MoonStone est issu de la région du Centre (La Louvière). Il reconnaît pour inspiration majeure, des groupes comme Nothing But Thieves, Muse et Royal Blood. Ses lyrics sont interprétés en anglais. Fondé en 2019, la formation s’est enrichie d’un nouveau membre.…

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Le guitariste et chanteur nantais Tilmann dévoile le clip d’animation de « Desert Moon », troisième extrait de l’Ep Chrysalis. Les paroles de « Desert Moon » ayant été imaginées à vélo, le long des paysages d'Ardèche, le parti pris du clip est de représenter…

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Charles - 20/10/22

Terry Allen

Smokin the dummy

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Terry Allen & Panhandle Mystery Band

Terry Allen fêtera ses 80 balais en mai de l’an prochain. Ce chanteur, compositeur, peintre, sculpteur et artiste conceptuel est considéré comme une référence dans l’univers de l’alt-country. Surtout à travers ses deux premiers elpees, « Juarez » (1975) et « Lubbock (On Everything » (1979). De nombreux artistes ou groupes ont interprété ses chansons, et notamment David Byrne, Lucinda Williams, Ricky Nelson ou encore Little Feat.

Enregistré à Lubbock, sa ville natale, « Smokin the dummy » est paru en 1980. Pour la circonstance, Terry avait reçu le concours d’un backing group baptisé Panhandle Mystery Band, au sein duquel figuraient, notamment, l’harmoniciste Joe Ely et les frères Maines.

L’elpee s’ouvre par « The heart of California », une compo qui rend hommage à feu Lowell George, décédé en 1979, le leader de Little Feat, formation dont le spectre plane sur la plupart des morceaux.

Fondamentalement country, la musique de Terry Allen se teinte, suivant les pistes, de folk, cajun, tex-mex, blues, boogie, rock, jazz, funk et on en passe. Outre la guitare, le piano et l’harmo, l’instrumentation se nourrit également de violon, de mandoline, de violoncelle, de pedal steel, de dobro, de banjo, d’accordéon, de percus, de cuivres (dont du tuba sur « Cocaine cowboy » et « Red bird ») et la liste est loin d‘être exhaustive.

De l’album on épinglera encore « Whatever happened to Jesus (and Maybeline) ? », qui se mue en reprise de Chuck Berry à mi-parcours. « The night cafe » et ses changements de rythme, voguant entre blues et ballade country. L’exubérant « Roll truck roll » et enfin « The Lubbock tornado (I don’t know) » au cours duquel Terry se transforme en prédicateur, dans un climat de gospel gothique.

Banks

Une véritable machine à tubes…

Écrit par

Ce soir, la file est beaucoup moins longue que la veille, pour le concert d’Aurora. Mais l’ouverture des portes accuse une bonne demi-heure de retard. En outre, il faudra encore attendre 10 minutes à l’extérieur de la grande salle (NDR : en mode ‘Ballroom’) pour permettre à Maeve, le supporting act, d’achever son soundcheck. Et on a l’impression que les oreilles vont passer deux sales quarts d’heure avant le concert de Banks.

Originaire de Los Angeles, Jillian Rose Banks, mieux connue sous le nom de Banks, a connu une ascension fulgurante, dès 2013, en mettant en ligne une série de titres énigmatiques. Depuis elle a gravé 5 albums, dont le dernier, « Serpentina », est paru en avril dernier ; une œuvre qui aborde les thèmes de la métamorphose et de la renaissance, tout en se profilant comme le début d’une nouvelle ère pour cette artiste ! C’est la première date de sa nouvelle tournée européenne. La machine à hits va dérouler le tapis rouge pour une soirée destinée au dancefloor.

Maeve assure le supporting act et grimpe sur le podium à 20h15. Vêtue d’une sorte de cuissardes blanches en tissu, nouées sur des baskets, et d’une petite jupette brune comme celle que portait les guerriers romains, elle occupe tout l’espace scénique pour se déhancher. Il y a bien un batteur et un claviériste pour la soutenir, mais l’expression sonore abuse des infrabasses particulièrement agressives et néfastes pour les tympans….

A 21h10, Banks débarque sur les planches en compagnie de deux danseuses toutes de noir vêtues et le visage voilé. Mais également d’un claviériste et d’un batteur. Elle est chaussée de pompes noires aux semelles hyper compensées et vêtue de rouge : pantalon à pattes d’eph’, gants et corset en dentelles. Une estrade à 4 niveaux est placée à droite juste devant le drummer, estrade sur laquelle évolueront les trois filles.

Le concert s’ouvre par deux extraits du dernier elpee. Tout d’abord le r’n’b bien rythmé « Misunderstood ». Puis « Meteorite », un autre brûlot. Des stroboscopes mitraillent les artistes dans leurs chorégraphies bien rôdées à l’américaine. En écoutant le chant particulièrement déformé de Banks sous une production électronique lourde et qui pilonne, on se demande quand même si sa voix est capable d’une telle performance. Apparemment, oui ! Elle est très travaillée et quoique vocodée, sa tessiture est ample. En outre, les interventions sur cette voix sont du plus bel effet.

La gestuelle de l'auteure-compositrice-interprète évoque Janelle Monáe voire Beyoncé. Ses mains triturent constamment le micro. Les trois filles se contorsionnent en permanence, y compris Jillian, malgré une grave fracture de la colonne vertébrale, en 2019. Parfois on a l’impression que ses danseuses sont les extensions de ses bras. Le drummer se sert aussi bien de pads électroniques que de toms et de cymbales. Sa frappe s’avère métronomique, mais particulièrement technique. Et le préposé aux synthés et aux beats électro participe activement et brillamment à l’élaboration de l’expression sonore.

Banks interagit peu avec le public. Sauf avant d’attaquer « Gimme ». Histoire de remettre les pendules à l’heure, elle s’autorise alors une déclaration digne d'un discours politique pour expliquer où elle se situait dans sa féminité : ‘Le moment est venu pour toutes les femmes d'exiger ce qu'elles veulent…’

Mais on retiendra surtout que Banks est une véritable machine à tubes. D’ailleurs, en rappel, « Beggin For Thread » va mettre tout le monde sur les rotules…

(Voir aussi notre section photos ici)

Setlist : « Misunderstood », « Meteorite », « Gemini Feed », « Fuck With Myself », « Better », « Waiting Game », « The Devil », « Skinnydipped », « Drowning », « Someone New », « Brain », « Gimme », « Deadend », « Holding Back »

Rappel : « Beggin for Thread »

And Also The Trees

La musique m'inspire des pensées, des visions et des émotions et j'essaie de les intégrer dans la musique... sans la gâcher (SHJ).

Écrit par

Le quinzième album d’And Also The Trees, "The Bone Carver", sortira ce 9 septembre 2022. Il fait suite à "Born into the waves", paru en 2016. Pour la première fois, le bassiste Grant Gordon et le clarinettiste Colin Ozanne ont rejoint le line up afin de participer aux sessions d’enregistrement. Une œuvre au climat davantage cinématographique, Simon Huw Jones y livre ses observations dans un langage très souvent comparable à des commentaires cinématographiques en ‘off’, alors que la musique, en général composée par son frère, Justin, semble produire un souffle qui nous vient des pays de l’Est. Simon a accordé une interview à Musiczine et il apporte un éclairage sur la nature de cet opus…

Musiczine - Trois longues années ont été nécessaires pour réaliser "The bone carver", le nouvel album. C'était pendant la pandémie. Comment avez-vous procédé pour organiser les sessions ? Ensemble en studio ou par fichiers e-mail ?

Simon Huw Jones - Effectivement, la pandémie a ralenti le déroulement des opérations et les a rendues plus compliquées, mais les autres musiciens ont pu se réunir et travailler à partir d’enregistrements de mes parties vocales. Ensuite, je les ai remodelés au sein d’une vieille grange aménagée dans le Herefordshire, en compagnie de Justin qui enregistrait et me conseillait.

M - "The seven skies" est imprimé sur le tempo d'une valse et "The book burners" sur celui d'un tango. Vous aviez utilisé la valse dans le passé, mais, jamais le tango. Etait-ce inconscient ?

SHJ - La racine de toute notre musique procède de la guitare de Justin... Je ne suis pas sûr de ce qui se produit dans sa tête quand il crée, mais je suis sûr que c'est très instinctif et spontané ; donc je doute qu'il se soit mis à écrire un tango. 

M - La musique d'ATTT adopte parfois des envolées symphoniques, comme sur "Another town, another face". Elle libère toujours une tension dramatique et théâtrale, mais elle embrasse de plus en plus une dimension cinématographique. Sur ce nouvel opus, on pense à "Last of the Larkspurs", mais aussi à "Beyond action and reaction" et à certains passages de "Across the divide". Un climat qui évoque parfois la B.O. du film "Docteur Jivago". Est-ce une bonne analyse ?

SHJ - Justin s'est certainement laissé guider par un souffle qui émanait d'Europe de l'Est, dès le début. En fait, le titre provisoire de la chanson, qui s'intitule maintenant "The girl who walks the city", était "This is Siberia" ; donc je peux admettre que ‘Doctor Zhivago’ n'est pas loin. Justin devrait écrire des musiques de films, je l'ai toujours pensé.

M - Qui est Gaëlle Kreens ?

SHJ - C'est une poétesse française, qui n’a encore rien publié officiellement, je crois ; et bien que je ne sois pas un grand lecteur de poésie, j'aime beaucoup sa plume. Elle m'envoie de temps à autre des recueils de ses poèmes, mais également des enregistrements au cours desquels elle les lit –ce que j'adore– surtout quand elle les déclame en anglais. Elle en a rédigé un court intitulé ‘To be at the Heart of the World Without Being its Centre’ (Trad : être au cœur du monde sans en être le centre) au sein duquel figurent les vers ‘In a bed of leaves - in a bed of flowers - in a bed of sand’ (Trad : dans un lit de feuilles - dans un lit de fleurs - dans un lit de sable) ... et ainsi de suite... que j'avais en tête lorsque je me concentrais sur les parties vocales de "In a bed in Yugoslavia" et qui sont incluses dans la chanson. Je lui avais donc demandé si elle me permettait de reprendre cette idée pour un morceau consacré aux arbres et elle était heureuse qu’on s’en serve. Elle apprécie notre musique depuis longtemps. J’invite le public à s’intéresser à sa production, à la lire et à vraiment l’écouter. Je pense qu'elle est géniale.

M - A propos de "Beyond action and reaction", avez-vous l'intention d'emmener l'auditeur dans le monde de la physique et au-delà de la troisième loi du mouvement de Newton en 1687 ? C’est peut-être une extrapolation, mais "The seven skies" (Trad : les sept cieux) se réfère au Quora islamique qui évoque la force gravitationnelle. And Also The Trees aborderait-il l’univers de la physique, sur cet opus ?

SHJ - Si vous décelez ces thèmes dans ces chansons, c'est merveilleux. L'un des plus grands plaisirs d'écrire des textes est de voir les diverses portes qu'ils peuvent ouvrir pour différentes personnes et que souvent, je n'avais même pas imaginées…

M - La clarinette semble plus présente sur ce nouvel elpee. Est-ce juste une impression ou l’évidence ? Est-ce parce que Colin s’est vraiment impliqué dans la composition de la musique ? Et on a l’impression que tous les autres musiciens sont aussi concernés. Enfin, je suppose...

SHJ - Colin et sa clarinette apportent du sang neuf à And Also The Trees. Pour quelques titres, sa contribution a totalement changé la perception qu’on s’en faisait dans leur forme initiale. C'était excitant. Dans le futur, on espère pouvoir continuer à travailler avec lui sur de nouvelles compos...

C'est un multi-instrumentiste donc il sera intéressant de voir quelles autres sonorités il peut apporter. C'est aussi notre premier album sur lequel Grant Gordon joue de la basse. Colin et lui ont communiqué une nouvelle couleur à la musique d’AATT.

M - "Le sculpteur d'os", c’est le titre du long playing et d’une de ses plages. Ce personnage existe-t-il ? L'avez-vous rencontré ou s'agit-il d'une fable ?

SHJ - J'ai créé le personnage du sculpteur d'os. L'idée a germé dans mon esprit et a commencé à prendre forme lorsque j’ai parlé à une amie des netsuke japonais (petites sculptures d'animaux ou de personnages utilisées pour être suspendues à la ceinture d'un kimono mais aussi fourrées dans les poches... et que l’on manipule comme des perles de souci). Elle m'a raconté qu'elle possédait une petite figurine en os mais qu'elle n'aimait pas son aspect, comme si c’était un mauvais présage. J'ai suggéré qu'elle la jette dans la rivière... et elle m’a écouté. Cette situation m’a fait penser aux objets de ce genre qui ont leur propre histoire, surtout ceux en ivoire ou en os.

M - Dans "Last of the larkspurs", vous évoquez l'impressionniste Camille Pissaro. Il avait déclaré qu'il fallait peindre ce que l'on ressent et non ce que l'on voit. Puis Alberto Giaconnetti, qui a été influencé par le cubisme et le surréalisme, mais aussi par les questions philosophiques. Il a été peintre avant de devenir sculpteur et est considéré comme un postimpressionniste. Mais il est suisse, le pays où vous résidez régulièrement. Pourquoi vous référez-vous à ces artistes ?

SHJ - Dans mes efforts pour comprendre l’origine et le contenu de cette chanson, j'ai eu besoin de creuser profondément dans les paroles et j'ai fini par écrire une histoire courte ou une novella sur "The Larkspurs", et qui ils étaient. Ensuite, pour ramener le tout dans le format d'une chanson, j'ai dû laisser la plupart des messages non-dits ou non chantés, tout en essayant d'en garder l'esprit. C'est un équilibre qui fonctionne dans mon écriture et je ne peux qu'espérer qu'il soit suffisant –et pas trop– pour l'auditeur. Les artistes que je mentionne ont été choisis au hasard (bien que j'aime beaucoup les deux).

M - Qui est Blake Kathryn ? L'artiste surréaliste ou la chanteuse de Miranda Sex Garden ? Elle n’est pas décédée en 2015 ?

SHJ - C'est son mari Nick Marsh (Flesh for Lulu) qui est mort.

J'avais besoin d'un nom alors j'ai mis la main sur un livre et le premier que j’ai vu était celui ‘Katherine’ (Mansfield en l'occurrence) et il me plaisait. Par une étrange coïncidence, c'était celui du personnage central dans les trois romans suivants que j'ai lus. Et le Blake auquel je me réfère, c’est William Blake, car le mouvement des personnages des chansons dans la musique m'a rappelé ses peintures… 

M - "The Books burners" est une chanson qui fait inéluctablement penser au 10 mai 1933, lorsque les livres des plus grandes figures intellectuelles germanophones du XXème siècle ont été brûlés sur ordre des nazis. Maintenant, je me trompe peut-être de sujet…

SHJ - Je pourrais donner une réponse très longue et probablement ennuyeuse à cette question, mais je te résume l’explication : j'ai conservé le titre provisoire que Justin avait choisi pour ce morceau. Il me plaisait. J'avais vécu avec pendant quelques années et bien qu'il ne fasse pas partie des paroles, le titre et la notion de brûleurs de livres ont toujours été présents pour moi dans leur histoire... soit un événement passé, soit un futur possible, soit même une métaphore. Quels livres étaient brûlés et pourquoi ? Nous ne le savons pas. Nous ignorons même si ce sont eux les brûleurs de livres. J'ai gardé le titre comme un chemin qui pourrait être suivi ou ignoré par l'auditeur ou par nous, les interprètes. Je ne sais pas comment cela va se passer ou si c'était une bonne idée ou non. Nous verrons bien.

M - Est-ce que "In a bed in Yugoslavia" est une chanson qui a été composée avant 1991 ou est-ce simplement une histoire chargée de symboles qui s'est déroulée avant cette guerre des Balkans ?

SHJ - il provient d'un autre titre composé par Justin. Les paroles sont ouvertes à l'interprétation mais l'essentiel de la chanson parle d'un lieu et du temps qui passe. Au milieu de cet endroit, il y a une chambre, un lit et une femme. Je suppose qu’on aurait pu choisir n'importe quel autre lieu, car ils changent constamment, mais à l'origine il s’intitulait "Yugoslavia 1918", cet endroit est devenu "Yugoslavia". Je ne voulais pas y mêler les guerres, la politique ou la religion. Elles existent dans nos esprits, de toute façon ; et j'y ai pensé très fort pendant longtemps et beaucoup écrit à ce sujet. Mais, en fin de compte, mon rôle est de rédiger et de chanter des mots, sans gâcher la musique principalement, et bien sûr je suis heureux si ces interprétations la complètent... ou suscitent un intérêt ou une profondeur supplémentaire. Cependant, tout tourne autour de la musique. Les paroles ne devraient pas être trop importantes. Mais je suppose qu'elles sont très importantes pour moi et quand on me pose des questions à leur sujet, je dois fournir quelques commentaires... mais pas trop. Après coup, je pourrais ajouter que lorsque je me suis concentré sur le lieu de la chanson, la terre où se trouve ce lit, cette chambre, ce bâtiment... il m'est apparu que la terre ne se soucie pas de la religion, de la couleur ou des sentiments de ses habitants. Elle ne se soucie pas de savoir s'ils vont ou viennent. En fait, elle ne se soucie pas des gens. Il y a des moments dans la chanson où la femme représente cette terre, puis elle incarne des femmes, puis des gens et enfin elle est juste une femme seule… dans le paysage.

Comme vous le savez maintenant, je ne suis pas vraiment un intellectuel et loin d'être un universitaire. La musique m'inspire des pensées, des visions et des émotions et j'essaie de les intégrer dans la musique... comme je l'ai dit... sans la gâcher.

M - Aujourd'hui, dans la musique, on parle de plus en plus d'image. Le groupe n’a-t-il pas l’intention de tourner un clip vidéo pour illustrer une plage de ce nouvel album ?

SHJ - Nous avons travaillé sur un clip pour la chanson dont on vient de parler. En général, je n’aime pas les vidéos rock ; mais nous sommes occupés d'en réaliser une. Quand je regarde celles des années 80, je suis choqué de voir à quel point elles sont lamentables malgré (ou peut-être à cause de) l'énorme quantité d'argent qui a été dépensée pour les réaliser... même les artistes que j'aimais ont tourné des vidéos très embarrassantes pour des chansons que j’appréciais...

M - D'où vient l'image de la pochette de l'album ?

SHJ - C'est une photo que j'ai immortalisée lorsque je vivais à Berne dans les années 90. J'ai suivi une formation et j'ai travaillé comme photographe après avoir quitté l'école. J'utilise encore mon vieux Nikon et des pellicules.

M - Où en sont vos projets solos ?

SHJ - Mon groupe 'November' avec Bernard Trontin de 'The Young Gods' marche bien. Un multi-instrumentiste du nom d'Arnaud Sponar (Goodbye Ivan) nous a rejoint pour le travail en live... il est exceptionnellement bon tant créativement que techniquement et les concerts que nous avons accordés nous ont apporté énormément de satisfaction. Il serait intéressant de réaliser un album tous les trois.

M - Ce sujet n’a pas été abordé lors deux premières interviews, mais certains médias sous-entendent que la musique d’And Also The Trees aurait été influencée par The Doors, Love et le Velvet Underground.

SHJ - Je parle pour Justin et moi-même. Nous aimons beaucoup ces groupes, oui, et peut-être qu'en les écoutant, ils ont, d'une certaine manière, influencé notre musique de façon subliminale... mais on pourrait dire la même chose d'autres formations. Nous ne nous sommes jamais délibérément inspirés d'un autre groupe ; mais il me semble que par la seule proximité d’autres bands ou artistes, certaines de leurs caractéristiques peuvent déteindre sur vous sans que vous vous en rendiez compte. Un exemple extrême serait le suivant : on m’a comparé à Scott Walker et, de façon encore plus surprenante, à Jacques Brel, ce qui, dans les deux cas, est un compliment trop exagéré pour que je l'accepte sérieusement, mais ce sont deux chanteurs que j'ai admirés et probablement écoutés plus que quiconque... donc, sans le savoir, j'ai pu puiser quelque chose chez eux... même si ce n'est qu'un léger mouvement, une attitude ou une tournure de phrase… 

And Also The Trees présentera son nouvel album le 15 septembre au Botanique, Bruxelles (BE) et le 28 octobre au Paard, La Haye (NL).

 

 

 

Aurora

Une poupée magique venue du grand nord…

Écrit par

Ce soir, à l’AB, trois chanteuses norvégiennes y sont programmées. En supporting acts, Sei Selina et Thea Wang ; et en tête d’affiche, Aurora. Devant la salle, la file est très longue, elle s’arrête au milieu de la rue longeant l’hôtel de Ville et donnant accès à la Grand-Place, derrière le célèbre Hôtel Amigo. Heureusement, elle va se résorber en 10 bonnes minutes. Le concert est sold out depuis 2 ans.

Le concert d’Aurora a été reporté à deux reprises, suite à la pandémie. Elle est venue défendre son dernier elpee, « The Gods We Can Touch », paru en janvier dernier. Une véritable perle ! Votre serviteur l’écoute en boucle. Un opus bien plus sensuel et enjoué que son précédent, « A Different Kind Of Human »

N’hésitant pas à utiliser son art pour porter son engagement envers une société égalitaire et respectueuse de l’environnement, Aurora est une artiste moderne d’une maturité étonnante.

Le décor est déjà prêt pour Aurora. Mais place à Thea Wang, qui finalement bénéficie du cadre déjà planté. La scène est ainsi divisée en 4 vagues ondulantes blanches derrière lesquelles s’installent les musicos. Un énorme disque blanc, rétroéclairé, s’érige au milieu du podium.

La musique de Thea baigne au sein d’une forme d’électro-soul-folk séduisante, le plus souvent paisible, mais très susceptible de s’autoriser des envolées percutantes. Sur les planches, elle est soutenue par un claviériste/guitariste. Plutôt jolie, elle se révèle douée aussi bien au dobro électrique qu’à la gratte semi-acoustique. Douce et profonde, sa voix est remarquable. C’est grâce à son single, « Word On The Street », qu’elle est parvenue à sortir de l’anonymat. Et elle ne va pas se priver de l’inclure dans sa setlist. Ecoutée attentivement par l’auditoire, elle est longuement et chaleureusement applaudie, à l’issue de sa prestation.  

Petite interruption pour permettre le changement de matos et Sei Selina grimpe sur l’estrade. Elle est épaulée par un drummer et un claviériste, mais bien qu’annoncée r’n’b, la musique dispensée sera essentiellement électro. Généreux, le light show se focalise sur Sei. Le grand disque est en repos. Mais pas l’artiste qui va littéralement mettre le feu… se signalant ainsi comme une fameuse entertainer…

Charismatique, Aurora Aksnes, aka Aurora, débarque sur podium, pieds nus, le visage diaphane et vêtue d'une robe blanche vintage qui pourrait provenir de la garde-robe de Madame de Maintenon. Elle lève les bras pour accueillir l’ensemble de son auditoire. Mais revenons au décor. Sur les planches un grand orbe campe au beau milieu de l’estrade. L'orbe reproduit un coucher de soleil ainsi que des vagues et des nuages encadrés de chaque côté. Une scénographie minimaliste mais efficace.

Aurora va nous proposer de larges extraits de son dernier elpee, « The Gods We Can Touch. Elle ouvre le set en douceur par « The Forbidden Fruits of Eden », avant que les percussions deviennent entêtantes. A l’instar de Florence & The Machine ou de Björk, elle semble habitée par sa musique.  

Cette poupée magique mêle habilement le folklore norvégien et les sonorités électroniques tout en prenant soin du sens mélodique afin d’embrasser une gamme d'émotions à vous flanquer des frissons partout. Sa pop alternative, lumineuse et mystérieuse libère une force étonnante. Alternant doux murmures, vocaux cristallins ou puissants, elle crée un monde tour à tour enchanteur et inquiétant.  Il suffit parfois de fermer les yeux et de s’imaginer au cœur des fjords… Pourtant, interactive, elle n’hésite pas à plaisanter avec un public acquis à sa cause.

Elle interprète « Everything Matters », mais sans Pomme. Elle se mue alors en chef d’orchestre, rappelant la grâce de Tori Amos.

Elle n’en oublie pas son nouveau single, « Cure For Me », un morceau étonnant, étrangement disco, voire funkysant. Et puis, « Runaway », un titre qui suscite la réflexion, parce qu’il aborde le thème des thérapies de conversion pour les homosexuel.les.

La fin du set est acoustique et notamment la dernière chanson « Giving In To The Love ». Mais également le rappel. Si l’orbe change régulièrement de couleur il met magnifiquement en exergue la silhouette d’Aurora tout au long de « Exist For Love », compo au cours de laquelle elle place l’amour du côté spirituel, et dans un français impeccable…  

Un concert de toute beauté ! Votre serviteur est resté subjugué par les étoiles qui brillent dans ses yeux.

Son univers est à découvrir absolument…

(Voir aussi notre section photos ici)

Setlist : « The Forbidden Fruits of Eden », « Heathens », « Blood in the Wine », « Everything Matters » sans Pomme, « Churchyard », « Warrior », « Cure for Me », « Daydreamer », « The River », « Infections of a Different Kind », « A Different Kind of Human », « A Dangerous Thing », « Runaway », « The Seed », « Queendom », « Running With the Wolves », « Giving In To The Love ».

Rappel : « Exist for Love » (acoustique), « Murder Song (5, 4, 3, 2, 1) »

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

 

Vincent Delerm

L'attrape-cœurs (single)

Écrit par

A travers ce single, Vincent Delerm revient sur son expérience de scène, de vie.

Il s’interroge sur le sens de sa démarche artistique sous la forme d’une mise en abyme dans le roman l’‘Attrape-cœurs’, signé par l'Américain J. D. Salinger et publié le 16 juillet 1951. C'est un récit formulé à la première personne relatant trois jours dans la vie d'un adolescent, Holden Caulfield en l’occurrence, lors de son errance solitaire à travers la ville de New York.

Dans son beau clip (à découvrir ici), Vincent traverse un pont, tel le célèbre ouvrage d’art américain ; les images retraçant sa vie artistique en incrustation.

De sa voix nonchalante et typique, il dresse un bilan de 20 ans de carrière et raconte une histoire d’amour adolescente de manière douce.

Sa musique agréable, aux arrangements délicats, nous plonge au sein d’une ambiance légère, sucrée, qui nous fait du bien.

L'histoire est touchante de sincérité.

Elle s’achève par la lecture du roman par l’artiste. La boucle est bouclée.

https://methodechanson.com/

 

Alex Cameron

Oxy Music

Écrit par

C’est en 2014, suite à la réédition de « Jumping the Shark » que votre serviteur a découvert Alex Cameron. Personnage attachant, ce crooner australien au célèbre déhanché est parvenu depuis à s’imposer, en enchaînant les albums sentant bon les 80’s. Assumant un goût prononcé pour le kitsch, il n’a jamais reculé devant le recours (excessif ?) des synthés et des boîtes à rythmes.

Pour ce quatrième opus intitulé « Oxy Music », Alex Cameron reprend les choses là où il les avait laissées. On retrouve cette pop sucrée, caoutchouteuse, et cette voix de crooner. Il a de nouveau reçu le concours de plusieurs collaborateurs (NDR : on se souvient que sur « Forced witness », son second elpee, il avait partagé un excellent duo en compagnie d’Angel Olsen). Dont son camarade, Roy Molloy, au saxophone, et tout particulièrement sur le single « Sara Joy ». Mais aussi, le rappeur californien Lloyd Vines, qui vient poser sa voix sur « Cancel Culture » ainsi que Jason Williamson (Sleaford Mods) pour le titre maître. Car finalement, musicalement, « Oxy music » baigne au sein d’un climat fort proche du précédent long playing, « Miami Memory » …

L’unique changement procède des thèmes abordés. Malgré un semblant de légèreté qui semble planer sur les compos, l’elpee traite de sujets aussi sérieux que la solitude, la vulnérabilité, l’échec, la peur de l’avenir et les excès.  

Alex Cameron poursuit son petit bonhomme de chemin sans prendre trop de risques. Faute d’étincelles, ce quatrième long playing, même s’il est de qualité, ne trônera toutefois pas au faîte de sa discographie.

Alanis Morissette

The Storm Before the Calm

Écrit par

Le dernier opus d’Alanis Morissette s’intitule « The Storm Before the Calm », un exercice de style dont l’inspiration est née lors de la pandémie causée par la Covid.

Tout l’album consiste en une longue ballade atmosphérique, particulièrement épurée, impliquant un minimum d’instruments. Des vagues de synthés et des effets vocaux ont probablement été créés pour favoriser l’introspection. Sur quelques morceaux, il y a de réelles parties de batterie et de vrais beats, mais ces interventions sont plutôt rares. En fait, bien trop longues et sans réels repères, les pistes de cet LP sont destinées à la méditation.

Les expérimentations d’Alanis Morissette sont fréquentes. C’est une artiste dont l’audace peut déstabiliser l’auditeur. Elle pense différemment. Elle n’a pas peur de s’aventurer dans des univers sonores inexplorés jusqu’alors. Elle est créative. Mais à l’écoute de « The Storm Before the Calm », il y a de quoi perdre le fil et même ne jamais le retrouver…

Les Solidarités 2022 : samedi 27 août

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Seconde journée à la Citadelle de Namur. La circulation dense de la veille a fait place à plus de fluidité. Votre serviteur a de nouveau choisi le même point de ralliement, Namur Expo. Cet espace dispose d’un grand parking (gratuit). L'arrêt des bus TEC se situe à proximité. Pas besoin de marcher durant de longues minutes.

La météo est relativement clémente ce samedi. De nombreux nuages envahissent le ciel, mais les températures sont idéales. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid.

Pari tenu, le bus mettra exactement 7 petites minutes pour atteindre le terminus. Sur place, il n'y a pas grand-monde. Mais, il est à peine 15 heures et les artistes plus connus se produisent plus tard, en soirée.

Pourtant, c'est une erreur monumentale. Car en ce début d'après-midi, de belles pépites sont à découvrir. Ne dit-on pas que les absents ont toujours tort ?

RORI est prête à en découdre. Le Théâtre de Verdure est quasi-bondé. Camille Gemoets est soutenue par deux musiciens. L’ex-The Subs, Hadrien Lavogez, à la guitare et Pierrick Destrebecq, à la batterie. Ce dernier n'est pas, non plus, un inconnu ; et pour cause, il a milité chez Recorders, Abel Caine en compagnie des frères Chanis ou encore Mat Bastard (Skip The Use).

La Liégeoise a connu son heure de gloire au sein de Beffroi, l'un des groupes les plus prometteurs de Belgique, notamment lors de la sortie de « Swim », un titre largement diffusé sur les ondes radiophoniques, en 2015, Elle n'a alors que 16 printemps. Malheureusement, sa moitié sur scène (Valentin Vincent) est emporté par la maladie à l'âge de 20 ans. L'aventure qui n'a plus de sens, prend fin. C'était en 2018.

Une période de reconstruction s'ensuit. Parmi les options plausibles : l'arrêt de sa carrière. Mais elle s'accroche. Sa rencontre avec Hadrien donnera naissance au petit RORI.

Elle entame son set par « Gonna Get Mine », son premier single paru en 2020, un morceau brut de décoffrage ; sans la moindre fioriture, si vous préférez.

Alors qu'elle a toujours chanté dans la langue de Shakespeare, la brunette a depuis choisi celle de Voltaire. Ce qui lui permet de se raconter dans le rétroviseur de sa vie. C'est d'ailleurs en français qu'elle embraie en abordant un « C'est la vie » salvateur ». Une compo spasmodique aux relents nostalgiques.

Caractérisé par son phrasé haché, ses sonorités pop et ses appuis rythmiques, la musique de RORI rallie rapidement le public à sa cause et s'inscrit dans l'air du temps.

Charismatique et communicative, elle annonce la sortie d’un premier Ep tout en invitant le public à se le procurer, qu'il aime ou pas son univers.

Elle termine son show percutant et convaincant par « Docteur », une chanson dont la foule semble connaître le refrain.

Première grosse claque de la journée !

L'or Du Commun grimpe sur la main stage. Mais le public ne semble guère réceptif à l'appel des Bruxellois.

Ils sont venus présenter leur dernier petit, « Avant la Nuit ».

Célébrant ses dix années d’existence, le trio implique Swing, Primero et Loxley. Une carrière d'artiste est aussi constituée de moments difficiles, notamment en matière de logistique des concerts. Pour immortaliser ce volet un peu plus négatif, quoi de plus normal d’interpréter « Cassé ».

Proposant des thématiques intéressantes, le crew, pourtant friand d'un flow fluide, mais incisif, bute malheureusement et rapidement devant des écueils bien trop consistants que pour accorder un concert aux desseins parfaits. Rap poétique, conscient ou égo trip ? Quoiqu'il en soit, le côté surjoué l'emporte sur l’aspect naturel de l’interprétation. Pourtant musicalement, le combo s'en sort plutôt pas mal, en nous réservant des compos intéressantes comme « Inertie », qui mérite vraiment d’y prêter une oreille attentive.

Énergiques, ceux qui représentent la jeunesse incarnée 2.0, tentent, tant bien que mal de rallier le peuple à leur cause. Ils y avec parviendront cependant, mais non sans mal, lors de l'iconoclaste « Pansement », où les quelques centaines de personnes alors présentes se plaisent à reprendre en chœur le refrain 'Tant que le suis par terre, je peux le faire' ou encore « Homosapiens » et « Faucon Millenium », ces deux derniers titres provoquant des mouvements de foule mesurés rappelant une fois encore que les Solidarités est avant tout un festival familier et bon enfant. On n'est pas là pour se taper sur la gueule !

Porte-parole du hip-hop belge, L'Or du Commun ne s'en tire finalement pas trop mal et recueille les applaudissement d'un public de fidèles. Quant au spectateur lambda, il est sans doute allé voir ailleurs...

Retour au Théâtre de Verdure, un endroit érigé par l’architecte Georges Hobé en 1908 qui accueillait des opéras, des concerts de la danse et des spectacles de variétés. Un endroit qui a vu naître aussi le ‘Verdur Rock’, un des rares festivals gratuits encore existants qui tente, vaille que vaille, de résister au triomphe du monde marchand en proposant un programme culturel ambitieux et accessible à toutes et tous. Et oui, forcément, tout le monde ne peut pas se payer le prix d'un ticket parfois exorbitant. Malheureusement, cette année, les organisateurs ont dû jeter l'éponge...

Poupie y est programmée. Autrice-compositrice-interprète, elle nous vient de Tours.

Après avoir publié un Ep de 6 chansons, en novembre 2019, ainsi qu’un autre baptisé « Feu », du même nombre de titres, en octobre 2020, elle grave son premier elpee en 2021, « Enfant Roi », qu’elle est venue défendre.

Large pantalon de couleur noire, grosses lunettes blanches et veste de cuir (malgré la douceur printanière qui règne), c'est d'un pas décidé qu'elle grimpe sur le podium décoré de drôles de nappes aux reflets métalliques. On dirait du papier aluminium.

Les gradins sont combles, démontrant que la demoiselle jouit d’une popularité certaine depuis son passage à The Voice.

Elle s'est construite un univers musical qui lui est propre, entre pop, reggae et influences urbaines. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas par hasard si « Comme les autres » ouvre le bal (‘Ah, j'suis pas comme les autres/Pas vraiment/J'aurais voulu l'comprendre avant/J'suis pas comme les autres/Tranquillement/J'fais mon chemin, j'veux pas d'ton temps’). Le ton est donné !

Comparaison n'est pas raison, mais son style, son show et sa gestuelle rappellent ceux d'une personnalité bien connue en Belgique, Angèle, dont elle pourrait être une franche rivale dans quelque temps.

Les paroles sont parfois peu perceptibles, l'ingé son éprouvant des difficultés à trouver un bon équilibre entre la voix et les instruments. C'est vraiment dommage car cette situation dévalorise la prestation de cette chanteuse d'un nouveau genre.

Dynamique et excentrique, la musique constituant finalement le meilleur moyen de s'exprimer, elle entame alors le sublime « Vue sur la mer », un message touchant sur la résilience.

Si Poupie réalise un set empreint de sensibilité, elle sait également se montrer convaincante lors de reprises très réussies de Manu Chao (« Bongo Bongo ») ou Dolly Parton (« Jolene »). Cependant, pas question de banales covers, mais plutôt des standards qu’elle se réapproprie…

De sa voix rauque, presque bancale, elle s'est donnée pour mission de communiquer la folie de sa musique au public et de le toucher en plein cœur. C'est donc tout naturellement qu'elle poursuit son set par « Bed Time Story », une compo qui aurait pu tout aussi bien être signée par le couple Gainsbourg/Birkin. Pensez au tube censuré « Je t'aime moi non plus » …

Une artiste complète, convaincue et convaincante responsable de chansons accrocheuses et dont le style est unique en son genre…

Elle est à suivre de très près, c’est une certitude.

La seconde belle surprise de la journée.

Eddy débarque sur la main stage. Pas Eddy Mitchell, mais de Pretto. Son set est parfaitement identique à celui qui a été proposé quelques semaines plus tôt à Ronquières. Bis repetita donc !

Passionné par Brel, Brassens ou encore Barbara, Eddy a, depuis ses débuts, ce pouvoir extraordinaire d’utiliser les mots pour fédérer et inviter l’auditeur à s’interroger sur le monde et autres vicissitudes de l’existence.

Habillé d'un haut et d'un short blanc, on dirait un écolier. Il ne lui manque plus que le cartable sur le dos...

Sa setlist puise au sein de ses deux elpees, « Cure », paru en 2018 (sans doute le plus abouti) et « A Tous les Bâtards », trois ans plus tard. Un second opus parsemé d’obstacle dans sa réalisation. Si l’écriture avait commencé en septembre 2019, la tournée qui va suivre va se solder par de nombreux reports et annulations, suite à la pandémie.

Il n’y a pas à dire, Eddy De Pretto choisit judicieusement ses mots pour torcher des textes poignants sur fond de mélodies accrocheuses. Dont cette « Fête de Trop », évoquant muqueuses, amants de passage, mecs chopés ou encore rails de coke enfilés. Des morceaux douloureux que le public reprend pourtant en chœur entraînant ainsi l’artiste vers un monde meilleur.

Bien souvent, ses chansons s’imprègnent de son vécu tout en dénonçant, sans aucune prétention, les injustices de (sa) la vie comme ce « Freaks » qui s’adresse principalement aux exclus. « Tout vivre » se révèle aussi saignant que cinglant. Une compo autobiographique qui jette un œil dans le rétroviseur pour relater certains grands moments de son existence, traversée d’épisodes ténébreux. Ou encore ce « Kid », titre qui fustige la virilité abusive et l’homosexualité refoulée par le conservatisme sociétal. Le public connaît par cœur ce titre multi radiodiffusé dont certains spectateurs se reconnaissent en lui.

Bien que déjà vue et entendue, la prestation tient parfaitement la route ; et elle s’avère d'autant plus touchante que c'est la dernière d'une saison qui s'achève, l'artiste s'apprêtant à prendre un virage pour la suite de sa carrière... Lequel ? Mystère...

Autre artiste qui s'est produite au Ronquières Festival, c'est Doria D. Elle s'est fait connaître auprès du grand public grâce au titre « Dépendance », issu d'un premier album éponyme, sorti en 2021.

Doria Dupont, à l'état-civil, est une femme frêle d'à peine 22 piges. Son jeune âge contraste mal avec la popularité grandissante dont elle bénéficie aujourd'hui. Les gradins sont en effet bondés (NDR : comme lors du show des Rolling Stones au Stade Roi Baudouin ?). Peut-être que la gent masculine est venue admirer le joli ventre de la demoiselle, découvert par un top trop court.

Son concert sera traduit en langage des signes, une pratique de plus en plus fréquente lors des festivals.

Alors que durant le RF, sa prestation avait été mollassonne, elle semble avoir appris de ses erreurs et va se livrer généreusement.

Un batteur et une belle brune plantureuse l'accompagnent dans cette nouvelle aventure festive et musicale.

Sa voix rauque et envoûtante, parfois plus fluette, son sens mélodique et la puissance de ses textes ne peuvent laisser indifférents à l’instar de cette « Âme dans le néant », d'une sincère incroyable.

Si elle aborde des thématiques universelles, elle y apporte un regard neuf tout en ne négligeant pas l’aspect mélodique des compos. A l’instar de « Hors tempo », au cours de laquelle elle traite du concept contemporain de l'hypersensibilité. Au final, mettre des mots sur les maux reste encore le meilleur moyen de les exorciser.

Dommage que son petit ami n'ait pas pu assister à cette prestation. Il aurait trop fait la fête la veille selon les dires de la donzelle.

Avec un univers directement inspiré par Billie Eilish et Lana Del Rey mais aussi des rappeurs francophones comme Nekfeu et Lomepal. Bref, Miss D (pas en référence à son tour de poitrine) est une artiste qui ne laisse pas indifférent.

Sur fond de sonorités french pop modernes, elle s'inscrit dans son époque en proposant des textes autocentrés qui permettent à la jeunesse de s'y retrouver (« Dépendance » y aborde les relations toxiques).

C'est encore à travers l'emblématique « Jeune et con » de Damien Saez qu'elle s'expose le mieux. Débutant en mode acoustique, elle s'exécute ensuite en version électronique, ses musiciens se laissant totalement emporter par le vent de folie qui souffle alors sur la Citadelle.

Si elle a également souffert de quelques problèmes de réglages sonores, comme Poupie, son show est une réussite et constitue l'un des moments forts, dont on se souviendra.

A la fin du set, il reste quelques minutes. Pourquoi les perdre ? Ni une ni deux, elle s'enflamme, attrape sa gratte et revisite un « Hors tempo », qui prend ici un sens tout particulier.

Enfin, le dernier concert auquel votre serviteur assistera, c'est celui de Benjamin Biolay. Il s'agit de sa seule date estivale belge. Autant dire que le peuple s'est pressé en masse pour (re)découvrir cet artiste unique.

Si sa carrière est parcourue de jolis exercices de style, sa popularité a souvent été battue en brèche par ses frasques et sa grande gueule. Ce qui lui a valu d’être surnommé le mauvais garçon de la chanson française.

Celui qui est régulièrement comparé à Serge Gainsbourg est accompagné, ce soir, d'un bassiste, un batteur, un claviériste et de deux guitaristes. Il a endossé un maillot de basketteur américain.

C'est par le magnifique « La Superbe », titre issu du cinquième opus (NDR : un éponyme), que Biolay entame un tour de chant qui restera dans les annales.

Enchaînant alors une salve de titres plus rentre-dedans, comme « Comme une voiture volée » ou « Parc fermé » (NDR : Adé est en en ‘featuring’ sur le disque), des compos issues de son dernier elpee, « Grand-Prix », le gaillard, quoique ténébreux semble réservé. Une timidité étonnante quand on sait qu’il s’agit d’un artiste complet. Il avait d’ailleurs été sacré artiste masculin et décroché le prix du meilleur album lors des Victoires de la musique, en 2021.

Tantôt dramaturge, tantôt militant, BB épanche sa mélancolie aux accords lyriques à travers laquelle ses thèmes de prédilections (déceptions amoureuses et vicissitudes de la vie) s’expriment à merveille.

Lors de son concert, il (s')offre un catalogue musical impressionnant sous forme de ‘best of’. Subtiles, ses compos sont bien mises en évidence par des riffs tonitruants et une voix d'une profondeur abyssale.

Celui qui reste marginal dans le milieu, car à l'antipode des formats radios actuels, s’appuie sur une musique brute et sulfureuse.

Parcourant les épisodes de sa carrière, l'artiste revisite également des chansons puissantes telles que « Palerme Hollywood » ou « Qu'est-ce que ça peut faire », en y apportant tour à tour un soupçon vaporeux de nostalgie, une forme dansante ou encore pétillante.

D’une nonchalance déconcertante, il semble, ce soir, prendre du plaisir sur les planches et paraît enfin soulagé d'être loin de toutes ces conditions sanitaires qui ont frappé la carrière de tous ceux qui ont œuvré dans le milieu culturel.

Alors que le light show s'était jusqu’alors montré discret, « Comment est ta peine » vient mettre un terme à un rêve éveillé.

Un périple teinté d’exotisme, une ode à l’évasion qui reflète, en quelque sorte, la bande originale de sa vie.

Il est un peu plus de 22 heures. Les concerts ne sont pas terminés, mais la raison l'emporte sur la passion. Direction Namur Expo pour reprendre la route.

Une édition qui aura marqué bien des esprits.

RORI + L'or Du Commun + Poupie + Eddy De Pretto + Doria D + Benjamin Biolay

(Organisation : Les Solidarités)  

Les Solidarités 2022 : vendredi 26 août

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Les Solidarités sont devenues, au fil du temps, un événement majeur dans le paysage musical belge, dont l’initiative et le succès croissant est à attribuer à la mutualité Solidaris.

Si l'année 2020 avait été marquée par une enfilade d'annulations dues à la Covid, les organisateurs avaient pris le contre-pied l’année suivante en proposant une version intimiste rebaptisée pour l'occasion Nuits Solidaires. Mais last, but not least…

Si, depuis huit ans, les festivités se déroulaient sur le site de la Citadelle, une colline au confluent de la Sambre et de la Meuse, il faudra attendre 2023 pour de nouveau se rendre sur le zoning Ecolys à Suarlée, des travaux rendant inaccessible ce lieu séculaire. Pour une durée de trois ans paraît-il …

Comme de coutume, des navettes TEC, disséminées à travers toute la ville, sont spécialement planifiées pour permettre aux festivaliers d’accéder au site. Les plus courageux (ils sont rares) peuvent cependant s’y rendre à pied ; de quoi rendre leurs fessiers un peu plus fermes après une période estivale arrosée (de rosé) pour certains.

Ce vendredi, la circulation est assez dense. Si d’ordinaire, le trajet est estimé à 7 minutes depuis Namur Expo, votre serviteur atteindra sa destination environ trente minutes plus tard.

Ce festival est très particulier. Si la musique est bien évidemment au rendez-vous, des espaces sont également prévus pour d’autres activités, dont des débats sur les enjeux de notre société, des expositions, un village associatif et une kyrielle d'animations. Sans oublier la terrasse estivale installée sur une pelouse, sa grande roue et le tourniquet qui fait le bonheur des petits… et des grands.

L'offre culinaire est aussi impressionnante, de nombreux stands placés aux endroits stratégiques permettent de se ravitailler sans devoir pratiquement faire la file.

Etrangement, aucun ‘cashless’ (terme qui désigne de manière générique l’ensemble des moyens techniques de paiement qui permettent d’utiliser un support comme porte-monnaie) n'est adopté. Il faut donc aller chercher des tickets, comme au bar d'une kermesse de village, ce qui est un peu dommage au vu de l’évolution technologique.

Grâce à une programmation au spectre fin, familial et populaire à la fois, les aficionados auront à cœur de s’enivrer de l’univers sulfureux d’artistes à la renommée internationale. Qu'ils en profitent, parce que les Solidarités sonnent aussi le glas d’une fin de saison, rappelant doucement la rentrée des classes...

Direction, l'Esplanade. La grande scène accueille Hoshi (étoile en japonais), une femme/artiste dont le physique a essuyé de vives critiques de la part du journaliste-chroniqueur Fabien Lecoeuvre. Détail cocasse, Grand Corps Malade qui partage l'affiche du jour, a réalisé le morceau « Des Gens Beaux » afin de lui porter secours et lui montrer tout son soutien face à ce déversement de haine issu d'une autre époque.

La demoiselle a offert une prestation de la même veine qu'à Ronquières, quelques semaines auparavant ; un concert d'une intensité rare avec ce brin de folie qui la caractérise. Sans oublier, cet amour pour son public et cette générosité communicative.

Arborant fièrement un t-shirt à l’effigie de Nirvana, Hoshi impose un style musical bien à elle. Des textes simples, mais touchants, une musique entraînante et une aura exceptionnelle. Sans oublier cette voix haut-perchée qui peut perturber les non-initiés. Pas étonnant donc que ce soit devenue l’une des révélations de la chanson française de ces dernières années.

Femme blessée au plus profond d'elle-même, sa prestation de « J'te pardonne » en piano-voix vous flanque des frissons partout. Titre rempli d'émotion au sujet du pardon face aux infidélités de la personne qu'elle aime.

Souffrant de la maladie de Ménière (un mal qui la poursuit depuis toute petite et provoquant des acouphènes et des pertes d'audition), elle s'avoue à demi-mot vaincue par cette affection sur l’époustouflant « Fais-moi signe », véritable appel de détresse auprès d’un public qui ne peut que l’encourager en applaudissant par le langage des signes. Il n’en faudra pas plus pour que les larmes ruissellent sur les joues de la jeune femme. Sans doute, est-elle convaincue qu’elle ne parviendra pas à éteindre ce fléau qui la brûle lentement.

« Amour censure » hymne à la tolérance, adopte des allures de manifeste lorsque la jeune chanteuse s'empare d’un drapeau arc-en-ciel dans le public. Une chanson qui prend un sens tout particulier puisqu’elle-même a été victime d'agression homophobe, devenant ainsi au fil du temps, la porte-parole de la cause homosexuelle. Sans doute, malgré elle.

Si « Ta marinière » est repris en chœur par un public particulièrement enchanté par cette extraterrestre, « Etoile Flippante », version électro, mettra un terme à une prestation sublimement marquante pour une première journée de festival.

Fabien Marsaud est fin prêt pour une consultation ! A la suite d'un accident de plongée l'obligeant à renoncer à une carrière sportive prometteuse, il découvre le slam en octobre 2003, lors d'une scène ouverte dans un bar de la place de Clichy, à Paris, où il déclamera ‘Cassiopée’, son premier texte ‘de scène’. C'est à cette époque qu'il choisit comme patronyme, Grand Corps Malade (GCM), en référence à son handicap et à sa grande taille.

Il est presque 23 heures, lorsque ce détraqué textuel déambule sur la main stage. Après la diffusion d'un clip léché explorant étrangement le cerveau (si, si !), le set peut débuter. Surprise, parmi les musiciens figure Quentin Mosimann, tour à tour DJ's, présentateur télé, chanteur et un multi-instrumentiste. Pas étonnant lorsqu'on sait que « Mesdames », album de duos, est issu de la rencontre entre le DJ et le slameur.

Alors que le soir est tombé, GCM interprète paradoxalement « Le jour se lève », un morceau aux penchants électriques pour ensuite s’épancher sur les femmes. Pas seulement pour en parler, mais aussi les entendre puisque de très jolis duos virtuels seront proposé, dont « 24 heures », en compagnie de Suzanne, « Derrière le brouillard », de Louane, et « Nos plus belles années », de Kimberose. Sans oublier, le touchant « Mais Je T’aime » avec une Camille Lelouche très convaincante. Une manière efficace de dénoncer harcèlement sexuel et inégalités. 

Soutenu par un light show percutant, Marsaud, tantôt pourfendeur, tantôt militant effréné, manie sa verve avec une précision et une flexibilité étonnante. Il dépeint les paraboles de l'existence sans jamais tomber dans les poncifs du genre, mais en les abordant à travers un second degré bien à lui.

D’une voix rauque, l'homme aux yeux d'un bleu profond mais au regard empreint de compassion, s'est livré avec une grande générosité dans une joute musicale d'une richesse et intensité rares.

Véritable showman, Mosimann livre encore un hommage vibrant au regretté Grand JoJo, tout en sollicitant le public à reprendre en cœur le célèbre ‘Chef Un P’tit Verre…’

Alors que « Pas Essentiel » sonne la fin de la récréation, le site est plongé dans le noir, invitant les chauves-souris qui se mettent alors à tournoyer afin de chasser leurs proies…

Peut-être que sur la route du retour, votre serviteur rencontrera Nyx, la déesse de la nuit... Qui sait ?

Hoshi + Grand Corps Malade

(Organisation : les Solidarités)

 

Emily Wells

Regards to the End

Écrit par

Texane de naissance mais établie à Brooklyn, Emily Wells a déjà accompli un sacré parcours. Quasiment inconnue chez nous, cette multi-instrumentiste, auteure-compositrice et vidéaste vient pourtant de graver son douzième opus, outre les nombreuses collaborations auxquelles elle a participé.

Tout au long de « Regards to the End », Emily Wells n’a rien de réjouissant à nous raconter… Et pour cause, elle explore des thèmes aussi brûlants que la crise du SIDA et le réchauffement climatique. Et elle ose même établir un parallèle entre les militants qui ont porté à bout de bras ces deux luttes. Ainsi, l’artwork de la pochette emprunte un cliché da photographe new-yorkais Alvin Baltrop qui dans les 70’s et 80’s a immortalisé sur pellicule les entrepôts de West Side Manhattan, lieux désaffectés mais fréquentés par bon nombre d’homosexuels. Et certains morceaux sont dédiés à des artistes et autres activistes de ces deux causes. « Come on Kiki » rend ainsi hommage à Kiki Smith, une artiste américaine. « Arnie and Bill to the Rescue », à Bill T. Jones et Arnie Zane, un couple de danseurs. « David’s got a problem », à David Wojnarowicz, artiste qui a dénoncé la passivité du gouvernement face à la crise du SIDA. Enfin, « Love saves the day » est dédié à David Buckel, avocat des droits civiques et militant écologiste qui s’est auto-immolé, pour attirer l’attention sur la crise écologique.

L’Américaine déverse ses incantations lyriques sur une pop sombre et magistralement orchestrée. Elle vient superposer des synthés, des nappes de chants ainsi que des instruments à vent et/ou à cordes. Lors des sessions, elle a cependant reçu le concours de quelques collaborateurs. Dont son père, préposé à l’orgue sur « Come on Kiki ».

Difficile de définir l’expression sonore d’Emily Wells. On pense parfois à celle de Björk ou à alors à l’univers plus gothique d’Emma Ruth Rundle. Si plusieurs écoutes sont nécessaires avant d’assimiler les compos, elles finissent par se révéler accrocheuses et bouleversantes. Emily Wells : une personnalité qui mérite une attention particulière, tout comme sa musique, par ailleurs…

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