Benny Sings est un artiste batave, dont le dernier elpee, « Music », paru en 2021, avait reçu le concours de Mac DeMarco,Tom Misch et PJ Morton, entre autres. Il nous revient avec un nouveau single, « The only one », pour lequel il a bénéficié de la…

logo_musiczine

Le guitariste et chanteur nantais Tilmann dévoile le clip d’animation de « Desert Moon », troisième extrait de l’Ep Chrysalis. Les paroles de « Desert Moon » ayant été imaginées à vélo, le long des paysages d'Ardèche, le parti pris du clip est de représenter…

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

Paradise Lost
Paradise Lost

Lisa LeBlanc

Le disco singulier d’une Acadienne…

Écrit par

Déjà dix longues années que Lisa LeBlanc ne s’était plus produite en Belgique. Elle avait alors mis le feu à une Orangerie en configuration assise, devant 150 personnes. Son dernier elpee, « Chiac disco », est paru en mars dernier. Cette Canadienne, est issue de Rogerville, dans le nouveau Brunswick, un village de 51 habitants. En fait, elle ne se considère pas comme canadienne, mais acadienne. Elle se décrit d’ailleurs comme suit : ‘Je joue du folk trash. Je suis une Acadienne qui roule ses ‘r’, j’aime me moquer de moi, écrit des textes sans trop de froufrous et est tannée de chanter des chansons de fifilles !’. On a parfois tendance à l'oublier, mais à l'extrême est du Canada, deux provinces sauvages jouxtent le Québec et les États-Unis : la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, qui forment l'Acadie où Lisa LeBlanc voyait le jour il y a 32 ans. Elle revenait donc au Bota, mais à la Rotonde, dans le cadre du festival ‘Francofaune’.

Le supporting act est assuré par Le Noiseur. De son vrai nom Simon Campocasso, c’est un mec cool et sympa. Il a probablement choisi ce patronyme, car au cours de sa jeunesse, il mettait le souk, partout où il passait.  Son dernier opus, « Relax », est paru en 2020, année pas très érotique, un LP qui fait suite à « Du bout des lèvres », sorti en 2015.

Responsable de l'écriture et des arrangements de ses chansons, Simon parvient à y insuffler un second degré tout en conservant la profondeur et la poésie singulière qui la caractérisent.

Vêtu d’un costard d’un blanc immaculé, Simon est soutenu par Léo Agapitos. Les deux artistes se chargent des vocaux et des synthés. Il y va plutôt pépère, chantant/parlant sur une amplitude d'environ 3 notes, de plutôt belles compos pas toutes complètement habitées. Il signale qu’il s’est fait beau et qu’il a deux rêves : jouer au Botanique et au Stade de France. Le premier rêve est réalisé mais le second, il faudra attendre. En tout cas il ne se prend pas la tête.

Sa setlist est extraite de son récent long playing ainsi que de l’Ep « Musique De Chambre », publié en 2020,

« Relax » se révèle comme un génial puzzle sophistiqué et cohérent qui navigue entre douceur et fraicheur, oscillant de titres au spleen bouleversant comme « Aston morphine » ou « Jimi Hendrix », à des trésors plus chatoyants tels que « Musique de stade » ou « Week-end à Rome 2.0 ». Par contre, il n’interprète pas « Douce France ». Et c’est bien dommage !

Si son style est susceptible de rappeler Benjamin Biolay ou Daniel Darc, il passe, avec une facilité déconcertante, d'une musique inspirée des B.O. de films des 70’s d'Ennio Morricone et de Philippe Sarde au rap français des 90’s (IAM, Fabe), tout en flirtant avec une pop urbaine et synthétique plus actuelle.

L’instrumentation de « Musique de Stade (de France) » ressemble étrangement à celle de « Musique de Chambre ». Le chant est plus parlé que chanté. C’est sans doute la raison pour laquelle sa voix est régulièrement comparée à celle de Serge Gainsbourg.

« Week-end à Rome 2.0 », comme son titre l’indique, évoque un voyage sans Wi-Fi, afin de découvrir les beautés de la région.

« Sumer Slow 88 » invite à monter sur le dancefloor, et quelques personnes tentent le pas de dance. « Relax » clôt la prestation, une chanson d’apparence très légère et pop, mais qui parle en fait d’un sujet plutôt angoissant : le temps qui passe. Une belle découverte !

Setlist : « L’Origine Du monde », « Musique de Stade (de France) », « Retour Rapide », « Weekend à Rome 2.0 », « Sumer Slow 88 », « Dépression Nord », « Relax ».

Lisa LeBlanc est annoncée comme une vraie star par son bassiste. Un chevelu ! Faut vous dire qu’aujourd’hui, elle remplit des stades aux States et au Canada. Telle une princesse du disco, elle est vêtue de noir (y compris la cape), mais sa parure est pailletée. Deux estrades permettent, pour la première à accueillir le drummer et la seconde, un claviériste et un guitariste. Ce dernier va déambuler régulièrement sur le podium, armé de sa gratte.

Le set débute par « Dans l'jus », extrait du nouvel elpee. Qui a dit que le disco était ringard ? Certainement pas Lisa Leblanc. La Québécoise ressort la boule à facettes ainsi que les pattes d’éph’ en remontant le temps. Définitivement groovy, sa musique constitue un bon condensé de disco où les saveurs 60’s-70’s sont remises au goût du jour. N’épargnant jamais ce côté pétillant et coloré, Lisa fait parler son sens de la démesure à l’aide de rythmiques sautillantes, et notamment sur « Pourquoi faire aujourd’hui », un parfait hymne à remettre ce que l’on doit faire au lendemain ou au surlendemain, mais également tout au long des entraînants « Dans l’jus » et du glamoureux « Gossip » à l’énergie contagieuse. La promesse du spectacle de l’album « Chiac Disco », frénétique et jouissif en soi, frôle la fièvre. « City Slickers And Country Boys » est interprété dans la langue de Voltaire. Lisa empoigne son banjo et en éclate les cordes tout en s’accompagnant de sa voix grave presque de baryton qu’elle exprime dans son patois accadien mélangé à du langage indien. Lisa pousse la plaisanterie en signalant : ‘J'suis pas québécoise moi, je suis acadienne’. « Gossip I et II » met littéralement le feu. Pour « Kraft Dinner », elle signale que c’est devenu un peu le plat national au Canada, (NDR : pâtes et mauvais fromage Kraft). Elle s’autorise également quelques plaisanteries sur la poutine, le plat national au Québec et en Acadie (NDR : il s'agit de frites mélangées à du fromage en grains et nappées d'une sauce brune ; ne pas confondre avec l’autre guignol qui porte le même nom).

Les anciens morceaux s’enfoncent profondément dans le (trash) folk, le bluegrass et l’americana, à l’instar de « Cerveau ramolli » et « Du duvet dans les poches », moment au cours duquel elle martyrise, à nouveau, son banjo. Elle ose une reprise « Ace of Spades » de Motörhead, qu’elle se réapproprie. Excellent ! Et c’est à nouveau son banjo destructeur qui fait la différence.  

Le « Le menu Acadien » est un véritable délice sonore. Le public reprend le refrain en chœur : ‘Des patates bouillies, des carottes bouillies et des navots (navets)’. Et le set de s’achever par le très groovy et funky « Veux-tu rentrer dans ma Bubble ?’. Un final de rêve, avant d’accorder un rappel de deux titres…

Setlist : « Dans l'jus », « Pourquoi faire aujourd'hui », « Cerveau ramolli », « Du duvet dans les poches », « City slickers and country boys », « Ti-gars », « Gossip I et II », « Entre toi pi moi pi la corde de bois », « Kraft Dinner », « Y fait chaud », « You Look Like Trouble (But I Guess I Do Too) », « Gold Diggin' Hoedown », « Dead man's flats », « Ace of Spades » (Motörhead cover), « Le menu Acadien », « J'pas un cowboy », « Veux-tu rentrer dans ma Bubble ? ».

Rappel : « Tite gêne », « Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde ».

(Organisation : Francofaune)

Kasabian

Thank you for the show, Mr. Pizzorno !

Ce soir, au Cirque Royal, place à la britpop, même si le supporting act, DMA’S, vient du pays des kangourous. Parce que la tête d’affiche, Kasabian (NDLR : Tiens saviez-vous que son nom a été emprunté à Linda Kasabian, une hippie qui avait été choisie par Charles Manson pour assister et témoigner des meurtres qu'il allait perpétrer dans la villa de Sharon Tate), est un des derniers fleurons de cette britpop. Son dernier elpee, « The Alchemist’s euphoria », est paru en août dernier. Si la formation de Leicester a connu quelques changements de line up depuis sa naissance, en 1997, le plus notoire a été enregistré en 2020, lorsque Tom Meghan, le chanteur et membre fondateur, a été poussé vers la porte de sortie ; Sergio Pizzorno, le guitariste, se réservant, dorénavant et également le lead vocal.

La première partie est donc assurée par DMA’s, un trio australien (Sydney), fondé en 2012. Il réunit Tommy O'Dell au chant ainsi que Matt Mason et Johnny Took aux sixcordes. Le premier à l’électrique, le second à la semi-acoustique. Mais en tournée, le band peut compter sur Joel Flyger à la gratte rythmique, Jonathan Skourletos à la basse et Liam Hoskins aux drums. DMA’s est le résultat de la concentration de son premier patronyme, The Dirty MA's. A son actif, quatre elpees, dont trois en studio avant un Ep publié en 2021, « I Love You Unconditionally, Sure Am Going To Miss You ».

Le sextuor grimpe sur le podium. Le drummer se plante au milieu sur une petite estrade. Mais le chanteur et le préposé à la gratte semi-acoustique se distinguent de l’ensemble. Le premier, casquette noire vissée sur le crâne, possède une voix qui ressemble terriblement à celle de Yungblud, aka Dominic Harrison. Le second, Johnny Cook, le blondinet, ne tient pas place. Il déambule de long en large sur les planches, tout en triturant voire en martyrisant ses cordes. Par intermittence, Joel Flyger, se charge des claviers. Le combo est manifestement en pleine forme.

Le set s’ouvre par « The glow », un morceau balisé par la gratte semi-acoustique, dont les sonorités sont particulièrement limpides. Les chœurs sont riches. Si les influences oscillent de Bruce Springsteen à Bob Dylan, en passant par Sonic Youth, New Order, The Music et Dinosaur Jr, l’ambiance et les orchestrations rappellent surtout les Irlandais de The Academic mais qui auraient hérité du charisme d’Imagine Dragons. Le combo n’en oublie pas son dernier single en date, « I Don't Need To Hide », un titre qui fait manifestement craquer le public féminin.

Alors que « Play It Out » s’enfonce dans un psychédélisme réminiscent du Floyd, les stroboscopes aveuglent l’auditoire, accentuant cette impression de voyage à l’acide. Le puissant « Lay Down » achève une prestation de toute bonne facture. Un supporting act idéal pour le show de Kasabian qui va suivre…

Setlist : « The Glow », « Feels Like 37 », « Life Is A Game Of Changing », « Silver », « Hello Girlfriend », « I Don't Need To Hide », « Delete », « Play It Out », « Lay Down ».

Pendant l’interruption nécessitée par le changement de matos, un petit groupe de Britanniques complètement torchés sème la zizanie et crée une certaine tension au sein de la fosse. Le service d’ordre va rapidement les en éjecter.

En arrière-plan, se dresse le visuel du dernier opus de Kasabian, « The Alchemist's Euphoria », soit des hiéroglyphes égyptiens à faire pâlir Champollion devant la Pierre de Rosette.

La salle est plongée dans le noir. Pendant 5 bonnes minutes, les haut-parleurs crachent le puissant instrumental « Rocket Fuel ». A la fin de l’intro, on entend des cris fuser des premiers rangs dont les spectateurs commencent déjà à jumper.

Dès que les musicos sont en place, Sergio Pizzorno, en tenue kaki et vert fluo, débarque comme une star (de foot ?) sous les applaudissements. Le set s’ouvre fatalement par « Club Foot ». Le morceau est à peine commencé que le premier moshpit éclate.

Devenu frontman, Pizzorno peut se libérer davantage de sa gratte. Il déborde d’énergie. Plutôt taquin, il provoque l’auditoire pour l’émoustiller, tout au long des trois premières compos. Et ça marche ! Si Sergio n’a pas la tessiture vocale de Meghan, il a suffisamment de charisme pour porter le groupe qui entre parfaitement en symbiose avec la foule. Et puis, aux six cordes, qu’elle soit semi-acoustique ou électrique, il rappelle qu’il est particulièrement habile.

Tout le monde est debout tout au long du show, même dans les gradins. Aucun répit ! Les spectateurs applaudissent à tout rompre, se prennent au jeu du frontman et lui soufflent 95% des paroles des refrains.

De larges extraits du dernier long playing sont interprétés ; mais ce qui fait le fonds de commerce du combo, ce sont quand même les hits aux refrains entêtants. Outre « Club Foot », « Ill Ray (The King) », « Underdog », « Eez-Eh », « You're In Love With A Psycho », « Empire », « L.S.F. (Lost Souls Forever) » et « Fire » figurent donc dans la setlist.

Très électrique (NDR : techniquement, les trois gratteurs sont irréprochables et lorsqu’ils conjuguent leurs instruments, l’intensité est à son paroxysme), l’atmosphère rappelle les concerts de White Lies voire de Foals, accordés dans cette même salle ou d’un Liam Gallagher à Forest National. « Scriptvre » concède des accents hip hop dont Pizzorno est friand. Jolie ballade, « The Wall » permet à tout le monde de souffler. A la demande de Sergio, les iPhones s’allument et transforment le Cirque Royal en firmament étoilé. « Eez-Eh » se limite à un seul refrain. Pendant « You're In Love With A Psycho », une rave se déclenche, un titre qui va se terminer par une version infernale du « One More Time » de Daft Punk. Pizzorno en profite pour traverser la fosse et les gradins afin d’aller saluer ses fans mais aussi pour inciter la foule à danser. C’est alors la folie, pour ne pas dire l’hystérie dans l’hémicycle. Au beau milieu de « Treat » on entend quelques expérimentations électro. Amusé, Pizzorno tente de reproduire ces sonorités à l’aide de maracas.

Inévitable, le rappel va proposer deux titres emblématiques, « L.S.F. (Lost Souls Forever) » et « Fire ».

Une belle soirée dans le rythme, pleine d’énergie et empreinte de bonne humeur. Thank you for the show, Mr. Pizzorno !

Setlist : « Club Foot », « Ill Ray (The King) », « Underdog », « Chemicals », « Eez-Eh », « You're In Love With A Psycho », « SCRIPTVRE », « Stevie », « The Wall », « Pinch Roller », « Treat », « Empire », « Bless This Acid House », « Vlad The Impaler »

Rappel : « L.S.F. (Lost Souls Forever) », « Fire ».

(Organisation : Live Nation)

Whispering sons

Bref mais intense…

Écrit par

La salle est bien remplie pour accueillir Whispering Sons, au Zik-Zak, ce dimanche 3 octobre 2022, date programmée au beau milieu de sa tournée européenne. Le band est déjà passé par le Salon à Silly, l’Ancienne Belgique de Bruxelles, où il a fait salle comble en mars 2021. Et puis, il s’est produit au festival de Werchter. Deux elpees a son actif, « Images », paru en 2018, et « Several Others », l’an dernier. Son nouveau single « Tilt » est sorti il y a sept mois et squatte les ondes de la bande FM.

Issu de Houthalen-Helchteren, en province du Limbourg, mais établi à Bruxelles, ce groupe belge est devenu notoire pour ses prestations à haute intensité, démontrant ainsi que le post punk qu’il pratique est encore loin d'avoir connu ses meilleures années.

Maze assure la première partie. Il ne s’agit pas de la formation californienne drivée par Frankie Beverly, mais d’un band gantois. Son dernier Ep, « Serve Yourself », remonte à 2016. Depuis, il est passé d’un trio à un quatuor, le drummer Timo Fannoy rejoignant le line up. Et dans la foulée, la formation a apporté une nouvelle dimension à son noisy-post-punk.

Chevelu, le batteur est installé à l’avant de la scène. Et ses interventions sont percutantes. Le line up implique également un guitariste, un bassiste et un chanteur. Ce dernier ne tient pas en place. En ‘live’, on a l’impression de vivre une expérience étrange, intense voire inconfortable. La setlist ne comporte aucun ancien morceau.

Bref, un supporting act idéal pour Whispering Sons.

Setlist : « Designer », « How Long », « Actual », « Subcribes », « Laaitning », « Inner », « Open Ear », Twelve Years », « Counter ».

Whispering Sons débarque à 21h30 ; Fenne, une longue chemise blanche recouvrant le haut de son pantalon de couleur noire, recueille déjà les premiers applaudissements. Mais ce qui frappe d’abord, chez elle, c’est sa voix. Un baryton profond, caverneux, dramatique, qui semble parfois surgir des rives du Styx.

Le concert débute par « Dead End », plage d'ouverture du dernier opus. Aujourd'hui, Fenne Kuppens semble plus à l'aise dans son rôle de frontwoman. Elle ose regarder tout le monde, droit dans les yeux. Dès le deuxième titre, « Heat », la foule se met à dandiner, alors que les riffs de gratte électrisent l’expression sonore.

« Screens » s’enfonce dans l’indus. Les interventions ‘dark’ de Kobe Lijnen, à la six cordes, sur « Got A Light » ont de quoi impressionner. Le drumming y est dense. Tout au long de « White Noise », l’auditoire s’accroche à chaque mot prononcé par Fenne.

La version ‘live’ de « Tilt » baigne au sein d’’un climat bien plus angoissant que celle en studio. On pense alors successivement à Joy Division, Portishead, Placebo, Idles, Fontaines D.C. et même Shame, confirmant que la musique de WS a évolué depuis 2013, année de sa formation.

Le quintet a commencé son impressionnante offensive finale à peu près à mi-parcours, soit à partir de « Flood ».

« Satantango » nous entraîne au sein d’un univers sépulcral, alors que plutôt brefs, « Surface » et « Aftermath » s’avèrent relativement dépouillés. C’est le moment choisi par Kobe de s’installer derrière les ivoires pour accompagner Fenne, une chanson interprétée en mode piano/voix. Les 3 autres musicos ont alors quitté le podium. Gothique, le set s’achève par « Surgery », un morceau qui monte progressivement en intensité avant d’être emporté dans une sorte de frénésie tempétueuse…

Malgré l’excellence du show, Fenne semble bouleversée. Elle s’est même mise à pleurer. Elle ne s’est d’ailleurs pas rendue au merchandising, à l’issue du concert.  

En rappel, le band va nous réserver trois chansons particulièrement appréciées par l’auditoire : « Smoke », « Wall » et « Waste ». Un superbe final pour un spectacle dont on regrettera cependant la brièveté : 60 minutes, pas une de plus.

Setlist : « Dead End », « Heat », « Got A Light », « Alone », « Tilt », « Walking Fl. », « White Noise », « Screens », « Flood », « Surface », « Hollow », « Aftermath », « Satantango », « Surgery ».

Rappel : « Smoke », « Wall », « Waste »

(Organisation : Zik-Zak et Rock Nation)

 

Alaska Gold Rush

Une question de relations humaines…

Écrit par

C'est à la suite de « Pilot Village Midnight », un premier Ep teinté de folk électrifié et minimaliste, sorti en 2013, que Renaud Ledru (guitare, voix) et Alexandre De Bueger (batterie) –aujourd'hui remplacé par Nicky Collaer– suscitent la curiosité de la presse belge.

Ce premier essai les amène à participer, l'année suivante, aux concours organisés par le Verdur Rock et le Concours-Circuit. Epreuves qu'ils remportent.

En 2015, « Dirty Road » permet au duo de fouler les planches du Botanique, de l'Ancienne Belgique, du Festival de Dour ainsi que des Ardentes.

Tout au long de « Wild Jalopy Of The Mist », son premier elpee, la paire développe son répertoire en proposant certains morceaux rock/garage et d'autres plus acoustiques.

Le combo revient ensuite aux racines de la musique américaine qui l’ont influencé, privilégiant les sonorités de guitare sèche à travers un nouvel Ep intitulé « And The Sky Dives Again ».

« Camouflage », second opus gravé en 2020, permet à la formation d'obtenir, non seulement d'excellentes critiques nationales, mais également outre-Quiévrain en récoltant notamment des articles favorables dans le Rolling Stone et Indie Music.

« Human Flare », polarisé sur le thème de l’humain et de ses relations aux autres, constitue le fuit d'exercices de style et d’expérimentations diverses.

Renaud expose et s'expose par caméras interposées. Décryptage.

Alaska Gold Rush fonctionne en binôme depuis sa création. Vous avez tous deux étés actifs au sein de divers projets en amenant une culture musicale différente. L'un apporte le côté garage et l'autre l’aspect ouaté du folk. Comment deux êtres que tout oppose parviennent-ils à s’accorder pour proposer un résultat parfaitement cohérent ?

Le groupe existe depuis plusieurs années maintenant. Je suis accompagné de Nicky (Collaer). Il se charge des drums depuis 2019. Avant de le rencontrer, je fonctionnais déjà en duo, mais en compagnie d’un autre batteur. Notre musique est le fruit de plusieurs années d'expérimentations. A l’origine, le projet était plutôt folk car je suis influencé par le folk américain. Est alors venue l'idée de mélanger cette influence folk aux rythmiques plus rock de manière à obtenir un produit plus alternatif. Nicki a rendu la chose plus dynamique et petit à petit le côté folk s'est effacé. Les deux styles ne s'opposent pas et le résultat reste cohérent. Nous ne sommes que deux et nous devons l'assumer pleinement. Je n'ai pas de réponse très précise à cette question, la musique d'AGR est tout bonnement le fruit d'expérimentations et de mélange de styles.

Perso, j’ai l’impression que vous fonctionnez davantage à l'instinct en laissant peu de place à la réflexion intellectuelle. Est-ce exact ?

Au contraire, la réflexion est omniprésente. Le fait d'être deux nous oblige à remplir l'espace sonore. Il n'y a pas, par exemple, de basse comme dans la plupart des formations. L'ennui peut alors vite se manifester parce que nous ne pouvons pas ajouter des éléments comme des samples ou des boucles. On est obligé d'aller à l'essentiel en construisant le morceau d'une certaine manière. Je pense clairement que nous avons trouvé notre style, du free folk garage, c'est-à-dire une musique sans limite et insouciante.

On imagine que si vous deviez vous entourer d'autres musiciens, vous perdriez le côté naturel et spontané qui forge votre marque de fabrique...

Lorsque le précédent batteur a quitté la formation, je me suis demandé s’il fallait conserver la formule. Finalement, le duo l'a emporté. Même si composer un groupe à deux reste une contrainte, il permet de se challenger et se renouveler. Dans le chef du batteur, l'exercice de style est très intéressant. Au sein de ses projets précédents, Nicky se limitait à un rôle d'accompagnateur en se servant de rythmiques basiques. Ici, il a carte blanche. Il a le devoir de remplir le morceau à lui seul. C'est une formule qui permet d'explorer un tas de perspectives. Lorsque nous nous produisons en live, le public est surpris que tant de consistance soit créée par si peu de musiciens. Je crois que si nous devions être davantage sur scène, notre musique aurait moins d’impact. Mais qui sait, peut-être qu'un jour nous n'aurons d'autres choix que de glisser vers une formation impliquant davantage de musiciens.

Un duo s'apparente à une vie de couple. Mais est-elle autant semée d'embûches ?

Être deux peut se révéler à la fois un avantage comme un inconvénient. Difficile par exemple de se reposer sur l'épaule d'une tierce personne au sein du combo.

J'ai de la chance, parce qu'avec Nicky, nous avons très vite matché tant humainement que musicalement. Sinon, le projet n'aurait pas fonctionné.

S’il fallait étiqueter ton projet, on dirait qu'il ressemble à celui de BRNS pour la rythmique syncopée et à Mountain Bike pour le côté garage et nonchalant. Qu'en penses-tu ?

Personne n'avait osé la comparaison jusqu'alors. Ce sont des groupes géniaux. Ils sont à la fois créatifs et cool.

Comparativement à BRNS, nous n’abordons pas tellement le rock progressif. Ce groupe baigne dans un registre un peu plus barré. Le folk reste présent dans notre musique. Nous sommes aussi très attachés tant au format des chansons qu'aux textes à proprement parler. Les moments purement instrumentaux ne sont pas nombreux non plus. Nous nous sommes inspirés de musiques alternatives. Alors, peut-être, y-a-t-il des relents de BRNS... En ce qui concerne la filiation à Mountain Bike, il y a en effet, cette nonchalance qui plane, ainsi que le volet garage et le rock lâché. Ce sont des groupes que nous apprécions beaucoup. La comparaison nous enchante. 

Le nouvel album, « Human Flare », s'est construit autour du thème de l'humain et de ses relations aux autres. Peut-on y voir comme fil rouge, une discussion avec tes amis, des membres de la famille ou ton entourage ?

J'ai effectivement essayé de construire chaque morceau en mettant en exergue, non pas les humains en général, mais un humain en particulier. Ce n'était pas le postulat de départ, mais les choses se sont dessinées naturellement autour de cette thématique. Chacun des morceaux s'articule autour d'un dialogue avec un proche, un membre de ma famille ou encore un ami. L'idée était d'obtenir un instantané dans la vie de l'individu en imaginant le dialogue comme un retour dans le souvenir, une après-midi ou un événement particulier, par exemple.

C'est un LP positif, mais quelques compos lorgnent sur des sujets plus lourds comme la dépression. Je pense ici tout particulièrement à « Love Chameleon ». Une thématique aussi personnelle est-elle liée à un vécu ?

Oui, tout à fait ! Dans l'album, rien n'est inventé. J'aime l'idée de narrer des choses très personnelles. Ou encore de les transposer dans une autre situation. Je crois que ce sont les textes les plus personnels que j'ai écrits. Le disque est en substance très positif avec parfois une pointe de mélancolie qui est souvent perçue par l’auditeur lambda comme négative parce qu'elle renvoie à une forme de remémoration du passé. Si j’analyse la métaphore du coucher de soleil en fin d'été, certains y verront de la nostalgie, alors que perso je n'y distingue que du positif. L'album est à cette image. Si « Love Chameleon » aborde de la difficulté de s'en sortir, le refrain quant à lui reste optimiste. Ce dernier l'emporte sur le reste…

Chez Alaska Gold Rush, la corrélation entre musiques et images s’avère essentielle. Comment s'opère la mise en image d'une chanson ?

Nous avions le souhait de ‘clipper’ nous-mêmes. Chaque single est accompagné de sa vidéo. Je m'intéressais depuis un moment au cinéma et la prise de vue. Comme le texte, le clip raconte une histoire tantôt sociale, tantôt mélancolique et nostalgique. La vidéo suscite la réflexion soit en mettant en scène deux enfants ou encore, lorsqu’elle est décalée, communique un message.

AGR, c'est aussi une histoire de famille. Tes neveux, après avoir tourné dans « Dirty Road », jouent ici à la guerre dans la rivière tout au long d’« Arsonist ».

C'est exact ! Tu sais, lorsque nous n'aimons pas que les compos soient trop figées. Elles fluctuent. Tantôt, nous les ralentissons, tantôt, nous les accélérons. Nous pourrions jouer avec le clic, mais nous préférons ne pas utiliser cette formule. Il faut laisser la place à quelque chose de plus vivant. C'est pareil pour les images. On préfère du fait maison. On pourrait utiliser des drones et engager toute une équipe de post-production afin que les choses soient cadrées, mais cela ne nous intéresse pas. « Arsonist » aborde le thème de l'enfance avec mon meilleur ami. Il était donc nécessaire de pouvoir y faire participer des jeunes. Ce sont mes neveux qui s'y sont collés. Ils avaient déjà contribué à un de mes clips et étaient enchantés de réitérer l'opération. La vidéo a été tournée sur les lieux de mon enfance. Il s'agit de la maison de mes parents et du parking où j'allais jouer lorsque j'étais gamin. C'est à la fois personnel, humain, fragile et imparfait. Les clips étudiés ou léchés à outrance ne m’intéressent pas. Certains le font très bien et tant mieux pour eux.

Alexandre De Bueger est un des membres fondateurs de la formation. Il est remplacé aujourd'hui par Nicky Collaer. Il se dit que lorsqu'un musicien quitte un groupe, celui-ci perd une part de son âme...

Alex m'a annoncé qu'il souhaitait partir vivre à l'étranger. Le voyage devait se limiter à un aller simple. Après quelque temps, il est finalement revenu en Belgique. A l'époque, des concerts étaient programmés. J'ai donc dû lui trouver un remplaçant au pied levé en la personne de Nicky. Nous nous sommes découverts des atomes crochus très rapidement, tant au niveau musical que des relations humaines Nos influences sont différentes. Nos styles, aussi. Celui de Nicky a apporté un souffle nouveau et a contribué à explorer d’autres univers. J'ai d'ailleurs l'impression que la formation est récente alors qu'elle existe depuis quelques années déjà.

« OD on Sugar » aborde le thème de l'addiction. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, cette addiction ne concerne ni le sucre ni les drogues, mais plutôt les discours édulcorés et bien-pensants. Pourquoi, selon toi, la censure et l’auto-censure, prennent-elles autant de place dans la société moderne ?

Je n'aborde pas la censure en tant que telle, mais plutôt d’un point de vue politique. La situation est identique en entreprise. Je m'explique. Pour faire passer une idée, quoi de mieux que de l'enrober. Cacher la vérité est bien plus aisé que de la montrer et ainsi pointer le côté négatif. Je ne suis pas convaincu qu'il y ait une forme de censure là-dessous. Ni même que la démarche soit nécessairement toujours consciente. Dans la société contemporaine, les faibles n'ont pas leur place, il faut donc rester fort quoiqu'il advienne. Lorsque j'ai écrit ce morceau, je suis parti de cette idée sous l'angle de la politique.

« Trampoline » traite du non-sens des bullshit jobs. Est-ce ce même genre de travail dont tu parles dans « The Window », un titre issu de ton projet solo Elvin Byrds ?

Oui, tout à fait. A ceci près que Trampoline survole plutôt le volet de la destruction et du non-sens du travail. Aujourd'hui, tout est devenu course à la réussite. Chacun œuvre pour soi, sans se soucier des autres. « The Window » reflète plutôt la conviction profonde qui fallait que je change d’air. Au travail, je ressentais le besoin de libérer mon esprit et d’envisager vivre autrement. Le jazz m'a permis de comprendre comment casser certains codes de la rythmique, ce qui a été libérateur dans ma manière de concevoir la musique. « The Window » traite de cette transition.

De fil en aiguille, j'ai découvert le free jazz. L'idée est que l'on puisse, à partir de codes établis, changer les choses, les bouger, parfois même les effacer. En conclusion, les deux morceaux sont complémentaires. Une même thématique, mais abordée sous un angle différent.

Tu bossais dans l'administratif, à la tête d'une petite équipe. Tu étais apprécié par les collègues et la Direction et pourtant tu as tout quitté. C'est une décision courageuse par les temps qui courent...

Quand j'ai décidé d’abandonner ce boulot et de ne me consacrer qu'à la musique, j'ai eu ce déclic par rapport au non-sens du travail que je réalisais. D'où cette décision ...

Tiens, à propos de ce projet solo, où en es-tu aujourd'hui ?

Comme je viens de te l'expliquer, j'ai plaqué ce travail parce que j'étais happé par la musique. Le projet solo est né dans la foulée. Un Ep est sorti fin 2021. J'ai préféré ensuite donner la priorité à Alaska. Effectivement, c'est un projet qui me tient à cœur parce que j'adore le folk et ses guitares acoustiques. Je me produis aussi devant un public différent. Les endroits où je joue en solo me permettent de discuter avec les gens. J'y interprète des compos personnelles, mais aussi des reprises de chants traditionnels folk américains, sans oublier, de musiciens que j'affectionne particulièrement. Si pour l'instant, cette aventure est mise entre parenthèses, je crois que je m'y consacrerai de nouveau dans quelques mois. La difficulté, c’est qu'il existe peu de scènes ‘folk’ en Belgique, surtout en Flandre d'ailleurs. C'est dommage parce que dans des pays comme le Canada, les Etats-Unis et dans une moindre mesure l’Allemagne et les Pays-Bas, il existe tout un réseau de salles qui sont parfaitement adaptées à ce format. Peut-être aussi que les artistes qui osent franchir le pas ne sont pas suffisamment nombreux. Sauf, peut-être les Canadiens et les Américains.

« Camouflage », paru en 2020, a permis de vous faire connaître en France. Est-il plus facile, pour un groupe wallon, de percer à l'étranger plutôt qu'en région flamande ?

Honnêtement, oui. Cette situation est navrante. En réalité, il s'agit d'un circuit tout à fait différent, un peu comme si tu te produisais dans un autre pays. Je crois qu’inversement, les difficultés sont les mêmes. Le Flamand aura du mal à réussir en Wallonie. Si on veut jouer en Flandre, on n’a pas d'autre choix que de dénicher un booker flamand, sinon cela risque de s'avérer compliqué. La presse, elle aussi, fonctionne avec des canaux distincts. Nous avons eu la chance de décrocher quelques dates dans le nord du pays. Les gens étaient relativement réceptifs à notre musique. D'une manière générale, le potentiel y est parce que les Flamands sont friands de musiques anglo-saxonnes. Beaucoup comprennent parfaitement l'anglais et apprécient les textes bien torchés. C'est ce qui fait sans doute notre succès là-bas. Le facteur rencontre y joue aussi pour beaucoup. Il faut avoir la chance de tomber sur la personne pour pouvoir tourner. Il s'agit d'un réseau à entretenir. Nous avons, par exemple, trouvé quelqu'un pour nous exporter en France. L’univers de la musique est difficile et il n'existe finalement que peu réponses face à toutes ces difficultés. J'en discutais encore avec notre attachée de presse flamande, il y a peu de temps. Elle rencontre des difficultés à trouver des partenaires dans la presse néerlandophone lorsqu'elle défend un groupe francophone. Les priorités sont différentes dans la promotion des artistes. Il ne s'agit pas de deux cultures distinctes, mais clairement les organisations culturelles ne sont pas identiques. Je reste convaincu que peu de Flamands regardent la RTBF. De même que les francophones bruxellois ou wallons n'iront pas s'aventurer sur la VRT.

Pour prendre le contre-pied de tes propos, j'ai été amené à interviewer Jasper Steverlinck, un artiste flamand alors que je suis francophone et que je m'y intéresse depuis toujours...

Tu sais, aujourd'hui, il y a une telle surcharge dans le domaine de la musique. Les artistes et les sorties d'albums se comptent à la pelle. Chaque presse se focalise sur sa priorité. S'il s'agit d'une presse flamande, elle va tout naturellement s'intéresser aux artistes flamands. Les artistes wallons ou bruxellois ne viendront qu'en seconde position. La presse francophone suivra exactement le même raisonnement. Ces manières de procéder rendent alors plus difficile le passage de la frontière linguistique pour un artiste…

Choisir à nouveau Gaethan Dehoux comme collaborateur te permet-il de fidéliser le son d'AGR ?

D'une certaine manière, oui. Je ne sais pas si nous coopérerons encore à l'avenir, parce qu'expérimenter un autre univers peut s'avérer intéressant. Pour l'album, l'accent a été placé aussi bien sur les mélodies que les prises de son. En concert, cependant, c'est plutôt l'énergie qui prime. Gaethan nous connaît parfaitement musicalement. Il est capable de prendre les bonnes décisions tant au niveau des arrangements que des prises de voix ou encore des intentions. En optant pour sa collaboration, nous étions certains de baigner dans une zone de confort avec en prime cette notion d'humain et de famille. Notions qui sont essentielles à nos yeux…

Photo : Alex Thomas

 

Beechwood

Un final en boulet de canon !

Écrit par

Beechwood s’était produit à la Cave aux Poètes de Roubaix, en mai 2018. A l’issue de ce concert, les trois musiciens avaient accordé une interview à Musiczine. A l’époque, votre serviteur avait déclaré que la formation avait un fameux potentiel ; surtout à la suite de ses deuxième et troisième opus, « Songs from the land of nod » et « Inside the flesh hotel ». Le band vient de graver son quatrième, « Sleep without dreaming », et après avoir pu écouter le disque en streaming (NDR : Bertus France n’a reçu aucune promo de la part d’Alive Natural Sound ; et ce soir, il n’y a ni vinyle, ni cd à vendre au stand merchandising), manifestement, l’impression générale est toujours bonne.  Une bonne raison pour aller revoir le combo new-yorkais, à l’Aéronef de Lille, ce mercredi 28 septembre 2022.

Non seulement le trio est passé à un quatuor, mais le redoutable drummer Isa Tineo a cédé les baguettes à Russ Yussuf alors que Jensen Gore a débarqué pour reprendre la basse à Sid Simons qui se consacre donc à la guitare, tout comme Gordon Lawrence.    

Lorsque nous arrivons au club de l’Aéronef, le septuor Cash Savage & The Last Drinks termine sa prestation. Drivé par la très charismatique songwriteuse/chanteuse, le groupe de Melbourne recueille de chaleureux applaudissements d’un auditoire, qu’on peut estimer à 150 âmes…

Après le ballet des roadies pour démonter le matos du supporting act et remonter celui de la tête d’affiche, le concert de Beechwood peut commencer. Yussuf, le batteur, s’installe, bien évidemment, en retrait. Jensen, le bassiste, au centre, Gordon, vêtu d’un sweet-shirt à losanges, à gauche, Sid, collier de perles autour du cou à droite. Ces deux derniers sont chaussés de santiags. Et ils portent tous des cheveux longs, mais davantage comme au cours des sixties que des seventies.

Le set s’ouvre par « Heroin honey » et immédiatement, le ton est donné : la musique sera bien électrique et les deux sixcordistes vont s’en donner à cœur joie. Alors que le bassiste dynamise les compos et ajoute les contrepoints, le drummer se charge de lier l’ensemble, même si on le sent particulièrement stressé, jetant régulièrement un œil vers les autres musicos, pour savoir si sa prestation tient la route. Elle le sera, mais métronomique, à contrario de celle d’Ineos, l’ex-batteur, bien plus sauvage et imprévisible. Conséquence immédiate, la musique s’avère moins garage, plus structurée, sorte de pop/rock à guitares, dans l’esprit des Lemonheads, de Nada Surf, d’Allah-Las voire de Big Star, mais en plus glam, alors qu’à l’origine, elle s’inspirait surtout de New York Dolls, des Stooges, des Troggs et du Velvet Underground. On retrouve cependant chez le band cet art à torcher de bonnes chansons. Contagieuses, elles sont raffinées par les superbes harmonies vocales. Lors du troisième morceau, « She’s a criminal », Sid déclare qu’il s’agit d’une nouvelle compo. Ce ne sera pas la seule, car une bonne moitié du concert est constituée de titres qui ne figurent sur aucun disque. A croire que le band a déjà suffisamment de morceaux pour sortir un nouvel LP. Il est vrai que lors de l’interview accordée en 2018, les musicos avaient déclaré se consacrer constamment à l’écriture.  

On est bercé par ces cordes de guitares brimbalantes, carillonnantes, limpides ou lancinantes, mais tellement savoureuses. De temps à autre, les deux sixcordistes se font face, comme s’ils voulaient entrer en duel. Et puis, lors d’un blues bien rythmé, Sid et Jensen assurent les chœurs dans le même micro. Côté vocal, Lawrence possède une voix plus éraillée, alors que Sid a un superbe grain de voix, susceptible de rappeler George Harrison ou Tom Petty.

Alors que les ¾ du set sont imprimés sur un mid tempo bien dosé, la fin du show va se révéler autrement euphorisant. Le tempo s’élève et l’expression sonore s’enfonce dans un psychédélisme digne de Brian Jonestown Massacre. Puis lors du morceau final, c’est sur le rythme du chemin de fer que la musique s’emballe, et lors des refrains transparaissent, en filigrane, des réminiscences de western spaghetti.

Beechwood va accorder deux rappels, chacun d’un seul morceau. Tout d’abord la reprise du « Should I stay or should I go » du Clash, moment choisi par quelques spectateurs d’entamer un pogo, puis une dernière compo autant percutante que psychédélique, rappelant que le groupe ne joue pas seulement des morceaux clean mais aussi chargés d’intensité électrique. Une fin en boulet de canon ! ‘Smashing !’ comme concédé à Sid, à l’issue du show, après s’être échangé quelques mots, analyse qu’il partageait totalement…

Un chouette concert !

Voir aussi notre section photos ici

(Organisation : Aéronef de Lille)

 

 

Peter Hook

Entre ombres et lumières

Écrit par

Peter Hook & The Light

Si la salle de la Madeleine a l’avantage d’être située à deux pas de la gare centrale, elle peut vite virer au cauchemar quand on s’y rend en voiture. On en a fait l’expérience, ce lundi soir, suite au nouveau plan de circulation –controversé– instauré au centre-ville de Bruxelles. Un lecteur prévenu (à la suite de cet article) en vaudra deux, dorénavant. En outre, le concert avait été avancé de 20h à 19h30 (NDLR : afin de le clôturer à 22h30 pour permettre aux navetteurs de prendre leur dernier train). Conclusion : on manque la première des trois parties du spectacle.

Le set proposé ce soir est en effet découpé en autant d’actes distincts. Le premier (le plus court, d’une trentaine de minutes), était consacré aux covers de New Order, section au cours de laquelle l’inévitable « Blue Monday » a servi d’ouverture.

Après une pause d’une dizaine de minutes, le band est de retour sur l’estrade. La bande au bassiste/chanteur Peter Hook entame alors deux sessions de sa première formation fétiche : Joy Division. D’une bonne heure chacune, elles sont consacrées aux albums « Unknow pleasures », puis « Closer ». Et chaque titre respecte le ‘tracklisting’ des elpees.

Vêtu d’un t-shirt pour touriste, sur lequel est imprimé le slogan ‘United states of Belgium’, le leader déclare brièvement, en remontant sur le podium : ‘Brussels is a very important place for us. It’s the first city where we played’ (NDR : si on ne tient pas compte du Royaume-Uni, il avait foulé les planches du Plan K en octobre 1979, avant d’y revenir en janvier 1980).

Le concert s’ouvre par l’indolent « Atmosphere », dont le climat plutôt religieux finit par devenir oppressant. Plus rythmé, « Disorder » suscite davantage d’enthousiasme au sein de la foule, et déclenche un pogo, mais limité à une dizaine de personnes. Il faut attendre « She’s lost control » et « Shadowplay » pour que l’ambiance monte d’un cran. En fait, le band alterne ces ambiances, oscillant de l’ombre à la lumière. La salle est souvent plongée dans l’obscurité, mais régulièrement l’éclairage et les guitares refont surface…

Après une nouvelle pause, place donc aux plages du second elpee, « Closer ». Le percutant « Atrocity exhibition » (NDR : c’est le titre du roman de J.G.Ballard, qui a d’ailleurs également inspiré le reste de l’opus) entame les hostilités. Et quel plaisir d’entendre l’intro de basse originale d’« Isolation », ce morceau ayant été accommodé à tellement de sauces différentes par des tas d’autres artistes (NDR : et notamment Therapy ?)

Au beau milieu de « Colony », Hook entame le refrain final en chuchotant ‘God in his wisdom made you understand. God in his wisdom took you by the hand’. Une partie vocale quasi-parfaite qui tranche avec le reste de la soirée, au cours de laquelle, sa voix plus rauque semblait accablée par la fatigue (NDR : à sa décharge, il faut reconnaître que le band vient d’accomplir, jusque mi-septembre, une longue tournée aux USA). Un chuchotement qui précède une dernière minute explosive. A contrario, les longs titres qui clôturent ce chapitre, « The eternal » et « Decades » nous replongent dans le climat déprimant entretenu, à l'époque, par Ian Curtis. Pas étonnant, dès lors, que de nombreux spectateurs quittent déjà la salle.

Ces derniers risquent d’avoir des regrets ; car enfin, Peter Hook et surtout le public vont se lâcher lors du rappel, en communiant au sein d’une ambiance positive et collective. Célébrant même au passage les 48 ans du claviériste. Plus rien à jeter cette fois-ci dans les « Dead souls », « Ceremony » (petite parenthèse de retour à New Order), « Transmission ». Et bien entendu, en final, l’inévitable « Love will tear us apart », résonnant tel un hymne repris en chœur par la foule, auquel le leader abandonne volontiers son chant (et son t-shirt qu’il lance dans la fosse, terminant torse nu), pour répercuter ses accords de basse cotonneux.

Bref, si ce n’était pas le meilleur set accordé par Peter Hook and The Light ce soir, ni le meilleur endroit, ni le meilleur public, c'était un plaisir d’avoir revécu une soirée cérémoniale proche de celle du groupe post-punk le plus culte. D’autant que les reports se sont multipliés et que l’attente a été longue. Ce concert avait été reprogrammé en septembre 2021. Mais alors que les nouvelles dates avaient été maintenues en Grande-Bretagne, et postposées en France (dont l’Aéronef de Lille) au mois de mai 2022, celle-ci avait été reportée radicalement d’un an. Soit après cette interminable tournée américaine qui a sans doute bien épuisé la formation…

(Organisation : Greenhouse Talent)

 

Calum Scott

A écouter religieusement…

Écrit par

Ce samedi 24 septembre, Calum Scott se produit au Cirque Royal de Bruxelles. Cet auteur-compositeur britannique (NDR : il est originaire du Yorkshire) a été révélé en 2015, lors de l’émission Britain’s Got Talent 2015, concours au cours duquel il avait décroché la sixième place. Depuis, outre ses deux albums (« Only Human » en 2018 et « Bridges » en 2022), il aligne les tubes : « Rhythm Inside », « You Are The Reason » (NDR : son duo en compagnie de Leona Lewis), « No Matter What », « Only Human », « Where Are You Now » (NDR : une compo issue de sa collaboration avec Lost Frequencies) et enfin, sa version du « Dancing On My Own » de Robyn, désormais pratiquement plus connue que l’originale…

Mitch James assure le supporting act. Issu d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, ce chanteur-auteur-compositeur-guitariste est également responsable de deux elpees, à ce jour. Il a acquis une solide réputation pour sa franchise affichée sur les réseaux sociaux, mais aussi lors de ses prestations en ‘live’, à travers des chansons chargées d’émotion et convaincantes. Il a aussi décroché quelques tubes, à l’instar de « Bright », « Blue Skies », « 21 » ou « Old News ».

Sur les planches, il assure les vocaux et s’accompagne à la gratte semi-acoustique. Il est soutenu par un préposé à la guitare électrique. Première constatation, Mitch a une belle gueule. Il doit faire des ravages auprès du sexe féminin. Simple, interactif, il est très proche de son public et dégage un fameux capital sympathie. Lorsque les compos s’emballent, elles se chargent d’électricité. Son acolyte, à la sa six cordes, ne lésinant alors pas sur l’intensité de ses riffs. Mais la plupart du temps, il se contente de faire consciencieusement son job.

Le set s’ouvre par le hit semi-acoustique « No Fixed Above ». Les émotions de Mitch transpirent littéralement au travers de ses chansons. Les morceaux défilent : « Bright », « Blue Skies », « 21 », « Old News » deux extraits du second opus, ainsi qu’une cover de Kodaline, « All I Want ». A l’issue de sa prestation, on en est convaincu, Mitch pourrait suivre le chemin tracé par Ed Sheeran...

Trois plateformes sont posées sur le podium. Celle de gauche va accueillir un drummer, du milieu, un claviériste, et de droite, une violoniste ainsi qu’une violoncelliste. Devant cette dernière estrade, vont opérer un bassiste et un guitariste.

Scott Calum, c’est d’abord une voix, une voix captivante, grisante naturellement puissante, mais aussi capable d’une infinie douceur qu’il met au service de chansons qui traitent d’amour, d’intimité, de soutien à ceux qui l’entourent, et notamment à l’égard de sa sœur Jade, mais surtout de spiritualité. A l’instar de morceaux comme « Run With Me », au cours duquel Calum Scott chante ‘I Will Be Your Church’ qui semble être l'amour de sa vie. De « Rise », également. Un titre mystique, dont l’énergie est boostée par les applaudissements. Et bien évidemment de « Biblical ». Le piano épouse sa voix à travers une histoire d'amour profonde et dévotionnelle. Il va d’ailleurs interpréter plusieurs compos en mode piano/voix, moment choisi par les autres pour se retirer derrière la scène. Mais manifestement, le concours du violon et violoncelle apporte une autre dimension à son répertoire.

Tel un évangélisateur, il fait participer la foule. Mais au lieu de bougies, ce sont des iPhones qui s’allument régulièrement au sein de l’auditoire. Féérique !

Tout au long de « Boys in the street », la reprise de Greg Holden, il lui communique ses sentiments et à la fin de cette adaptation, il verse même une larme. Et dans le même esprit, « Heaven » baigne au sein d’un océan de mélancolie.

Scott ne va pas oublier ses tubes « You are the reason et « Where Are You Now », mais sans Lost Frequencies ; et puis en rappel, sa reprise de l’inévitable « Dancing on My Own » de Robyn, manifestement supérieure à la version originale.

Setlist : « Rise », « I’ll Be There », « Cross Your Mind », « Last Tears », « Biblical », « Flaws », « The Way You Loved Me », « Boys In The Street » (Greg Holden cover), « Bridges », « This Love (Maroon 5 cover), « Where Are You Now » (Lost Frequencies & Calum Scott cover), « Run With Me », « If You Ever Change Your Mind », « You Are The Reason », « Heaven ».

Rappel : « Dancing on My Own » (cover de Robyn)

(Organisation : FKP SCORPIO)

 

Santa

999 (Ep)

Écrit par

La charismatique chanteuse de Hyphen Hyphen dévoile aujourd'hui une nouvelle facette de son talent, tout au long d’un fulgurant premier Ep, baptisé « 999 », qu'elle a composé, réalisé et interprété dans la langue de Molière.

Imprégnée par la nostalgie d'une époque où la musique populaire était subversive et poétique, Santa surprend et bouscule les codes dans un style singulier, qu’on pourrait qualifier de néo-variété. Elle s'exprime, pour la première fois, en français et dans un élan de rage et de sensibilité, raconte, en toute sincérité, odes à l'amour, exhortations à l'émancipation ou encore hymnes à la joie.

L’Ep s’ouvre par « Popcorn Salé », un très beau titre.

Un piano solitaire, une voix bouleversante, puissante. Un texte de fin du monde.

Les trois autres plages se rapprochent de la mouvance des années 80, plus électro-pop-rock, au goût du jour. Riffs et solos de guitare, soundpainting délicat, chœurs, montées et descentes de piano, boucles de voix grandiloquentes.

« Paris en août » nous raconte l’histoire d’une relation de vacances qui se termine sous le soleil de la Ville lumière.

« Réveil » évoque un lendemain de rupture et d’une furieuse envie de vivre.

« Où va le temps qui s’en va » s’interroge à propos de la vie qui passe, le bleu des lendemains doux, suite aux moments difficiles.

« Qui a le droit », dernier titre de l’opus, constitue un plaidoyer à la différence.

Santa tape fort pour un premier Ep, mais elle affiche déjà un sacré parcours.

Santa, c'est la voix unique d'une performeuse qui rend honneur à ce qui a fait les belles années de la variété française : la mélodie et les grandes voix.

Pour découvrir son joli clip c’est ici

Méthode chanson

 

Jake Xerxes Fussell

Good and green again

Écrit par

Deux ans après avoir gravé « Out of Sight », le guitariste et songwriter Jake Xerxes Fussell nous propose son quatrième opus. Soutenu par une floppée de musiciens expérimentés dont Bonnie ‘Prince’ Billy ou encore James Elkington (Jeff Tweedy, Steve Gunn, Nap Eyes, …), tel un historien soucieux de ne pas perdre les traces du passé, il est allé rechercher, dans les archives, de vieux chants américains. S’il reprend les codes faussement minimalistes de la country, du folk et de l’americana, une écoute attentive révèle, tout au long de l’album, la présence de cuivres, outre les interventions de pedal steel et d’autres instruments qui appartiennent à l’équipement du parfait ‘folkeux’. Comme intermèdes aux chansons traditionnelles, Jake Xerxes Fussell nous réserve trois compositions personnelles instrumentales s’inscrivant parfaitement dans l’atmosphère bucolique de ce quatrième long playing. Loin des turpitudes actuelles, « Good and Green Again » constitue une ode à la déconnexion. Son écoute apaise et nous ramène dans un temps où la nature avait encore le dessus…

Ibibio Sound Machine

Electricity

Écrit par

Depuis sa base arrière londonienne, Ibibio Sound Machine magnifie notre quotidien grâce à son afro-punk teinté d’électro. Active depuis plus de 10 ans, la joyeuse bande est menée tambour battant par sa charismatique chanteuse d’origine nigériane, Eno Williams. Des racines africaines qui s’étalent comme une influence évidente tout au long d’« Electricity ». Eclectique à souhait, cet elpee mêle les traditions africaines aux sonorités les plus contemporaines. Produit par Hot Chip, l’album s’ouvre par « Protection From Evil ». Un départ en fanfare ! Une plage électro très dansante. Davantage house, le titre maître embraie. Se servant souvent de l’ibibio, langage du sud du Nigéria, la formation ne suscite jamais l’ennui. Euphorisante, sa synth-pop (« Freedom », « All That You Want ») réalise, en quelque sorte, une synthèse à la fois belle et moderne entre William Onyeabor et Giorgio Moroder…

 

Page 4 sur 1302