Pianiste, Christian Bleiming est né en Westphalie (Allemagne). En 1960. Très tôt inspiré par Clarence ‘Pinetop’ Smith et Meade ‘Lux’ Lewis, il s’est souvent produit en compagnie de chanteurs et de musiciens tels que Guitar Crusher, Big Jay McNeely, Big Joe Duskin, Angela Brown ainsi que Tommie Harris. Mais il a également varié les configurations : en solo, en duo (flanqué du drummer Peter Samland) et en trio (lorsque le guitariste Amadus Grund rejoint le tandem). Sans oublier ses collaborations menées avec Tommie Harris, un chanteur noir américain issu de l’Alabama et âgé aujourd’hui de 67 ans. Christian compte déjà quelques albums à son actif : "Jivin' time" en 1990 (NDR : soutenu par ses Boogie Boys), "Piano blues & boogie woogie" en 93, "Boogie-woogie power-train" en 95, "Boogie that blues away" en 98, et "Solo & Live" en 2001.
Ce nouvel opus s’ouvre par une pièce instrumentale échangée entre le piano et la batterie : "The whirlwind boogie" ; histoire de comprendre que Christian est un client très sérieux. Une formule qu’il reconduit sur "Blue basement shuffle", un barrelhouse shuffle exquis, et un autre boogie intitulé "Raintown boogie". De bonne facture, "I don't want no woman" est imprimé sur un tempo élevé. Au cours de ce blues, les musiciens sont à l'attaque. A la guitare, Grund conjugue parcimonie et efficacité. La voix soul de Tommie Harris est bien ciselée. Il ne reste plus au pianiste qu'à ajouter un solo très naturel. La voix de Harris illumine plusieurs plages. Aussi bien dans le domaine du blues lent (NDR : jadis popularisée par le géant Freddie King, la reprise d’"Ain't nobody's business" en est la plus belle illustration), que lorsque le tempo s’élève. Et je pense tout particulièrement à "Evening news", plage au cours de laquelle il force quelque peu sa voix, ou encore "Brand new boogie dance", un boogie pur et dur ! Et quel bonheur d’entendre Bleiming s'y éclater avec un talent fou! Tommie chante également deux dernières plages : "Next time you see me" - Amadus y prend son pied tout en sortant de sa réserve - et le traditionnel "Just a closer walk with thee", une ballade parfaitement soul. Les trois instrumentistes se réservent un autre boogie : "Battin' the boogie". Et pour que votre information soit complète sachez que Bleiming est seul derrière les 88 touches de son piano pour deux titres, dont la cover du "Lux's boogie" de Meade Lewis. L’elpee recèle deux autres excellentes reprises. Tout d’abord, une adaptation slow blue du "Just a dream" de Big Bill Broonzy, un fragment au cours duquel Grund exécute un bon travail sur les cordes. Enfin et surtout, un joyau de Chicago shuffle : "Beat up team" ; une compo signée Otis Spann. Car effectivement, Bleiming est parvenu à intégrer et à digérer la technique du merveilleux sideman de Muddy Waters. J'apprécie énormément cet album. Un disque qui mérite assurément une écoute attentive de la part des amateurs de piano blues et boogie.