Deolinda est un groupe de fado. Ahhh ! Qu’à ce mot ne s’associent pas immédiatement dans les esprits des termes comme austérité, tragédie, douleur. Parce que si le fado traditionnel portait effectivement souvent l’expression de sentiments déchirants, le fado moderne a communiqué un aspect plus jovial à cette fameuse musique portugaise. A en croire ceux qui connaissent suffisamment Lisbonne pour éviter les rades à touristes, le public des concerts de fado, dans les quartiers populaires, est collé aux musiciens, et réagit pour leur manifester son contentement ou sa fureur, dans une ambiance d’hystérie généralisée.
Sans rien renier des grandes figures du fado de la capitale lusophone, telle Amália Rodriguez, de jeunes musiciens perpétuent et font évoluer la tradition. En s’ouvrant vers d’autres musiques populaires, cette génération chante un fado éclectique et revigorant. Il ne perd rien de son expressivité et gagne en vitalité. On connaissait Madredeus, sa voix d’une infinie douceur, ses inspirations essentiellement brésiliennes. Deolinda est un quatuor lisboète puisant dans le ranchera du Mexique et le rebetiko (NDR : en réalité, les liens entre la Grèce et le Portugal ne datent pas d’hier ; ce qui explique cette relation existante entre fado et rebetiko). Si la voix d’Anne Bacalhau est très proche de celles, typiques du fado et de la saudade, elle devient parfois aiguë et acidulée, dense, enfantine, puissante ou gitane. Les tessitures proches de Madredeus, Lahsa, Lila Downs, égaient les mélodies, comme les tissus colorés, les robes de la chanteuse de Deolinda.
Anne Bacalhau signifie Anne Morue. Mais morue, la chanteuse n’en est pas une. Charismatique et généreuse autant qu’Hindi Zahra, accompagnée de son mari José Pedro Leitão à la contrebasse, ainsi que de ses séduisants cousins Luís José Martins et Pedro da Silva Martins aux guitares, le combo a de l’allure ! Et dans la musique, il a du goût ! On croirait entendre un violon en pizzicato mais pas du tout. Le groupe a simplement du talent.
Chacun a vécu son expérience musicale avant la naissance de Deolinda, projet qui gravite autour d’un personnage du même nom, lisboète contemplative passionnée par la vie des autres qu’elle observe depuis sa fenêtre. Ce disque, le deuxième de Deolinda, s’intitule « Dois selos e um carimbo » : littéralement, « Deux timbres et un tampon ». Un poil moins débridé que le premier disque (NDR : « Canção ao Lado », en écoute gratuite sur leur site), le nouvel opus n’en est pas moins une très belle découverte. Les lusophones se réjouiront des textes, dont je vous livre ici deux petits extraits.
Tout d’abord le début de “ Não Tenho Mais Razões ” :
‘J’ai jeté mes béquilles / Ma bosse ne me fait plus souffrir
Oui cher monsieur / cette maladie me donne envie de danser
Je n’ai plus mal et ne m’épuise plus / au point que je me suis mis à chanter’,
et puis un extrait de “Um contra o outro” :
‘Sors de chez toi et viens avec moi dans la rue,
Viens, parce que ta vie,
Au-delà de toutes les vies que tu passes à gagner,
C’est la tienne
Que tu perdras, si tu ne viens pas.’
Ne manquez pas Deolinda en concert, il se produira en Belgique au mois d’octobre : le 22 à l’espace Senghor à Bruxelles, le 23 à Louvain, le 27 à Anvers. N’oubliez pas vos robes rouges et vos chapeaux rayés !

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