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Concerts

William Fitzsimmons

In Sickness And In Health

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Paru il a deux ans et des poussières, « Goodnight » révélait William Fitzsimmons à un public beaucoup plus large que celui qui s’était intéressé à ses deux premiers travaux. C’est donc sans surprise que son passage au Witloof Bar du Botanique a rassemblé autant de monde que de places disponibles. Une occasion unique de découvrir les nouveaux morceaux du barbu, dans une configuration des plus intimistes.

William Fitzsimmons est vraiment un chic type. Victime d’une extinction de la voix la veille de son passage dans notre capitale, le singer-songwriter ne s’est pas laissé démonter et a malgré tout répondu présent, plutôt qu’annuler la seule date belge de sa tournée. Sous un crâne récemment rasé et derrière sa longue barbe, qu’il arbore élégamment sur la pochette de « Gold In the Shadow », son nouvel LP à paraître fin mars, Fitzsimmons est seul sur scène. Seul, armé de ses guitares et face à son public, l’homme s’excuse avec une bonne pointe d'humour de l’état de ses cordes vocales (‘I sound like Eddie Vedder now…’) et fera preuve tout au long de la soirée d’une générosité sans pareil au niveau des échanges avec ses fans. Et côté setlist, personne n’est oublié. Le chanteur parcourt quelques morceaux de son prochain disque (les magnifiques « The Tide Pulls From the Moon » et « Wounded Head »), ainsi que de jolies reminescences de sa discographie antérieure (« If You Would Come Back Home », « Everything Has Changed », « After Afterall », « It’s Not True »…)

William Fitzsimmons pratique la thérapie par le chant sans tomber dans le lugubre. Car malgré le ton profondément pathos des compositions du folkeux, celui-ci fait preuve d’une bonne humeur communicative, même lorsqu’il parle de son ‘état de dépression chronique’. Pour le rappel, il termine son set en plein milieu du parterre, entouré de sa petite centaine de thérapeutes, pour lesquels il interprète une petite série de requests dont « Afterall » et sa fameuse reprise du « Heartless ». Malgré ses problèmes vocaux, Fitzsimmons a offert ce soir un superbe concert d’1h15 qui restera vraisemblablement autant gravé dans les esprits du public que de l’artiste lui-même. Ce dernier devrait être de retour plus tard dans l’année, accompagné de ses musiciens. On y sera à nouveau sans hésitation !

Organisation : Botanique

The Drums

Hit or Miss

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Il s’agit sans conteste d’un des combos les mieux notés par la presse spécialisée en 2010. Encore relativement inconnu lors de la publication de l’Ep « Summertime ! », fin 2009, The Drums a d’abord conquis la planète blog, avant que ses mega-tubes, « Let’s Go Surfing » et « Best Friends », lancent l’assaut final. Depuis, les New-Yorkais se sont naturellement imposés comme l’une des formations les plus incontournables de la scène indie. Pour preuve, un passage à la Rotonde lors des Nuits Botanique 2010, sold out en un temps éclair, suivi quelques mois plus tard par un petit tour sur les podiums d’enceintes à la capacité largement plus conséquente. C’est donc l’AB, configuration salle, qui accueillait le quatuor pour l’avant-dernière date de sa tournée mondiale.

Succès mitigé mais succès quand même pour le spectacle de The Drums à l’Ancienne Belgique. Vers 20h40, l’espace n’est encore qu’à moitié rempli et n’atteindra, une vingtaine de minutes plus tard, que les trois quarts de sa capacité. Examen oblige ? Une situation qui ne va pas empêcher Jonathan Pierce, Jacob Graham et leurs deux bras droits, Kessler et Hanwick, d’enchaîner les petites perles pop qui étayent « Summertime! » et le disque éponyme. Vêtu d’un T-shirt à la gloire d’Island, label du combo, Pierce s’avance sans se presser tandis que les premières notes de « Best Friend » provoquent les premiers sursauts d’allégresse dans le parterre. S’enchaînent ensuite « Submarine », « Book Of Stories » et « Make You Mine », sans réel remous. La formation arrive au bout de sa longue épopée autour du monde et on le ressent un peu trop.

Le set est un peu linéaire et mené avec beaucoup moins d’entrain que lors, par exemple, de leur prestation accordée sur les planches du Pukkelpop. Les singles « Let’s Go Surfing » et « Me And The Moon », interprétés en milieu de parcours, ajoutent un peu de relief à l’ensemble ; mais le thermomètre chute à nouveau lorsqu’ils embrayent sur un « I Need Fun In My Life » sans provoquer la moindre étincelle. Au bout de 50 minutes, le quatuor se retire après un rappel limité à la ballade « Down By The Water », alors que l’on était en droit d’attendre un final un peu plus relevé. Des « I Felt Stupid » ou « Saddest Summer » auraient facilement fait l’affaire… Allez les gars, rentrez à New York vous reposer un peu…

Setlist :

Best Friend
Submarine
Book Of Stories
Make You Mine
Let's Go Surfing
Me And The Moon
I Need Fun In My Life
Don't Be A Jerk, Johnny
We Tried
Forever And Ever Amen
Baby, That's Not The Point
The Future
Down By The Water

(Organisation : Live Nation)

 

Matthew Dear

Le côté obscur de la force

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Ce lundi 13 décembre, le Bota était plein à craquer. Et pour cause, Gonjasufi, phénomène hype du label Warp, se produisait à l’Orangerie. A la Rotonde, le discret Matthew Dear était venu défendre son second opus solo, « Black City ». C’est sur le set de l’Américain que mon choix s’est porté. Une bonne initiative, apparemment, car d’après les échos recueillis à l’issue de leur prestation, Gonjasufi c’était naze. Ou si vous aimez les vannes : ‘Gonj ça suffit’…

En première partie, Pinguin Prison tente de chauffer une salle encore vide. Pinguin Prison, c’est le projet d’un New-yorkais. Mais en live, il est flanqué d’un backing group. Progressivement, le public va investir les lieux, pour assister à une prestation finalement intéressante. Nonobstant les interventions un peu lourdes du vocaliste et les références à George Michael ainsi qu’aux sonorités 90’s, le son est efficace, les riffs bien balancés et on a envie de remuer. Un artiste à suivre (NDR : son album devrait bientôt paraître chez Wall Of Sound).

Une mélodie ténébreuse envahit l’espace sonore. Enfin, Matthew Dear fait son apparition. Et surprise, le Texan n’est pas venu seul. Il est soutenu par un trompettiste (NDR : également électronicien), un drummer et un bassiste. Dear se chargeant de la guitare, des bruitages, des claviers et du chant. « Black City » constitue à ce jour son opus le plus sombre. L’atmosphère qui règne ce soir dans la Rotonde l’est tout autant. Eclairage tamisé, pas de couleurs vives. Du noir et du blanc. A l’instar des vêtements de Matthew, qu’il porte avec élégance. Les titres du dernier elpee défilent. Ils constituent la trame du concert. « Honey » ouvre le set. Un morceau qui donne le ton. Dear se lâche sur le terrible et impeccable « Monkey ». Le public ne s’attendait pas à une telle mise à feu. Et il remue déjà. Les titres défilent. Racés, ils sont interprétés à la perfection ; mais on n’aura plus droit, au cours du show, à une compo aussi percutante que celle dispensée en début de parcours. Dommage ! Ce qui ne nous empêchera pas de se régaler des interventions vocales de Dear. Ou de celles, particulièrement profondes, du trompettiste. Deux pôles d’attraction qui, ce soir, font la différence. « Little People (Black City) » ou encore « You Put A Smell On Me » font des ravages et propulsent l’électronicien définitivement dans un autre monde. Dear quitte la scène. C’était un bon concert auquel ont participé le corps et l’esprit. Et Gonjasufi c’était comment encore ?

Organisation : Botanique

Angus & Julia Stone

Une belle musique à remonter le temps…

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Un vieux fauteuil. Quelques lampes vintage. Des fleurs, des fleurs, encore des fleurs.  Illuminées. Des fleurs qui s’inscrivent sur un wallpaper 70’s planté de cadres rétros. Un décor home qui plonge les yeux du spectateur dans le monde intime de Julia et Angus. Un communautarisme hippie qui vous invite à la maison. Un spectacle privilège qui vous convie, confortablement assis sur les sièges de l’AB, à une session ‘privée’ (sold out !) des frères et sœurs australiens. En guise de carton d’invitation, un ‘We love you !’ lancé aux oreilles qui veulent l’entendre.

Intimisme. Un mot conforme à l’atmosphère et au style folk-rock des six musiciens présents ce soir sur les planches de l’Ancienne Belgique. Deux voix exceptionnelles, celles d’Angus & Julia Stone, capables de meubler une salle à elles seules de leurs tessitures sans cesse à la limite de la rupture. Parfois déchirées, parfois veloutées, elles s’harmonisent tendrement sur un fond de guitare et de cordes lointaines… Le bateau à la dérive ne s’échoue jamais. Sans cesse protégé par les souffles en écho des deux frangins. Une alternance vocale sublimant des mélodies instables qui longent les côtes de Fleetwood Mac et Joanna Newson. Quelques chansons faciles magnifiées d’un duo guitare/voix complémentaire qui déchire nos émotions et frappe nos cœurs de sérénité. Une tempête calme où la voix dominante donne le ton et propulse les mélodies au second plan. Et, fort heureusement, les paroles hippies ‘cliché’ aussi. Un groupe qui joue la carte de l’émotion et arrive à la faire vibrer. Sans grande musique, sans grandes lettres. Simplement, les Stones architecturent une belle musique à remonter le temps qui balade nos mémoires dans les profondeurs abyssales de nos souvenirs. Elle flatte l’âme, la réconforte.               

Les mélodies fragiles s’enchaînent et alternent. Tandis que Julia chante « For You » et rentre dans une tendre communion avec le public, Angus, d’un ton contrasté stoner, dénote et nous balance un « Yellow Brick Road » angoissé. Titre où le chanteur expose le timbre d’Al Stewart sous les coups de guitare staccato de Neil Young voire Tom Verlaine. Une chanson pour elle, une chanson pour lui. Elles dissemblent et se rassemblent. Naturellement. 

Un anti-folk australien de bonne facture qui ne joue jamais trop haut ni jamais trop bas.  

(Organisation AB)

 

Pigalle

Pigalle prend ses quartiers à Bruxelles

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Le temps d’une soirée hivernale, Pigalle prenait ses quartiers à Bruxelles. Pas loin de la place Meiser et à deux pas de la RTBF. Le genre de soirée plutôt excitante, à laquelle je pense depuis plusieurs jours. Car même après avoir assisté aux concerts pendant plus de 2 décennies, une certaine effervescence peut encore se déclencher lorsque je retourne voir l’un de mes groupes fétiches.

Et cette effervescence vient aussi de la découverte d’une salle inconnue pour votre serviteur : le Théâtre 140. Dès lors, en compagnie d’autres trentenaires, je n’hésite pas à braver le froid hivernal et à me mettre à la recherche de cet endroit sis en plein quartier résidentiel. Il faut être attentif à bien trouver le numéro 140 d’ailleurs sur cette avenue Plasky, car l’entrée est un peu en retrait, coincée entre deux immeubles.

L’endroit est plutôt atypique, mais agréable. Cet ancien théâtre rafraîchi, dont le bar est à l’entrée, accueille ce soir un public largement situé dans la tranche 35-45 ans (NDR : ce qui change des 15-25 habituels). Mais vu le lieu, certaines personnes âgées, sans doute des abonnés, mais aussi quelques familles avec enfants, sont aussi de la partie. Le tout confère une ambiance assez conviviale et sympathique. On y croise aussi des rockers chevronnés comme les ex-Slugs ou Mimi (ex-Sttellla). Quelques punks nostalgiques ont également fait le déplacement, mais ils ne sont pas très nombreux. Logique : la plupart des mélomanes issus des 80’s du début des 90’s sont maintenant devenus des pères de familles et/ou cadres bien rangés. Les crêtes, tenues de gitans, chemises à carreaux et autres cheveux gras ont laissé la place à des fronts dégarnis, des lunettes et des tenues bien propres.

Mais place à la musique quand même. Sur le coup de 20h30, le groupe entre sur scène de manière plutôt originale. François Hadji-Lazaro déboule tel un saltimbanque, armé de son banjo. A la basse, c’est toujours le fidèle Jean-Charles, dit Boubouch’ (pour sa participation active dans les Garçons Bouchers) qui officie, ainsi que François à la batterie, et Gaël, présenté comme un Breton et visiblement fan de métal, à la guitare. Quant à François Hadji-Lazaro, il manipule une bonne vingtaine d’instruments aussi divers les uns que les autres. Un présentoir impressionnant de cet éventail est d’ailleurs disposé à côté de lui, sur l’estrade.

Les titres vont défiler à vive allure, comme « L’éboueur », « Le Chaland » ou « Les Lettres de l’autoroute ». Et les morceaux phares du dernier opus comme « Il te tape », « Si on m’avait dit » ou « Ils se voyaient 2,3 fois par mois » viennent s’insérer en toute harmonie.

Seul inconvénient de la salle : les places sont assises. Et hormis quelques jeunes étudiants aux premiers rangs qui se lèvent et s’agitent, le public reste calme. Il faut attendre le rappel, pour que François demande à ces jeunes de s’asseoir et à tous les autres spectateurs de se mettre debout. Tout le monde s’exécute dans la bonne humeur. « Dans la salle du bar tabac » puis la reprise de Graeme Allwright « Il faut que je m'en aille » viennent ainsi clôturer le set.

Et non, non rien n’a changé, tout, tout a évolué. Car Pigalle nous a gratifiés d’un bon concert, et son dernier album « Des espoirs » passe plutôt bien la rampe, en live. Ses anciens textes restent toujours d’actualité. Pour l’ambiance c’est sûr ce n’est plus le gros délire d’il y a 20 ans, mais les spectateurs affichaient un large sourire, à la sortie de la salle.

(Organisation Théâtre 140)

 

The Frames

Memory Lane

Écrit par

Glen Hansard et ses acolytes ne sont pas du style à perdre leur temps. La tournée mondiale de The Swell Season (qui implique au sein du line up la majorité des membres de The Frames) vient à peine de s’achever que les Irlandais retournent, sans transition, sur les routes d’Europe. But de l’opération : fêter les 20 ans d’existence du combo. Et par la même occasion, promouvoir les quatre premiers éléments discographiques de la bande, dont les éditions spéciales remasterisées ont trouvé le chemin des bacs en octobre dernier.

En avant-programme, Duke Special tente de séduire la foule à ses pieds, en dispensant sa pop-cabaret, à la limite de la dramédie musicale. Pas trop ma tasse de thé…

A 21h00 tapantes, The Frames déboule sur scène sans se presser. Glen Hansard prend place devant son micro et entame le set par le délicat « Headlong », suivi immédiatement de « Giving Me Wings » et « Seven Day Miles ». Pour célébrer ses 20 ans, le quintet délivre donc une sorte de Best Of de ses sept recueils studio. Tandis que le concert revête des atours un peu plus rock’n’roll, via des morceaux comme « God Bless Mom » et « The Stars Are Underground », Hansard, jamais avare en paroles, charrie un peu les fans qui tentent de lui lancer des ‘requests’, en les remerciant de connaître la discographie du combo. « What Happens When The Heart Just Stops » permet ensuite aux Irlandais d’adresser un clin d’œil à dEUS en glissant une petite portion de « Little Arithmetics » au sein de l’une de leurs plus jolies ballades. Un peu plus tard, le chanteur s’improvise même en coach de vie le temps de présenter « Pavement Tune », en amenant tout le parterre à répéter après lui les paroles du refrain: ‘I want my life to make more sense’. ‘Plus vous le répéterez avec conviction, plus votre vie aura du sens. Regardez, ça commence déjà !’, plaisante-t-il, un sourire en coin. Le délicat « Star Star » et leur premier tube « Revelate » referment joliment la danse.

Les cinq hommes reviennent ensuite pour un rappel assez copieux. L’occasion pour John Craney, le bassiste, de s'approprier le micro le temps d’interpréter « You Can’t Hide Your Love », une nouvelle compo. Pas tout à fait convaincant… Le concert de 2 heures se clôture au son de l’électrifiant « Monument » et du génial « Fitzcarraldo »,  que réclamait certains fans à plusieurs reprises depuis le début du spectacle, et caractérisé par une belle démonstration solo au violon par Colm Mac Con Iomaire . En élaborant une setlist qui retrace quasiment toute son histoire (NDR : à l’exception du tout premier opus, « Another Love Song »), The Frames ne s’est pas moqué de ses fans. Un véritable régal pour les oreilles.

Organisation : Botanique.

Chapelier Fou

Dans sa bulle…

Écrit par

L'atelier 210 accueille ce vendredi soir Chapelier Fou, jeune artiste français, jouissant déjà d'une belle renommée en Belgique et décrit comme l’héritier naturel de Yann Tiersen et d'Amon Tobin. Violoniste de formation, Chapelier Fou bidouille et sample les sons et les superpose. Voix, extraits de films et de disques classiques, notes de piano, pizzicati de violon... la matière est riche et l'univers dessiné par ce virtuose a vite trouvé ses adeptes. Après avoir publié deux Eps (« Darling, darling, darling... » et « Scandale ! ») et un album intitulé « 613 » (signés chez 'Ici d'ailleurs', label qui produit également Yann Tiersen et Matt Elliott) le Chapelier fait tourner les têtes.

Le concert débute par Ed WydeE, artiste bruxellois encore méconnu, qui a gagné le concours 'Musique à la française' l'hiver dernier, dans la catégorie 'Musiques urbaines'.

Tandis que la salle se remplit, beaucoup d'entre nous, venus applaudir Chapelier Fou, découvrent Ed WydeE. Ce slameur charismatique déclame ses poèmes acides accompagné de deux musiciens, l'un au clavier, l'autre aux percussions. Les textes, littéraires, rêveries aigres-douces, prennent le parti du sensible, du récit personnel. C'est en tout cas l'impression qu'ils donnent, et l'assistance se rapproche pour mieux écouter les mots qui défilent à toute vitesse pour nous mettre une grande claque.

Il est assez surprenant d'apprendre qu’Ed et sa bande se produisent ensemble depuis un peu plus d'un an seulement, tant les trois compères semblent à l'aise sur les planches ! Les mots, corrosifs, dressent un constat amer de nos vies, sur des mélodies sombres, mais le plaisir que les musiciens prennent sur scène, l'euphorie des mots, et l'humour en sourdine confèrent à ces fables un aspect malicieux. Parfois le batteur attrape un saxophone, tandis que le pianiste, une main au clavier, assure de l'autre un rythme sur une petite boîte de bois.

« L'Auguste » parle d'un clown, figure de l'idiot du quartier qui assène des vérités crues. « Des cailloux dans les poches » est un hommage à Virginia Woolf, qui a mis fin à ses jours en avançant dans l'eau de la rivière, les poches de son manteau bourrées de cailloux. La diction est proche de celle d'Ab Al Malik, la présence scénique évolue entre insolence et nonchalance. Ed WydeE joue ses textes comme des courtes pièces de théâtre. ‘Prenez garde, petits moutons’ nous répète-il. Ajoutant ‘Sachez ce qu'ils font de vos bouclettes, de votre peau, de votre chair’. Sur un fond de synthé évoquant un manège déréglé, c'est plutôt la chair de poule que nous communique Ed WydeE. Une performance scénique que l'on espère revoir vite.

A dix heures et des poussières, à peine en retard, Chapelier Fou glisse discrètement sur la scène et entame son spectacle, sans adresser le moindre regard au public. Seul, coiffé d'un chapeau, il se faufile sous une lampe-réverbère qui éclaire tout son petit matériel. Il inaugure le show par un morceau planant, fantastique. Immédiatement, son visage se convulse dans des grimaces de plaisir. Sigmund aurait pu nous emmener à ce concert pour nous prouver que les artistes prennent leur pied dans l'acte artistique ! Car Louis Varynski, alias Chapelier Fou, ne semble plus toucher terre.

La performance du multi-instrumentiste est assez impressionnante, il manie violon, guitare, machines avec la même aisance, et une précision telle que l'on ne perçoit pas toujours de différence entre le ‘live’ et les enregistrements de l'album. Très concentré, le bidouilleur, plongé dans les rouages de son univers, en oublie presque l’auditoire, qu'il remercie d'un hochement de tête.

« Hémisphère Ouest », morceau de l'album « 613 », est applaudi chaleureusement, et le Chapelier ose enfin saluer son public avant d'enchaîner par « Laggage » : quelques pizzicati, une boucle, d'autres pizzicati, un sample, quelques notes à l'archet... nous sommes embarqués pour un voyage onirique et aérien. On pourrait regretter ce trop peu de communication avec l'audience, si ce n'est au travers d'un micro qui lui donne une voix trafiquée, ambiance SF, et presque inaudible. Avancerait-on que Louis Varynski est timide ? Les spots, braqués sur le public plus que sur l'artiste, nous donneraient raison. Néanmoins, les grands musiciens ne sont pas toujours des bêtes de scène, que l'on se rappelle Brassens, par exemple. « Les métamorphoses du vide » prouve, s'il le fallait, la filiation qui le lie à Yann Tiersen. La guitare suspendue sur le ventre, le musicien enchaîne quelques notes de violon qu'il sample aisément, tel un dompteur de sons. Les morceaux les plus célèbres, comme « Darling, darling », laissent place à d'autres titres moins connus, voire inédits. Peut-être retrouvera-t-on certains d'entre eux sur le prochain Ep, dont la sortie est prévue pour l’année prochaine ?

Bien applaudi, le chapelier ouf nous offre deux rappels, et achève son set par un dernier morceau franchement dansant.

(Organisation Atelier 2010)

Ed WydeE

Le loup et l’agneau…

Écrit par

L'atelier 210 accueille ce vendredi soir Chapelier Fou, jeune artiste français, jouissant déjà d'une belle renommée en Belgique et décrit comme l’héritier naturel de Yann Tiersen et d'Amon Tobin. Violoniste de formation, Chapelier Fou bidouille et sample les sons et les superpose. Voix, extraits de films et de disques classiques, notes de piano, pizzicati de violon... la matière est riche et l'univers dessiné par ce virtuose a vite trouvé ses adeptes. Après avoir publié deux Eps (« Darling, darling, darling... » et « Scandale ! ») et un album intitulé « 613 » (signés chez 'Ici d'ailleurs', label qui produit également Yann Tiersen et Matt Elliott) le Chapelier fait tourner les têtes.

Le concert débute par Ed WydeE, artiste bruxellois encore méconnu, qui a gagné le concours 'Musique à la française' l'hiver dernier, dans la catégorie 'Musiques urbaines'.

Tandis que la salle se remplit, beaucoup d'entre nous, venus applaudir Chapelier Fou, découvrent Ed WydeE. Ce slameur charismatique déclame ses poèmes acides accompagné de deux musiciens, l'un au clavier, l'autre aux percussions. Les textes, littéraires, rêveries aigres-douces, prennent le parti du sensible, du récit personnel. C'est en tout cas l'impression qu'ils donnent, et l'assistance se rapproche pour mieux écouter les mots qui défilent à toute vitesse pour nous mettre une grande claque.

Il est assez surprenant d'apprendre qu’Ed et sa bande se produisent ensemble depuis un peu plus d'un an seulement, tant les trois compères semblent à l'aise sur les planches ! Les mots, corrosifs, dressent un constat amer de nos vies, sur des mélodies sombres, mais le plaisir que les musiciens prennent sur scène, l'euphorie des mots, et l'humour en sourdine confèrent à ces fables un aspect malicieux. Parfois le batteur attrape un saxophone, tandis que le pianiste, une main au clavier, assure de l'autre un rythme sur une petite boîte de bois.

« L'Auguste » parle d'un clown, figure de l'idiot du quartier qui assène des vérités crues. « Des cailloux dans les poches » est un hommage à Virginia Woolf, qui a mis fin à ses jours en avançant dans l'eau de la rivière, les poches de son manteau bourrées de cailloux. La diction est proche de celle d'Ab Al Malik, la présence scénique évolue entre insolence et nonchalance. Ed WydeE joue ses textes comme des courtes pièces de théâtre. ‘Prenez garde, petits moutons’ nous répète-il. Ajoutant ‘Sachez ce qu'ils font de vos bouclettes, de votre peau, de votre chair’. Sur un fond de synthé évoquant un manège déréglé, c'est plutôt la chair de poule que nous communique Ed WydeE. Une performance scénique que l'on espère revoir vite.

A dix heures et des poussières, à peine en retard, Chapelier Fou glisse discrètement sur la scène et entame son spectacle, sans adresser le moindre regard au public. Seul, coiffé d'un chapeau, il se faufile sous une lampe-réverbère qui éclaire tout son petit matériel. Il inaugure le show par un morceau planant, fantastique. Immédiatement, son visage se convulse dans des grimaces de plaisir. Sigmund aurait pu nous emmener à ce concert pour nous prouver que les artistes prennent leur pied dans l'acte artistique ! Car Louis Varynski, alias Chapelier Fou, ne semble plus toucher terre.

La performance du multi-instrumentiste est assez impressionnante, il manie violon, guitare, machines avec la même aisance, et une précision telle que l'on ne perçoit pas toujours de différence entre le ‘live’ et les enregistrements de l'album. Très concentré, le bidouilleur, plongé dans les rouages de son univers, en oublie presque l’auditoire, qu'il remercie d'un hochement de tête.

« Hémisphère Ouest », morceau de l'album « 613 », est applaudi chaleureusement, et le Chapelier ose enfin saluer son public avant d'enchaîner par « Laggage » : quelques pizzicati, une boucle, d'autres pizzicati, un sample, quelques notes à l'archet... nous sommes embarqués pour un voyage onirique et aérien. On pourrait regretter ce trop peu de communication avec l'audience, si ce n'est au travers d'un micro qui lui donne une voix trafiquée, ambiance SF, et presque inaudible. Avancerait-on que Louis Varynski est timide ? Les spots, braqués sur le public plus que sur l'artiste, nous donneraient raison. Néanmoins, les grands musiciens ne sont pas toujours des bêtes de scène, que l'on se rappelle Brassens, par exemple. « Les métamorphoses du vide » prouve, s'il le fallait, la filiation qui le lie à Yann Tiersen. La guitare suspendue sur le ventre, le musicien enchaîne quelques notes de violon qu'il sample aisément, tel un dompteur de sons. Les morceaux les plus célèbres, comme « Darling, darling », laissent place à d'autres titres moins connus, voire inédits. Peut-être retrouvera-t-on certains d'entre eux sur le prochain Ep, dont la sortie est prévue pour l’année prochaine ?

Bien applaudi, le chapelier ouf nous offre deux rappels, et achève son set par un dernier morceau franchement dansant.

(Organisation Atelier 2010)

Wallis Bird

Bienvenue dans le monde merveilleux de ‘LaLa Land’ !

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A la suite d’un accident, « Wallis Bird » a perdu partiellement l’usage de la main gauche. Née gauchère, elle a néanmoins continué à jouer de la guitare. Par la force des choses, la jeune Irlandaise exilée à Londres est donc contrainte d’utiliser une gratte de droitier dont les cordes sont naturellement inversées. Singularité coupable d’un jeu peu conventionnel. 

La rage de vaincre, particulièrement palpable en concert, n’échappe pas à la presse nationale. Les critiques dithyrambiques pleuvent (The Guardian, Daily Express, The Sun…) et gratifient rapidement la jeune britannique de 26 ans de ‘future star nationale’. Illustration du sentiment de bravoure suscité par l’artiste ou opinion axée exclusivement sur la qualité intrinsèque de sa musique ? Seul le charme cosy du Witloof bar pouvait nous apporter la réponse.

Véritable phénomène anglo-saxon, Wallis Bird décide d’exporter ses mélodies folk vers le Continent. Quelques bulles sonores soufflées d’une voix chaude et puissante. Un son rock et un groove énergique qui explorent généreusement la musique folklorique, le blues et le funk. Très dynamique, l’auteur-compositeur-interprète foule inlassablement les planches avec l’énergie et l’enthousiasme de l’enfance. Un monde rose alternant ballades soft-folk (« Travelling Bird ») et rock plus excité (« To My Bones »). Bref, une musique adolescente qui ne craint pas la naïveté et frise l’insignifiance.

Un set frais, léger, rythmé mais cruellement anodin. Sans la moindre aspérité. Un moment agréable qui se déguste Guinness chaude à la main. Sans réfléchir. La musique n’a-t-elle pas la prétention unique de divertir ? Wallis Bird  l’a bien compris et nous offre un moment d’insouciance. Un rafraîchissement sans gueule de bois. Une bande-son idéale pour la  campagne publicitaire d’un tour-operator irlandais. Un vol musical ‘low cost’ offrant un city trip imaginaire qui inviterait l’auditeur à pousser toutes les portes des pubs d’Irlande.

Tableau d’une adolescence qui peine à entrer dans le monde adulte et préfère se réfugier dans l’univers invariablement innocent de « LaLa Land ». Un titre funky aux paroles ingénues: ‘The world will love you // Elephants of memory // An alphabet of chemistry // All of these things have made me // Roscoe and Beenie, laughter and no TV// I've got punch lines and feisty cars // And tons and tons of love…’ Wallis Bird le crie d’ailleurs haut et fort : ‘Just because I’m wearin’ a dress doesn’t mean I’m a lady now’. Quant à « All For You », il se farde d’un poignant sentimentalisme digne des plus mauvais épisodes de ‘Plus Belle La Vie’.   

Trêve de paraphrases ! Les ambiances Wallis Bird, on les aime ou pas. Tout simplement. Pas de défaut particulier. Ni qualité particulière. Aucun sujet à critique. Seulement une soirée sous le signe de la sincérité et de la compassion réservée à un public cible.

La vraie sensation de la soirée viendra du support act brillamment assuré par les Bruxellois d’I’m Big In Japan. Un homme : Didier Van Wambeke (chant-guitare). Une femme : Ingrid Van Wambeke (claviers). Pourtant, la musique n’a pas été écrite par Francis Lai (NDLR : souvenez-vous du film de Claude Lelouch, projeté sur les écrans en 1966), mais bien par un duo frère-sœur qui nous régale d’une expression sonore ingénieusement minimaliste. Une peinture syncrétique teintée de pop, de post-rock et surtout de néo folk dont les traits délicatement esquissés relèvent manifestement de la culture européenne. Une voix et une guitare surfant aisément sur de nouvelles vagues du style, incarnées par des groupes comme Musée Mécanique ou encore Junip. Un clavier Nord Stage et un micro Korg tissent des textures de musique électronique minimale et ambient (The Album Leaf, Perfume Genius…) Une atmosphère délicate maîtrisée par une claviériste de formation classique qui donne de l’âme aux compos. L’ensemble reste néanmoins sous la haute surveillance de Tom Waits qui sommeille en filigrane.

Un binôme surprenant qui distille un folk-pop moderne subtil et élégant. Une harmonie fraternelle qui se lie de mélodies intimes aux arrangements luxuriants. Sous cette nouvelle configuration, deux concerts auront suffi. Une formation belge en perpétuelle mutation à suivre de près, de très près. 

(Organisation Botanique)




 

I’m From Barcelona

Un homme et une femme…

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A la suite d’un accident, Wallis Bird a perdu partiellement l’usage de la main gauche. Née gauchère, elle a néanmoins continué à jouer de la guitare. Par la force des choses, la jeune Irlandaise exilée à Londres est donc contrainte d’utiliser une gratte de droitier dont les cordes sont naturellement inversées. Singularité coupable d’un jeu peu conventionnel. 

La rage de vaincre, particulièrement palpable en concert, n’échappe pas à la presse nationale. Les critiques dithyrambiques pleuvent (The Guardian, Daily Express, The Sun…) et qualifient rapidement la jeune britannique, âgée de 26 ans, de ‘future star nationale’. Illustration du sentiment de bravoure suscité par l’artiste ou opinion axée exclusivement sur la qualité intrinsèque de sa musique ? Seul le charme cosy du Witloof bar pouvait nous apporter la réponse.

Véritable phénomène anglo-saxon, Wallis Bird décide d’exporter ses mélodies vers le Continent. Quelques bulles sonores soufflées d’une voix chaude et puissante. Un son rock et un groove énergique qui explorent généreusement la musique folklorique, le blues et le funk. Très dynamique, l’auteur-compositeur-interprète foule inlassablement les planches avec l’énergie et l’enthousiasme de l’enfance. Un monde rose alternant ballades douces, acoustiques (« Travelling Bird ») et rock plus excité (« To My Bones »). Bref, une musique adolescente qui ne craint pas la naïveté et frise l’insignifiance.

Un set frais, léger, rythmé mais cruellement anodin. Sans la moindre aspérité. Un moment agréable qui se déguste Guinness chaude à la main. Sans réfléchir. La musique n’a-t-elle pas la prétention unique de divertir ? Wallis Bird  l’a bien compris et nous offre un moment d’insouciance. Un rafraîchissement sans gueule de bois. Une bande-son idéale pour la  campagne publicitaire d’un tour-operator irlandais. Un vol musical ‘low cost’ offrant un city trip imaginaire qui inviterait l’auditeur à pousser toutes les portes des pubs d’Irlande.

Tableau d’une adolescence qui peine à entrer dans le monde adulte et préfère se réfugier dans l’univers invariablement innocent de « LaLa Land ». Un titre funky aux paroles ingénues: ‘The world will love you // Elephants of memory // An alphabet of chemistry // All of these things have made me // Roscoe and Beenie, laughter and no TV// I've got punch lines and feisty cars // And tons and tons of love…’ Wallis Bird le crie d’ailleurs haut et fort : ‘Just because I’m wearin’ a dress doesn’t mean I’m a lady now’. Quant à « All For You », il se farde d’un poignant sentimentalisme digne des plus mauvais épisodes de ‘Plus Belle La Vie’.   

Trêve de paraphrases ! Les ambiances Wallis Bird, on les aime ou pas. Tout simplement. Pas de défaut particulier. Ni qualité particulière. Aucun sujet à critique. Seulement une soirée sous le signe de la sincérité et de la compassion réservée à un public cible.

La vraie sensation de la soirée viendra du support act brillamment assuré par les Bruxellois d’I’m Big In Japan. Un homme : Didier Van Wambeke (chant-guitare). Une femme : Ingrid Van Wambeke (claviers). Pourtant, la musique n’a pas été écrite par Francis Lai (NDLR : souvenez-vous du film de Claude Lelouch, projeté sur les écrans en 1966), mais bien par un duo frère-sœur qui nous régale d’une expression sonore ingénieusement minimaliste. Une peinture syncrétique teintée de pop, de post-rock et surtout de néo folk dont les traits délicatement esquissés relèvent manifestement de la culture européenne. Une voix et une guitare surfant aisément sur de nouvelles vagues du style, incarnées par des groupes comme Musée Mécanique ou encore Junip. Un clavier Nord Stage et un micro Korg tissent des textures de musique électronique minimale et ambient (The Album Leaf, Perfume Genius…) Une atmosphère délicate maîtrisée par une claviériste de formation classique qui donne de l’âme aux compos. L’ensemble reste néanmoins sous la haute surveillance de Tom Waits qui sommeille en filigrane.

Ce binôme surprenant dispense donc ce folk-pop moderne subtil et élégant. Une harmonie fraternelle qui se lie de mélodies intimes aux arrangements luxuriants. Sous cette nouvelle configuration, deux concerts ont donc suffi. Une formation belge en perpétuelle mutation à suivre de près, de très près.  

Testez rapidement l’expérience I’m Big In Japan : le duo bruxellois se produira sur les planches du Belvédère à Namur ce 29 janvier 2011 (http://www.belvedere-namur.be/event/25-carte-blanche-olivier-bourgi.php ).

Le groupe entrera en studio cet été pour la réalisation d’un deuxième Ep. Un disque qui sortira sur leur propre label : ‘Club House Records’.  

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