Après avoir commis deux opus résolument tournés vers la musique électronique (" Kid A " et " Amnesiac "), Radiohead a décidé d'en revenir à une musique plus hybride. Pour enregistrer son sixième album studio, le quintet d'Oxford a de nouveau fait appel à Nigel Godrich à la co-production. Les arrangements ont donc été particulièrement soignés. Un disque sombre, fruit de la rencontre entre rock, électronique et acoustique ; une œuvre qui alterne l'excellent, le très bon, le bon et le dispensable. Deux titres dispensables. En l'occurrence deux ballades. Soit le légèrement funkysant " A punchpup at a wedding " et nonobstant le dédoublement de la voix, " I will ". Cinq de bonne facture. " Sit down. Stand up ", dont la trame prog ou plus exactement jazz rock, est imprimée sur un motif de drum fragile. " Backrifts ", ensuite. Balayée d'oscillations de claviers, elle s'inscrit dans la lignée des deux précédents elpees. Tout comme le computarisé " The gloaming " et l'énigmatique " Myxomatosis ", fragment caractérisé par la voix robotique de Thom. " Sail to the moon ", enfin. Trempée dans la pop mélancolique, cette autre ballade aurait pu relever du répertoire de Coldplay. Enfin de leur premier elpee. On parle peu des références de Radiohead ; mais davantage des artistes ou des groupes qu'il influence ou a influencé. Pourtant, en écoutant la marche funèbre, lugubre, 'brechtienne', " We suck young blood ", je n'ai pu m'empêcher de penser à Peter Hammill. De sa période la plus torturée. Soit de l'album " Over ". Une impression renforcée par le remarquable "Go to sleep", morceau presque prog dont la densité émotionnelle est aussi impressionnante que sur "The Noise". Dans la gamme des perles, figure bien sûr le single pop/rock " There there ", la ballade lunaire " Scatterbrain ", l'électro tribal " Where I end and you begin " et l'impressionnant " 2+2=5 ". Et pas seulement parce que les lyrics apostrophent Bush, à qui Yorke reproche d'être devenu président des Etats-Unis suite à un dépouillement électoral pas trop catholique. Plus proche de l'époque " OK Computer ", voire de " Pablo Honey ", ce fragment envoûte, surprend par ses changements de rythme, mais surtout palpite au gré des guitares complexes, chatoyantes, flamboyantes, que Jonny Greenwood injecte avec un cœur grand comme ça. En finale, le céleste " A wolf at the door " pose une question existentielle bien dans l'air du temps : " Dans quel état allons nous laisser la planète aux futures générations ? " Radiohead serait-il alter mondialiste ? Ah oui, j'allais oublier, la pochette est une véritable œuvre d'art. Seul problème, elle ne serait diponible qu'en Belgique...
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