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Akim Serar

Akim Serar

dimanche, 07 juin 2020 18:52

Lost Girls

Il aura fallu près de trois années pour que Natasha Khan revienne au-devant de la scène en publiant son cinquième opus.

Un opus semi-conceptuel narrant les errances d’un personnage fictif nommé Nikki Pink qui évolue dans un imaginaire cinématique très 80’s.

Ce qui pourrait, à tort, paraître prétentieux, voir ennuyeux. Certes, l’album nécessite une approche attentive et concentrée pour en saisir toutes les subtiles nuances, mais une écoute distraite en révèle déjà le potentiel.

Devenue totalement indépendante, l’artiste aux commandes dirige notre écoute par le biais de sonorités synthétiques froides et sombres et prend possession de son propre univers qu’elle nous renvoie en miroir.

À l’auditeur d’alors plonger et se laisser conter.

Prolifique malgré un relatif hiatus médiatique, l’Américaine, longtemps comparée à Kate Bush, laisse libre cours à ses visions, s’émancipe de toutes obligation contractuelle et délivre son album le plus mûr et le plus abouti.

Les dernières notes de « Mountain », dernier titre de l’œuvre, se font d’ailleurs écho de la majesté qui émane de ce beau et grand disque appelé à être, non pas un classique, mais sobrement une pièce majeure dans la discographie d’une artiste hors norme.

Hors des sentiers battus, Bat For Lashes trace le sillon de ces femmes fortes qui écrivent l’histoire à leur manière.

dimanche, 07 juin 2020 18:49

Eugenia

Rien n’est droit. Tout est oblique. Distordu, sale, foutraque et pourtant, l’ensemble tient miraculeusement debout. Car chez ce trio nantais, la règle est de transgresser allègrement. Violenter la mélodie pour qu’elle se révèle sous son jour le plus outragé, caresser la dissonance jusqu’à la faire vibrer au diapason, marteler jusqu’à l’épuisement, s’époumoner jusqu’à l’extinction, désosser, plier, coller, recoller, absoudre, cracher, juguler, calmer, régurgiter, déglutir, et au final fondre le tout dans un moule aux jointures imparfaites pour mieux laisser s’écouler le fiel et la sueur.

« Eugenia », second opus du groupe, tient en onze titres ravageurs et surtout ravagés.

Frénétique succession de riffs sous adrénaline que l’on s’injectera en intra-veineuse pour doper un moral en berne ou insuffler quelques grammes de couleurs opiacées dans une journée morose, le tout servi dans un emballage pop tâché de cambouis. Cet album affiche un seul credo : jouir de tout et maintenant, sans plus attendre, et de préférence les yeux fermés, mais les oreilles grandes ouvertes.

Allez-y, c’est de la bonne, faites-vous plaisir !

dimanche, 07 juin 2020 18:44

Berling Berlin (EP)

Formule simple mais efficace, Berling Berlin opère le grand écart entre Montevideo et Paris, à l’instar du quatrième titre de cet elpee.

Et si son chanteur uruguayen, jongle aisément entre ces différentes cultures, c’est sans aucun doute le charme subtil d’une certaine britpop qui a fait naître sa vocation.

Un chant débonnaire à la Damon Albarn qui se marie volontiers à des mélodies accrocheuses que Franz Ferdinand ne renierait certainement pas.

Côté gratte, les sonorités lorgnent franchement davantage du côté de Manchester que de la porte de Brandebourg, puisant même une influence chez A Certain Ratio, ce qui procure un côté singulier à ce charmant projet.

C’est entraînant, dansant, léger et très agréable.

Reste à transformer l’essai au prochain botté…

samedi, 14 mars 2020 10:20

Crest

Inutile de jeter le trouble en précisant d’emblée de quelle formation contestée et contestataire sont issus deux des membres de Kreda, tant les 4 compositions de « Crest » sont personnelles, frondeuses et ne nécessitent aucunement un lien de parenté, qui du reste, fausserait, dans le cas présent, le prisme de la perception.

Voyez plutôt en cette formation anglo-slovène l’association maligne de talents curieux aux ambitions ouvertes sur différents types d’expression alliant musique expérimentale et installations visuelles. Si l'elpee dont il est question ici, ne propose pas, par la force des choses, d’embrasser les différents aspects de sa vision artistique, il s’agit néanmoins d’une excellente introduction à son univers.

Élément central de cette escapade aventureuse, la voix de Mina Spiler, atome autour duquel viennent tournoyer les deux électrons libres que sont Matevz Kolenc et Alastair McNeil, collaborateur de Roisin Murphy.

C’est donc cet élément vocal qui fabrique la matière d’un univers sombre et passionnant, recelant ses parts de lumière et d’espoir.

Des vocalises qui sombrent au cœur des ténèbres pour s’élever ensuite vers des cimes étoilées en l’espace d’un instant. Emmenant dans leurs sillages un voile de mystère troublant, telle une nébuleuse en mouvement.

Se faisant, les rythmiques et autres sonorités binaires qui jonchent le chemin sur lequel nos oreilles charmées ne tardent pas à se fondre, ne sont pas en reste. Car toute l’inventivité des compositions se révèlent en miroir, justes répliques aux accents et intonations de Milna Spiler.

Plus loin, la ballade onirique se prolonge, accentuant toujours l’intriguant voyage en ces terres balayées de mystère.

Mais si la musique s’adresse directement à l’intellect, elle ne laisse pas pour autant le cœur en friche. Dressant la cartographie de ses terres en peignant le portrait d’une humanité en recherche d’elle-même, « Emotional Tides » résume à lui seul la démarche du groupe.

Voyage au long des canaux vénitiens, il revisite l’histoire par le prisme des émotions humaines.

À l’instar de sa musique, le trio opère de façon anarchique ; s’imprégnant d’abord de la matière visuelle d’Atej Tutta, réalisateur et vidéaste vénitien avant de régurgiter des sons. Un concept qui laisse libre cours à une filmographie toute personnelle dont l’auditeur est libre de s’en accaparer les motifs pour en remodeler les contours.

Bref, une musique dont la genèse est l’image et qui génère un flux d’autres images, propre à chacun.

Il serait pertinent de découvrir Kreda et de s’immerger totalement dans cet ensemble, à l’embouchure de leur créativité, mais en toute vérité, les panoramiques offerts à notre imagination se suffisent déjà à eux-mêmes.

Une association de talents et de visions pertinentes, menant à un projet binaire excitant du début à la fin, sensiblement éloigné du berceau industriel du groupe dont sont issus la moitié de ses membres.

samedi, 14 mars 2020 10:03

The Ballad Of Jean-Sébastien Killa

Ne pas confondre Mama Killa et Mama Killa. L’un est belge, l’autre français, bordelais plus précisément ; et le premier groupe cité revendique un droit de paternité sur le patronyme. Néanmoins, il faut admettre que l’amalgame s’établit naturellement.

Une fois passé cette identification, probable obstacle à la compréhension du projet, penchons-nous sur le sujet.

Car l’univers au sein duquel nous entraîne ce Mama Killa ne manque pas de personnalité.

Nonobstant son approche brouillonne, la formation révèle des aptitudes intéressantes.

Décliné en seize titres inégaux, ce généreux long playing sert de complément à un projet visuel et scriptural relatant les méfaits causés par une poupée maléfique.

Il s’agit donc d’un concept album, exercice périlleux, parsemé de pièges au sein desquels des tas d’artistes sont trop souvent tombés.

Trop d’idées ? Trop d’envies mal canalisées ? Un désir de trop bien faire ? Probablement. Mais aussi une production hyperléchée et des soli superflus.

Ecrasant, cet opéra Rock peine à décoller, mais propose lors de ses meilleurs moments quelques ambiances héritées d’influences majeures et notoires (Killing Joke, Goblin ou encore Queens of The Stone Age, entre autres)

En résulte une musique sombre, angoissante, dont les envolées épiques véhiculent des accents à la noirceur d’encre.

Surchargé, l’opus déborde d’énergie, mais mal dispensée, elle nuit à la concentration du mélomane...

Se référant au cinéma fantastique (on soulignera évidemment le rapprochement avec la bande son de ‘Suspiria’ version 1977), « The Ballad of Jean-Sébastien Killa » relate la narration chronologique d’un récit horrifique.

L’album s’achève par « Ulysses », comme un navire s’échoue sur une île déserte après un voyage mouvementé.

Mais qui après réparation, pourrait reprendre la mer afin de découvrir de nouveaux horizons…

jeudi, 28 novembre 2019 11:04

Hello Ghost

Projet audacieux et atypique, Black Moon Tape est une invitation au voyage où fond et forme se confondent et se marient à merveille.

D’abord le fond où il est question d’espace. De terres inconnues, d’aventures amorcées, avortées ou simplement rêvées. Histoires de liberté, thème indissociable de l’album mais aussi de la trilogie à laquelle il appartient.

Ensuite, la forme : intemporelle, marquée d’influences manifestes et pourtant digérées, elle renvoie tant à l’enfance qu’à l’adolescence, et à ces accidents qui jalonnent la découverte de la vie...

Bref, une ode au temps qui inexorablement nous entraîne dans sa danse. Audacieux, faut-il le répéter ?

Suite de « The Salvation Of Morgane », lui-même décliné en trois versions distinctes au fil des ans, « Hello Ghost » baigne manifestement au sein d’une certaine nostalgie. Mais pas celle qui minaude ou s’étire paresseusement sous le porche du souvenir. Non, plutôt celle qui suinte en rayons cosmiques d’un œil central grand ouvert sur les vicissitudes de l’existence.

Une image qui colle parfaitement au propos psychédélique de cet opus.

Psychédélisme. Quel terme vague, mot-tiroir où s’engouffrent joyeusement toutes sortes de définitions plus ou moins exactes.

Psychédélique, adjectif à usage multiple caractérisant à tort et à raison la plupart des groupes dont l’approche de la pop ou du rock est non conventionnelle.

Un rayon que Will Z, aux commandes de Black Moon Tape, connaît bien, puisque chroniqueur au sein de Radio Rectangle, il s’est penché sur la question.

Au travers de podcasts que je vous recommande fortement (‘Rock psychédélique à l'usage de mon fils’), il aborde le sujet sous tous les angles en se penchant sur l’avis d’acteurs de ladite scène.

Donc, si de psychédélisme il est question, « Hello Ghost » va bien au-delà de l’étiquette étriquée qui se décline à l’envi, ces dernières années.

Intemporel, faut-il le répéter ?

Pour y Parvenir, Will et son comparse, Pierre Vancraenenbroeck, ont su s’entourer –entre autres– du combo Fake Empire et s’exiler.

Enregistré en grande partie à Berlin au studio Lightning Recorders, vestige de l’ère analogique, l’album s’est construit à l’écart du présent. Pour mieux s’inscrire dans sa genèse. À savoir les racines de Will, et les années 90, où la plupart des morceaux ont vu le jour.

En résulte dix titres emplis de grâce et d’une douce folie onirique, à la fois touchants et diablement efficaces, légers et sérieux, obsédants et indémodables.

Une réussite totale, empreinte de magie et inscrite dans l’histoire de son compositeur, qui vous fera voyager dans ses contrées colorées.

La release Party de l’album se déroulera ce samedi 30 novembre au Hangar, à Liège.

samedi, 03 août 2019 16:48

Micro festival 2019 : samedi 3 août

Niché à l’ombre des coteaux depuis 2010, le Micro Festival, fêtait donc cette année, sa dixième édition. Suite à quelques modifications stratégiques, le site de l’Espace 51, remodelé au cœur d’un des quartiers les plus populaires et sympathiques de l’entité principautaire, accueillait donc de nouveau la foule, à l’ombre d’un chapiteau où pendant trois jours allaient se succéder une multitude de groupes ou artistes aux styles variés afin de la plonger dans des ambiances différentes. Jouant depuis le début la carte de l’éclectisme, le festival chapeauté par le label JauneOrange misait une fois de plus sur la curiosité d’un public majoritairement local, venu en masse, comme à chaque fois, pour cette ‘garden party’ annuelle dont l’affiche audacieuse et en général bien pointue suscite toujours débat. Souvent de bon goût, expérimentale, trash, drôle ou émouvante, la programmation –même si au cours de la décennie certains concerts n’ont pas laissé un souvenir impérissable– a néanmoins forgé l’identité d’un festival, petit dans ses dimensions, modeste dans ses ambitions mais incontournable pour beaucoup. Retour sur cet événement hors format en compagnie d’un chroniqueur aux oreilles bienveillantes.

Clap troisième !

Perdu dans les méandres de l’espace-temps par la faute de quelques Japonais impétueux (voir chronique du jour 2), votre serviteur arrive tardivement sur place.

Les langues qui s’agitent dans l’entourage encensent Yokai responsable d’un krautrock teinté de jazz (ou est-ce l’inverse ?) Un set qui manifestement a séduit.

Sous la tonnelle, malgré l’heure avancée, les étoiles se sont invitées…

Szun Waves, ensemble de trois magiciens du son, tisse les broderies du ciel d’un fil doré. Elles m’attendent et m’invitent à prolonger ce voyage stellaire.

Projet du batteur de jazz Laurence Pike (de Pivot ou PVT), du producteur electro Luke Abbott et du saxophoniste Jack Wyllie (Portico Quartet), le trio brode patiemment sa toile dans laquelle viennent se figer quelques curieux. Juste magnifiques, les envolées au sax se perdent dans une réverbération de cathédrale alors que les dominos de sons binaires dévalent les pentes escarpées que dessinent les motifs de la caisse claire. Transformant l’instant en un moment de grâce.

Sur les montagnes, les conifères se balancent au gré du vent, sur la surface de la mer, le soleil miroite et on redescend lentement sur terre…

Difficile après coup de se concentrer sur le DJ set d’Aboie Poupousse, et encore plus difficile de juger du set suivant, celui du duo frenchie La Récré, qui comme son nom l’indique, n’est rien de moins qu’un projet à vocation distractive. Caractérisé par ses extraits de nanards incrustés dans un jazz easy listening cool, la prestation s’apprécie modérément. Sympa mais sans plus !

L’heure de la fessée est alors arrivée. De la claque annoncée. De l’événement visuel, de la gifle auditive, de la branlée sonore, bref du truc qu’il faut ab-so-lu-ment voir : Shht.

Forcément, annoncé comme tel, l’attente est grande. Est-ce que cette bande d’hurluberlus gantois mérite le buzz répandu autour d’eux ?

Pas certain. Clairement, le groupe travaille autant le visuel que le son. Subtil calcul opportuniste par les temps qui courent. Donc, outre des tenues de scène sans grande originalité (la combi empruntée aux Beastie Boys ou à Man Or Astro-man, entre autres) et des chorégraphies pastiches, que reste-t-il ? Des compositions ma foi entraînantes, allant dans tous les sens et qui doivent sans doute beaucoup à Evil Superstars, des voix abusivement noyées d’effets et une énergie sans faille.

Le chanteur escalade la structure du chapiteau tel un macaque facétieux. Ce qui amuse le public (moins l’ingé son). Mais lorsque les peluches qui depuis deux jours squattent le site se mêlent à la fête, volant dans tous les sens, le côté joyeusement foutraque du set est exacerbé. Pour autant, c’est loin d’être exceptionnel, et si on passe un bon moment, on n’assiste quand même pas au sommet de ce festival. Toujours agréable mais pas immanquable.

Bien plus intéressant, le retour sur nos terres du dandy Allemand Félix Kubin. Pourtant réduit à un set solo sans visuel, contrastant donc cruellement avec la prestation précédente.

Revêtu d’une élégante tenue rouge et noire, rôdé comme une machine, l’électron libre de l’electronica post apocalyptique avec des bulles enchaîne les expérimentations auditives espiègles, non sans y ajouter la touche d’humour qu’on lui connaît. Simple et dénué de tape-à-l’œil, le dadaïste de la musique déviante revisite son style, propre et tordu. D’une efficacité crasse, le quarantenaire, qui baigne dans la musique électronique depuis ses 8 ans, déborde de générosité et démontre qu’aux commandes de ses machines, il reste ‘das model’ du genre. Confus sur la fin car ne sachant plus très bien le timing qu’il lui est imposé, l’ami nous offre un tour gratuit, pour le plus grand plaisir d’un public qui ignore encore que la fin du monde est proche.

Heureusement, à l’autre bout de la plaine, sous la rotonde balayée de lumières led de l’Oasis 3000, Müholos le robot est venu nous sauver. Une bouffée de disco numérique qui balaye la menace pesant sur l’humanité. Irrésistible et dansant, le binôme assure la transition d’une nuit qui entame sa farandole.

Voile à présent sur les Caraïbes en compagnie de The Mauskovic Dance Band, qui comme son nom l’indique ne vient pas de Moscou mais a bien l’intention de nous faire danser.

Le genre de concert festif qui sent bon la tradition de fin d ‘événement.

Chaloupé, groove et sexy, le son secoue le cocotier d’un public qui refuse de rester en si bon chemin…

Et il sera satisfait, car la programmation nous réserve encore le set du grand Cüneyt Sepetçi, légende vivante du Bosphore. Génie de la clarinette et porteur de la tradition stambouliote.

Hélas le line up est réduit à un duo de cabaret, son acolyte préposé au synthé Korg générant une tambouille mi-folklorique, mi-hit-parade de supermarché. Bref, l’ambiance est plus à la fin de mariage qu’à l’apothéose tant attendue.

Dommage, car le virtuose et humble Cüneyt propose une revisite de la musique de ses ancêtres ou encore de quelques classiques européens, en y affichant classe et talent. Mais dans cette formule de bal, ce n’était vraiment pas très convaincant.

Le moment du bilan final est donc arrivé.

À l’heure d’écrire ces lignes, on peut déjà établir que le Micro Festival aura tenu toutes ses promesses. Celles faites à un public qui, sans même connaître la prochaine affiche, est déjà prêt à revenir...

Ainsi, votre serviteur enfourche sa monture et s’enfonce dans la voie lactée.

Bisous, bonne nuit Micro Festival et à l’année prochaine !

(Organisation : Micro Festival)

Yokai + Szun Waves + Aboie Poupousse + La Récré + Shht + Félix Kubin + Müholos + The Mauskovic Dance Band + Cüneyt Sepetçi

vendredi, 02 août 2019 16:47

Micro festival 2019 : vendredi 2 août

Niché à l’ombre des coteaux depuis 2010, le Micro Festival, fêtait donc cette année, sa dixième édition. Suite à quelques modifications stratégiques, le site de l’Espace 51, remodelé au cœur d’un des quartiers les plus populaires et sympathiques de l’entité principautaire, accueillait donc de nouveau la foule, à l’ombre d’un chapiteau où pendant trois jours allaient se succéder une multitude de groupes ou artistes aux styles variés afin de la plonger dans des ambiances différentes. Jouant depuis le début la carte de l’éclectisme, le festival chapeauté par le label JauneOrange misait une fois de plus sur la curiosité d’un public majoritairement local, venu en masse, comme à chaque fois, pour cette ‘garden party’ annuelle dont l’affiche audacieuse et en général bien pointue suscite toujours débat. Souvent de bon goût, expérimentale, trash, drôle ou émouvante, la programmation –même si au cours de la décennie certains concerts n’ont pas laissé un souvenir impérissable– a néanmoins forgé l’identité d’un festival, petit dans ses dimensions, modeste dans ses ambitions mais incontournable pour beaucoup. Retour sur cet événement hors format en compagnie d’un chroniqueur aux oreilles bienveillantes.

Entrée en matière idéale pour cette seconde journée, puisque les premières mesures du folk psyché/folk –aux références californiennes– des Liégeois de Ode To Space Hassle (ou OSH en abréviations subtiles) cadence le pied léger de votre serviteur qui foule l’herbe tendre la conduisant jusqu’à eux….

Légères et croustillantes comme des gaufrettes, les plages qui figurent sur l’Ep « Love Won’t Find A Way » ne casseraient pas trois pattes à un canard, mais il faut bien reconnaître l’efficacité de ces compos agréables et exécutées habilement qui doivent autant à Allah Las qu’à nombre de bands issus des nineties. Le combo ne cherche pas l’originalité, rechigne à faire mal là où certains titres s’envoleraient volontiers et se contente de les interpréter le plus fidèlement possible. Entamant le dernier un poil trop tôt, le guitariste se fait charrier par ses acolytes ; et c’est dans la bonne humeur que s’achève (gentiment) ce premier volet.

Un set de DJ Smith vachement revigorant plus tard et nous sommes réunis sous la tente pour un moment de détente en compagnie d’un ensemble qui souffre d’une carence affligeante en originalité. Lewsberg n’étant ni plus ni moins qu’une sérigraphie de ce facétieux Andy Warhol.

Inutile de citer le groupe à l’origine des compositions de ces Hollandais qui s’échinent à calquer (certes fort bien) leur modèle. Voix, tempo, arpèges et fulgurances dissonantes, tout est minutieusement décliné en répliques fidèles, qui sans être des plagiats, n’en demeurent pas moins une belle escroquerie. Amusant et certainement plus agréable qu’un concert de Mister Cover, le set de ces Bataves aura au moins instauré une ambiance décontractée. Mais sur le coup de 17H25, elle prend un fameux coup de fouet par l’entremise du DJ set dispensé par le duo Mark it Zero. Au dehors, il embrase les brins d’herbe qui tantôt me chatouillaient les pieds. 

Excellente initiative du reste car il faut à présent prêter toute son attention à ce qui va rester LA révélation de cette édition 2019.

Les petites frimousses à peine sorties de la puberté des petits écoliers de Black Country, New Road ne paient pas de mine, mais rayon musique, ils vont mettre tout le monde d’accord.

Si leur attitude fragile et intimidée laisse craindre le pire, les premières notes ont tôt fait de révéler un potentiel remarquable. De fait, quelque part entre post punk, free jazz et pop intelligente (ce terme abscons est adorable !), les Britons n’en font qu’à leur tête. Autant guidé que perdu par un saxophoniste épatant (et arborant une vareuse d’un club de foot très local), la concentration rebondit de thème en thème, de titre en titre, de surprise en surprise.

Fort d’une petite réputation glanée par maintes écoutes sur Spotify, ostensible baromètre du succès de nos jours, le quintet impose son savoir-faire dans un registre personnel qui tantôt évoque Gorky’s Zygotic Mynci (mais sans l’accent gallois) ou encore Moonshake.

De bien belles références pour une bien belle promesse.

Contraste majeur comme un doigt de la main dressé, place à présent à un trio lyonnais : Decibelles. Ou la quasi-quintessence de tout ce qui m’horripile. Adoubés par Steve Albini (qui au passage, il ne serait pas inutile de le rappeler, n’a pas produit que des merveilles) et présentés comme la relève d’un certain rock hexagonal, ces trois jeunes gens ne font pas dans la dentelle.

Ce qui en soi est de bon augure, puisqu’il est question de battre le fer tant qu’il est chaud. Mais hélas ! De battre, il est bel et bien question. Sur les fûts autant que sur les nerfs. Chanteuse et drummeuse, Fanny Bouland tape, tape, tape, c’est sa façon d’aimer, ce rythme qui m’entraîne jusqu’au bout de l’ennui, réveille en moi un tourbillon de folie. Vous l’aurez compris, Decibelles sonne à mes tympans comme une armada d’ongles sur l’ardoise d’un tableau. Même de loin, les poils s’hérissent au son de crécelle de la voix. Si ce n’est pas ma came, il semble qu’un certain public, au séant très remuant, apprécie la prestation. On se préserve donc pour la suite.

Drahla, trio issu de Leeds, a lui tout pour séduire. Sur le papier du moins. Emprunté, le groupe va pourtant peiner à convaincre. Terriblement mal à l’aise sur les planches, comme intimidé par un public pourtant on ne peut plus conciliant, ces jeunes gens égrainent scolairement leur chapelet de chansons pourtant appelées à être abrasives. Les bases sont pourtant bien présentes et on ne peut nier le potentiel de ces Anglais dont le post punk a au fil du temps évolué en quelque chose de certes plus Arty, mais néanmoins toujours aussi primal. Une copie mitigée donc, mais qui demande assurément un examen de passage.

De spectacle, par contre, il va être question en compagnie des Nippons de Bo Ningen.

Cheveux tombant en cascades, le quatuor masculin (c’est sans doute une révélation pour certains d’entre vous qui étiez présents) s’adjuge espace et temps au détour d’un set sans concession.

Repéré en première partie de Savages, il y a quelques années, le combo emmené par le charismatique chanteur nommé Taigen démontre tout son potentiel. Redéfinissant le psych rock suivant son propre code, parfois un peu trop chargé à mon goût ; moulinettes et poses glam, déferlantes noisy, élucubrations susurrées et cris sauvages de chat émasculé, déflagrations soniques et kaléidoscope infernal se succèdent, se chevauchent, s’entremêlent et créent un magma hypnotique qui, bien entendu, a pour effet de stimuler l’entrain d’une foule qui n’attend qu’un tel moment pour s’exalter. La cadence est soutenue, voir haletante. Soudain, la silhouette de Taigen, jusqu’à présent drapée d’un pull orange à la trame transparente laissant deviner en filigrane la taille de guêpe du chanteur (Bo Ningen signifie quelque chose comme ‘bonhommes allumettes’) se pare d’un survêtement sportif, avant que le set ne s’oriente vers des contrées étonnamment hip hop. Un métissage improbable mais qui souligne la volonté du groupe de désorienter le public et de baliser son territoire au-delà des frontières d’un genre.

Brassant le feu, conjuguant les styles, Bo Ningen assume pleinement son statut de fer de lance d’un mouvement halluciné et hallucinant.

Un concert plein qui met l’auditoire sur les genoux et incite votre serviteur à jeter l’éponge en ce deuxième jour.

Traversé d’ondes magnétiques phosphorescentes, il franchit le portail de l’espace-temps et s’en va retrouver ses pénates.

Bisous, à demain, Micro Festival !

(Organisation : Micro Festival)

Ode To Space Hassle + DJ Smith + Lewsberg  + Mark It Zero + Black Country, New Road + Decibelles + Drahla + Bo Ningen

jeudi, 01 août 2019 16:46

Micro festival 2019 : jeudi 1er août

Niché à l’ombre des coteaux depuis 2010, le Micro Festival, fêtait donc cette année, sa dixième édition. Suite à quelques modifications stratégiques, le site de l’Espace 51, remodelé au cœur d’un des quartiers les plus populaires et sympathiques de l’entité principautaire, accueillait donc de nouveau la foule, à l’ombre d’un chapiteau où pendant trois jours allaient se succéder une multitude de groupes ou artistes aux styles variés afin de la plonger dans des ambiances différentes. Jouant depuis le début la carte de l’éclectisme, le festival chapeauté par le label JauneOrange misait une fois de plus sur la curiosité d’un public majoritairement local, venu en masse, comme à chaque fois, pour cette ‘garden party’ annuelle dont l’affiche audacieuse et en général bien pointue suscite toujours débat. Souvent de bon goût, expérimentale, trash, drôle ou émouvante, la programmation –même si au cours de la décennie certains concerts n’ont pas laissé un souvenir impérissable– a néanmoins forgé l’identité d’un festival, petit dans ses dimensions, modeste dans ses ambitions mais incontournable pour beaucoup. Retour sur cet événement hors format en compagnie d’un chroniqueur aux oreilles bienveillantes.

Le parfum d’un soir d’été flotte dans l’air et les rayons du soleil s’attardent paresseusement sur les flancs de colline, alors que doucement, le public découvre le nouvel aménagement du site. Mieux pensé et fort joliment décoré, celui-ci s’apprête à être foulé par une cohorte débonnaire, venue en grande partie savourer les premières heures du mois d’août avec, en guise de bande son, un pêle-mêle de genres et de noms dont le mélomane lambda n’a jamais entendu parler.

Passés maîtres dans l’art de dénicher les perles rares de labels underground ou encore de ramener au premier plan quelque individu dont la notoriété est enfouie dans le passé, les organisateurs du Micro Festival, fidèles à leurs premiers préceptes, proposent en effet une affiche bigarrée, dont ce premier soir est la parfaite illustration.

Ainsi, c’est à Monolithe Noir, projet du Bruxellois d’adoption Antoine Pasqualini, qu’est laissé le périlleux honneur d’entamer les hostilités. Il est flanqué de son batteur attitré ; ce qui explique pourquoi le Percussive Ensemble est accolé au patronyme. Les vagues analogiques battues par les vents mauvais et les pluies synthétiques régurgitées par ses claviers se fracassent sur des rythmiques soutenues qui bientôt, ne demandent qu’à caresser les oreilles de votre serviteur, hélas encore distantes de bien trop de kilomètres, puisque à l’heure où le set se déroule, il est encore sur la route, frustré de manquer le spectacle.

Autrement dit, ne sachant comment s’est déroulé ce premier fait d’armes, il y a de quoi nourrir quelques regrets.

Mais déjà, d’un pas alerte, les portes du site sont franchies, juste à temps pour découvrir The Germans, dont le rock référencé et sexy tarde à convaincre, même si certains éclats titillent une curiosité toute naturelle.

Habité de généreuses intentions, le combo gantois tente de donner corps aux titres de son dernier elpee en date, « Sexuality ». Mais, emmené par un leader au look improbable (le mauvais goût vestimentaire n’est pas automatiquement synonyme d’étiquette artistique), le concert s’empêtre et ne parvient pas à se dépêtrer… À vouloir séduire en tout point, à tout prix, au détriment parfois d’un certain équilibre, la musique de The Germans devient indigeste et perd l’attention du mélomane là où elle voudrait le charmer. En résultent des compositions allant dans tous les sens, et pas toujours maîtrisées. Seule éclaircie, quelques fulgurances disséminées ci et là et quand même une apothéose en courbe ascendante…

Suite à ce cocktail finalement récréatif, les portugaises se tournent à présent vers l’un des moments forts ou du moins attendu de cette édition : Michael Rother.

La polémique peut d’ores et déjà enfler. Pourquoi ? Parce que derrière ce patronyme se cache l’un des piliers de la musique allemande du début des seventies et qu’à ce titre, bon nombre de spectateurs présents ce soir vont en être pour leurs frais. Car si la carrière de ce savant et féru d’electronica ne s’arrête pas à Neu !, dont les albums ont tracé pas mal d’autobahn pour les générations suivantes et encore à venir, l’ex-Kraftwerk a principalement œuvré dans un registre ambient (en témoigne sa collaboration avec Brian Eno) dont le principe repose essentiellement sur une rythmique robotique et, d’autre part, des ‘paterns’ mélodiques simples et redondants, dessinant des motifs épurés jusqu’à la moelle et dont la répétition graduelle se décline en dégradés pastels. En soi, rien de bien dérangeant, si le son n’était lui aussi victime d’un tel traitement. Un son qui a évolué (régressé diront les mauvaises langues) mais s’est cristallisé dans les années 80 (et franchement pas le meilleur versant), figeant par là même toute l’essence du krautrock initial. En résumé, que Michael Rother joue des morceaux de Neu !, d’Harmonia ou des compositions plus récentes, tout, exactement tout, sonne de la même manière. Et ce son épuré et, disons-le, passéiste (quelqu’un écoute encore Dire Straits de nos jours ?) jure affreusement avec le tempo kraut, machine toute aussi répétitive, mais calée dans une mouvance d’ordre hypnotique. Une dualité qui désarçonne et finit par lasser la majorité de l’auditoire, les deux guitares au jeu monotone et sans relief corroborant cette impression…

Pour autant, le concert de Michael Rother est-il un échec ?

Honnêtement, non. Si l’émotion est restée canalisée et l’ivresse contrôlée, il n’en reste pas moins que cette sommité (ne parlons pas de légende) a délivré un set fidèle à ses travaux étalés sur quatre décennies. Certes, on peut s’étonner de l’orientation mélodique de la plupart des titres interprétés ce soir, mais ils résultent d’une révolution personnelle, gravée dans le vinyle et donc sans surprise. En gros, Michael Rother a fait du Michael Rother, faisant fi de toute nostalgie.

Aux échos chagrins et aux protestations outrées, répond au loin le chant du hibou, alors que la nuit tombe, enveloppant de ses bras, la plaine fustigée.

Une bien belle phrase pour ne rien dire mais qui introduit parfaitement la prestation onirique suivante.

Propulsé tête d’affiche après une poignée de concerts seulement, le Liégeois Daortia est donc invité à redresser la barre. Challenge difficile s’il en est mais que Hughes Daro, accompagné d’un visuel impeccable, assuré par Victor Ziegler, va relever haut la main.

En se servant de boucles obsédantes se répercutant en drones mélancoliques, ses mélodies graciles esquissées par une basse et son chant haut-perché s’envolent dans les nuées noisy d’un shoegaze électronique. Le local de l’étape focalise l’attention d’un public loin d’être conquis d’avance (nul n’est prophète en son pays).

Si le set, certes linéaire, tend à résonner dans un tunnel infini, débouchant en un maelström bourdonnant, les oreilles les plus aguerries auront décelé certaines influences majeures déclinées en loops grisants.

Sorte de concert abstrait et opaque mais aux nuances poétiques et subtiles, d’où l’on ressort soit charmé, soit accablé. Vous vous en doutez, votre serviteur appartient à la première catégorie...

Ainsi, sur ces réverbérations aux teintes abyssales se termine cette première journée, déjà riche en émotions diverses. Là-bas, les langues vont continuer à se délier, ici le ciel va se replier, et perso, je m’en vais me coucher !

Bonne nuit Micro festival, et à demain !

(Organisation : Micro Festival)

Monolithe Noir & Percussive Ensemble + The Germans + Michael Rother + Daortia

mercredi, 31 octobre 2018 10:33

Wasted Space

Certains groupes cherchent constamment à se réinventer afin d’exploiter tout le potentiel dont ils disposent. Parfois brillamment, parfois sans grand succès, certains s’égarant au sein d’étranges nébuleuses, là où d’autres se redécouvrent en s’émerveillant.

Jonglant admirablement avec le facteur risque, The Oscillation livre un cinquième elpee bigrement audacieux et passionnant de bout en bout, parsemé de trouvailles sidérantes et de sonorités bigarrées…

Non content de sonder les travers du psyché/rock sous ses angles les plus captivants depuis 2007, Damien Castellanos explore encore et toujours de nouveaux terrains de jeux, emmenant dans son sillage la traînée étoilée d’un ciel teinté de couleurs vives, mais au climat sombre et inquiétant.

Kraut revisité, dub régurgité, Damien nous plonge au sein d’un univers vertigineux sous hypnose en escaladant, avant de dévaler à vive allure, les rails d’une montagne Russe qui conduisent directement à l’embouchure d’une gorge monstrueusement déployée.

Dansant, extatique, perturbant et follement excitant, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce « Wasted Space » qui occupe tout le champ spatial, auditif et cognitif à la fois. Génial !

 

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