Depuis le début de leur carrière (il y a 33 ans), les Allemands de Kraftwerk ont toujours vénéré les machines et tenté de mettre en son leur environnement urbain et technologique. De l'électricité (" Radioactivity " en 1975) aux moyens de transport et de communication (" Autobahn " en 1974 et " Trans-Europe Express " en 1976), ce duo a souligné la beauté high-tech du monde moderne et déblayé ainsi le terrain pour les fondateurs de la techno, à Detroit. Dix-sept ans après leur dernier album (" Electric Cafe " en 1986) et vingt ans après la sortie de leur single " Tour de France ", Ralf Hütter et Florian Schneider sortent enfin de leur studio Kling Klang flanqué d'un nouveau disque sous leurs bras (articulés ?) : " Tour de France Soundtracks ". Manœuvre marketing en hommage au Tour qui vient de fêter ses cent ans ? Raclage de fonds de tiroirs compilés par la maison de disque ? On connaît l'obsession des Allemands pour le cyclisme, finalement une affaire de boucles et de répétition, comme leur musique. On finit par comprendre en écoutant les trois premiers morceaux, bâtis sur ce " Tour de France " fédérateur, dont le thème principal revient sans cesse comme un coup de pédale. Le cyclisme, c'est comme la techno : le cycliste avance (le futur) en répétant les mêmes gestes jusqu'à la transe, sur un tempo rythmé et inlassable. C'est le premier " cycle " de l'album (15 minutes). Puis Kraftwerk s'intéresse davantage aux facultés physiques de l'homme face à la machine, son alter ego sans les problèmes de " Vitamin ", de " Titanium " et d'" Elektro Kardiogramm ". Le dépassement de soi, l'endurance, la discipline, la force presque mécanique : dans ce deuxième cycle (25 minutes), les Allemands reviennent à leur manie de l'homme entouré de machines, qui fait ami avec elles, jusqu'à la fusion (" The Man Machine ", 1978). Puis c'est l'heure du relâchement, procuré par " La Forme " et " Regeneration ", plus downtempo, avant le final " Tour de France ", qui boucle la (grande) boucle et relance une dernière fois la machine. Face à de tels champions, le peloton (l'électro d'aujourd'hui) reste loin derrière. Et dire qu'il y en a pourtant qui se shootent.
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