Il n’y a aucune hésitation à avoir : le nouveau (double) CD des Eels est le plus important de la carrière de Mark Everett alias Mark E., celui qui se cache derrière ce nom de groupe mais qui est bien tout seul à la barre, au moins cette fois-ci. Pourquoi ‘important’ ? Parce que dans ce copieux album de 33 chansons très autobiographiques, cet Américain, natif de Virginie, a choisi d’aborder de front les démons de sa vie familiale. Et il y a de quoi ! Son père (le physicien quantique Hugh Everett III) est mort alcoolique en 1982, sa sœur Elizabeth s’est suicidée en 96 et sa mère, dépressive, a fini par mourir d’un cancer en 98… Forcément, ça laisse des traces. Et Mark, seul survivant familial, estime que c’est son amour de la musique qui lui a permis d’éviter une fin comme celle de sa soeur. ‘C’est pour ça, dit-il simplement, que je prends la musique autant au sérieux…’ Dans son salon, avec l’aide de quelques-uns parfois (comme Tom Waits, Peter Buck de REM ou John Sebastian des Lovin’ Spoonful), Mark E. a pris le risque d’évoquer ses tragédies privées dans un style minimal, beaucoup plus aride mais aussi beaucoup plus profond que celui qui avait fait son succès à l’époque de « Beautiful Freak » en 1996. Le show-biz ne l’a évidemment pas trop bien pris : soudain, Mark était considéré comme un emmerdeur, un artiste ‘difficile’. ‘Les firmes de disques, répond-il, n’ont plus la moindre vision artistique…’ Aujourd’hui, les Eels ne sont donc plus chez Geffen. Cela se comprend à l’écoute de ce disque qui, çà et là, pâtit, c’est vrai, de l’absence d’un vrai groupe pour accompagner la voix plaintive et endormie de Mark E. C’est à peu près le seul reproche à faire à ce magnifique album, puisque, dans un univers clairement dépressif, Mark E. parvient à allumer les lueurs d’espoir les plus revigorantes qui soient. Si, si la vie est belle, s’empresse-on de penser après l’avoir écouté. C’est là qu’on situe son exploit !