Lorsque la décennie prochaine pointera son bout de nez, on ne pourra qu'abdiquer face à cette évidence : nous traversons actuellement une période faste pour le rock, longtemps considéré comme mort par ses meilleurs amis. A tort. Il s'en est pourtant fallu de peu qu'il passe de vie à trépas. Après l'avoir majestueusement fait renaître de ses cendres, le post rock encore à la mode récemment a failli l'enliser dans une redite démonstrative soûlante, malgré les évidents bons sentiments mis en chantier. Heureusement, ceux qui participent à son émancipation se nourrissent à diverses brebis égarées. Tortoise, le maître quoi qu'on en pense ; mais aussi Mogwai, Aphex Twins, Jim O'Rourke, ou encore Bowery Electric. Mount Florida les fréquente tous. Né à Glasgow, ce duo iconoclaste multiplie les délires les plus zarbis, les parallèles obliques, peaufine avec l'aisance des meilleurs une dance muzac métallique élevée aux amphets, puis éduquée aux studios Abbey Road. Est ce utile d'en rajouter ?
On tient là une bande de joyeux drilles géniteurs d'une entité polymorphe qu'on jugerait tout droit sorti du cerveau dérangé de Shinya Sakamoto, le cyber punk japonais. Chaque track possède une identité marquée, préparée à base d'un melting pot mélodique ou de rythmique ardue. Et en effet, la totalité du disque peut être considérée comme un immense panel d'expérimentations assez réussies qui débouchent toutes vers des perspectives prometteuses. Ska (" Postal "), new wave, dance, indus (Spaces, echos), ambient (" Ultimo "), dub (" Jamaica Street "), jungle, tout y passe ; avec de temps à autre quelques incursions de cordes arabisantes bien enlevées, des percussions tribales groovy, de sensibles voix féminines susurrant des lamentations shamaniques (" Radio Ocean ") ; ou encore une voix de crooner lymphatique à faire pâlir d'envie Dave Gahan. Et ce, sans tomber dans le pathos des productions Realword. Encore, qu'à l'instar du trip hop enflé, actuellement en vogue, une débauche d'effets sonores opère par instants. Jamais la magie de ces morceaux remarquables, aux structures progressives, ne disparaît. Notamment tout au long du splendide " Celebration ", tout droit sorti du " Taggo Maggo " de Can. Excusez du peu !
Encore un point pour Matador, excellent label qui peu à peu gagne du terrain sur la carte géographique indie. Tant mieux !

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