Né à Paris, Frank est aujourd'hui âgé de 43 ans. Il a fait ses armes chez Marcel Dadi ; mais son inspiration originelle pour le blues procède de Hound Dog Taylor. Cependant, il s'est établi de l'autre côté de l'Atlantique sur les conseils de Sonny Rhodes. A San Francisco, très exactement. Troyce Key le repère rapidement. Il le rebaptise du sobriquet "Paris Slim" et lui permet de jouer dans son club à Oakland : le Eli's Mile High Club. Il y accompagne notamment Elvin Bishop et Charlie Musselwhite. Il tourne également en compagnie Jimmy McCracklin. Pendant trois ans. Dans les années 80 il sort deux albums sous le patronyme de Paris Slim : "Blues for Esther" (1989) sur Blue Sting, et "Bleedin' heart" (1996) chez Globe. Ce dernier coproduit par Joe Louis Walker. En 1999, il se fixe à Santa Barbara, près de L.A, et collabore aux productions du label Fedora. Il a également partagé la mise en forme du dernier album de RJ Mischo : "Meet me on the coast". Un disque paru chez Crosscut. " Bluju " a été enregistré fin 2001. Il est le fruit de différentes sessions accordées en Californie.
"Homesick blues" s'ouvre sur les accents rythmiques du Delta. Les percussions de Lorenzo Martinez occupent l'avant-plan sonore. L'accordéon de Jim Calire suit à la trace les percussions. Elles confèrent à l'expression sonore une épaisseur sonore particulièrement éloquente. Frank se libère sur le bottleneck de manière très percussive. Blues façon BB King, "Back door key" enchaîne avec beaucoup de douceur. Pourtant, la guitare est acerbe, largement amplifiée. Elle opère un jeu de questions et réponses avec la voix de notre Parisien. L'échange est brillant. Red Young accompagne cette guitare très classe de son orgue Hammond. L'ambiance est à la fête pour introduire "Petit à petit (l'oiseau fait son nid)", une plage chantée en français, réminiscente de la Nouvelle-Orléans, au cours de laquelle les percussions envahissent l'espace sonore. Le redoutable Alex Schultz intervient sur sept plages à la guitare et sur deux autres à la basse. Son rôle demeure cependant discret. Hormis lors de l'instrumental générique, il s'intègre de manière permanente à la section rythmique. Si les deux guitaristes s'affrontent dans des registres fort différents, leurs talents se conjuguent, tant ils se montrent complices. "I'm a love you" de Jimmy Reed est sculpté dans un boogie au swing dépouillé. Les sonorités sont manifestement empruntées à John Lee Hooker. Frank double avec caractère à l'harmonica devant les voix de Cynthia et Jessica. Le rôle des percussions est davantage accentué sur "Don't take away my love". Elles s'enchevêtrent dans les sonorités de la guitare acoustique, qui prend ici des accents de raga indienne. Frank découpe cette plage saturée d'émotion contenue à la slide. Une atmosphère plutôt reggae pop émerge du pétillant "I can't stand it". La ligne mélodique est claire. Martinez, Red Young et John Hanes aux percussions ainsi que Souhail Kaspar aux tablas égyptiens s'amusent comme des fous. Ils portent littéralement Frank dans son solo latino. Excellent ! "Well well Josephine" est taillé dan le funk exotique. Ce titre évoque le développement rythmique pratiqué par Howlin' Wolf. La richesse sonore est à son paroxysme. Traité de manière contemporaine, ce blues demi-séculaire évolue dans un décor lugubre et oppressant. "Melba's bomp" manifeste d'incontestables affinités avec le Westside de Chicago. La six cordes semble empruntée à Otis Rush. La partie de guitare rythmique basse est irrésistible. Signé Melvin London, "The twelve year old boy" est un blues plus classique. Largement cuivré par les saxophones du très doué Dave "Woody" Woodrow, il me rappelle l'Electric Flag de Mike Bloomfield. Et c'est un compliment ! Instrumental, "Playing in the park" fait mouche. Une composition de Philip Walker qui ressemble fort à un tournoi qui oppose Walker et Goldwasser ; et arbitré par le piano de J.J Malone et le sax de Jim Calire. Frank retrace son séjour aux Etats-Unis depuis son arrivée sur le slow blues autobiographique "Three sisters" ; un morceau sur lequel JJ Malone est resté derrière le piano. Plage fortement cuivrée, "Feels like home" achève cet opus. Un album exceptionnel ! Et encore bravo à toute l'équipe de Crosscut !

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