MoonStone est issu de la région du Centre (La Louvière). Il reconnaît pour inspiration majeure, des groupes comme Nothing But Thieves, Muse et Royal Blood. Ses lyrics sont interprétés en anglais. Fondé en 2019, la formation s’est enrichie d’un nouveau membre.…

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Le binôme parisien DEMAGO s’est fait connaitre en 2008, grâce à la sortie de son elpee « Hôpital », dont plusieurs titres (« Hey doc », « Respirez » …) sont diffusés sur les ondes. Un deuxième opus, « BatTement », voit le jour en 2019, et marque le retour…

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Exodus

Exodus, c’est avant tout Gary Holt !

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Metallica, Testament et Exodus sont considérés comme des pionniers du Trash Metal. Il serait né aux States, et tout particulièrement en Californie, dès le début des eighties. Aujourd’hui impliqué chez Metallica, Kirk Hammett est un des membres fondateurs d’Exodus. Il avait d’ailleurs rejoint ‘The Four Horsemen’, dès 1983. Mais ce soir, dans la ville portuaire d’Anvers, c’est un autre homme fort du band que Musiczine rencontre : Steve Souza, mieux connu dans le milieu sous le pseudo de Zetro (NDR : il en dévoilera la raison en fin d’entretien…) Vocaliste de 86 à 93, de 2002 à 2004 ; et, enfin, de retour depuis 2014, Zetro n’a jamais mâché ses mots. Une réputation qu’il n’a pas usurpée…           

L’infrastructure du Trix est encore vide à cette heure-ci. Les hostilités ne commencent que dans une bonne heure. Les têtes d’affiche sont partagées entre Exodus et les icônes du Death Metal old school, Obituary. Les sonorités guident mes pas. J’ouvre les portes de la salle de concert et assiste quelques minutes au soundcheck de King Parrot, un des deux ‘opening acts’ (NDR : l’autre, c’est Prong) de la soirée. Pas de doute, elle risque d’être mouvementée. Julia, la tour manager d’Exodus, m’invite à la suivre. Je passe à l’arrière de la scène, la précède dans un labyrinthe de couloirs, avant d’arriver à destination ; c’est-à-dire face à une petite loge où m’attend Zetro, assis dans un canapé en similicuir blanc. Les cheveux en bataille, vêtu d’un jeans noir et d’un maillot à l’effigie des Calgary Flames (NDR : c’est le nom d’une équipe de hockey canadienne), le vocaliste pianote sur son smartphone. Je m’installe à côté de lui et déclenche l’enregistreur.

En octobre 14, soit quatre mois après le retour annoncé de Zetro derrière le micro, ‘Blood in, Blood out’, le dixième opus studio du band, est paru. Un an plus tard, y a-t-il du neuf à l’horizon ? « Je n’en ai pas encore causé avec Gary (NDR : Holt, le guitariste et leader du combo) de vive voix ; on en a juste touché un mot par correspondance. Un nouvel album est en effet en préparation, mais la date de sortie n’a pas encore été déterminée. Si tout se déroule normalement, ce sera peut-être pour l’année prochaine. Tu sais, on est déjà en novembre. On rentre à la maison à la fin du mois. On passe les fêtes en famille et on entamerait donc l’écriture en janvier. On réaliserait les sessions en février. On assemblerait le tout d’ici avril/mai et terminerions l’enregistrement final pendant l’été ; bien que le temps file toujours plus vite à ce moment-là. Donc oui, peut-être qu’en octobre ou en novembre de l’année prochaine, on devrait avoir quelque chose à se mettre sous la dent (NDR : dans l’oreille ?), si on ne se réserve pas trop de temps libre », argumente le chanteur, avant de poursuivre : « J’ai bien quelques idées de lyrics derrière la tête, mais, comme je l’ai expliqué, il faut que j’en discute avec Gary… Je suis sûr qu’un nombre incroyable de sujets violents lui a déjà traversé l’esprit ; des sujets bien spécifiques au Thrash ».

Bon, on le comprend très vite : Gary Holt joue un rôle prépondérant dans le groupe. À peu de choses près membre fondateur (Gary était au départ roadie de Kirk Hammett et n’intègrera le line up du combo, qu’un an après sa formation), le guitariste est clairement au gouvernail. Et pourtant, ce musicien est rarement présent lors des prestations du band. En effet, depuis 2011, Gary milite comme second gratteur chez Slayer. Au départ, il était le suppléant intérimaire de Jeff Hanneman. Mais en 2013, suite au décès de ce dernier, il le remplace définitivement. Or Slayer est un groupe qui tourne inlassablement depuis plusieurs décennies, monopolisant une grande partie du temps du guitariste. Une situation difficile à gérer ? « Exodus, c’est avant tout Gary Holt ! », réagit Zetro. « C’est un peu comme son enfant : c’est lui qui coordonne l’ensemble, autant la musique que les paroles. Il est toujours le seul à être référencé sur chaque morceau. Mais ce n’est pas un problème pour nous. Il a toujours fait un très bon boulot et on est tous conscients d’avoir la chance de composer et jouer avec lui ». Il prend une pause, avant d’admettre : « Mais évidemment, on ne pourrait plus continuer à tourner si on devait attendre sa présence. Il est donc fréquemment remplacé par d’autres musiciens. Au final, cette situation se reproduit chez d’autres formations de Thrash. Ainsi au sein d’Anthrax, quand Charlie Benante était empêché, c’est Jon Dette qui le remplaçait. Pareil pour Scott Ian, devenu parfois le substitut d’Andreas Kisser. Ce qui n’a jamais empêché le groupe de continuer son parcours… C’est sûr que depuis qu’il a rejoint Slayer, sa présence en ‘live’ a été plus que limitée. Mais il n’empêche qu’Exodus, c’est avant tout Gary, et personne d’autre dans le groupe ne pourrait ou ne voudrait même prendre sa place. Ce serait un sacrilège : la mentalité, l’attitude, la façon d’écrire les morceaux… tout ça, c’est lui… »

Mais qu’importe l’importance du capitaine, il ne fera jamais avancer le navire à lui tout seul. Comme vocaliste, Zetro reste co-auteur des paroles des morceaux et pour lui, le Thrash est une musique sociétale « Il suffit d’ouvrir le journal et de lire tout ce qui touche à l’actualité, pour y puiser des thèmes d’inspiration. Du social au religieux, du militaire au politique, toutes ces nouvelles formes de guerres qui éclatent un peu partout… Il se produit tellement d’événements négatifs à travers le monde. Ce ne sont pas les sujets qui manquent ! Pas étonnant que le Metal soit souvent la musique préférée de fans de films d’horreur ! », déduit-il en rigolant…

Il est vrai que le Thrash Metal, cette incroyable rencontre entre la New Wave of British Heavy Metal et le Hardcore de l’époque, n’a jamais eu la vocation de devenir source de bande-son pour les films de Walt Disney. Zetro appartient à cette catégorie d’artistes qui ont lancé ce style musical. Il se souvient : « C’est vrai que tout a commencé il y a déjà presque quarante ans… Nous sortions en 85 notre premier album, ‘Bonded by Blood’ ; et il est exact que ce style de musique était né quatre ou cinq ans auparavant », concède-t-il avant d’embrayer, pensif : « Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis lors… suffit de penser à l’arrivée du cd, puis de l’avènement d’Internet… C’est fini la période où on s’échangeait des cassettes ! Mais malgré le temps, c’est incroyable de voir le nombre de fans qui nous suivent toujours aujourd’hui… C’est un peu ça la magie du Metal. Jamais tu n’entendras de la bouche d’un véritable amateur du genre : ‘Ouais, non, finalement le Metal ça ne me dit plus rien…’ C’est impossible ! »

Même si la figure charismatique de Zetro est intimement liée à Exodus, son parcours au sein du combo n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. En effet, dès 93, le band décide de splitter et ne reprendra ses activités que quatre ans plus tard, en compagnie de Paul Baloff, le vocaliste originel. Ce dernier décède en 2002 d’un AVC et Zetro est rappelé à la barre. Mais deux ans plus tard, il tire sa révérence, suite à des divergences de vues. S’en suivront dix années au cours desquelles il accomplit un demi pas de côté par rapport à la scène musicale. « J’ai notamment écrit quelques chansons pour Testament et fondé, en compagnie de Chuck (NDR : Billy, le chanteur de Testament), un groupe baptisé Dublin Death Patrol. J’ai aussi apporté ma collaboration à Tenet. Et puis lancé un autre projet auquel participe mes fils, Hatriot. On peut donc attester que j’ai tenté quelques expériences pendant cette période ; mais plus au sein d’un ‘mothership’ comme Exodus. En 2004, mes enfants étaient encore des ados. Ils sont devenus des adultes. C’est donc plus facile aujourd’hui. Je dois moins me soucier de la situation familiale, que chacun de mes enfants ait de bonnes notes à l’école. En outre, je ne suis plus marié à leur mère et j’ai à présent une magnifique petite amie. Il y a maintenant huit ans que nous sommes ensemble. Elle aime m’accompagner en tournée et je ne dois plus me préoccuper de toutes ces merdes quotidiennes à la maison. Dix années peuvent vous changer énormément dans une vie », confie l’artiste.

Mais revenons un peu à Dublin Death Patrol et Hatriot. Quel est donc le sort de ces projets parallèles depuis qu’il a rejoint à nouveau le paquebot Exodus ? « Tu sais, avec Chuck Billy, on a décidé de lancer sur les rails Dublin Death Patrol parce que les autres musiciens de ce band n’avaient jamais eu l’opportunité de jouer en division supérieure. Ils étaient vraiment derrière nous, car, c’est vrai, tous les side projects dans lesquels nous nous lançons ont cette chance d’attirer l’attention du public. Et donc on l’a fait ! On s’est embarqué dans l’aventure et on a enregistré un album. Ensuite, ils ont voulu partir en tournée, et ça aussi, on l’a fait ! Comme ils ont vu que ça marchait, qu’ils commençaient à devenir des rock stars, ils ont souhaité réaliser un second LP… Et puis là –wow !–  j’ai dû calmer les ardeurs. A ce moment-là, je venais juste de lancer Hatriot. Je ne voulais pas m’investir dans un autre projet de la taille d’Exodus. Et puis l’histoire a voulu que je rejoigne à nouveau ce band… » Un brin nostalgique, le musicien se justifie : « J’aurais bien voulu rester chez Hatriot, comme le fait Gary pour Slayer, mais c’était trop lourd pour moi. Et il me prenait trop de temps. C’est pourquoi mon fils aîné a repris le chant à ma place. Et je dois dire qu’il se débouille très bien ! », se défend-t-il en affichant un sourire, non sans une certaine fierté...

D’un point de vue musical, l’histoire de Zetro et celle du chanteur de Testament sont intimement liées. En effet, alors que Testament n’en était qu’à ses premiers balbutiements et répondait alors au patronyme de The Legacy, son vocaliste n’était autre –à ce moment-là– que… Zetro en personne. Annonçant qu’il allait quitter la formation peu de temps après avoir enregistré une première démo, afin de rejoindre Exodus, Zetro propose pour remplaçant, Chuck Billy. Ce même Chuck en compagnie duquel il lancera Dublin Death Patrol et qui, pendant un certain temps, deviendra le manager d’Exodus. Et c’est toujours ce même Chuck qui, selon certaines rumeurs, aurait poussé vers la sortie Rob Dukes (chanteur d’Exodus de 2004 à 2014), afin de ramener Zetro au micro. Un retour d’ascenseur ? « Je ne suis pas trop au courant du déroulement des événements à cette époque », soutient-il. « Je sais juste que les autres membres voulaient savoir si ça pouvait à nouveau marcher entre nous ; mais je n’ai jamais vraiment su trop pourquoi. Enfin, je n’ai jamais cherché à le savoir, on n’a jamais abordé ce sujet. C’est entre le groupe et Rob. Mais peu importe ce que Rob a pu faire, les quatre autres musiciens n’étaient plus spécialement satisfaits de lui. Apparemment il s’est passé beaucoup de choses en cours de route… Mais c’est vrai qu’on entend beaucoup d’histoires et qu’on ne sait jamais trop dissocier le vrai du faux… Je peux juste dire qu’un jour, Chuck est venu me voir et m’a dit : écoute, Gary est occupé de chercher quelqu’un pour faire le boulot et tu dois le faire! »

Après avoir vécu une première dissolution du groupe et rendu son tablier quelque temps plus tard, peut-on croire à un retour de Zetro sur le long terme ? « Tu sais ce qu’on dit : jamais deux sans trois ! », réplique-t-il, un long rire à l’appui. « Non, mais sérieusement, je pense que cette fois-ci, autant physiquement et mentalement, tout va beaucoup mieux. Ma voix est bien meilleure. Plus aucun élément extérieur ne peut entraver mes capacités. Regarde derrière toi… », me dit-il, en montrant du doigt les packs entassés dans mon dos. « Ouais mec, c’est de l’eau ! Fini ce temps où je buvais une ou deux bouteilles de vin par jour… Mentalement, c’est juste totalement différent ».

L’interview touche à sa fin, mais je ne pouvais pas m’en aller sans savoir pourquoi tout le monde l’appelle Zetro « C’est tout con. L’explication vient de l’époque où j’étais encore un gamin. J’avais 16-17 ans. Je m’étais pris un trip au LSD et je voulais que tout le monde me surnomme ‘Z’. Les gens m’interpellaient en disant : ‘Hey Zed ! Hey Zed !’ Et au fil du temps, le sobriquet s’est transformé en Zetro… il y a donc 33 ans qu’on m’appelle sous ce pseudo, maintenant ! »

Avant de laisser l’artiste se préparer pour le show de ce soir, je lui demande, avec un brin d’ironie, s’il n’est pas trop triste de ne pas être aux États-Unis pour l’instant afin d’élire le futur président des States. Celui qui succèdera à Barack Obama à la Maison-Blanche (NDR : nous sommes en effet à quelques jours des élections américaines du 8 novembre). Contre toute attente, la réplique de Zetro est cinglante : « Mais pas du tout, vu que j’ai déjà voté par anticipation ! Et j’ai choisi la personne la moins pire des deux… et j’en resterai là ! À toi de voir comment tu le prends… », conclut-il, en se marrant.

Et seuls les murs des coulisses du Trix sauront pour qui Zetro a finalement donné sa voix...

(Interview réalisée le mardi 1er novembre, au Trix à Anvers)

Napalm Death

Un mec engagé à la tête d’un noisy fucking band…

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‘Napalm Death’ : deux mots qui claquent de manière brutale. Cependant, au fil de ces trente-cinq dernières années, ils se sont vus attribuer, dans le monde du Metal, le symbole d’un groupe reconnu, respecté et admiré par un grand nombre pour ses explorations sonores, le plus souvent au sein des marges les plus violentes, sous les étendards punk-hardcoriens du Grindcore. Un style musical dont les Britanniques sont par ailleurs considérés comme les pères fondateurs. Rencontre avec un des leurs, le vocaliste Mark ‘Barney’ Greenway, pour aborder l’actualité du band, mais également la facette engagée de l’artiste.

Quelques badauds sont adossés sur la devanture de la salle mythique bruxelloise du Magasin 4, en attendant que le hangar ouvre ses portes. Le tour manager m’invite à y pénétrer et me demande de patienter près du comptoir d’entrée. Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvre et, dans l’embrasure, apparaît Mark Greenway, mieux connu dans le milieu sous le pseudo de ‘Barney’. Et surtout, comme chanteur emblématique de Napalm Death, groupe de Grindcore qui impacte les esprits depuis plus de trois décennies. Il me fait signe de le rejoindre. J’entre donc à mon tour dans la pièce où sont installés, au centre, deux vieux canapés recouverts de couvertures. Le reste de la pièce est occupé par des lits ; certainement un endroit où se reposent les groupes avant de monter sur les planches. La lumière est plus que tamisée, mais petit à petit, je m’acclimate à la pénombre. Barney s’assied en face de votre serviteur. Il a presque la cinquantaine, mais en paraît 10 de moins. Il est vêtu d’un vieux t-shirt de couleur bleue et d’un pantalon noir. Ses cheveux sont quelque peu en désordre. Le genre de gars qu’on pourrait croiser en rue sans se retourner, et surtout sans jamais penser qu’il a tant influencé la scène musicale marquée du Triton.

Napalm Death appartient à cette catégorie de formations qui ne chôment pas ; il a ainsi publié dix-neuf elpees studio en trente-cinq ans d’existence. Le dernier en date, ‘Apex Predator – Easy Meat’, unanimement acclamé par la critique, est paru il y a un peu moins de deux ans. Les Britanniques auraient-ils quelque chose de neuf sous le coude à proposer ? « Non, mais on en parle… », explique Barney. « Encore rien de vraiment tangible : pas encore de répétitions ni de dates de studio. On en est juste au stade du bla bla ». Mais le nœud du problème, c’est surtout l’absence, depuis fin 2014, de Mitch Harris, le guitariste ? Il a pris ses distances pour des raisons familiales (NDR : depuis lors, il a été remplacé par celui de Corrupt Moral Altar, John Cooke). « Cette absence nous complique quand même l’existence » admet-il. « On ne sait pas encore vraiment comment on va résoudre le problème. On sait que les gens nous attendent, mais voilà… », poursuit-il, pensif.

Une absence, certes handicapante, mais qui n’en est pas encore à menacer la survie du combo. La recette miracle ? « Nous aimons toujours ce que nous faisons. Tout simplement ! C’est important, surtout après tant d’années. Je connais d’autres formations qui sont également sur la route depuis aussi longtemps, mais ne sont plus impliquées comme elles devraient l’être. Je ne veux absolument pas vivre une telle situation. J’aime vraiment ce projet. J’aime ce que nous abordons et l’autonomie que nous avons, progressivement, acquise… » Le quatuor serait donc prêt à rempiler pour les vingt prochaines années ? Cette question, l’artiste préfère ne pas se la poser et appréhender le futur en des termes plus courts. « Tu sais, chaque fois qu’on réalise un nouvel album, et surtout maintenant, c’est un peu comme si on arrivait à une fin. Pendant le processus d’écriture et d’enregistrement, on ne peut s’empêcher de penser que ce sera peut-être le dernier et qu’il doit donc nécessairement être le meilleur possible. Ce genre de questionnement peut faire peur, mais pour nous c’est le genre de truc qui nous motive », soutient Barney.

Mais ce n’est pas parce que la longévité de Napalm Death pourrait en faire pâlir plus d’un qu’il ne fréquente plus que les arènes et les stades. Loin de là. Le vocaliste reste à ce sujet très modeste : « Il n’a jamais été question de bétonner un plan de carrière et de miser uniquement sur de grosses dates. Notre motivation est dictée par ceux qui se bougent pour venir nous voir. Et peu importe si elles sont plus petites… » Il s’arrête, réfléchit, avant de reprendre : « Et puis, tu sais, je ne me fais pas d’illusion : Napalm Death a toujours été un noisy fucking band. Il faut être réaliste, on n’est absolument pas taillé pour jouer dans des amphithéâtres ! Je ne voudrais, au final, pas militer au sein d’un groupe plus grand… et qui finirait, d’une façon ou d’une autre, par disparaître dans l’espace de ses propres attentes… »

L’histoire de la musique a de plus déjà démontré que les stades n’étaient pas toujours remplis par les groupes les plus talentueux. Par contre, ce dont Napalm Death peut se targuer, c’est d’avoir acquis une solide notoriété dans le milieu ; ce dernier lui attribuant notamment la paternité du Grindcore. « C’est évidemment sympa à entendre », dit-il en souriant, « Mais ce n’est pas un compliment sur lequel on se repose. Si on veut rester bon, on doit continuer d’évoluer. Par exemple, en enregistrant des albums qui rencontrent nos aspirations. Mais tout en ne perdant pas de vue ce qui représente l’essence même du band. La musique de Napalm Death est avant tout du rentre-dedans très rapide. On a toujours refusé de se reposer uniquement sur notre réputation, on doit être proactif ! », explique-t-il avec entrain. Du rentre-dedans très rapide, quatre mots qui ne pourraient pas mieux coller au style de la formation. Mais quelle définition le parrain du Grind donne-t-il au mot ‘extrême’ ? « C’est large… très large ! Au niveau musical, ce terme peut se traduire par une volonté de ne pas se conformer, de ne pas rentrer dans les standards de la production. En règle générale, le monde de la musique dicte ce qui doit être ‘adéquat’, selon ses propres critères. Mais le spectre sonore est si important, si large, qu’il est nécessaire de pouvoir tout exploiter, en ce y compris les parties rarement explorées. Si lors de sessions, tu es derrière le desk et tu vois que ça crache… que ça crache délibérément… et que le producteur te dit : mais bon sang, qu’est ce que tu fous ?! C’est qu’on est dans le bon, c’est à ce moment-là que nous devenons extrêmes ! », raconte-t-il en rigolant.

Mais hormis la musique, Barney est également un personnage très engagé. Il n’est pas rare qu’il exprime ses opinions, que ce soit à propos de la misère rencontrée quotidiennement par les réfugiés, de la séparation indispensable entre l’Etat et les institutions religieuses, du droit des animaux ou encore à travers ses coups de gueule qui dénoncent l’occupation des territoires palestiniens. « Perso, j’estime que la politique, c’est d’abord comment se comporter en tant que femme ou homme et tenter de percevoir ce que fait actuellement l’humanité. Je grossis le trait, mais c’est aussi comprendre pourquoi un individu qui appartient à tel camp ou vit d’un côté ou l’autre de l’océan n’a plus le droit d’être appelé ‘être humain’. Même si je sais que c’est enraciné au plus profond de l’homme d’avoir un comportement exclusif », justifie-t-il, avant de poursuivre : « A mon humble avis, je suis seulement un être humain et j’essaie simplement de faire passer quelques idées. Après, tu peux évidemment me reprocher d’être de gauche ; mais c’est vrai, et j’ai un certain background. J’ai besoin d’exprimer ce que je pense. Si, au final, on veut rendre ce monde meilleur, il faudra faire beaucoup d’efforts. A commencer par des gens ordinaires comme toi et moi, pour comprendre et tout mettre en œuvre afin de développer l’égalité entre les individus, sauvegarder la dignité et le bonheur de chacune et chacun ».

C’est également dans cet état d’esprit que Barney, en 2015, avait écrit au Président indonésien, fan du groupe (!), afin de lui demander de gracier trois Anglais condamnés à mort pour détention de drogue. Une situation dont le chanteur se souvient particulièrement bien : « Auparavant j’étais engagé dans une organisation de défense des droits de l’homme, en Australie. C’est via cette association que j’ai été informé de la menace de mort qui pesait sur la tête de trois Britanniques. Or l’un d’eux était également fan de Napalm Death. En outre, le Président d’Indonésie apprécie également notre musique… Je lui ai donc fait savoir que j’étais un opposant convaincu à la peine capitale. Et puis, j’avais ouï dire qu’il était un dirigeant réfléchi ; ce qui n’a pas toujours été le cas là-bas… J’ai donc voulu débattre avec lui des raisons du maintien de la peine de mort ; ce qui, à mes yeux, a toujours plus ressemblé à un recul de civilisation qu’autre chose… » Et même si cette interpellation n’a finalement pas permis d’annuler leur condamnation à mort, le chanteur affiche un certain optimisme : « Au moins, pour le futur, mon intervention a permis une certaine ouverture. Ce n’était malheureusement pas la première fois que j’intervenais pour abolir cette sentence. Mais je tiendrai toujours le même discours : qu’elle émane d’un État ou de n’importe quelle autre organisation, personne n’a le droit d’envoyer quelqu’un à la mort ».

Ce déni de justice, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de sources qui nourrissent continuellement les textes de Barney, chez Napalm Death. « Quand on lit nos lyrics, on pourrait parfois penser que nos paroles sont déprimantes. Mais c’est tout le contraire ! Ce qui est vraiment déprimant, c’est quand on retourne en arrière. Ce serait tellement facile de se dire : OK, je vis en Angleterre ; c’est un pays relativement calme où rien de grave ne se passe vraiment… Mais non ! Ce n’est pas ma vision des événements. » Barney met sa main sur mon épaule et se confie : « Par exemple, toi, je ne te vois pas comme un Belge, mais un être humain, en compagnie duquel je prends plaisir à parler. Pour moi, l’origine ou la nationalité sont loin d’être des facteurs prépondérants… Comme je milite au sein d’un groupe, mes idées peuvent bénéficier d’un certain écho… En fait, je me considère comme un internationaliste. »

Il s’arrête, sourit, et conclut : « Et puis, même si je ne participais pas une telle aventure, je pense que j’agirais de toute façon de la même manière ! »

(Interview réalisée à Bruxelles, au Magasin 4, le 25 septembre 2016).

Shake Shake Go

De la rue aux grands festivals, en passant par les premières parties et les pubs miteux…

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Shake Shake Go s’était produit dans le cadre du festival de Ronquières, en août dernier ; un événement qui avait drainé pas moins de 36 000 spectateurs. Le line up réunit quatre garçons et une fille. La carrière de ce band ressemble à un conte de fées. C’est d’abord dans la rue qu’il a opéré ses balbutiements ! Après avoir accordé de petits concerts dans des pubs miteux, il est pourtant rapidement repéré...

La suite ? Une première partie de James Blunt assurée en 2014 dans le Royaume-Uni, puis en France (notamment celle de Rodrigo y Gabriela), un premier single publié en décembre 2014, un premier Ep (éponyme) en mars 2015 et un premier album, « All in time », début 2016.

Emmenée par la jolie Poppy Jones, cette nouvelle sensation venue d’outre-Manche se produisait donc près du célèbre ‘plan incliné’, dans le cadre d’un périple international ! Pas étonnant, lorsqu’on sait que plus de 7 millions de personnes ont écouté "England Skies". Malgré son jeune âge, le quintet jouit d’une popularité digne des plus grands ! Ronquières avait donc flairé le bon filon puisque c’était sa première date belge. Sans doute pas la dernière !

Votre serviteur, d’un pas audacieux, se dirige vers miss Jones afin de décrocher une interview. Pari gagné ! Certains membres sont francophones, certes, mais c’est la gonzesse du combo qui s’y colle. C’est à peine si elle parvient à baragouineur quelques mots de français. En conséquence, c’est dans la langue de Shakespeare que l’entretien se déroulera…

Le patronyme du groupe est le fruit de l’imagination d’un enfant de 6 ans. Et si c’était celui d’une personne du troisième âge ?

En fait, nous cherchions un nom sans avoir d’idées précises. Puis, un jour, lors d’une de nos prestations, un petit garçon, prénommé Archie, jouait avec un ‘shaker’ et s’est exclamé ‘shake shake’. Nous avons donc opté naturellement pour Shake Shake Go. Franchement, nous avions reçu de nombreuses suggestions. Je me souviens d’une proposition du genre ‘Space Cabbage’ (Trad. : Chou Spatial). Je suis satisfaite que nous n’ayons pas choisi celui-là ! Pour répondre à ta question, si le choix avait été posé par une personne âgée, nous aurions probablement chopé quelque chose de plus banal comme 'The Buskers' (Trad. : les Musiciens ambulants) ou un truc de bien plus mental, je n’en sais rien…

Le festival de Ronquières était la seule date belge de votre tournée. Vous vous attendiez à une telle réception ? Comment jugez-vous le public belge, par rapport aux autres ?  

Notre premier concert en Belgique était vraiment super ! Nous avons reçu, partout, un accueil chaleureux ! Il est toujours un peu effrayant de se produire quelque part, pour la première fois. Nous connaissons ce pays car nous y avons quelques amis. Les gens sont très sympas et disponibles ! Même, lorsqu’il y fait plus froid… sans doute que vos bonnes bières, consommées dans la bonne humeur ici, y sont pour quelque chose!

D’un duo né sur les bancs de l’université, toi et Marc avez décidé de former un quintet. Pourquoi opté pour cette configuration spécifique ?

Nous disposions de quelques chansons en réserve, mais cherchions encore notre identité musicale. Puis, nous en avons conclu qu’il était peut-être temps d’apporter du neuf. Tout s’est construit naturellement en fonction de l’expérience de chacun. Le travail d’écriture est toujours réalisé par nous deux, dans l’esprit originel du duo.

On décèle un certain feeling celtique dans la musique de SSG. Tu es Galloise et Marc, d’origine bretonne. Etait-ce une manière de revendiquer vos origines ?

Effectivement, nous partageons tous deux des origines celtiques. Nous n’avions aucun souhait manichéen de prime abord. Nous ne cherchions pas non plus spécifiquement à les refléter dans nos chansons. C’est le hasard le plus total. Elles se sont tout naturellement glissées dans nos compositions.

Vous avez commencé à jouer dans la rue et dans les pubs miteux. La notoriété est apparue rapidement suite aux premières parties réalisées pour James Blunt. Comment gérez-vous le succès qui est le vôtre aujourd’hui ?

Les choses ont bien évolué depuis nos premières prestations dans la rue ! Ces conditions, nous les avons vécues pendant un certain temps. Finalement, c’était amusant et elles ont constitué un excellent tremplin pour la suite. Mais je préfère me produire aujourd’hui dans des endroits comme celui-ci ! Après avoir accompagné James Blunt, nous avons signé chez le label ‘Beaucoup Music'. 'Auguri Productions’ s’est occupé de toute la logistique de la tournée. Nous avons aussi assuré la première partie de Rodrigo Y Gabriela et participé à des festivals grandioses ; ce qui nous a permis de nous imposer véritablement comme groupe.

La formation vit pleinement en ‘live’. Les compos et les arrangements permettent une ouverture pour ce type de configuration. Votre mode de création a-t-il été conçu en ce sens ? Pourriez-vous imaginer une formule plus électro-acoustique par exemple ?

Nous nous sommes vite rendus compte, lorsque nous jouions dans la chambre de Marc, que si nous voulions percer, nous devions écrire des textes épiques et forts. Jouer en ‘live’ constitue la cerise sur le gâteau ! Nous estimions important de concevoir les compos afin qu’elles prennent une dimension toute particulière, qu’elles soient interprétées en public ou écoutées simplement sur un support quelconque.

Et justement en concert, les compos sont-elles figées ou leur réservez-vous une place pour l’improvisation ?

Le set évolue de tournées en tournées ! Le ‘live’ permet de se rendre compte assez rapidement de ce qui fonctionne ou pas ! On adapte donc, selon ! Rien n’est figé !

Les thématiques abordées dans vos chansons sont finalement assez simples et sont toutes teintées de positivisme. Pourtant, elles servent parfois d’exutoire pour dénoncer les travers sociétaux ou les magouilles politiques. Véhiculer des lyrics engagés ne semble pas apparemment pas votre tasse de thé…

J’aime écrire des textes simples où les gens peuvent s’y retrouver, voire s’identifier. Je traite de sujets qui me sont proches, me touchent et sont faciles à comprendre. Ce qui me permet de vivre pleinement mes chansons. L’artiste peut se permettre de dénoncer certains faits sociétaux ou politiques, c’est vrai ! Comme être humain, j’ai mes propres opinions ! Cependant, je m’interroge toujours sur la manière la plus objective de les rendre publiques, tout en gardant un certain recul.

L'électro domine les charts aujourd’hui. Proposer du pop/folk doucement sucré n’est-il pas à contre-courant et plutôt risqué ?

Nous avons conscience des risques auxquels nous nous exposons. Toutefois, c’est notre culture musicale et nous ne comptons pas y déroger. Je pense qu’il y aura toujours un public pour ce genre de musique. Il s’y retrouvera d’une manière ou d’une autre. Elle est, selon ma propre définition, exempte de toute fioriture. 

Est-elle également une ode au voyage selon toi ?

Nos compositions ont mûri à travers nos voyages, autant en ce qui concerne le groupe comme entité qu’en fonction de nos diverses individualités.

Il paraît que vous habitiez tous dans des endroits différents géographiquement. Pas évident lorsqu’il s’agit de répéter…

Il est vrai que nous vivions dans des endroits géographiquement éloignés. Marc, en Normandie, Virgile à Lyon, Kilian et moi-même aux Pays de Galles et Toby à Birmingham. Pendant tout un temps, la situation était donc plutôt compliquée. Parvenir à faire coïncider nos agendas respectifs était la difficulté majeure. A titre anecdotique, il nous est même arrivé d’utiliser Skype. Aujourd’hui, nous vivons en France. C’était indispensable pour la survie du band ! Tout se passe pour le mieux ! Le fromage y est excellent en plus !

De qui vous sentez-vous proche artistiquement en Belgique ?

Pour être honnête, je ne connais pas beaucoup d’artistes belges. J’ai découvert récemment Puggy. Je n’en avais jamais entendu parler ! Mes comparses avaient déjà écouté certains de ses titres. J’apprécie son univers authentique. Perso, j’aimerais aller le voir en concert.

Vous travaillez actuellement sur la création d’un second opus. S’inscrira-t-il dans la lignée du premier ?

Absolument ! Nous n’allons pas changer de ligne de conduite. Nous comptons simplement la faire évoluer, l’améliorer ! Nous sortons de deux semaines passées en studio. Je pense que nous sommes sur la bonne voie ! Nous y avons injecté énormément d’énergie et j’espère tout simplement que ce second album sera accueilli favorablement tant par le public que par les critiques.

The Apartments

La sagesse du hibou…

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Perdre un enfant est une épreuve douloureuse. Peter en sait quelque chose, lui dont le fils est décédé en 1999, alors qu’il n’avait pas encore 4 ans. Quelque part, quand on partage de semblables épreuves, on ne tient pas trop, par pudeur ou pour ne pas trop la faire peser aux autres, à les ressasser. Mais ces souffrances ne s’effacent jamais. Elles se cicatrisent. Au bout d’un temps certain. La meilleure thérapie c’est d’essayer de se reconstruire, en se (re)créant ou en se (re)fixant des objectifs. S’immerger dans une passion, par exemple. Pas pour oublier, mais pour vivre… ou survivre. Et Peter Walsh a recommencé à faire ce qu’il affectionne le plus : écrire des chansons. Mais il lui a fallu plusieurs années pour remonter la pente. Ainsi entre le remarquable « No song, no spell, no madrigal », son dernier opus (NDR : il est paru en 2015, voir chronique ici) et « Apart », se sont écoulées 17 longues années. Entre-temps, il a bien publié un single et un Ep, mais le reste s’est limité à la sortie de compilations. Ce dernier long playing, il l’a d’ailleurs dédié à son fils disparu. Et quelques chansons reviennent sur cet épisode douloureux. Il s’agit probablement également d’une forme de thérapie. D’ailleurs l’artiste n’avait plus tellement envie de revenir à la musique. Et c’est sous l’impulsion de quelques inconditionnels issus de l’Hexagone qu’il a repris le chemin des salles de concerts, et puis surtout du studio.

The Apartments est une formation australienne née en 1978. Peter Milton Walsh en est le fondateur. Et il en est devenu le seul membre permanent. C’est son projet. Ce natif de Brisbane a cependant émigré à Londres vers la mi-eighties, passé quelque temps à New York avant de revenir vivre dans son pays natal.

Mais revenons au sujet abordé dans l’intro. Peter y est particulièrement sensible ; surtout à cause de notre vécu…

   Etre dans la fleur de l’âge, et tout particulièrement ce qu’on appelle l’ouragan des Twenties est un cadeau qui permet de connaître de nouvelles expériences. La vie et l’amour sont encore devant toi ; aussi, voir disparaître un enfant à l’âge de à 24 ans est une épreuve très difficile à vivre. Nous ne sommes pas programmés pour survivre à notre progéniture. Le grand romancier texan Cormac McCarthy a écrit dans son livre ‘All the Pretty Horses’ : ‘Gustavo m’a dit que celles ou ceux qui ont vécu une grande douleur ou la perte d’un être cher, sont unis par un lien particulier ; un principe qui a été démontré. Les liens les plus étroits que nous connaîtrons jamais sont ceux de la peine. La communauté la plus profonde de la douleur…’

Ton album « The Evening Visits… and Stays for Years » a été réédité l'année dernière. Et il inclut quelques bonus tracks. Était-ce ta volonté de les inclure ? Ou était-ce simplement une opération de marketing ?

Mike Sniper, le patron de Captured Tracks, insistait depuis près de trois ans pour que je réédite « The Evening Visits... » Je ne connaissais pas ce label, mais quand j’en ai causé à une amie, elle m’a indiqué que c’était le plus branché dans le milieu (NDR : Hippest label around) Et je lui ai rétorqué que c’était probablement les trois mots que je considérais comme les plus déprimants de la langue anglaise. Mais je ne me suis pas laissé abattre pour autant. En fait, je n’avais jamais pensé à opérer ce lifting, jusqu’à ce que cette firme me contacte. Mais si vous proposez une œuvre intemporelle au public, vous devez lui proposer le plus d’alternatives possibles. J’ai toujours adoré les démos que j’avais réalisées pour cet album ; et peu de monde connaissait les anecdotes qui se sont tramées derrière ces sessions. Ainsi, ces chansons laissées en chantier méritaient finalement de figurer sur cette réédition ; et le résultat m’a énormément plu. En outre, Robert Forster des Go-Betweens et Steven Schayer des Chills ont rédigé les notes du booklet. Et elles sont épatantes… 

Sur « Swap place » on a l’impression que tu doutes de l’existence de Dieu. Mais y crois-tu ? Y as-tu cru un jour ? Que représente Dieu pour toi ? Est-ce Dieu qui a créé l’homme ou l’homme qui a créé Dieu. La religion n’est-elle pas devenue un facteur destructeur ? Plutôt que de religion ou de foi, ne devrions-nous pas parler davantage d'amour et de lumière ? Mais crois-tu à la vie après la mort ?

Le premier titre que j'ai choisi pour « No Song, no Spell, no Madrigal » est inspiré de la vue de la chapelle que j’avais depuis la fenêtre de l’hôpital. Et dans cette chapelle, j’y ai passé de longs moments. Il y avait un cahier dans lequel les gens pouvaient écrire leurs commentaires et prières. C'était un hôpital pour enfants et plusieurs de ces implorations et prières avaient été consignées par les parents d’enfants qui étaient condamnés. Souvent, ces parents y ajoutaient leurs mots pendant des mois ; avant que les lumières de l'espoir ne s’éteignent. Les prières étaient futiles, mais elles sont devenues particulièrement bouleversantes. « Swap Places » répond à ta question et à la question qu'elle pose également.

J'ai toujours aimé insérer des questions dans mes chansons, et même utiliser ce style interrogatif dans les titres. « Could I Hide Here (A Little While) ? » (‘Est-ce que je pourrais me cacher ici, un petit moment ?’), etc. Je ne sais pas si tu connais la chanson de Blind Willie Johnson, « Soul of Man » ? Et bien elle raconte : ‘Personne ne me le dira, mais réponds si tu peux. Je veux que quelqu'un me dise simplement qu’est-ce que l'âme d'un homme ?’

J'avais écouté quelques chansons gospel qui adoptaient un style questions/réponses ; et j’ai essayé d’adopter, pour « Swap Place » et « No Song, No Spell, No Madrigal », une formule qui y ressemble. Ou comme chez les Chi-Lites. Quoi qu'il en soit, c’était simplement une aubaine d’avoir écrit le morceau maître, « No Song, No Spell, No Madrigal », un mois avant d’enregistrer l’album, parce que ce titre est bien meilleur que « A View from Hospital Windows ».

Ed Kuepper, j'ai eu l'occasion de le rencontrer à deux reprises. Un artiste que j'apprécie beaucoup, même si aujourd'hui il est devenu un membre des Bad Seeds. Penses-tu qu’il a fait le bon choix ? Financièrement, certainement. Mais artistiquement ?

J'aime les Bad Seeds. Je pense que l’association entre Warren et Nick –Nick a toujours été un partenaire idéal– constitue une combinaison classique dans l’écriture. Et à chaque fois, ses interprétations sont profondément engagées. Peu importe si vous ne comprenez pas ce qu’il raconte, il s’exprime dans une langue universelle.

The Apartments est considéré comme un groupe qui joue de la pop de chambre. Un peu comme The Divine Comedy. Cette comparaison te semble-t-elle judicieuse ?

Je ne connais pas suffisamment The Divine Comedy, comme je le devrais. J’accepte l’idée que mon œuvre soit taxée de pop de chambre. C’est assez précis. J’ai toujours aimé les cordes et les cuivres ; et je les aimerais jusque mon dernier souffle. Comme tu le sais, la musique est faite de cycles ; et il faut avouer que j’adore la manière dont Dan Bejar (NDR : Destroyer, The New Pornographers) et Cass McCombs abordent les cordes pour reconstruire leur propre identité.

Certains médias ont décrit ta voix comme le chaînon manquant entre Peter Perrett et Edwyn Collins. Est-ce que ce commentaire te fait sourire ou te flatte ?

J’aime ces deux personnages personnellement et leur œuvre aussi. Pas sûr cependant que la comparaison tienne la route…

Tu as enregistré « No Song, No Spell, No Madrigal » au sein du studio de Wayne Connolly, le studio personnel d'AC/DC. Tu n’as pas flippé en voyant un tel matos ? Les sessions se sont-elles déroulées sans accroc ? De quoi causiez-vous lorsque vous n’enregistriez pas ? 

Wayne était absolument la personne adéquate pour travailler et je dois remercier mon épouse qui m’a rappelé que Wayne m’avait aidé quand je recherchais un guitariste afin de partir en tournée à travers l’Europe, en 2012. C’est à partir de ce moment que nous avons fait plus ample connaissance. Je doute que l’album ait pu se réaliser sans lui. L’‘Alberts’, c’est juste le studio au sein duquel il bossait ; et bien que mon choix puisse choquer, je n’ai jamais eu l’intention de sonner comme AC/DC.

Tu as déclaré un jour : ‘Je crois au souvenir comme une manière d’honorer la mémoire de ceux qu’on a perdus’. Pour toi, il n’y a pas de bons souvenirs ?

Rilke a dit : ‘Peut-être que créer quelque chose n’est rien d’autre qu’un acte de souvenir profond’ ; et peut-être avait-il raison. Quand je lis mes textes, ils devraient être, par certains côtés, un fleuve de mémoire ; mais alors je les lis comme un étranger en pensant ‘Quelqu’un a écrit ces chansons… c’est quelqu’un qui me ressemblait. Où est-il maintenant ? Il est parti.’ 

Tu as aussi déclaré : le sens des chansons, c’est que les gens y perçoivent leur propre vie. Est-ce une ligne directrice dans ton écriture ?

Ce que je veux dire, c’est : peu importe qui les a écrites, même si elles comptent plus d’une centaine d’années. Les gens se reflètent dans les miennes et me confient cette impression au fil du temps. Ainsi, je disparais de la chanson.

D’après ce que j’ai pu lire, Scott Walker, Dusty Springfield et Bob Dylan constituent quelque part des références incontournables pour toi. Les as-tu rencontrés, un jour ? Ou ne souhaites-tu pas les croiser pour ne pas briser le mythe ?

Je n'ai jamais rencontré une idole. Dusty, j’aurais bien aimé ; mais franchement, je ne ressens aucun besoin de les croiser. Les connaître pour leur œuvre, me paraît plus que suffisant et parfois, il est préférable de s’arrêter là. Truffaut répétait qu'il préférait être connu par son travail que pour lui-même ; et je le comprends. Je me rappelle à quel point j’ai été déçu d’apprendre que Bob Dylan, lors du mariage de son frère, s'était entretenu avec quelques invités pour parler de son portefeuille d'actions. Et ensuite j'ai lu comment lui et Harry Dean Stanton avaient fait du jogging sur le plateau de ‘Pat Garrett et Billy the Kid’. Entre les investissements et le jogging, et bien c’était juste le TMI (NDR : TMI = Too Much Information).

Tu as également déclaré : ‘Le chaos menace quand l'amour apparaît. Tu ne crois pas à l'amour ? Même universel ?

Non, je n’ai jamais fait cette déclaration. Je n'ai rien contre le chaos, il m’a appris beaucoup. En outre, l'amour est souvent chaos et parfois c'est juste le chaos le plus beau. Quelquefois, des chanteurs plus jeunes sollicitent mon avis ; et je considère que je suis probablement la personne la moins qualifiée pour obtenir n’importe quel conseil. Je leur dis toujours : ‘Tombe amoureux, de préférence en faisant le mauvais choix. Ce sont des expériences dont on a davantage besoin’.

À une certaine époque, on a décrit les Go-Betweens comme le jour et The Apartments comme la nuit. Ne penses-tu pas qu’on pourrait écrire une fable sur la colombe et le hibou.

Mais alors, qui serait le hibou sage ?

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement.

(‘Les Hiboux’, Charles Baudelaire)

Merci à Vincent Devos et à Louise (Microcultures) pour sa persévérance.

(Photos : Anastasia Konstantelos 2015)

 

Sharko

J’ai conscience d’être moins extravagant aujourd’hui…

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Parmi les têtes d’affiche de la cinquième édition du festival de Ronquières, figurait assurément Sharko, une des figures de proue de la scène musicale belge. Après un hiatus de sept longues années, le combo a refait surface et surtout publié un nouvel opus. Ecrit et produit par David Bartholomé himself et mixé par l'Américain Mark Plati, « You don’t have to worry » est défini par son chanteur comme un album... intense avec des moments sombres, mais jamais nombrilistes et des passages solaires. Assagi, le quadra s’est pourtant fendu d’un show percutant ; de quoi faire oublier un flagrant passage à vide et une carrière solo mitigée.

David a accordé une interview à Musiczine, quelques minutes seulement après le set. Si d’emblée l’homme se prête volontiers au jeu des questions/réponses, les temps morts entre chacune des interventions désarçonnent parfois. Il est d’un naturel taiseux ; et ses réparties sont brèves, mais implacables ! Aussi, dans de telles circonstances, il est préférable de se montrer imaginatif, pour combler ces moments de silence ou de réflexion intense.

Sept longues années séparent ton dernier opus du précédent. C’est le temps nécessaire pour la créativité ?

Bien sûr que non ! Certains ont besoin de vingt minutes pour composer les chansons d’un album ; d’autres, de deux mois et même plus ! En ce qui me concerne, je ne souhaitais pas attendre aussi longtemps. Je le regrette un peu. Mais les événements sont ce qu’ils sont… enregistrer un cd nécessite beaucoup d’énergie…

"You don't have to worry" est bien plus cohérent que les opus précédents. En tout cas, moins éclaté. Est-ce que Sharko a gagné en maturité et retrouvé le feu sacré de ses débuts ?

Le feu sacré, peut-être pas, car il est un lié à la jeunesse et à la fougue. Je ne suis plus tout jeune. Je confirme néanmoins tes propos, Sharko est bien plus mature aujourd’hui !

Qu’est-ce qui t’a le plus inspiré pour concocter cet elpee ?

La nature ! Marcher dans les bois, par exemple…

Les premiers disques étaient autoproduits. En quelque sorte, tu bricolais en te servant des moyens du bord. Au fil du temps, tu as manifestement changé de méthode. Le dernier essai est même, en quelque sorte, une ode à la perfection ! Alors quoi, évolution ou révolution ?

C’est une bonne question ! Je crois qu’il s’agit d’une évolution ! Et peut-être d’une révolution aussi !

La concentration et la substance semblent importantes pour toi. On te sent très perfectionniste dans l’âme. Dans ce métier, certaines personnes abordent leur rôle avec beaucoup de légèreté, sans que cette perspective ne puisse pourtant poser problème. N’as-tu pas l’impression de t’emprisonner ?

Exactement ! Comme, je le disais à l’instant, certains sont capables de boucler un disque en deux semaines à peine ! Perso, je n’y parviendrais pas ! Je n’en possède ni les moyens, ni la dextérité, ni même sans doute l’intelligence ! Je suis ce que l’on peut appeler un besogneux ! Et puis, j’aime les choses bien faites !

Le long playing a été mixé à New York. Est-il important de baigner dans un univers anglophone quand sa musique, qu’on peut qualifier de pop/rock, est chantée en anglais ?

Oui, bien sûr ! Je le pense ! J’ai eu l’opportunité d’enregistrer les voix à Londres ; ce qui a permis un encadrement dans mon travail. Il était primordial de maîtriser l’accent et les syntaxes grammaticales ; sans quoi on m’aurait attendu au tournant !

Chez Sharko, on est encore loin du formatage purement radiophonique. On flirte encore avec une vraie identité musicale. Une réaction ?

Il serait prétentieux de dire que tu as raison, mais je pense que tu n’es pas loin de la vérité ! Je me pose parfois la question de savoir ce que les gens recherchent encore aujourd’hui… Souhaitent-ils encore vraiment écouter de bonnes chansons ou préfèrent-ils se contenter de trucs réalisés à la va-vite sans aucun contenu…

La musique de Sharko est un peu à l’image de la vie, non ? Tout n’est pas paisible. On navigue entre le sombre et la lumière…

Oui, c’est vrai ! Je confirme ! C’est comme mettre des jeux de mots sur des mélodies tristes ou montrer qu’on est tourmenté sur des musiques enlevées…

Un peu à l’image de son leader. On sent chez toi un mec troublé, vachement à fleur de peau…

Oui, je crois (rires) ! Malheureusement ! J’aurais aimé être différent !

Est-ce gênant ?

C’est parfois gênant, effectivement !

Ronquières est un jeune festival certes, mais dont l’ampleur prend forme d’année en année. Estimes-tu que la musique de Sharko a une meilleure caisse de résonance dans de tels espaces ou dans des endroits plus petits ?

Aujourd’hui, ce festival ratisse large. Notre musique va forcément toucher une frange des spectateurs présents. J’en suis complètement ravi ! Mais, je suis conscient que notre univers est davantage formaté clubbing. Jouer dans de petites salles permet de mieux s’immerger dans l’ambiance, de mieux défendre sa musique, de mieux libérer son potentiel énergétique.

A propos, tu faisais les beaux jours du ‘Père Noël est un rockeur’ il y a quelques années, notamment à Dour. Ces concerts caritatifs étaient destinés à récolter des jouets pour les offrir aux enfants les plus démunis. On ne t’y voit plus. Un retour en décembre de cette année ?

Je ne sais pas du tout ! J’ai tendance à dire que non !

As-tu vécu ton expérience en solo comme une parenthèse essentielle ?

Exactement ! Elle m’a permis de renouer avec le plaisir de côtoyer des gens et de développer des projets ensemble. Ce qui m’a fait un bien fou !

Est-ce un passage obligé dans la carrière artistique d’un artiste ?

En ce qui me concerne, oui ! Pour les autres, je n’en sais rien !

Tu as déclaré il y a quelques années que tu écoutais du classique afin de t’aérer l’esprit. Où en es-tu aujourd’hui dans cette thérapie ?

J’en écoute toujours beaucoup ; cette musique me détend !

J’ai l’impression qu’au fil de l’âge, tu deviens moins excentrique en ‘live’. On ne te verra jamais donc terminer à poil sur les planches ? (rires)

Non, il n’y a pas de risque ! J’ai conscience d’être moins extravaguant aujourd’hui ! A vrai dire, je n’en ai plus envie. C’est comme quand tu es jeune et que tu te ballades en arborant un nœud papillon. Un jour, tu le regardes et tu n’as plus envie de le porter. Tu ne ressembles plus à celui que tu incarnais dans le passé. Tu as envie d’aller de l’avant et dorénavant, tu te noues une cravate !

« Sweet Protection » traite du thème de l’existence et de l’amour. A travers la sécurité que lui procurait ta maman et par extrapolation la mère patrie. Elle manifeste de la bienveillance. Suite à la vague d’attentats perpétrés par les terroristes, cette chanson est-elle susceptible de prendre une signification différente aujourd’hui ?

Je la chante aujourd’hui différemment ! Elle clôture nos concerts et lorsque nous la jouons, je pense sincèrement aux gens qui ont subi ces atrocités et à leur entourage. J’aimerais leur dire que tout ira pour le mieux et de se protéger.

David Bartholomé, le truc qui t’énerve le plus : qu’on te dise Sharko-Sarko ou qu’on compare ta voix à celle de Sting ?

Le mimétisme avec Sting ne m’énerve pas spécialement parce qu’il y a une part de vérité là-dedans. A vrai dire, peu de gens m’en parlent aujourd’hui ! Ca me va bien comme ça ! Je préfère cette comparaison à toute autre…

 

 

Preoccupations

Ce n’était pas intentionnel…

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Viet Cong a donc décidé de changer son patronyme en Preoccupations. Trop de critiques s’étaient abattues sur la formation pour le choix de ce nom. Les victimes des massacres perpétués par le Front national de libération du Sud Viêt Nam n’avaient vraiment pas apprécié la formule. Une situation qui avait poussé certains organisateurs de spectacles, en Australie, à annuler purement et simplement leurs dates de concerts. On peut affirmer que l’histoire du combo canadien est loin d’être une histoire tranquille ; et pour cause, deux de ses musicos militaient au sein de Women, jusqu’à ce que le guitariste, décède. C’était en 2012. C’est ainsi qu’est né le fameux Viet Cong. Mais tout ceci méritait des explications. Accordées par le guitariste Scott Munro (NDR : il porte une barbe impressionnante !) ainsi que le bassiste Mat Flegel. Particularité, les réponses sont constamment interrompues ou complétées par l’un ou l’autre interlocuteur, comme s’il s’agissait d’une conversation à bâtons rompus. Donc pour ne pas constamment hacher le texte, les répliques ont été fusionnées… 

Mais abordons immédiatement le sujet qui fâche : le changement de patronyme. Les musicos ont déclaré qu’ils ignoraient cet épisode douloureux de l’histoire, parce qu’ils étaient canadiens. Et qu’ils regrettaient cette option. Pourtant, au cours des eighties, il n’était pas rare qu’un groupe adopte un nom qui suscite la controverse. Pensez à Joy Division, New Order, Gang of Four, Indochine, Dead Kennedys, Front 242, Suicide, The B52’s et la liste est loin d’être exhaustive. En fait, c’était un choix, la plupart du temps, purement provocateur, alors bien dans l’air du temps. Finalement on se demande si au départ, il n’était pas volontaire, vu qu’il s’inscrivait bien dans l’esprit du post punk. Et en même temps, c’était un bon moyen pour se faire de la promo. Mais vu l’époque que nous vivons, la contestation s’est répandue comme une traînée de poudre ; une époque au cours de laquelle la communication règne en maître, et notamment grâce aux (ou à cause des) réseaux sociaux. Qui font la pluie et le beau temps. En fait, aujourd’hui, dès qu’un artiste devient subversif, des mouvements, qu’ils soient religieux, associatif ou moraux, en appellent à la censure. Ainsi, les humoristes, les caricaturistes et bien sûr les musiciens deviennent les premières victimes. Maintenant en changeant l’appellation du band, on peut aussi considérer cette volte-face comme un désaveu de ce fameux esprit post punk. Le débat est lancé !

« Il est exact que lors de nos tournées, de nombreux spectateurs d’origine vietnamienne sont venus protester. On les a écoutés. Ils nous ont raconté les histoires des réfugiés de cette guerre. Et elles sont tragiques. Aussi on comprend parfaitement pourquoi nous les avons offensés. C’est donc bien la raison pour laquelle nous l’avons changé. Et puis, on a sondé nos fans. Et ce sont eux qui ont décrété qu’il fallait le modifier, face à tous ces détracteurs. On ne fait pas de politique ! On cherchait simplement un nom qui tienne la route, sans jamais penser qu’il avait une telle connotation cruelle. Joy Division et New Order ont eu certainement dû essuyer autant de critiques que nous. Mais pas aussi rapidement. Aujourd’hui, via Internet, la réaction est instantanée. Et comme la société vit dans un monde du politiquement correct, elle s’est encore davantage amplifiée. On a croisé Andy Gill (NDR : c’est le leader de Gang of Four), lors d’une émission radiophonique, et il nous avait confié qu’il recevait constamment des lettres ou des messages de menace… » Et c’est finalement Chad Van Gallen qui en a déniché un ? « C’est exact. Car c’est bien plus facile quand il émane de quelqu’un d’extérieur au groupe… » Sur la toile, même les clips attribués à Viet Cong ont été réaffectés à Preoccupations. Etait-ce une manière de tourner la page, définitivement ? « Bien sûr, c’est l’objectif ; mais ce n’est pas nous qui avons pris l’initiative de procéder à cette adaptation sur Youtube. On suppose que c’est le label qui s’en est chargé. Et il subsistera jusqu’au moment où on changera de nom… » (rires) 

Abordons maintenant le thème des vidéos. Celle –superbe par ailleurs– consacrée à ‘Silhouette’, tout d’abord. Parce qu’elle semble à la fois communiquer un message écologique mais en même temps futuriste. A cause de références empruntées à la science-fiction (le film de Kubrick, ‘2001 odyssée de l’espace’ ?) et au danger que représente l’énergie nucléaire (La catastrophe de Tchernobyl ?) « Les références seraient plutôt à puiser du côté de ‘Blade Runner’ ou encore ‘Alien’. Ce sont ces films qui nous ont inspirés. Oui, c’est vrai, ‘2001 Odyssée de l’espace’, quand même. Et puis le réalisateur nous invités à tirer parti de films d’épouvantes issus des années 80. Des films lugubres, austères, désabusés, peu réjouissants pour le futur, au cours desquels, il ne se passe rien… » ‘Anxiety’ a été filmé en noir et blanc. On y remarque la présence de personnages masqués. Est-ce une symbolique ? Puis d’un esprit quittant le corps d’une femme nue. Et enfin des images d’une rivière tumultueuse qui coule au coeur d’une forêt glauque. Tout un contexte qui suscite immédiatement des questions surnaturelles : les esprits, la vie après la mort, la métempsychose et bien sûr l’existence de Dieu… « Pour que tout soit clair, cette vidéo n’était pas du tout le fruit de notre idée. En fait, on avait donné carte blanche au réalisateur. De temps à autre, on lui fournissait l’un ou l’autre tuyau qui recevait très souvent un écho. Mais pour le produit final, on l’a laissé bosser dans son coin… »

Abordons, maintenant, le nouvel elpee de Preoccupations. Il est éponyme. Y figure en pièce centrale, un morceau de plus de 11 minutes. Il raconte, apparemment, l’histoire d’une personne qui a perdu la boule. La compo est divisée en trois parties et recèle autant de mélodies différentes, avant une longue finale instrumentale. Déjà sur ‘Viet Cong’, la formation avait utilisé le même processus. Explications « Sincèrement, ce n’était pas intentionnel. Mais il est exact qu’en bout de compte, il constitue la pièce centrale. C’est la raison pour laquelle on l’a insérée au milieu. On en avait discuté ensemble. Car on estimait que ce n’était pas une bonne idée d’entamer un album par un morceau aussi long. Finalement, il a trouvé sa place, car il se plaisait bien là. Et puis après cette plage, la suite est différente. Il agit un peu comme une charnière. Donc on n’a pas dû trop tergiverser pour choisir cet emplacement. Il est vrai que cette façon de procéder ne marche pas toujours ; mais on a agi en faisant preuve de bon sens… » Sur ce nouvel elpee, il y a davantage de claviers que sur celui de ‘Viet Cong’. Certaines interventions rappellent même les débuts de New Order. Etait-ce pour rendre les morceaux plus accessibles ? « Oui, c’est probable. En fait, on n’écoute pas beaucoup de musique actuelle, mais plutôt celle du début des eighties. Et bien évidemment, elle influe sur la nôtre. On adore les sonorités dispensées par les synthés de cette époque. Et le claviériste est un fan de ce type de claviers. C’et un ‘nerd’, un ‘geek’, un ‘crack’. Sur l’album ‘Viet Cong’, il y en avait autant ; mais ils se fondaient dans l’ensemble. Ce qui explique pourquoi les guitares ressortaient davantage… » Selon la bio, les lyrics des chansons se focalisent sur les privations de la vie et la manière dont on vous les décrit. Ce qui méritait, manifestement, des éclaircissements… « On voulait établir le tracklisting comme une set list. Rendre les chansons aussi évidentes, simples, dépouillées et directes que possible. Je ne suis pas expert pour traiter le problème des privations dont est victime la société, mais l’existence future me semble quand même sombre. Et donc l’esprit visite ces lieux obscurs… »

C’est Graham Walsh, musicien chez Holy Fuck, qui a mis en forme l’opus. Qui l’a choisi ? Et pourquoi ? « On le connaît depuis longtemps. Il bosse aussi chez Sub Pop et avait produit le premier album de Metz. Un groupe particulièrement punky. Et il avait trouvé un son très particulier pour le groupe. Qu’on avait adoré. On avait réalisé les sessions en comité restreint. Cependant, notre manager a appelé Graham. Pour améliorer le son. En plus c’est un de nos potes. C’est facile et confortable de bosser avec lui. Il a de bonnes idées. C’est un touche-à-tout et il joue notamment des claviers. En écoutant les compos, il réoriente aisément le travail des artistes… » Pas d’aide extérieure ? « Dan Boeckner (Wolf Parade, Operators) et Julie Fader (Great Lake Swimmer, Chad Van Gallen, Holy Fuck) chantent sur ‘Memory’ et Aaron Grant joue des claviers. Zut, je me souviens de ne pas l’avoir crédité pour sa collaboration… »

La voix de Matt est particulièrement ample. Elle peut faire penser, tour à tour, à de Brett Anderson (Suede), Ian Anderson (Jethro Tull), Neil Diamond et surtout Ian McCulloch (Echo & The Bunnymen). C’est bien sûr Matt qui répond à cette question. « J’en suis flatté. J’écoute la musique d’Echo & The Bunnymen tous les deux jours. Edwyn Collins ? C’est plausible. Neil Diamond ? Pas vraiment. Bah un peu quand même. Et puis, ça fera plaisir à mes parents… » (rires)

Vous vivez tous aujourd’hui dans différentes villes, au Canada. Et dans votre pays, les distances sont quand même longues entre elles. Alors comment faire pour organiser les répétitions ? « On se réunit à un endroit intermédiaire. Donc pas où on vit. Avant d’entamer cette tournée, on s’était fixés rendez-vous dans un bled, en Colombie Britannique, où un de nos amis possède une petite église qu’il a transformée en maison ; et on y a vécu pendant de longues semaines. Ce n’est pas loin de Victoria. On a eu beaucoup de boulot, car de nombreux intervenants ont participé aux sessions. Mais tout s’est bien déroulé. Puis on a étudié le minimum de compos à assimiler que l’on s’est mis à répéter. En fait pour traverser le Canada de part en part, il ne faut que 5 heures d’avion (?!?!?). Pour nous cet endroit est intéressant, car on peut s’y retrouver pendant une semaine avant de partir en tournée. Pour l’enregistrement du prochain album, on n’a pas encore déterminé où sera notre point de chute. Peut-être retournera-t-on au même endroit. En fait quand on travaille, on emporte le minimum de matos nécessaire. Et puis auparavant, on peut aussi bosser chacun de notre côté. Bricoler sur un clavier. Mike et moi, par exemple, on se charge de la section rythmique sur le deuxième morceau. Et les autres, sur un autre titre. On aime beaucoup expérimenter pour voir où la chanson va aboutir. Le processus est différent entre répéter avant un concert et répéter avant d’attaquer les sessions d’enregistrement. Pour l’album ‘Viet Cong’ et celui-ci, on a d’abord rôdé le répertoire en ‘live’. On s’est ainsi cumulé plus de 50 shows ! »

Depuis quelques années, la scène canadienne est en pleine ébullition. D’abord celle de Toronto, d’où ont émergé des groupes comme Broken Social Scene, New Pornographers, Feist, Metric, et puis de Quebec, avec notamment Godspeed You ! Black Emperor et Arcade Fire. Si ce n’est pas nécessairement une source d’inspiration, c’est certainement une source de motivation. « Parfois. Il est toujours sympa de voir des gens de son pays qui réussissent. Et de constater que de la bonne musique est appréciée par des gens à travers le monde. On n’écoute pourtant pas nécessairement d’autres groupes. Mais la scène canadienne est tellement petite que tout le monde se connaît. On ne considère donc pas cette situation comme une source de rivalité… »

Alors quelles seront les futures préoccupations du groupe ? « Simplement continuer de faire ce qu’on fait. On n’a rien changé d’autre que le nom. Et puis se produire en concert et enregistrer un autre album. »

Album « Preoccupations », sortie ce 16 septembre 2016.

(Merci à Vincent Devos)

UnderViewer

Le passé recomposé de Front 242…

UnderViewer est né en 1979 ; un duo fondé par Patrick Codenys et Jean-Luc De Meyer avant qu'ils ne rejoignent Front 242. Au cours de son existence éphémère, il n'avait publié aucun single ou album sous ce patronyme. Seuls quelques titres avaient été ajoutés, sous la forme de ‘bonus tracks’, sur la réédition 2004 de « Geography » et une compilation éditée par Alpha Matrix.

Aujourd'hui, 35 ans plus tard, le tandem a retravaillé les morceaux de l'époque ; et en profitant des moyens de production modernes, il a décidé de sortir un elpee. Intitulé « Wonders & Monsters », c’est une réussite totale. Sa synth-pop minimaliste bénéficie d'un son ample et puissant, dans le respect de l'esprit expérimental des compositions originales.

Au sein d’une taverne bruxelloise et, autour d'une bonne bière blanche, nous avons abordé de nombreux sujets, et tout particulièrement ceux relatifs à ce long playing, aux débuts d'UnderViewer et bien sûr à l’aventure Front 242. 

Les prémisses d'UnderViewer et de Front 242 remontent bien à 1979-80 ?

Patrick Codenys (PC) : Oui, c'est à cette époque qu'on a commencé à travailler ensemble, Jean-Luc et moi. Ensuite, le patron de la maison de disque New Dance, qui avait déjà produit le premier single de Front 242 (NDR : « Principles / Body To Body »), était intéressé par un single d'UnderViewer. Tout était prêt : la musique et la voix de Jean-Luc. Mais comme on n'avait pas beaucoup d'expérience, notamment dans le domaine de l’enregistrement et du mastering, on avait besoin d’aide pour les aspects techniques et professionnels. Il nous a conseillé Daniel (NDR : Bressanutti), qui s’était chargé du premier single de Front. On le connaissait déjà puisqu’on le croisait souvent dans le magasin d'instruments Hill's Music, à Bruxelles, où il travaillait. Donc, on s'est donné rendez-vous dans son petit studio et on a jeté les bases du premier disque d'UnderViewer. Parallèlement, il nous a proposé de collaborer avec lui et Dirk Bergen sur le projet Front 242 et on a enregistré « U-Men » ensemble. Quand cette compo est sortie, elle a rencontré un franc succès dans les charts alternatifs. C’est pourquoi UnderViewer est un peu passé à la trappe et on s’est concentré sur le projet Front 242.

Et donc, ce futur LP d'UnderViewer réunit des chansons qui datent de cette époque-là ?

Jean-Luc De Meyer (JL DM) : Oui. Tout a été conçu dans l'esprit de l'époque. En se servant des mêmes instruments mais aussi des techniques de production actuelles.

Vous avez tout recommencé ou vous avez utilisé des pistes existantes ?

JL DM : Un peu des deux. Les bandes dataient de plus de 30 ans. Certains sons ne passaient plus ; donc on a récupéré ce qui pouvait l'être et le reste, on l'a reconstitué à l'identique.

Et les voix ?

JL DM : Les voix ont été refaites sur les mélodies originales et certaines paroles ont été légèrement adaptées, mais en veillant à conserver l'esprit des compositions. On a voulu le préserver plutôt que celui de la forme ; quoique la forme ait quand même été conservée également, mais disons à 50%.
PC : A l'origine, on avait enregistré sur un 4 pistes...

Un TEAC, je crois ?

PC : Un TEAC, en effet ! On a donc transféré les pistes analogiques sur ordinateur mais on a parfois repris aussi des séquences voire même des sons individuels. Cependant, ce qui est important, c'est qu'on a gardé l’approche de travail de l'époque. On s'est volontairement limités dans le type d'instruments utilisés, dans la simplicité et aussi des difficultés rencontrées par la technologie...

Donc, pas de synchronisation automatique via MIDI ?

PC : Si, du MIDI, mais abordé dans un contexte analogique. Donc, pas d’alternative pour créer des 'gates' avec le MIDI ou de travailler trop sur les vélocités : une technologie très 'basique'.

La plage titulaire de l'album, « Wonders and Monsters » avait déjà été publiée en 2004, sur la compilation « Re:Connected [1.0] » d'Alfa-Matrix ; ce qui nous permet de faire la comparaison et on constate que le son de la nouvelle version est beaucoup plus ample, plus puissant, plus clair. On relève aussi une autre différence, l'introduction est ‘ambient’, et elle ne figurait pas sur la mouture originale ?

PC : En effet. A l'époque, on expérimentait pas mal. J'étais un grand fan de Brian Eno et du krautrock allemand, dont la discographie ambient est considérable. Et vu la complexité des séquenceurs et des machines, ce n'était pas toujours facile de créer un morceau sous un format ‘song’, ‘chanson’, si tu préfères. On se basait plutôt sur des titres de 8 à 10 minutes. Donc, il existe une douzaine de tracks d'UnderViewer qui sont purement ‘ambient’. Ils n'ont pas été intégrés à l'album pour des raisons évidentes de place et de concept ; et donc, cette intro est une sorte de 'reliquat' de ces séquences ambient.

Sur l'opus, on retrouve d'autres pistes déjà publiées auparavant : celles parues en ‘bonus tracks’ sur la réédition 2004 de « Geography » : « Syncussion », « I Remember », « Trouble ». Par contre, les autres sont donc à ce jour complètement inédites ?

JL DM : En effet.

Ils n'étaient même pas parus sur cassette ?

JL DM : Non. Certaines ne sont que des ébauches tentées à l'époque et ont été finalisées plus récemment.

Par exemple : « Atomic Tears » ?

JL DM : C'est un morceau qui existait sur le plan musical. On a juste changé le titre et certaines mélodies vocales.

Ce qui permet d’embrayer sur la thématique des textes. On retrouve ici les univers ‘dystopiens’ très 'science fiction' et le côté sociologique qui sont, à mon humble avis, la marque de fabrique de Jean-Luc.

JL DM : Sauf qu'ici, le champ des thèmes est plus large. Sans limite, sans particularité. Comme c'est le début de nos productions, l’inspiration est bouillonnante, il n'y a pas de censure, pas de restrictions, c'est ce qui fait le charme de ce projet.

Cette recherche correspond à son patronyme : ‘UnderViewer’...

JL DM : Oui, un ‘Underviewer’ est un inspecteur des mines, quelqu'un qui va fouiller dans l' ‘underground’, dans le sous-sol, avec curiosité et intérêt. C'est une bonne définition de notre démarche artistique, je pense.
PC : Quand on s’intéresse aux parties vocales, il faut remettre le sujet dans le contexte de l’époque. Les contraintes étaient autrement présentes, car la musique était plus rigide. Donc, il a fallu que Jean-Luc invente un ‘genre’, un ‘style’ vocal nouveau, qu'il a ensuite réutilisé chez Front 242. En 1980, dénicher un chanteur qui parvenait à chanter sur de la musique électronique aussi 'basique', avec des 'white noises' et une musicalité somme toute assez limitée, était un fameux challenge ; et dans cet exercice, Jean-Luc a toujours été très fort.

En 1979-80, quelles étaient vos principales influences ? Kraftwerk, OMD, ... ?

PC : Perso, j'ai voulu jouer du synthé à cause de la musique industrielle ; et tout particulièrement celles de Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire et ce genre de groupes. Des artistes qui n'avaient pas besoin d'être musiciens pour se lancer dans l'aventure. J'étais aussi grand fan du krautrock, de Kraftwerk, bien sûr, mais aussi de Human League, OMD, The Normal… Il y avait quelques singles ‘électro’. Brian Eno aussi, surtout pour le côté 'concept album' ; l'idée d'élaborer des disques à l’équilibre bien étudié. Mais comme la technologie était très ardue, les premiers synthés étaient loin d’être de la rigolade, il fallait qu'on trouve notre chemin, notre propre style.

Et Jean-Luc, de ton côté ?

JL DM : Un peu la même chose : tout ce qui venait d'Allemagne. Et parallèlement, les groupes punk, surtout pour leur énergie et la froideur. Wire, par exemple...

Joy Division aussi je suppose ? D’ailleurs, un morceau comme « Trouble » baigne au sein d’une ambiance Factory, une atmosphère très « Atmosphere »... (rires)

PC : C'est bien vu, c'est bien entendu...

Il évolue sur un rythme lent. Il a ce côté solennel, dépouillé… et puis les accords...

PC : Il est impossible de ne pas évoquer l'époque du Plan K. J'y ai vu Joy Division et Cabaret Voltaire et...

Avec Willian Burroughs qui faisait une lecture au premier étage !

PC : Oui ! C'est le genre de soirées qui changent une vie. Et il faut reconnaître que le son Factory était un son fascinant.

Pour en revenir aux débuts de Front 242, comment décririez vous la contribution que vous avez apportée tous les deux en rejoignant le projet ?

PC : D'abord un peu plus de recherche sonore et la construction de titres au format ‘song’, ‘chanson’. Si on écoute bien « Body To Body », c'est assez D.A.F., avec batteries et ‘bass lines’. Quand on est arrivés, on a amené d'abord des sons expérimentaux, un peu bizarres mais aussi la faculté de créer des chansons, non seulement grâce aux compositions vocales de Jean-Luc mais également aux structures que je pouvais mettre en place.

Pour les sons, tu penses surtout aux sons industriels ?

PC : Oui, les 'white noises', ce genre de sonorités. Je n'étais pas du tout musicien donc j'amenais parfois des tonalités qui ne correspondaient pas à la gamme des notes dites 'classiques' ; mais ce côté dissonant, 'out of tune', communiquait une couleur particulière aux morceaux.
JL DM : Pour la partie vocale, Daniel nous a invités à écouter sa demo de « U-Men » et le chant est venu très rapidement. Je me suis dit que c'était chouette d'avoir ainsi quelque chose qui procure des idées. Avec moi, soit c'est très rapide ou alors il n'y a rien qui vient. Il y a des morceaux sur lesquels je travaille depuis 10 ans et il n'y aura jamais rien qui se concrétisera... (rires)
PC : La force de Daniel, c'est qu'il a joué de la batterie, donc il combine très bien drums et ligne de basse. Il nous avait confié, à l'époque : ‘Je cherche des gens avec qui je peux collaborer pour aller plus loin et construire des chansons’. Parce que tu ne peux pas refaire 20 fois « Body To Body » pour réaliser un album. C'est alors qu’on a tous participé à l’accouchement de « Geography », qui est devenu le véritable point de départ.

Et si on devait choisir un titre de Front 242, un titre qui serait un peu comme une petite pépite oubliée, un morceau que personne ne joue, ce serait quoi ?

PC : J'ai toujours bien aimé « Sample D. », un instrumental qui figurait sur « Endless Riddance », le 12 pouces sur lequel il y a aussi « Take One ».
JL DM : Perso, ce serait aussi un instrumental : « Geography II », un morceau très simple et très puissant. Et pourtant, il est né d’une erreur de programmation. Ce qui arrive parfois. Et on en a conclu : ‘C'est chouette ça : on le garde !’
PC : Mais aussi « Kampfbereit », un titre du répertoire d'UnderViewer qui a été crédité Front 242 sur « Geography ». Il fait bien le lien entre les deux projets.

A l'époque, le terme ‘Electronic Body Music’ a été créé par Front 242 mais d'autres acteurs l'ont également revendiqué.

JL DM : Nous on ne revendique rien, mais je pense qu'on est les premiers à l'avoir utilisé, sur l'album « No Comment », en 1983. Si d'autres ont des arguments, ils peuvent les apporter. Comme historien de formation, il me faut des preuves ! (rires)
PC : Sur Wikipedia, on raconte que Kraftwerk a cité le terme dans une interview...

D.A.F. également. Ils utilisaient le terme ‘Körper Musik’ mais il manque le mot ‘Electronic’.

PC : Nous en tout cas, on a choisi l'étiquette EBM parce tout et n'importe quoi était utilisé pour décrire notre musique. Certains avançait même : ‘C'est entre Tina Turner et Throbbing Gristle…’ (rires)  C'était trop vague, on a voulu clarifier la situation, et on a donc trouvé ce 'label' EBM.

On parlait auparavant des sons et des synthés ; j'ai lu que toi, Patrick, tu avais acheté un synthé Emulator grâce à la loterie ?

PC : Oui, en fait, c'est mon père qui avait gagné un certain montant à la loterie ; et il a proposé de m'offrir une voiture. Je me souviens que je me baladais dans le centre de Bruxelles et j'ai regardé toutes celles alignées dans la rue ; et j’en ai conclu : ‘Si j'achète une voiture, je serai comme tout le monde’. Donc, j'ai émis une autre contre-proposition : ‘Je veux un synthé’.

Il était à quel prix, l'Emulator II ? J'ai acheté un Emax et il coûtait 150 000 FB (NDR : 3 750 EUR).

PC : L'Emulator II valait 250 000 FB (NDR : 6 250 EUR), le prix d'une voiture ! Et ce qui est intéressant, c'est de voir que chaque album de Front 242 possède une marque de fabrique liée au type de synthés et de technologie utilisés. « Geography » et « No Comment », par exemple, sont orientés analogique ; « Official Version » correspond aux débuts du sampling ; sur « Front By Front », c'est de l'algorithmique, basé sur le DX7 de Yamaha ; ensuite, il y a eu du digital, du virtual acoustic. Très souvent, les instruments dictaient un peu la sonorité d'un album et la manière de travailler.

Il y a aussi l'épisode Ministry et la tournée aux Etats-Unis. J'ai lu que Ministry aurait changé de style à cause de ou grâce à Front 242 ?

PC : Je crois que c'est certainement vrai. Quand on a commencé la tournée, il proposait de la pop. Tous les soirs, Al Jourgensen assistait à nos premières parties, sur le côté de la scène. Résultat : il a voulu durcir sa musique et donc, quand il remontait sur scène, il demandait à ses musiciens de jouer plus 'hard', en utilisant de la distorsion. Et au fil du temps, le son de Ministry se rapprochait de plus en plus de celui de 'Front'. Ensuite, quand « Twitch » est paru, il a embrayé sur un son carrément 'dark'.

Pour clore l'interview, impossible de ne pas poser la sempiternelle question sur les futures productions de Front 242. J'ai cru comprendre que vous vous concentriez sur les concerts et qu'il n'y aura plus de nouvelles productions studio?

PC : Je crois qu'on ne fera plus de morceaux de musique ensemble. On s'entend toujours très bien mais les goûts ont évolué. Le seul intérêt serait de refaire de la musique 'vintage', comme à l'époque, parce que c'est ce que le public demande. Ils ne souhaitent pas un nouveau « Pulse » ou une autre direction. Ce serait une manière de boucler la boucle. Mais, à ce stade, je ne crois pas à un tel dénouement…
JL DM : Tout à fait d'accord : ça ne se fera pas.

Ce qui est clair...

Pour écouter l'intégralité de l'interview en version audio, écoutez l'émission de radio WAVES sur mixcloud, c'est ici  

Pour commander « Wonders & Monsters », le nouvel album d'UnderViewer, rendez-vous sur le site d'Alpha Matrix : www.alfa-matrix-store.com

Tracklist :

1 - Was soll ich tun
2 - A Minor Detail

3 - Litany
4 - Nobody but you
5 - I am the rain
6 - Trouble*
7 - Wonders & Monsters°
8 - What do you see
9 - Gone
10 - Atomic Tears
11 - Syncussion*
12 - I Remember*

13 - A September Morning
14 - These Days

* Déjà paru sur la réédition 2004 de « Geography »
° Déjà paru sur la compilation « Re:Connected [1.0] »

Un grand merci à Patrick Codenys, Jean-Luc De Meyer et Alfa Matrix.

 

 

Debout Sur Le Zinc

Une nouvelle aventure qui continue…

Écrit par

Debout Sur Le Zinc est un septuor issu de la ‘nouvelle scène’ française, mouvement qui a émergé au milieu des nineties, et dont la musique –ma foi originale– puise ses sources à la fois dans le folklore tzigane, yiddish et oriental, mais également dans le rock. A son actif une dizaine d’elpees, dont le dernier, « Eldorado », est paru en 2015. La formation se produisait dans le cadre du dernier festival LaSemo. En toute décontraction, Simon Mimoun et Romain Sassigneux ont accepté d’accorder un entretien à Musiczine, fort intéressant… 

Quand vous avez choisi Debout sur le Zinc comme patronyme, c’était en référence aux troquets ou suite à une soirée bien arrosée ?

S : Pas vraiment. Enfin, un peu quand même. Au début, on fréquentait des zincs parisiens. Cette scène est considérée comme celle du pauvre. On s’y produisait quand il n’y avait pas d’autres endroits où jouer. Et puis, un peu plus tard, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un poème de Prévert intitulé ‘Debout devant le zinc’. Ce qui nous a confortés dans ce choix.

La musique balkanique et le jazz manouche, c’est votre fond de commerce ?

S : Au début, c’était le cas. Ce sont nos influences fondamentales. C’est la raison pour laquelle on y reste attachées. Mais il est vrai qu’on s’en est éloigné depuis. Ou plus exactement, on les a intégrées, digérées.
R : Oui mais le jazz manouche est quasiment passé à la trappe. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne l’aime pas. Un morceau figurait dans notre répertoire, à l’époque. On écoute encore ce type de musique ; mais il n’entre plus en ligne de compte dans notre création. Faut dire qu’aujourd’hui, on dispose d’une palette tellement large de sources. Et on continue à mêler les genres pour obtenir quelque chose de nouveau. C’est devenu du mélange de mélange de mélange… D’ailleurs les références balkaniques sont également reléguées au second plan…
S : Evidemment quand tu te sers d’un violon, d’une clarinette, d’une contrebasse, d’un accordéon et d’autres instruments du style, on ne peut qu’avoir une propension à pratiquer ce style musical. Mais c’était surtout vrai à l’origine, quand on se produisait dans la rue. Cette époque date quand même d’une vingtaine d’années.

Quel est le processus d’écriture des lyrics et de la musique ?

R : Nous sommes deux à écrire les textes. Et la musique est composée en groupe. Afin d’être tous impliqués dans le processus, il est important que chacun se réapproprie les morceaux.

S : C’est ce qui diffère entre un véritable collectif et des musiciens qui sont au service d’un leader. Tout le monde y met un peu du sien, se reconnaît dans le propos, dans la musique et s’approprie vraiment les choses en ayant le droit de dire ‘C’est ma chanson’.

Et qu’est-ce qui vous inspire pour l’écriture de vos chansons ?

S : En deux décennies, il y a vachement eu du changement. On ne traite plus des mêmes sujets à vingt ans ou à quarante ans. A travers les textes, on reflète des émotions…
R : On a longtemps privilégié les chansons d’amour. Aujourd’hui, on s’intéresse davantage à des questions existentielles sur lesquelles on bute. Un obstacle qu’on n’arrive pas à franchir se traduit souvent en chanson. Et lorsqu’on est sur notre lancée, on s’ouvre alors à des thèmes plus larges. Sur le dernier album, par exemple, on en traite des tas de différents.
S : Le prochain disque sera moins introspectif que le précédent. Un peu plus ouvert sur le monde, également. Ces premières chansons d’amour étaient, pour ma part, de fausses chansons d’amour. On en a conservé quelques-unes, mais on exprime maintenant surtout ce qu’on ressent par rapport à des questions difficiles à expliquer...
R : Elles traitent surtout des relations humaines.
S : On les relate en se servant de nos mots. Mais on cherche à leur donner une forme un peu poétique. Et ce qui devient magique, c’est que les gens comprennent des messages différents de ceux qu’on a voulu faire passer. En quelque sorte, ils s’approprient à leur tour les chansons. Et ça c’est absolument génial. On donne une chanson. On la livre en pâture. Et eux se disent : ‘C’est pour moi qu’il l’a écrite. C’est ma vie qu’il décrit.’ Elle pénètre dans leur existence ; et c’est ça qui est fort. Elle se transforme en odeur ou un souvenir vraiment précis d’une époque.

En deux mots, à quoi ressemblera le nouvel opus ?

S : Il en faudrait bien plus pour le décrire. Si avait pu le définir en deux mots, on l’aurait limité à autant de termes. Certains titres sont plutôt rock et les autres sont plutôt moulés sous un format ‘chanson’. L’équilibre recherché est différent. Il s’intitulera « Eldorado ». Il parle de nous et du monde. C’est le premier album enregistré depuis vingt ans auquel participent deux nouveaux membres.
R : C’est un tournant, mais il poursuit une même route. Et comme je le soulignais tout à l’heure, les deux nouveaux apportent leur coloration à l’ensemble. Et on ressent ces nuances. D’autant plus qu’il s’agit de la basse et de la guitare, des éléments qui constituent le fondement de la structure musicale. Le son est un peu différent, mais il appartient toujours à notre univers. Cinq musicos figurent toujours dans le line up, quand même. C’est tout simplement une nouvelle aventure qui continue…

Sur votre elpee « La fuite en avant », paru en 2011, figurait un titre qui s’intitulait « Sur le fil, l’équilibriste ». Reflétait-t-il une certaine forme d’état d’esprit entretenu par le groupe, à l’époque ?

R : On écrit chacun de notre côté, en équilibre. Nous sommes des indécis. C’est notre mode de fonctionnement.
S : Le plus drôle, c’est que lorsqu’on a pondu ces chansons on a utilisé des mots sans se concerter. Ces assonances forment un groupe. Finalement, on s’est retrouvé sur le même champ lexical.
R : Il existe plein de paramètres. C’est une question d’âge aussi. On traverse des événements similaires à un certain moment de la vie. Et ils peuvent se retrouver dans des titres de chansons, dans des thèmes. En l’occurrence, quand on creuse un peu, elles ne racontent pas du tout la même chose. Mais il est vrai que de telles similitudes sont étonnantes. Je n’avais pas fait le rapprochement.

Existe-t-il une grande différence entre le live et le studio pour le groupe ?

S : Oui. Au début, il n’y en avait pas tellement. Notre ex-guitariste était très ‘à cheval’ là-dessus. Il disait : ‘Un disque et un concert, c’est totalement différent’. Faut dire qu’on a commencé par jouer en public. Ensuite, on a eu l’opportunité d’enregistrer. En mettant en exergue les arrangements musicaux. Sur les planches, en fait, on n’a pas le temps de tout voir. De tout entendre. De comprendre la signification des textes. De discerner tous les arrangements. On est surtout sensible à l’ensemble, à une énergie, des émotions qui sont un peu brutales. Donc, c’est forcément différent d’un disque qu’on peut réécouter à loisir en se concentrant sur le son ou un instrument particulier, en relevant une parole marquante ou une intonation particulière. Donc oui, c’est différent.
R : Souvent, on réarrange un peu les morceaux pour la scène ou on accélère leur tempo. Mais c’est quand même la même matière au départ.

Quelle importance accordez-vous aux harmonies vocales ?

S : C’est un fantasme !
R : Nous ne sommes pas les Beach Boys, mais on essaie de soigner les harmonies et la mélodie. Surtout la mélodie. Elle est importante pour nous. Elle doit pouvoir nous bercer, nous transporter. Mais aussi le climat musical au sein duquel baigne la chanson. Ce que cette musique peut communiquer comme couleur et émotion. Son message. Le texte est également primordial.
S : Nous souhaitons que les chansons restent gravées dans la tête. Tant la musique, les paroles que la mélodie. J’ai aussi constaté qu’un disque s’écoute rarement en groupe. A contrario du concert. Les chansons appartiennent à une certaine forme d’intimité. C’est la petite madeleine de Proust que chacun écoute à un moment de sa vie, à un moment où il est tranquille.
S : Perso, la voix est un moyen d’expression. Nous aimons le chant, mais nous ne sommes pas des chanteurs à voix. On raconte simplement les événements qui nous arrivent ou qui arrivent aux autres.

C’est une fille qui se consacre aujourd’hui à la guitare. Qu’apporte-t-elle en plus dans le groupe ?

R : Rien du tout (rires).
S : Ce n’est pas important que ce soit une fille.
R : Parce que c’est une femme ? Elle a sa propre personnalité et son toucher de guitare est très personnel, gracieux. Féminin, bien évidemment. Ce qui ne l’empêche pas de pouvoir rentrer dedans.

Nos interlocuteurs avouent apprécier Léonard Cohen, Neil Young et les Beatles. Ou plus exactement un hybride entre les trois. Jacques plutôt que Thomas Dutronc, car il n’est pas de leur génération. Trust également. Romain estime que Renaud est un grand poète. Ils considèrent Gainsbourg comme le plus anglo-saxon des compositeurs français. En fait, ils aiment davantage le rock anglais qu’américain. Où, à leur avis, les artistes y sont plus créatifs. Quoique Calexico impressionne particulièrement tous les musicos de la troupe. Enfin, parmi les Belges, ils connaissent Balthazar, Stromae (bien sûr) et apprécient Puggy, qu’ils ont justement découvert au LaSemo…

En concert, dans le cadre de la fête de la Wallonie, ce samedi 17 septembre 2016, à Namur.

 

LYS

Un rêve d’adolescent, devenu réalité…

Écrit par

Quatuor breton, LYS jouit d’une authentique crédibilité outre-Manche. Faut dire qu’il a bénéficié, notamment, du soutien voire de la collaboration de Steve Hewitt (batteur emblématique de Placebo), du fameux producteur anglais Paul Corkett (The Cure, Bjork, Nick Cave, Radiohead, Fiction Plane, Placebo…) ainsi que de Craig Walker (Archive, The Avener). Le groupe se produisait, pour la deuxième fois, dans le cadre du festival ‘La Vie en Rock’, un événement destiné à récolter des fonds pour la lutte contre le cancer (NDR : ne pas oublier que cette maladie tue, chaque année, 3 500 Hennuyers). Nicolas, son leader charismatique, a accepté de répondre aux questions de Musiczine…

Dès les premières secondes de « Redbud », la musique baigne au sein d’un climat festif et communicatif ; elle est plus rock et plus mature que sur le précédent opus. Aviez-vous fixé une ligne de conduite particulière pour enregistrer cet elpee ?

En fait les éléments se sont goupillés tout naturellement. Je souhaitais concocter un album positif. Le premier était plutôt mélancolique. Celui-ci l’est un peu moins ! Je voulais qu’il soit plus entraînant. J’avais vraiment envie de faire évoluer le son.

On retrouve du beau monde derrière ce disque. Notamment, Steve Hewitt (ex-batteur de Placebo), Paul Corkett (producteur anglais de The Cure) et aussi Craig Walker (ex-Archive), qui cosigne certains lyrics et figure comme invité sur « The Mistake ». Comment ces collaborations sont-elles nées ?

Il est clair que collaborer avec des pointures du genre constitue un plus dans la carrière d’un artiste ! Est-ce indispensable ? Je ne le pense pas ! C’est clairement une belle carte de visite, par contre ! Se nourrir de l’expérience des uns et des autres permet de progresser et de se redéfinir dans la confiance que l’on peut avoir vis-à-vis de soi et d’autrui.

On sent chez LYS une certaine filiation avec le meilleur des hymnes pop rock anglo-saxons. De qui Lys pourrait être est le digne successeur ?

Nous sommes assez proches de la ligne mélodique de Placebo. J’adore la première époque du groupe. Il a apporté du neuf dans le rock ! En France, il n’y a plus vraiment d’émergence dans l’univers du ‘rock alternatif’. La mouvance est surtout électro, rock-électro ou encore indie. Nous sommes peut-être le premier groupe de rock alternatif qui mise sur la qualité (rires).

Le premier long playing vous a permis de vous produire en Europe, et notamment à Londres, mais également aux Etats-Unis, au travers de grands festivals comme le SXSW d’Austin ou le CMJ de New York, en 2013, ainsi qu’en Chine au MIDI de Shanghaï et Beijing, en 2014. Que retirez-vous de ces expériences ?

Une richesse artistique et humaine à la fois ! Par exemple, en Chine, le bénéfice a pris davantage la forme scénique que professionnelle. Le public, très nombreux, a été réceptif à notre univers. C’était tout simplement magnifique. Comparativement au Texas, la démarche était donc un peu différente ! Les Américains aiment le rock et y connaissent un rayon ! Nous avons pu rencontrer des gens du milieu et nouer des contacts professionnels. Leur spontanéité est très appréciable !

Aujourd’hui, on est loin de vos premières répétitions dans ce vieil hangar breton. Quel regard portes-tu sur ton parcours et celui de LYS ?

J’ai fait de la musique, mon métier ! Un rêve d’adolescent ! Devenu réalité aujourd’hui ! J’ai davantage les pieds sur terre que je ne les avais autrefois ! Je reste conscient que tout peut s’arrêter un jour sans crier gare ! Ce monde est friable ! La somme de travail et d’investissement est colossale ! Je me suis battu pour devenir ce que je suis ! Plus globalement, peut-être aurions-nous pu prendre davantage d’envergure… Nous avons déjà une certaine notoriété ! Nous ne le devons qu’à nous-même !

LYS est un groupe français qui chante en anglais. Est-ce un choix artistique ou marketing pour mieux s’exporter ?

Il s’agit d’un choix purement artistique !

Comment se déroule le processus de création ? Es-tu le seul aux commandes ou chacun apporte-t-il ses idées ?

Chacun peut amener sa pierre à l’édifice. Généralement, j’amène la base, c’est-à-dire la mélodie, la structure et les textes. Anthony, mon guitariste ajoute des riffs qui communiquent au format une couleur particulière. Steve Hewitt a assuré la partie rythmique.

Le line up de LYS a beaucoup changé depuis ses débuts ! Est-il difficile de maintenir le paquebot malgré les défections de certains de ses matelots.

Les gens se barrent parce que je suis un gros con (rires) ! Peut-être que certains le pensent après tout (re-rires) ! Pour rester sérieux, constituer un groupe est un travail de longue haleine. Idem pour garder ses membres ! Depuis 2013, ce sont plus ou moins les mêmes ! Il suffit de s’entourer de la bonne équipe ! Me concernant, j’ai mis du temps à la trouver, c’est vrai…

La bassiste est nouvelle au sein du band…

Il s’agit de notre troisième bassiste depuis la constitution du groupe en 2008 !

Confidence pour confidence, celle qui figurait dans le clip « In my mind » dégageait quelque chose…

C’était notre première bassiste !

Si je te dis que j’ai fantasmé sur cette femme…

Pas étonnant ! Moi aussi, il y a très longtemps. C’était ma copine de l’époque (rires).

Oups, désolé !

Ne le sois pas (rires), c’est naturel !

Je suis rassuré alors (rires) !

Tout compte fait, sois désolé ! Non, je déconne (rires) !

En écoutant LYS, on a l’impression que le temps n’a pas d’emprise sur les tubes… Il y a une sorte d’intemporalité dans les sons et les arrangements, à l’image de The Cure, par exemple…

J’adore ce groupe ! Je les ai redécouverts récemment ! Ca me fait plaisir ce que tu dis ! J’espère que tu as raison ! L’avenir nous le dira !

C’est la deuxième fois que LYS se produit dans le cadre de la Vie en Rock. Est-il important pour vous de participer à ce genre d’évènement caritatif ?

Oui, effectivement, c’est très important ! Je connais un peu l’organisatrice (NDR : Janique Saussez). Elle nous suivait régulièrement lors de nos passages en Belgique. C’était une fan. Une groupie même en quelque sorte. Toujours fidèle à notre univers. Du coup, j’estimais tout à fait logique d’être présent au festival qu’elle organise. Par rapport à ce qu’elle a vécu aussi en particulier et à la thématique de ce soir en général ! C’est un fléau ! Il faut le combattre ! Les artistes doivent pouvoir s’impliquer pour récolter des fonds !

Vous êtes-vous déplacés expressément pour cette date belge ?

Nous avions un concert en France hier soir ! Nous étions donc sur la route ! Mais, nous aurions pu faire un aller-retour uniquement pour cette date belge.

D’autres participations pour d’autres causes ?

Oui ! Pour l’association Laurette Fugain qui lutte contre la leucémie. Nous avions joué à l’Olympia de Paris.

Les artistes étrangers disent souvent que le public belge est bon client. Quel est ton rapport avec la Belgique ?

Les Belges sont effectivement de bons clients, mais davantage en cas d’effet de masse. En dehors, ils sont un peu timides, quand même ! Ce soir par exemple, il a fallu attendre la fin du set pour que le public ne sorte de sa léthargie !

De qui te sens-tu artistiquement proche en Belgique ?

J’aime beaucoup Ghinzu. dEUS également. Puggy aussi, c’est sympa. Arno est un artiste assez éloigné de notre univers, mais l’homme me plait. C’est un type complètement décalé. Ca fait du bien d’avoir des mecs comme lui dans le paysage musical !

On dit souvent qu’une fille au sein d’un groupe de garçons suscite une certaine rivalité. Cette cohabitation provoque-t-elle ce phénomène chez Lys?

Pas du tout ! Pas avec Manon en tout cas ! Je te rejoins, les nanas sont chiantes par essence (rires).

Vous avez été repérés par une grande marque de vêtements qui a sorti une ligne à votre nom ‘LYS by IKKS’. C’est quand même assez peu courant non ?

C’est une opportunité qui s’est présentée en 2012. Cette idée m’a séduit immédiatement ! Ce qui a permis de se produire en showcase dans des magasins approvisionnés par IKKS. Sans oublier les fringues et une bonne communication surtout ! C’était une expérience super sympa !

Pour terminer, as-tu une petite info croustillante à dévoiler pour les lecteurs de Musiczine ?

Nous allons probablement partir en tournée au Japon, en Afrique du Sud et en Australie. Nous sommes sur des plans exotiques en ce moment.

 

 

An Pierlé

Les années 'new wave' ont façonné ma culture musicale

Ce matin, c’est le bonheur : je suis invité à boire un café chez An Pierlé. Elle habite en plein centre de Gand, dans une maison sise à deux pas de l'église Sint-Jacobs, en compagnie de son partenaire Koen Gisen. J'ai toujours beaucoup aimé cette artiste flamande, mais son tout nouvel album, ‘Arches’, paru chez [PIAS], a touché une corde sensible, voire même plusieurs cordes sensibles au plus profond de mon être. Il est plus sombre, plus mystique que ses précédents opus, surtout grâce aux grandes orgues, omniprésentes, et aux compositions 'dark' et sensuelles qu'il recèle.

Nous rentrons dans la salle de séjour, une grande pièce de type loft qui ressemble à un gentil capharnaüm. Entre les jouets de la fille d'An, Isadora, les peaux de serpent et les vieux meubles vintage, on découvre un magnifique piano à queue de couleur noire. Ne résistant pas à la tentation d'en jouer, j'égrène les premières notes de ‘Wuthering Heights’. An chantonne la mélodie en préparant le café et me lance : ‘Wow: tu joues bien! Il faudrait que je travaille les accords de ce morceau!’

Ce qui frappe chez An Pierlé, c'est son incroyable simplicité. Elle a cette façon si chaleureuse de sourire et de vous accueillir que l'on se sent immédiatement à l'aise, comme si on appartenait à sa famille.

Tout naturellement, nous entamons la conversation en parlant des années 70 et 80, l'âge d'or de la musique, qui nous a tous les deux tellement marqués. J'aimerais savoir quelles sont les chansons qui ont provoqué un flash chez elle quand elle était jeune. "J'ai eu pas mal de flashs quand j'écoutais la radio. Il y avait une chanson qui passait et tout à coup, le monde s'arrêtait de tourner et j'étais comme fascinée. J'ai vécu cette sensation en écoutant ‘Such A Shame’ de Talk Talk, une chanson que j'ai d'ailleurs reprise par la suite. La même chose pour Gary Numan et son ‘Are Friends Electric?’ Notons au passage que c'est en adaptant ce titre-phare de la new wave qu'An s'est fait connaître lors du Humo Rock Rally, en 1996. "Il y avait aussi ‘The Cold Song’, de Klaus Nomi et, bien sûr, Kate Bush. J'aimais aussi Siouxsie, Jona Lewie ainsi que Men Without Hats, et notamment la vidéo de ‘Safety Dance’. Ces chansons étaient pour moi comme des films, des univers dans lesquels je pouvais me plonger. Les années 'new wave' ont façonné ma culture musicale."

On retrouve toutes ces influences dans les six elpees que l'artiste d'origine anversoise a publiés à ce jour ; de ‘Mud Stories’, paru en 1999 à ‘Arches’, en 2016. Mais sa tout dernière production marque une évolution assez remarquable au niveau des compositions, des arrangements et des atmosphères. Comment ce processus s'est-il mis en place? "C'est venu naturellement. J'ai été choisie comme compositrice officielle de la ville de Gand ; ce qui m'a plongée dans l'univers des musiques d'église et m'a incitée à m’intéresser aux grandes orgues. Ces paramètres ont poussé lentement, comme des petites graines. On a bénéficié de pas mal de temps pour écrire… deux ou trois ans. C'est la raison pour laquelle l'album est plutôt de nature ‘classique’, articulé autour de l'orgue et qu’il baigne dans une ambiance assez solennelle."

Le titre qui frappe le plus sur ‘Arches’ est sans conteste ‘Birds Love Wires’. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe cette compo. Mais quel en est le thème? "C'est une chanson qui part d'une vision : les oiseaux sur les fils téléphoniques. C'est une vision d'enfance car, de nos jours, ces câbles sont tous souterrains. J'ai associé cette vision avec celle, très crue, des femmes qui sont persécutées dans certains pays orientaux. Là-bas, ils pendent les femmes même pour des fautes insignifiante". C'est donc une approche de la composition visuelle, plutôt cinématographique? "Oui, ce sont toujours des images qui me traversent l’esprit, surtout quand je vais me promener dehors. Ou alors, ce sont des mélodies que j’imagine derrière mon piano. ‘Birds Love Wire’, je l'ai élaborée lors du soundcheck quand on s’était produit au festival Boombal. J'avais déjà quelques idées mais là, j'ai profité des circonstances. Tout était installé et l'ingé-son enregistrait pour improviser la chanson complète. Et lorsque je l'ai fait écouter à Koen, il a dit que c'était parfait, qu'il n'y avait rien à changer et ça, ça n'arrive pas très souvent!" (rires)

En parlant de Koen, An décide de m'emmener un étage plus bas, dans le studio, où son partenaire travaille en compagnie d’un groupe local, North. Ici, l'ambiance est feutrée, étouffée par les tapis orientaux disposés à terre et sur les murs. Les vieux Revox et les amplis à lampes côtoient les ordinateurs équipés de 'Pro-Tools'. Nous discutons des productions du label du couple : Helicopter, qui impliquent des formations flamandes talentueuses comme Kiss The Anus Of A Black Cat, The Black Heart Rebellion ou The Bony King of Nowhere. Koen explique le défi qu'a représenté l'enregistrement des orgues de l'église Sint-Jacobs pour l'album ‘Arches’. "On enregistrait la nuit pour éviter les bruits de la ville. Il a aussi fallu intégrer ce son énorme, chargé de réverbération, dans la structure sonore des chansons. Tout un travail sur les fréquences, les effets et le positionnement." Le résultat est, inutile de le rappeler, parfait.

Nous revenons dans le living, car An me réserve une très belle surprise. ‘Cluster’, le mini-album qui servira de seconde partie au diptyque ‘Arches/Cluster’, est déjà bien avancé et j'ai droit à un 'preview' des enregistrements! ‘Road To Nowhere’, qu'elle avait déjà interprété aux Nuits Bota, fait à nouveau forte impression. C'est une lente incantation qui se développe dans une progression lancinante et quasi dissonante. Les autres titres sont dans la lignée de ‘Arches’ mais ouvrent également une dimension plus expérimentale. Un album 'sequel' qui promet! Il devrait sortir en septembre mais comme le 'release' de ‘Arches’ en France a été reporté, le planning pourrait être décalé.

La conversation se poursuit. An me dévoile ses coups de coeur et, notamment Wovenhand. C'est d'ailleurs chez elle que Pascal Humbert a préparé le ciné-concert des Nuits Bota consacré au film de Bouli Lanners ‘Les Premiers, Les Derniers’. An indique également qu'elle a assuré la première partie de 16 Horsepower aux Pays-Bas. Elle évoque Mensen Blaffen, la formation athoise de post-punk qu'elle aimait dans les années 80 sans imaginer que son saxophoniste allait devenir l'homme de sa vie. Malheureusement, après plus de 2 heures, notre interview arrive à son terme, car la belle soit s'occuper de la B.O. du spectacle pour enfants auquel sa fille va participer.

Je remercie mes hôtes et je prends congé. En marchant sur les trottoirs de Gand, je me rends compte que je n'ai pas seulement réalisé une très belle interview d'une artiste tout aussi douée qu'attachante. J'ai fait encore mieux : j'ai rencontré quelqu'un qui, je l'espère, sera à l'avenir une véritable amie.

Ne manquez pas les prochains concerts d'An Pierlé:

          23 juillet: Boomtown (Gand)
          7 août: Festival Dranouter
          13 août: BSF (salle de La Madeleine)
          8 septembre: De Roma (Anvers)
          10 septembre: CU Festival (Liège)
          23 septembre: Muziekgieterij (Maastricht - NL)
          29 septembre: Orgelfestival (St Niklaas)
          5 octobre: Eglise Saint Eustache (Paris - FR)
          22 octobre: Sint-Jacobs (Gand)

Pour lire le compte-rendu du concert d'An Pierlé dans l'Eglise des Dominicains (Nuits Bota), voir ici 

Pour visioner la vidéo de ‘Birds Love Wire’, réalisée par la fille de Jaco Van Dormael, Juliette Van Dormael, c’est  

 

 

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