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Karavan

On voyage en Karavan et puis on se gare à Bruxelles…

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Karavan est un collectif réunissant 8 chanteurs : Nicole Bongo - Letuppe, Marie-Ange Tchaï Teuwen, Fredy Massamba, Myriam Gilson, Djubebe Kalume, Epolo Mabita, Mister Mo et Soul T. Une découverte faite à l'Ancienne Belgique, en première partie de Sinead O'Connor. Le répertoire de ce groupe afro-bruxellois est essentiellement composé de reprises d’Arno. Interprétées a cappella. Nicole et Marie-Ange se sont fait les porte-parole du team, un entretien qui s’est déroulé dans les loges de l'Ancienne Belgique, juste après la ‘release party’ consacrée à la sortie de leur premier album, « Arnoquins »…

Que signifie « Arnoquins » ?

Nicole : C’est un projet qui a été réalisé par 8 chanteurs/musiciens. Nous appartenons à un collectif baptisé ‘Les Anges Compagnie’ qui existe depuis une bonne quinzaine d'années. Arno nous a sollicités pour exécuter des choeurs sur différents projets, émissions télés et aussi lors des festivals. Mais avant tout pour son dernier album, « Future Vintage ». Puis on est tombé sous le charme du personnage et de son répertoire. Et on en a conclu qu’il aurait pu être intéressant d’adapter des chansons d'Arno a capella, à la sauce Karavan. Nous sommes tous d'origine africaine. Nous adorons Bruxelles. Il y a plus d'une dizaine d'années que nous y vivons. Nous sommes devenus des Afro-bruxellois. Certains affirment que les Africains n'apportent aucune valeur ajoutée à la Belgique. Et bien, musicalement, on démontre le contraire. On a ajouté notre petite touche afropéenne au répertoire d'Arno. Ce qui s’est soldé par la confection d’« Arnoquins ».

Sur la scène pop/rock belge, Arno est considéré comme un extra-terrestre, un artiste un peu déjanté. Vous confirmez ?

Nicole : Tout à fait ; et c'est ce qui nous plait. Il faut dire que nous sommes de la même famille. A cause d’un cousin très lointain dont nous sommes à la recherche depuis longtemps. Un albinos… Et nous sommes également issus d’une famille bien déjantée. Lui, il a continué dans son 'albinoserie' et nous dans notre 'noiraterie'. Et nous nous sommes retrouvés à Bruxelles pour élaborer ce projet qu'il soutient, tout comme l'Ancienne Belgique…

Il y a d’autres structures qui vous épaulent ?

Nicole : Oui. La maison de la Culture de Saint-Gilles. Le café concert ‘Le Bravo’. Ce n'est pas très loin d'ici, nous y sommes allés travailler quelquefois. Egalement la ‘Maison Des Cultures’ de Molenbeek. Beaucoup de gens ont été sympas avec nous. Ce qui a permis au projet de libérer de bonnes énergies. C'est un peu magique. On a l’impression d’être sur un coussin d’air qui nous guide vers les personnes adéquates et les endroits propices. Je ne vais pas tomber dans le mystique et compagnie. Je crois qu’on attire ce qu’on projette. Il n'y a pas de mystère. On met tout son cœur et on s'éclate. C’est alors que les bonnes énergies naissent et que les bonnes rencontres se concrétisent...

Pas facile de concilier vos goûts musicaux, quand on est aussi nombreux au sein d’un groupe ?

Marie-Ange : C’est ce qui est intéressant. Nous sommes un peu des univers différents. Il y a 8 personnes, mais le line up a changé au cours de la dernière année. On se connaît cependant depuis assez longtemps. Nous avons également d’autres projets. Nous avons enregistré un disque a capella, il y a 15 ans. Il était plus classique et plus pointu dans son approche vocale ; notamment dans les harmonies et les polyphonies. Nous nous rendions dans les centres culturels en Allemagne. Le concept était très sérieux. Nous voulions aborder une formule plus légère. Il fallait donc réunir des personnes à la sensibilité plus urbaine. Parce que « Arnoquins », c'est aussi une façon de voir Arno dans les yeux des citadins. C'est à Bruxelles que l'on s'est rencontré. C'est Bruxelles qu’on raconte. Tout comme Arno. Il fallait impliquer des artistes plus proches du hip hop. Les influences des membres du groupe sont différentes. Fredy Massamba milite dans l'afro soul. Mais chacun apporte sa propre touche : old school ou new school. Myriam est ainsi la chanteuse classique du groupe. Nous sommes une petite brochette d'extra-terrestres.

Qu’est-ce que le collectif ‘Les Anges' ?

Marie-Ange : Un collectif qui a gravé un album en l’an 2000.
Nicole : C'est par respect pour son fondateur qu’on en parle ; mais pour Karavan, c’est du passé…

Votre répertoire est constitué de versions a capella de chansons signées Arno. Vous en interprétez d’autres ?

Nicole : Nos premières expérimentations figurent sur ce disque paru au début du millénaire. Il s’agit de chants traditionnels slaves ‘gospellisés’ et africanisés. C'est cet album qui a incité Arno à nous rencontrer. Des blacks qui chantent du russe et du roumain en gospel, il estimait que c’était original. Il était intéressé ; et à l’issue de notre rencontre, il nous a invités à apporter notre collaboration au projet. C'est le point de départ. Le premier volet a été réalisé en Europe de l'Est, le deuxième à Bruxelles, en compagnie d’Arno. Peut-être que pour le troisième, on s’attaquera au répertoire de Joe Dassin. L’an prochain ? On n’en sait rien…

Lorsque vous avez assuré le supporting act pour Sinead O'Conor, la setlist n’était pas intégralement composée de reprises d'Arno…

Nicole : Sur l’album, deux titres ne sont pas issus de la plume d’Arno, « Bruxelles » et « Karavan ».

Y a-t-il, dans le répertoire d’Arno, une compo qui a une signification particulière pour Karavan ?

Marie-Ange : « You Gotta Move », un vieux morceau de blues issu des années 50 qu’il reprend en ‘live’.
Nicole : Cette plage remonte aux sources. Aux origines de l'esclavage. Les champs de coton aux Etats-Unis. C’est une chanson qui nous parle. Elle ouvre notre spectacle. On voyage en Karavan et puis on se gare à Bruxelles. Et le show peut commencer…

Pour réaliser un voyage entre différentes cultures. Sur une base d'Arno?

Marie-Ange : Déjà Arno, à la base, c'est un être hybride.
Nicole : Si on me dit qu'Arno est un nègre blanc, je le crois. C'est un albinos qui nous vient de l'espace.

La pochette est plutôt réussie. Qui s’en est chargée ?

Marie-Ange : Lara Herbinia, une photographe talentueuse. Encore une belle rencontre. Comme la nôtre. De voir qu’on s’intéresse à nous et à notre projet te file du peps. Et nous permet d’être davantage bookés. Une dame est venue nous voir et nous a promis qu’elle allait essayer de nous dénicher des dates. Pour la pochette on est parti du personnage 'Arlequins'. Il est intemporel. Un saltimbanque dont on ne sait pas trop bien s’il est riche ou pauvre, gentil ou méchant. Ses vêtements son couverts de losanges. Entre Arlequins et Arnoquins, le rapport était facile. Mais pour l’illustration, Lara a dû effectuer des recherches sur ces losanges. On lui a quand même refilé quelques idées. Mais la gestation a nécessité quelques mois, quand même…

Lara vient justement de débarquer…

Lara Herbinia : Lors de notre première rencontre, votre idée était bien claire, ce qui était pratique. Vous souhaitiez une galerie de portraits dont les gens portent des masques. Et vous m’avez précisé qu’il ne fallait pas qu’on vous reconnaisse, afin d’être interchangeables. Et évoquer votre belgitude tout en se référant quelque part à Arno…

(Photo Lara Herbinia)

Tom McRae

Mes influences ne sont pas nécessairement musicales…

De son véritable nom Jeremy Thomas McRae Blackall, Tom MacRae est né le 19 mars 1969, à Chelmsford, en Angleterre. Son premier elpee est paru en 2000. Il est éponyme et est suivi d'une tournée qui passe par les Transmusicales de Rennes, une première partie pour Autour de Lucie à Paris, puis 11 dates en tête d'affiche ainsi que la participation aux festivals d'été. Au cours de son premier périple, il s’intéresse au répertoire d’artistes français majeurs : Alain Bashung (en compagnie duquel il partagera l'affiche lors de sa tournée destinée à promotionner son deuxième LP), Miossec, Keren Ann, Françoise Hardy et Dominique A. Tom est nominé, sans pour autant remporter de prix, au Mercury Music Prize ainsi qu'aux Q Awards. Il y a plus de 15 ans que Tom sévit sur le circuit rock conventionnel. Il est également considéré comme l'un des meilleurs chanteurs/compositeurs insulaires. Pour enregistrer « Did I Sleep And Miss The Border », son 7ème opus, il a rappelé son fidèle backing group, un disque dont les sessions se sont déroulées au Pays de Galles et dans le Somerset.

Sous un superbe soleil, nous débarquons au Huis 123 de l'Ancienne Belgique. Il est 16h15. Bien installés dans de confortables fauteuils, l’entretien peut commencer.

Question bateau pour commencer, peux-tu nous parler du processus d’enregistrement de ton dernier elpee, « Did I Sleep And Miss The Border » ?

En 2010, j'ai tourné en compagnie de musiciens avec lesquels je me produisais –pour certains et un peu moins pour d’autres– depuis une quinzaine d'années. Après cette aventure, je ne souhaitais plus reprendre la route immédiatement sous une même formule. Je voulais tenter une autre expérience. J'ai donc gravé un disque plus personnel, davantage épuré, en 2013. Mais dans ma tête, je repensais toujours aux moments au cours desquels nous étions tous ensemble et à ce que nous étions capables de proposer. J’ai donc eu envie de composer une œuvre qui soit dans leurs cordes et qui leur permette d’apporter la pierre à l’édifice. L'écriture des chansons et l’exercice des démos ont pris un peu plus de temps de prévu ; mais finalement, après quelques années de séparation, on s’est retrouvé en studio. Sous leur impulsion, certains morceaux ont été retouchés. Et très progressivement, le résultat a pris forme, tenant compte du témoignage de nos existences, lorsque nous formions ce bon groupe…

Tu as vécu pas mal de temps à New York. Tu es revenu en Angleterre ?

Oui, j’y vis à nouveau, depuis cinq ans. Mais, je compte encore déménager. Je pense m’installer en France quelque temps. J’ai constamment l’envie de changer d’air…

Tu ne te plaisais plus à New York ?

J'ai aimé y vivre. J'y retourne régulièrement. J'y ai passé un mois à Noël cette année. C'est un endroit qui te communique une inspiration incroyable. Un peu comme Londres, Paris ou Bruxelles. Une énergie prodigieuse émane de toutes ces grandes villes. C’est peut-être un cliché, mais New York évoque une forme de romantisme et de poésie qui t’ouvre l’esprit, un peu comme dans les films et les livres. C'est aussi une métropole où on peut circuler très facilement. J'y ai vécu et je m'y sens comme à la maison. Je sais où je suis et où je vais. J'ai des amis là-bas. Il n'y a pas beaucoup de vrais New-Yorkais qui y sont nés et y ont grandi. Elle est tellement grande et mythique. Elle a une telle envergure et pas uniquement d'un point de vue géographique. Il est agréable de s'y abandonner, s'y laisser porter par le courant des événements. Et j'aime ça, ce sentiment de disparaître dans le ventre d'une cité qui est tellement plus que ce que vous ne serez jamais. En plus, c’est assez rassurant.

Tes parents sont pasteurs. La religion est-elle importante pour toi ? Dicte-t-elle ton écriture ?

Non, la religion n'est pas importante à mes yeux. D'un point de vue sociologique, le comportement des gens par rapport à la religion, leur manière d'y répondre, m'intéresse, mais je ne suis pas quelqu'un de pieux. J'ai grandi dans une famille religieuse et tout un temps, j'ai dû faire partie de ce monde. Mais je l'ai très vite rejeté, car ce n'était pas pour moi. Il est très intéressant de grandir dans cette sphère afin de ressentir le pouvoir de la musique, le pouvoir de chanter dans un choeur dans une église, de vivre cette expérience spirituelle, mais cette implication était étrangère à Dieu ou la Bible ou n'importe quelle religion. Non, elle n'est pas importante pour moi. J'aime ses images, que j'utilise dans mes chansons. J'ai grandi en lisant la Bible, en allant à l'église trois fois par semaine. Ce passé fait partie de moi, mais dans un contexte poétique plutôt que spirituel.

Tu ne te produis pas souvent en Belgique. Pourquoi? Tes concerts y sont pourtant chaque fois sold out ?

J'ai de la chance ! C'est une bonne question. Je ne veux pas solliciter le public trop souvent. Je ne veux pas que les gens s'habituent à ma présence. Quand un concert est programmé, je préfère que le public soit enthousiaste et qu’il se dise ‘Il faut qu'on y aille !’ plutôt que ‘Oh, c'est encore Tom McRae, il reviendra l'an prochain’. Je souhaite que ce moment soit spécial. Proposer quelque chose de différent, innover, afin que chaque concert soit unique en son genre, que ce soit en compagnie d’un groupe, d’un quatuor à cordes, en solo ou autre. Et il me faut du temps pour savoir comment y parvenir.

Tu as sorti un LP ‘live’ en 2007. Sa diffusion est confidentielle. Pourquoi uniquement le vendre en concert et sur ton site et pas en magasin ?

Bonne question ! Je pense qu'aujourd'hui il existe une évolution dans notre manière de diffuser la musique et de la partager avec le public. Encore une fois, c'est une question de sollicitation. Si tu sors officiellement un cd afin de le retrouver dans tous les magasins et que les médias en parlent, tu mobilises ce support à un moment précis. Et c'est la formule que j’adopte quand il y a une matière nouvelle ; car je veux que tout le monde se focalise dessus. Pour ce ‘live’, c’est dans le but de faire revivre les spectacles, de les rendre fun. Je les publie après les tournées. Je ne souhaite pas qu’on y prête trop d'attention. Il s'agit plutôt d'un souvenir d'une certaine période. Je ne veux pas que les mélomanes s'ennuient. Et les journalistes n’ont certainement pas envie d’écrire un papier sur le même artiste chaque année. Sinon ils vont s’exclamer : ‘Oh, encore un nouvel album de Tom McRae’. C’est l’explication et ma manière de dire : ‘Voici un petit album, juste pour vous. Je reviendrai avec quelque chose de plus consistant plus tard’.

Tu as démarré ta carrière en France où tu y jouis d’une certaine notoriété. N’est-ce pas un paradoxe d’y avoir rencontré le succès, avant la Grande-Bretagne ?

Oui, j'ai vraiment eu de la chance de fidéliser un public en France et un peu plus tard, en Belgique. C'est très intéressant d'être reconnu dès la sortie de ton premier album, car si on l’espère, on ne s’y attend pas. Et le vivre sur un autre territoire, puis ailleurs encore et voir ce phénomène se propager, c’est quand même particulier... et même formidable. Aussi, dans un pays comme la France, que je connaissais déjà un peu, où j'avais passé du temps, où j'avais voyagé, c'était assez spécial. J'avais le sentiment que si le succès tardait à venir au Royaume-Uni, ce n'était pas grave. Car la France, la Belgique et la Norvège me l’accordaient. Je me suis rendu compte que peu importe qui vous êtes, quelle que soit votre nationalité, quelle que soit la langue que vous parlez, nous sommes tous pareils. Et si vous parvenez à établir une connexion quelque part, un lien très fort se tisse auprès des gens qui se sont manifestés d’abord. C'est un peu comme les premiers qui débarquent lors d’une soirée : ils reçoivent toujours le meilleur accueil.

« Christmas Eve, 1943 » est une ballade empreinte de mélancolie. Mais de quoi parle-t-elle exactement ?

J'ai vu une photo –je ne me souviens plus très bien où, peut-être dans les toilettes– d'un soldat américain de l'armée de l'air, qui était en garnison à Sorrente, pendant la guerre. Il avait épousé une fille du coin. Et j'ai utilisé ce cliché comme point de départ à la chanson, avant d’imaginer ce que cette situation aurait pu entraîner. Et comme j’ai inventé la suite, la fin est devenue tragique. Il la tue et se suicide ensuite. J’avais l’intention d’écrire un texte narratif. De raconter une histoire autre qu’autobiographique, tout en y ajoutant des éléments auxquels je m'intéresse et des petits bribes de moi. J’ai essayé de ne pas uniquement envisager la réalisation d’un album dans on ensemble, mais plutôt comme de petites saynètes, de courts-métrages, de romans, mis bout à bout. Et tout particulièrement ce morceau. Il a été abordé comme un film. Il retrace leur vie commune et leur séparation. Les images y sont nombreuses. C’est aussi le titre dont le mixing a été terminé en premier lieu. Et il est devenu la pièce centrale. J’ai donc placé la barre assez haute pour le reste, car je voulais que les autres plages soient à la hauteur, aussi bonnes, aussi parfaites et intéressantes. Sans quoi, elles n’auraient pas eu leur place sur le disque. Donc c'est une chanson importante.

Pourquoi ne pas avoir inclus « What A Way To Win A War » sur l’elpee ?

Pour deux raisons. J’aime beaucoup ce single ; mais j’avais l’intime conviction qu’il ne collerait pas à l’album. Il aurait rompu son charme, détonné dans son atmosphère. Or, je souhaitais que l’ensemble soit cohérent et propice au voyage. Suis pas sûr qu’un autre label aurait accepté mon point de vue. On m’aurait peut-être imposé d’y ajouter cette compo. Il s’agit de mon disque et je veux en garder le contrôle, dans la plupart des pays où il sortira. Chez les Beatles, « Penny Lane » et « Strawberry Fields Forever » ne devaient pas nécessairement figurer sur « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ». Et ils sont restés à l’état de 45trs. Pourquoi faire payer les gens deux fois pour le même morceau ? J’en ai donc conclu que la formule pourrait être fun. Je l’ai filée aux plates-formes légales, comme Spotify. Je voulais simplement annoncer la sortie de « Did I Sleep And Miss The Border », que cette chanson soit juste, un avant-goût. Et finalement, j’estime le processus intéressant.

Tu vas te produire dans une église, à Courtrai. Dois-tu réadapter tes chansons lors d’un événement aussi particulier ?

Oui, il va bien falloir. C'est toujours différent de jouer dans une église. Tout dépend des musiciens qui vont participer au projet. Pas vraiment facile en compagnie d’un groupe, car il n’est pas possible de faire du rock dans une église. Donc j'imagine que je vais devoir tempérer les ardeurs, mais j’ignore encore comment. Nous n'avons d’ailleurs pas encore commencé à répéter. Repose-moi la question, après le concert.

Certains medias comparent ta voix à celle de Jeff Buckley. Qu’en penses-tu ?

Drôle d’idée ! C’est tout à fait faux. Jeff Buckley avait une voix phénoménale. D’ange même. Je ne chante certainement pas comme lui. Je n’ai pas dit que je chantais faux. Je crois même que ma voix est belle, mais je ne boxe pas dans la même catégorie. C’est une méprise, même si je suis flatté de la comparaison.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

La pauvreté, la faim dans le monde… c’est peut-être désinvolte de ma part, mais mes influences ne sont pas nécessairement musicales. Bien sûr, j'écoute de la musique et il y a des compos que j’apprécie et que je volerais bien. J'aime la manière dont quelqu'un peut créer un univers. Mais, je ne peux pas le copier, il a déjà été réalisé. Pour composer, je me sers de tableaux que j’accroche dans mon studio et j’y épingle des cartes postales, des pages déchirées d'un magazine ; et j’y inscris aussi des idées, des remarques. Une chanson par support. Et lorsque j’entame l’écriture, je récolte toutes ces sources, panneau par panneau. Elles sont multiples et illimitées : des conversations que j’ai entendues dans la rue, à la TV, dans des films, que j’ai lues dans des magazines, etc. Je lis pas mal de recueil de poésies. En fait, je fonctionne comme un aspirateur.

Quels sont les artistes qui t’ont le plus marqué et incité te lancer dans la musique ?

C'est une bonne question. J'estime beaucoup Bruce Springsteen, Paul Simon et Bob Dylan, mais mes références ne se limitent pas à l’americana. Les plus grandes influences résultent d'une période où on est le plus à même d'être influencé. Adolescent, j’étais complètement tombé sous le charme de deux artistes. Tout d’abord Paul Simon. Personnellement, j’ai toujours estimé qu’il écrivait les meilleures chansons, les meilleures mélodies, les textes les plus significatifs. J'avais l'impression qu'il me parlait, qu’il voulait me communiquer une certaine vérité que je devais comprendre ou un message qu'il voulait transmettre et qu'aucune autre musique n’était capable de me procurer. « Bridge Over Troubled Water » a été un album important pour moi. C'était l'un des trois seuls 33trs pop que mes parents avaient achetés. J'écoutais « The Only Living Boy In New York City » en boucle en pensant que c'était ce que plus tard, je voulais faire. Et puis Billy Bragg. J'ai acheté son premier long playing et je l'ai écouté. Ce n’était pas la plus belle voix du monde. L’ensemble était un peu désordonné. La production était sommaire, mais le disque allait tellement à essentiel. C'était juste un gars avec une guitare. Je ne jamais entendu une de ses chansons à la radio. Je ne l'ai jamais vu à la TV. Ce n'était pas une grande star et pourtant sa musique me parlait plus que tout ce que je pouvais voir ou entendre d'autre. Je voulais devenir comme ces deux gars.

Et Miossec, Dominique A ainsi qu’Alain Bashung ?

C'est triste qu'Alain Bashung soit mort. J'ai eu l'honneur d’assurer sa première partie, il y a quelques années et de le rencontrer. Ce sont des artistes majeurs de la chanson française. Ils ont vécu suffisamment longtemps pour avoir eu le temps d’observer tout ce qui se passe autour d’eux tout en continuant à vivre leur musique. Difficile de croire que la future génération parviendra à atteindre leur statut. Dans 25 ou 30 ans ? J’en doute ! En fait, la carrière des artistes contemporains semble tellement éphémère. Difficile se faire une place au soleil, mais encore plus difficile d’y rester. Tellement difficile, qu’un jour on regardera en arrière vers ces Serge Gainsbourg, Alain Bashung ou Johny Cash. Nous n’en connaîtrons plus d’une telle envergure. J'ai eu la chance de pouvoir chanter « La nuit je mens ». C'est vraiment une bonne chanson.

Quel est le dernier album qui t'a le plus marqué et que tu as éventuellement écouté en boucle ?

« Metals » de Feist. J'adore Feist. Quand il est sorti, juste après « The Reminder » qui lui a permis de percer, j'ai pensé que c’était vraiment un disque unique en son genre. Accrocheur, très dur, intéressant et sombre, en même temps. Et une voix vraiment tranchante. J’en ai conclu qu’en matière de recherche sonore, il avait exigé énormément de travail. Que techniquement, c’était difficile à réaliser. Je l’ai écouté en boucle. Puis le « Bad As Me » de Tom Waits. La plupart des gens ont sans doute pensé qu’il s’agissait d’un autre cd de Tom Waits. Mais, pas seulement ; car il est tout bonnement époustouflant. Ces deux albums, je les ai écoutés pendant les sessions d’enregistrement du mien. Pour concocter deux œuvres pareilles, les deux artistes devaient être au sommet de leur art. Vraiment.

As-tu encore des contacts avec Scott Walker ?

Oui, on s'envoie des messages tout le temps ! (rires) Non, en fait depuis bien longtemps. Scott Walker m'avait demandé de me produire au Meltdown Festival (NDR : en l’an 2000 !) Elliott Smith était alors à l’affiche. J'ai pu le rencontrer et passer un moment en sa compagnie. Une entrevue inoubliable. Mais quand on me parle de Scott Walker, je pense immédiatement à Elliott Smith.

En 2015, tu as écrit « Love More or Less » pour Marianne Faithfull, une composition qui figure sur l'opus « Give My Love To London ». Que représente-t-elle pour toi ? Et pourquoi lui avoir écrit une chanson ?

Elle a appris que je connaissais Rob Ellis, le producteur de cet album. Elle était à la recherche d’un auteur-compositeur qu'elle appréciait afin de mettre ses mots en musique pour une ballade destinée à ce disque. Ils avaient une liste, et finalement, ils m'ont choisi. Et quand Marianne Faithfull te demande un service, tu acceptes, parce que c'est Marianne. Donc elle m'a envoyé son texte et je l’ai mis en chanson. Après, j’ignore ce qui peut se passer dans sa tête. Soit elle aimera ou pas. Soit elle l’utilisera. Ou pas. Mais c’est simplement incroyable de l’écouter chanter cette compo en concert. Qu’elle figure sur un long playing auprès de titres signés par des auteurs aussi illustres que Nick Cave, Warren Ellis ou Steve Earle. Elle appartient à cette catégorie d’artistes qui ont du vécu. Comme Alain Bashung. Elle recherche constamment de nouveaux défis. Et son attitude t’inspire.

Tu sembles dégoûté par le système néo-capitaliste. Pour toi, qui tire les ficelles sur cette terre ? Le monde politique ou financier ?

Certainement pas le monde politique. Ce n’est plus le cas depuis bien longtemps. Il sert de paravent. Tout se trame en arrière. Ce sont les marchés, les banques et la haute finance qui contrôlent notre mode de vie. Nous sommes en danger. Nous vivons une époque périlleuse. Et nous sommes impuissants. C’est inquiétant…

L'Europe sociale et économique est malade. La situation des réfugiés qui débarquent en Italie n’est toujours pas réglée. Tous les pays regardent dans leur assiette et finalement, rien ne bouge. Quel est ton avis à ce sujet ?

C'est ce qui se produit quand l'économie va mal. Les gens ne voient plus au-delà de leurs propres frontières. Certains disent qu’il s’agit de patriotisme, mais c'est plutôt du nationalisme voire du paternalisme. C'est effrayant. Cette situation s’est déjà produire dans le passé et elle n’a pas encore servi de leçon. On a vu ensuite quelles ont été les conséquences. Les termes du débat changent et les gens sont dépouillés de leur humanité. On commence par leur attribuer d'autres noms, puis à attaquer les pauvres, les sans-abris, les chômeurs et enfin les immigrants. Comment résoudre ces problèmes ? En construisant une Europe unie. En adoptant une politique européenne commune afin d’aider ces êtres humains qui fuient la persécution et la précarité. Nous sommes tous des êtres humains. Et je suis toujours surpris... ou finalement, ce n’est pas une surprise... Ces événements me désolent, car personne ne prend en charge le véritable problème. On manque d'imagination. Malheureusement, la question des immigrés est loin d’être résolue. On essaye de limiter les dégâts et on se contente d'attendre, car une juste solution coûte trop cher...

Ta chanson « You Cut Her Hair » a fait l’objet d’une pub pour Kenzo. De quoi t’apporter une forme de notoriété, du fric, ou du plaisir ?

Du parfum ! Elle figure sur mon premier album et remonte à 2008 ou 2009. Bien plus tard après l’avoir écrite. Très étrange. A mes débuts, je n'aurais jamais accepté un tel deal, pour ne pas la dévaloriser. C'est étonnant qu’une telle compo consacrée à un tel sujet puisse servir, par la suite, à une campagne de pub pour un parfum. Et je suppose que comme beaucoup de mes congénères, je me suis retrouvé face à un bon vieux dilemme. Je souhaitais qu’un public le plus large possible puisse écouter cette chanson. Mais en même temps, j’avais l’opportunité de la rentabiliser un max. Tout en bénéficiant du support TV à travers des images d’une jolie femme. Et bien oui, j’ai accepté. Aussi quand je me connecte sur YouTube, ce n’est pas la vidéo tournée au préalable qui est diffusée –soit celle de la visite d’une maison étrange en compagnie d’un vieux monsieur, et qui me met en scène drôlement coiffé– mais d’une femme, à moitié nue, traversant un champ de coquelicots. Et finalement, c'est génial !

 

Bastian Baker

Plus observateur qu’engagé…

Écrit par

C’est lors de sa tournée accomplie en Belgique que votre serviteur a pu rencontrer Bastian Baker. D’un naturel enjoué et fort sympathique, le bellâtre s’est livré à une interview sans langue de bois dans l’enceinte de la salle montoise ‘L’Alhambra’ avant de monter sur les planches.

De nombreux artistes imaginent que le monde de la musique est facile et accessible et qu’il est possible de gagner facilement sa vie en grattant simplement trois cordes. Pour ta part, tu as rencontré Patrick Delarive à un moment crucial. Le facteur chance est important finalement.  Quel est le conseil que tu donnerais à un jeune qui souhaite se lancer dans la musique et en faire son métier?

J’ai effectivement eu la chance de faire des rencontres très intéressantes dans ma vie. Au sein de l’inconscient collectif, la notion d’accessibilité à la musique est très légère. Comme tu le soulignes, beaucoup de mes amis sont persuadés qu’il suffit de gratter trois cordes pour gagner sa vie. C’est une hérésie, bien sûr! Seules les personnes actives dans ce métier ont véritablement conscience des difficultés qui y sont liées. Je n’aurais pas un conseil à donner, mais trois en réalité ! Tout d’abord, je pousse les artistes à écrire leurs propres chansons. Cette démarche permet de se différencier et d’innover. Les reprises sont malheureusement devenues la panacée chez de très nombreux bands. Certaines sont cependant très bonnes, mais d’autres aussi, très mauvaises… Ensuite, il est impératif de se faire connaître un maximum en jouant le plus possible et ce quel que soit l’endroit proposé. Ce qui peut déboucher sur des contacts. C’est toujours bon à prendre ! En ce qui me concerne, j’ai joué dans des bars, à l’occasion de fêtes et de mariages aussi. Lorsque j’ai été découvert, j’étais simplement venu fêter l’anniversaire d’une amie. Au petit matin, pris dans l’euphorie festive, j’ai pris ma gratte et j’ai été repéré. Cette histoire est le point de départ de ma carrière de chanteur aussi simple que cela puisse paraître. Enfin, il faut aussi être persuadé et se persuader de faire de la musique pour les bonnes raisons. Aujourd’hui, on glorifie les stars trop rapidement. Certains livres proposent même des recettes toutes faites pour devenir une vedette… C’est de la foutaise ! Le public a une vision parfois tronquée de la vie d’artiste. Je ne loge pas dans un cinq étoiles et je ne vole pas en première classe tous les jours ! Il ne s’agit pas d’un job ‘9h-17h’. C’est une passion qui nécessite beaucoup de travail en amont ! Les tournées et les engagements à tenir impactent inévitablement la vie privée ! C’est une existence de bohème et de vagabond qui exige des sacrifices. J’ai choisi ce job tout jeune, simplement parce que j’aime ça. Cette raison doit rester prioritaire !

Tu as déclaré un jour ne pas être matérialiste. Pourtant vendre des milliers de disques et gagner des thunes, tout le monde en rêve dans le showbiz, non?

J’ai effectivement la chance de gagner ma vie grâce à la musique. Pour un artiste, il est clair que vendre des disques est intéressant. Mais, je ne suis pas matérialiste. Pour te donner un exemple, je ne me souviens pas avoir pénétré dans un magasin pour y acheter des vêtements ou des objets luxueux.

Tu as été coach pour ‘The Voice’. On a souvent l’impression que la carrière des candidats de ce genre d’émissions s’arrête avant même de commencer. Quel est ton point de vue à ce sujet ?

J’ai adoré participer à cette aventure. Elle repose avant tout sur le coaching. Je déteste ces émissions de ‘musique scandale’ où le principe même de fonctionnement consiste à juger et casser les candidats uniquement dans le but de faire de l’audimat. ‘The Voice’ a une mission : accompagner le jeune talent. On décide ensemble du morceau, de la structure, de la tonalité, de ce qui va passer en télé et au son. Ce n’est pas un karaoké ! C’est une précision importante ! Les talents sont entourés de douze musiciens. Il y a une réalisation et ils doivent assurer le show durant deux minutes. Le côté spontané est aussi important. Afin de les y aider, je les ai emmenés faire une ‘jam’. Dans ce métier, il y a deux choses importantes. La musique, certes, mais aussi l’entertainement. Je pense qu’une telle émission peut être véritablement fédératrice pour ceux qui sont déjà dans le métier ou ont des projets en cours, des démos ou encore des Eps. Ce qui peut déboucher sur des contacts avec des maisons de disques, voire attirer des bookers.

Tu rencontres beaucoup de succès dans la musique et à la télé. Les dates belges sont pratiquement toutes sold out. Tu tournes aussi au sein de nombreux pays. Tu as assuré pas mal de premières parties, dont le supporting act pour Elton John, Bryan Adams, Johnny Hallyday, et j’en passe… Comment gères-tu ce rapport à la célébrité ?

J’ai énormément de veine d’exercer ce métier. Je suis un privilégié ! J’ai la chance de jouer un peu partout, que ce soit dans un grand stade ou une salle de taille plus modeste. A vrai dire, je n’aime pas beaucoup cette étiquette de ‘célébrité’ derrière laquelle se cache souvent une connotation négative. Je travaille comme un fou pour obtenir cette reconnaissance ! J’ai sans doute gardé ce côté compétiteur qui m’est resté lorsque j’ai quitté le milieu sportif. Je ne crache évidemment pas non plus dans la soupe aujourd’hui ! Les fans me suivent, viennent me voir et achètent mes disques. Ce métier m’apporte des accès privilégiés. Il m’autorise à faire des rencontres qu’il m’aurait été impossible d’imaginer auparavant. Je dirais que c’est le côté positif de cette carrière.

Je pose souvent cette question aux chanteurs francophones qui chantent dans la langue de Shakespeare. Les textes en français, c’est pour quand ?

L’anglais vient tout simplement de mon éducation musicale. Mon père est suisse alémanique et ma mère francophone romande. J’ai grandi dans cette double culture. La musique que nous écoutions à la maison était principalement folk et rock : Bob Dylan, Queen, Led Zeppelin, Eagles, Simon et Garfunkel, Cohen, etc. Je me suis inspiré de ces grands noms. J’apprécie également les belles mélodies. J’estime que la langue de Molière est la plus belle au monde à parler. Celles et ceux qui ont choisi de la chanter sont souvent des conteurs d’histoires, à l’instar d’un Renaud pour qui je voue une admiration sans bornes. Je chanterai moi aussi peut-être un jour en français, mais je n’en ai pas encore ressenti l’envie, ni le besoin. L’anglais donne cette liberté de pouvoir me permettre de dire absolument tout dans la plus grande transparence.

On sent chez toi une réelle énergie sur scène, difficile à capter en studio. Je sais que cet aspect des choses est important pour toi. C’est la raison pour laquelle tu aimes privilégier les conditions live. Est-ce que ce choix va s’imposer de facto lors des prochains enregistrements ?

Le premier album s’est construit de manière un peu étrange. J’avais en tête les riff de guitare et la voix. J’avais également une vague idée de tempo et des arrangements. Le fait d’avoir bossé en compagnie de bons musiciens a été un fameux atout. Il en découle un premier disque plutôt spontané. Pour le second, nous avons choisi l’enregistrement dans des conditions ‘live’. Tous les musiciens étaient réunis dans la même pièce. Ce qui donne un rendu particulier. Le feeling est plus naturel, moins métronomique.

Le titre de l'opus, "Too Old To Die Young", signifie trop vieux pour mourir jeune. Une phrase vue sur le mur d'un club en Allemagne. A ton avis, celui qui a écrit ces mots était un type complètement bourré, un illuminé ou un philosophe en herbe ?

Les trois vont de triplet. Cette phrase m’a littéralement interpellé. Je ne sais qui l’a écrite. Elle est contradictoire à souhait. Presque illogique… Je pense qu’il faut considérer l’histoire dans son ensemble. Celle qu’il y a autour de nous, celle qu’il y a eu avant nous et celle qui aura lieu après nous. Le monde devrait être plus relax. Je suis miné par les news que je lis tous les jours dans la presse. Je suis sans doute utopiste, mais pourquoi les gens ne peuvent vivre ensemble tout simplement ? « Too old to die young » résume bien cette forme de pensée unique. De même, toute la symbolique autour de dates fixes telles que la Noël et le Nouvel An, par exemple, m’insupporte. Je ne la comprends pas vraiment ! Sans doute parce qu’elle éveille en mon for intérieur des événements pénibles. Lorsque quelqu’un prend une bonne résolution le 1er janvier, j’ai envie de lui dire que si nous sommes le 8 août, il n’est pas obligé d’attendre le passage à l’an neuf pour réagir. Il s’agit pour moi d’une forme de désacralisation de l’âge dans sa forme matérielle en quelque sorte… Ma chanson « Dirty Thirty » parle de ces gens qui se marient à 25 ans et qui ont soudainement une prise de conscience à trente… En ce qui me concerne, j’essaie d’écarter cet aspect nocif !

Le premier elpee était essentiellement centré sur ta vie et tes problèmes d'ado. Pour le deuxième, tu es devenu spectateur de la vie. Les thèmes abordés sont très variés et différents. "Kids Off The Street", par exemple, parle des enfants des rues. Te considères-tu par moment comme un chanteur engagé ?

J’ai un côté relax qui me permet de vivre ma vie tranquillement. J’observe tout ce qui se passe autour de moi. Les chansons permettent de faire passer un message. Mais, je ne me considère pas comme un chanteur engagé ! Tout simplement parce que ce n’est pas mon rôle ! Ton analyse est bonne. J’ai effectivement écrit l’album lorsque j’avais 17-18 ans. J’y abordais les problèmes d’adolescents. Les jeunes se sont identifiés aux textes assez naturellement. Je me suis tout à coup senti moins seul. J’ai vécu ce processus comme une véritable thérapie ! Le second est moins dans ce registre. J’ai essentiellement écrit par rapport à ce que j’ai vu ou entendu. Je me suis un peu distancé ! Cette chanson en particulier est la plus complexe dans sa structure et sa composition, mais c’est celle que j’ai écrite le plus rapidement. Elle était réglée en cinq minutes à peine !

Se produire à Mons, capitale culturelle de l’Europe, dans une salle sold out, ça t’interpelle ?

J’y suis venu, il y a environ un an et demi, à l’occasion de l’exposition consacrée à Andy Warhol. J’avais beaucoup aimé ! Sinon, je me suis promené tantôt dans les rues de la ville. Le soleil était de la partie, les terrasses étaient bondées. On s’y sent bien ! La salle dans laquelle on se trouve est plutôt sympa. C’est typiquement le genre d’endroit où j’aime jouer. Je suis très excité d’assurer le show ce soir.

Finalement, de tous les peuples de la Gaulle, les Belges sont les meilleurs. Tu confirmes ?

Je confirme ! Je ne pense pas que ce soit une légende ! J’ai pu tourner en Amérique du Sud, et plus particulièrement au Brésil. Les gens sont très chaleureux, enthousiastes et festifs. Ils viennent pour prendre du plaisir, sans jamais juger. En Europe, l’équivalent, voire mieux, c’est la Belgique. Je le pense vraiment. C’est sans langue de bois. A chaque fois que je mets les pieds dans ce pays, je m’éclate comme un fou ! Encore hier soir, nous avons prolongé le concert en jouant pratiquement deux heures. Nous étions contents d’être là. L’interaction avec le public était réelle. Le peuple belge fait preuve de beaucoup d’authenticité ! Je trouve qu’il y a beaucoup de similitude entre la Suisse et la Belgique à ce niveau d’ailleurs !

Tes concerts attirent le plus souvent un jeune public féminin. Aimerais-tu élargir ton auditoire ?

C’est davantage une question de perception à mon sens ! En tout cas, perso, cette situation ne me dérange pas ! Tout ce qui m’importe au final, c’est que les spectateurs sortent d’ici, le sourire aux lèvres en ayant passé un bon moment. En Belgique ou en France, le public est assez féminin. Les premiers rangs sont constitués de jeunes, c’est vrai ! En même temps, c’est le créneau de pas mal d’artistes pop, rock ou folk. A contrario, en Allemagne, j’ai commencé en assurant des premières parties pour Everlast, l’ancien leader de House of Pain. Il s’agit d’un projet solo guitare/voix accompagné d’un pianiste. Son univers est plutôt folk. Mon premier public, là-bas, est constitué de gros mecs, tatouages sur les bras, coiffés de queues de cheval et vestes de bikers sur le dos. Tu n’assistes pas à un concert pour la gueule d’un mec. Si tu aimes sa musique, tu viens ! Tout simplement ! J’adore par exemple James Blunt, non pas parce qu’il est beau, mais parce son univers me touche. Les commentaires de la foule, à la sortie des concerts, sont aussi très révélateurs. Si on arrive encore à convaincre en se produisant en live, tant mieux finalement.

Le disque traverse une crise sans précédent. Est-ce que tu serais prêt à enregistrer uniquement en numérique ?

L’industrie du disque traverse effectivement une crise sans précédent. La musique a connu différents supports : le vinyle, les quarante-cinq tours, les trente-trois tours, le CD, etc. Aujourd’hui, pour beaucoup, il est normal que la musique soit gratuite. Deux possibilités s’offrent alors à l’artiste. Soit, il l’accepte. Soit, il essaie d’innover. Il y a un an et demi, j’ai soumis une application pour IPhone. Elle permet d’obtenir mon catalogue musical moyennant un abonnement de 8 francs (suisses) par année. Nous avons été les premiers à le faire. Mais, je pense que c’est encore trop tôt pour que ce système puisse fonctionner de manière optimale. Mais, dans le futur, pourquoi pas ? Les plates-formes comme Spotify ou Deezer offrent un service fantastique, mais la rémunération des auteurs n’est pas encore au point. J’ai un pote dont la chanson a été écoutée 300 000 fois en Irlande et il a reçu en tout et pour tout 45 francs suisses. C’est dramatique lorsque l’on pense aux coûts de production d’un album ! Il y a quelques années, on pouvait imaginer que ce déclin allait permettre de revaloriser le ‘live’ et d’en tirer parti notamment en terme de cachets. Aujourd’hui, il y a tellement de concerts et de festivals que cette vision des choses est quelque peu dénaturée. En Suisse, par exemple, il y a plus de 300 festivals durant l’été. Il devient difficile de s’y frayer un chemin. Nous réfléchissons beaucoup à cette problématique. J’ai enregistré quelques titres et je dois bien t’avouer que je ne sais sous quelle forme, je vais les sortir. C’est très excitant aussi.

Avec quel(s) artiste(s) rêverais-tu de bosser sur de futurs projets ?

Je fonctionne énormément au relationnel. Lorsque j’ai participé à l’émission ‘The Voice’, BJ Scott et moi avions beaucoup d’affinités musicales. Elle va d’ailleurs collaborer à l’enregistrement du prochain album. Un sentiment que je n’ai pas ressenti auprès de Marc Pinilla et Natacha Saint-Pierre. Sinon, j’aime beaucoup Robert Francis. C’est un guitariste et chanteur américain. Ses chansons sont magnifiques et ses textes hallucinants ! Il est un exemple à mes yeux ! J’ai déjà eu l’occasion de le rencontrer, notamment en Suisse. Si un jour, la question d’une collaboration devait se poser, je signerais à deux mains.

Que connais-tu de la scène musicale belge ?

J’aime bien Selah Sue. C’est une très bonne musicienne ! Sans faire dans l’originalité, je citerai Stromae. Girls In Hawaï aussi ! Je les ai vus en live au Montreux Jazz Festival. C’était excellent. Arno a une carrière impressionnante, mais j’aime un peu moins. dEUS, je les connais un peu. J’avais rencontré Noa Moon sur un plateau télé ; elle est très gentille. Sans oublier Puggy ; nous nous sommes retrouvés à plusieurs reprises sur le même plateau également !

Adoptes-tu un rituel précis quand tu débarques en Belgique ? Tu ne te prends pas une ‘guinze’ ou ne t’empiffres pas d’une bonne mitraillette ?

J’adore la nourriture locale ! Les bières aussi ! Les fans nous en offrent d’ailleurs souvent ! C’est très sympa ! Le chocolat suisse par contre est meilleur (rires) !

As-tu profité de cette escale montoise pour caresser la tête du singe en passant sur la place de Mons, afin d’attirer le bonheur?

Je n’ai pas caressé la tête du singe sur la Grand Place, mais j’ai goûté ses couilles (rires) !

Bastian, c’est quoi la suite artistique ?

On termine cette tournée belge pour laquelle on se réjouit beaucoup. Je repars ensuite en Suisse et en France durant une semaine. Je vais y enregistrer des cuivres pour l’album. J’ai envie d’amener un peu plus de couleurs. Ensuite, on tourne au Canada pour sept dates. Enfin, je participe à un festival à Singapour. Après, je rentre au pays pour me préparer à la saison des festivals. On continuera de bosser sur le prochain disque aussi. Mais parallèlement, j’ai encore d’autres projets…

(Photo : David Olkarny)

The Experimental Tropic Blues Band

Ce disque est invendable...

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The Experimental Tropic Blues Band se produisait ce samedi 19 avril, au Salon de Silly, afin d’y présenter un curieux concept intitulé ‘The Belgians’. Après une bonne heure trente d’un show particulièrement déjanté et décomplexé, votre serviteur part à la rencontre d’un des deux guitaristes : Jérémy dit ‘Sale Coq’. Sans doute, le plus exubérant de la bande ; et pourtant il a la tête bien sur les épaules. Entretien.

Comment est née l’idée de réaliser une ode patriotique et électrique à notre drôle de pays ?

Elle est née suite à un simple concours de circonstances. Aux Etats-Unis, les gens ne nous surnommaient pas les ‘Tropics’, mais ‘The Belgians’. A notre retour, nous avons accordé un concert dans le minuscule Lou's Bar, à Liège. Nous voulions rendre hommage à notre pays. Nous avons dès lors choisi de conserver ce sobriquet plutôt sympa. Le programmateur du Festival de Dour, Alex Stevens, y était. Il estimait le concept original et nous propose alors de nous produire le jour de la Fête nationale, tout en gardant ce nom, afin de marquer le coup. Dans un premier temps, on a estimé l’idée saugrenue. Mais finalement nous avons joué le jeu à la condition que nous puissions projeter quelques images propres à la Belgique sur un écran, durant le set. Les étapes se sont construites intuitivement pour finalement aboutir à ce que nous avons présenté ce soir.

Un concept album consacré à la Belgique, est-ce sérieux ?

Le spectacle de ce soir est un condensé d’évènements qui ont marqué la Belgique. Parfois drôles, parfois dramatiques, comme les tueries de Liège, par exemple. Ils constituent le miroir de notre société. La Belgique est-elle sérieuse ? Est-ce sérieux de vivre dans un pays qui n’existe même pas aux yeux des Belges et du monde ? Nous voulions présenter, naïvement, la vision que nous avions de notre propre patrie sans prise de position aucune. Il s’agit d’une démarche plutôt artistique, proche de celle des dadaïstes.

Cet elpee serait-il plutôt le reflet d’une récréation, d’une blague potache ou d’un cri du cœur ?

Il résulte de la culture et de l’expérience de Jon Spencer. Il nous a inculqué un principe, celui de pouvoir exercer ce métier tout en restant soi-même et en acceptant ses erreurs. Sa philosophie est la nôtre. Nous sommes issus de la même école. Lui comme professeur et nous comme ses élèves. Pour ma part, je n’aime pas du tout les disques léchés. Je préfère de loin ceux dont l’imperfection est palpable. Ceux qui trébuchent le plus en quelque sorte. Le lâcher prise est essentiel dans ce métier.

Quelle symbolique souhaitiez-vous développer en adaptant ‘La Brabançonne’ ?

A vrai dire, nous n’avions jamais imaginé enregistrer un album intitulé « The Belgians ». La mise en place s’est opérée en fonction des rencontres et des circonstances. Lorsque le projet a mûri, la Brabançonne s’est imposée d’elle-même. Cependant, nous la voulions ‘façon’ Jimi Hendrix, afin de nourrir davantage le disque et le spectacle. Encore une fois, rien n’a jamais été calculé. Nous avons d’abord réalisé l’album. Le visuel a été conçu par ‘Film Fabrique’ et ‘Sauvage Sauvage’, deux structures qui avaient déjà bossé sur nos clips. Les morceaux prennent tout leur sens à l’appui des images. Il était important que notre démarche soit bien comprise, et tout particulièrement la signification que nous voulions communiquer à notre définition du surréalisme. Par exemple, pour « Belgian Hero », il était intéressant d’appuyer la dichotomie entre un chômeur qui noircit ses cases et celle d’une Justine Hénin savourant une victoire. Nous fonctionnons à l’instinct à vrai dire. C’est essentiel ! Le jour où nous changerons cette perspective, nous sommes morts.

Les paroles sont sans langue de bois et bien éloignées de ce fameux ‘compromis à la Belge’ !

Oui, effectivement.

On a l’impression qu’en gravant un tel LP, le groupe n’a pas voulu s'enfermer dans une routine et a osé prendre des risques, notamment celui de ne s’adresser qu'à une partie de son public potentiel. Est-ce exact ?

En Belgique, la prise de risques n’existe pas. Un groupe belge ne parviendra jamais à révolutionner le milieu. Seuls ceux issus du pays de l’Oncle Tom parviennent véritablement à imposer leur propre vision des choses. En Belgique, il n’y a que Hooverphonic, Stromae et dEUS, même si ce dernier est à la traîne aujourd’hui, qui y soient parvenus sur notre territoire. Pour notre part, nous sommes juste une bande de potes qui prennent plaisir à faire un truc complètement barré. Nous avons l’opportunité de poursuivre cette voie et le public nous suit. Que demander de plus ? Notre prochain projet sera différent, mais tout aussi décalé. Nous y avons travaillé pendant une année complète. Ce qui a exigé beaucoup d’investissement, mais le plaisir est omniprésent…

Lorsqu’on écoute "Belgians Don't Cry", on ne peut s’empêcher de penser aux sonorités new beat des Confetti’s…

C’est exact. Les Confetti’s restent une référence. Tu sais, lorsque nous avons enregistré « She Could Be My Daughter », nous recherchions clairement cette identité noir/jaune/rouge en y insérant des sons propres aux fanfares belges. Tu y entends beaucoup de percussions. Toute cette culture appartient à notre patrimoine et nous ne pouvons l’ignorer, en fin de compte.

La pochette du disque nous projette dans un univers proche du communisme. Qui a eu cette idée et pourquoi ?

Le postulat de départ était d’y voir des personnes sur une plage belge. A la place des yeux, nous avions imaginé des gaufres. Puis, Pascal Braconnier (NDR : Sauvage Sauvage) avait une autre idée en tête. Il nous avait suggéré de retranscrire les dernières images du film ‘La Planète des Singes’ où sur fond d’apocalypse, la statue de la Liberté reste figée. Nous estimions ce concept très intéressant. Nous avons donc pris le parti de mettre en exergue le symbole national qui est l’Atomium et l’avons transposé sur la jaquette. Le produit fini est une forme d’art en quelque sorte. Il y a une pochette, des chansons à textes et un spectacle.

Que pensez-vous de l’étiquette de ‘groupe sérieux qui ne se prend pas trop au sérieux’ ?

Ecoute, on s’en fout. On peut écrire ce que l’on veut sur nous, ces réactions ne nous touchent pas. Le pire serait de tomber dans l’indifférence complète. Nous essayons de faire partager notre univers à un maximum de personnes, sans aucune pensée manichéenne. Nous ne sommes pas dans une optique carriériste. Il y a quinze ans que le groupe existe et pourtant nous ne passons toujours pas à la radio. Mais au fond, ce n’est pas important. Tu sais que lorsque nous avons commencé, le batteur était complètement néophyte. Il était guitariste et n’avait jamais mis la main sur une batterie auparavant. Nous voulons pratiquer naïvement de la musique, sans se fixer d’objectif précis. Il n’existe vraiment aucune volonté arriviste chez nous.

Tu déclarais, lors d’une interview, que tu avais voté blanc pour la première fois de ta vie et que tu ne te rendrais plus aux urnes, à l’avenir. Coup de gueule ou coup de com’ ?

Je ne crois plus en la politique belge. Je recherche une certaine forme d’utopie en quelque sorte. J’ai l’impression que les gens sont pris d’une forme d’aliénation. Nous ne voulons pas communiquer un message politique à travers nos chansons. Mais plutôt d’afficher notre propre perception des événements. En fait, notre discours est politique, mais sans le vouloir. Je ne m’y intéresse absolument pas, ni aux programmes proposés par les partis. Ils ne prennent pas leurs responsabilités. J’assume complètement et ouvertement ces propos.

Une formation qui prend pour patronyme ‘The Belgians’, mais qui ne s’est pas encore exportée en terres néerlandophones, n’est-ce pas un peu paradoxal ?

Les Belgians n’ont jamais été invités en Flandre, c’est vrai. Par contre, nous nous sommes déjà produits à l’Ancienne Belgique. Mais, ce jour là, la salle était quasi francophone.

Quels pourraient être vos homologues flamands ?

Je me sens assez proche d’un Mauro Antonio Pawlowski, même si son univers est assez différent (NDR : il a entamé sa carrière en 1992 comme chanteur d’Evil Superstars et a ensuite rejoint dEUS).

La belgitude est-elle soluble dans le rock ?

Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Pour un belge, c’est un concept assez naturel somme toute.

Difficile de l’exporter, et notamment en France ?

Nous avons déjà joué en France à deux reprises. Les Français ne parviennent pas à comprendre toutes les subtilités liées de notre culture. C’est tout à fait normal. Nous nous inscrivons dans une démarche plutôt spontanée. Dans le cas contraire, nous n’aurions jamais pu tourner ailleurs qu’en Wallonie avec tout au plus dix dates. Nous ne sommes ni carriéristes, ni arrivistes. Notre aventure ne nous permet pas de gagner notre vie. Nous voulons juste nous amuser et donner du plaisir. Pour de nombreux artistes, faire de la musique, c’est d’abord se façonner une identité avant même de pouvoir proposer quoique ce soit de concret. Cette démarche n’a jamais été notre truc. Nous avons réalisé un spectacle sur la Belgique, sans même imaginer qu’on allait le mettre en scène par l’image. Jamais, nous ne calculons.

C’est le ‘live’ qui vous permet de bénéficier d’un certain écho auprès du public. Ce nouvel opus semble d’ailleurs davantage taillé pour la scène. Etait-ce calculé ?

Ce disque est invendable, c’est clair. Je considère qu’il s’agit avant tout d’un concept album. Une fois complètement achevé, on passe à autre chose, c’est tout. Nous travaillons pour l’instant sur le projet suivant. Ceux qui s’installent d’ailleurs dans la routine sont pathétiques...

Nicola Testa

La boucle est bouclée…

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C’est dans le cadre de la promotion de son nouvel album, sorti fin mars 2015, que Nicola Testa a accordé cette interview à Musiczine. Ne parvenant pas à aligner nos agendas respectifs, c’est par téléphone que ce sympathique entretien s’est donc réalisé.

Nicola, l’accueil critique de ton premier LP, « No more Rainbows », est excellent. Une réaction ?

Je suis évidemment très content des échos plutôt favorables des médias et du public à propos de cette sortie. Je ne m’attendais honnêtement pas à un tel engouement.

Tu as travaillé en compagnie d’Antoine Gaillet (Julien Doré, M83, Talisco, François & The Atlas Mountains, ...), déjà considéré comme une pointure dans le milieu. Es-tu parvenu à gérer facilement la pression inhérente à sa présence ?

Au début, j’étais impressionné ! Nous ne nous connaissions pas. Il a écouté mes démos. Je me suis penché sur le travail qu’il a réalisé. Nous nous sommes ensuite rencontrés à Paris, un après-midi, dans son studio d’enregistrement. Nous avons beaucoup dialogué au sujet de nos attentes respectives. Nous nous sommes rapidement trouvés des points communs dans le domaine de la musique, même si nous nous ne partageons pas exactement les mêmes goûts dans ce domaine. Ensuite, je suis arrivé en studio avec des bandes et un matos sous le bras.

L’elpee reflète un univers très contrasté. Il est à la fois très lumineux et très sombre. Comment s’est-il construit ? Avais-tu un postulat de départ précis ou alors les sessions se sont-elles déroulées naturellement ?

De manière très instinctive. Ensuite, il est clair qu’on est amené à prendre une certaine direction. C’est obligatoire ! Ce disque, je l’ai voulu varié, mais cohérent. Antoine Gaillet en a produit la quasi-totalité. Nous avons œuvré de concert afin de trouver un son qui me corresponde totalement. La suite s’est ensuite mise en place naturellement. C’était une expérience très enrichissante !

Es-tu sensible à la critique ?

On ne peut pas être totalement insensible à la critique, mais j’essaie, dans la mesure du possible, de n’y accorder que peu d’attention. On ne peut évidemment pas plaire à tout le monde ! Cela fait partie du jeu ! Je fais ce qui me plait et le public s’y retrouve. Ceux qui n’aiment pas, tant pis ! Il faut être content de soi. A partir du moment où on est fier du travail accompli, la critique devient accessoire.

On a l’impression que tes influences sont assez rétro et se nourrissent aux années 80... Tu confirmes ?

Il s’agit d’une tendance qui se généralise actuellement, dans le milieu de la pop. Mais l’album va au-delà car il propose une palette de couleurs variées : il y a des sonorités techno, rock et folk aussi. Je ne voulais rien m’interdire. Je souhaitais construire des chansons en laissant le plus possible d’ouverture. Il est la résultante de tous ces paramètres… Mais, tout en gardant à l’esprit cette culture musicale qui m’est propre.

L’elpee s’ouvre par « Rainbow » et se termine par « No more Rainbows ». Pourquoi ne pas avoir choisi de terminer ton disque par une note positive ?

L’idée était de transformer un message négatif en force. Finalement, je ne sais pas si la notre est vraiment négative parce qu’il y a quand même de l’espoir dans cette chanson. Il s’agirait plutôt d’une boucle. Lorsqu’on arrive en fin de parcours, il suffit d’appuyer sur le bouton ‘repeat’ et de recommencer par « Rainbow ». La boucle est bouclée !

La pochette est plutôt conceptuelle. Les couleurs sont brouillées et partent dans tous les sens. Pourquoi ne pas avoir opéré le choix du portrait classique ?

Sa réalisation a été confiée à d’Eric Croes. Elle représente la propre vision du disque de cet artiste. Nous avons discuté et élaboré plusieurs projets. Celui-ci s’est imposé de lui-même. L’idée était de traduire une forme de dissimulation. Il y a moi, d’une part, et tout ce qu’il y a autour de la musique, d’autre part. Toutes ces émotions prennent parfois le dessus ! Je souhaitais qu’elle incarne davantage une vision de ce que représente le disque qu’un simple portrait linéaire.

Ton LP « Wanderland » était davantage centré sur toi-même alors que celui-ci l’est plus sur les autres. Exact ?

Je souhaitais écrire des histoires qui me touchent et concernent tout le monde. Ecrire pour soi est un concept qui vous enferme dans les mêmes thématiques. Cela commençait à devenir inintéressant ! On a vite fait le tour de la question ! Le fait de décrire, en se servant de mes mots, des émotions et des histoires qui appartiennent aux autres était un défi. Je désirais évoluer comme auteur aussi.

Entre le premier long playing et celui-ci, quatre années se sont écoulées… Est-ce le temps nécessaire à la maturation ?

Je ne sais pas si cinq ans constituent le temps nécessaire… C’est en tout cas, le temps qu’il m’a fallu pour réaliser cet album. C’était un long travail. Il y tout un tas de processus en amont, à savoir la recherche de fonds, d’un producteur, … Entre-temps, j’ai aussi continué à faire du théâtre. Au final, je ne sais pas si c’est moi qui a eu besoin de temps ou alors si ce sont les choses qui ont besoin de temps pour se faire.

Tu as décroché le Prix du Public lors des Octaves de la Musique pour le clip délirant de ‘KOKO’ face à des artistes comme Stromae, BRNS, Suarez, Girls in Hawaii ou bien encore Antoine Chance. Tout roule pour toi en cette année 2015 ?

J’espère que cette année sera la mienne, d’autant plus qu’elle ne fait que commencer ! J’ai été très surpris de gagner face à des artistes de cette trempe. Je dispose peut-être d’un public moins large, mais sans doute plus fidèle !

Pour tourner cette vidéo, tu avais choisi une comédienne, Aurélie Lannoy. Dans « Rainbow », tu te mets en scène. Tu sembles tout disposé pour la danse. Qui en a eu l’idée et pourquoi ce choix délibéré ?

Je voulais me mettre à nu ! En plus, je trouve que cette option correspondait bien à la chanson. Afficher ma propre vulnérabilité à travers un clip était une bonne idée.

Le concert du 17 avril à la Rotonde a très vite été sold out. Ton single est régulièrement  diffusé sur les ondes. Comment gères-tu cette soudaine célébrité ?

Je n’ai pas l’impression d’être aussi célèbre que tu crois ! Par contre, rencontrer les gens après un concert, recevoir des mails d’encouragement ou encore des vidéos décalées où certains se filment dans leur voiture occupés d’écouter ma musique, est très plaisant. C’est ce qui m’enchante, véritablement.

Il y a une vraie dynamique scénique qui se forme aujourd’hui. Au début, tu étais seul alors qu’aujourd’hui vous êtes six sur les planches… Les choses évoluent y compris dans le visuel.

Oui, tout à fait ! Pour ce disque, j’avais envie de m’entourer de musiciens. Mais pas seulement. Former un groupe afin de créer une dynamique susceptible d’emmener la musique au-delà de ce que peut procurer un disque. Certaines chansons live auront de facto une couleur différente. La scène est magique ; elle permet un réel partage avec le public.

Tu es un artiste pluridisciplinaire, mais la musique a toujours été en toi ?

Depuis tout petit, la musique a toujours pris une grande place dans ma vie. Je ne dirais pas qu’il s’agit d’une drogue, parce que l’addiction est dangereuse. Je parlerais plutôt d’un besoin. Elle transporte et permet un voyage en dehors de soi !

Tu as participé au festival dourois ‘La Vie en Rock’, en 2014. Ce festival est destiné à rechercher des fonds pour la lutte contre le cancer du sein. Apporter ta collaboration à des actions caritatives, est-ce important pour toi ?

Les organisateurs me l’ont demandé avec beaucoup de sincérité. Il était donc important d’y répondre positivement. C’est une maladie qui nous touche tous, un jour ou l’autre, de près ou de loin. Il y a tellement de progrès encore à faire dans ce domaine. Ce sont des aventures humaines face auxquelles on ne peut pas rester insensible.

As-tu contribué à d’autres manifestations de ce type ?

Non, pas pour l’instant. Ce n’est pas non plus mon rôle ! Mais pourquoi pas, si elles peuvent aider des gens à concrétiser des projets comme celui-là.

L’industrie du disque traverse une crise sans précédent. Penses-tu qu’un jour, on pourra oublier ce support physique ?

Je ne suis pas sûr ! Le vinyle fait un retour en force par exemple. L’industrie du disque propose des produits sous des formes plus abouties, comme les éditions limitées ou ‘collector’. Le support physique a une symbolique sentimentale que le digital ne parviendra jamais à égaler !

Une question que je pose systématique aux chanteurs francophones… Pourquoi chanter en anglais ?

Pourquoi pas finalement ! Il s’agit d’une forme de langage. Si j’avais été peintre, j’aurais pu choisir l’huile, l’aquarelle ou encore le crayon. J’ai choisi une langue que j’aime. Je la connais et la maîtrise. Je prends beaucoup de plaisir à écrire et en jouer. J’aurais bien plus de difficultés à réaliser cet exercice dans la langue de Verlaine.

Comment enisages-tu ton futur musical ?

Je me vois progresser et enregistrer encore quelques disques ! Enfin, j’espère… Peut-être aussi, ferais-je autre chose… J’essaie de ne pas me projeter. J’aime le présent. Ce qui me permet d’envisager l’avenir plus sereinement !

Lola Colt

Apprendre du passé, regarder vers le futur et le vivre aujourd’hui…

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Lola Colt, c’est le titre d’un film spaghetti datant de 1967, réalisé par Siro Marcellini. Un long métrage qui cumule les clichés du genre. C’est également le patronyme choisi par une formation insulaire au sein de laquelle milite une Danoise, Gun Overbye. Au chant et circonstanciellement à la guitare. Et une Berlinoise, Sinah Blohberger. Qui se consacre à la basse. Elle n’a pas participé aux sessions d’enregistrement de l’album ‘Away from the water’. C’est Tatia Starkey, la petite fille de Ringo Starr, qui s’y était collée (NDR : scoop !) Et votre serviteur ne s’en est rendu compte qu’en préparant cet article. Donc, il n’y aura pas de question sur ce sujet. Et c’est justement Sinal –peu loquace, il est vrai– et Matthew Loft, le guitariste soliste, qui ont accepté de répondre à nos questions, avant d’accorder leur set, ce 17 mars, au Botanique…

La musique de Lola Colt constituerait une bande sonore pour films imaginaires. Ce qui expliquerait donc le climat angoissant, obsessionnel, menaçant, au sein duquel baigne l’opus. On pense parfois aux B.O. d’Ennio Morricone composées pour les westerns de Sergio Leone, mais aussi à celle que les Doors avaient réalisée pour le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola, ‘Apocalypse now’. Surtout sur le titre maître, dont l’atmosphère évoque le fameux ‘The end’. Matt réagit : « Les journalistes n’ont pas nécessairement le même rapport historique et les mêmes influences que nous, pour écrire une chanson. Donc ils perçoivent différemment notre musique. Et à travers toutes les interviews accordées, on nous a déjà cité un bel éventail de références. Et ça, c’est fascinant… Nous sommes tout à fait conscients de la tension que nous injectons dans nos compos. Elle ne sont ni allègres ni ‘dance’. Mais bien intentionnellement agressives. Et lorsqu’on relâche cette tension, on profite d’un grand moment… »

La première fois que j’ai entendu un morceau de Lola Colt, la voix de Gun m’a immédiatement fait penser à celle de Grace Slick (Jefferson Airplane) ; encore que sous sa forme la plus déclamatoire et emphatique, c’est plutôt Patti Smith qu’elle évoque. Sinal nuance : « Vous savez, je ne pense pas que ce soit conscient. Elle chante du plus profond de son cœur. On l’a déjà comparée à celle de Siouxsie Sioux ou encore PJ Harvey. Non, elle a sa propre voix. En même temps, c’est un compliment. » Parmi les sources d’inspiration majeures citées par les musicos du band figurent Jefferson Airplane, Jesus & Mary Chain (et surtout l’album ‘Psychocandy’), The Doors, les Bad Seeds, les Cramps ainsi que le Velvet Underground ; mais de quelle formation contemporaine se sentent-ils les plus proches ? la réponse de Matt fuse : « Warpaint ! » Je leur signale que le combo s’était produit l’avant-veille au Cirque Royal de Bruxelles. Ils semblent agréablement surpris. Matt embraie : « Bien que leur musique soit différente, on respecte ce que ces filles réalisent. Leur univers sonore est unique en son genre et très intéressant… »

Les textes des chansons de Lola Colt sont poétiques, sombres, mélancoliques, métaphoriques et même ésotériques. Ils parlent souvent de la mort et de l’amour perdu. Mais qu’est-ce qui peut bien les pousser à écrire des lyrics aussi ténébreux et désabusés ? Matt clarifie : « Je pense que dans la vie, il y a des événement qui vous marquent profondément ; mais tout dépend de la personne que vous êtes. Chez certains, cette réaction va se transformer en art, et notamment la musique. Pour d’autres elle prendra une autre forme. Si les paroles sont torturées, ce n’est pas parce que Gun est déprimée, mais parce qu’elle interprète les événements, et ce qu’elle ressent est tourmenté. Je pense qu’elle les exprime aussi de manière ironique, oblique. Ce n’est pas du blues, mais elle utilise souvent la métaphore… »

Jim Salvunos, le drummer des Bad Seeds, s’est chargé de la mise en forme de l’elpee, mais il a également coopéré aux parties instrumentales. Matt raconte : « Il est toujours actif comme musicien. Donc, on parle le même langage musical. Et sous cet angle son approche des sessions d’enregistrement a facilité le travail et a permis à note collaboration d’être efficace. Les groupes doivent apprendre à communiquer avec leur producteur, car si on reste trop longtemps sur la même page, on ne peut pas commencer à bosser… Il a joué du carillon (tubullar bells) et des cymbales. Un peu de percus. Il est plus facile de travailler en compagnie d’un musicien/producteur que d’un simple producteur…»

Mais comment Lola Colt envisage-t-il l’évolution de sa musique ? Dans certains articles de la presse spécialisée britannique, le recours aux orchestrations, comme chez Godspeed You ! Black Emperor, Broken Social Scene ou encore Arcade Fire, figurerait parmi leurs projets. Matt s’étonne : « Vraiment ? C’est une formule qui est dans l’air du temps. Mais en prenant de l’amplitude, on perd également de la force. Dans le passé, certains ont réussi le challenge. D’autres se sont plantés. Nous avons déjà tenté l’expérience. Mais on en a conclu qu’il serait plus judicieux de garder notre configuration actuelle, plutôt que d’élargir le line up. On va bien sûr chercher à innover, plutôt que d’en remettre plusieurs couches. Pour en revenir aux formations que tu cites, on apprécie leur musique. Arcade Fire est un grand groupe. Les orchestrations et les arrangements sont très riches et minutieux. Tandis que chez Godspeed, leur approche est plus noisy, plus sonique. C’est un paysage sonore. Et même si on n’a pas d’influence directe, on a pas mal de choses en commun. »

Alors, chez Lola Colt, y a-t-il davantage de yin (le noir, le féminin, la lune, le sombre, le froid) ou de yang (le blanc, le masculin, le soleil, la clarté, la chaleur) ? Sinah a son explication : « C’est un parfait équilibre. Dans le line up, il y a trois garçons et trois filles. Une formule plutôt rare. Dans la plupart des autres groupes, elle est très souvent déséquilibrée. Le plus souvent, elle implique davantage de mecs que de filles. Certains considèrent que s’il y a plus d’hommes, la musique sera plus agressive. Et si c’est au féminin, elle sera plus pop. C’est à prouver ! Mais lorsque la répartition est égale, la dynamique est meilleure. Mais finalement, cette situation est arrivée par hasard… »

Apparemment, le groupe utilise des ‘liquid lights’ pendant ses spectacles (NDR : pas trop remarqués ce soir, probablement à cause de la configuration du Witloof Bar). Ce type de jeux de lumières était utilisé, fin des 60’s par le Pink Floyd. Matt confirme : « Nous y sommes très intéressés, et notre système s’inspire de celui utilisé à l’origine. Soit ceux des années 60, aux States. Avant qu’il ne débarque en Angleterre. Nous souhaitions ajouter à l’expression audio, un effet visuel. Donc proposer 2 spectacles, en même temps. Je suppose qu’à l’époque, la consommation de LSD était courante. Et ces expériences étaient destinées à faire exploser les frontières de la conscience. Nous on cherche à se rapprocher de cette expérience, mais sans avoir recours aux psychotropes. Effectivement ces shows liquides sont inspirés par les sixties et même les seventies. Mais on projette la matière en se servant d’ordinateurs portables pour nos light shows… »

Les musiciens seraient passionnés par l’incertitude du futur. Ce qui méritait des éclaircissements. Matt s’en charge : « En fait cette déclaration est à mettre en relation avec le peu de relation que nous avons avec notre passé. Mais on essaie de le mettre en corrélation avec notre futur. Nous avons donc décidé d’explorer plusieurs décennies afin d’y puiser des éléments qui puissent nous permettre de progresser dans le futur. » Serait-ce la raison pour laquelle, le groupe essaie de créer de la musique intemporelle ? Et quelle est leur définition de la musique intemporelle ? Matt commente : « Je pense qu’il s’agit d’une musique qui n’appartient à aucune époque particulière. Qui vient davantage du cœur ou d’une vison qui ne concède aucune référence à une tendance ou une mode spécifique. Celle qui vient de votre for intérieur et que vous transmettez. Et qui n’est pas nécessairement liée au temps… » Apprendre du passé, regarder vers le futur et le vivre aujourd’hui serait donc la devise de Lola Colt… Pour Sinah, c’est toute la synthèse de ce qu’ils viennent de raconter au cours de cet entretien…

(Merci à Vincent Devos)

 

  

The Subs

Difficile de décompresser, quand on a fait la fête…

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Cet entretien s’est déroulé le 30 août 2014, dans le cadre du festival des Barges à Scène sur Sambre. Pour répondre à nos questions, The Subs a délégué Jeroen ‘Papillon’ De Pessemier  et Wiebe ‘Tonic’ Loccufier. Il y a un bon bout de temps que votre serviteur souhaitait rencontrer les musiciens de cette formation gantoise. Jeroen est une véritable bête de scène. L’énergie qu’il y libère est fascinante. Pourtant, malgré leur réputation internationale et leur professionnalisme, les musicos sont demeurés humbles. Ils sont peu notoires en Wallifornie. C'est le moment de les faire connaître…

Entre vous et les Lokerse Feesten, n'y a-t-il pas un peu, une histoire d'amour ?

Jeroen : On aime bien y jouer. Le public est bon. Il y a toujours de chouettes têtes d'affiche. L’équilibre entre nouveaux et anciens groupes y est parfait et se manifeste à travers la programmation.
Wiebe Loccufier: C'est la cinquième fois consécutive que l'on y joue. Le public de Lokeren vient d’un peu partout. Et pas seulement de Lokeren. Ce sont 10 jours de fête. Il y règne une ambiance particulière. Lokeren est situé juste à mi-chemin entre Gand et Anvers et ce n'est pas loin pour nous.

Jeroen déborde d’énergie sur les planches. Tu prends les mêmes vitamines que Ricky Wilson de Kaiser Chiefs ?

Jeroen : Oui, je pense bien. Je prends des vitamines tout le temps. J'adore bouger. C'est ma manière d'avoir un contact avec le public. De communiquer. Je pense qu'il existe deux types de performances. Soit tu te montres arrogant ou généreux. Et les deux formules fonctionnent. Elles sont pourtant extrêmes. Regarde le chanteur d'Artic Monkey. Le gars, il ne donne rien. Enfin, quand même sa musique. Il n'y fait passer aucune émotion. D'une autre manière, il donne beaucoup, c'est du minimalisme. Ou alors tu prends l'autre extrême et c'est du maximalisme. Tu essais de livrer tout ce que tu as dans le ventre. C'est intéressant pour moi. Car je ne comprends pas pourquoi l'autre manière fonctionne aussi bien. J’incarne mon propre personnage sur scène. Il est difficile de comprendre parfois, pourquoi des performances peu intéressantes, ne sont pas généreuses. Pourquoi elles marchent. C'est quoi ce truc ? Le gars ne donne rien et le public renvoie, simplement à cause de la musique. C’est comme il existe également deux manières de séduire une femme. Tu la joues cool. Tu ne donnes rien et elle te saute dessus. Tu peux faire le bulldozer et tu donnes tout ce que tu as. Tu fonces et ça marche aussi. Moi je ferais plutôt le bulldozer, c'est plutôt dans mon caractère.
Wiebe : Il saute partout.

Lors des concerts, votre public s’agenouille. C'est intentionnel ?

Jeroen : Oui, c'est voulu. C'est drôle d’y parvenir. Quand j’ai essayé pour la première fois, il a accepté de prendre cette posture. La chanson y était propice. Ce moment particulier, on l’a maintenu au cours du set et on l’a perpétué, d’autant plus que le public adhère. C’est une petite ‘joke’ personnelle. Mais c'est cool. C'est dû à l'énergie libérée par la musique ; et à ce moment-là, je descends toujours dans la foule. Pour être directement en contact avec elle. Et quand elle est conséquente, c'est alors comme plonger dans une piscine. La mer qui crée des vagues humaines.
Wiebe : Moi, j'ose pas trop le regarder dans ces moments-là.

Répétez-vous un rituel avant de monter sur l’estrade ? Et puis, en la quittant ?

Wiebe : Je bois du coca. Je pense que notre rituel se produit lors du soundcheck.
Jeroen : On n’a pas vraiment de rituel. Maintenant, nous portons tous les costards. Et enfiler un costume est une forme de rituel.
Jeroen : Après un concert, on bavarde tout simplement avec les gens qui sont venus nous y voir. On souffle et on décompresse. Tu ne sais jamais dire. Quand c'est un grand et bon show comme à Dour et que tu as vraiment senti que l'énergie du public était vraiment forte, on a davantage de difficultés à décompresser.
Wiebe : Quand je rentre à la maison, j’ai besoin d’une heure pour reprendre mes esprits. J’essaye de dormir un peu. Car si je repars directement, je ne pourrais plus dormir après. C'est exactement le même phénomène qui se produit, quand je conduis 90 minutes. C'est bizarre…

The Subs, une réunion de Dj's ou de musiciens ?

Jeroen : Les deux, nous comptons au sein du line up un Dj et deux musiciens. C'est le mix.

Eclectique est incroyablement prolifique, la scène gantoise regorge d’excellents groupes. Une explication ?

Jeroen : À Gand, la scène électro est toujours en ébullition. Depuis au moins 15, si pas 20 ans. Avant ? Je ne sais pas. Tout a commencé par The Glimmers, Two Many Dj's et puis nous. J’ignore pourquoi ? Peut-être y a-t-il des vitamines dans l'eau potable. Ce mouvement s’est finalement ancré dans une forme de tradition. Quand quelqu'un entame un projet, d’autres veulent lui emboîter le pas, mais en mieux. Et finalement, c’est devenu une marque de fabrique. La nouvelle génération est prête à prendre le relais. Une nouvelle vague en route vers le succès.

Vous êtes gantois et pourtant surtout notoires à l'étranger ?

Jeroen: Oui, il faut bien vivre quelque part.
Wiebe : Quand on se produit en Wallonie, c’est un peu comme si on se produisait dans un pays étranger. S’y imposer est parfois difficile pour les groupes flamands.

D’où vient votre passion pour la musique ?

Jeroen : Nous y baignons depuis que nous sommes tout gosses. C’est plus facile quand tes parents sont musiciens. C’est une passion qui se transmet de père ou de mère en fils ou fille. Quand tu viens d’une famille qui n’a pas cette passion, c’est plus difficile de faire le pas et ton parcours est jalonné d’incertitudes. C’est un job stimulant. Si tu décides de reprendre la friterie familiale, c’est différent. Et bien moins attrayant.
Wiebe : J’ai d’abord été Dj. Je pense que quand tes parents sont musiciens, tu évites de te lancer dans la musique.

Parallèlement à The Subs, développez-vous également d’autres projets ?

Jeroen : Plein ! Je milite chez Friends In Paris. J'y bosse en compagnie d’un gars de Londres, où je vis. On est occupé de monter un concept quelque peu secret. On n'a pas encore discuté de ce qu'on allait réaliser ensemble et on n’a pas encore signé de contrat. Mon collègue Wiebe cherche à créer un label. Et nous proposons à d’autres artistes de le rejoindre…

Est-ce qu'il vous arrive de remixer des chansons d'autres groupes ?

Jeroen : On l’a fait pour Alt-J et La Roux. Nous y consacrons moins de temps, aujourd’hui. Comme notre album est plus pop, il y aura moins d'intérêt pour les clubbers à le remixer. Nous allons donc réaliser nos propres remixes de ce disque Ainsi, The Subs va remixer The Subs. Parce qu'on a voulu enregistrer un long playing pop…

Dr Lektroluv, vous êtes sur son label, est-ce une référence ou un ami pour vous ?

Jeroen : Un peu des deux.

Selah Sue a collaboré à votre album. Comment la rencontre s'est-elle opérée ?

Jeroen : J'envoie des petites démos et parfois nous travaillons ensemble. Je la connais, nous avons déjà travaillé ensemble. Nous partageons le même management et nous appartenons au  même cercle d'artistes.

Et par quel hasard avez-vous reçu le concours de Jean-Pierre Castaldi?

Jeroen : Jean-Pierre chante sur notre album. Je l'ai appelé. Il était très sympa. Il n'avait pas entendu le morceau avant. Je lui ai fait écouter le titre au téléphone et il a accepté immédiatement.

Faire la fête, c'est important pour vous ou est-ce tout simplement rock'n'roll ?

Jeroen : Faire la fête, c'est basique pour moi. C'est important et tout le monde doit faire la fête le plus possible. Quand tu es trop fatigué, tu ne sais pas faire la fête.

(Photo : Hanse Cora and Uber&Kosher)

 

 

 

 

Von Durden

On a bénéficié d’une presse de dingue…

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C’est à l’issue de leur concert accordé à la Rotonde du Botanique, dans le cadre de leur ‘Release Party’, que Nicolas Scamardi et Elliott Charlier, respectivement drummer et chanteur de Von Durden, nous ont accordé cette interview. Elliott va entreprendre un tour du monde, à partir du mois de février. Un rêve d’enfant qui se réalise. On en parle…

Elliott : Le départ est fixé au 8 février 2015. J'avais envie de faire ce voyage. J’ai toujours aimé voyager. Comme mes parents. Et je les accompagnais dès mon plus jeune âge. Ce que je n’ai plus fait depuis mes 18 ans. Je ne m’en plains pas, car mon agenda débordait de concerts. J'aurais bientôt 30 ans, et si je décide de fonder une famille, il faudra que je me fixe. Partir à l’aventure deviendrait alors plus compliqué. C’est donc le bon moment.

Dès lors, toute la tournée va se dérouler avant ton départ. N’est-ce pas un peu précipité, 3 mois juste après la sortie de l'album ?

Elliott : C’est selon le point de vue. Si tu envisages la stratégie promotionnelle, c’est un peu court. Mais à mon avis, l’industrie du disque réfléchit beaucoup trop. Elle se prend la tête avec des tas de méthodologies. Nous, on veut simplement prendre du plaisir. Et jouer de la musique, avant tout. Finalement, on est ravi du déroulement des événements.

Christine Verschorren est une pointure dans le milieu de la musique. N’est-ce pas trop difficile de travailler sous sa houlette ?

Nicolas : Nous l'avons choisie pour produire notre album, car elle bosse d’une manière très particulière, hors des sentiers battus. On a pourtant l’habitude de travailler en compagnie de pros. Nous ne souhaitions pas être aidés, mais accompagnés différemment, par un(e) ingé son. Elle a une approche différente de la mise en forme. Et se distingue par sa capacité à te plonger dans un autre univers…

La voix d’Elliott colle bien au style hard. Dans les moments les plus paisibles des compos, elle me fait parfois penser à celle de Lenny Kravitz. Vous partagez mon point de vue ?

Elliott : C’est cool, deux fois aujourd’hui qu’on me le dit.

Elle est travaillée ou naturelle ?

Elliott : Je ne la travaille pas hors du groupe. Uniquement lors des répètes. Je ne prends pas de cours de chant. Je n'ai pas de projet parallèle. Je ne participe qu’à l’aventure de Von Durden.

Et Fabrice ? Il me semble qu’il développe plusieurs projets?

Nicolas : Fabrice est capable de maîtriser tous les genres de musique. Il considère son implication comme un job. Il joue merveilleusement bien de la basse. Son background est impressionnant. Et pourtant, il ne participe au projet que depuis trois ans. Il est polyvalent. Il peut intégrer n’importe quel line up et apprendre leurs morceaux en deux semaines. C'est un mec sur lequel on peut compter. Il adore l’aspect familial de la vie d’un groupe. Il a besoin de bien s’y sentir. Il peut également devenir un mercenaire. Il connaît son truc. Il ne joue plus chez Ozvald.

« Lucky In Love » est le titre le plus funk de votre répertoire ? On n’est pas loin de Jessie J. C’est une référence pour Gladys, la bassiste ?

Nicolas : Absolument ! Elle est fan de toute la production américaine : Pink, Katy Perry, Jessie J, c'est vrai. C’est une géniale ‘performeuse’ qui communique à nos compos un sacré groove.

Les medias décrivent votre musique comme ‘Brute de décoffrage’. Une explication ?

Nicolas : C'est parce qu’elle est dispensée ‘live’, sans artifice. Christine y est pour quelque chose. La musique n’est ni léchée, ni assujettie au clic. Si certaines fréquences sont susceptibles de te casser les couilles, mais qu’elles sont bonnes, on les laisse. Nous avons la totale liberté de création. Nous avons réalisé notre album en 2 ou trois semaines. Le mix et tout le reste y compris.

Quel est vraiment le style de votre musique ?

Elliott : C'est du Rock.
Nicolas : On ne peut rien dire d'autre. C'est du rock, malgré ses multiples influences. Qu’on digère progressivement. Celle qui te fait penser à Kravitz est certainement due à la mélodie.  

Le Grand Jojo, Queens Of The Stone Age, Pearl Jam, Stromae, Beatles, Arno et les Sex Pistols. Au sein de cette liste, vous avez détecté des intrus ?

Nicolas : Le Grand Jojo. Pas vraiment mon truc. Mais il donne du bonheur à des tas de gens. Faut surtout pas qu'il arrête.
Elliott : Rien. Même pas le Grand Jojo. C'est du talent qui ne me parle pas.

Vous semblez bénéficier d’une bonne équipe pour assurer la promo…

Elliott : La promo doit passer par toutes les formes de medias. Que ce soit sur papier ou via Internet. C’est indispensable pour être visible. Si tu ne l’es pas, les gens pensent que tu n'existes plus. Oui, c'est important et c'est la raison pour laquelle nous avons choisi Olivier Biron, comme attaché de presse. Il est particulièrement compétent. C’est même le meilleur avec lequel nous ayons eu la chance de bosser. On se sert également des réseaux sociaux comme une majorité d’autres artistes. C'est important.
Nicolas : La plupart de nos connaissances estiment que bénéficions d’une presse de dingue. Depuis un mois, les articles pleuvent, grâce à son implication. C'est un tueur et il abat un boulot monstre.

Continuez-vous à collaborer avec Julien Henry de ‘Film Fabrique’ ? Il apporte son concours aux projets de The Experimental Tropic Blues Band, il me semble ?

Nicolas : C'est lui qui se charge du visuel d'Experimental. Il est doué et adorable. On s'est entendu sur le projet et on a décidé de poursuivre notre collaboration.
Elliott : On n'en trouve pas des centaines comme lui dans le métier. Il accomplit un boulot remarquable…

Le patronyme de Von Durden Party Project s’est réduit à Von Durden. Pourquoi ?

Nico : Parce qu’au départ, je drivais un autre groupe, Melchior. Je voulais faire la distinction entre ce band et le projet Von Duden. Quant au mot Party, c’est parce qu’on voulait mettre l'accent sur le côté festif et ‘dance’ de notre musique. Puis nous avons abandonné ces épithètes...

 

 

Driving Dead Girl

Il est plus difficile de se produire en Belgique qu'à l'étranger…

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La Maison des Jeunes de Sambreville fêtait, en 2014, ses 40 années d'existence. Quatre décennies déjà que l'institution se décarcasse pour dynamiser la région de Sambreville. Et tout particulièrement dans le domaine de la musique. Nous sommes le 6 septembre 2014, soit le deuxième jour du festival organisé par cette MJ. Driving Dead Girl est un quatuor réunissant le chanteur/guitariste Dim Wild, le second gratteur Ronald Dondez, le bassiste Ruggero Catania et le drummer Vincenzo Capizzi. Ces trois derniers se sont volontiers prêtés au feu de nos questions.

Est-il exact que le festival de Dour a servi de détonateur au groupe ?

Ronald : Dour a été très important pour nous. C’est là que nous avons entamé notre aventure. Nous avions gagné le concours 'tremplin', ce qui nous avait permis de participer au festival. Je suis issu de Mons, donc un peu le régional de l'étape ; aussi se produire lors d’un tel événement alternatif était une aubaine pour nous.

Pourriez-vous nous relater la genèse de Driving Dead Girl ?

Ronald : En fait, Dim et moi étions amis depuis très longtemps. Au départ il évoluait dans l’univers du punk. Nous avons ainsi joué ensemble, brièvement, dans le même groupe. Puis nous avons monté Driving Dead Girl. Qui a vécu de nombreux changements de line up. Vincenzo y milite depuis pas mal de temps. Ruggero vient de débarquer. Il est vrai que plusieurs bassistes se sont succédé, avant son arrivée. Nous comptons 10 ans d’existence. Et Dan Diaz y a milité 4 ans. Pour tout savoir, si je suis montois et les 3 autres sont issus de Bruxelles.
Vincenzo : J’ai débarqué au sein du groupe, il y a 6 ans.

D'où vient le nom du groupe ? Driving Dead Girl signifie ‘conduire les filles mortes’. Ce patronyme a-t-il une signification particulière ?

Ronald : Aucune, en fait. Nous aimions ces mots-là et nous les avons réunis. En même temps, tout n'est pas faux non plus. Quelques anglophones nous ont avoué qu’il sonnait bien. Nous voulions simplement en dénicher un qui tienne la route.

Votre musique est souvent qualifiée de rock/garage. Une réaction ?

Ronald : J'allais justement t’en parler. Ce style de musique en englobe d'autres. Nous, on y a ajouté un zeste de psyché. Mais on pratique du rock pur et dur, tout simplement. On ne prétend pas émarger au garage, ce sont les autres qui le déclarent.
Vincenzo : On a déjà du mal à trouve notre place. On ne joue pas du punk, mais du rock. Energique.
Ruggero : Quand j’ai débarqué au sein du groupe, je n’ai pas pensé au genre de musique pratiqué ou que j’allais jouer. Je me suis amusé et c'est le but que je continue à poursuivre.

Avez-vous suivi une formation académique ou êtes vous autodidactes ?

Vincenzo : Pendant une année, j’ai fréquenté le Jazz Studio d'Anvers. Je n'ai pas d'autre formation particulière. On joue instinctivement.

Par quel hasard êtes-vous atterris sur le label at(h)ome ?

Ronald : En fait, c'est notre manager Bertrand qui s'est occupé de ce deal. Au début, nous étions hébergés chez Bad Reputation, un label français. On n’y a pas rencontré de problème majeur. Mais on ne peut pas dire que la communication et la promotion étaient optimales. On a alors décidé de changer. Bertrand a entrepris les démarches et a contacté at(h)ome qui était emballé par le projet.

Parmi les artistes belges sur se label, il n'y a que vous et MLCD ?

Ronald : En fait MLCD est chez notre tourneur. Il booke nos concerts et ceux de MLCD en France.
Vincenzo : Mais, il y a aussi un autre groupe belge…

Vous comptez 10 ans d'existence et avez gravé 3 elpees dont le dernier est paru l'année passée. Vous carburez au diesel ?

Ronald : Carrément oui. On est un peu fainéants, On se laisse bien vivre. Mais quand il faut, il faut.

Envisagez-vous de publier prochainement un nouvel album ?

Ronald : On a composé de nouveaux morceaux et on bosse dessus. Nous ne sommes qu’aux balbutiements de l’écriture. On a prévu sa sortie en 2015 ; mais il faudra mettre la gomme. Il devrait paraître au plus tard, fin décembre.

Vous avez prévu de nouveaux morceaux, dans la set list de votre concert ?   

Vincenzo : Du futur album ? Non. On en a composé quelques- uns, mais ils ne sont pas encore finalisés. Du troisième, oui c’est prévu. Mais, comme on ne t'a jamais vu à nos concerts, tu vas découvrir les plages du troisième.

Bie sûr que je vous ai déjà vu en concert, et il n'y a pas très longtemps. A l'Ancienne Belgique. Vous vous produisiez au club, juste après Alter Bridge, une formation de métal. Etre programmé après Von Durden et avant The Experimental Tropic Blues Band, c’est une belle opportunité ?

Vincenzo : On a déjà partagé la même affiche. Ce sont tous des amis. C'est chouette, on est très contents et impatients de se revoir. Et puis Von Durden remplace au pied levé Vegas. D'habitude, on les précède. Ils ont davantage de notoriété que nous. Nous avons tourné en compagnie d’Experimental, en France et aux Pays-Bas.

Eprouvez-vous davantage de difficultés à vous produire en Belgique plutôt qu’à l’étranger ?

Ronald : Dans notre cas, il est vrai qu’il est plus difficile de se produire en Belgique qu'à l'étranger. S’exporter est donc une obligation.
Vincenzo : Nous avons effectué des tournées en Tchéquie, en Slovénie, en Slovaquie et en Italie. Après avoir accompli le tour des maisons de jeunes branchées et transité par quelques salles de concert, tu as vite fait le tour de Belgique.

Sur les planches, vous vous montrez particulièrement dynamiques. Accordez-vous une grande importance au ‘live’ ?

Ronald : C'est ce que je préfère dans la vie d'un groupe.
Vincenzo : Monter directement sur scène, sans répéter à chaque fois, me procure un tas de bonnes sensations. Mais les répètes sont nécessaires, sinon on s'éclate systématiquement. Quand je reviens de tournée, je me sens mal dans la peau. Après deux ou trois jours, j'ai le cafard, je suis crevé, mais j’aimerais bien reprendre la route.

Entre les Ramones, Pearl Jam, Nirvana et John Spencer, vous avez une préférence ?

Vincenzo : Spencer et Ramones. Et Pearl Jam quand on est bourrés.
Ronald : John Spencer.
Ruggero : Certainement pas Pearl Jam.

Quelle est la décennie musicale la plus riche, dans l’histoire du rock, pour Driving Dead Girl ?

En chœur : Les sixties !

(Photo : Lara Herbinia)

 

Lemon Straw

Soit dans dix ans je suis encore là, soit j’arrête…

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Cette interview devait se réaliser avant le début du spectacle. Soit vers 21h30. Mais à 18 heures 35, je reçois un SMS : le concert est avancé à 22 heures, et c’est donc après le show que l’entretien se déroulera ; soit vers 23 heures. Qu’importe, le plaisir sera d’autant plus grand. J’espère toutefois que la formation m’accordera le maximum de disponibilité… Pas de stress ! Après tout, ces aléas appartiennent au monde des artistes…  et par conséquent, des journalistes…
Lorsque le set prend fin, je gagne le backstage afin d’y rencontrer le trio. A ma grande surprise, seul le chanteur se prête au jeu des questions/réponses.

Question bateau, mais nécessaire afin que nos lecteurs puissent mieux te définir, pourrais-tu nous relater tes expériences musicales ?

J’ai commencé au sein de petits groupes, il y a une quinzaine d’années. En fait, il n’y en a pas beaucoup. Trois, tout au plus ! Il y a 10 ans que je milite chez Lemon Straw. Pour ma part, je suis auteur-compositeur et quand tu joues dans plusieurs formations, tu ne peux pas réaliser tes propres projets.

Quelles sont tes influences musicales ?

Elles sont diverses. C’est bizarre, mais j’ai écouté pas mal de variétés françaises, lorsque j’étais adolescent. Puis, j’ai aimé des groupes comme Wet Wet Wet, Talk Talk, Depeche Mode. Ensuite, en grandissant les Beatles, Led Zeppelin, Genesis, Peter Gabriel, Police. Je m’intéresse aussi beaucoup à la scène actuelle.

Pourrais-tu me donner le titre de trois albums que tu considères comme ‘culte’ ?

L’album « Blanc » des Beatles (NDR : ce titre lui a été attribué, parce que sa pochette extérieure est entièrement blanche) ; « III » de Led Zeppelin et « Synchronicity » de Police.

Comment définirais-tu la musique de Lemon Straw ?

Aujourd’hui, c’est de la pop/folk/electro.

Peut-on la qualifier de légère (épurée) ?

Oui.

Tu sembles également très proche du public ? Est-ce important pour toi ?

C’est important, parce tu peux être vraiment près de ton public, à partir du moment où les gens se déplacent pour toi. Nous sommes en plein développement. C’est une proximité qui se travaille. Grâce à la confiance que tu acquiers. C’est forcément important, parce que sans eux, tu n’existes pas.

Ce deuxième LP s’annonce comme une aventure différente et constitue un changement important dans l’univers musical du groupe. Lemon Straw s’enrichit de sons planants : des claviers atmosphériques, de la lap steel guitare, des chœurs et une utilisation décomplexée de la boîte à rythmes. Les fans de la première heure pourraient ne pas s’y retrouver. Qu’en penses-tu ?

Je pense qu’ils s’y retrouveront parce cet album constitue une passerelle. Maintenant, il y a toujours des changements qui ne plaisent pas toujours à tout le monde. Ce qui constitue toujours un risque. Nous l’assumons. Toutefois, nous ne passons pas du blanc au noir. Pour te donner une idée, avant, nous privilégions les teintes ‘blanches’, mais maintenant elles évoluent dans les tons ‘beige/beige-foncé’. Il s’agit d’une progression, d’une évolution, mais pas d’une révolution.

Giani, on ressent toujours chez toi une certaine fragilité, une sensibilité dans la voix… Te considères-tu comme une source d’émotion ?

Je ne sais pas. Mais, je la vis et si les gens sont touchés, alors oui. Je pense que c’est l’émotion qui me motive à composer et à chanter.

« See you on the other side », titre figurant sur le premier elpee, raconte une histoire sur l’amitié. On la retrouve à nouveau sur cet elpee, mais des arrangements plus contemporains y ont été apportés. Pourquoi ce choix ?

Notre ancien claviériste Renaud est décédé il y a quelques mois. On a tout vécu ensemble. J’estimais que pour ce deuxième album, sur lequel il a quand même un peu participé, il était important de lui rendre hommage. Cette chanson, je l’avais écrite pour lui. Il fallait qu’il y ait une trace de Renaud. C’était important pour nous tous !

C’est une forme de thérapie en quelque sorte ?

Oui, aussi. Sûrement. C’est l’acceptation.

Lemon Straw est donc avant toute chose, une histoire d’amitié ?

J’ai travaillé à l’usine pendant six ans. Un jour, j’en ai eu mare. J’ai pris des cours de guitare et rencontré Boris. Puis Renaud. Au départ, elle n’existait pas, mais au fil du temps une réelle amitié s’est installée. Ce n’est donc pas seulement une histoire musicale. Je suis le parrain de la fille de Boris. C’est une petite famille en quelque sorte.

Cinq années se sont écoulées depuis la sortie du premier long playing. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de publier celui-ci ?

En fait, j’avais de nouvelles envies. Je ne parvenais pas à les exprimer. Je ne voulais pas sortir un truc pour lequel, je ne me sentais pas prêt. C’était vraiment difficile. On a failli splitter. Puis, on a malheureusement dû se séparer de Renaud. Il a fallu ensuite retrouver un autre claviériste. J’ai vécu certaines situations personnelles aussi, parfois chouettes, parfois beaucoup moins. Ce sont des événements qui t’inspirent et te permettent d’avoir une nouvelle vision de la composition. La créativité se réinstalle. Elle a nécessité cinq ans ; mais c’était un mal nécessaire. Je pense que si ce second album était sorti plus tôt, l’émotion aurait été absente.

En 2014, lors de la sortie de l’Ep 3 titres, tu avais eu l’idée de customiser le support à l’aide d’une housse artisanale en tricot. Et elles avaient toutes des couleurs différentes. C’était une initiative particulièrement créative. Aimerais-tu la réitérer ?

C’est encore à l’ordre du jour. On vend encore l’Ep dans sa housse en tricot. Sur scène également, il y a du tricot. Qui recouvre le pied de micro. C’est une petite scénographie exprimée en forme de clin d’oeil. Ce sont des seniors qui ont permis la réalisation de ce projet. Humainement et socialement, c’était vraiment une chouette idée. Et puis, il a un côté chaleureux, coloré.

Les chansons véhiculent des messages forts. Pourquoi ne pas chanter dans la langue de Molière ?

Je ne sais pas. Peut-être s’agit-il d’une manière de me cacher. Je n’ai peut-être pas le talent pour écrire en français. Peut-être pour chanter en français. La semaine dernière, on a fait un concert où j’ai dû m’y mettre. Il semble que ça a plutôt bien fonctionné (rires). Peut-être qu’un jour… mais j’estime ne pas encore avoir un niveau suffisant pour rédiger dans cette langue.

La set list est-elle immuable ou la modifies-tu en fonction des circonstances ?

Pour l’instant, c’est une ébauche. La set list a été constamment modifiée. Mais le répertoire que nous avons accordé ce soir, nous le reproduirons lorsque nous devrons jouer entre 45 et 50 minutes… Il s’agit d’un nouveau spectacle que nous avons dû mettre en place rapidement. Nous avons donc misé sur la sécurité avant tout. Il y a tellement de changements qu’il faut pouvoir les maîtriser. Dans le futur, elle se modifiera, c’est sûr.

Comment verrais-tu Lemon Straw dans 10 ans ?

Ecoute, c’est simple. Soit dans dix ans je suis encore là, soit j’arrête. J’ai envie d’en vivre. Je suis quelque part un privilégié, parce que j’en vis partiellement, mais pas encore totalement. Mais pour pouvoir en faire un job professionnel et aller au bout de tes idées, tu dois, à un certain moment, t’installer et t’y consacrer full time. J’espère avoir un jour cette chance, mais je ne mise pas tout là-dessus.

La toile et les réseaux sociaux, est-ce important pour toi ?

C’est important parce nous sommes dans cette mouvance. Mais sincèrement, si les réseaux sociaux n’existaient pas, j’épargnerais beaucoup d’énergie et j’aurais plus de temps à consacrer à autre chose. C’est important aussi parce que les musiciens doivent développer les réseaux sociaux. C’est de la communication. Il faut savoir communiquer. Il y a plein de tâches à gérer. Aller chercher les gens pour qu’ils t’aiment ou qu’ils te découvrent, oui. Mais, je préfère que le processus se fasse naturellement. C’est clair, il faut un peu de promo, mais ce système me met parfois dans une situation inconfortable. Je dois le faire alors je le fais. Le feedback est réconfortant. Mais quelquefois, j’aimerais y consacrer moins de temps.

A ce sujet, quelle est ta position sur le téléchargement illégal ? Comment réagirais-tu si tu en étais victime ?

La musique doit être écoutée. Si les internautes téléchargent illégalement, mais qu’ils viennent te voir concert, why not ? Je préfère cette option plutôt que de ne pas être écouté du tout. Cela ne me dérange pas, tant que tu peux exister et tourner.

De nombreux artistes déclarent qu’il est illusoire de vivre décemment de la musique en Belgique. Les sources de revenus proviennent essentiellement de places de concerts et surtout, majoritairement, du merchandising. Partages-tu ce constat ?

On a un sigle qui pour l’instant passe bien en radio. Mais là où tu gagnes ta vie, c’est en jouant sur scène. Il y a les droits d’auteur aussi. Ce n’est pas la vente d’albums qui te permet de gagner réellement ta vie.

Le vinyle et la bonne vieille cassette audio, ringard ou effet de mode ?

La cassette est un objet devenu obsolète. Le vinyle, quant à lui, est un objet d’une certaine classe. Lemon Straw n’a pas encore le statut pour pouvoir en graver. Mais, si on pouvait, c’est sûr que nous en presserions quelques-uns. C’est l’objet que je préfère. Imagine qu’il y a quelque temps, on te présentait un vinyle alors qu’aujourd’hui, les clés USB prolifèrent. Le vinyle est d’ailleurs en train de regagner du terrain. 

Cet échange verbal durera une bonne vingtaine de minutes… Nous discutons encore de tout et de rien… Giani me quitte et rejoint les groupies qui l’attentent. Les autographes seront légion ce soir. C’est une certitude !

 

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