Il n’existe pas de ligne droite pour The Beths…

The Beths, un groupe néo-zélandais composé de la chanteuse Elizabeth Stokes, du guitariste Jonathan Pearce, du bassiste Benjamin Sinclair et du batteur Tristan Deck, annonce la sortie de son nouvel elpee "Straight Line Was A Lie", le 29 août 2025. En avril,…

logo_musiczine

La vérité selon RORI

Après avoir marqué les esprits en assurant la première partie de Lana Del Rey, au festival Rock en Seine, devant 40 000 spectateurs, RORI poursuit son ascension. Cet été, elle s'invite sur les scènes de plusieurs festivals dont Les Francos à Esch/Alzette, Les…

Langues

Trouver des articles

Suivez-nous !

Facebook Instagram Myspace Myspace

Fil de navigation

concours_200

Se connecter

Nos partenaires

Nos partenaires

Dernier concert - festival

The Wolf Banes - De Casin...
Epica - 18/01/2026

Delta hardware

Écrit par - -

Charlie Musselwhite est né en 1944 à Kosciusko, dans le Mississippi. Cette légende vivante du blues est un des rares musiciens blancs à jouir d’une reconnaissance incontestable au sein de la communauté artistique de couleur noire. Son parcours y est sans doute pour quelque chose. En effet, à l’instar des bluesmen les plus célèbres, il a émigré vers les villes du nord. Il s’est ainsi arrêté à Memphis. Suffisamment longtemps pour hériter du surnom de Memphis Charlie. Il emprunte ensuite la Highway 51 pour se rendre à Chicago. Il y fréquente très vite le Southside ; quartier si dense en blues urbain qu’il en devient, tout comme Paul Butterfield et Mike Bloomfield, un des artisans du renouveau du blues. Il part ensuite vers la côte Ouest. A San Francisco, très exactement, la capitale de la contre-culture. Il vit toujours aujourd'hui en Californie. Il a commis une quantité impressionnante d'albums. Son premier, "Stand back", remonte ainsi à 1967! Au cours de son existence, il a traversé des moments difficiles. Notamment à cause de sa dépendance à l’alcool. Un démon qu’il est finalement parvenu à vaincre, il y a quand même bien longtemps. Il bénéficie aujourd'hui d'une notoriété exemplaire. Musicien d’exception, Charlie est un homme attachant qui se remet sans cesse en question. Tous ses derniers albums sont, en effet, fort différents! Sa moisson de nominations est impressionnante. Et tout particulièrement les WC Handy Awards. Il vient d’ailleurs de décrocher son19ème prix comme meilleur harmoniciste blues pour l’année 2006!

Lors de l’enregistrement de "Delta hardware", il a reçu le concours de sa toute jeune équipe de scène : le prodigieux guitariste norvégien Chris "Kid" Andersen, le bassiste Randy Bermudes basse et le drummer June Core. L'inspiration de Charlie nous propulse dans le Delta du Mississippi ; et tout naturellement du côté d'Oxford, dans les collines, là où se forge le son Fat Possum. Cependant, sa muse principale demeure le Chicago blues urbain. Et pour la circonstance, il est fort électrique. Charlie semble avoir opéré un retour dans le passé. A l'époque de ses débuts discographiques. Dans les années 60. Largement amplifié, son rock est largement teinté de tonalités rock. Faut dire qu’il dispose de musiciens rêvés pour y parvenir : une section rythmique sans faille et surtout un guitariste qui peut tout se permettre. Et toujours avec le même bonheur. Kid Andersen peut ainsi s’attaquer, sans jamais faiblir, au west coast jump en compagnie du maître du genre, Junior Watson. Ou encore se frotter au blues conventionnel. Quelle que soit la nature de la solution sonore, pourvu qu’elle soit blues, il se sent comme un poisson dans l'eau. Et en sa présence, le vieux Charlie brille de mille feux!

"Church is out" ouvre l’opus. Andersen plaque sèchement des riffs sur la guitare. L’entrée en matière est très rock, surprenante, mais très bien construite. La voix de Charlie occupe le devant de la scène ; mais son harmonica ne tarde pas à décoller pour atteindre, déjà, le sommet de son art. La slide du Kid se révèle très primaire tout au long du "One of these mornings" de Little Walter. Elle fixe cependant la ligne de conduite. Nous ne sommes guère loin des sonorités austères issues des juke joints poussiéreux du Mississippi. June Core imprime son tempo sur le rythme du chemin de fer. Blues bien amplifié, "Sundown" me rappelle "Rock me baby". Les musiciens libèrent un groove puissant qui a le don d'allumer l'harmonica du patron. "Black water" est un cri de désespoir et de colère face à l'étendue des dégâts causé par l'ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans. Mais c'est surtout un discours de révolte dénonçant l'inaptitude des autorités politiques lors de ce désastre. Une atmosphère lourde envahit cette plage. Andersen accomplit une sortie brillante en reverb. Cette technique avait fait la renommée de Peter Green, à sa grande époque. Plus près de nous, Ronnie Earl l’avait adoptée. Charlie se met alors à souffler dans son harmonica comme lui seul sait le faire. L’émotion est à peine contenue, la douleur permanente. "Invisible ones" remet les mêmes questions sur le tapis! Confrontées aux percussions de June, les cordes balancent de petits riffs acérés pour marquer l'empreinte du boogie sur "Clarksdale boogie". Charlie chante cette plage de son timbre monocorde tout en répondant à ses propres vocaux de son instrument à bouche, pendant que Kid emprunte de petites phrases à feu John Lee Hooker, l’ami fidèle de Musselwhite! Pour la circonstance - et ce sera la seule entorse - il a recours aux samplers et aux loops pour accentuer le climat hypnotique entretenu par la section rythmique. En outre, des voix ‘live’ sont extraites du Red's Juke Joint de Clarksdale. Charlie attaque alors "Just a feeling", un classique écrit par Little Walter. Mais on reconnaît à peine sa version. Semblable à une manifestation de fureur, cette musique ressemble étrangement à celle du Cream, 40 ans plus tôt. Un peu comme si Charlie se mettait à souffler aux côtés d'un Clapton encore juvénile. Quoique très dynamique, sa reprise du "Gone too long" de Billy Boy Arnold est plus conventionnelle. Une opportunité rêvée pour briller à l'harmonica. Charlie a empoigné la guitare électrique pour exécuter "Town to town", un downhome blues assez rudimentaire. Le climat est cependant saturé de feeling et d'émotion. Ce superbe album s’achève par "Blues for yesterday", un Chicago shuffle. Ou si vous préférez un blues pour la route. Tout est parfaitement en place. Parfaitement soudés, les musiciens s'envolent, une dernière fois, vers les sommets…

 

 

Informations supplémentaires

Lu 848 fois