Bernard est le fils de Luther Allison. Jusqu'à sa mort en 1997, ce dernier était devenu un des bluesmen les plus populaires de la fin du XXème siècle. Un statut qu’il méritait amplement. Cadet d'une famille de neuf enfants, Bernard est né à Chicago. Très jeune, il se met à la guitare et impressionne déjà son père, mais aussi Stevie Ray Vaughan et Johnny Winter. Ses premières classes, il les accomplit au sein du Blues Machine de la chanteuse Koko Taylor. C’est à cette époque que toute sa famille émigre près de Paris. Il y devient alors le leader musical du Luther Allison Band. Et tout naturellement enregistre son premier elpee, judicieusement baptisé "Next generation". Depuis, il en a commis plus de dix, dont six pour le label Ruf : "Hang on!" en 94, "Funkifino" en 95, "Born with the blues" en 97, "Times are changing" en 98, "Kentucky Fried Blues" en 2003, et ce tout nouvel opus concocté, en mai et juin dernier, au sein des studios Echo Bay, dans le Minnesota. Et... il est retourné vivre outre Atlantique. Evidemment, il s’est entouré de musiciens du coin. Bernard ne se considère pas comme un bluesman, mais comme un musicien. Un musicien de la prochaine génération, ajoute-t-il! De toute bonne facture, cette plaque demeure pourtant tout à fait abordable pour le public blues.
Il a écrit "I've learned my lesson". Et effectivement, il a appris sa leçon. Il entame ainsi le disque par une plage résolument rockin' blue. Le riff de guitare est puissant, très électrique, sans le moindre artifice ni la moindre démonstration, mais très mélodique et exercé avec beaucoup d’adresse. Il est épaulé par d’excellents musiciens : Ron Sutton aux drums, Jassen Wilber à la basse et surtout Mike Vlahakis à l'orgue Hammond. Ecrit par son père, "Raggedy and dirty" adopte résolument un ton plus funky, mais observe le même tempo. Plus ou moins lent, son jeu sur les cordes reste très intéressant, mais encore une fois dispensé avec parcimonie et maîtrisé pour le plaisir des oreilles. Composée par JL Williams, "Standing on the edge of love" est une douce ballade soul ; et dans ce style, il est manifeste que la voix de Bernard peut se révéler très proche de celle de Luther. Bien posée, naturelle, riche, quoique moins puissante et moins vécue. Ravagé par la guitare, "Stay with me tonight" est un autre rock blues imprimé sur un mid tempo qui rappelle parfois le ZZ Top des bonnes années. Les claviers qui contaminent le funky soul rock "Too cool" ne me plaisent pas trop. A contrario, la guitare y est impeccable. Shuffle blues rock entraînant, "It's a man down there" est soutenu par le rollin' piano de Bruce McCabe. Cette plage véhicule énormément de groove. L'unité du backing de Bernard est irréprochable. Il en profile alors pour s’autoriser un solo redoutable. Un moment fort de l'album. A l’instar de "New life I’m in". Une plage tout à fait différente, extrêmement proche du style de son père. Une ballade R&B au cours de laquelle sa voix est expressive à souhait. De petits flots de guitare acérés soulignent les vocaux. A cet instant, on peut mesurer combien Bernard a pu tirer profit de l'héritage de Luther. Et il le prouve à nouveau sur la composition du paternel "Into my life", une ballade soul bien excitante. Plage funky R&B très dansante, "Woman named trouble" est le plus beau témoignage de la cohésion du band de Bernard. "Time flies by" est plus rock'n'roll, très nerveux. Ron Sutton est impérial à la batterie. L’ambiance me rappelle fortement celle que cultivait l’Allman Brothers Band ; d'autant plus que c'est armé d'une guitare slide qu'Allison se libère. Le bonheur ! Notre homme devrait plus souvent exploiter ce style, au cours duquel il rayonne littéralement. Signé Bruce McCabe, "Stakes have gone up" parvient à chatouiller les orteils. Bruce s’y réserve, évidemment, le piano ; et Paul Diethelm la guitare solo (NDR : Paul est le guitariste de Wanderworld, le combo de Jonni Lang, au sein duquel milite d’ailleurs Jonni Lang, aux ivoires !). Proche du ZZ Top contemporain,"Next 2 U" délire dans le hard rock. En finale, Bernard joue de la guitare acoustique sur la ballade à la beauté dépouillée "Ami", et Paul Dietholm du dobro. Ne boudez pas "Higher power" ! C’est un très bon album. Si officiellement, il vit aux States, Bernard passe une bonne partie de la mauvaise saison en Europe. Il y est déjà actuellement.