Danny Wahlfieldt, le leader, compositeur et producteur des Grave Babies décrit sa musique comme ‘le son d'horribles choses enveloppé dans de l'espérance’. En choisissant un tel patronyme et en avançant de tels propos, il n’est donc guère étonnant que ce groupe issu de Seattle fasse partie du raz-de-marée gothique qui a déferlé sur les Etats-Unis, au cours de ces dernières années. On n'avait peut-être pas mesuré l'énorme impact de la musique dark européenne des eighties sur la jeunesse d'outre-Atlantique. Car si la presse locale en avait fait à leur début, et à leur grand dam d'ailleurs, une sorte de mix entre Nirvana et Nine Inch Nails, c'est plutôt du côté de la cold-wave, du post-punk industriel des débuts et du death-rock qu'il faut chercher les principales influences. On imagine la chambre de l'ado Walhfieldt tapissée de posters de Bauhaus, Jesus & Mary Chain, Sisters Of Mercy ou Christian Death.
« Crusher », deuxième album de Grave Babies, après un essai confidentiel mais prometteur sur le label danois Skrot Up, pourrait donc plaire à ceux qui trouvent DIIV sympa mais un peu trop propret et manquant d'aspérité, par sa production délibérément lo-fi et ses sonorités grinçantes. Mais si le son est souvent bruitiste (« Skull », « Pain Cycle »), il existe pourtant une vraie dimension pop sur certains morceaux (« Over and Under Ground », « No Fear ») qui laisse à penser que le petit Danny écoutait aussi Echo & The Bunnymen et New Order entre deux films d'horreur. En écoutant ses chansons très courtes, enchaînées sans temps mort, on pourrait presque imaginer que le disque a été enregistré en concert dans une salle miteuse à l'acoustique douteuse. C'est sans doute ce qui fait le charme de « Crusher » qui sonne au final comme une tentative de fusion entre la goth music et les productions lo-fi du revival garage/rock psychédélique de San Francisco (j'avoue emprunter cette pertinente idée à un chroniqueur américain). Mais c'est aussi ce qui rebutera plus d'un mélomane...

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