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Mes chansons sont le pendant de ce que je vis dans la réalité… Spécial

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Derrière Kid Francescoli, se cache Mathieu Hocine, un Marseillais dont le succès populaire est né en 2013, grâce à « Blow up », un titre électro surprenant.

Totalement inspiré par le grand écran, il a habillé à maintes reprises des spots publicitaires tels que Façonnable, Lanvin, Lacoste5, Chanel, Lancôme, Aldi, Citroën, et bien d’autre encore...

Après un arrêt forcé pour cause de crise sanitaire, le bonhomme accompagné sur scène par deux demoiselles, se lance dans un show assez peu conventionnel entre down et up tempo.

Dans le cadre du festival ‘Ceci n’est toujours pas LaSemo’, Il est venu défendre les couleurs de « Lovers », un nouvel album qui marque deux changements notables. La fin de sa collaboration avec Julia et l’expérimentation de différentes langues, dont le portugais.

C’est dans le salon cosy du Château que se déroule l’entretien. On y parle de musique, de femmes et de foot. Forcément !

Mathieu, tu portes à bout de bras ton projet ‘Kid Francescoli’ depuis plus de 20 ans. Beaucoup de collaborations y sont nées. Pourrais-tu imaginer réaliser un elpee sans celles-ci ?

Ma carrière musicale est effectivement ponctuée de collaborations. Je pense par exemple à Julia ou Simon Henner (French 79). Elles me permettent d’évoluer. Mais elles sont variables. A titre d’exemple, j’ai bossé en compagnie de Simon de Nasser (Oh! Tiger Mountain) à une certaine époque. Aujourd’hui, nous évoluons chacun de notre côté. Ce qui ne pose aucun problème, ni à l’un ni à l’autre. Même topo pour Julia. Ces rencontres enrichissent le projet. La nouveauté amène aussi une certaine excitation. Je crois qu’il est essentiel de ne pas tomber dans la routine.

Baigner dans l’univers de la musique depuis si longtemps te permet-il de prétendre à davantage de crédibilité ?

Je crois que la crédibilité s’acquiert avec le travail. J’ai la chance de pouvoir compter sur un public qui me suit et vient me voir en concert. C’est ça la crédibilité. Les années n’y sont pour rien. Si les gens ne répondent pas présent, il ne sert à rien de continuer.

Qu'est-ce qui différencie Mathieu Hocine de Kid Francescoli ? Est-ce un avatar derrière lequel tu te caches ?

Je n’incarne aucun personnage. Je ne suis jamais parvenu à m’en inventer un. Certains le font très bien et tant mieux. Je commence quasi systématiquement mes compos par ‘Je’, ‘I’ ou ‘Me’. Difficile donc de dire que je me cache derrière un avatar. Même sur scène, je ne suis pas toujours en costume ou dans de petits mocassins blancs. Pourtant, je pourrais tout à fait me le permettre.

En Belgique, Kid Noize dissimule son visage derrière une tête de singe…

Je ne connais pas cet artiste. Néanmoins, je comprends ceux qui font cette démarche. Elle te permet de séparer la carrière de la vie privée. Pour en revenir à Julia, nous avons parlé de notre relation dans l’album. La frontière entre l’artistique et la vie intime a toujours été un peu floue. Dans le dernier, je parle beaucoup de relations amoureuses avec Samantha, celle qui partage aujourd’hui ma vie. Ou encore d’autres filles et de leurs liaisons respectives. J’évoque aussi Marseille. Finalement, mes chansons sont le pendant de ce que je vis dans la réalité.

Si je comprends bien ta réflexion, un LP est le reflet d’une tranche de vie ?

Effectivement. Ce qui me plait, c’est de constater l’évolution opérée. A chaque disque, ses influences. Si je sortais en boîte au moment de la conception du disque, la couleur devenait un peu plus électro. Le tempo du dernier album est moins rapide et l’ambiance est un peu plus cheap. Tout simplement parce que j’ai rencontré Samantha et par conséquent, je ne suis plus sorti en boîte tous les week-ends. Ma chérie et moi, nous étions sous le soleil et cette situation a impacté les compos. Même constat pour la voix. Lorsque je les réécoute, la coloration peut être, parfois, soit timide ou plus affirmée. Tout dépend des circonstances et du moment…

Cette pandémie a permis de se réinventer sur le plan artistique en réalisant des collaborations à distance, du live stream, etc. Comment l'as-tu vécue tant en qualité d'homme que d'artiste ?

Personne ne savait ce qui allait se passer. C’était une situation très étrange. Aucun d’entre nous ne connaissait l’ampleur de la menace. Tous les scénarios étaient donc possibles. Durant les deux ou trois premières semaines, je pensais que nous alliions mourir. J’ai vraiment eu très peur. J’avais l’impression que c’était la fin de l’humanité. Faire de la musique était devenu totalement secondaire, je me disais à quoi bon… Lorsque cette pandémie s’est déclarée, nous étions en pleine tournée. Je terminais la troisième date la veille. J’ai très vite mis à profit la période qui s’en est suivie puisque j’ai composé une musique de film. J’ai pu sortir un inédit aussi. J’ai joué pour un label qui s’appelle ‘Cercle’ où j’ai eu la chance d’accomplir un tournage sur une lagune au milieu de la jungle mexicaine. Je n’ai pas voulu accorder de ‘live stream’ tout simplement parce je sortais d’une résidence ou j’avais préparé un show avec une belle pyramide et des chanteuses ; et je ne me voyais pas rester dans ma cuisine pour y jouer de la guitare après cet épisode. Et puis, honnêtement, les morceaux ne s’y prêtaient pas. La seule entorse à ce principe, si je puis dire, s’est limitée au 6 juillet 2020, lors d’un concert donné depuis une péniche, sur la Seine. Il a été retransmis en direct sur ARTE Concert. J’ai ensuite préparé mon prochain disque. Je me suis donc occupé. Je ne voulais surtout pas m’apitoyer sur mon sort plus longtemps.

Quel est ton processus de création ? Est-ce que la contrainte suscite la créativité ou as-tu besoin d'espace de liberté ?

Je l’ignore, même après cinq albums. Parfois, l’inspiration me vient immédiatement, alors qu’à d’autres moments j’ai besoin de plusieurs mois de réflexion. Cela peut aller de six mois à un an. C’est un processus complexe. Parfois, je m’interroge quant à l’opportunité de me limiter à l’instru ou d’ajouter des voix. Si je doute et j’ai peur, c’est bon signe. Peut-être que lorsque tu stagnes dans un processus formaté, c’est le début de la fin.

Ta musique oscille entre le dansant et le planant sans opter franchement pour l’un ou l'autre. Pourquoi ce choix ? Ou devrais-je dire ce non-choix ?

C’est une attitude très naturelle chez moi en fin de compte. Je crois que de manière générale, il faut éviter d’intellectualiser le processus de créativité. Tout dépend du contexte dans lequel tu te trouves au moment de la conception des chansons. J’aime l’idée de pouvoir passer de l’un à l’autre. Pour être tout à fait complet, je me vois très mal faire un album au clic durant douze morceaux. Il est nettement plus intéressant de changer d’atmosphère et sortir de sa zone de confort. Je me suis par exemple essayé au rap, mais les morceaux ne sont jamais sortis parce que cette musique n’était pas suffisamment imprégnée en moi. Et paradoxalement, c’est un genre qui m’a toujours fasciné.

Tu as souvent raconté que ta musique était influencée par le cinéma. Sans le 7ème art, ton parcours artistique aurait été différent ?

Oui, le cinéma et les musiques de films constituent une grande source d’inspiration. Mais pas que ! D’une manière plus globale, je reste attentif aux situations, à la scène, aux répliques ou encore aux acteurs. Je vénère des gens comme John Carpenter ou Ennio Morricone. J’ai l’impression d’avoir grandi avec le cinéma. Il m’a éduqué. Un écrivain dont j’ai oublié le nom disait que les livres enseignent des choses que la vie ou les parents ne t’enseignent pas. On y apprend ainsi parfois à se tenir à table, à se comporter auprès des autres ou encore à s’habiller. Lorsque tu regardes un film, il existe ce mimétisme. C’est peut-être une attitude ou une manière de se vêtir. Delon, Belmondo, McQueen ou dans un registre plus contemporain DiCaprio et Brad Pitt sont des personnages fascinants. Mais, je n’ai pas leur style. Par contre, lorsque j’ai vu Charles Denner dans ‘L’homme qui aimait les femmes’, j’en ai conclu que son personnage collait tout à fait au mien. Je vais porter le blouson de cuir et la petite cravate et ce sera parfait.

« Lovers » maque un changement radical par rapport aux deux long playings précédents. Je pense ici à la fin de la collaboration avec Julia et l'expérimentation de nouvelles voix, mais également le chant en portugais. Peux-tu m’expliquer la genèse de cette nouvelle orientation ?

J’ai réalisé deux albums en compagnie de Julia. On a aussi pas mal tourné ensemble. Le duo fonctionnait bien. Son grain de voix un peu jazzy à l’américaine correspondait à merveille au son électro. Je souhaitais prendre une autre direction, tout simplement. Je suis parti à la recherche de nouvelles voix. Des voix différentes surtout car je ne voulais pas retrouver un équivalent à Julia. Celle d’Alizée, grâce à cet accent venu de nulle part de Français qui chante en anglais est intéressante. Sarah Rebecca est plus américaine que diva. Celle de Nassee est plus chaude, lorgnant sur le r’n’b. Ma rencontre avec Samantha a été déterminante par contre. Lorsque je l’ai rencontrée, elle m’a expliqué qu’elle était franco-brésilienne et qu’elle chantait en portugais. J’y ai vu immédiatement un nouveau territoire à explorer. C’était une opportunité destinée à enrichir ma musique.

Tiens, au fait, comment s'opère le casting des voix avec lesquelles tu collabores ?

C’est la rencontre qui crée l’opportunité. J’ai rencontré Julia en allant à New-York. J’y suis resté deux mois. Au départ, je m’y rendais simplement pour poser mes instruments. Je partais du principe que si des gens souhaitaient apporter leur collaboration ou me présentait des voix, je restais totalement ouvert. Lorsque des alternatives se présentent, à toi de les accepter ou les refuser. Par contre, lorsque j’ai rencontré Samantha, il n’existait pas de plans particuliers. 

Simon Henner (French 79) a coproduit l’elpee. C’est aussi ton guitariste en tournée, non ?

C’est avant tout un ami. Il est marseillais et nous nous connaissons depuis longtemps. Nos studios sont voisins. Nous nous voyons pratiquement tous les jours.

Certains admettent que la mouvance electro/pop – dream/pop dresse un pont entre les musiques du passé et une véritable modernité. Imagines-tu qu’elle puisse être perçue, comme le fossoyeur du rock’n’roll ?

Pas du tout ! La musique ne meurt jamais. Regarde, les Strokes sont revenus en 2000 alors qu’on les croyait morts (NDLR : il a repris récemment « I'll try anything once »). Il s’est produit un renouveau pour le rock dans ces années-là, qui s’est perdu et s’est à nouveau effiloché peu de temps après. Aujourd’hui, le rap et le hip hop envahissent les ondes. Doit-on pour autant penser que l’électro n’a plus sa place ? J’ai commencé à créer de l’électro lorsque j’ai découvert LCD Soundsystem. J’estimais intéressant ce mélange hybride de voix et de sons. Ils étaient au sommet. A l’époque, tout le monde voulait suivre ce courant musical. Maintenant, ce style peut sembler ‘has been’ parce qu’il y a ce clic sur tous les temps. Aujourd’hui, les gens apprécient PNL, Vald ou Romeo-Elvis. Ce sont des artistes qui remplissent les salles, les festivals et les charts. Pourtant le rock est toujours présent et rencontre encore son public. Tout à l’heure, on a assisté à un concert de reggae, accordé par Naâman ; c’est bien la preuve que tous les styles ont leur place auprès du public.

Aujourd’hui, on observe un retour à langue française chez pas mal de groupes (Grand Blanc, Flavien Berger, Paradis, Feu! Chatterton, Perez…) La fin de ce complexe, par rapport au choix de la langue de Voltaire, c’est une bonne nouvelle ?

Lorsque j’ai entamé ma carrière, j’ai opté pour l’anglais. Laetitia chantait en italien sur les deux premiers albums. En ce qui me concerne, je ne me voyais pas adopter une autre langue. Ensuite, je me suis intéressé au français. François and the Atlas Mountain, Malik Djoudi, Voyou ou encore Fauve ont sans doute tracé la voie. Cette mouvance est liée à l’arrivée d’internet. Lorsque j’ai commencé à acheter des disques, ma musique était assez pop-folk. J’écoutais Belle and Sebastian ou Granddaddy. Aujourd’hui, Internet et ses sites de streamlng ont permis de découvrir un vivier de chansons très éclectiques avec ses langues et ses influences différentes, parfois au sein d’un même album. Billie Eilish représente pour moi la photographie de la musique d’aujourd’hui. Cette artiste trouve son équilibre dans des morceaux qui vont du piano-voix à la musique électro. Un grand écart qui lui va à ravir.

Tu es d’origine marseillaise. Les étrangers parviennent difficilement à comprendre ce qu’est la belgitude. Comment la ressens-tu ?

J’adore les autochtones qui possèdent un caractère bien trempé. Comme les Italiens ou les Espagnols d’ailleurs. Tu sais, nous sommes ici en pleine effervescence à cause du déroulement de l’Euro et j’estime que lorsqu’on parle de foot ou de compétitions sportives en général, on ressent immédiatement la culture de la nation. Il existe en filigrane cette fierté de porter les couleurs de l’étendard national. Objectivement, des équipes comme la Belgique ou l’Italie peuvent aller jusqu’au bout des épreuves parce qu’il existe chez elles cette fierté. Nous avons pourtant la meilleure équipe sur papier, mais nous n’avons pas cet esprit d’union sacrée. J’ai toujours adoré la Belgique. Je me souviens très bien que lorsque j’ai visité Bruxelles la première fois avec un copain, j’étais sidéré par le nombre de petites rues et puis cette multitude de bars dispersés. Paradoxalement, il y avait un monde fou et pourtant, c’est resté très cool parce que les gens ne se la jouaient pas. Alors que généralement, dans les grosses métropoles, c’est tout le contraire, les gens sont souvent stylés. Moi, Marseillais, lorsque je me rends à Londres, New-York ou Paris par exemple, je me fais petit tout simplement parce je ne maîtrise pas correctement les codes et j’ai toujours l’impression de passer pour un plouc. Alors que chez vous, ce côté humain reste bien présent et on se sent immédiatement à l’aide dès les premières secondes.  

Les Belges et les Français se sont vannés sur le net dans le cadre du Championnat d’Europe de football. Comment analyses-tu cette rivalité bon enfant ?

Oui, c’est vrai, je dois bien l’avouer. La Belgique est un pays voisin, comme la Suisse, l’Italie ou l’Espagne. Nous nous considérons au centre de l’Europe géographiquement. Il y a aussi cette arrogance, cette fierté à la française qui nous colle à la peau, ce qui rend les choses encore plus détestables.

Je suis content de rencontrer un Français qui le reconnaisse. Parce que franchement, la plupart des Belges te diront la même chose des Français …

L’arrogance française, c’est ce qui fait notre légende en fait (rires). Imagine, entre Marseille et Lille, la différence de mentalité qui peut exister. Finalement, c’est comme si nous étions face à deux pays différents.

J’adore en tout cas ton accent marseillais qui sent bon le soleil…

C’est vrai ? Tu sais on se moque souvent de mon accent. Comme celui des Toulousains et des Montpelliérains, d’ailleurs. Dès que tu passes Lyon, les gens se mettent déjà à rigoler de ton accent (rires)…


 

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