Michael est surnommé l'homme de fer (‘The iron man’), à cause de sa présence physique sur scène ; et surtout des sonorités qu’il est capable d’arracher de ses cordes. Il joue sur une Gibson ‘Flying V’, un instrument réputé pour ses spécificités métalliques, dont avant lui, Albert King et Son Seals en avaient tiré l’essence. D’Albert, il a hérité les riffs tranchants. De Son, l’attaque incisive, effilée, sur le fil du rasoir. Néanmoins, son approche est plus radicalement rock que celle de ses deux références. En fait, aujourd’hui, son expression lorgne davantage vers Tinsley Ellis, un artiste signé sur le même label. Pourtant, les deux hommes n’affichent pas la même couleur de peau. Ellis est blanc. Michael a la peau d'ébène. Le colosse jouit d’une voix surpuissante qui colle parfaitement à son attaque agressive sur les cordes. Il signe la plus grande partie de son répertoire, dans un style qui lui est bien personnel. « Iron man » constitue son troisième elpee paru chez Alligator. Il fait suite à "Make it rain" et "I smell smoke".
"Strange feeling" repose sur un riff menaçant. Burks éructe ses vocaux, tel un homme très en colère. Il malmène son bottleneck. Manifestement ses cordes doivent en souffrir. Bien jolie ballade, "Empty promises" évolue dans un registre assez proche de son compagnon d'écurie, Ellis. La voix et la guitare partagent des liens familiaux ; mais c’est pour la bonne cause. Un cri d’amour qui libère beaucoup d'intensité. Michael implore, supplie et se montre finalement terriblement persuasif ! La chaleur et la puissance de la voix conjuguée à l'amplification des cordes le rapprochent du grand Luther Allison ; c'est d'une évidence ! Et la place est bien à prendre. Burks est encore jeune. Il affiche à peine cinquante balais. Depuis ses débuts accomplis chez lui, dans l'Arkansas, aux confins du Sud profond, il a cependant déjà parcouru un fameux parcours.
L’opus est très homogène. Les morceaux défilent comme si on assistait à un concert. Pas pour rien qu’il est soutenu par ses musiciens de tournée ; en l’occurrence Wayne Sharp aux claviers, Don Garrett à la basse et Chuck Louder à la batterie. Le point fort de Burks est incontestablement illustré lors des morceaux imprimés sur les tempos les plus lents. Un climat qui lui permet de déborder de sensibilité et de colère contenue. A l’instar du "Ashes in my ashtray" de Jimmy Johnson. Sa guitare répond à son chant. Il tire, écrase, déforme ses cordes pour en extraire ce son écorché, meurtri. L’émotion transmise, même au sein d’un flot de décibels, atteint, transperce toujours sa cible, tant il décoche de flèches. Il se rapproche à nouveau d'Ellis, tout en s’éloignant d’Allison, lorsqu’il embrasse des sonorités désavantage ‘southern rock’. La ballade "Don't waster my time" en est une parfaite illustration. Et inévitablement, le moment attendu arrive lorsqu’il reprend le "Hard come, easy go" d'Ellis. Lorsque le tempo est plus enlevé, comme sur "Quiet little town", on lui reprochera sans doute une certaine lourdeur, une certaine rigidité. Bruce Iglauer et Burks partagent la signature de deux plages. Evidemment, le boss d'Alligator a bien compris ce qui fait la force de l'iron man. Et en écoutant le lent "Icepick through my heart" on ne peut que partager son avis. A cause de son intensité dramatique, des cordes qui tissent cette atmosphère empreinte d’une tristesse infinie et de la voix, dont la profondeur est sans cesse poussée dans ses derniers retranchements par la guitare. Une guitare qui ne cesse de soupirer et de s'esclaffer. Un grand moment! L'autre titre, c'est le nerveux "Changed man". Il clôt l’elpee. Calqué sur le riff le plus célèbre de Chicago, il se révèle moins éblouissant. Burks reprend même un des meilleurs morceaux du groupe anglais Free : "Fire and water". Michael parvient à s'approprier cette plage composée 40 ans plus tôt par les jeunes Anglais issus du british blues boom. La puissance de feu de l'homme de fer est inextinguible…

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