Bob Hall est un vétéran du blues anglais. Pourtant, il était juriste. Il avait même acquis une certaine réputation dans le traitement des dossiers relatifs aux brevets industriels. Depuis qu’il est retraité (NDR : il est âgé de 66 balais !), il profite au maximum de sa passion : celle de musicien. Faut dire que l’artiste est considéré comme un des plus grands pianistes de boogie woogie et de blues anglais. Son père était également doué aux ivoires. Hall a très rapidement été contaminé par le blues. Il a opéré ses débuts au sein des Dollarbills, lorsqu’il était encore étudiant à Londres. La formation va cependant changer de patronyme en se rebaptisant Groundhogs, un combo au sein duquel va également militer le chanteur guitariste Tony McPhee. Le groupe aura même le bonheur d'accompagner John Lee Hooker et Howlin' Wolf ! Bob va également participer à l'aventure du Savoy Brown et participer à l’enregistrement de leurs meilleurs elpees. Une aventure dont le succès sera lié au British blues boom. Bob n’a cependant jamais voulu abandonner sa carrière professionnelle, bien plus rémunératrice, préférant jouer pour son plaisir… Et ce boogie woogie ainsi que le blues qu'il adore, il va le perpétuer au travers d'aventures diverses ; notamment Brunning Sunflower Blues Band, Tramp, Blues All Stars, Rocket 88, De Luxe Blues Band, le Blues Band, et la liste est loin d’être exhaustive… Il a également accompagné de nombreux bluesmen noirs en tournée : Lowell Fulsom, Eddie Taylor, Snooky Pryor, Homesick James, JB Hutto, Lazy Lester,… Au cours des dernières années, il a également apporté son concours à sa compagne Hillary Blythe, une chanteuse folk, mais aussi une bassiste. Enfin, Bob a participé à la confection de plus de 120 albums, dont quelques uns sont parus sous son patronyme. Et "What goes round" est son tout dernier.
Bob prend la température ambiante sur le rythme du boogie woogie. L’allure est modérée tout au long d’"I can't get my ass in gear", un titre amusant signé par son compatriote Tex Comer pour le Blues Band. Il chante d’un timbre nasillard. La rythmique est puissante. En fin de parcours, des accords brefs, acerbes et amplifiés s'échappent de la guitare de… Kim Simmonds. Le partenaire des premiers jours d’existence du Savoy Brown (NDR : on en revient toujours à ce blues boom de la fin des sixties) est bien présent. Les sessions d’enregistrement se sont même déroulées au sein de ses propres studios d'Oswego, dans l'Etat de New York. En outre, il assure la production.
Les six cordes réverbérées de Kim balisent l'envol de "Road of no return", une jolie ballade écrite et chantée par Bob. "Running with the blues" est un blues imprimé sur un tempo très élevé. L’Américain Pete McMahon apporte son concours à l'harmonica et aux backing vocals. Pete a milité chez les Kingsnakes et le Savoy Brown (NDR : phase yankee !), pendant quelques années. Les interventions de Bob sur les ivoires sont frétillantes. Il y manifeste déjà une classe naturelle et remarquable. Blues lent classique, "Bloodhound blues" est issu de la plume de Victoria Spivey. Les cordes acérées de Simmonds, le saxophone de Chris Sawyer et la voix éthérée de la douce Hilary entretiennent un climat typiquement anglais. La voix de Hall manque de passion, c’est exact. Pourtant, il semble de plus en plus apprécier son rôle de vocaliste. Aussi, il remet le couvert tout au long de l’indolent "What goes round comes back". Kim sort sa slide guitare pour attaquer "The All Star medecine show", une plage entraînante au cours de laquelle Bob injecte fougue et passion, dans ses accords. Son toucher et son style sont très caractéristiques. La slide monte progressivement en puissance. Miss Blythe interprète le célèbre "Backwater blues" de Bessie Smith. Mais son timbre de folk singer manque un peu de chaleur et de vécu. Bob revient chanter "Alone with the blues", un morceau dont il est l’auteur. La plage baigne au sein d’une ambiance de bon vieux british blues. Le doigté de Kim est aussi subtil que discret. Un parfum réminiscent du Savoy Brown flotte dans l’atmosphère. Pour "What goes round", il égrène ses notes en manifestant beaucoup de retenue. On dirait presque qu’il les économise pour en accentuer la sensibilité. Il signe "One more road", une complainte folk destinée à sa compagne, dont le timbre, ici proche de celui de Joan Baez, prend toute sa dimension. En fait, Hilary se sent comme un poisson dans l’eau dans ce style musical dépouillé. Bob ne s’est réservé qu’un seul instrumental : "Back on the valley". Etonnant pour un musicien de sa dimension. Beaucoup de délicatesse émane de ce disque qui s’achève par "Same old place", un autre blues rocker léger qui bénéficie de la participation de son vieil ami Kim, à la slide bien électrique. Pour votre info, sachez que ce dernier vient de graver un nouvel album acoustique, intitulé “Out of the blue”, sur le label Blue Wave.

Nederlands
Français 
