Bobby est originaire de la Louisiane. Pas étonnant qu’il ait appris à chanter le gospel à l’église. En 59, il émigre à Chicago. Il y fréquente les clubs de blues du Southside. Et en particulier le Pepper's Lounge ainsi que le Theresa's. Il va connaître son heure de gloire en remplaçant le légendaire Junior Wells au sein des Aces. Faut dire que Junior venait de décrocher un hit, baptisé "Messin' with the kid". Mais il retombe assez rapidement dans l’ombre. Il n’opère son retour que bien plus tard. Plus exactement au cours des années 90. A cette époque, il aligne plusieurs albums de soul music. En 2007, lorsque les Mannish Boys entrent en studio pour enregistrer leur elpee "Big plans", le pianiste Leon Blue rapplique en compagnie de notre ami Bobby. Ce qui explique pourquoi ce dernier figure parmi les collaborateurs, sur cet opus, ainsi que sur le suivant, "Lowdown feelin".
Aussi, lorsque Delta Groove lui offre l'opportunité de concocter un album en solo, les Mannish Boys au grand complet décident de lui renvoyer l’ascenseur. En outre, pour la circonstance, il a reçu le concours de grosses pointures issus de la côte ouest. Tout d’abord, le bassiste Ronnie James Weber et le drummer Richard Innes. Une fameuse section rythmique ! Et puis, excusez du peu, Kirk Fletcher, Franck Goldwasser, Kid Ramos et Jr Watson aux cordes. Sans oublier Al Blake, Lynwood Slim et Randy Chortkoff qui se partagent l'harmonica et le pianiste Fred Kaplan. Toutes les plages ont été réalisées en studio, aux mêmes dates que celles réservées par les Mannish Boys pour "Lowdown feelin".
Dès le début de la plaque, on est littéralement envoûtés par le timbre profond de Jones. Manifestement, c’est un ancien chanteur de gospel. Il ouvre l’elpee par le "She's the one" de Hank Ballard. Au cours de ce morceau très Memphis R&B, Eli Fletcher s’autorise déjà une sortie brillante aux cordes, dans le plus pur style d'Albert King. Parfaitement huilée, la section rythmique est soutenue par la guitare de Paris Slim. La voix n’a aucune peine à s’adapter au Chicago southside blues. Le "Two headed woman" de Willie Dixon en est une belle démonstration un morceau au cours duquel le traitement des cordes opéré par Goldwasser est très orignal. "I must be crazy" trempe dans le R&B authentique. Woody Woodford souffle dans son sax ténor. Les accords de Kaplan aux ivoires sont très subtils. Watson se charge des cordes et Al Blake de l'harmonica. "Come in out of the rain" implique Tom Leavey à la basse. Il embrasse ici le style alerte de Jimmy Reed. Randy Chortkoff (NDR : le boss !) vient souffler comme le Reed des grands jours. Kid Ramos est à l'affût. Aussi, il ne tarde guère à prendre son billet de sortie. "Get it over baby" est l'une de ces multiples plages rythmées écrites par le grand Ike Turner. Jones se fait shouter. Woody est possédé par son sax et le génial Jr Watson nous étale toute sa classe dans le style jump. Pourtant, je préfère Bobby Jones lorsqu’il évolue au sein d’un climat musical davantage dépouillé. Des conditions qui lui permettent alors de mieux mettre en évidence l’étendue de ses capacités vocales. Et "I don't know" en est une très belle illustration, une plage au cours de laquelle Kaplan et Al Blake se mettent au service du brillant vocaliste. Jones s’adapte à une multitude de registres. Il est même éblouissant dans le style Memphis blues de BB King. Ainsi, il manifeste de la puissance et du swing pour interpréter ce "Tired of your jive", soutenu par l'orgue Hammond de Fred Kaplan, pendant que Kid Ramos réincarne BB. Le "Cry for me babe" de Mel London, est le théâtre d'une solide bataille entre les deux maîtres du style aux cordes : Eli Fletcher et Paris Slim. "Three handed woman" baigne au sein d’une atmosphère californienne. Toute en swing, cette compo met en exergue Lynwood Slim à l'harmonica et enfin, notre Ramos. La cover assez classique du "Mystery train" de Junior Parker permet à Chortkoff de s'éclater les poumons, pendant que les vocaux passionnés sont partagés entre Bobby et Finis Tasby. En finale de ce superbe opus, figure un slow blues somptueux. Signé Ike Turner, il s’intitule "How long will it last". Jones chante à nouveau comme un BB King survitaminé. Sa sensibilité est à fleur de peau. Les musiciens qui l’accompagnent sont au sommet de leur art ; et en particulier, Fred Kaplan et Kid Ramos…

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