés, boîtes à rythmes et guitares, il concocte une forme de synth-pop jubilatoire aux accents funky.

Après avoir gravé un premier Ep (« Initial Public Offering »), disque qui lui a valu une large reconnaissance et une tournée outre-Manche, Keep Dancing Inc. publiera un nouvel Ep ce 15 juin. Intitulé « Restructuration », il est doublé par un clip tourné à La Défense et baptisé « Pornstar » (voir ici).

Sélectionné par le prestigieux NME dans les cent groupes à suivre en 2018, multipliant les concerts soldout, s'affichant à la Philharmonie grâce au coup de pouce d'Etienne Daho, le trio parisien est devenu l’une des formations les plus passionnantes et prometteuses du moment…

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Canadien, Chad VanGaalen se produit rarement en concert. Aussi, quand il passe dans le coin, il ne faut surtout pas le manquer. Et il était programmé ce mardi 29 mai au Club de l’AB. Responsable de six albums à ce jour dont le dernier, « Light information », est paru en 2017, le natif de Calgary est également cartooniste. Il a également réalisé des clips pour Holy Fuck et Timber Timbre. Et c’est justement une de ses productions qui est projetée en première partie. Si ce dessin animé semble s’inspirer de ‘Star Wars’, pour le spectateur lambda, cette expérience d'animation improvisée et conceptuelle aligne une série d'histoires qui traitent de différentes espèces imaginaires. Intitulée ‘Translated Log of Inhabitants: Tarboz’, elle nous invite à voyager à travers une réalité alternative suggérée par sa propre vie et ses propres rêves (c’est à découvrir ici).

Il y a une centaine de personnes dans la salle, lorsque Chad VanGaalen et sa section rythmique, dont le bassiste de Women, Mathew Flegel, grimpent sur le podium. Pas de setlist en vue. Si, quand même, une que Chad a conservée dans l’arrière de son pantalon et qu’il pose devant lui. Il se sert d’une sorte de guitare box électrique difficile à accorder. Il lui faudra d’ailleurs plusieurs minutes avant qu’il n’y parvienne. Mais quand tout est en ordre, le son est vraiment cristallin. Les vocaux sont dispensés en trois couches. Chad discute souvent avec ses musicos avant d’entamer un morceau. On a l’impression qu’il choisit ses titres instinctivement. Et pas de problème quand le combo se lance dans l’impro ; il est suffisamment soudé pour maîtriser la situation.

Riche et ténébreux, le garage/rock de VanGaalen est aussi expérimental que celui de Deerhof. Il y injecte psychédélisme, americana et southern rock, tout en s’inspirant aussi bien de Bruce Springsteen, Ty Segall, Bob Dylan, Eagles, Nirvana, Pearl Jam que des Beatles circa « Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band » (NDR : et la liste est loin d’être exhaustive). D’ailleurs la voix de Van Gaalen semble parfois hantée par feus John Lennon ou George Harrison.

Après nous avoir transporté au sein d’un univers peuplé de visions étranges, ce guide spirituel et ses deux disciples vident les lieux. Avant de revenir accorder deux morceaux en rappel. Chad recupère alors sa setlist et la troupe s’éclipse sous les acclamations nourries de l’auditoire. Chad VanGaalen est un artiste talentueux, peu accessible, rare, mais tellement génial lorsqu’il se produit en ‘live’…

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

Ce soir, la température est tropicale. Que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de la salle. Les portes s’ouvrent à 18h30, et on constate la présence de nombreuses familles qui ont accompli le déplacement pour aller applaudir Louane : parents, enfants –parfois très jeunes– et même grands-parents. L’artiste ratisse large. La fosse est pleine comme un œuf.

Thomas Caruso assure le supporting act. Il est issu de l’édition 2016 de la ‘Nouvelle star’. Et a composé pour Lisandro Cuxi, Hoshi et Louane. Cette dernière lui renvoie, en quelque sorte, l’ascenseur. Sur les planches, il est épaulé par un préposé à la gratte électrique dont il est capable de tirer des sonorités surf ou country, suivant les circonstances. Thomas est au micro et se sert d’une guitare semi-acoustique. Le duo n’a guère de place sur le podium. Faut dire que derrière le rideau, il y a le matos du groupe de Louane, et apparemment, il est conséquent. Barbu, bonnet rivé sur le crâne, Thomas a une bonne bouille, et surtout possède une belle voix qu’il module comme bon lui semble. Interactif, il invite le public a reprendre les paroles de ses chansons et tout particulièrement celles du single, « Souris Quand Même ». Bref, il a parfaitement joué son rôle d’entertainer…

Le rideau tombe et laisse apparaître deux estrades surélevées. L’une est destinée au préposé aux synthés et l’autre au drummer. Le line up du backing group est complété par une guitariste et un bassiste. Une brume épaisse envahit la scène. Accroupie, Louane semble se soulever du dessous du podium. Puis elle se lève, telle une conquérante, micro en mains. Et déjà, c’est la folie furieuse au sein de l’auditoire. Des milliers d’Iphones illuminent la fosse ; et ce sera le cas tout le spectacle. Sur l’écran central, l’image d’une lune blanche pivote. Louane est vêtue d’une minijupe verte et d’un body noir brillants. Elle est chaussée de bottillons. « Nos Secrets » ouvre le concert. Après « Tourne », elle salue la foule, qui l’applaudit chaleureusement. Elle signale qu’elle est heureuse d’être en Belgique, où l’ambiance des concerts est particulière, espérant que ce soir il soit au zénith, avoir reçu un prix dans l’Hexagone et que le concert est filmé. Elle ajoute encore qu’elle va souvent disparaître afin de changer de tenue. Lorsque les beats électros s’emballent, les lumières flashent l’auditoire. Louane ondule comme un serpent au rythme de la musique, une forme de pop légèrement teintée d’électro, de reggae et de world africaine. Show woman, elle est partout à la fois. Elle monte sur les estrades réservées à ses musicos, pour les affronter. Polyvalents, ils sont tous capables de troquer leurs instruments. A deux ou trois reprises, Louane joue de la guitare, électrique ou acoustique. Mais c’est quand elle est seule, derrière le piano, qu’elle se révèle la plus convaincante. A l’instar d’« Immobile ». Elle nous fait alors penser à Cœur de Pirate… On en a des frissons partout. Le son est excellent. Fait trop rare à Forest National, pour ne pas être souligné. Les gosses sont euphoriques. Les parents également. « Ecchymoses », une chanson signée Benjamin Biolay, enchante le public. « Jours de pluie », également, une magnifique ballade qui aborde le sujet des amours déçus, au cours de laquelle, elle libère l’émotion brute de sa jeunesse. Elle nous réserve une version très électrique du « Toute La Musique Que J'aime » de Johnny Halliday, et l’interprète d’une voix blues vivifiante, comme si elle était hantée par Beth Hart. Et entendre une ribambelle d’enfants reprendre ce morceau est vraiment génial !

En rappel on aura encore droit à deux titres. Au bout de 80 minutes, après avoir été en véritable symbiose avec son public et en toute simplicité, Louane et sa troupe peuvent tirer leur révérence. Le concert était parfaitement réussi…

Setlist : « Nos Secrets », « Tourne », « On Était Beau », « Blonde », « When We Go Home », « Ecchymoses », « Jour De Pluie », « Midi Sur Novembre », « Jour 1 », « Sans Arrêt », « Yellow », « Si T'étais Là », « Toute La Musique Que J'aime », « Immobile », « Pour Oublier L'amour », « Avenir », « Sapés Comme Jamais », « No ». 

Rappel : « Nuit Pourpre », « On Était Beau ».

(Organisation : Live Nation)

jeudi, 17 mai 2018 03:00

Volcanique !

Equal Idiots est un des finalistes de l’édition 2016 du concours ‘Nieuwe Lichting’, organisé par Studio Brussel. Ce soir, il est venu défendre son premier elpee, « Eagle Castle BBQ », paru en juin 2016.  

Le supporting act est assuré par Robbing Banks, un Batave bien sympathique. Véritable homme-orchestre, il est originaire d’Utrecht. Il chante, joue de la guitare et de la batterie. Un kit composé d’une grosse caisse, d’une claire et de pédales montées sur cymbalettes, qu’il manœuvre à l’aide de ses pieds. Ce soir, il va nous proposer de larges extraits de son long playing, « This and that ». Nerveux, son garage/rock est largement teinté de glam. On se croirait revenu au tout début des seventies. Lorsque sa voix monte dans les aigus, on ne peut s’empêcher de penser à Noddy Holder, le chanteur de Slade. Il est particulièrement impressionnant aux percus, qu’elles soient tribales, sauvages ou imprimées sur un tempo à deux temps. Rockabilly, « Let's go home » est chargé de testostérone. Il nous réserve une version plus folk et plutôt paisible du « Bad Man » d’Oblivians, un combo garage/punk yankee. Et le show s’achève par le judicieux « Let's All Go To The Bar », une nouvelle compo. Et pour cause, l’artiste déclare qu’il nous y attend…

Setlist : « Head For The Coast », « Let'S Go Home », « Bad Man », « Search And Destroy », « Sleep This Off », « God Love Need Money », « Lilyfield », « Time Bomb », « Best Friend », « Let's All Go To The Bar ».

Le rideau rouge est fermé. A 21h00 précises, la Koninklijke Harmonie Sint-Cécilia de Westmalle grimpe sur le podium. Soit une section de cuivres de 7 musicos (sax, bugles, trompettes, flûte à bec et, clarinette) et en retrait, un drummer équipé d’un kit, réduit à sa plus simple expression. Et cet orchestre attaque alors une adaptation du « Escape (The Piña Colada Song) » de Rupert Holmès, que l’auditoire, constitué d’une majorité de néerlandophones, fredonne...

Puis, le team se retire pour laisser la place à Equal Idiots, un duo réunissant le chanteur/guitariste Thibault Christiaensen et le drummer Pieter Bruurs.

La ‘Blitzkrieg’ est déclarée. Titre d’ouverture, « Seduction Of Judas » dégouline de riffs en fusion. La voix de Thibaut semble hantée par Ty Segall. La frappe de Pieter est à la fois primaire, instinctive, sauvage, tribale et métronomique. Mais dès « Hippie Man, un spectateur monte sur l’estrade. Il se retourne, regarde Thibault qui hoche la tête. C’est le signal. Ce spectateur se jette alors dans la foule. Et on est parti pour une séance interminable de crowdsurfing. Thibaut va à son tour s’y lancer. Il exécute même un aller-retour entre le podium et le fond de la salle. Il est facile à repérer, à cause de sa tignasse rousse. Le public est très jeune. Quelques parents ont cependant accompagné leur progéniture. Il y a une ambiance de feu dans le cratère de l’AB. La montée en température est éruptive et phréatomagmatique, surtout lors des hits « Salmon Pink » et « Toothpaste Jacky », que l’auditoire reprend en chœur. Soudain une voix puissante émane du fond de la salle. Dvtch Norris saute au-dessus des barrières dévolues à la protection des consoles. Il traverse la foule et monte sur les planches pour se joindre au duo afin d’aborder « Money Man Midas ». Le flow est rapide. Cordes et fûts alimentent un rap punkysant digne d’une compo de Run DMC. La prestation terminée, le rapeur de Coely Dvtch s’éclipse, sous les acclamations d’un public… bouillant. Pendant « Fuck the politicians ! » et « Fuck the N-VA! », le public semble ravi. Thibault nous demande s’il peut chanter en français. Pourquoi ? Pour nous réserver le « Ca Plane Pour Moi » de Plastic Bertand. Et le délire atteint son apothéose dès les premières mesures de « Butter (Up Down) ». Robbing Banks débarque et empoigne la gratte de Thibaut. Ce dernier s’installe derrière un tom bass. Dieter Beerten, le drummer de High Hi, rejoint l’équipe, et se consacre à l’autre tom bass. Les percussions alimentent un climat véritablement volcanique. Fin du set ? Pas vraiment ! Le public applaudit à tout rompre. Et le duo revient en rappel pour accorder deux compos. Tout d’abord le titre maître de l’album « Eagle Castle BBQ », puis un « Put My Head In The Ground » littéralement sismique…

En une heure, Equal Idiots nous a proposé un show terriblement efficace tout en laissant vagabonder notre imagination à travers des références qui ont oscillé des Ramones (Ces ‘Ho, ha’ caractéristiques) à Nirvana, en passant par Pearl Jam, et pour les combos les plus contemporains, Metz, Idles, voire Black Box Revelation…   

Setlist : « Escape », « Seduction Of Judas », « Styx », « Cover The Corpse », « Hippie Man »,  « What You Gonna Say », « I Know », « Toothpaste Jacky », « Salmon Pink », « Money Man Midas », « Ca Plane Pour Moi », « Butter (Up Down) ».

Rappel : « Eagle Castle BBQ », « Put My Head In The Ground ».    

(Organisation : Ancienne Belgique)

 

vendredi, 18 mai 2018 03:00

Un avant-goût de Rock Werchter…

Isaac Gracie avait fait forte impression en supporting act d’Angus et Julia Stone, tant à Forest National qu’au Zénith de Lille. Agé de 22 ans, il possède une voix qui campe un hybride entre feu Jeff Buckley et Damian Rice, et vient de publier un premier opus. Un éponyme. Un disque qui fait suite à une pluie d’Eps, gravés depuis deux bonnes années. Ce soir, l’AB Club est soldout pour accueillir le Londonien. Et au sein de l’auditoire figurent pas mal de néerlandophones…   

Emy assure la première partie. Elle avait décroché la troisième place lors de l’édition 2017 du Humo Rock Rally. Seule, armée d’une gratte semi-acoustique, elle chante d’une voix soul qui évoque, tour à tour Tracy Chapman, Amy Winehouse ou encore Lianne La Havas. Elle n’a que 18 printemps et a encore une belle marge de progression. Mais en solitaire, son set manque de relief. En cause ? Des compos construites, pour la plupart, sur un même rythme…

Setlist : « The love », « Talk », « Divine », « Hurricane », « Confinished », « Hold My Breath », « Down The Lonely », « Star », « I Dunno », « See What’S Real », « Youth ».

Isaac Gracie, belle gueule d’ange à la longue tignasse blonde est vêtu d’une chemise à fleurs et porte un impressionnant crucifix autour du cou. A ses pieds, on observe la présence d’un verre rempli d’un liquide de couleur jaune, probablement pour le rebooster. Il est accompagné d’un bassiste et d’un drummer. Le set s’ouvre par « All In My Mind », une compo aux tonalités gospel, qu’il susurre en libérant une énorme dose de spleen. Rien d’étonnant dès lors que la foule l’écoute religieusement. Isaac signale que c’est la dernière date d’une tournée éprouvante. Il est fatigué mais affirme qu’il va accorder un concert exceptionnel. En général, dans ce cas de figure, l’artiste se lâche et donne tout ce qu’il a dans le ventre. « That Was Then » est un morceau empreint d’une grande douceur. Uniquement épaulé par son bassiste, il attaque « Love (Ain’t Always So Good) », une chanson d’amour empreinte d’une grande sensibilité. Si son toucher en picking est impressionnant, Isaac brille également sur la gratte électrique. A l’instar de « Reverie », un titre enrichi par les interventions du piano et de la batterie. Fragile, sa voix fait craquer le public féminin, tout au long de « Terrified ». Plus nerveux et surtout électrique, « The Death Of You And I » adopte un format folk/rock réminiscent de Mumford And Sons voire de The Lumineers. Une compo où il parvient à communiquer ses émotions, qu’elles soient d’amour ou de colère, à l’aide de sa voix. Et c’est « Last Words », single qui a précédé la sortie de l’opus, qui clôt le show. Avant de vider les lieux, Gracie remercie la foule. 

En rappel, il va nous réserver trois morceaux, en s’accompagnant à la gratte semi-acoustique, dont une version respectueuse de l’originale, du « No surprises » de Radiohead. Isaac se produira dans le cadre de l’édition 2018 du Rock Werchter.

Setlist : « All In My Mind », « That Was Then », « Terrified », « All The Burning Lovers », « Love (Ain't Always So Good) », « Telescope », One Night », « Silouettes Of You », « Hallow Crown », « Death Of You And I », Running On Empty », « Reverie », « Last Words ».

(Organisation : Ancienne Belgique)
lundi, 21 mai 2018 17:48

La Relève

Etienne Villeminot, aka Tony Melvil, est né en 1982 à Dijon. Artiste accompli, il est violoniste, guitariste, comédien, choriste et compositeur de musique, même pour les enfants.

Après trois Eps, il vient de publier son premier elpee, un disque qui oscille entre punk, rock et chanson française. Plus de la moitié des plages figuraient déjà sur ses premiers essais.

Tony a déclaré la guerre au monde stupide qui l’entoure, mais également à nos folies et nos paradoxes. A travers une poésie fragile, empreinte d’une grande sensibilité, il cherche à communiquer des messages sans se prendre au sérieux. « Wagon A Bestiaux » relate le parcours de voyageurs du chemin de fer, qui sont entassés comme de vulgaires cochons, dans des wagons à bestiaux. Baignant au sein d’un climat mélancolique, « Les miroirs à l'envers » et « Le tango des armes a feu » nous rappellent qu’il est violoniste depuis l’âge de 4 ans. Et qu’il y excelle ! « Mourez Les Vieux » est une compo assénée comme un véritable coup de poing, au troisième âge. « Palmyre » revient sur la guerre au Moyen-Orient. « 3 M2 » nous envoie en taule. « Au Courage » met le doigt sur la bêtise humaine, en revenant sur les attentats de ‘Charly Hebdo’. Il ne veut être ni analyste, ni polémiste, mais simplement observateur d’un événement, qu’il estime particulièrement complexe et douloureux. En milieu de parcours, un long passage instrumental permet de reprendre son souffle au sein d’un climat devenu irrespirable. Tony passe aisément de l’ombre et la lumière, du sourire au chaos. Bien qu’à prendre au second degré, les paroles qui figurent dans « L'esprit Aventurier » reflètent parfaitement sa philosophie…

 

lundi, 14 mai 2018 03:00

Chamane de l’électro…

Prévu en octobre dernier, le concert de Sohn a été reporté ce lundi 14 mai. La pression était trop forte. L’artiste a préféré prendre du recul, postposer sa tournée et présenter un set pertinent. De son vrai nom Christopher Taylor, ce producteur et musicien insulaire est originaire de Londres, mais s’est exilé à Vienne depuis 2012, année où il a signé sur le label 4AD. Outre son talent de remixeur pour Disclosure et The Weeknd ainsi que compositeur pour Rihanna, ce maître de l’électro/soul a publié deux albums à ce jour, « Tremors » en 2013 et un « Rennen » en 2017.

Nouvelle sensation pop/r’n’b danoise, Goss assure le supporting act. Il débarque dans l’obscurité totale. Puis, on remarque la présence d’une dizaine de projecteurs qui partent depuis le bas de son pied de micro vers le haut, disposés en cercle. Elles se focaliseront exclusivement sur le Scandinave. Il chante en s’appuyant constamment sur des samples dispensés par un ordinateur. Mais il a beau avoir une belle voix, les morceaux se suivent et se ressemblent sur un ton, bien trop monocorde…

Trois estrades sont disposées sur le podium. L’une est destinée à un bidouilleur coiffé d’une casquette de rapeur, la deuxième à un préposé aux percus électronique, et la troisième à Sohn, un bonnet rivé sur le crâne, qui se consacre aux claviers ou à la guitare, et bien sûr au chant. La formation est disposée en triangle, afin de renforcer la cohésion du band.

Le set débute par le tout nouveau single, « Hue ». La voix est tour à tour puissante, écorchée ou délicate, mais en général, elle est surtout incantatoire et cristalline ; et quand elle devient atmosphérique, propices aux harmonies visionnaires, on ne peut s’empêcher de penser à l’Islandais Ásgeir. Tout au long de « Fool » (« Tremors »), le cerveau est torturé par des boucles électroniques oppressantes dispensées par les claviers, alors que le martèlement des percus nous plonge dans une forme d’angoisse. Et manifestement, les arrangements électroniques sont bien maîtrisés. Dignes de James Blake voire Brian Eno. La voix sublime l’instrumentation sur l’électro/pop, « Oscillate », une compo mélancolique. Sohn adresse un timide remerciement à l’auditoire. Minimaliste et vaporeux, « Signal » constitue le point d’orgue (?!?!?!) du set. Pourtant, l’électro y domine les vocaux. Les battements des percus électroniques sont rapides. Généralement, troisième élément de l’expression sonore, le synthé s’impose par ses samples répétitifs, mécaniques même, se succédant comme un vieux vinyle rayé. Eblouissant (NDR : dans tous les sens du terme), parfois démesuré (NDR : Orbital et White Stripes en avaient également abusé au sein de cette même salle), le light show est parfaitement modulé en fonction de la musique et atténue heureusement son intensité, lorsque le Londonien est au micro. Ainsi, sur le slow langoureux, « Nil », flip side du dernier single, il met en exergue sa voix soul et pleine de groove.

En 70 minutes, ce chamane de l’électronique est parvenu à envoûter son auditoire. Cela valait la peine d’attendre plus de 6 mois pour un vivre un concert aussi exceptionnel.

(Organisation : Live Nation + Ancienne Belgique)

 

 

Abandonnée à son triste sort, suite au déclin de l'industrie sidérurgique, l'usine de ‘La Providence’ renaît depuis quelques années. En effet, les anciennes forges ont été réaménagées en un centre urbain dédié aux cultures populaires, sociales et alternatives. Ce soir Angèle Van Laeken s’y produit. Dans la grande salle. C’est la dernière date de sa tournée et la seule qui ne soit pas soldout.

Lorsque Juicy grimpe sur l’estrade, il y a déjà un bon millier de spectateurs dans le Rockerill. Réunissant Julie Rens et Sasha Vonck, ce duo belge pratique un r’n’b insolite et complètement déjanté. Il s’était produit en supporting act de La Chiva Gantiva, à la Rotonde du Botanique, en novembre 2017. Depuis, il a publié un premier Ep, intitulé, « Cast A Spell », en mars dernier, un disque dont deux plages ont été traduites en clips, « Count Our Fingers Twice » et « Die baby Die ». Issues du conservatoire de Bruxelles, les deux artistes cherchent à remettre au goût du jour le r’n’b et le hip-hop des années 2000, dans un style minimaliste et électrique.

Sasha se réserve la guitare et Julie, la boîte à rythmes. Les deux filles se consacrent également aux synthés samplers et au chant. Plutôt jolies, elles montent sur le podium presque tout de rouge vêtues, y compris la fourrure à longs poils et les chapeaux ornés de rubans ! Elles s’installent derrière leurs instruments et attaquent « Bollywood », un titre de hip hop insolent, traversé par un air de flûte arabisant…

Il fait de plus en plus chaud. Les donzelles se débarrassent de leurs vestes et de leurs couvre-chefs. Tout au long de « Mouldy Beauty », elles se tortillent sensuellement, comme des geishas. Même les mains ondulent sur les instrus. Mélodieuses, les voix semblent habitées. Conjuguées, elles libèrent des mélodies qui font mouche. On a parfois l’impression que le tandem est fusionnel, tellement il est homogène. Après l'imparable « Count Our Fingers Twice », elles changent de place pour proposer un instrumental à quatre mains. « Something Is Gone » est un r’n’b mélancolique, tragique même. Insolite et ponctué de noms de volatiles, « Didn't Knock » baigne dans une forme de nu soul, mais surtout vise un certain Théo Franken. Alors que Sasha empoigne sa gratte, Julie caresse délicatement les lamelles des chimes (NDR : utilisé comme accessoire de batterie, notamment dans l’univers du r’n’b, cet instrument percussif est composé de tubes en laiton de longueurs différentes tenus par une barre ; et c’est la matière métallique qui produit un son chromatique et cristallin). Les deux filles rappent pour aborder le sujet du GHB. Et « For Hands On As », celui des agressions sexuelles. A l’avant de l’estrade, elles continuent d’ondoyer lascivement, tout au long de la nouvelle compo qui clôt le set, « Da Beat »…

Place ensuite à la tête d’affiche. Les musiciens –un drummer, un bassiste et un claviériste– débarquent théâtralement sur les planches et s’installent derrière leurs instruments respectifs. Angèle arrive à son tour. Elle a enfilé un pantalon rouge et un body blanc, sur lesquels elle a revêtu, de nouveau, un manteau de geisha. « Les Matins » ouvre le show. Angèle campe derrière ses claviers. Entre ombre et lumière, elle ondule sur place. Dès la fin de la chanson, elle vient s’asseoir sur un siège, juste devant votre serviteur. Le band embraie par son futur single, « La Thune », un titre qui traite des dégâts causés par les réseaux sociaux et les smart phones. Elle demande de ne pas filmer afin de simplement vivre le moment présent. Angèle se déhanche et arpente les planches de long en large, comme si elle était sous le soleil de Kingston. Indolent, « Oh Non » adopte un profil beaucoup plus électro. Même le drummer utilise ses drum pads. Le discours de la Bruxelloise affiche une grande maturité, alors que constant, son flow est empreint de sensualité. Elle excelle (NDLR : ça rime !) en mode piano/voix. A l’instar du lent « Jalousie », même si apparemment, il n’y a pas de jaloux dans la salle. A cet instant, sa voix semble hantée par Béatrice Martin, aka Cœur de Pirate. Pendant « Balance Ton Koi », elle susurre qu’elle n’aime pas casser les codes et qu’une fille qui rappe n’est pas stylée. Elle présente ses musicos (NDR : Sam à la batterie, Brieux à la basse et Géronimo aux claviers), avant que ceux-ci s’autorisent, chacun leur tour, un petit solo. Brûlot co-écrit par Veence Hanao et Matthew Irons, le chanteur de Puggy, « La Loi De Murphy » met littéralement le feu. L’interactivité entre Angèle et le public est totale. Le public connaît les paroles du refrain et les reprend en chœur. Pas de « J’ai Vu » au programme, ni de Roméo Elvis sur les planches. Elle parle de son succès dû à Instagram, mais malmène, une nouvelle fois, les réseaux sociaux à travers « Big Shit », une compo qui oscille entre lounge et jazz. Pendant « Je Veux Tes yeux », l’auditoire est invité à exécuter des exercices de fitness. C’est un rituel ! Tout le monde se prête au jeu puis se lève au signal d’Angèle. Elle ajoute ironiquement que la gym c’est bon pour le cul. Le set s’achève par « Troubles ».

En rappel, on aura droit à trois chansons, dont l’excellente reprise du « Bruxelles » de Dick Annegarn, limité aux ivoires et à la voix. Et deux titres électro. D’abord « Nombreux », au cours duquel les musiciens vont modifier la position de leur tête en fonction des sonorités dispensées. Puis, en final, « La flemme », sous les lumières qui flashent. Bref, on n’a pas vécu le même concert qu’au Botanique. Moins de pression et une setlist mieux équilibrée. 

(Organisation : Rockerill)

Typh Barrow se produit, ce samedi 28 avril, au Salon de Silly, et le concert est sold out depuis un bon bout de temps. Comme la plupart de ses shows, par ailleurs. On la compare parfois à Selah Sue. Sans doute à cause de sa voix savoureusement éraillée. Mais également à Janis Joplin voire Amy Winehouse, sans le côté tragique. Son deuxième opus, « Raw », est paru en janvier 2017

Lillie Raphaele assure le supporting act. Un petit bout de femme originaire de la région de Mons. Si son père lui fait découvrir la batterie, à l’âge de 3 ans, adolescente, elle milite au sein d’un groupe. Une aventure qui va durer huit longues années. Mais après avoir rencontré des problèmes de santé et vécu une longue convalescence, elle se met à l’écriture, passe à la guitare et suit des cours de chant. La musique devient alors pour elle, une véritable thérapie. Elle a publié un Ep 5 titres, « Au naturel », dont elle va nous proposer de larges extraits. En extrapolant, elle pourrait être la fille naturelle issue d’une liaison hypothétique entre Cédric Gervy et GiédDré. A cause de sa justesse du verbe, de son humour, de son attitude plutôt déjantée. Bref, elle sort vraiment des sentiers battus.

Sur les planches, elle est flanquée du sympathique François Delmotte, à la basse. Il n’a débarqué que depuis quelques mois, mais il se débrouille plutôt bien dans son rôle. Marrant, mais la setlist est gribouillée sur un sous-verre en carton. « A Toi » ouvre le set. Une compo dédiée au commun des mortels qui traite de l’amour torturé, lorsque la relation n’est pas toujours facile. Puis, on pénètre dans l’univers de la femme orchestre. Après avoir ôté ses chaussures, elle frappe du pied sur sa grosse caisse placée devant elle. De quoi la mettre en confiance. Un zeste de gratte invite « La fée verte », un morceau dont le discours environnemental est particulièrement engagé. « Ode pour Gaïa » nous transporte vers les plages ensoleillées de Kingston. Lillie parle de sa maladie et de la musique qui lui a permis de remonter la pente. Après « Goumiche » (NDR : une femme pas vraiment idéale, mais qui ne craint pas d’afficher sa sensualité…), la prestation s’achève par l’intimiste « C’est Toi Et Moi », une nouvelle composition…

Setlist : « A Toi », « La fée verte », « Citoyen », « Ode pour Gaïa », « Je Suis Une Goumiche », « Ce soir, c’est toi et moi ».

Souriante, élégamment vêtue d’une tenue de couleur fuchsia, Typh Barrow grimpe sur l’estrade. Elle est flanquée d’un guitariste et d’une solide section rythmique basse/batterie. Elle se consacre aux claviers, et bien sûr, au chant. Le matos installé sur le podium est imposant. « Floating » et « Time » sont interprétés en mode piano/voix. Sableuse, sa voix est taillée pour le blues et la soul. C’est dans ce style qu’elle se révèle d’ailleurs la plus convaincante. Coloré par un orgue vintage, « Please Mam » lorgne manifestement vers le « Please Mama Please » des Go Go Cat ; et il aurait pu être enregistré aux Studios Sun de Memphis. Une chanson belle mais dépouillée, magnifiée par les chœurs des autres musicos. Digne d’une chorale ! Découpé par les accords de gratte rythmiques, « Yellow Eyes » brille sous le soleil de Kingston, sur la plage de sable fin et à l’ombre des palmiers. Un moment propice à l’interaction avec le public. Et « To Those Who Waits » est de la même veine. Typh lui demande d’ailleurs si tout va bien et remercie l’accueil que lui réserve le Salon. Tout au long de « The Whispers », sa voix est aussi tourmentée que celle de Beth Hart. Un peu coincé, l’auditoire reprend quand même le refrain, mais sur l’insistance de la Bruxelloise. Le gratteur en profite pour dispenser un petit solo… presque métallique. Typh dédie « Hold You Sister » à sa petite sœur qui vit dans un pays lointain, une chanson chargée d’émotion et empreinte de délicatesse. Et dans un même registre, « Hurt » et « The Absence » épanchent une intense mélancolie.

Elle nous réserve un medley incluant le « Back To Black » d’Amy Winehouse, le « Gangsta’s Paradise » de Coolio (NDR : le Californien l’avait félicitée pour sa cover, via un tweet) et surtout « No Diggity », un classique adapté par Blackstreet Boys et Dr Dre. La version se base sur un sample du « Grandma's Hands » de Bill Withers.

Elle concurrence Selah Sue dans le domaine du raggamuffin, tout au long de « Taboo », avant de clore le set par « Daddy’s Not Comming Back », au bout de 90 minutes…

Typh Barrow se produira à l’Ancienne Belgique, le 5 octobre prochain…

Setlist : « Floating », « Please Mam », « Yellow Eyes », « The Whispers », « Time », « To Those Who Waits », « Your Turn », They’Re Calling Your Name », « Hold You Sister », « Hurt », The Absence », « Medley (BTB, Gang, No Diggity) », « Craving », « Replace », « Taboo », « If I Ruled The World », « To Say Goodbye », « Daddy’s Not Coming Back ».

(Organisation : Silly Concerts ASBL)

Trixie vient de terminer l’enregistrement de son troisième opus, à Brooklyn, sous la houlette du producteur hip hop new-yorkais Torbit Schwarz, aka Little Shalimar, qui a notamment bossé, en compagnie de Run the Jewels. Il est également responsable de la bande-son de 'Rubble Kings', un documentaire consacré à la guerre des gangs dans le Bronx.

Pas de supporting act. Les hostilités débutent à 20h30. Sur les planches, on remarque la présence d’un piano à queue, d’un synthé analogique et de deux guitares électriques, qui reposent sur des trépieds. Sans oublier une machine de marque ‘Roland’, que la Gantoise a baptisée sa ‘Rolande’… La Rotonde est soldout et il y fait très chaud.

Rayonnante, Trixie Whitley grimpe sur l’estrade, vêtue d’une sorte de salopette en cuir noir. Elle signale en néerlandais qu’elle a l’intention d’explorer de nouveaux sentiers et demande au public s’il est prêt à l’accompagner dans son nouveau voyage expérimental très introspectif. Et surtout intimiste…

Elle entame son set par « Peace », un extrait de son premier elpee, « Fourth Corner », paru en 2013, un titre plutôt cérébral et déroutant. Et surtout électro, bien loin des styles, lounge, rock ou blues, qu’elle nous dispense habituellement, lors de ses concerts. Torturée, sa voix s’emballe. Elle pousse ses cordes vocales à la limite et joint le geste à la parole en gesticulant nerveusement sur place. Alors qu’elle continue à tapoter sur son clavier, sa ‘Rolande’ diffuse des sonorités de percus préenregistrées. Et le morceau suivant, « Oh, The Joyce », extrait du même opus, est de la même veine. Trixie avoue que les nouvelles chansons sont déjà mises en forme, mais que celles proposées ce soir sont dispensées dans des versions différentes. Et le dernier single, « Heartbeat », en est une belle illustration. En fait, au cours de son processus d'écriture, elle ne s’est plus laissée guider par des progressions d’accords, mais s’est servi du rythme comme point de départ. En quelque sorte, Trixie utilise son auditoire, comme un laboratoire. Drôle d’impression de servir d’éprouvette ! Autre nouveau morceau, « Touch » est interprété en mode piano/voix. Et le résultat est tout à fait convainquant. Sa guitare semble hantée par Jimi Hendrix, tout au long de la ballade « Fishing For Stars ». « Dare To Imagine » est une chanson très intéressante. Elle s’est inspirée d’un livre intitulé « To Dare Imagining », que lui a refilé un ami guitariste. Ce bouquin s’intéresse à une démocratie socialiste fondée sur l'égalité des sexes, instaurée à Rojava, une province autonome du nord de la Syrie. Elle conclut sa prestation par la ballade qui l’a fait connaître au grand public, « Breathe You In My Dreams » (« Fourth Corner », 2013), en s’accompagnant aux claviers. Et c’est bien l’avant-dernière respiration, puisque après avoir salué le public et s’être retirée sous les applaudissements, quelques minutes, elle reviendra bien en rappel, mais pour n’accorder qu’une seule compo, « Soft Spoken Words », jouée au piano…

Trixie Whitley

(Organisation : Botanique)

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