Chacun a ses ‘chansons à boire’, mais celles de Matt Elliott (The Third Eye Foundation) donnent une sacrée gueule de bois. Le meilleur remède à ça ? Ne jamais dessaouler, pardi ! Ou écouter ce disque, d’une noirceur éthylique absolue. Il y a deux ans déjà Matt Elliott sortait « The Mess We Made », et le moins qu’on puisse dire c’était qu’il avait l’air patraque. Rassurons-nous : il ne va pas fort mieux. Tel un héros de Knut Hamsun, le Bristolien cultive un angoissant mal être : on se plaindrait presque pour lui, si sa musique ne sonnait pas si juste. « What the Fuck am I Doing on this Battlefield ? », et à l’écoute de ces complaintes malades on se dit la même chose. La déprime se nourrit-elle d’elle-même ? Pourquoi s’abîmer dans l’ivresse ? L’oubli, cette fuite cathartique… L’alcool, et toute forme d’altération mentale, ne servent évidemment qu’à ça. Parenthèses. Sur ce disque comme sur son précédent, Matt Elliott convoque donc ses plus ardents démons. Qu’ils crient comme craque une vieille épave, qu’ils couinent tels des fantômes errant dans le purgatoire, ces spectres musicaux ne font pourtant pas peur… Mais réconfortent. Longues mélopées sans prise sur le temps, ces huit titres s’écoutent comme on boit de l’absinthe. Ce n’est pas bon pour la ‘santé’… et pourtant c’est le mot qu’on prononce quand on trinque.