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Ghosts Will Come and Kiss your Eyes

Écrit par - Simon Verwacht -

Groupe formé en parallèle à Godspeed You ! Black Emperor par son guitariste Michael Moya, Hrsta prend ici une direction radicale, et bienvenue. Délaissant depuis un moment une écriture post-rock certes subtile mais éprouvée, la formation semble avoir enfin conquis une voie personnelle et troublante. Du flou initial, entrelacs de guitares en échos et orgues désespérés, émergent au fil des écoutes des perles mélodiques définitives, magnifiquement pensées et produites.

« Entre la Mer et l’Eau Douce », est l’instrumental qui ouvre le voyage sur quelques notes d’orgue bouleversantes, dont les cliquetis viennent rythmer la complainte. Ce morceau ne pourrait mieux porter son titre, oscillant à l’image du disque entre douce torpeur et déchaînement émotionnel, entre rivière tranquille et océan déchaîné. « Beau Village » et « The Orchard » sont deux bijoux de poésie lugubre, à la construction à la fois complexe et minimaliste, reposant sur une guitare folk hypnotique rehaussée de sons divers, de notes épurées d’orgue ou de contrebasse. La voix de Michael Moya, identifiable entre mille, est androgyne et envoûtante, d’une sensibilité à fleur de peau. Elle pourra énerver certains mais en mettra d’autres à genoux. Après un second instrumental en apesanteur (« Tomorrow Winter Comes »), Hrsta nous surprend par une ballade acoustique néoclassique (« Haunted Pluckley »), et surtout « Hechicero del Bosque ». Ce morceau, beau à pleurer, accueille enfin une batterie pour se diriger d’une complainte fantomatique, incantatoire, fière et triste, vers des contrées post-rock, dont la tension est subtilement gérée.

La grande force de Hrsta repose sur sa façon de combiner respirations et apnées, notes tendues et silences habités, que peu d’artistes semblent pouvoir égaler. Je pense notamment aux albums solo de Mark Hollis et aux derniers de Talk Talk ou aux deux premiers opus du collectif Silver Mount Zion, avant que le chant et l’électricité ne reprennent le dessus, et sans le côté chorale baba cool.

L’ensemble garde un niveau exceptionnel, jusqu’au final, un « Holiday » décharné repris aux Bee Gees, qui nous laisse à la lisière de cette forêt éprouvante, fatigués mais conquis. Ce final s’inscrit à merveille dans l’ambiance de fin du monde d’un album ultime et splendide, faisant de Hrsta, à l’instar de Do Make Say Think, les représentants actuels les plus excitants du mythique label.

Informations supplémentaires

  • Band Name: Hrsta
  • Genre: Metal/Prog/Noise
  • Label Prod: Constellation / Southern / Bang!
  • Date: 2007-10-09
  • Rating: 4
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