« Nocturama », sorti en début d’année dernière, avait laissé au fan de base un léger goût amer, l’impression que l’Australien se singeait lui-même, pauvre homme frappé par la foudre divine, l’inspiration cramée et la plume en berne. Ce double album (17 chansons) marque le retour du Nick Cave que l’on aime, habité et fiévreux comme jamais, religieux mais pas trop. Mick Harvey crie déjà sur tous les toits qu’il s’agit de leur meilleur album, et l’on serait presque prêt à lui donner raison. C’est James Johnston, ex-Gallon Drunk, qui remplace Blixa Bargeld. A la prod Nick Launay, un habitué des consoles chez… Birthday Party. Voilà pour les faits. Le concept, outre la mythologie d’Orphée et d’Eurydice, est simple d’un point de vue strictement musical : d’un côté les ballades (« The Lyre… »), de l’autre les titres plus enlevés (« Abattoir Blues », ce titre…). Et rien à jeter. Si les chœurs gospel du London Community Gospel Choir sont présents sur les deux disques, on retrouve la patine légendaire des Bad Seeds, ce touché hors pair, de Martin Casey à Warren Ellis, de Conway Savage à Thomas Wydler. « Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus » ne souffre d’aucune baisse de régime, que celui-ci se pare d’un romantisme lyrique ou d’une colère maîtrisée. Il y a ici des chansons magnifiques: « Breathless », « Supernaturally », « There She Goes, My Beautiful World », « Nature Boy »,… Lors de la sortie de « Nocturama », Nick Cave nous avait fait peur. Heureusement il s’est repris en main, et dire que l’Australien nous impressionne tout au long de ce double album serait un euphémisme. Deux disques pour le prix d’un, deux chefs-d’œuvre, rien de moins.