« Modern times » constitue le 44ème album de Robert Zimmerman. Un disque partagé en 10 titres, dont certains fragments les 9 minutes. Dernier épisode de sa trilogie entamée en 1997 (il fait donc suite à « Time out of mind » et « Love & Theft »), cet opus se réfère bien sûr aux « Temps modernes » de Charlie Chaplin. Tourné en 1936, ce long métrage mettait un terme à l’apogée des films muets. Mais le message de ce film est demeuré universel. En se servant d’une histoire d’amour, Chaplin pourfendait le système social, économique et politique des Etats-Unis d’Amérique. Soulevant une réflexion sur les aspects les plus déshumanisants et automatisés de l’existence. Le « Modern Times » de Dylan est également cinématique ; et à travers ses allégories, il veut reprendre le flambeau de Chaplin. Transposant la réflexion dans le monde contemporain. Ce qui lui permet de traiter des sujets aussi universels que l’amour, la vieillesse, la mort et le travail. Dylan n’offre cependant pas de réponses aux questions qu’il soulève. Il interpelle simplement les responsables de ce monde qui par en couilles. Un monde dont le vide spirituel est comblé par l’innovation technologique. Avec pour résultat la désintégration de toute valeur humaine. Bien sûr, ce courant philosophique n’est pas neuf. Mais il a le mérite d’aller à l’encontre d’un concept de société dominé par l’égoïsme et le profit.
Musicalement, le disque oscille entre titres swing, jazz, rock’n roll, blues (aussi bien bayou, roadhouse que boogie) et folk. Une majorité de ballades quand même et puis quelques clins d’œil adressés à Chuck Berry (« Thunder on the mountain », plage au cours de laquelle il évoque la chanteuse soul Alicia Soul), Muddy Waters (« Rollin’ & tumblin’ »), Bing Crosby (« When the deal goes down », « Beyond the horizon »), Lightnin’ Hopkins (« Someday baby »), Memphis Minnie (“The Levee’s gonna break”, chanson consacrée au désastre causé par l’ouragan Katrina et surtout à ses responsables) et Cole Porter (« When the deal goes down »). Et en finale, une remarquable compo mélancolique intitulée « Ain’t talkin’ » ; un morceau bouleversant, insidieux, digne de « Man in the long black coat ». Sur cet opus, Bob joue des claviers, de la guitare et de l’harmonica. Et puis il chante de son timbre éraillé si caractéristique. Enfin, il est soutenu par le quintet de base qui l’accompagne lors de ses tournées. A 65 balais, Dylan n’a toujours pas dit son dernier mot. Et ce qu’il raconte est fichtrement sensé…

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