Le climat du Colorado est peut être aride mais le blues y reste vivace. Alors, une fois n’est pas coutume, mais je vous propose de nous y arrêter. Pour découvrir un certain Easy Bill Towber, un jeune musicien dont le point d’ancrage se situe dans les fifties ; et plus précisément la scène urban blues de Chicago.
Dès l'ouverture, vous être envoûtés par le climat sonore de ce premier opus. La production opérée par Nick Moss est impressionnante. Si vous appréciez Mark "Tee" Thijs, vous ne pourrez qu’adorer Easy Bill. Le "Gonna tell your mother" de McCracklin est un véritable brûlot. Une claque ! A cause de la sonorité de la guitare, mais aussi de la puissance et de la conviction du lead singer, que les autres musiciens soutiennent en chœur. La section rythmique est placée bien en avant. La basse de RD Jones et la batterie de Kyle Roberts constituent une base sûre et idéale pour cette musique propulsée dans ce 21ème siècle encore naissant. Deux autres instruments tirent encore ici leur épingle du jeu : l'harmonica de Gerry Hundt et le piano de Mark Richardson. Le rythme demeure aussi franc pour aborder "Starving for your love", une composition au cours de laquelle les cuivres renforcent l'impact de la guitare. Tout est parfaitement mis en place. Tous les musiciens ont posé leurs marques. Ce qui leur permet d’intervenir à tour de rôle. Tout au long de "Swinging on a vine", un R&B que n'aurait pas renié les Blues Brothers, le saxophone de Ken Plum, le piano et bien sûr la guitare s’en donnent à cœur joie. Quant à la voix de Big Bill, elle se joue des événements. Les néons s'éteignent. Les couples d'étreignent sur la piste de danse. Vous l'aurez deviné, le rythme ralentit. Une ambiance fin de soirée s'installe. Au milieu des volutes de fumées, Mr T-Bone Walker donne le ton : "Live to love" est un plaisir des oreilles. Les saxes de Ken susurrent des mots doux. La retenue d'Easy Bill impressionne. Dynamisé par les rythmes sautillants de la Nouvelle Orléans, "Shooty booty" reproduit une ambiance plus festive. Le saxophone et le piano s'envolent. Inspiré par le son southside de Muddy Waters, le vif "Whiskey drinking woman" opère un retour vers Chicago. Gerry y souffle comme Little Walter. Tous ces musiciens ont bien assimilé l'esprit du passé : celui de Chicago, de la Louisiane, mais aussi les ambiances plus feutrées de la West Coast. Le swing et la légèreté sont au rendez-vous. Et "Down boy", ainsi que "Spending time", un fragment au cours duquel le piano se fait jazzy, tant il swingue, en sont les plus belles démonstrations. Easy Bill mène son petit orchestre de main de maître sur l’excellente plage, "One more kiss", une bonne dose de joie de vivre dans la voix. L'harmoniciste Gerry Hundt opère un retour sur la plage titulaire. Responsable de la production (NDR : qu’il assure avec un rare bonheur), Nick Moss a ramené dans ses valises "Awful thoughts", une composition tellement imprégnée du Chicago des fifties (NDR : celui de Muddy Waters, bien sûr) qu’elle en devient un réel plaisir. Et lorsqu’Easy Bill délivre parcimonieusement ses notes, l'émotion ne peut que passer. L'album s’achève par "Side-track", un instrumental imprimé sur un rythme proche du célèbre "Honky Tonk" de Bill Dogett qui met en exergue le travail du saxophoniste. Si vous appréciez Tee, Nick Curran, Little Charlie & the Nightcats, je vous recommande cet opus qui est, je le confirme, une véritable réussite.

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