Clap de fin pour cette 16ème édition du LaSemo !
Le soleil est de la partie. Ses rayons lèchent allègrement la peau des festivaliers qui, pour le coup, se baladent en t-shirts, s’enduisent de crème solaire et portent des lunettes… sur la tête. Comme quoi, la météo est décidément capricieuse…
Ce dimanche, la programmation s’adresse à un auditoire plus averti, puisqu’elle propose, notamment, les déjantés Dionysos et la chanteuse, guitariste, poète, écrivaine, artiste-peintre et photographe. Patti Smith.
D’un pas pressé, votre serviteur parvient à se frayer un chemin au cœur de la foule, dans l’espoir d’assister au set d’un gars bien de chez nous. Saule ! Il a déjà commencé sa prestation, car les horaires doivent impérativement être respectés. Qu’à cela ne tienne !
Le gaillard à l’explosion capillaire ébouriffante est bâti comme un roc(k). Et il connait relativement bien l’endroit puisqu’il n’en est pas à son coup d’essai. Certains se souviendront de sa prestation spontanée, accordée l’année dernière, alors que la pluie avait contraint une partie des festivaliers à s’abriter.
Baptiste Lalieu, de son vrai nom, s’est imposé auprès du grand public grâce à « Dusty Men », un titre qu’il interprétait en compagnie de Charlie Winston, en 2012. Il le reprend d’ailleurs. Mais pour la circonstance, le Britannique est ici remplacé par le guitariste qui endosse impeccablement ce rôle. Résultat différent, mais plaisir intense identique.
La main de Baptiste est bandée. Impossible pour lui de gratter ses cordes. Son organe vocal est cependant opérationnel.
« Marta Danse » met tout le monde d’accord. Sublime, cette chanson narre l’histoire d'une vieille dame, Marta Gonzalez, atteinte de la maladie Alzheimer qui, à l'écoute du ‘Lac des cygnes’, se remémore les gestes qu'elle effectuait autrefois. Une compo poignante et morose, mais tellement positive. L’une des plus jolie de l’elpee « Dare Dare », paru en 2021.
La machine fonctionne parfaitement. Le Montois poursuit son petit bonhomme de chemin en attaquant le frais et sautillant « Et pourtant je marche » ainsi que « L’homme sans », nouvelle compo jouée pour la première fois, la veille, en live.
Saule est un « Type normal » qui voue un réel amour à la chanson française tout en se montrant rigoureux dans la formulation et ce même quand il jongle avec les doubles sens à la Antoine Hénaut, un autre artiste bien de chez nous.
Comme la plaine regorge de vieux briscards, dont votre serviteur, l’artiste se sent obligé de réserver quelques morceaux aux vétérans, comme « Minimum », issu du premier opus ou encore « Le boss ». Un titre qui rappelle combien le respect est important vis-à-vis de la ligne hiérarchique (‘T'es qu'un con qui s'ignore/J'ai raison et t'as tort/Et je suis ton patron/Sans moi plus de pognon’). Bref, une belle maxime à garder pour soi !
L’artiste livre une prestation durant laquelle, on passe du rire aux larmes (de bonheur) sur fond de chansons festives et épicuriennes, à l’instar de son auteur. Des chansons qui recèlent parfois une ombre, mais sont remplies d’enthousiasme et de joie de vivre.
Saule s’offre un concert rare, audacieux, unique et classieux. Et de rappeler qu’en octobre 2024, il célèbrera deux décennies d’une carrière exceptionnelle aux côtés d'invités tels que Cali, Alice on The Roof et son comparse de toujours, Charlie Winston !
Et comme vingt années d’une créativité débordante méritent une célébration à la hauteur de son talent, le choix du Cirque Royal pour cet événement s’est imposé naturellement. Un lieu de spectacle à Bruxelles, connu pour son atmosphère chaleureuse et son acoustique exceptionnelle, soit un cadre idéal pour une soirée pleine d'émotions et de souvenirs au cours de laquelle l’artiste revisitera ses plus grands succès. Un concert qui marquera également le lancement d'une nouvelle ère pour Saule, préparant le terrain pour un opus acoustique et la sortie de son prochain long playing, prévu début 2025.
Alors que le live s’achève doucement, une invitée de marque grimpe sur les planches. Il s’agit de Lovelace, une artiste bruxelloise qui appartient à la nouvelle scène pop alternative, rencontrée lors d’un atelier d’écriture qu’il animait. Ils chantent en duo, « Petite Gueule », une véritable bombe. Les voix s’accordent à merveille.
De ses débuts prometteurs à aujourd’hui, Saule a franchi bien des caps, su toucher les cœurs et transcender les frontières musicales.
Alors qu’il lui restait encore quelques minutes, son micro s’est soudainement coupé. Une manière abrupte de mettre fin à un concert d’une énergie rare.
Quoi de plus normal d’assister au concert de… Pomme lorsqu’on a une faim de loup ?
Le peuple s’est rassemblé en masse. Le podium est couvert de champignons. Des petits, des grands et de toutes les couleurs. De quoi se remémorer la comptine de Billy Ze Kick, « Mangez-moi, mangez-moi »,
Après avoir joué à guichets fermés à Forest National et tourné aux Etats-Unis, Pomme termine sa tournée ici.
Elle se présente, menue et très fragile à la fois, dans une tenue plutôt classique. Elle annonce d’emblée qu’elle risque d’interpréter des chansons tristes alors que c’est l’heure de la sieste. Et elle ne s’est pas trompée puisque le spleen la traverse de part en part dans chacune de ses compositions. Elle avoue avoir déjà versé 1 000 000 de larmes.
Sa musique est effectivement vulnérable. A cause de ses fréquents accents nostalgiques. Son mal-être est évident, à l’instar de « Paroles » ou lorsqu’elle aborde l’anorexie dont elle semble encore atteinte au vu de sa silhouette.
Elle revêt une casquette militante lorsqu’elle aborde de grands sujets sociétaux comme le féminisme, les minorités sexuelles ou encore la xénophobie. Et ça marche, surtout chez celles et ceux –et ils sont nombreux– qui ont vécu cette expérience.
Claire Pommet, à l’état-civil, nous réserve un show sympa, mais plombant sur la distance. Son registre finit par plonger les plus optimistes dans une profonde dépression.
Elle tient en main un petit bout de plastique. Elle explique à celles et ceux nés au cours de ce millénaire que ce drôle d’objet s’appelle ‘appareil photo jetable’, un truc complètement obsolète de nos jours. Le but de la manœuvre est de faire passer cet engin dans le public pour récolter un maximum (27 exactement) de souvenirs de cette tournée.
Petit détour à la Guingette. L’invité attitré, Cédric Gervy ou plutôt Cédric et ses Gervy, s’y produi(t)sent. Le bonhomme y a convié ses amis de longue date. Sa fidèle mascotte, une espèce de peluche déglinguée, est de la partie également.
Le gars est présent depuis le début de l’aventure. Alors qu’il est enseignant dans la vie professionnelle, sur les planches, il devient l’amuseur public préféré des festivaliers.
Le set est osé, bien percutant. Sincèrement, on vient voir ce gars, non pas pour ses performances vocales (qu’il n’a pas) ou le prisme philosophique de ses textes (c’est effectivement discutable), mais bien parce que Gervy est considéré comme le Lucky Luke de la vanne et du bon mot.
Autant dire que ses concerts sont synonymes de franche rigolade (« George est content », « « Que c'est chiant le reggae », etc.) C’est une thérapie contre la morosité ambiante à lui tout seul. Ça change de l’autre Pomme pourrie !
Bon allez Cédric, ‘Bonne année quand même et à l’année prochaine !’ ?
Retour au Château pour le tant attendu concert de Patti Smith. De passage au LaSemo Festival, l’icône de 77 ans a, sans doute, celle qui a marqué les esprits, tant en ce qui concerne sa posture que sa musique.
Grisonnante, osant deux belles nattes qui lui drapent le visage, elle fixe le public au loin et s’écrie ‘ Are you angry ?’, afin de vérifier s’il est en phase avec elle.
Elle entame son set très calmement par le brillantissime « Summer Cannibals ». Sa détermination est sans limite. « Redondo Beach » et sa rythmique syncopée précipite la foule dans un climat reggae, alors que « Cash » et ses contours rock and roll, font de cette artiste, une femme pleine de surprises. Sa voix est plus rauque qu’à ses débuts ; une caractéristique qui lui va à ravir et accentue la gravité de ses compositions.
Ses musiciens doivent avoir aussi quelques décennies au compteur, à voir leur cheveux, couleur sel, sans le poivre. Ils ont le sens du rythme et de la répartie. Le guitariste, sis à gauche de la native de Chicago, est nettement plus jeune ; la bonne quarantaine quand même. Son regard bienveillant la suivra tout au long du concert, comme s’il voulait la protéger. Pas étonnant, c’est son fils.
Très à l’aise, elle reprend le « Black coat » de Bob Dylan et également le « Summertime Sadness » de Lana Del Rey, une belle ballade aux accents émouvants, puisque relative à la peur de perdre un être cher. Elle s’épanche alors sur son mari décédé, il y a bien longtemps (NDR : en 1994 !), Fred Smith, guitariste de MC5. Notamment ! Il y a des blessures qui ne guérissent décidemment jamais.
Mariant la poésie beat avec le garage rock des 60’s er 70’s, elle est considérée comme la ‘marraine’ du mouvement punk, un genre qui semble l’avoir quitté, embrassant ci et là des chansons plutôt cosy, mais corrosives dans l’intention.
Erudite, elle évoque Rimbaud, Verlaine ou encore Baudelaire lorsqu’il s’agit de poésie et Kurt Cobain ou Johnny Cash pour le volet musical. Des fantômes bien-pensants qui veillent sur elle.
Lorsqu’elle entame « Because the night », les poils de votre serviteur se hérissent sur ses bras. Une chanson née de sa rencontre avec Bruce Springsteen, il y a 40 ans, et qui n’a pas pris une ride.
« Peaceable Kingdom » rappelle que Smith figure parmi les musiciens (plus de 600) qui ont appelé au boycott d’Israël, refusant ainsi de se produire dans les institutions culturelles complices cet Etat.
La légende termine son set par une version downtempo de « Smells Like Teen Spirit », le titre-phare de l'album « Nevermind », du mythe américain Nirvana, sorti en 1991.
La poétesse originaire de Chicago se laisse aller à quelques considérations personnelles, et tout particulièrement lorsque durant son premier voyage en Belgique, en 1976, elle avait croisé des enfants les plus sauvages, les plus fous et les plus beaux du monde.
Les cheveux maintenant détachés, elle ressemble à une lionne. Patti Smith remercie sincèrement le public et les organisateurs pour ce beau moment. Elle semble étonnée d’être entourée d’arbres alors qu’en Colombie, on les détruit sans raison.
Elle supplie toutes les générations d’en prendre soin. Une belle leçon pour les générations à venir.
Durant près d’une heure trente, cette femme aux allures de rockeuse a prouvé qu’elle n’avait rien perdu de sa splendeur et de sa verve. On a retrouvé une artiste toujours aussi impliquée dans les actions sociétales, environnementales et humaines. Mais surtout une personne au grand cœur.
Enfin, le dernier concert de votre serviteur met en scène les indétrônables Dyonisos.
C’est un groupe de rock français, originaire de Valence, qui doit notamment son succès à ses prestations scéniques et à l'univers particulier ou plus exactement surréaliste dans lequel il évolue.
La bande de joyeux drilles s’est embarquée dans une tournée qui célèbre 30 années d’une carrière passionnante. Trois décennies qu’elle nous réserve des chansons bienfaisantes –en français ou en anglais– caractérisées, le plus souvent, par leur double voire triple sens. Le sens des mots, le sens du verbe, mais aussi cette envie de plus en plus urgente de faire chavirer le cœur de toutes et tous dans un élan de joyeuseté sans limite.
Mais toutes ces années, ont-elles permis aux musicos de s’apprivoiser ou de se supporter ? A les voir à l’unisson s’amuser comme des gamins, la réponse est oui.
Mathias Malzieu, le chef de clan, est vêtu d’un costume rouge et coiffé d’une casquette qui lui donne un petit côté Mario Bros.
Il a frôlé la mort. On lui annonce en 2013 qu’il est atteint d’une maladie orpheline baptisée aplasie médullaire. Elle se signale par le dysfonctionnement de la moelle osseuse qui rend cette dernière incapable de produire des cellules sanguines (globules rouges, blancs et plaquettes) et donc remplace progressivement les cellules circulantes destinées à mourir naturellement. Ce qui implique une immobilisation en chambre stérile et un pronostic vital engagé. On oublie souvent la chance qu’on a d’être tout simplement en vie. D’où ce besoin de vivre sa vie fond la caisse…
Sa chaise roulante customisée trône au milieu de l’estrade. Un fauteuil dont il se servait encore tout récemment alors qu’il s’était blessé sur scène. Il a retrouvé ses guiboles de jeune homme, mais ses péripéties passées lui ont servi de leçon. Il préfère désormais faire profil bas.
Babette, sa compagne sur les planches, s’est installée sur sa gauche. Les trémolos dans la voix ressemblent à s’y méprendre à ceux d’Olivia Ruiz, une jeune femme issue de la téléréalité, mais qui a bien percé dans le milieu depuis. Elle partagera d’ailleurs la vie de Mathias, entre 2005 et 2011. Drôle de coïncidence, non ?
Le dernier LP du combo, « L'Extraordinarium », n’est pas à proprement parler un ‘best-of’, mais bien un recueil de chansons nouvelles puisque pléthore d’invités y ont participé. Un disque foufou à l’image de la prestation du jour. Au menu, que des trucs frapadingues !
Si certains utilisent le succès pour s’enfoncer dans de confortables sofas artistiques, Dyonisos continue de grimper aux arbres ! Et de nouveaux arbres. Où et comment vont-ils puiser cette force ?
En tout cas, si au fil du temps le band n’a cessé d’aiguiser sa fantaisie, ce soir, il a livré une prestation remarquée et remarquable. Est-ce là, la définition même de murir ?
On est en tout cas à peu près certain que l’aventure Dyonisos ne s’arrêtera pas ici. Y a-t-il quelque chose de jouissif de se sentir à part, d’être en marge, de faire ce qui n’a pas été fait ? Au fond, l’imagination, c’est le pouvoir plus que l’argent…
Alors que l’extravagance dirige cette cérémonie, les chansons sont pourtant souvent rythmées par l’amour, sorte de colonne vertébrale de la vie. Mais, l’idée de la création ne vient pas seulement de l’amour, l’humour et les belles choses. La rage, la haine vis de gens que l’on déteste et/ou qui nous ont blessés peuvent aussi se révéler un bon carburant.
Sans être caricatural, Dyonisos, c’est à la fois de l’hyperactivité et de l’hypersensibilité.
Alors que le groupe n’a jamais collé à un dessein politique de manière frontale, c’est le comportement qui devient politique, à l’instar de ce « Song for Jedi » qui claque comme un chewing-gum en bouche.
Avant de quitter le podium, un quidam se charge, sous les directives de son leader, de réaliser un slam (aussi appelé body surfing au Québec, et crowd surf en anglais), soit sauter dans la foule et se laisser porter par elle. Et allongé, il y parvient en atteignant le poste de la régie son. Un défi brillamment réussi ! On apprendra que ce jeune homme se nomme Kévin. Mais il aurait pu aussi s’appeler Jedi !
Un concert d’une intensité rare, un show plein de spontanéité et un Mathias Malzieu dans une forme olympique.
Cette édition aura été un grand cru !
(Organisation : LaSemo)