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Superbus

Former une famille, continuer à composer de la musique et toucher plusieurs générations représente le plus beau cadeau que la musique puisse offrir !

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Si le latin ‘superbus’ désigne ce qui est fier, voire altier, rares sont les formations françaises à avoir porté aussi haut, et aussi longtemps, un nom aussi exigeant. Né en 1999, Superbus a imposé sa pop-rock solaire sur les ondes comme sur les scènes de festivals, de « Butterfly » à « Travel the World », jusqu’à la consécration d’une Victoire de la musique en 2007 pour « Wow » (2006). Si ce triomphe aurait pu figer le combo dans une image d’Épinal, Jennifer Ayache et les siens ont préféré les virages aux certitudes, des influences électro teintées années 80 à la douceur plus posée de « Sunset » (2012). Un quart de siècle plus tard, « OK KO » signe un retour aux fondamentaux : guitares, basse et batterie reprennent leurs droits, tandis que les classiques de la formation sont revisités aux côtés de Hoshi et de Nicolas Sirkis, voix d’Indochine. Entre industrie du disque bouleversée, place des femmes dans le rock et destin d’un tube devenu bien commun, la chanteuse se livre sans détour pour Musiczine sur un parcours placé sous le signe de la fierté, de la franchise et de la fidélité. Superbus, ou l’art de durer !

Superbus s’est formé en 1999. Le rapport à la musique a changé considérablement suite à l’émergence des plates-formes de streaming, la diminution drastique des ventes de disques ou encore les difficultés financières liées au monde culturel. Comment puiser encore la motivation nécessaire pour poursuivre ce qui, j’imagine, représentait un rêve de gosse ?

Je dirais que cette motivation est quasi innée. J’ai fondé ce groupe alors que j’atteignais à peine 15 ans. J’ai grandi dans ce milieu, notamment par le biais des concerts et tournées. Aujourd’hui, Superbus continue à réaliser des albums pour pouvoir se produire en live. Jouer devant un public nous anime toujours autant. L’idée même de créer de nouvelles chansons devient alors exaltante. Mais, effectivement, l’industrie du disque a bouleversé la donne depuis le début de ma carrière. Je perçois Superbus aujourd’hui comme une équipe ou une famille. Continuer à réaliser des disques et se produire est devenu naturel en quelque sorte.

Superbus a-t-il toujours proposé une musique de fête et d’énergie plutôt que de discours, en tentant de mettre à distance les sujets plus graves ?

Oui, sans doute ! Mais pas mal de chansons véhiculent quand même un fond et peuvent toucher les gens de manière différente. Les relations humaines au sens large du terme m’inspirent, de même que la manière dont on se comporte et les émotions qui en découlent. Ce sont des sujets qui m’émeuvent et qui n’en demeurent pas moins importants que les sujets sociétaux. J’estime qu’il s’agit d’un tout. Une chanson comme « Lola » a peut-être pu toucher des gens et les guider dans leur orientation sexuelle ou dans leur vie émotive. Même si la ligne de conduite reste pop et festive, la sensibilité demeure.

Puisqu’on parle d’engagement, en 2018, tu as participé à la reprise de « Debout les femmes », sous l’initiative du duo Brigitte, au profit de la Fondation des femmes. Il s’agit de l’un des rares moments où ton nom se trouve associé à un engagement explicitement politique. Pourquoi ce projet-là en particulier, et pourquoi si peu d’autres depuis ?

Je poursuis ce combat à ma manière ! Je reste une fille dans un band de garçons. Il s’agit d’une question qui se pose régulièrement. Je viens d’un milieu très masculin. J’ai dû forger mes armes. Lorsque le duo Brigitte a monté ce projet, exclusivement composé de filles, je m’y suis sentie légitime. J’aime aussi l’équilibre des genres. L’idée qu’au sein de Superbus, la douceur et ce côté plus brut se côtoient me convient parfaitement. La dominance ne doit pas s’inviter dans l’équation. Personne ne se montre plus fort ni plus intelligent que l’autre. Aujourd’hui, pourtant, la condition des femmes reste compliquée à bien des égards. Voilà pourquoi j’ai participé à ce projet. C’est une manière d’apporter ma petite pierre à l’édifice. Je peux moi aussi incarner la « girl power ».

Au fil du temps, Superbus est devenu une formation populaire au sens noble du terme. Un morceau comme « Butterfly », par exemple, a fini par t’échapper, en ce sens qu’il appartient autant à ceux qui l’ont dansé qu’à toi qui l’as écrit. Ce phénomène modifie-t-il ton rapport à l’écriture, sachant qu’une chanson peut te survivre en tant qu’auteure, tout en continuant de vivre sans toi ?

Cette situation recèle une certaine étrangeté, oui. Lorsqu’on joue cette chanson en live, j’ai l’impression qu’elle ne nous appartient plus. Le public se l’est complètement appropriée. Elle produit toujours le même effet alors qu’elle affiche 20 ans d’âge. C’est très touchant. Lorsqu’on écrit une chanson, on ne peut s’imaginer l’impact qu’elle va susciter. Je l’ai écrite en un quart d’heure à peine. Elle exprime le sentiment d’être amoureux, toutes ces sensations subtiles qui vous traversent le corps. C’est un sujet universel qui va nécessairement toucher tout le monde à un moment de sa vie. Savoir qu’une chanson peut être écoutée en masse guide parfois tant sa mélodie que ses paroles. Et il faut parfois faire preuve de prudence.

Le rock au féminin à la française reste une niche. Comment Superbus a-t-il négocié sa place dans ce paysage musical qui a beaucoup évolué depuis vos débuts ?

Tout est question d’équilibre, je crois. Je dirais que Superbus représente sans doute le combo le plus rock parmi les formations pop grâce à ce savant mélange entre les sons bruts de la guitare électrique qui accompagne la frappe de la batterie, et la douceur féminine que j’apporte au sein de la bande. J’ignore les raisons pour lesquelles les formations féminines restent si peu représentées.

Et si l’idée de contrer le phénomène de sous-représentation par l’imposition de quotas se trouvait mise sur la table ?

Oui, pourquoi pas ! J’ignore si l’instauration d’un tel mécanisme s’avère possible, mais l’idée d’une parité stricte entre 50 % de combos de garçons et 50 % de formations de filles demeure tentante.

« OK KO » mélange des titres inédits et des reprises de vos propres classiques. Je pense ici notamment à « Lola ». Qui a tranché ce dosage, et selon quels critères, artistiques ou plus stratégiques ?

Le choix s’est opéré assez naturellement. Nous avons consacré cinq ou six ans à concevoir cet opus. Nous ressentions le besoin de revenir aux fondamentaux en réduisant l’usage de l’informatique, de l’électro et des synthétiseurs, afin de privilégier une dimension plus organique alimentée par les guitares, la batterie et la basse. Il fallait que l’on puisse retrouver l’ADN originel du band, tel qu’il s’exprimait dans notre studio de répétition. C’est à ce moment-là que l’idée a germé : il devenait intéressant de reprendre les titres les plus connus de Superbus pour les partager avec des amis. Cette démarche constituait un exercice auquel nous ne nous étions jamais livrés auparavant. Hoshi et Nicolas Sirkis, dont je me sens très proche, ont accepté immédiatement.

J’imagine aussi que cette orientation a incité les fans de la première heure, pour qui l’aspect organique de la musique conserve une certaine importance, à fréquenter vos concerts ?

Oui, la colonne vertébrale de l’elpee consistait à préserver cette authenticité organique, et ce dès les premiers essais. Nous sommes même allés exhumer de vieilles démos datant de 2005 pour les retravailler. L’équipe a testé de nombreuses formules pour constituer les douze titres de cet album.

D’« Aéromusical » à « OK KO », en passant par le virage plus posé de « Sunset » en 2012, quel a été le tournant le plus difficile à assumer artistiquement ?

Peu d’étapes ont suscité de réelles difficultés artistiques. Je dirais que lorsque nous avons publié les deux premiers disques, nous nous sommes vite retrouvés propulsés dans les magazines rock, pour ensuite être catalogués au sein d’une scène pop-punk et nous produire en festival aux côtés de formations de ska. Lorsque le troisième opus « Wow » et son titre « Butterfly » sont parus, notre style s’est davantage tourné vers l’électro pour façonner un univers marqué par les années 80. C’est à cet instant précis que le virage s’est opéré. Évidemment, le public historique a manifesté pas mal d’interrogations quant à l’identité de la formation. Si nous avons conquis un nouveau public, certains fans se sont forcément éloignés. Alors, oui, je qualifierais de déroutant ce basculement entre le deuxième et le troisième album.

On peut parler d’une véritable prise de risques comme il en existe peu…

Oui, nous avons tenté de séduire une plus grande frange de la population… Et cette audace fait partie intégrante de l’histoire de Superbus.

En 2015, Greg Jacks (batteur de la formation depuis 2006, année du disque « Wow » qui t’a révélée au grand public grâce à « Butterfly » et « Travel the World ») a été licencié par Universal. La raison invoquée à l’époque résidait dans son manque d’implication dans la promotion de l’elpee, une version qu’il avait lui-même publiquement contestée. Qu’est-ce que cet épisode t’a appris sur la manière de gérer un conflit interne sur la place publique ?

Ce conflit m’a beaucoup instruite à mes dépens ! Greg était reparti aux États-Unis rejoindre son épouse américaine. Je suis consciente d’avoir perdu un musicien talentueux. C’est aussi à ce moment-là que notre label nous a abandonnés. Cette période s’est révélée compliquée pour nous tous. Nous nous sentions complètement perdus face à ces démêlés internes, juridiques ou encore face à la maison de disques. Nous avons mis des années à nous reconstruire. Depuis, j’ai appris à mieux maîtriser les situations de crise. Ces turbulences appartiennent au passé depuis maintenant quinze ans. Nous accordons aussi davantage d’attention aux personnes qui nous entourent.

Tu as aussi écrit pour d’autres artistes, comme David Hallyday ou pour des comédies musicales. Est-ce que ce travail de commande a influencé ton écriture pour Superbus, ou s’agit-il de deux réflexes complètement séparés ?

Ce sont deux approches radicalement distinctes. S’imprégner de la personnalité d’un autre artiste ou composer pour une comédie musicale relève d’un véritable exercice de style. Lorsque je rédige un texte ou que je compose une mélodie pour un interprète, une complicité doit s’établir. Un courant doit circuler entre nous, une authentique sympathie. C’est une expérience amusante.

Au sein de la formation, comment se répartissent aujourd’hui l’écriture et la composition des morceaux ? Le partage est-il resté équilibré entre les membres au fil de ces 25 ans ?

J’ai toujours composé seule. Mais, un peu plus fréquemment désormais, il nous arrive de créer certains morceaux à deux. Les autres musiciens proposent ensuite leurs arrangements et leur jeu. Oui, à cet égard, notre méthode demeure assez similaire.

En 2007, Superbus a obtenu une Victoire de la musique du meilleur album pop-rock pour « Wow ». En prenant du recul, qu’est-ce que ce prix a réellement changé dans votre carrière, mais aussi dans les rapports au sein de la formation ?

Oui, évidemment. Décrocher une Victoire de la musique transforme profondément la trajectoire d’un artiste. Vous recevez des propositions plus stimulantes, les festivals qui vous programment gagnent en envergure, les billets de concerts s’écoulent mieux et les disques se vendent plus facilement. Décrocher une telle distinction équivaut en quelque sorte à un label de qualité.

Tu possèdes un vrai talent pour les reprises : « Heart of Glass », « Boys Don’t Cry », « Diabolo Menthe » ou encore le tout récent « All About Us ». Où places-tu la limite entre le respect de la chanson et de son auteur et la réinvention ?

Cet exercice s’avère complexe car ces titres s’apparentent à des monuments quasi intouchables. Je me suis posé beaucoup de questions quant à ma légitimité face à ces grands standards de la musique. Finalement, je me suis efforcée de respecter leur esprit tout en les adaptant. D’une manière générale, il convient de veiller à ne pas dénaturer des œuvres majeures. Personnellement, cette démarche me plaît énormément.

« All About Us » demeure un titre associé à t.A.T.u, un duo qui a construit son identité sur la provocation, avec notamment la mise en scène d’une relation homosexuelle. En l’interprétant pour la première fois en français, qu’as-tu voulu garder de cette audace, et qu’as-tu délibérément laissé de côté ?

« All About Us » représente un texte que j’aurais adoré écrire. J’admirais t.A.T.u lorsque j’étais adolescente. J’ai transposé cette composition en français du mieux que je le pouvais, en évitant au maximum de trahir son message. Au-delà de cet aspect, je trouve que ces filles possédaient un univers propre. J’ai appris plus tard que la formation constituait en réalité un leurre, qu’on l’avait échafaudée de toutes pièces et que les chanteuses ne partageaient pas de relation amoureuse. Malgré tout, j’adorais le concept. Une atmosphère dérangeante émanait d’elles. Elles me fascinaient d’une certaine manière.

Qu’aimerais-tu que les prochaines générations d’artistes retiennent de Superbus ? Je ne parle pas nécessairement des tubes, mais plutôt de la manière d’exister dans la musique française.

J’aimerais que l’on retienne notre longévité, même si cette perspective s’avère plus difficile à entrevoir pour les artistes émergents. Si notre combo devait percer sur le devant de la scène aujourd’hui, je nourrirais davantage de doutes quant à la pérennité du projet. Je garde cette petite fierté de me dire que nous sommes arrivés au moment opportun. À l’époque, le paysage musical ne comptait pas encore cette pléthore de formations, et s’inscrire dans la durée demeurait une option accessible. Aujourd’hui, la donne a changé, c’est vrai. Mais il faut continuer d’y croire. On peut former une famille, continuer à composer de la musique et toucher plusieurs générations. Et cela représente le plus beau cadeau que la musique puisse offrir !

 

Steven Wilson

Requiem For A Village

Steven Wilson : "Requiem for a Village", un film pour les oreilles ?

Dans son neuvième album solo, Steven Wilson invite l'auditeur à découvrir un village britannique imaginaire, entre folklore inquiétant, expérimentations sonores et souvenirs d'un monde disparu. Une œuvre qui revendique l'écoute intégrale et célèbre, à rebours de la perfection numérique, les vertus de l'imprévu.

Steven Wilson n'a jamais été un musicien particulièrement enclin à se laisser enfermer dans une case. Sur "Requiem for a Village", il pousse cette liberté un peu plus loin encore. Après l'ampleur cosmique de "The Overview", paru en 2025, le musicien britannique délaisse les immensités célestes pour se rapprocher d'un lieu beaucoup plus intime : un village de campagne qui semble exister en marge du temps, quelque part dans les brumes de l'imaginaire britannique.

L'opus compte douze parties et se présente comme une œuvre continue d'environ 54 minutes. Une construction délibérée, qui correspond à la manière dont Wilson envisage la musique : non comme une succession de titres indépendants, mais comme un parcours à traverser dans son ensemble.

"J'aime faire des films pour les oreilles", explique-t-il lors de ses interviews. La formule peut sembler ambitieuse mais elle résume son intention. Il souhaite que l'auditeur s'installe, prenne le temps d'écouter et se laisse entraîner du début à la fin.

Le décor de "Requiem for a Village" emprunte autant au paysage rural anglais qu'à ses légendes les plus obscures. On pense naturellement au 'folk horror', et notamment à "The Wicker Man", mais aussi à Tim Burton. Dans cet univers, les apparences paisibles peuvent dissimuler une menace diffuse ; le familier se trouble et le quotidien semble obéir à des règles anciennes, jamais tout à fait explicables.

La narration participe pleinement à cette construction. Le texte a été écrit par Andy Partridge, le fondateur de XTC, tandis que l'acteur David Tennant, connu surtout pour son rôle en tant que Dr Who, lui prête sa voix de conteur. Cette présence parlée renforce la dimension cinématographique de l'ensemble : plutôt qu'un elpee traditionnel auquel on aurait ajouté quelques éléments narratifs, "Requiem for a Village" entend créer un monde sonore habité, avec ses personnages, ses mystères et ses zones d'ombre.

Musicalement, le village de Steven Wilson est loin d'être un endroit tranquille. Il revendique un album qui va "dans tous les sens", et est difficile à catégoriser. Ainsi, la plage titulaire permet la rencontre entre rythmiques asymétriques, riffs métalliques, passages ambient et éléments 'singer-songwriter'.

À l'échelle du disque, le spectre s'élargit encore : folk, psychédélisme, électronique, rock et musique 'ambient' s'y croisent sans chercher à former un mélange parfaitement homogène.

"Same River Twice" s'ouvre sur un piano bastringue pour s'envoler au son du mellotron vers un univers fantasmagorique où s'entremêlent le chant de Wilson, le clapotis de la rivière et la voix du conteur. Sans transition, "Now Departing" emporte l'auditeur ailleurs, à la faveur d'un riff au piano évoquant Happy The Man. S'ensuit une longue et magistrale composition dans le plus pur style prog de l'artiste anglais.

Après l'intermède apaisant de "Hiraeth", s’épanouit "On Chapel Slope", une longue litanie hypnotique hantée par une guitare 'bluesy'. "Murmuration" prends le relais pour emmener l'auditeur vers ce qui peut être considéré comme le point culminant de l'œuvre. Les arpèges à la guitare acoustique et le chant s'inscrivent dans la grande tradition de Wilson et de Porcupine Tree. Mais ici, l'instrumentation est baroque, et les bruitages, énigmatiques. On distingue aussi la voix de Katherine Priddy.

"Cursus Fingerprint" prolonge l'impression que l'on visite un cabinet de curiosités soniques. A la flûte du mellotron répond la voix de 'falsetto' de Wilson, inquiétante à souhait, avant que des coups de butoir ne retentissent, renforçant le côté hautement filmique de l'ensemble.

Parcourue par des séquences typiquement "hackettiennes", la composition suivante, "A Basket Of Bees", flirte par instant avec "Blood On The Rooftop" de Genesis mais reprend bien vite la structure syncopée post-metal qui est une des (multiples) signatures de Wilson.

"Great Green Map" et "Wheel" guident enfin le visiteur sans extravagance vers le chapitre final, "The Old God Is Buried". Ici, on y retrouve l'atmosphère lourde et inquiétante qui constitue le fil rouge du long playing, qui se clôture dans un chœur dissonant d'une centaine de voix, comme si tout le village se précipitait vers un précipice apocalyptique. Un final abrupt qui donne toute sa signification, terrifiante, au titre de l'album.

En un mot comme en cent, cet opus est "kaléidoscopique". Il peut apparaître comme un fourre-tout plus que comme un ensemble cohérent. L'approche s'apparente davantage à un collage, ou à un "cut-up", comme le pratiquaient les dadaïstes et William S. Burroughs. On pense tour à tour à King Crimson, période "21st Century Schizoid Man", à Jethro Tull, Genesis, Pink Floyd, Radiohead, ... La liste des références est longue et si "The Overview" était une tentative de créer un deuxième "The Dark Side of The Moon", on pourrait imaginer que "Requiem For A Village" s'inscrit dans la lignée de "Ummagumma", l'elpee le plus expérimental, le plus déconstruit, du Floyd.

C'est précisément cette déconstruction, ce refus de l'homogénéité qui intéresse Wilson. Il souhaite surprendre l'auditeur, déjouer ses attentes et proposer une musique qui échappe aux catégories habituelles.

Après plus de trente-cinq ans de carrière discographique, l’artiste connaît parfaitement son territoire et ses réflexes d'écriture. Au commencement de chaque nouveau projet, il cherche une idée suffisamment stimulante pour l'accompagner jusqu'au bout. La question est toujours la même : qu'est-ce qu'il n'a pas encore essayé ? Qu'est-ce qu'il peut apporter à une discographie qu'il qualifie lui-même, non sans humour, de déjà "bien encombrée" ?

La réponse émane, en partie, de son studio. Entouré d'instruments divers et accompagné par le multi-instrumentiste Randy McStine et le batteur Russell Holzman, Wilson a suivi un processus intuitif, presque ludique : saisir un instrument, chercher un son, suivre une idée sans trop réfléchir à sa destination. Un harmonica, un hautbois ou un synthétiseur étant susceptibles de devenir le point de départ d'une composition.

Sur "Requiem for a Village", cette curiosité l'a conduit à jouer lui-même du violon et de la batterie, alors qu'il ne prétend maîtriser aucun de ces instruments. Il a également adopté une règle inhabituelle : jouer les instruments tels qu'il les trouve. Là où un guitariste accorderait spontanément son instrument avant de commencer, Wilson a parfois choisi de conserver un léger désaccord.

De ce point de vue, cet opus s’affiche comme résolument "anti-IA". Wilson a déclaré que tout ce qui pouvait ne fût-ce qu'évoquer l'artificialité policée de l'IA avait été immédiatement écarté. Drôle d'époque : les artistes se sentent aujourd'hui dans l'obligation de rechercher l'imperfection pour échapper au diktat perfectionniste (et normalisant) de l'informatique.

"Requiem for a Village" ne cherche pas à démontrer une thèse ni à conduire l'auditeur vers une conclusion parfaitement balisée. Il propose plutôt une traversée, une succession de paysages et de sensations qui se répondent. Il reflète une conception exigeante mais accessible de l'écoute : prendre le temps, accepter de ne pas tout comprendre immédiatement et laisser une œuvre déployer son propre langage. Le résultat promet moins une promenade rassurante qu'une exploration des frontières entre mémoire, inspiration et mystère.

Pour commander, c'est ici.

Pour écouter les 3 titres déjà dévoilés, c'est là.

 

 

Fontaines D.C.

Dopamine Chamber

La dopamine est une hormone clé pour la motivation, le système de récompense et le contrôle de la motricité. Souvent qualifiée de « molécule du plaisir », elle ne procure pas ce dernier de façon directe, mais suscite le désir d'obtenir une récompense. Ce n'est pourtant pas cet aspect que la formation irlandaise a souhaité souligner dans le titre de son cinquième opus. « La chambre à dopamine » symbolise ici la décharge neuronale reçue par quiconque s'isole face à un écran, captivé par le défilement infini des réseaux sociaux.

Sous la houlette de James Ford (The Klaxons, The Last Shadow Puppets), Grian Chatten et son band s'éloignent, dans cet elpee, du post-punk de leurs débuts. Ils proposent un alliage de dark wave, de cold wave et de synth wave qui évoque tour à tour The Cure, Depeche Mode, Clan of Xymox, The Church ou encore le Fischer-Z de l'époque « Battalions of Strangers ». Ce disque s'avère très varié et d'une excellente facture du début à la fin, bénéficiant d'un agencement intelligent des différentes plages.

Tout commence par « Six Shot Morning », un morceau rythmé et percutant qui rappelle Joy Division. Vient ensuite le premier single, « Marianne » : une pièce à la mélodie magnifique que l'on écoute en boucle, subjugué par la voix de Grian soutenue par des synthétiseurs irrésistibles. « Mimesis » évolue à mi-chemin entre le Cure de « Charlotte Sometimes » et Clan of Xymox ; le titre se révèle particulièrement entraînant grâce à une ligne mélodique accrocheuse et des guitares qui dictent le tempo. Le combo plonge pleinement dans la cold wave sur « Happy for You », qui relate les douleurs d'une rupture amoureuse. La plage « Demolition », quant à elle, convoque l'esprit de « Battalions of Strangers » par sa rythmique soutenue et sa mélodie entêtante.

« Tongue » s’impose sans doute comme le morceau le plus singulier de ce long-playing, affichant des couplets très répétitifs et un refrain en rupture mélodique ; deux ou trois écoutes s'avèrent nécessaires pour l'apprivoiser. « One Man » se révèle plus calme et lancinant. Sur « Where Is Gone », Grian accueille l'auteure-compositrice-interprète, actrice et productrice espagnole ROSALÍA. Cette dernière s'illustre d'ordinaire par des compositions mêlant le flamenco et la pop, tout en raffinement. Sa voix, unie ici à celle de Grian pour une jolie ballade, scelle une vraie réussite. « You Miss Me » ramène les auditeurs sur un terrain plus familier : une ballade presque acoustique qui évoque le célèbre « Under the Milky Way » de The Church. « Japan » » constitue probablement le moment le moins inspiré de l'ensemble, restant une ballade sympathique, sans plus. Enfin, « Intimate » clôt l’opus en force. Aux côtés de « Six Shot Morning », cette composition est sans doute celle qui rappelle le plus les précédents disques du quintette.

En résumé, cet elpee bien balancé bousculera peut-être les fans de la première heure et en décevra quelques-uns, mais il s'avère idéal pour découvrir un collectif qui n'a pas fini de faire couler de l'encre. Le quintette cartonne d'ailleurs un peu partout en Europe et, bien sûr, en Grande-Bretagne.

The band : Grian Chatten (vocals + guitars), Carlos O'Connell (guitars + synths), Connor Curley (guitars), Connor Deegan (bass guitar) and Tom Coll (drums and percussion)

Produced by James Ford

 

The Clockworks

Dans l'engrenage du succès

Écrit par

Groupe post-punk de Galway, les Irlandais de The Clockworks remettent les pendules à l'heure après un premier elpee, intitulé "Exit Strategy" remarqué, en donnant une approche plus cinématographique et plus sophistiquée à leur musique à travers des titres comme "La Dolce Vita", "The Magnificent Seven" ou "True Romance". Moins tapageur que Fontaines D.C. ou The Murder Capital, le quatuor appartient pourtant à cette vague qui a atteint les côtes britanniques puis continentales depuis quelques temps. Rencontre avec le chanteur/guitariste James McGregor et le batteur Damian Greaney qui évoquent leurs influences, Londres, l'Irlande., le cinéma... et l'acteur qui vit dans chaque musicien, sans jouer la montre.

En projection, pardon, en concert, ce 7 novembre à l'AB de Bruxelles

Votre musique évoque un mélange entre les Pixies et Daft Punk...

James McGregor : Je le prends comme un compliment.

On décèle un côté post-grunge, une atmosphère cinématographique et, par-dessus, une sorte de disco rétro.

Le premier opus penchait plutôt vers le post-punk ; celui-ci paraît plus fluide, plus mature, d’une certaine manière. Partagez-vous ce constat ?

Damian Greaney : C’est tout à fait juste.

Pourquoi ce disque coule-t-il plus naturellement ? Les années qui passent l’expliquent-elles ou souhaitiez-vous aborder un autre registre, franchir une étape entre le premier et le deuxième long playing, vers un style plus articulé, plus raffiné ?

Damian Greaney :  L’approche était plus intuitive – je vais beaucoup employer ce mot, il faudra que je m’en souvienne. Nous nourrissions dès le départ une vision plus forte du disque : l’idée de l’album, de son déroulement, de l’évolution de ses rythmes dans son ensemble existait d’emblée. Nous avons ensuite consacré beaucoup de temps à peaufiner la manière de l’articuler, jusqu’à notre entière satisfaction. Le premier opus, lui, réunissait des chansons écrites au fil du temps.

Londres a-t-elle fortement influencé cet opus ?

Damian Greaney : Probablement, puisque l’album est né là. Mais nous en avons aussi écrit une bonne partie dans le Suffolk, et ce séjour a sans doute pesé également.

L’idée centrale du disque, c’est l’isolement : nous l’avons composé par rafales, mais à l’écart, comme si nous occupions seuls une maison cernée de champs. Ensuite, comme l’ont relaté des articles de presse, nous avons enregistré la majeure partie de nos parties individuellement, avant de les assembler. D’où un va-et-vient permanent entre solitude, isolement et connexion.
Donc oui, pour répondre à votre question. Mais c’est différent du premier opus, qui parlait assez explicitement de la ville de Londres. Celui-ci va plus loin : la capitale y demeure présente, de façon intrinsèque.

Quelle influence Galway exerce-t-elle sur votre musique en général ?

James McGregor : Grandir à Galway façonne la personne que l’on devient, d’une façon spécifique. Les Irlandais ont un tempérament particulier et, même si le pays est petit, le nord, le sud, l’est et l’ouest diffèrent beaucoup. À l’ouest, on reste calme, zen, très décontracté : presque l’antithèse de la vie londonienne. Lorsque l'on transplante des gars de l’ouest de l’Irlande à Londres, des Irlandais avides de plus, d’excitation, de vie, et qu’on les lâche dans une ville pareille, le choc produit une étincelle. Voilà ce qui a jailli chez nous sur le premier opus.

Galway passe aussi pour une cité musicale...

James McGregor : Oui, comme l’Irlande entière : la musique coule dans les veines des gens, qu’ils jouent ou non. Ils chantent en tout cas au pub, et la culture des pubs reste très forte là-bas.

En regardant la pochette, j’ai pensé aux Residents, formation punk américaine, mais expérimentale, plus ou moins dans la veine des premiers Talking Heads.

James McGregor : Oh, cool. Oui, très actifs.

Certaines références visuelles se rapprochent étrangement de celles que nous avions imaginées pour cet opus. Intéressant : j’ai l’impression d’y entendre New York.

Du punk new-yorkais, comme tu le dis. Non, pardon : ils viennent de Louisiane.

Bernard Butler a produit le premier opus et Johnny Marr est intervenu sur le suivant. Peut-on affirmer que votre musique plonge ses racines dans les années 80, d’autant que le titre « 3D Cinema » renvoie à ce passé ?

Damian Greaney : Précision : Johnny n’a pas produit le deuxième album, nous avons simplement tourné à ses côtés.

Je ne suis probablement pas d’accord. Certaines influences des années 80sont évidentes, comme la musique de Johnny Marr et celle de formations de cette décennie. Mais j’en dirais autant de tout ce qui s’est produit des années 50 à aujourd’hui. Nous ne sommes pas plus coincés à la fin des années 80 que dans n’importe quelle autre décennie.

James McGregor : Que les gens rencontrés en personne, comme Bernard et Johnny, viennent de la fin des années 80 ou 90, relève plutôt de la coïncidence ; ce qui ne signifie pas que nous ayons été influencés par eux. L’influence court depuis les années 50, bien sûr, mais aussi des années 70, 80, 90, 2000. Avec le streaming, comme tout le monde, on écoute tout, et personne ne nous juge parce que nous sautons d’un genre ou d’une décennie à l’autre. C’est un vrai melting-pot.

J’y songeais parce que « Work in Progress » m’évoque ce punk, Kraftwerk et aussi une formation belge, Hooverphonic et son rétro funk futuriste.

Damian Greaney : Impossible de prétendre que les années 80 sont absentes : elles existent, le punk aussi, les Pixies également, issus de ces décennies. Ce sont des formations que nous avons citées en référence pendant l’élaboration de l’album, probablement pour ce morceau dont le titre m’échappe. Mais nous ne nous cantonnons pas à la période 1985-1989 ou à quelque chose d’approchant.

Vous avez conçu et produit ce disque vous-mêmes. Quel changement majeur en a-t-il résulté ?

Damian Greaney : Tout ce que nous avons appris durant les dix années écoulées, vécues ensemble, chaque expérience d’enregistrement et de mixage se sont lentement empilés. Nous avons recommencé à former équipe. Je crois – tu es d’accord, James ? – que nous avons disséqué un à un tous les éléments que nous n’aimions pas dans nos expériences précédentes, ne fût-ce un détail aussi minime que l’égalisation d’une caisse claire à une certaine fréquence. En somme, nous avons pu choisir exactement la sonorité souhaitée, sans limites ou en les corrigeant au mixage. De l’écriture de la chanson à sa livraison au label, nous contrôlions chaque aspect : c’était incroyablement libérateur, la meilleure sensation de ma vie d’artiste.

L’opus recèle des titres comme « La Dolce Vita », « The Magnificent Seven », « True Romance », « You See the Sleeve », « 3D Cinema ». Peut-on affirmer dire qu’il ressemble à la partition d’un film imaginaire ?

Damian Greaney : Nous avons essayé d’aller dans ce sens. Il s’agit surtout de musique et de voix, mais parfois musique et paroles se construisaient séparément, pour créer une musique qui conviendrait à certaines scènes de films. Un jour, alors que nous travaillions sur l’un des morceaux sans trop savoir où le caser, j’ai songé à la musique qui clôt un épisode de série. Sean a alors ouvert sur YouTube, sur le moniteur, une scène de « The Bear » et y a calé notre chanson : elle épousait parfaitement l’émotion recherchée, et nous avons pu terminer le morceau en regardant cette scène. Elle influençait le sentiment, puis la scène influençait la chanson. La réponse courte est donc oui. Le cinéma, les films, nous les consultons et les regardons beaucoup. La plupart des références de cet album étaient musicales, évidemment, puisque nous composons de la musique, mais il y avait aussi énormément de références cinématographiques et télévisuelles dès le départ : ce film-ci, ce film-là, comme vous dites, « La Dolce Vita », « True Romance », peu importe. C’est le langage qui nous accompagne depuis le début.

Vous évoquez aussi le double, la doublure qui remplace l’acteur pour les scènes périlleuses. Tom Freeman, le bassiste, est un acteur, d’une certaine manière, non ?

James McGregor : Peut-être l’est-il, peut-être le sommes-nous tous : chacun présente une facette au monde et en cache une autre. En ce sens, tout le monde joue la comédie.

Pensez-vous jouer un rôle lorsque vous montez sur scène ?

Damian Greaney : Un peu, sûrement. Il y a un élément de performance, parce que la situation est intrinsèquement irréelle : 200 personnes regardent quatre personnes accomplir quelque chose. On brise d’emblée quelque chose. Même chez ceux qui ne jouent pas de rôle sur scène, cet aspect subsiste. Chez des artistes comme les Talking Heads ou David Bowie, cela devient une véritable représentation théâtrale. Nous sommes un peu intrigués par l’idée d’en jouer ; nous l’avons un peu tenté lors de la tournée du premier album. Qu’en penses-tu ?

Vous y êtes contraints : devant tant de regards, il est difficile d’agir naturellement.

James McGregor : D’une certaine manière, oui. Atteindre le point où l’on agit naturellement constitue le niveau ultime d’aisance, de professionnalisme. Quand on n’est plus gêné, on se défait de toute conscience de soi ; mais même alors, on joue encore un peu, puisqu’on se tient debout sur scène pour le public.

Damian Greaney : Pour nous comme pour beaucoup, c’est à son meilleur quand on s’investit émotionnellement dans la chanson. On essaie de la jouer passionnément, un mot que les gens emploient volontiers, mais surtout de s’y investir. Quand on regarde quelqu’un comme Adele interpréter l’un de ses grands succès tout en consultant WhatsApp sur son téléphone, quelque chose se perd : le lien émotionnel avec ce qu’on crée. Il faut y croire, car beaucoup de gens vous regardent quand vous montez sur scène.

Une dernière question sur le cinéma : pensez-vous composer un jour la musique d’un film ?

James McGregor : Sans aucun doute. À 100 %. Si quelqu’un lit ou écoute ces lignes, qu’on nous fasse entrer : c’est le rêve.

Dans l’une des chansons, vous dites que la religion est morte. Le numérique est-il devenu la nouvelle religion des gens ? D’une certaine manière, nous vénérons la technologie.

Damian Greaney : Une religion ou un symbole de religion, peut-être. Une bonne partie de l’album cherche à résoudre cette interrogation ; trouver la réponse n’était pas forcément notre but, il s’agissait plutôt d’explorer les questions. Il existe une relation quasi religieuse à la modernité : nous possédons une technologie de divertissement moderne, que nous adorons en quelque sorte. Peut-être est-ce là le point : nous entretenons une relation avec elle, de natures diverses, et parfois malsaines. Si elle liait deux personnes, nous parlerions de…

Très toxique.

Damian Greaney : Exactement. Et c’est peut-être, en fin de compte, l’espace que l’album tente de créer.

Peut-on décrire votre musique de picturale, cinématographique ?

James McGregor : Oui.

Damian Greaney : Picturale, j’aime bien.

James McGregor : Si tu veux dire qu’elle évoque des images dans l’esprit, oui.

Exactement. On voit des images en écoutant votre musique.

James McGregor : Le soir, quand tu t’allonges dans ton lit, que tu mets tes écouteurs, tu fermes les yeux et tu regardes l’histoire défiler.

« The Magnificent Seven » m’évoque Gorillaz.

Damian Greaney : Oui, ça tient de la jam, mais sur ordinateur plutôt qu’entre quatre gars dans une pièce, guitares en main. James et moi étions retournés à mon université de production musicale ; nous composions des beats et des loops plus proches du hip-hop, à la manière de Kevin Parker. Et James s’est mis à chanter en freestyle, à fond. J’ai immortalisé, sur mon téléphone, une vidéo du tout premier instant où la chanson a pris forme. Un moment magique : en la regardant, nous souriions tous les deux, parce que nous savions que c’était bon. On connaît cette sensation géniale quand un morceau réussi surgit.

Dans « The Double », vous dites être « une œuvre de friction ». N’est-ce pas le mot-clé de l’album ?

Damian Greaney : Cette phrase dit quelque chose de ce que tout l’album tente d’exprimer : tirer entre le noir et le blanc, et tout ce qui se trouve entre les deux, la lumière et l’ombre. L’album parle de connexion, d’isolement, de ces pôles : comment ils interagissent, comment ils se rapportent l’un à l’autre. Il contient beaucoup de friction, et nous en avons suscité nous-mêmes, notamment par l’enregistrement isolé. Tout produire nous-mêmes nous a imposé ces défis en permanence. Quel que soit le résultat, le processus a constitué un défi personnel : nous nous sommes mis au défi, ensemble, d’essayer des choses, confiants que nous quatre, seuls, y parviendrions. Cette phrase appartient à tous les niveaux de ce que l’album cherche à accomplir, qu’il s’agisse d’une méta-analyse de sa genèse ou de la granularité des détails, comme dans cette chanson, où le personnage est une œuvre de fiction, rien que d’en parler.

Résumez-la...

Damian Greaney : Elle ne résume peut-être pas tout, mais elle l’incarne : elle reste présente même quand on ne la remarque pas. C’est comme le sel : chaque repas en contient, parfois le plat est très salé, parfois non, mais j’ai eu le sentiment que c’était peut-être le sel de l’album.

L’épice. Vous venez en Belgique pour un concert, je suppose ?

James McGregor : Oui, c’est notre endroit préféré au monde (il sourit).

 

The Clockworks : The entertainment (V2)

En concert ce 7 novembre à l'AB de Bruxelles

 

Walk Off The Earth

Lorsque la créativité ne rencontre aucune limite…

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Certains collectifs se contentent de jouer leurs morceaux, d'autres transforment chaque concert en aventure. Walk Off The Earth appartient clairement à cette seconde catégorie. Ce vendredi 23 octobre, les Canadiens ont investi l’Ancienne Belgique de Bruxelles, animés par une créativité débordante, des instruments insolites et une bonne humeur contagieuse. Révélée en 2012 grâce à sa reprise virale de « Somebody That I Used To Know » de Gotye — interprétée à cinq sur une seule guitare —, la formation a depuis conquis le monde. Malgré deux Juno Awards et des milliards d’écoutes, ce combo conserve sa recette d'origine : un joyeux mélange de pop, rock, folk et d’harmonies vocales, où l’imagination ne connaît aucune limite.

C'est à Crash Adams que revient la mission de lancer les festivités. Originaire de Toronto, le duo canadien cultive une pop lumineuse, nourrie de mélodies immédiates, de refrains fédérateurs et d'une énergie qui rappelle, par certains aspects, les productions les plus enjouées de Maroon 5. La formation s'est notamment fait connaître grâce au titre particulièrement accrocheur « Give Me A Kiss », qui a largement assis sa popularité sur les plateformes musicales et les réseaux sociaux. Disposant d'une demi-heure, Crash Adams doit aller droit au but. Son univers musical semble d'ailleurs parfaitement adapté à cet exercice, caractérisé par des compositions concises, des rythmiques entraînantes et cette volonté permanente de privilégier le plaisir immédiat.

Là où d'autres premières parties peinent à trouver leur place, la proposition du tandem possède tous les ingrédients nécessaires pour instaurer une atmosphère décontractée avant le spectacle principal. La parenté artistique de ce groupe minoritaire avec Walk Off The Earth saute aux yeux : même goût pour les mélodies accessibles, identique volonté de communiquer une énergie positive et même refus de se laisser enfermer dans une conception trop rigide de la pop. Ce projet constitue ainsi un choix particulièrement cohérent pour jalonner cette tournée européenne, offrant à la soirée une couleur résolument festive dès son premier chapitre.

Autre particularité de cette affiche : la présence des Luminati Suns, invités spéciaux dont l'histoire entretient un lien étroit avec Walk Off The Earth. Derrière ce nom se cachent les trois fils de Gianni Luminati et Sarah Blackwood, deux figures essentielles du collectif canadien. Autant dire que la passion musicale se transmet ici en famille. Loin de n'être qu'une anecdote, cette initiative illustre la philosophie qui anime Walk Off The Earth depuis ses débuts. Chez ces artistes, la musique se conçoit avant tout comme une aventure collective, un espace de liberté où chacun apporte sa personnalité, sa créativité et son enthousiasme.

Sous la bannière des Luminati Suns, cette approche prend une dimension supplémentaire. La jeunesse des musiciens, leur proximité avec l'univers artistique de leurs parents et leur intégration à une tournée internationale confèrent au projet une identité singulière. Il y a quelque chose de réjouissant dans cette transmission. À une époque où l'industrie privilégie souvent les productions standardisées, voir une nouvelle génération s'approprier les instruments et développer sa propre expression rappelle que la création reste avant tout une histoire de passion : un joli trait d'union, en parfaite adéquation avec l'esprit convivial de la soirée.

L'atmosphère s'allège après une introduction préenregistrée du mythique combo Queen. Le très mélodique « Superhero » ramène le concert vers des territoires plus émotionnels, avant que l’enchaînement de « On The Road », « Long Way Home » et « Take Me Home » ne fasse souffler un vent de liberté et d’évasion. Ces morceaux traduisent la fascination de la formation pour les voyages, les rencontres et les liens humains — autant de thèmes récurrents dans son univers.

C’est à ce moment précis que se dresse le dispositif tant attendu du "Table Medley". Plus d'une décennie après l'explosion de leur vidéo virale sur Internet, l'incontournable reprise de Gotye, « Somebody That I Used To Know », demeure indissociable de l'identité de Walk Off The Earth. Elle sert ici de point d'ancrage à une traversée musicale particulièrement éclectique autour d'un seul instrument. Le collectif enchaîne les références, glissant de « Anxiety » au classic rock de Kansas avec « Carry On Wayward Son », avant de retrouver les couleurs eighties de « Your Love » (The Outfield). Le voyage se poursuit via « I Can See Clearly Now », s'aventure vers la pop contemporaine de Chappell Roan (« Good Luck, Babe ! », « Pink Pony Club ») et de Taylor Swift (« Anti-Hero »), pour enfin intégrer l'électropop rêveuse de « Fireflies » (Owl City) et la saveur alternative de « Clint Eastwood » (Gorillaz). Les transitions et les harmonies vocales de ce long playing condensé offrent une cohérence totale à ce qui pourrait n'être qu'un juke-box. Le band réinvente ces œuvres et les adapte à sa propre personnalité.

Impossible pourtant de laisser l'effervescence retomber. « Gang Of Rhythm » surgit comme une nouvelle décharge d'énergie, caractérisé par des accents folk-pop et une irrésistible pulsation. Voilà l'une des grandes forces de Walk Off The Earth : proposer une musique immédiatement accessible sans sacrifier l'originalité des arrangements. La séquence « Saxo, Spacedrum Jam » offre ensuite une parenthèse instrumentale captivante. Entre sonorités aériennes et expérimentations rythmiques, le collectif rappelle que sa créativité dépasse le cadre de ses vidéos internet. Derrière l'apparente légèreté du spectacle se cache une solide maîtrise technique, servie par des artistes déterminés à repousser leurs propres limites.

Un changement d'ambiance s'opère avec « I'll Be There », l'une des compositions les plus touchantes de leur répertoire. Là où d'autres morceaux privilégient l'exubérance, celui-ci mise sur l'émotion et la sincérité du propos : une respiration bienvenue dans un show particulièrement dense. « Knock Em Down » remet les pendules à l'heure sous des rythmiques résolument contemporaines. Ce single récent témoigne de la volonté de la formation de continuer à enrichir son catalogue plutôt que de capitaliser uniquement sur son passé.

Le bouquet final confirme ce talent pour l'appropriation. La reprise de « Hey Ya ! » d'OutKast rappelle la faculté du quintette à s'approprier des titres issus d'horizons éloignés du sien. Sous les doigts des Canadiens, le tube conserve son caractère festif tout en trouvant une nouvelle signature. Enfin, « Rule The World » et « Like You A Lot » concluent cette succession de refrains accrocheurs, confirmant l'aisance avec laquelle le groupe navigue entre compositions personnelles et démonstrations scéniques.

Au terme de cette escale bruxelloise, une évidence s'impose : Walk Off The Earth dépasse de loin le simple phénomène éphémère. Ce combo a su transformer son originalité en une identité artistique pérenne, préservant la fraîcheur de ses débuts. Une soirée placée sous le signe du partage et de l'inventivité qui prouve qu'en matière de création, cette formation n'a décidément pas les pieds sur terre.

Setlist Walk Of The Earth

« Red Hands », « Good Company », « Fire In My Soul », « Bet On Me », « Tribal Beat Jam », « Runaway », « Whatever », « Not To Self », « WTN My Song », « Table Medley », « Superhero », On The Road », « Long Way Home, Take Me Home », « Gang Of Rhythm », « Saxo, Spacedrum Jam », « I'll Be There », « Knock Em Down », Hey Ya ! (OutKast cover), « Rule The World », « Knock Em Down », « Like You A Lot ».

 « Somebody That I Used to Know » - « Anxiety » - « Carry On My Wayward Son » - « Your Love » - « I Can See Clearly Now » - « Good Luck Babe » - « Anti Hero » - « Fireflies » - « Clint Eastwood » - « Pink Pony Girl ».

(Organisation : Live Nation)

 

 

Concours – 2 x 2 tickets à gagner pour le concert du 21 novembre au Botanique de Bruxelles, dans le cadre du festival Tough Enough

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Gagnez 2 x 2 tickets pour le concert du 21 novembre au Botanique de Bruxelles, dans le cadre du festival Tough Enough.

L’édition 2026 du festival tough Enough se déroulera le 21 novembre 2026. A l’affiche : David Eugene Edwards, The Courettes, C.O.F.F.I.N, Munly & the Lupercalians, Early James, L.A. Sagne, Fervents, Tuesday Violence, France De Griessen, Gipsy Rufina et Elephant Stone, pour un condensé d'americana, de roots, blues et de garage.

Plus d'infos sur https://botanique.be/en/concert/tough-enough-david-eugene-edwards-many-more-2026

Comment gagner ces tickets (2 x 2 places) ?

Remplissez le formulaire en bas de la page, répondez à la question en soulignant la bonne réponse copiez et collez-le dans votre réponse et envoyez-le à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. en mentionnant pour sujet : Concours Tough Enough

(pas d’attachment, il ne sera pas ouvert)

et répondez à la question avant le 17 novembre 2026

1 seul envoi par participant.

 

Les gagnants seront informés personnellement et recevront leurs tickets par e-mail.

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Question : au sein de quel groupe David Eugene Edwards n’a jamais joué ?

 

1)          16 Horsepower

2)          Wovenhand

3)          Passion Fodder

 

 

Prénom :

Nom :

E-mail :

Teenage Fanclub

Complimentés par Kurt Cobain…

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Nouvel opus pour les cultes Teenage Fanclub et deux concerts en Belgique cette semaine... Cette formation écossaise, née dans les années 80 et digne héritière de Big Star et des Byrds, signe son treizième disque, Do Not Dare To Dream. Une collection de chansons délicates, ouvragées, qui flirtent avec une indie pop intemporelle. Entretien mené auprès de Norman Blake, l'un des deux seuls membres originels du quintette actuel...

Ce long playing paraît plus joyeux que son prédécesseur ?

Norman Blake : En général, nos compositions dépeignent le monde et traduisons notre expérience de celui-ci. Elles reflètent fidèlement notre situation à un moment précis de notre existence. Nous affichons généralement un bel optimisme, même s’il subsiste un léger courant sous-jacent de cynisme, de prudence peut-être... en tout cas d'ironie. Mais, en tant que collectif, nous demeurons plutôt optimistes.

« Over and Over » évoque Simon et Garfunkel. Représentent-ils un modèle en termes de voix, au même titre qu'ABBA ?

Norman Blake : Je n'oserai nous comparer à de telles légendes : les harmonies de Simon et Garfunkel se révèlent incroyables, tout comme les arrangements et le génie compositionnel d'ABBA. Simplement, croiser nos voix de la sorte et chercher à les harmoniser s'imposait à nous comme une évidence. C'est particulièrement vrai depuis trois albums, depuis qu'Euro Childs a rejoint le combo, car il possède une magnifique voix d'alto. Je me situe quelque part au milieu, tandis que Raymond en couvre les parties inférieures. Nous pouvons désormais façonner des harmonies à trois voix que nous prenons plaisir à explorer. Lorsque nous enregistrons les morceaux, nous travaillons en formation complète dans une même pièce, puis nous les arrangeons par la suite. Raymond ou moi-même arrivons au studio d'enregistrement munis de la composition, que le band s'approprie ensuite progressivement. Nous tenons à enregistrer ensemble pour fixer l'essentiel du morceau en une seule prise.

Stonehenge

Le disque a été enregistré dans les Hébrides extérieures ; ces îles ont-elles exercé une influence sur l'œuvre, selon vous ?

Norman Blake : Nous aimons explorer différents lieux afin de stimuler notre inspiration. Nous avions conçu un album à Glasgow et, concrètement, nous avions fini par passer des mois en studio à observer notre nombril. Or, pour nous, l'enregistrement doit constituer un événement. C'est pourquoi nous avons mis en boîte quelques disques ces dernières années à Hambourg, une ville formidable. Nous en avons également enregistré un à Chicago, et ce dernier-né sur l'île de Great Bernera : le paysage y est vraiment magnifique, aride et désert. Le Black Bay Studio se niche dans une petite baie, un endroit isolé qui abrite plus de moutons que d'humains et qui se situe à environ une heure de route de toute civilisation. À cet endroit se dressent de nombreux sites néolithiques, dont l'un très célèbre appelé Callanish : un alignement de pierres plus ancien que Stonehenge, mais contrairement à ce dernier, totalement préservé du tourisme. Vous pouvez marcher jusqu'aux mégalithes et les toucher, exactement comme le faisaient les hommes il y a quelques milliers d'années. Ce lieu dégage une atmosphère unique, un environnement qui a profondément imprégné notre musique, dictant la façon dont les chansons ont évolué pour devenir ce qu'elles sont.

Détendus

Il ne reste que deux membres originaux sur cinq. Comment évolue la dynamique de la formation ?

Norman Blake : Techniquement, nous comptons trois membres originaux, puisque Francis Macdonald, qui se chargeait de la batterie sur notre premier album, s'est absenté pour étudier à l'université avant de revenir sept disques plus tard. Quoi qu'il en soit, la dynamique se révèle géniale. Nous avons parfois l'impression qu'Euro Childs est le petit nouveau, alors qu'il joue pour le groupe depuis sept ans. Dave McGowan, qui est le véritable dernier arrivé, nous accompagne depuis 20 ans. Mais cet équilibre demeure primordial. Non seulement la dynamique de la formation musicale, mais aussi celle de notre entité de tournée : nous comptons cinq musiciens sur scène, auxquels s'ajoutent notre directeur de tournée, nos ingénieurs du son et des retours, ainsi que notre responsable des produits dérivés. Nous voyageons à neuf sur la route, il s'avère donc crucial qu'une excellente entente règne entre tout le monde. La vie d'un band repose entièrement sur cette alchimie. Nous ne nous épanouissons pas dans le chaos ou les bouleversements ; nous sommes tous plutôt décontractés et nous apprécierons la compagnie les uns des autres. Teenage Fanclub reste un groupe très serein, où tout le monde s'entend à merveille, et cet équilibre s'avère capital pour notre créativité.

13 disques en 37 ans, ce rythme vous semble-t-il soutenu ?

Norman Blake : Nous aurions pu être un peu plus productifs, mais cela représente une moyenne d'environ une sortie tous les trois ans, ce qui reste honorable. Nous avons traversé une période intermédiaire, il y a 15 ou 20 ans, durant laquelle nous publiions un opus tous les quatre ans. Désormais, nous nous efforçons d'en proposer un tous les deux ans et demi ou trois ans. Pour pouvoir tourner aujourd'hui, il faut impérativement présenter un nouvel album qui serve de moteur à la tournée. Nous avons la chance de pouvoir enregistrer et tourner ; nous en profitons tant que nous le pouvons.

Like a Virgin et Kurt Cobain

Exprimez-vous toujours de la satisfaction envers la reprise de « Like a Virgin » de Madonna que vous aviez commise, et l'interprétez-vous durant vos concerts ?

Norman Blake : Nous ne l'avons plus interprétée depuis probablement trois décennies. Ce morceau provenait d'un disque intitulé The King. Il avait été mis en boîte en une seule soirée. En réalité, nous participions à un jeu en studio en nous suggérant mutuellement des reprises. L'une des règles de ce défi stipulait qu'il fallait jouer uniquement de mémoire, sans effectuer la moindre recherche, internet n'existant pas à cette époque. Il fallait tout reconstituer de tête. En raison de cette contrainte, nous ne l'avons jamais jouée en ‘live’, et je ne l'ai pas réécoutée depuis bien longtemps...

Kurt Cobain décrivait à l'époque votre formation comme le meilleur groupe du monde. S'agissait-il d'une malédiction ou d'une bénédiction ?

Norman Blake : Un tel compliment s'avère toujours plaisant, mais je ne pense pas que nous représentions son band favori à Glasgow, car Kurt vouait une immense admiration aux Vaselines. Cela dit, nous avons partagé les planches avec Nirvana lors de la tournée européenne de Nevermind. Vivre un tel phénomène de l'intérieur et côtoyer une telle déferlante au moment où elle se produit constituait une expérience extraordinaire. Ces jeunes gars de l'État de Washington se montraient d'une gentillesse absolue... Nous ne réalisions pas encore que leur musique se transformait en un raz-de-marée mondial. Mais cette déclaration de Kurt Cobain demeurait une délicate attention…

Teenage Fanclub : Do Not Dare To Dream (Merge Records/Konkurrent)
En concert à Liège le 23 octobre, à Bruges le 24 octobre

Blood Red Shoes

Blood Red Shoes ? Une jolie paire !

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Blood Red Shoes s'apprête à débarquer cette semaine à Anvers et à Lille pour défendre son nouvel opus... Binôme tout à fait original composé de Laura-Mary Carter (guitare) et de Steven Ansell à la batterie, le duo dispense, depuis vingt ans, une forme d’indie pop-rock alternative bien plus raffinée que celle de Royal Blood par exemple ou des White Stripes à l'époque. Leur nouveau long playing (Stay Lonely) vient de paraître, emboîtant le pas à l'effort solo de la guitariste qui a tourné auprès des Queens of the Stone Age : cette influence imprègne ce disque de dix titres, accrocheurs et joliment rugueux à la fois. Rencontre avec Blood Red Shoes, sans cirage de pompes !

« Grande valse », pourquoi ce titre en français ?
Steven Ansell : Nous ne connaissons rien à la musique classique, mais nous trouvions comique d'attribuer à cette chanson un nom tiré d'une musique sophistiquée, musicalement développée, pour l'associer à une composition qui nous paraissait un peu idiote. Néanmoins, ce morceau s'apparente tout de même à une valse…

Queens Of The Stone Age


« Grande Valse » évoque certains morceaux de Queens of the Stone Age. Le fait d'avoir partagé la scène avec eux vous aurait-il influencés ?
Laura-Mary Carter : J'adore leur musique, donc une influence existe certainement.

Le fait d'avoir enregistré un disque en solo entre-temps a-t-il modifié votre approche de la composition pour votre combo ?
L.M.C. : Il s'est révélé très intéressant de s'éloigner un temps pour ensuite retravailler ensemble, parce que collaborer exige de partager les mêmes élans. Quand il s'agit de paroles notamment, nous éprouvons le besoin que les mots fassent sens pour nous deux. J'avais oublié que je m'étais habituée à écrire toute seule, le retour s'est donc avéré captivant, mais je reste persuadée que cette escapade a produit un certain effet.
S.A. : Tu as exploré des facettes de ta voix qui habitent désormais cet album, des nuances que nous n'avions jamais vraiment découvertes auparavant. C'est comme si tu avais déniché des couleurs supplémentaires que nous avons intégrées. Tu n'aurais pu chanter ainsi si tu n'avais pas mené ton projet solo.

Ce qui s'avère marquant pour votre duo, c'est que par rapport aux White Stripes ou à Royal Blood par exemple, au niveau d'un binôme guitare-batterie, vous chantez tous les deux...
S.A. : C'est de loin la caractéristique la plus intéressante au sein de notre formation.
L.M.C. : J'imagine que j'apprécie les Pixies ou Blonde Redhead pour cette raison : la présence de deux voix, masculine et féminine. Mais il demeure également très rare de voir un combo de deux membres compter deux chanteurs. Et surtout un batteur et une guitariste.
S.A. : Oui, je ne suis pas certain qu'il existe d'autres bands qui proposent cette configuration...

Punk !


Le fait d'exercer un contrôle total sur la production confère-t-il à cet elpee un caractère particulier ?
S.A. : Oui. Nous avons toujours revendiqué beaucoup de contrôle sur nos créations, à cause de nos personnalités et parce que nous avons grandi sur la scène punk où prédominait l'autogestion. Désormais, nous disposons de notre propre studio et de notre propre label ; nous pouvons littéralement concevoir chaque pièce entièrement nous-mêmes. Cela signifie en quelque sorte que notre identité imprègne chaque élément de la fabrication. Tous les défauts, toutes les aspérités étranges et belles qu'il contient proviennent de notre démarche. Cette autonomie recèle quelque chose d'assez effrayant et de vraiment splendide...

Mais l'absence de producteur ne constitue-t-elle pas un inconvénient, dans la mesure où vous ne bénéficiez jamais d'un regard extérieur pour évaluer votre production ?
S.A. : Nous avons développé un langage secret entre nous. Il devient donc de plus en plus difficile pour une tierce personne de nous décoder. Sans le vouloir, nous pouvons paraître impénétrables et distants vis-à-vis des autres parce que nous partageons une histoire commune et nous comprenons d'un seul regard.

Quand on conçoit un disque sans producteur, cela implique-t-il de consacrer plus de temps à l'évaluation de son propre travail ?
S.A. : Sans aucun doute, le processus s'avère certainement plus difficile à certains égards. On éprouve un besoin de recul. Je ne sais pas, la création a-t-elle exigé plus de temps que le précédent ?
L.M.C. : Non, je ne pense pas que c’était si différent. Nous avons procédé un peu différemment : nous ne l'avons pas bouclé en un mois comme autrefois, quand nous options pour une immersion totale dans le studio durant l'enregistrement. Pour Stay Lonely, nous nous sommes accordé quelques pauses salutaires.
S.A. : Nous testions le résultat en voiture, une sorte d'acid test...

Et vous bénéficiez également du luxe de posséder votre propre studio, ce qui signifie que vous pouviez y laisser votre travail, vous accorder une promenade ou des vacances, puis y revenir pour façonner à nouveau les morceaux.
S.A. :
Oui, cette liberté aide vraiment, mais elle représente aussi une malédiction. Cela signifie que l'on peut retoucher l'œuvre à l'infini : on risque vraiment de gâcher des morceaux de cette manière. La seule limite résidait dans notre ressenti et notre imagination, et non dans une restriction physique ou financière.
L.M.C. : Nous avions l'habitude de céder à la colère parfois pour tenter de perfectionner les morceaux ; nous gérons bien mieux la situation aujourd'hui en acceptant que le résultat ne soit pas parfait.

Soulwax et Pixies


Votre musique dégage un côté rugueux, très organique, une sorte de pouls : « 2020 on television » évoque les débuts de Soulwax. Le premier opus de cette formation possédait une guitare puissante et brute, mais teintée d'une certaine efficacité pop…
S.A. : Oui, et ils sculptent les sons d'une manière vraiment stimulante. Ils emploient l'électronique pour façonner une texture intéressante, non pour lisser l'ensemble.

Sollicitez-vous parfois un mellotron, notamment sur « 2020 on Television » ?
L.M.C. : Cet instrument a beaucoup nourri mon projet solo, mais ma mémoire flanche quant à son utilisation sur ce disque.
S.A. : Non, en revanche, nous avons dégradé et écrasé de vieilles sonorités usées. Réduire leur qualité permet de simuler le grain d'un mellotron.

Laura-Mary, vous évoquiez les Pixies... Constituent-ils une influence majeure ?
L.M.C. : Oui, sans l'ombre d'un doute. Ils ont toujours guidé nos pas. Nous avons d'ailleurs partagé une tournée d'environ un mois auprès d'eux. Durant notre jeunesse, certains bands nous marquaient profondément, et celui-ci en faisait partie. Leurs harmonies vocales et la singularité de leurs morceaux transparaissent chez nous.
S.A. : Cela reste de la musique pop, mais une pop mâtinée d'étrangeté, de laideur et de folie. Cette esthétique appartient à notre ADN (rires) !

Blood Red Shoes : Stay Lonely (Jazz Live/ V2)

En concert au Zappa d'Anvers le 21 octobre et le 22 à l’Aéronef de Lille, mais c’est complet.

SALVIA (Ukraine + Belgium)

Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde)

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Concours – 2 x 1 ticket à gagner pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde).

Gagnez 2 x 1 tickets pour le concert de SALVIA le jeudi 17 décembre 2026 au Botanique à Bruxelles (Rotonde). SALVIA est le projet de Nicole Selivan, artiste ukrainienne installée à Bruxelles. Elle propose une musique sombre et hypnotique, à la croisée des chemins de la darkwave, du post-punk et de la dreampop, caractérisée par des lignes de basse profondes et des rythmiques électroniques. Elle relève de l'écurie Mayway Records, basée à Courtrai.

Plus d'infos sur https://botanique.be/fr/concert/salvia-2026

Comment gagner ces tickets (2 x 1 places) ?

Remplissez le formulaire en bas de la page, répondez à la question en soulignant la bonne réponse copiez et collez-le dans votre réponse et envoyez-le à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

(pas d’attachment, il ne sera pas ouvert)

et répondez à la question avant le 8 décembre 2026

1 seul envoi par participant.

 

Le gagnant sera informé personnellement et recevra son billet par e-mail.

 

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Question : de quel pays est originaire SALVIA ?

  1. Pologne
  2. Ukraine
     
  3. Roumanie

 

 

Prénom :

Nom :

E-mail :

 

Panchiko

Connaissez-vous l'incroyable histoire de Panchiko ?

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En 1997, à Nottingham, Owain Davies, Andy Wright, Shaun Ferreday et un batteur prénommé John fondent Panchiko. En 2000, ils gravent un EP intitulé "Death Metal", mais cet enregistrement ne rencontre pas le succès espéré, ils décident de ne pas poursuivre l’aventure.

Mais le groupe attire l'attention du public en 2016, lorsqu'un utilisateur de 4chan découvre dans un magasin d'occasion de la cité qui a enfanté Robin des Bois, leur EP "D>E>A>T>H>M>E>T>A>L", et le partage en ligne. Le disque acquiert le statut de "Lostwave" et donne naissance à une communauté de fans qui s'est alors consacrée à la recherche des membres de la formation. Des investigations qui durent jusqu'en 2020, lorsque Davies est retrouvé et contacté par un fan via Facebook : Panchiko renaît de ses cendres et sort deux albums : "Failed at Math" en 2023 et "Ginkgo" en 2025.

Et il se produisaient ce samedi 10 octobre 2026, à l’Aéronef de Lille, précédés par deux supporting acts, Mirra Maze et Alison's Halo.

Mirra Maze constitue une excellente surprise. Leur répertoire navigue quelque part entre shoegaze, néo psych-pop, indie pop et rock alternatif. De quoi enflammer immédiatement un public qui n'attend que ça ! C.J. Mirra, Luci Mercer, Jack Benjamin et Tom enchaînent leurs deux singles sur la scène lilloise, "Red Violet Light" et surtout le magnifique "Self Medicate", avec énormément de talent. Leur mini gig de cinq titres constitue une vraie découverte (page ‘Artistes’ ici). 

Les Anglais avaient bien chauffé la salle ! Mais, hélas, les Américains d’Alison's Halo vont un peu refroidir l'atmosphère... Pourtant, Catherine et Adam Cooper, accompagnés de David Rogers ou Roger Brogan bourlinguent depuis 1994, à la recherche d'un véritable succès. Agréable, leur musique vogue à la croisée des chemins de la dream pop et du shoegaze, mais une balance mal réglée éclipse la voix cristalline de Catherine, que l'on entend à peine. Le volume sonore des guitares est trop élevé ! Ajoutons-y le faux départ d'un morceau et une présence, sur les planches, proche du néant, et vous obtenez une prestation quelque peu décevante).

Place enfin à Panchiko ! Dix petites minutes de retard à peine sur l'horaire initialement prévu. Pas mal après deux premières parties.

Le set s’ouvre par "Ginkgo" et "All they wanted". Et de suite on peut remarquer la bonhomie de ses membres. Andy Wright fait le pitre. Il n'arrête pas d'envoyer des "pouces" au public, alors que Shaun Ferreday le concurrence avec des "cœurs". Et les nouveaux membres, Rob Harris et John Schofield, ne sont pas en reste.

Mais comment se comporte Owen Davies, le chanteur-guitariste du band ?

Sans doute plus réservé, il se concentre essentiellement sur son chant : et quelle voix !!! De la puissance, un registre à plusieurs octaves. Et le tout est juste !

On ressent immédiatement que les membres du combo sont heureux de ce qu'ils vivent. Evidemment, durant leurs seize années loin de la scène rock, auraient-ils pu imaginer un jour se retrouver à Lille, face à un millier de fans conquis ? Et c'est ainsi depuis le début de leur tournée. Et parfois dans des salles bien plus grandes !

Les morceaux s'enchaînent, toujours en alliant de beauté et originalité : "Until I know", "Cut", "Failed at Math", "Gwen Everest", "Florida", "Shelled and Cooked", ... jusqu'aux irrésistibles "Death Metal" et "La Puta".

La prestation est sans faille. Owen Davies est, entre-temps, sorti de sa réserve et s'est adressé, à plusieurs reprises, à la foule. Non sans une pointe d’humour, car ça rigolait bien plein centre, sur le devant du podium. Ces fans-là devaient venir de Nottingham ! Car il faut avouer qu’on avait bien du mal à les comprendre vu leur foutu accent à couper au couteau...

En tous cas, si vous ne savez pas quel groupe découvrir, foncez les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur Panchiko ! C'est du très haut niveau.

(Organisation : Aéronef)

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