La lande écossaise, au XVIIIe siècle : un barde mélancolique traîne ses savates de châteaux en villages, troquant quelques chansons (de Roland ?) contre de la bonne pitance. L'estomac souvent vide et le cœur écorché, il brave vents et tempêtes pour répandre la bonne parole, sa seule compagne étant une vieille guimbarde taillée dans le bois le plus coriace. Son public : de vieilles sorcières, quelques enfants, parfois une jolie dame. Pour ces spectateurs à l'attention fragile, notre homme chante des histoires d'amour, de vengeance et de voyage. Parfois, il dédie une de ses chansons aux (rares) filles qui le regardent : " Come, My Darling Polly ", dans laquelle il parle de chasteté, de luxure et de vin rouge. De ses passages au Sussex et dans l'Ulster, il rapporte des airs, qu'il arrange à sa manière (" Join Our Lusty Chorus ", " Carousing "). De temps en temps, il rencontre sur la route d'autres musiciens, eux aussi en quête d'un gîte ou, tout simplement, d'une oreille attentive : accordéonistes, flûtistes, violonistes, tous partagent le même espoir - celui de voir leur musique et leur art traverser les siècles, intacts. 2003 : Alasdair Roberts (Appendix Out) sort un deuxième album solo chez Rough Trade. Avec sa voix chevrotante à la Will Oldham et son goût pour les vieilles scies du Moyen Age, le chanteur passe un peu pour un type à la masse, à côté duquel David Eugene Edwards (16 Horsepower) et David Tibet (Current 93) seraient des enfants de chœur. Cette inclinaison pour l'écriture séculaire (qui parle encore de " ceinture de chasteté " aujourd'hui ?), les arrangements traditionnels (ne manque plus que la viole de gambe) et les ambiances médiévales risquent d'en laisser plus d'un perplexes. Pourtant, ces 12 chansons sont magnifiques, parce que hors normes, hors modes. La lande écossaise, au XXIe siècle : un doux rêveur traîne ses savates de clubs en festivals, troquant quelques chansons contre un peu d'attention. Comme ses ancêtres, il espère les garder intactes, les préserver de cette époque consumériste qui ne donne aucune chance aux musiques trop singulières. Comme pour ses ancêtres, le temps, sans doute, lui donnera raison.

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