Jusqu’ici la magnifique formule de Tahiti 80, quatuor normand de 10 ans d’âge n’a été performante... qu’au Japon! Mais là-bas, les Rouennais sont interprétés dans les karaokés locaux, ce qui leur vaut cette étrange situation : ils sont inconnus dans leur pays ou presque, et de véritables stars en Asie, sans qu’ils comprennent vraiment, ni pourquoi l’Europe les boude, ni pourquoi le Japon les adule... Nous, non plus, on n’a pas d’explication. En toute logique, la pop de Tahiti 80 devrait être reconnue mondialement, tant leur mélange de soul, de musique électronique et de pop sixties est efficace sur disque. Leur troisième met la rythmique plus en avant, au même plan que la mélodie, mais n’arrache pas les oreilles pour autant. Les chansons restent accessibles à tous, mélodiquement efficaces, ayant un pouvoir extraordinaire : celui de donner une pêche festive, de mettre de bonne humeur même le pire des déprimés. Il y a sûrement quelque chose de paradisiaque dans « Fosbury », mais quoi ? La voix aiguë ? Les arrangements qui tiennent à la fois du passé de la pop et de son futur ? Les chœurs volatiles ? Le fait qu’il s’agit d’un métissage entre musique noire et musique blanche ? Allez savoir...
Peut-être doit-on trouver l’explication dans le titre que le groupe a donné à ce dernier album. « Fosbury », c’est bien sûr Dick Fosbury, un sauteur en hauteur américain couronné à Mexico en 1968. Le gaillard n’avait pas tenu compte des railleries générales sur sa façon si peu académique de pratiquer son saut... en franchissant la barre à l’envers de ce qui se faisait habituellement! Depuis, le saut à la Fosbury a fait école et une bonne moitié des sauteurs utilise la technique dorsale qu’il a inventée. Tahiti 80 veut visiblement, lui aussi, faire fi de l’incompréhension des gens, garder sa propre identité, cultiver sa différence et - qui sait? - un jour influencer toute une génération de musiciens. Ce 3e opus, le plus accompli de la carrière de Tahiti 80, contient aussi le discours le plus optimiste et positif qu’on ait entendu cette année. Tous les côtés mélancoliques du précédent ont été gommés pour notre plus grand plaisir.